Livre III - Chapitre 26
Prologue en vers | Chapitre 1 | Chapitre 2 | Chapitre 3 | Chapitre 4 | Chapitre 5 | Chapitre 6 | Chapitre 7 | Chapitre 8 | Chapitre 9 | Chapitre 10 | Chapitre 11 | Chapitre 12 | Chapitre 13 | Chapitre 14 | Chapitre 15 | Chapitre 16 | Chapitre 17 | Chapitre 18 | Chapitre 19 | Chapitre 20 | Chapitre 21 | Chapitre 22 | Chapitre 23 | Chapitre 24 | Chapitre 25 | Chapitre 26 | Chapitre 27 | Chapitre 28 | Chapitre 29 | Chapitre 30 | Chapitre 31 | Chapitre 32 | Chapitre 33








§De dagobert ſecond du nom.
§Pource que icy ſe fait vng conte nu. De dagobert ſelon le contenu. [4000]Queſt de luy mys au preſent repertoire. Charles martel embellira lhiſtoire. Qui darmes a maint grand fex ſouſtenu.
§Chapitre xxuieDE dagobert / ſecond du nom ne treuue. Acte qui ſoit / de vertueuſe eſpꝛeuue. [4005]Parquoy nen fait / mencion noſtre eſcript. Gueres non plus que dung homme pꝛeſcript. Auquel ny a bon ſens raiſon ne ryme. Et neſt ſinon vng chiffre en argoꝛiſme. Il fut mene comme vng vray ſot que on duyt. [4010]Et tout le faict du royaume conduyt. Soubz la tutelle et charge de plectrude. Femme a pepin par la ſolicitude. Dung ſien nepueu appele Thendouault. Loꝛs eſleue en vng credit moult hault.
§Guerre ſur laltercacion du gouuerneur. [4015]Faict du palays gꝛand gouuerneur et maiſtre. Par ſon exces / cauſa le royaume eſtre. En mauuais ply de telle oſtencion. Que feyt mouuoir gꝛiefue diſſencion. Entre francoys / dont les vngs ſa part tindꝛēt [4020]Aultres auſſi / encontre luy ſouſtindꝛent. A ce moyen ſeſmeut la guerre entre eulx. Si que le ſoꝛt fier et malencontreux. Qui en tel cas pluſieurs a moꝛt conuye. Tumba ſur luy / et fut pꝛiue de vie. [4025]Loꝛs en ſon lieu ragafrede eſtably Remyct vigueur au couraige affoibly. De dagobert / par ſi fiere maniere. Que en trauerſant la foꝛeſt charbonniere. A feu et ſang furent de tous coſtez. [4030]Pays bꝛuſlez / affolez et gaſtez. Par laguillon de guerre venymeuſe. Soudain paſſa iuſquau fleuue de meuſe. Et feyt auant les lieux deſemparer. Maulx que on ne peult iamais bien reparer. [4035]Mais toſt apꝛes celle qui au paſſaige. Ferme le paz dont nul viuant paſſe aaige.
§La mort de dagobert §foCiii Quant eſt venu le terme et dernier poinct. Sans le peril eſuiter peu ne point. A dagobert donna la male eſtreyne. [4040]Du coup moꝛtel en lan quart de ſon regne. Deux filz laiſſa lung nomme theodoꝛich. Qui fut laiſne / et lautre childerich. Mais les eſtatz de france en la ieuneſſe. Diceulx enffentz congnoiſſantz que ieu neſt ce. [4045]§A vng royaumne / ains malediction. Roy ieune auoir tenu en tucion. Et meſmement quant eſt de ſi baz aaige. Peult aduenir ſelon commun vſaige. Que cueurs ardantz au feu de dominer. [4050]Font perdꝛe gentz et biens exterminer. A ces raiſons danyel rendu moyne. Fut eſtably/au royal patrimoyne. Pour eſtre ſoubz ſon adueu gouuerne. Sans neantmoins ſe veoir roy couronne. [4055]Ne de ſacrer trouuer la voye ouuerte. Tant que euſt cheueulx et barbe recouuerte. Car ceſtoit loꝛs la facon des gentz lays. Barbes poꝛter / tant maiſtres que varletz.
§De carles martel. Auſſi voyons que oꝛes on acouſtume. [4060]Mettre en auant ceſte vieille couſtume. Qui eſt folye et ſuperſticion. Foꝛs que ce fuſt pꝛonoſticacion. Daller monſtrer barbes aux infidelles. Sans cela tien / que on doibt dire fy delles. [4065]§Ce meſmes temps hoꝛs de pꝛiſon ſoꝛtit. Charles martel qui darmes ſe ſoꝛtit. Delibere a fer et fuſt de lance. Faire apparoir ſa pꝛoueſſe et vaillance. Oꝛ entendez quil fut filz naturel. [4070]Au duc pepin qui eut le tempoꝛel. A gouuerner tout a ſa fantaſye. Vingt et ſept ans / en france et auſtraſye. Sans ce que aucun luy ſceuſt riens en oſter. Vng poinct y a qui bien faict a notter. [4075]Ceſt que celuy / pepin / dont ne foꝛligne. Charles martel fut de troyanne ligne. Son gꝛand ayeul / anchiſes ce ſcet on. A claire voix luy reſonne aſſez ton. Pour haultlouer ſa genealogie. [4080]Si ne vueil pas en ceſte theologie.
§Et de ſa marraſtre plectrude §foCiiii. Trop me fonder / ne foꝛt my arreſter. Et me ſuffyt de ce martel traicter. Dautant quen fait lhiſtoire plus dextime. §Dame plectrude eſpouſe legitime. [4085]Au duc pepin enffanta deux beaulx filz. Mais luy aymant plaiſir plus q̄ pꝛouffitz. Aſſez long temps la laiſſa et pꝛint celle. Ieune plaiſante et belle damoyſelle. Que calpyade ay trouuee / auoir nom. [4090]Et dicelle eut ce filz de gꝛand renom. Auquel touſiours ſa marraſtre plectrude. Signe monſtra de couraige foꝛt rude. Comme celuy que auoit a contrecueur. Par vng remoꝛs dennuyeuſe ranqueur. [4095]Pource que ainſi ſe trouua delaiſſee. Et hoꝛs du lict nuptial expulſee. Cela leſmeut aduenu le decez. De ſon eſpoux que ſans aultre pꝛocez. Ny adiouſter la ſeulle heure de alongne. [4100]Le feyt tenir pꝛiſonnier a coulongne. Mais aduerty de la mutacion. Quen france eſtoit / telle augmnentacion.
§Le mont ſainct michel. Dardant deſir / receut que a heur pꝛoſpere. Penſa leſtat recouurer de ſon pere. [4105]Loꝛs ſes amys / tellement eſpꝛouua. Que le moyen de ſe getter trouua. Hoꝛs la pꝛiſon / et adonq ſoubz ſon vmbꝛe. Toſt ſaſſembla de gensdarmes gꝛand nombꝛe. Mais ſe de luy me tays iuſques a temps. [4110]Ieſpere bien le repꝛendꝛe / et nattendz. Du pꝛincipal perdꝛe le poſſeſſoire. Pour mettre icy vng petit acceſſoire. Ceſt que oꝛendꝛoict lhiſtoire nous inſtruict. Dung ſumptueux ediffice conſtruict. [4115]Et erige en crouppe de montaigne. Ioingnant dung boꝛt les mettes de bretaigne. Et noꝛmandye / Au plus hault de ce mont. Eſt lediffice eſleue / qui ſemond. Tout œil humain a ſe donner merueille. [4120]Et ſi on veult faire en terre et mer veille. Ceſt bien vng lieu pour auoir ſeur eſgard. Que ſainct michel en tout temps ſaulue et gard. Car pour les meurs / la vie et bontez franches. Du bon aubert / loꝛs eueſque dauranches.
§Ediffie par leueſque dauranches. §Foeu. [4125]Luy apparut en tierce viſion. A ce quil neuſt doubte de illuſion. Ladmonneſtant pour le diuin office. Y celebꝛer / baſtir tel ediffice. Au mont de tube / ou il fuſt reuere. [4130]Comme eſt au mont de gargane honnoꝛe. Le bon ſeigneur ſans iour ne heure attendꝛe. Sceut pꝛomptement a la beſongne entendꝛe Et ſi tresbien y vacqua que de faict. Lœuure fut toſt acomply et parfaict. [4135]Et loꝛs quil eut menee a fin lamplecte. Legliſe toute aſſouuye et complecte. Coleige y myct de chanoynes reiglez. Mais puis viuantz comme gentz aueuglez. En leur faiſant du deſloger lauance. [4140]Religieux de reiglee obſeruance. Furent mys / telz que oꝛes on congnoiſt. Loꝛdꝛe a leſtroit / tenir de ſainct benoiſt . En ce hault mont lieu ſolitaire / eſtrange. Et difficile / eſt le tresdigne archange. [4145]Touſiours requiz / par le peuple feruent. Et deſireux dy voyager ſouuent.
§Priere a ſainct michel. Oꝛ le pꝛions que noz cueurs durciz fende. A dieu aymer / et en fin nous deffende. De linfernal dꝛagon / comme celuy. [4150]Qui eut victoire au ciel / encontre luy.
Afficher les surlignagesMasquer les surlignagesAfficher les appels de collationsMasquer les appels de collationsAfficher les appels de notesMasquer les appels de notes
§Pource que icy se fait ung conte nu De DagobertDagobert III (698 — 715) Roi des Francs (711-715)
Fils de Childebert III, selon le contenu [4000]Qu'est de luy mys au present repertoire, Charles MartelMartel, Charles (23/08/688 — 22/10/741) Maire du palais (officier principal de la cour sous les rois mérovingiens) (718-741)
Duc des Francs (718-741)
embellira l'histoire, Qui d'armes a maint grand fex soustenu.
§Chapitre xxvie.De DagobertDagobert III (698 — 715) Roi des Francs (711-715)
Fils de Childebert III second du nom, ne treuve Acte qui soit de vertueuse espreuve. [4005]Parquoy n'en fait mencïon nostre escript Gueres non plus que d'ung homme prescript, Auquel n'y a bon sens, raison ne ryme1, Et n'est sinon ung chiffre en argorisme. Il fut mené comme ung vray sot que on duyt, [4010]Et tout le faict du royaume conduyt Soubz la tutelle et charge de PlectrudePlectrude (VIIsiècle — circa 717) Epouse de Pépin de Herstal (?-?)
Sainte catholique, Femme à PepinPépin le Jeune (645 — 714) Maire du palais d'Austrasie (?-?)
Homme politique franc, par la solicitude D'ung sien nepveu appelé ThendouaultThéodebald (708 — 741) Maire du palais d'Austrasie. Lors eslevé en ung credit moult hault,
§Guerre sur l'altercacion du gouverneur [4015]Faict du palays grand gouverneur et maistre, Par son excés, causa le royaume estre En mauvais ply de telle ostencïon, Que feyt mouvoir griefve dissencïon Entre Françoys, dont les ungs sa part tindrent, [4020]Aultres aussi encontre luy soustindrent. À ce moyen, s'esmeut la guerre entre eulx, Si que le sort fier et malencontreux, Qui en tel cas plusieurs à mort convye, Tumba sur luy, et fut privé de vie. [4025]Lors, en son lieu, RagafredeRainfroi (VIIsiècle — 731) Chef militaire et politique franc du VIIIe siècle estably, Remyct vigueur au couraige affoibly De DagobertDagobert III (698 — 715) Roi des Francs (711-715)
Fils de Childebert III, par si fiere maniere Que en traversant la forest charbonniere, À feu et sang furent, de tous costez, [4030]Paÿs bruslez, affolez et gastez, Par l'aguillon de guerre venymeuse. Soudain passa jusqu'au fleuve de Meuse Et feyt, avant les lieux desemparer, Maulx que on ne peult jamais bien reparer. [4035]Mais tost aprés, celle qui au passaige Ferme le paz dont nul vivant passe aaige,
§La mort de DagobertDagobert III (698 — 715) Roi des Francs (711-715)
Fils de Childebert III Quant est venu le terme et dernier poinct, Sans le peril esviter peu ne point, À DagobertDagobert III (698 — 715) Roi des Francs (711-715)
Fils de Childebert III donna la male estreyne [4040]Du coup mortel, en l'an quart de son regne. Deux filz laissa : l'ung nommé TheodorichThierry IV (712 — circa 737) Roi des Francs (721-737)
Fils de Dagobert III, Qui fut l'aisné,, et l'autre ChilderichChildéric III (VIIIsiècle — 755) Roi des Francs (743-751)
Roi de Neustrie (743-751)
Roi de Bourgogne (743-751)
Roi d'Austrasie (743-751)
Fils de Dagobert III. Mais les estatz de France en la jeunesse D'iceulx enffentz, congnoissantz que jeu n'est ce [4045]§À ung royaumne, ains maledictïon Roy jeune avoir tenu en tucïon, Et mesmement, quant est de si baz aaige, Peult advenir, selon commun usaige, Que cueurs ardantz au feu de dominer [4050]Font perdre gentz et biens exterminer, À ces raisons, DanyelChilpéric II (673 — 721) Roi des Francs (?-?)
Successeur de Dagobert III, rendu moyne, Fut estably au royal patrimoyne, Pour estre soubz son adveu gouverné, Sans neantmoins se veoir roy couronné, [4055]Ne de sacrer trouver la voye ouverte, Tant que eust cheveulx et barbe recouverte. Car c'estoit lors la façon des gentz lays, Barbes porter, tant maistres que varletz.
§De Carles MartelMartel, Charles (23/08/688 — 22/10/741) Maire du palais (officier principal de la cour sous les rois mérovingiens) (718-741)
Duc des Francs (718-741)
Aussi voyons que ores on acoustume [4060]Mettre en avant ceste vieille coustume, Qui est folye et supersticïon, Fors que ce fust pronosticacïon D'aller monstrer barbes aux infidelles Sans cela : tien que on doibt dire fy d'elles. [4065]§Ce mesmes temps, hors de prison sortit Charles MartelMartel, Charles (23/08/688 — 22/10/741) Maire du palais (officier principal de la cour sous les rois mérovingiens) (718-741)
Duc des Francs (718-741)
, qui d'armes se sortit, Deliberé, à fer et fust de lance, Faire apparoir sa prouësse et vaillance. Or entendez qu'il fut filz naturel [4070]Au duc PepinPépin le Jeune (645 — 714) Maire du palais d'Austrasie (?-?)
Homme politique franc, qui eut le temporel À gouverner, tout à sa fantasye, Vingt et sept ans, en France et Austrasye, Sans ce que aucun luy sceust riens en oster. Ung poinct y a qui bien faict à notter, [4075]C'est que celuy PepinPépin le Jeune (645 — 714) Maire du palais d'Austrasie (?-?)
Homme politique franc, dont ne forligne Charles MartelMartel, Charles (23/08/688 — 22/10/741) Maire du palais (officier principal de la cour sous les rois mérovingiens) (718-741)
Duc des Francs (718-741)
, fut de troyanne ligne. Son grand ayeul AnchisesAnchise Personnage de la mythologie grecque, père d'Enée, ce scet on, À claire voix luy resonne assez ton, Pour hault louer sa genealogie. [4080]Si ne vueil pas en ceste theologie
§Et de sa marrastre PlectrudePlectrude (VIIsiècle — circa 717) Epouse de Pépin de Herstal (?-?)
Sainte catholique Trop me fonder, ne fort my arrester, Et me suffyt de ce MartelMartel, Charles (23/08/688 — 22/10/741) Maire du palais (officier principal de la cour sous les rois mérovingiens) (718-741)
Duc des Francs (718-741)
traicter, D'autant qu'en fait l'histoire plus d'extime2. §Dame PlectrudePlectrude (VIIsiècle — circa 717) Epouse de Pépin de Herstal (?-?)
Sainte catholique, espouse legitime, [4085]Au duc PepinPépin le Jeune (645 — 714) Maire du palais d'Austrasie (?-?)
Homme politique franc enffanta deux beaulx filz. Mais luy aymant plaisir plus que prouffitz, Assez longtemps la laissa et print celle Jeune plaisante et belle damoyselle, Que CalpyadeAlpaïde (VIsiècle — VIIsiècle) Seconde épouse de Pépin de Herstal (?-?)
Mère de Charles Martel ay trouvee avoir nom, [4090]Et d'icelle eut ce filz de grand renom, Auquel tousjours sa marrastre PlectrudePlectrude (VIIsiècle — circa 717) Epouse de Pépin de Herstal (?-?)
Sainte catholique Signe monstra de couraige fort rude, Comme celuy que avoit à contrecueur, Par ung remors d'ennuyeuse ranqueur, [4095]Pource que ainsi se trouva delaissee, Et hors du lict nuptial expulsee. Cela l'esmeut, advenu le decez De son espoux, que sans aultre procez, Ny adjouster la seulle heure de alongne, [4100]Le feyt tenir prisonnier à Coulongne. Mais adverty de la mutacïon Qu'en France estoit telle augmnentacïon
§Le mont sainct Michel D'ardant desir receut, que à heur prospere, Pensa l'estat recouvrer de son pere. [4105]Lors ses amys tellement esprouva Que le moyen de se getter trouva Hors la prison. Et adonq soubz son umbre, Tost s'assembla de gens d'armes grand nombre. Mais se de luy me tays jusques à temps, [4110]J'espere bien le reprendre, et n'attendz Du principal perdre le possessoire, Pour mettre icy ung petit accessoire3. C'est que orendroict l'histoire nous instruict D'ung sumptueux ediffice construict [4115]Et erigé en crouppe de montaigne, Joingnant d'ung bort les mettes de Bretaigne, Et Normandye. Au plus hault de ce mont, Est l'ediffice eslevé, qui semond Tout œil humain à se donner merveille. [4120]Et si on veult faire en terre et mer veille, C'est bien ung lieu pour avoir seur esgard Que sainct MichelMichel, Saint Archange dans le judaïsme, le christianisme et l'islam en tout temps saulve et gard. Car pour les meurs, la vie et bontez franches Du bon AubertAubert d'Avranches (circa 660 — circa 725) Evêque français, lors evesque d'Avranches,
§Ediffïé par l'evesque d'Avranches [4125]Luy apparut en tierce visïon, À ce qu'il n'eust doubte de illusïon, L'admonnestant, pour le divin office Y celebrer, bastir tel ediffice, Au mont de Tube, où il fust reveré, [4130]Comme est au mont de Gargane honnoré. Le bon seigneur, sans jour ne heure attendre, Sceut promptement à la besongne entendre. Et si trés bien y vacqua que, de faict, L'œuvre fut tost acomply et parfaict. [4135]Et lorsqu'il eut menee à fin l'amplecte, L'eglise toute assouvye et complecte, Coleige y myct de chanoynes reiglez. Mais puis vivantz, comme gentz aveuglez, En leur faisant du desloger l'avance, [4140]Religïeux de reiglee observance Furent mys, telz que ores on congnoist L'ordre à l'estroit tenir de sainct BenoistBenoît de Nursie, saint (03/03/480 — 23/03/547) Fondateur du monachisme chrétien et de l'ordre bénédictin, saint des Églises catholique et orthodoxe . En ce hault mont, lieu solitaire, estrange Et difficile, est le trés digne archange, [4145]Tousjours requiz par le peuple fervent, Et desireux d'y voyager souvent.
§Priere à sainct MichelMichel, Saint Archange dans le judaïsme, le christianisme et l'islam Or le prions que noz cueurs durciz fende À DieuDieu Concept de Dieu dans le christianisme aymer, et en fin nous deffende De l'infernal dragon, comme celuy [4150]Qui eut victoire au ciel encontre luy4.
Note n°1
L'expression "ni rime ni raison" est attestée et signifie que
quelque chose est insensé. Au seuil d'un nouveau chapitre, cette
expression prend une dimension significativement métapoétique,
surtout alors que le poète anonnce qu'il va négliger un contenu
historique dépourvu de grandeur (épique).
Note n°2
Difficile pour Cretin de porter aux nues un personnage historique
qui ne serait pas d'une lignée royale légitime. Le rappel de
l'origine troyenne (donc illustre et pleinement française) de
Charles Martel vient compenser ce défaut et ôter toute gêne à
l'historiographe encomiaste, qui montre tout de même, par la
prétérition complice "Si ne vueil [...] trop me fonder", qu'il n'est
pas pleinement dupe de sa propre légitimation, puisqu'elle repose
plus sur le mythe que sur l'histoire. C'est pourquoi il prend soin,
ensuite, de légitimer Charles Martel par les faits. Quant à sa
future lignée, elle paraît garantie par son "épouse légitime" (tout
l'enjeu du développement précédent étant résumé dans cette rime
attendue) mais c'est un autre fils qui sera préféré sur la base de
ses vertus. La question de la véritable noblesse, qui ne s'acquiert
pas tant par la naissance que par les faits et les vertus, est
topique des discours et miroirs des princes (on en trouve déjà trace
chez Christine de Pizan).
Note n°3
C'est la
définition rhétorique de la digression qui, de Cicéron à Quintilien,
ne semble dévier de son sujet que pour y revenir plus
solidement.
Note n°4
Selon la légende, saint Michel a terrassé Satan, ayant
pris la forme d'un dragon. La statue présente au sommet de l'abbaye
du Mont-Saint-Michel, aujourd'hui, date du XIXe siècle.
Travail en cours








§De dagobert ſecond du nom.
§Pource que icy ſe fait vng conte nu. De dagobert ſelon le contenu. [4000]Queſt de luy mys au preſent repertoire. Charles martel embellira lhiſtoire. Qui darmes a maint grand fex ſouſtenu.
§Chapitre xxuieDE dagobert / ſecond du nom ne treuue. Acte qui ſoit / de vertueuſe eſpꝛeuue. [4005]Parquoy nen fait / mencion noſtre eſcript. Gueres non plus que dung homme pꝛeſcript. Auquel ny a bon ſens raiſon ne ryme. Et neſt ſinon vng chiffre en argoꝛiſme. Il fut mene comme vng vray ſot que on duyt. [4010]Et tout le faict du royaume conduyt. Soubz la tutelle et charge de plectrude. Femme a pepin par la ſolicitude. Dung ſien nepueu appele Thendouault. Loꝛs eſleue en vng credit moult hault.
§Guerre ſur laltercacion du gouuerneur. [4015]Faict du palays gꝛand gouuerneur et maiſtre. Par ſon exces / cauſa le royaume eſtre. En mauuais ply de telle oſtencion. Que feyt mouuoir gꝛiefue diſſencion. Entre francoys / dont les vngs ſa part tindꝛēt [4020]Aultres auſſi / encontre luy ſouſtindꝛent. A ce moyen ſeſmeut la guerre entre eulx. Si que le ſoꝛt fier et malencontreux. Qui en tel cas pluſieurs a moꝛt conuye. Tumba ſur luy / et fut pꝛiue de vie. [4025]Loꝛs en ſon lieu ragafrede eſtably Remyct vigueur au couraige affoibly. De dagobert / par ſi fiere maniere. Que en trauerſant la foꝛeſt charbonniere. A feu et ſang furent de tous coſtez. [4030]Pays bꝛuſlez / affolez et gaſtez. Par laguillon de guerre venymeuſe. Soudain paſſa iuſquau fleuue de meuſe. Et feyt auant les lieux deſemparer. Maulx que on ne peult iamais bien reparer. [4035]Mais toſt apꝛes celle qui au paſſaige. Ferme le paz dont nul viuant paſſe aaige.
§La mort de dagobert §foCiii Quant eſt venu le terme et dernier poinct. Sans le peril eſuiter peu ne point. A dagobert donna la male eſtreyne. [4040]Du coup moꝛtel en lan quart de ſon regne. Deux filz laiſſa lung nomme theodoꝛich. Qui fut laiſne / et lautre childerich. Mais les eſtatz de france en la ieuneſſe. Diceulx enffentz congnoiſſantz que ieu neſt ce. [4045]§A vng royaumne / ains malediction. Roy ieune auoir tenu en tucion. Et meſmement quant eſt de ſi baz aaige. Peult aduenir ſelon commun vſaige. Que cueurs ardantz au feu de dominer. [4050]Font perdꝛe gentz et biens exterminer. A ces raiſons danyel rendu moyne. Fut eſtably/au royal patrimoyne. Pour eſtre ſoubz ſon adueu gouuerne. Sans neantmoins ſe veoir roy couronne. [4055]Ne de ſacrer trouuer la voye ouuerte. Tant que euſt cheueulx et barbe recouuerte. Car ceſtoit loꝛs la facon des gentz lays. Barbes poꝛter / tant maiſtres que varletz.
§De carles martel. Auſſi voyons que oꝛes on acouſtume. [4060]Mettre en auant ceſte vieille couſtume. Qui eſt folye et ſuperſticion. Foꝛs que ce fuſt pꝛonoſticacion. Daller monſtrer barbes aux infidelles. Sans cela tien / que on doibt dire fy delles. [4065]§Ce meſmes temps hoꝛs de pꝛiſon ſoꝛtit. Charles martel qui darmes ſe ſoꝛtit. Delibere a fer et fuſt de lance. Faire apparoir ſa pꝛoueſſe et vaillance. Oꝛ entendez quil fut filz naturel. [4070]Au duc pepin qui eut le tempoꝛel. A gouuerner tout a ſa fantaſye. Vingt et ſept ans / en france et auſtraſye. Sans ce que aucun luy ſceuſt riens en oſter. Vng poinct y a qui bien faict a notter. [4075]Ceſt que celuy / pepin / dont ne foꝛligne. Charles martel fut de troyanne ligne. Son gꝛand ayeul / anchiſes ce ſcet on. A claire voix luy reſonne aſſez ton. Pour haultlouer ſa genealogie. [4080]Si ne vueil pas en ceſte theologie.
§Et de ſa marraſtre plectrude §foCiiii. Trop me fonder / ne foꝛt my arreſter. Et me ſuffyt de ce martel traicter. Dautant quen fait lhiſtoire plus dextime. §Dame plectrude eſpouſe legitime. [4085]Au duc pepin enffanta deux beaulx filz. Mais luy aymant plaiſir plus q̄ pꝛouffitz. Aſſez long temps la laiſſa et pꝛint celle. Ieune plaiſante et belle damoyſelle. Que calpyade ay trouuee / auoir nom. [4090]Et dicelle eut ce filz de gꝛand renom. Auquel touſiours ſa marraſtre plectrude. Signe monſtra de couraige foꝛt rude. Comme celuy que auoit a contrecueur. Par vng remoꝛs dennuyeuſe ranqueur. [4095]Pource que ainſi ſe trouua delaiſſee. Et hoꝛs du lict nuptial expulſee. Cela leſmeut aduenu le decez. De ſon eſpoux que ſans aultre pꝛocez. Ny adiouſter la ſeulle heure de alongne. [4100]Le feyt tenir pꝛiſonnier a coulongne. Mais aduerty de la mutacion. Quen france eſtoit / telle augmnentacion.
§Le mont ſainct michel. Dardant deſir / receut que a heur pꝛoſpere. Penſa leſtat recouurer de ſon pere. [4105]Loꝛs ſes amys / tellement eſpꝛouua. Que le moyen de ſe getter trouua. Hoꝛs la pꝛiſon / et adonq ſoubz ſon vmbꝛe. Toſt ſaſſembla de gensdarmes gꝛand nombꝛe. Mais ſe de luy me tays iuſques a temps. [4110]Ieſpere bien le repꝛendꝛe / et nattendz. Du pꝛincipal perdꝛe le poſſeſſoire. Pour mettre icy vng petit acceſſoire. Ceſt que oꝛendꝛoict lhiſtoire nous inſtruict. Dung ſumptueux ediffice conſtruict. [4115]Et erige en crouppe de montaigne. Ioingnant dung boꝛt les mettes de bretaigne. Et noꝛmandye / Au plus hault de ce mont. Eſt lediffice eſleue / qui ſemond. Tout œil humain a ſe donner merueille. [4120]Et ſi on veult faire en terre et mer veille. Ceſt bien vng lieu pour auoir ſeur eſgard. Que ſainct michel en tout temps ſaulue et gard. Car pour les meurs / la vie et bontez franches. Du bon aubert / loꝛs eueſque dauranches.
§Ediffie par leueſque dauranches. §Foeu. [4125]Luy apparut en tierce viſion. A ce quil neuſt doubte de illuſion. Ladmonneſtant pour le diuin office. Y celebꝛer / baſtir tel ediffice. Au mont de tube / ou il fuſt reuere. [4130]Comme eſt au mont de gargane honnoꝛe. Le bon ſeigneur ſans iour ne heure attendꝛe. Sceut pꝛomptement a la beſongne entendꝛe Et ſi tresbien y vacqua que de faict. Lœuure fut toſt acomply et parfaict. [4135]Et loꝛs quil eut menee a fin lamplecte. Legliſe toute aſſouuye et complecte. Coleige y myct de chanoynes reiglez. Mais puis viuantz comme gentz aueuglez. En leur faiſant du deſloger lauance. [4140]Religieux de reiglee obſeruance. Furent mys / telz que oꝛes on congnoiſt. Loꝛdꝛe a leſtroit / tenir de ſainct benoiſt . En ce hault mont lieu ſolitaire / eſtrange. Et difficile / eſt le tresdigne archange. [4145]Touſiours requiz / par le peuple feruent. Et deſireux dy voyager ſouuent.
§Priere a ſainct michel. Oꝛ le pꝛions que noz cueurs durciz fende. A dieu aymer / et en fin nous deffende. De linfernal dꝛagon / comme celuy. [4150]Qui eut victoire au ciel / encontre luy.
Afficher les surlignagesMasquer les surlignagesAfficher les appels de collationsMasquer les appels de collationsAfficher les appels de notesMasquer les appels de notes
§Pource que icy se fait ung conte nu De DagobertDagobert III (698 — 715) Roi des Francs (711-715)
Fils de Childebert III, selon le contenu [4000]Qu'est de luy mys au present repertoire, Charles MartelMartel, Charles (23/08/688 — 22/10/741) Maire du palais (officier principal de la cour sous les rois mérovingiens) (718-741)
Duc des Francs (718-741)
embellira l'histoire, Qui d'armes a maint grand fex soustenu.
§Chapitre xxvie.De DagobertDagobert III (698 — 715) Roi des Francs (711-715)
Fils de Childebert III second du nom, ne treuve Acte qui soit de vertueuse espreuve. [4005]Parquoy n'en fait mencïon nostre escript Gueres non plus que d'ung homme prescript, Auquel n'y a bon sens, raison ne ryme1, Et n'est sinon ung chiffre en argorisme. Il fut mené comme ung vray sot que on duyt, [4010]Et tout le faict du royaume conduyt Soubz la tutelle et charge de PlectrudePlectrude (VIIsiècle — circa 717) Epouse de Pépin de Herstal (?-?)
Sainte catholique, Femme à PepinPépin le Jeune (645 — 714) Maire du palais d'Austrasie (?-?)
Homme politique franc, par la solicitude D'ung sien nepveu appelé ThendouaultThéodebald (708 — 741) Maire du palais d'Austrasie. Lors eslevé en ung credit moult hault,
§Guerre sur l'altercacion du gouverneur [4015]Faict du palays grand gouverneur et maistre, Par son excés, causa le royaume estre En mauvais ply de telle ostencïon, Que feyt mouvoir griefve dissencïon Entre Françoys, dont les ungs sa part tindrent, [4020]Aultres aussi encontre luy soustindrent. À ce moyen, s'esmeut la guerre entre eulx, Si que le sort fier et malencontreux, Qui en tel cas plusieurs à mort convye, Tumba sur luy, et fut privé de vie. [4025]Lors, en son lieu, RagafredeRainfroi (VIIsiècle — 731) Chef militaire et politique franc du VIIIe siècle estably, Remyct vigueur au couraige affoibly De DagobertDagobert III (698 — 715) Roi des Francs (711-715)
Fils de Childebert III, par si fiere maniere Que en traversant la forest charbonniere, À feu et sang furent, de tous costez, [4030]Paÿs bruslez, affolez et gastez, Par l'aguillon de guerre venymeuse. Soudain passa jusqu'au fleuve de Meuse Et feyt, avant les lieux desemparer, Maulx que on ne peult jamais bien reparer. [4035]Mais tost aprés, celle qui au passaige Ferme le paz dont nul vivant passe aaige,
§La mort de DagobertDagobert III (698 — 715) Roi des Francs (711-715)
Fils de Childebert III Quant est venu le terme et dernier poinct, Sans le peril esviter peu ne point, À DagobertDagobert III (698 — 715) Roi des Francs (711-715)
Fils de Childebert III donna la male estreyne [4040]Du coup mortel, en l'an quart de son regne. Deux filz laissa : l'ung nommé TheodorichThierry IV (712 — circa 737) Roi des Francs (721-737)
Fils de Dagobert III, Qui fut l'aisné,, et l'autre ChilderichChildéric III (VIIIsiècle — 755) Roi des Francs (743-751)
Roi de Neustrie (743-751)
Roi de Bourgogne (743-751)
Roi d'Austrasie (743-751)
Fils de Dagobert III. Mais les estatz de France en la jeunesse D'iceulx enffentz, congnoissantz que jeu n'est ce [4045]§À ung royaumne, ains maledictïon Roy jeune avoir tenu en tucïon, Et mesmement, quant est de si baz aaige, Peult advenir, selon commun usaige, Que cueurs ardantz au feu de dominer [4050]Font perdre gentz et biens exterminer, À ces raisons, DanyelChilpéric II (673 — 721) Roi des Francs (?-?)
Successeur de Dagobert III, rendu moyne, Fut estably au royal patrimoyne, Pour estre soubz son adveu gouverné, Sans neantmoins se veoir roy couronné, [4055]Ne de sacrer trouver la voye ouverte, Tant que eust cheveulx et barbe recouverte. Car c'estoit lors la façon des gentz lays, Barbes porter, tant maistres que varletz.
§De Carles MartelMartel, Charles (23/08/688 — 22/10/741) Maire du palais (officier principal de la cour sous les rois mérovingiens) (718-741)
Duc des Francs (718-741)
Aussi voyons que ores on acoustume [4060]Mettre en avant ceste vieille coustume, Qui est folye et supersticïon, Fors que ce fust pronosticacïon D'aller monstrer barbes aux infidelles Sans cela : tien que on doibt dire fy d'elles. [4065]§Ce mesmes temps, hors de prison sortit Charles MartelMartel, Charles (23/08/688 — 22/10/741) Maire du palais (officier principal de la cour sous les rois mérovingiens) (718-741)
Duc des Francs (718-741)
, qui d'armes se sortit, Deliberé, à fer et fust de lance, Faire apparoir sa prouësse et vaillance. Or entendez qu'il fut filz naturel [4070]Au duc PepinPépin le Jeune (645 — 714) Maire du palais d'Austrasie (?-?)
Homme politique franc, qui eut le temporel À gouverner, tout à sa fantasye, Vingt et sept ans, en France et Austrasye, Sans ce que aucun luy sceust riens en oster. Ung poinct y a qui bien faict à notter, [4075]C'est que celuy PepinPépin le Jeune (645 — 714) Maire du palais d'Austrasie (?-?)
Homme politique franc, dont ne forligne Charles MartelMartel, Charles (23/08/688 — 22/10/741) Maire du palais (officier principal de la cour sous les rois mérovingiens) (718-741)
Duc des Francs (718-741)
, fut de troyanne ligne. Son grand ayeul AnchisesAnchise Personnage de la mythologie grecque, père d'Enée, ce scet on, À claire voix luy resonne assez ton, Pour hault louer sa genealogie. [4080]Si ne vueil pas en ceste theologie
§Et de sa marrastre PlectrudePlectrude (VIIsiècle — circa 717) Epouse de Pépin de Herstal (?-?)
Sainte catholique Trop me fonder, ne fort my arrester, Et me suffyt de ce MartelMartel, Charles (23/08/688 — 22/10/741) Maire du palais (officier principal de la cour sous les rois mérovingiens) (718-741)
Duc des Francs (718-741)
traicter, D'autant qu'en fait l'histoire plus d'extime2. §Dame PlectrudePlectrude (VIIsiècle — circa 717) Epouse de Pépin de Herstal (?-?)
Sainte catholique, espouse legitime, [4085]Au duc PepinPépin le Jeune (645 — 714) Maire du palais d'Austrasie (?-?)
Homme politique franc enffanta deux beaulx filz. Mais luy aymant plaisir plus que prouffitz, Assez longtemps la laissa et print celle Jeune plaisante et belle damoyselle, Que CalpyadeAlpaïde (VIsiècle — VIIsiècle) Seconde épouse de Pépin de Herstal (?-?)
Mère de Charles Martel ay trouvee avoir nom, [4090]Et d'icelle eut ce filz de grand renom, Auquel tousjours sa marrastre PlectrudePlectrude (VIIsiècle — circa 717) Epouse de Pépin de Herstal (?-?)
Sainte catholique Signe monstra de couraige fort rude, Comme celuy que avoit à contrecueur, Par ung remors d'ennuyeuse ranqueur, [4095]Pource que ainsi se trouva delaissee, Et hors du lict nuptial expulsee. Cela l'esmeut, advenu le decez De son espoux, que sans aultre procez, Ny adjouster la seulle heure de alongne, [4100]Le feyt tenir prisonnier à Coulongne. Mais adverty de la mutacïon Qu'en France estoit telle augmnentacïon
§Le mont sainct Michel D'ardant desir receut, que à heur prospere, Pensa l'estat recouvrer de son pere. [4105]Lors ses amys tellement esprouva Que le moyen de se getter trouva Hors la prison. Et adonq soubz son umbre, Tost s'assembla de gens d'armes grand nombre. Mais se de luy me tays jusques à temps, [4110]J'espere bien le reprendre, et n'attendz Du principal perdre le possessoire, Pour mettre icy ung petit accessoire3. C'est que orendroict l'histoire nous instruict D'ung sumptueux ediffice construict [4115]Et erigé en crouppe de montaigne, Joingnant d'ung bort les mettes de Bretaigne, Et Normandye. Au plus hault de ce mont, Est l'ediffice eslevé, qui semond Tout œil humain à se donner merveille. [4120]Et si on veult faire en terre et mer veille, C'est bien ung lieu pour avoir seur esgard Que sainct MichelMichel, Saint Archange dans le judaïsme, le christianisme et l'islam en tout temps saulve et gard. Car pour les meurs, la vie et bontez franches Du bon AubertAubert d'Avranches (circa 660 — circa 725) Evêque français, lors evesque d'Avranches,
§Ediffïé par l'evesque d'Avranches [4125]Luy apparut en tierce visïon, À ce qu'il n'eust doubte de illusïon, L'admonnestant, pour le divin office Y celebrer, bastir tel ediffice, Au mont de Tube, où il fust reveré, [4130]Comme est au mont de Gargane honnoré. Le bon seigneur, sans jour ne heure attendre, Sceut promptement à la besongne entendre. Et si trés bien y vacqua que, de faict, L'œuvre fut tost acomply et parfaict. [4135]Et lorsqu'il eut menee à fin l'amplecte, L'eglise toute assouvye et complecte, Coleige y myct de chanoynes reiglez. Mais puis vivantz, comme gentz aveuglez, En leur faisant du desloger l'avance, [4140]Religïeux de reiglee observance Furent mys, telz que ores on congnoist L'ordre à l'estroit tenir de sainct BenoistBenoît de Nursie, saint (03/03/480 — 23/03/547) Fondateur du monachisme chrétien et de l'ordre bénédictin, saint des Églises catholique et orthodoxe . En ce hault mont, lieu solitaire, estrange Et difficile, est le trés digne archange, [4145]Tousjours requiz par le peuple fervent, Et desireux d'y voyager souvent.
§Priere à sainct MichelMichel, Saint Archange dans le judaïsme, le christianisme et l'islam Or le prions que noz cueurs durciz fende À DieuDieu Concept de Dieu dans le christianisme aymer, et en fin nous deffende De l'infernal dragon, comme celuy [4150]Qui eut victoire au ciel encontre luy4.
Note n°1
L'expression "ni rime ni raison" est attestée et signifie que
quelque chose est insensé. Au seuil d'un nouveau chapitre, cette
expression prend une dimension significativement métapoétique,
surtout alors que le poète anonnce qu'il va négliger un contenu
historique dépourvu de grandeur (épique).
Note n°2
Difficile pour Cretin de porter aux nues un personnage historique
qui ne serait pas d'une lignée royale légitime. Le rappel de
l'origine troyenne (donc illustre et pleinement française) de
Charles Martel vient compenser ce défaut et ôter toute gêne à
l'historiographe encomiaste, qui montre tout de même, par la
prétérition complice "Si ne vueil [...] trop me fonder", qu'il n'est
pas pleinement dupe de sa propre légitimation, puisqu'elle repose
plus sur le mythe que sur l'histoire. C'est pourquoi il prend soin,
ensuite, de légitimer Charles Martel par les faits. Quant à sa
future lignée, elle paraît garantie par son "épouse légitime" (tout
l'enjeu du développement précédent étant résumé dans cette rime
attendue) mais c'est un autre fils qui sera préféré sur la base de
ses vertus. La question de la véritable noblesse, qui ne s'acquiert
pas tant par la naissance que par les faits et les vertus, est
topique des discours et miroirs des princes (on en trouve déjà trace
chez Christine de Pizan).
Note n°3
C'est la
définition rhétorique de la digression qui, de Cicéron à Quintilien,
ne semble dévier de son sujet que pour y revenir plus
solidement.
Note n°4
Selon la légende, saint Michel a terrassé Satan, ayant
pris la forme d'un dragon. La statue présente au sommet de l'abbaye
du Mont-Saint-Michel, aujourd'hui, date du XIXe siècle.
Travail en cours
Note n°1
L'expression "ni rime ni raison" est attestée et signifie que
quelque chose est insensé. Au seuil d'un nouveau chapitre, cette
expression prend une dimension significativement métapoétique,
surtout alors que le poète anonnce qu'il va négliger un contenu
historique dépourvu de grandeur (épique).
Note n°2
Difficile pour Cretin de porter aux nues un personnage historique
qui ne serait pas d'une lignée royale légitime. Le rappel de
l'origine troyenne (donc illustre et pleinement française) de
Charles Martel vient compenser ce défaut et ôter toute gêne à
l'historiographe encomiaste, qui montre tout de même, par la
prétérition complice "Si ne vueil [...] trop me fonder", qu'il n'est
pas pleinement dupe de sa propre légitimation, puisqu'elle repose
plus sur le mythe que sur l'histoire. C'est pourquoi il prend soin,
ensuite, de légitimer Charles Martel par les faits. Quant à sa
future lignée, elle paraît garantie par son "épouse légitime" (tout
l'enjeu du développement précédent étant résumé dans cette rime
attendue) mais c'est un autre fils qui sera préféré sur la base de
ses vertus. La question de la véritable noblesse, qui ne s'acquiert
pas tant par la naissance que par les faits et les vertus, est
topique des discours et miroirs des princes (on en trouve déjà trace
chez Christine de Pizan).
Note n°3
C'est la
définition rhétorique de la digression qui, de Cicéron à Quintilien,
ne semble dévier de son sujet que pour y revenir plus
solidement.
Note n°4
Selon la légende, saint Michel a terrassé Satan, ayant
pris la forme d'un dragon. La statue présente au sommet de l'abbaye
du Mont-Saint-Michel, aujourd'hui, date du XIXe siècle.
Travail en cours