Cretin réécrit les GCF,
liv. I, chap. 6 (vol. 1, p. 26) : « Quant li rois Clodio out
regné XX anz, il paia le treü de nature. Après lui regna
Merovées. Cil Merovées ne fu pas ses fius, mais il fu de son
lignage. De cetui eissi la premiere generation des rois de
France ; si dura sanz faillir d'oir en hoir jusques à la
generation Pepin le secont, le pere le grant
Challemaine. » [Nicolas de La Chesnaye], Les
Grandes Chroniques, liv. I, chap. 7 (éd. Galliot du Pré,
1514, fol. Vr) propose un récit très proche : « Mais peu de
temps aprés, nulz enfans delaisséz, le XX an de son regne,
Clodion alla de vie à trespas, au lieu duquel Meroneus, qui
estoit son plus prochain parent, fut institué roy, duquel
jusques au roy Pepin, pere de Charlemaigne, dure et persevere
sans discord la lignee et ordre des roys. »
Cretin amplifie une simple mention des GCF, liv. I,
chap. 6 (vol. 1, p. 26) : « Cist rois fu moult profitables au
roiaume. » [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, liv. I, chap. [8] (éd. Galliot du Pré, 1514,
fol. Vr) a un texte proche : « Meroneus fut trés utile et
proffitable au royaulme. »
Cretin
s'appuie sur les GCF, liv. I, chap. 6 (vol. 1, p.
26-27) : « En ce tens passerent le Rim une gente qui estoient
apelé li Hun ; la cité de Treves craventerent, tout le païs
d'entor Tongres ardirent et gasterent. En tel maniere estoit
toute Galle en batailles, en persecutions ; partout resonnoit
cri, pleur, doleurs et pestilences, occisions et rapines ; si
dura ceste male aventure jusques à la cité d'Orliens ; la vile
assistrent, et mistrent gardes aus portes que nus ne peust
eissir. » [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, liv. I, chap. [8] (éd. Galliot du Pré, 1514,
fol. Vr) est beaucoup plus lacunaire : « Combien que moult ait
souffert des Hunes courans sus aux Tugres et mettoys et riblans
par le residu du pays de Gaulle... »
Référence à la prédication de Jonas et au jeûne de Ninive (Jonas 3 :
1-10).
Mot latin, utilisé
pour reconnaître et se repentir de ses propres
péchés.
Cretin
continue de suivre les GCF, liv. I, chap. 6 (vol. 1,
p. 27), amplifiant la prière d'Aignan qui n'existe pas chez [Nicolas
de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I,
chap. [8] (éd. Galliot du Pré, 1514, fol. Vr) : « En ce tens
estoit Sainz Agniens evesques d'Orliens ; li sainz hons fist sa
proiere vers Nostre Seigneur que il confortast le païs et la
cité. » Du reste, la présence de discours inventés (par
Cretin ou ses sources) ne contrevient pas au travail
historiographique. Les grands historiens de l’Antiquité tels
Tite-Live, Hérodote ou Thucydide inséraient déjà des discours dans
leurs récits historiques. Ces moments d’éloquence ne sont pas
présentés comme une copie fidèle de ce qui a été dit ou entendu par
un témoin, ils correspondent à ce que l’historien pense qu’il a été
dit, en fonction de l’éthos de l’orateur et
de son auditoire, ou encore des circonstances. Ils sont donc pure
invention, mais d’une invention qui donne à voir et à entendre les
réalités du moment, et que l’historien connait par son travail, ses
lectures (voir Andrew Laird, Powers of expression,
expressions of power. Speech presentation and Latin
Literature, Oxford University Press, 1999 ; Ragnar
Ullmann, La technique des discours dans Salluste, Tite-Live
et Tacite. La Matière et la composition, I kommisjon
hos. J. Dybwad, Oslo, 1927). Dans le contexte d'une lecture orale de
la Chronique à la cour, la création ou
l'amplification de ces discours par Cretin sert aussi à animer la
performance de la mise en voix.
Cette insertion est de la plume de Cretin.
Cretin poursuit sa
réécriture des GCF, liv. I, chap. 6 (vol. 1, p. 27) :
« Nostre Sires oï sa proiere, car par ses oresons et par sa
merite fu li orgueuz de ce pople si triblez que il s'enfuirent
et se perdirent en tel maniere que l'en ne pout ainques puis
savoir que il devinrent ne où il habiterent »
Cretin reprend à
la fin de ce chapitre la matière que [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [8] (éd.
Galliot du Pré, 1514, fol. Vr) consacre à Mérovée : « ... car
en Chalonnoys avec Ecius senateur rommain glorieusement batailla
contre Attille, roy des Hunes, où l'on dit que centre quattre
vingtz mille hommes moururent, entre lesquelz Thierry, roy des
Visegothz, suyvant Meroneus et Ecius, fut occis. » Les
GCF, liv. I, chap. 6 (vol. 1, p. 26-27) ne
mentionnent ici ni le Chalonnois, ni Attila, ni une bataille, ni
Aetius, ni Théodoric Ier.
Cette mention ne figure
ni dans les GCF, liv. I, chap. 6 (vol. 1, p. 27), ni
chez [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, liv. I, chap. [8] (éd. Galliot du Pré, 1514,
fol. Vr), et semble être une originalité de Cretin.
Cretin revient aux GCF, liv. I, chap.
6 (vol. 1, p. 27) auxquelles il emprunte la durée du règne de
Mérovée : « Morz fu li rois Merovées après ce que il out regné
XVIII anz. » [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, liv. I, chap. [8] (éd. Galliot du Pré, 1514,
fol. Vr) n'en fait pas mention.