Cretin reprend à
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVIIIr
les données généalogiques et l'orthographe des noms, à l'exception
d'un seul : « Nigegonde, seur de Chilperic mariee avecques
Hermehilde, Gotht, lequel avec son pere Hengilde tenoit le royaulme
d'Espaigne ». L'orthographe plébiscitée par Cretin pour le nom de la
princesse mérovingienne est conforme à celle des GCF,
liv. III, chap. 13 (vol. 1, p. 276), qui disent : « Hermenigildes
[édition Bonhomme : « Hermengille »], fiuz Leugilde [édition
Bonhomme : « Lengilde »] le roi des Ghociens qui en Espagne
habitoient, out espousée Ingonde [édition Bonhomme : « Nigonde »] la
sereur le roi Childebert ». Faire d'Ingonthe la sœur de Chilpéric
plutôt que sa nièce et la sœur de Childebert rend son mariage avec
un Wisigoth pratiquant l'arianisme plus difficile à justifier :
fille de Sigebert et Brunehaut, Ingonthe avait des liens forts avec
le royaume wisigothique.
Comme pour la conversion de Clovis, Cretin fait de
la femme le moteur de la conversion chrétienne. Cela renvoie à une
certaine répartition des prérogatives du couple royal en usage au
début du XVIe siècle, notamment étudiée
par Nicole Hochner (Louis XII. Les dérèglements de l'image
royale (1498-1515), Paris, Champ Vallon, 2013, chap. 7 :
« La reine, cet “autre” roi », p. 245-278) ou Claudie Martin-Ulrich,
qui explique que « si le roi est l'agent, la reine est le moteur ou
plus exactement l'inspiratrice très chrétienne des actes du monarque
» (La persona de la princesse au
XVIe siècle : personnage
littéraire et personnage politique, Paris, Champion,
2004, p. 341).
Goswinthe est en
réalité la grand-mère maternelle d'Ingonthe, mais la généalogie
erronnée de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. XVIIIr que suit Cretin, et qui ne fait pas mention de
Brunehaut, ne lui permet pas d'expliciter en quoi l'évocation de
Brunehaut qu'il rencontre à l'endroit correspondant dans les
GCF, liv. III, chap. 13 (vol. 1, p. 276-277)
entretient un quelconque rapport avec l'épisode rapporté : « En ce
tens souffrirent li crestien grant persecution en Espagne, de
laquele Gadsonde, la mere Bruneheut, fu cause en la maniere que vous
orrez ci conter. » Quelques lignes plus loin, le tableau est rendu
incompréhensible par une erreur manifeste : Ingonthe « fille estoit
Bruneheut, la mere ledit ro Childebert, et niece à la devant dite
Gadsonde. » Si Cretin n'a pu démêler cet écheveau, il ne manque pas
l'occasion d'évoquer Brunehaut une nouvelle fois, le livre II de la
Chronique française étant en bonne part dévolu au
compte rendu des luttes qui l'opposent à Frédégonde.
Apocalypse 2 : 10 : « Ne
crains pas ce que tu vas souffrir. Voici, le diable jettera
quelques-uns d'entre vous en prison, afin que vous soyez éprouvés,
et vous aurez une tribulation de dix jours. Sois fidèle jusqu'à la
mort, et je te donnerai la couronne de vie. » Saint Herménégilde est
effectivement fêté comme martyr le 13 avril.
Cretin développe une
simple mention de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVIIIr-XVIIIv sans véritablement y
ajouter du contenu : « laquelle chose [la conversion de
Herménégilde] par Gonsalde rapportee au roy Hengilde, le jour de la
feste de la resurrection Nostre Saulveur et redempteur Jhesu Christ,
en une prison cruellement occist Hermegilde d'une coignée.
»
Le vers est surnuméraire dans le
manuscrit BnF fr. 2818, d'où les corrections des autres
manuscrits.
Historiquement, ce n'est pas
la même Ingonde qu'auparavant (ici ce n'est pas la femme de
Clotaire). Cretin la désigne comme la sœur de Chilpéric alors qu'il
s'agit de sa nièce.
En ne nommant
par immédiatement Maurice, à l'inverse de [Nicolas de La Chesnaye], Les
Grandes Chroniques, fol. XVIIIv, Cretin manque une
occasion de jeter un pont avec le chapitre précédent. Il est
finalement appelé par son nom au v. 3165.
Cretin cite presque
verbatim [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIIv : les
Byzantins « la menant à Maurice, confitte en larmes et gemissemens,
rendit son esperit ».
Ni [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVIIIv (« son filz, mené à
Constantinoble, fut livre à l'empereur »), ni les
GCF, liv. III, chap. 13 (« li enfes fu menez en
Costantinoble à l'empereor Morise » [vol. 1, p. 277]) ne donnent le
nom de cet enfant. Les bons traitements que l'empereur Maurice lui
réservent sont une originalité de Cretin.
Cretin développe le récit d'une bataille plus
brièvement évoquée par [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVIIIv : « Chilperic, adverty des
injures de sa seur et son filz, grant nombre de gens d'armes
assemblés, s'en alla livrer bataille à Hengilde, aucteur de ceste
persecution. D'un costé et d'aultre fut faicte baterie et tuerie,
mais plus des Gothz que des aultres, desquelz abondamment saoullé et
enrichi, Chilperic chargé de moult grande proye se retira en sa
maison. »
Suivant [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVIIIv et sa confusion entre Chilpéric
et Childebert (« Luy [Chilpéric] retourné, l'empereur derechef par
ses ambassadeurs l'admonnesta selon ses promesses et conventions
getter et expulser les Lombars de Italye »), Cretin est contraint
d'évoquer, malgré son étrangeté, cette nouvelle tentative faite par
l'empereur Maurice de tenir Chilpéric à ses engagements dans la
lutte contre les Lombards. L'enjeu représenté par la captivité
supposée d'Ingonthe et son fils permettent à [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIIv et à Cretin
de justifier la réponse donnée par Chilpéric qui, à l'inverse de la
précédente rapportée au chapitre 18, est cette fois positive. Dans
les GCF, liv. III, chap. 13 (vol. 1, p. 278), Maurice
s'adresse à Childebert : « Li empereres Morises li [Childebert]
manda puis que il alast seur les Lombarz ; plus volentiers le fist,
pour ce que il cuidoit que sa sereur fust encore en Costantinoble et
que li empereres la li deust rendre pour ce servise. »
Cette réflexion sur la nécessité d'avoir à sa
disposition une armée homogène est un ajout de Cretin par rapport à
ses deux sources principales.
La conduite peu aventureuse
de Chilpéric tranche avec le portrait que Cretin brosse de lui par
ailleurs dans la Chronique française.
L'expression « tirer son épingle du
jeu » est attestée dès le XVe
siècle. Signifiant « se tirer d'affaire », elle provient
d'un jeu populaire chez les petites filles, consistant à retirer des
épingles posées dans un cercle, au sol, à l'aide d'une pierre ou
d'une balle.