Introduction

François Ier, souverain humaniste et lettré à qui tout paraît sourire à son avènement en 1515, commande à Guillaume Cretin la Chronique française en vers. Il entend ainsi renouer avec un passé glorieux et s’attache à en transmettre la mémoire.

Le livre I, ms BnF fr. 2817 de la série royale, est à la fois le moins illustré et le plus réussi par sa conception d’ensemble : l’affirmation et la théorisation du pouvoir monarchique souverain via un imaginaire symbolique redessiné. Huit grandes peintures viennent l’enrichir par une harmonie subtile entre leurs qualités esthétiques (Avril) et leur portée politique. Elles se distinguent de la tradition des Grandes chroniques de France par l’originalité des sujets retenus ou moins souvent par la façon dont ils sont traités. Leur répartition très inégale est l’indice d’une économie différente des autres volumes.

Le discours visuel, puissant et cohérent, couvre plus d’un millénaire des origines jusqu’au partage du royaume par les fils de Clovis : premiers temps d’une lignée prestigieuse (chap. 1), naissance de la dynastie et son ancrage territorial (chap. 5,6,7,8) et l’élection divine (chap. 11,20). Les peintures créent entre ce passé révolu et le présent des liens qui font entrer le commanditaire dans le récit visuel par des allusions discrètes ou des analogies. À travers l’histoire de ses prédécesseurs il retrouve sous un jour flatteur une partie de son histoire et l’annonce des plus hautes destinées auxquelles il aspire.

L’image de dédicace suit le prologue « L’œuvre tel que mon petit scavoir pourra construyre et bastir l’ay desdié et desdie à vostre digne et sacree majesté ». Elle donne à voir dans un somptueux décor l’humilité de l’auteur, la sacralité du dédicataire et ses ambitions. Cretin en faisant hommage de son travail au roi se place sous sa protection. Contre de bons et gros gages (Éllisèche) il est au service du nouveau César, empereur en son royaume et promis à l’Empire universel. Les peintures suivantes exposent les fondements du pouvoir, garants d la légitimité de François Ier, tels qu’ils sont au début du XVIe siècle.

Les racines et les premiers Mérovingiens

L’ascendance troyenne, bien antérieure à la fondation de Rome, est la plus illustre. L’arrivée des exilés au terme de leur voyage en Cornouaillles, est associée à la création des armes de Bretagne. Cette dernière renvoie à l’union pacifique au royaume par le mariage royal de 1514 et fait de la reine Claude de France, une dédicataire secondaire (le couple, de manière emblématique, apparaît au fol. 7 du ms BnF fr. 2819).

Pharamond, ancêtre des Mérovingiens, retient le nom du fils de Priam, Pâris, pour sa belle capitale et donne au royaume sa première loi fondamentale la loi salique (dévolution par hérédité et primogéniture mâle). Son successeur immédiat (instantanéité) Clodion le Chevelu prend Cambrai, victoire qui préfigure le retour de la ville que François Ier négocie. Il s’est engagé par le serment du sacre à préserver l’intégrité du royaume et la paix. Comme Mérovée, qui a chassé les Huns païens, il est chef de la croisade, depuis décembre 1515, titre donné d’habitude à l’empereur. Sa noblesse lui apporte aide militaire et conseil. Le souverain lui accorde des charges, des revenus fonciers et entretient avec elle des liens d’amitié et de fidélité auxquels il ne peut manquer. Childéric, pour avoir attenté à l’honneur familial des Grands doit s’exiler pour mieux revenir, il ne peut renoncer à ses droits, ni abdiquer (indisponibilité).

La royauté sacrée et l’élection divine

Clovis baptisé est le premier roi de France chrétien : un ensemble de signes célestiels caractérise sa royauté désormais sacrée. Il est l’élu de Dieu pour conduire son peuple au salut, combat spirituel, qui oblige ses successeurs. Après lui, ses quatre fils assurent le devenir de la dynastie et volent au secours de Clotilde, sa veuve, qui ne peut laisser impunis les assassins de ses parents, devoir moral et politique.

Prince légitime par sa naissance, François Ier entend promouvoir la Couronne par l’exercice d’un pouvoir renforcé qu’il n’assume pas seul. Avec le soutien de son peuple, il assure la défense et l’expansion du royaume et accroît sa puissance. Oint du Seigneur, il s’inscrit dans une lignée immémoriale et bénie de Dieu, à vocation universelle, ainsi se perpétue un sang à nul autre pareil.