Jv
2v
15r
18r
22r
24v
40r
77vLe ms fr. 2817, sans titre, est orné d’une première peinture considérée comme une
des plus réussies de l’artiste parisien Jean PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français1.
Cette image de dédicace2 reprend le texte rédigé par Guillaume
CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français à l’intention de François Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
François Ier, à qui il fait hommage de son travail et sous la
protection duquel il se place : « L’œuvre tel que mon petit scavoir pourra construyre et bastir
l’ay desdié et desdie à vostre digne et sacree majesté ». Insérée au verso d’une page vide3, à la fin des dix feuillets du premier prologue en prose,
auquel elle se rattache par son contenu, elle est réalisée avec un soin extrême4. Dans un somptueux décor, avec une mise en scène qui
renouvelle le genre, elle présente une des premières figurations du nouveau roi depuis son
avènement5
et une partie des cadres6 de l’armée d’Italie. Le contraste chromatique saisissant
met en valeur le vainqueur de Marignan7 et Guillaume Cretin, le prince des rhétoriqueurs dont
il attend une gloire éternelle. La composition donne à voir, avec les ambitions du nouveau
CésarInformations à venir (cesar_jules)8,
tout un programme. Elle est dominée au premier plan par deux figures monumentales.
La scène de dédicace, au début d’un règne que le roi veut novateur9, est en résonance avec le
prologue10.
La date et le lieu où se déroule l’événement ne sont pas connus11, la composition
réelle de l’assemblée échappe12
La cérémonie s’inscrit dans un cadre architecturé italianisant, 13 dont la base s’orne au centre d’une petite fleur de lis.Le peintre rappelle ainsi avec discrétion qu’il s’agit d’un roi de France14.
La splendeur du palais, où elle intervient, est suggérée par une pièce circulaire de grande taille d’inspiration classique qui permet d’accéder à une salle au plafond en berceau en pierre et à caissons15. Au sol, des carreaux de marbre veiné, en trois couleurs16, sont dessinés avec deux points de fuite, un pour chaque pièce17. Un riche ensemble textile, dont le roi a le goût et aux couleurs de mode, allie faste et confort18 : il sert d’écrin à la cérémonie 19. Un dais gris20, dont le peintre souligne la structure, et une tenture chatoyante de brocart rose21, à grands motifs floraux, délimitent l’espace, qui concrétise la sacralité intrinsèque du roi (PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français revisite les codes). Le decorum permet au roi, prince humaniste, de connaître sa juste place dans la société (CicéronCicéron (03/01/106 av J.C. — 07/12/43 av J.C.) Orateur, homme politique et philosophe romain) et d’exercer sa magnificence (AristoteAristote (384 av J.C. — 07/03/322 av J.C.) Philosophe grec), aptitude à démontrer son droit de gouverner par ses vertus personnelles, ses actions et sa magnanimité22.
Le peintre ne donne pas deFrançois IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
un portrait au sens
strict, car il n’a pas posé et ne regarde pas le lecteur. Ses traits sont juvéniles et idéalisés24.
Quelques éléments suffisent à l’identification du souverain : le nez un peu long, pointu25, les yeux en amande26 et la haute stature27. Le portrait est de Jean Perréal28. Les yeux sont bleus, légèrement cernés, un trait souligne la partie mobile
de la paupière supérieure. Les sourcils sont fins et courts, le teint est très pâle29, le philtrum30dessiné, la bouche colorée, petite et charnue, le menton rond,
pourvu d’une fossette. Les
cheveux sont roux, raides, avec des pointes plus foncées. Le visage est de trois quarts, incliné.
Son modelé est évoqué par des dégradés délicats : le contour, par une ombre sous l’avant du
menton, une autre sur le haut de l’aile gauche du nez, une sur la narine, une légère touche de
rose est posée, comme poudrée, sur le haut de la pommette ; sur le front apparaît l’ombre portée
par sa toque31.
Il s’agit d’un portrait en pied32. Le roi, dont la très grande taille est connue, se distingue aussi
par son élégance et le raffinement de son costume. La toque noire s'orne d'un bijou or, sur le rebras arrière le plus haut.
Le pourpoint est de brocart or33 aux motifs renaissants
comme la jupe, dont les plis ronds laissent deviner l’épaisseur. Elle est ourlée d’un motif floral
puis d’un bandeau de lettres. Ces dernières se retrouvent sur le manteau court, de la même
étoffe. Ses deux pans rejetés à l’arrière accentuent la carrure du roi et laissent voir une doublure
de soie rose semée de points or. Les manches à crevés sont en brocart gris sur
une chemise blanche34 dont le col et le poignet s’ornent d’un volant
de dentelles35. Une
écharpe blanche est nouée à la taille. Le portrait est complété par des chausses noires, un
repeint36 et des chaussures en pattes d’ours.
François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
est
le seul à être armé d'une épée nue au côté37. Sa figuration intrigue
par son mode de suspension, l’absence de fourreau et de
baudrier. L’attache, par deux liens or à la taille (jamais reprise ensuite), exclut une utilisation
rapide et facile. Il s’agit en fait d’une épée dite de paix, comme Clarent, l’épée d’ArthurPendragon, Arthur Roi légendaire des Bretons
et d’Uther PendragonPendragon, Uther Roi et père du roi Arthur dans les Légendes arthuriennes, utilisée seulement lors de cérémonies pacifiques
38.
Le roi est debout devant un trône, en forme de chaise curule39
et en bois d’essence claire. Il est seul à pouvoir s’asseoir
40. Après la présentation du Grand Maître
41, le roi s’est levé 42,
main droite tendue vers l’auteur, paume tournée vers le haut pour recevoir l’œuvre43 – soit une éclatante reconnaissance.
Le costume sombre et sobre de Cretin met en valeur le prince de lumière.
Tout dans l’image dit la révérence à l’égard du jeune souverain, l’attente un peu craintive de la réaction du mécène, dans le même registre que le prologue. Il occupe près d’un tiers du registre inférieur, ce qui le distingue du reste de la cour. Grâce à des aplats d’un gris plus clair et des traits noirs sur son habit, le peintre laisse deviner sa morphologie : le personnage massif est revêtu d’une longue robe anthracite sur une chemise noire. Seuls le cou le visage et les épaules entrent dans la moitié supérieure de l’image. Les cheveux sont courts, noirs, avec une frange clairsemée, les yeux bleu-gris clair, le nez fin, les lèvres minces, les pommettes hautes, les joues rosées. Une légère bajoue, un pli nasogénien marqué, un menton à fossette, des rides sur le cou et une carnation rendue avec réalisme en font un portrait qui traduit une influence flamande45. Le portrait est attribué à Jean PerréalInformations à venir (jean_perreal). Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français est à genoux et nue tête en raison de la proximité avec le roi46. Le visage tourné vers le prince, sans esquisser un sourire, il le regarde dans les yeux47 et lui tend l’épais volume par le dos, à deux mains, de telle sorte qu’elles ne touchent pas celle du roi. La reliure de velours blanc, pourvue de deux fermoirs métalliques, élégante et simple, est conforme à la modestie relative affichée dans le prologue, captatio benevolentiaede circonstance. L’auteur a pu, avec déférence, s’approcher du prince – un seul carreau les sépare - et entrer un instant dans sa familiarité. Cet accueil privilégié est un hommage à l’excellence du poète, à la qualité de son œuvre. Il est aussi reconnaissance du service attendu et rendu dans la construction de l’image royale : légitimité et gloire éternelle 48.
Artus GouffierInformations à venir (artus_gouffier_de_boisy), seigneur de Boisy (1474-1519), le Grand Maître49. Il a été gouverneur du prince avant son avènement. C'est un fidèle de Louise de SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier50. Ici au second plan, légèrement en retrait, il présente au roi l’auteur en l’encourageant51. La composition et sa haute silhouette 52 soulignent son rôle d’intermédiaire 53. La main54 qui désigne l’auteur est au centre de l’image. Tête nue et droite, Artus GouffierInformations à venir (artus_gouffier_de_boisy) regarde le roi, ses cheveux foncés sont coupés au carré avec une frange. Le modelé du visage montre les fines rides entre les sourcils, le sillon nasogénien, l’ombre de la barbe au bas de la joue, les pommettes rosées, le philtrum, le menton rond, la pomme d’Adam et les muscles sterno-clédo-mastoïdiens qui dessinent la fossette de la gorge. C'est un portrait55. Court vêtu sous un long manteau noir dont les revers de manches et les doublures ou parements sont fauves56, il constitue avec Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français une diagonale sombre qui met en valeur l’éclat du souverain.
Le prince reste accessible. Malgré un protocole encore simple, la cour est déjà un ensemble hiérarchisé57. Les tentures de brocart vert et de brocatelle marron58 soulignent le rôle discriminant de la distance avec le roi. Dix courtisans en civil suivent la cérémonie 59. Ils sont disposés en profondeur, organisés en cercles autour des caractères principaux, selon leurs rangs, par ordre de préséance les personnes de qualité se tenant au plus près du roi, ensuite le reste des courtisans : soit l’auteur et le roi, puis le Grand Maître, en retrait deux autres, puis encore deux autres et les six derniers dont ne sont visibles que le visage ou une partie du visage. Ces hommes, plutôt jeunes ou dans la force de l’âge, tous couverts, sont vêtus de long pour ce que l’on peut voir. Les têtes sont toutes inclinées vers la droite. Ils sont attentifs au moment clé de la cérémonie.
Deux personnages, symétriques dans la composition et placés un peu en retrait,
se remarquent par leur position dans l’assemblée. Ils sont des membres importants de la famille royale.
Charles IVInformations à venir (charles_dalencon), duc d’Alençon (1489-1525),
comte d’Armagnac et de Rodez, se trouve, presque visible en entier,
à la droite du roi, dont le séparent tout de même au sol quatre carreaux60.
Premier prince de sang, il est alors héritier présomptif du trône et époux de MargueriteMarguerite de Navarre (11/04/1492 — 21/12/1549) Sœur aînée du roi François Ier, femme de lettres, diplomate, protectrice
d'écrivains et d'artistes, reine de Navarre (1492-1549), sœur aînée de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
61. Un bijou or sur son
chapeau62, une chaîne et son manteau de fourrure
gris moucheté63 soulignent son
éminence. Il partage l’honneur du dais. Ses mains sont serrées sur un long bâton de pèlerin sur lequel
il s’appuie64.
C’est une allusion au pèlerinage solennel à pied que
François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
fait au saint
suaire de Chambéry65.
Il part de Lyon le 28 mai 1516 avec Louise de SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier,
la reine ClaudeClaude de France (13/10/1499 — 20/07/1524) Pénultième duchesse de Bretagne, reine de France et première épouse de
François Ier, la cour et des ambassadeurs,
pour rendre grâce de la victoire de Marignan.
Le cortège, mené par Charles d’AlençonCharles IV d'Alençon (2 septembre 1489 — 11 avril 1525) Aristocrate français,
arrive le 15 juin 1516 au château de la maison de Savoie, qui abrite le linge précieux dans sa chapelle palatine.
AlençonCharles IV d'Alençon (2 septembre 1489 — 11 avril 1525) Aristocrate français ici ne regarde pas l’auteur, son regard est dirigé vers le connétable
de Bourbon.
Le peintre a su rendre compte avec habileté, par sa composition, de l’état des relations entre le roi et son connétable :
il fait
partie de l’entourage du roi, qui fait preuve à son égard de courtoisie et lui marque
sa reconnaissance66,
mais l’éloigne progressivement67.
Charles III de BourbonCharles III de Bourbon (1460 — 1527) Duc de Bourbon, connétable de France (1490-1527) est tout à gauche,
tourné vers le roi et ne regardant que lui, comme le reste de l’assistance. Le peintre sait en évoquer la beauté
68.
Son costume somptueux de lamas rose, au col de fourrure gris69
rappelle qu’il est le plus riche70 et le plus puissant
des vassaux du roi. François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
l’a fidélisé par l’octroi,
le 12 janvier 1515, de la charge de connétable attribuée à vie
et promise déjà par Louis XII. Le titre récompense sa valeur militaire71 et sa fidélité
72. Il dispose ainsi d’un immense pouvoir :
chef de l’armée en l’absence du roi, il commande l’avant-garde en sa présence. Il a joué un rôle décisif à Marignan
73.
Lettré, sa cour, qui siège à Moulins, est à la fois prestigieuse et avant-gardiste74.
En 1517, le roi séjourne dans son château, un des plus grands du royaume pour le baptême de François de Bourbon
75
dont il est le parrain (le roi n’a pas encore d’héritier mâle).
Il est ébloui par des fêtes brillantes et raffinées76, le déploiement d’un luxe inouï77 dont le souverain reconnaît n’avoir pas les moyens,
l’élégance et la richesse des costumes. Il est en fait un des derniers grands féodaux à pouvoir s’opposer à lui.
À l'arrière de ce premier cercle, au deuxième rang, se trouvent deux hommes dont seuls le visage et
une partie du buste sont visibles : près de Charles IVInformations à venir (charles_4_alencon), avec une toque à rebras
gris clair, signe de distinction sociale, se tient peut-être Odet de FoixOdet de Foix (1485 — 1528) Vicomte de Lautrec, maréchal de France, seigneur de Lautrec
(1485-1528)78,
maréchal de France, en Italie avec François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
, à la tête des troupes
de reconnaissance avant Marignan, gouverneur du duché de Milan en mars en 151679.
Derrière le Grand Maître, il y a sans doute son frère
Guillaume Gouffier, seigneur de BonnivetInformations à venir (bonnivet),
qui devient amiral de France le 31 décembre 151780.
PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français le singularise par un visage coloré et un étrange turban gris
qui ne se rencontre pas ailleurs dans le manuscrit81.
En arrière plan, le deuxième cercle comprend six anonymes répartis par moitié sur deux rangs 82, pour les uns le visage est visible presque en entier, pour les autres une partie seulement 83. La hiérarchie curiale subtile ne se fonde pas seulement sur l’ancienneté de la noblesse84. Elle s’ouvre à des hommes de moindre rang, compétents et loyaux, placés aux plus hautes fonctions85. Les lettrés comme les artistes approchent le roi, un privilège, et entretiennent avec lui, pour les plus talentueux, un lien personnel86. Le roi, vainqueur de Marignan, se pose ici en homme de paix, protecteur des lettres et des arts. Il sait susciter l’innovation (en architecture), reconnaître les talents littéraires (Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français) et artistiques (PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français et Jean PerréalInformations à venir (jean_perreal)) comme les compétences militaires et politiques. Il met en scène son pouvoir et le construit.
Après la destruction de Troie, 400 ans avant la construction de Rome, les Troyens s’exilent. BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée donne son nom à la Bretagne, puis à la mort de son neveu TurnusTurnus Roi légendaire, fondateur de Tours, avec CorineüsCorineus Combattant des génats dans la légende médiévale britannique, il devient roi de la petite et grande Bretagne1. Roi pacifique d’une grande terre, il donne à ce dernier un duché appelé Cornouaille2. Le peintre retient du récit de CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français l’arrivée de la flotte de BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée et de son ami CorineüsCorineus Combattant des génats dans la légende médiévale britannique, (v. 213-219), leur débarquement dans la grande Île d’Albion (v. 226-231), la création des armes de Bretagne (v. 247-252) et montre comment les nouveaux venus marquent leur pouvoir dans le paysage de la Cornouaille. Il en réalise une synthèse audacieuse3
Dans un cadre renaissant sobrement décoré, qui a pour support une coquille4, un paysage baigné d'une douce lumière5 évoque la conquête d'Albion par les exilés troyens6. L’image est caractéristique de la quête des origines des peuples nouveaux7, à la recherche d’un passé leur donnant un prestige comparable à celui des Romains et une légitimité par l’antériorité8. La flotte9 de BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée (les navires sont du même type) remonte la Tamise dont les eaux claires se confondent au loin avec celles de la mer du Nord10, ce qui donne lieu a la plus belle marine de la série royale11. Dans le ciel, qui s’éclaircit à l’horizon, le peintre saisit le mouvement des nuages, montre les voiles gonflées par des vents qui tournent, la houle, les rouleaux et le jaillissement de l’eau fendue par la proue d’un navire12.
Un bateau accoste sur la rive gauche sauvage et inhabitée13 vers laquelle se dirige trois autres navires. Le long de la rive droite, plus hospitalière s’aligne en fendant les eaux calmes du fleuve le gros de la flotte, voiles gonflées par des vents tourbillonnants ou déjà carguées. Elle est composée de nefs, grands navires de haute mer, armés en guerre avec une rangée de canonnières au niveau du pont14. La hauteur sur l’eau et la taille considérables du vaisseau-amiral sont suggérées par un minuscule hunier15 au sommet du mât, le nombre de haubans et les lances des exilés troyens16. BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée, point de fuite de la composition est le premier à emprunter la planche de débarquement17.
En armure dorée et décorée à l’antique18, manteau d’apparat19, manteau d’apparat20 et bâton de commandement à la main, le premier roi insulaire vient à peine de poser les pieds sur la terre ferme qu’une ravissante hermine se précipite sur son écu21 comme pour se transformer en meuble héraldique (hermine passante au vif)22.BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée s’inspire de cet épisode de bon augure pour ses armoiries : d’argent semé de mouchetures d’hermine de sable ou hermine plain23. Un héraut les dessine24, puis le roi fait confectionner25 un gonfanon à deux flammes26 La table sur laquelle il opère est représentée avec une perspective ancienne, maladroite. Sous le plateau, les jambes des protagonistes sont dessinées sans cohérence, pour le tailleur, une coloration verte (comme l’herbe) est rajoutée sur le soleret doré et au niveau du mollet. le porte-gonfanon, fonction prestigieuse, se saisit déjà de l'enseigne. et des cottes aux armes27.CorineüsCorineus Combattant des génats dans la légende médiévale britannique, avec la cuirasse verte28, apporte un drap à mettre en forme , un autre troyen l'a jeté sur son épaule. L’activité29 précède la mise en valeur d’Albion. La richesse de l’île explique les dimensions et la beauté de Trinovaque. La nouvelle Troie (Londres)30, est à mi-hauteur de l'image. En haut à droite sa défense avancée, au sud-ouest, est assurée par le château de Windsor 31.
L’image est un tendre hommage de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
à sa jeune reine
Claude de FranceClaude de France (13/10/1499 — 20/07/1524) Pénultième duchesse de Bretagne, reine de France et première épouse de
François Ier,
duchesse de Bretagne épousée le
18 mai 151432. Le mariage
est aussi une étape essentielle dans le processus de rattachement de la
province au royaume33, Français et Bretons étant issus d’un même peuple troyen, l’union est
justifiée34.
Pour l’histoire des origines du royaume et de Paris, Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français fait
le choix, dans les versions en circulation1, de la plus éloignée de la
réalité2.
L’enjeu politique, en lien avec l'actualité du début du règne de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
est
double. Il concerne les origines du peuple et de dynastie : troyennes pas romaines et
un roi de Paris qui est
implicitement roi de France3.
Le peintre et son équipe ont pour première préoccupation de suivre le texte, non de
donner une vue de Paris au début du
XVIe siècle4. Le cadre est sobre,
son support hémisphérique représente un visage de face, de la bouche sortent deux
longs rameaux. Il ment sur la renommée de la ville (vers 681-682). Sous un
ciel sans nuage la composition5 se divise
en deux registres le site, la ville, les travaux en cours, la tête et le bras du roi
et en bas PharamondPharamond (365 — 430) Roi des Francs (?-430)
, les grands et le
peuple.
Paris est située dans un espace dominé par une colline, aux pentes verdoyantes dont le sommet est occupé par quelques bâtiments 6.
Le texte mentionne les carrières plâtrières dont la présence a joué dans le choix du site. À gauche de l’image une roche a été creusée, taillée pour en extraire la pierre à plâtre ou gypse blanc, jaunâtre ou beige qui donne un plâtre blanc. Autour de la ville une ceinture verte laisse apparaître par endroit le sol. Le peintre, qui est parisien, reprend la couleur orangée du sable de Paris7. Des flaques grises rappellent le caractère marécageux du site8. L’espace est encombré de moellons blancs9 provenant du banc de calcaire appelé banc royal, les uns irréguliers10 et un, déjà taillé, aux angles parfaits11. Les ouvriers réalisent un travail de qualité avec de bons outils. À droite, après avoir enlevé le bossage avec un pic, l’un dresse la pierre avec un marteau à taillant droit et brettelé. L’autre avec un marteau finisseur travaille le parement sans l’abîmer12. Devant les murs, un tailleur de pierre s’apprête avec une bonne position à déplacer une pierre ornée de deux moulures, au sol un taillant abandonné sans précaution13. Son vis-à-vis14 (mesure de sécurité) est à l’aplomb du ballant de la chèvre. Un fin trait noir évoque le filin qui va servir à monter la pierre en haut des murs. Le peintre décrit la mise en place du système de levage appelé louve15. En haut de la tour, un autre, maçon supérieur se penche attendant le signal pour le levage16, tout un art.
La Seine
n’étant pas figurée, la présence du marais pourrait suggérer une
vue du nord depuis les buttes parisiennes au premier plan17. La lumière vient de la gauche à en juger par l'ombre sur les
tours. Il n’est pas possible de déterminer la forme de l’enceinte18. Tours et
tourelles n’étant pas engagées dans les murs donnent une impression de relief.
Le peintre figure deux tours plus petites à gauche pour indiquer l’extension du
périmètre19 et suggère la
densité du bâti20, par les étages supérieurs des maisons à pignon
avec des éléments appartenant aux palais qui sont multipliés dans la ville dès
le second XIVe siècle21. Sur trois tours, des gonfanons gris flottent dans
des directions différentes, un moyen discret d’évoquer la taille de la
capitale. Certains éléments l’absence de porte22, la
disparition de tout clocher et des tours de Notre-Dame indiquent un effort
pour rendre compte de la spécificité de la ville des origines23. Ce premier Paris emprunte des éléments aux murs
de Philippe AugustePhilippe Auguste (21/08/1165 — 14/07/1223) Roi de France de 1180 à 1223, inaugurateur du titre et de
Charles VCharles V (21/01/1338 — 16/09/1380) Roi de France de 1364 à 1380 avec des meurtrières
avec archères cannonières et simples cannonières qui apparaissent après 1450.
À l'intérieur, la couleur des toits suggère une territorialisation qualitative :
orangés pour la partie plus ancienne, puis bleus pour un quartier plus
aristocratique avec sur le grand toit d’un bâtiment à étages une petite tour à
créneaux.
Suivent à droite, une tour en cours
d’achèvement24
et un logis royal récent, bâtiment clair au toit
d’ardoise pourvu de quatre lucarnes reposant sur un bandeau de pierre, à
l’arrière se trouve une grosse tour ronde. Il s’agit sur la rive droite de
l’hôtel des Tournelles et
d’Angoulême25 à proximité la Grosse
tour ancienne. Ainsi la construction de Paris est liée dès l’origine de façon mythique à la dynastie
Orléans26 et à François Ier
François Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
.
Dans le registre inférieur le roi est installé entre deux collines. Les Francs sont disposés en deux groupes. À gauche une douzaine de personnages sont tournés vers l’enceinte. Trois se distinguent : le premier regarde la manœuvre de levage27, un autre contemple le roi28.Dos au groupe mais au premier plan, seul à figurer dans l’espace central, le troisième, les deux mains à la ceinture, se détache par sa taille,sa toque rouge, son costume et... sa bourse29. Loyaliste, il prête la plus grande attention au geste royal. Issu des rangs des Parisiens, il paraît en être le représentant éminent, préfiguration du prévôt des marchands30, servant d’interface avec le second groupe à droite. Ce dernier, plus étoffé, comprend une vingtaine de personnes 31, tournées vers le roi sauf trois qui regardent ses interlocuteurs.
PharamondPharamond (365 — 430) Roi des Francs (?-430)
s’adresse à deux hommes de dos, savants docteurs, doctes conseillers, qui
acceptent bon gré mal gré sa décision32. Le roi les a consultés,
pratique importante dans la définition de la légitimité du pouvoir par son bon
exercice. Avec son fils Clodion le CheveluClodion le Chevelu (393 — 448) Roi des Francs saliens (428-448)
33,
derrière lui, le roi domine les deux groupes34. Son geste impérieux
est
bien évoqué35, indique que le
choix du nom, qui échappe au groupe de gauche, relève du roi seul, qui en informe
d’abord le groupe de droite, gens de robes longues, qui lui ont fait des
propoisitions.
L’image montre l’effort pour rendre vraisemblable un récit des origines
dont l’auteur connaît toutes les limites et essaie d’approcher la ville primitive,
encore païenne sans faire place à la cité romaine. Jean PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français la recrée à partir de l'existant36, non par souci architectural ou
urbanistique mais dans une perspective politique. La construction par étapes donne
un indice du fait que PharamondPharamond (365 — 430) Roi des Francs (?-430)
, qui a
ordonné les travaux en cours, n’est pas le premier constructeur, son père
MarcomirMarcomir (IV siècle — circa 400) Roi des Francs (380-400)
dans le texte37
La place centrale de la tour de Nesle38,
pointée par le roi, avec ses caractéristiques contemporaines, est significative.
Elle s’explique par le paragraphe consacré à l’autre grande œuvre du premier roi
de France, la loi salique, première loi fondamentale du royaume qui justifie la
succession masculine en droite ligne pour des raisons morales et politiques.
Excluant les femmes de la successionn au trône39, elle leur conférait une place
de premier plan pour exercer la régence, car aux yeux de leurs père ou fils, elles
sont parfaitement loyales40. Elle est aussi une
allusion à l'affaire dite de la tour de
Nesle41 et rappelle la
faiblesse des derniers Capétiens, le
changement dynastique, l’avènement des Valois
et la supériorité en quelque sorte constitutionnelle du royaume et de son
souverain par rapport aux Anglais. La tour est en construction, comme se construit
avec Louise de SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier et
François I erFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
une nouvelle légitimité par le sang42 et dans l'exercice du pouvoir, laissant aux femmes une place dès
l'instant qu'elles participent de ce sang et qu'elles ont un comportment moral
exemplaire, des compétences politiques et le sens des responsabilités.
Le discours visuel, très riche, souligne la concomitance entre la construction (en cours), le baptême de la ville et l’avènement du premier roi de France qui porte déjà une haute couronne fleuronnée. Bénéficiant du prestige immémorial du fils de PriamPriam Personnage de la mythologie grecque, dernier roi de Troie, fils et successeur de Laomédon, Paris apparaît comparable aux villes illustres et éternelles, Rome, Constantinople43 jeune capitale déjà belle, promise à les égaler. Double invitation aussi à l'égard du jeune comanditaire à peine arrivé sur le trône à en poursuivre l'embellissment et à y résider44.
Aux environs de 445 ClodionClodion le Chevelu (393 — 448) Roi des Francs saliens (428-448)
, le Chevelu (ca390-450) roi des Francs Saliens, considérés comme fondateurs de
la noblesse par droit de conquête, pénètre en territoire romain1.
Il traverse la forêt Charbonnière2. Il
prend Tournai, puis Cambrai
au premier assaut. Villes de renom (v. 863-864), elles sont ensuite capitales
de petits royaumes.
Alors que Guillaume Cretin, mentionne les deux
villes, le peintre ne retient pas Tournai
3, ville anglaise
depuis 15134. Il préfère Cambrai qui, depuis le haut Moyen Âge5, est un enjeu entre la France et l’Empire, au cœur d’une intense
activité diplomatique, et un centre religieux éminent6. La ville ancienne a aussi une fortune littéraire7. Son importance stratégique et politique perdure au XVIe s.8 Le 11 mars 1517, François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
, MaximilienMaximilien Ier de
Habsbourg (22/03/1459 — 12/01/1519) Empereur du Saint-Empire, archiduc d'Autriche et Charles d’AutricheCharles Quint (24/02/1500 — 21/09/1558) Roi des Espagnes et empereur du Saint-Empire d'origine flamande, au XVIe s. signent le traité de
Cambrai par lequel ils se promettent
assistance dans le projet de croisade contre les Ottomans, mettant fin aux premières guerres d’Italie.9.
Le siège de Cambrai par Clodion le
CheveluClodion le Chevelu (393 — 448) Roi des Francs saliens (428-448)
a peu retenu les artistes10. L'événement est pourtant mémorable, comme le
soulignent, en bas du cadre, deux branches d'acanthe. Le ciel sans nuage évoque
les beaux jours du début de l’été, temps de à la guerre. Le peintre utilise le
nombre d'or pour sa composition, il joue sur la symétrie, tente des
perspectives et rend compte des principales étapes de l'opération.
Au premier plan, un tiers de l’image, des collines parfois abruptes, éclairées par la gauche,dominent une plaine verdoyante où serpente un chemin11. La Forêt Charbonnière, épaisse et impénétrable, et ses frondaisons étagées cachent une partie de la ville. Autour de Cambrai, le couvert s'éclaircit. L’enveloppement est suggéré12, il précède l'assaut (v. 782) qui n'est pas figuré. Vient ensuite l'entrée des vainqueurs dans la ville.
Le peintre évoque par une douzaine de lances inclinées le déplacement de troupes
qui sortant de la forêt la longent. À droite, une partie de l’armée innombrable
est déjà dans la cité. L’autre se presse à sa suite : ne sont visibles que les
casques gris vus sous des angles différents pour accompagner le mouvement. Les
chefs, Clodion le cheveluClodion le Chevelu (393 — 448) Roi des Francs saliens (428-448)
et ses deux
généraux, dont le texte ne dit rien, sont à cheval. Quatre corps sont présents à en juger par les gonfanons, moyen de
reconnaissance et de communication des ordres : celui du roi est jaune orné de
trois crapeaux noirs13. Le peintre décrit une organisation structurée par la
répartition discriminante des équipements défensifs.
Clodion le
cheveluClodion le Chevelu (393 — 448) Roi des Francs saliens (428-448)
, ici par convention à l’arrière, est à la tête de la
cavalerie qui garde son prestige.
À sa droite, un général coiffé d’un casque
doré a une dossière d’acier ornée d’une fleur de lys. Le second est dans les
rangs près de la porte de la ville avec dossière, épaulière et braconnière
dorées.
Dans l’infanterie à gauche, les pièces dorées sont
distribuées dans un groupe de trois hommes : un n’a que le casque, un autre des
protections de jambes. Au premier plan, le capitaine,
tout dévoué au roi, tient un grand bouclier rond bleu14. La dossière dorée de son armure
à la romaine est ornée d’une grande fleur de lys. Mais, capitaine des gens de
pied, ses jambes sont couvertes de plates grises. Son casque orné d’une spirale
est repris d’un modèle italien15.
ClodionClodion le Chevelu (393 — 448) Roi des Francs saliens (428-448)
, seul couvert d’une armure
complète dorée, est le point de fuite. Sur sa barbute orfévrée est posée une
couronne, sa courte cape16 et sa selle sont bleues et il est monté sur un splendide
cheval blanc17. Sa braconnière s'orne d'une élégante bande noire
ourlée de perles d’or dans le goût de François
IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
. Le peintre PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français souligne le volume de la cuisse et la
finesse de la taille du vainqueur18 qui contemple
la fière silhouette de la cité.
La ville est puissante et riche. La hauteur et la
largeur de la porte sont caractéristiques des villes populeuses. Point faible,
elle est flanquée de deux tours, surmontée d’une chambre de levage et d’une
plate-forme d’un étage munie de hourds de bois, qui atteste une mise en défense
récente. Le peintre, qui n’entend pas valoriser le castrum romain, évoque Cambrai à travers une enceinte qui n’est plus celle disparue du
XIe siècle et donne des repères du début XVIe siècle19.
De droite à gauche, se reconnaissent la porte-tour de
Selles20, le
Château de Selles avec
l’église Notre Dame21, le palais
épiscopal22 et
l’abbaye Saint Aubert,
en arrière plan le Mont-des Bœufs et Saint-Géry23.
Viennent ensuite une tour ronde, une autre
à côté de la porte du Saint-Sépulchre, l’église du Saint Sépulchre24, la tour Carrée
avec en arrière-plan le beffroi Saint-Martin avec sa
flèche torse
et, tout à gauche, un quartier plus populaire25. Des travaux réalisés entre
1502 et 1512 expliquent, avec l'importance diplomatique de la ville, cette relative
précision26. L’image renvoie aussi avec l’église du Sépulchre, au projet de la
croisade auquel François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
travaille en 1516.
Le 20 juin 451, l’armée de MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
,
troisième roi de France et du sénateur romain AetiusAetius (390 — 21/09/454) Général romain se porte contre AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 4531 qui, après avoir semé la terreur en Gaule, a
connu un premier échec : Orléans lui a
résisté2. Le terrible affrontement,
qui met fin aux incursions hunniques, intervient, selon Guillaume Cretin,Cretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français en Chalonnois à la
bataille des champs catalauniques3.
L'image se lit de haut en bas. Orléans apparaît dans un espace dégagé : la composition reprend l'idée de campus en latin, un lieu à la végétation basse ou rase d'où l'observateur peut voir de loin. La ville au loin, pour rendre compte de la distance entre le val d’Orléans et le Chalonnois4 et de l’intervalle entre le siège et la bataille, a cependant une présence forte. Les trois quarts de l’image se situent à proximité de la Marne. La rivière large et puissante entaille le plateau champenois. Le point de fuite se situe en bas de l’image au niveau des ondulations karstiques sans végétation.
Sous un ciel limpide, Orléans est vue du nord. AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 453 l’a assiégée avec une batterie de quatre canons montés sur des affûts de campagne pour rester mobiles. Ils sont désormais abandonnés. Dans sa fuite le chef hun leur tourne le dos5. Les murailles sont intactes, le texte précise que la ville n'a pas été endommagée, allusion indirecte au rôle de saint AignanAignan d'Orléans (358 — 17/11/452) Evêque d’Orléans. L’absence de hourds de bois sur les murs indique qu’elle n’a pas eu le temps de se mettre en guerre6. L’effort de perspective se marque de chaque côté par la hauteur décroissante des tours et des courtines7. La vue de profil donne une idée d’ensemble de l’impressionnante place forte8. Elle est réalisée avec soin, ainsi les bannières sur le haut des tours et des constructions « flottent » dans le même sens. Leur horizontalité renvoie aux panonceaux aux armes d’Orléans très présents dans la ville au XVIe siècle. À l’intérieur, la densité des bâtiments donne une idée des étapes de sa construction et de la répartition fonctionnelle des espaces de pouvoir dans la ville9. Le centre politique est à droite des tours centrales : emplacement du castrum et du palais mérovingien. Deux bâtiments à toits bleus près des murs voisinent avec un logis « royal » évoquant le passage de la domination romaine à la mérovingienne10. L’éminence de cet espace est confirmée par la rotonde au sommet des deux tours qui en marquent la limite. L’extension à partir du milieu du XIVe siècle se fait à gauche11. Cette deuxième étape englobe le faubourg oriental avec l’église de saint Aignan et l’abbaye de saint Euverte12. La troisième extension occidentale, à droite, plus récente, comprend une tour carrée et deux rondes13. La dernière extension orientale, à gauche14, qui commence à la tour carrée, double la surface protégée. La faible élévation des bâtiments par rapport aux espaces centraux rappelle qu’il s’agit de faubourgs populeux où se concentre l’activité commerçante et artisanale de la ville. Le lien établi par l’image entre Orléans et le champ de bataille, à 215 km, illustre la permanence de la menace hunnique.
Les armées sont considérables15. De chaque côté trois corps de batailles sont alignés, d’après
Jordanés16. Le peintre, à la suite de
Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français, reconstruit l’événement. Les
camps d’AetiusAetius (390 — 21/09/454) Général romain, de ThéodoricInformations à venir (theodoric) et d’AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 453 ne sont pas montrés. Le moment retenu est la fin de la
bataille. L’infanterie des deux ennemis disparaît et avec elle la combinaison
complexe des deux armes, ne reste que la cavalerie lourde. À gauche chez les
vainqueurs,le dispositif du sénateur romain AetiusAetius (390 — 21/09/454) Général romain17 a été
modifié en faveur du roi MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
18. Il
prend le premier rôle avec une charge irrésistible. Le roi ThéodoricThéodoric Ier (393 — 20/06/451) Roi des Wisigoths allié a été tué au premier
engagement et le rôle décisif dans la victoire, des Wisigoths,
nombreux et aguerris, est minoré. Avec les fédérés Francs,
Alains, Burgondes et «
Romains », ils font masse derrière le roi et le sénateur. La
représentation des vaincus est construite en miroir. AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 453est accompagné d’un second que le texte n’évoque pas.
Huns et fédérés (Gépides,
Ostrogoths) sont mêlés en une cohorte terrible (v. 960-962).
Les quatre cavaliers au premier rang des belligérants ont le visage découvert et
sont individualisés19.
Les équipements défensifs des deux armées sont du même
gris : avec habileté le peintre donne à voir le riche décor des armures des
vainqueurs, qui n'apparaissent pas chez les autres. Les Huns
se reconnaissent à leurs bardiches20. Ces armes d'hast redoutées, tout aussi anachroniques que
les canons, sont retenues pour leur efficacité meurtrière, la pointe supérieure
sert à frapper d'estoc, perce les armures et le tranchant de la hache en forme de
croissant allongé infligent d'affreuses blessures aux chevaux sans protection. Ces
caractéristiques techniques connues du commanditaire, amateur de militaria et roi chevalier, les opposent aux pointes de lances21. Compte tenu de la
longueur des hampes des deux armes, l'opposition reste discrète. Quelques unes
figurent dans les rangs des vainqueurs rappel de la présence à côté des Romains de
combattants se battant de la même façon que leurs ennemis. Les plus visibles sont autour du gonfanon de MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
, roi païen, dont les armes sont d'or
à trois crapauds de sable. Le peintre qui excelle à rendre le mouvement des
combattants et des chevaux22, montre ce gonafanon qui ne flotte pas, car une partie des
troupes n’a pas encore bougé (lances verticales),devant elle, une autre
s’ébranle (lances inclinées), les premières lignes (lances à l’horizontale)
sont au contact.
L'attention est attirée dans les deux camps sur les
chefs qui mènent le combat. La description du Mérovingien emprunte au
commanditaire23. MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
jeune et
glabre en tête de la cavalerie alliée, lance la charge épaule droite en
arrière, bras semi-tendu, main en tierce, pointe de l’épée plus bas que le
poignet, en attendant d’allonger le bras de toute sa longueur pour donner un
coup de pointe, estoc meurtrier. Il est le seul à combattre à l’épée. Son
cheval de guerre24, d'un blanc éclatant25 et
harnaché d'or et d'azur a mis son museau à la queue
du cheval ennemi26. Le roi a ses
attributs identitaires : couronne fleuronnée27, armure dorée ouvragée, courte cape bleue.
Le gris de la jupe de sa braconnière et le noir de sa selle incrustée d’or,
sont les couleurs préférées de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
.
En retrait au propre comme au figuré pa rapport à
MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
,
AetiusAetius (390 — 21/09/454) Général romain le plus
prestigieux des alliés, charge à la lance28. Son casque à pointe
italien, le vermillon de la braconnière de son armure romaine et le harnais
rouge de son cheval sont autant de référence à son imperium de général romain29.
Le troisième chef de la coalition est au sol sous la
monture royale. Le corps du roi Wisigoth ThierryThéodoric Ier (393 — 20/06/451) Roi des Wisigoths est couché sur le ventre, couvert d’une armure ouvragée
gris plus clair en hommage à son courage, déjà salué par le texte30. Il a été tué
lors la première phase de la bataille, en soutenant le choc de la cohorte
hunnique,
AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 453 occupe
dans l’image une place à la mesure du danger qu’il représente, avec une armée
forte et nombreuse31, et de la détestation qu’il suscite. À la différence de
MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
, il n'a pas de
couronne32 et porte une targe péjorative33. Sa monture au galop
plus allongé est alezan34. Il se distingue par sa
gestuelle et son comportement35 :
tête tournée vers l'arrière, torse de trois-quarts face il fuit sa bardiche sur
l'épaule. L’opposition est aussi chromatique et signifiante : la jupe de sa
braconnière est de la même couleur que celle d’AetiusAetius (390 — 21/09/454) Général romain, mais plus longue, peut-être un rappel du soupçon de
trahison qui porte sur le Romain pour n’avoir pas poursuivi AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 453. Surtout sa cotte bleue éclaire l’enjeu
du combat : ses prétentions sur la Gaule.
Sur un cheval noir son second le précède dans la fuite,
il est emblématique avec un casque à oreilles carrées et pointe sommitale
replié vers l'avant et une abondante barbe noire36.
Le texte conclut « Ainsi doncq terminee / Des Huns la force et
toute exterminee / Avec les siens ». Le peintre sans
complaisance pour le long combat et la sanglante mêlée montre AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 453 refoulé, en fuite... il part en fait pour
l'Italie. Sa reconstruction souvent fidèle au texte est comme lui une restitution
biaisée de la bataille qui prive AetiusAetius (390 — 21/09/454) Général romain et
les Wisigoths de leur victoire pour en gratfier le jeune roi
des Francs. Le cadre donne une des clés de l'image, son fronton orné d'un cercle
est décalé vers le logis royal d'Orléans. Entre la puissance de la ville, symbole identitaire des
Orléans et de toutes les résistances, et l’élan de MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
premier roi des Francs reconnu comme
tel, l’image37 est à l’unisson de l’enthousiasme qui suit l’avènement de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
, la
victoire de Marignan et le nouveau projet de croisade.
ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
, GuinementGuinement (V siècle — ) Conseiller de Childeric Ier et AegidiusÆgidius (01/01/400 — 01/01/464) Général romain, à la tête du royaume des Francs durant l'exil de
Childéric (Gillon)
fr. 2817, fol, 24 verso. ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
ayant
par ses turpitudes1
provoqué la colère des Grands, son fidèle ami et conseiller GuinementGuinement (V siècle — ) Conseiller de Childeric Ier le convainc de s’exiler, ce qui leur
donne satisfaction. Avec habileté il le fait remplacer par un Romain, GillonÆgidius (01/01/400 — 01/01/464) Général romain, à la tête du royaume des Francs durant l'exil de
Childéric, qu’il travaille à rendre impopulaire, pour
préparer le retour du roi2. L’image3 représente deux moments : l’adieu de Childéric IerChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
à
GuinementGuinement (V siècle — ) Conseiller de Childeric Ier en scène principale,
célébration de l'amitié masculine4 entre le
roi et ses barons et la bataille où ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
l'emporte sur Gillon
(Aegidius)Ægidius (01/01/400 — 01/01/464) Général romain, à la tête du royaume des Francs durant l'exil de
Childéric tué au combat. Elle se lit de bas en haut.
Le paysage naturel est discret. Au premier plan deux collines dessinent un arc autour de la terre battue où évoluent des personnages de taille monumentale5. À l’arrière et hors de proportion, un ensemble palatial non fermé, donne sur un espace plan verdoyant. Le texte et les sources utilisées par l’auteur ne donnent pas d’indication sur le lieu : une villa ? Le logis royal au toit droit à la française couvert d’ardoises a un décor renaissant6, allusion peut-être à l’aile Louis XII du château de Blois7. Un second bâtiment en bois emprunte moins au répertoire renaissant. La façade principale du troisième, plus claire, récente est rythmée par cinq fenêtres au-dessus d'un décor à l'antique de grande envergure8. En l’état, la représentation atteste du progrès de la diffusion du répertoire décoratif de la première renaissance.
Près de la moitié de l’image
est occupée par le peuple franc en armes divisé : les uns derrière le roi, les
autres derrière son ami9, relation
exemplaire. Rien ne laisse deviner une quelconque organisation, il s’agit d’une
cohue de Francs revêtus d’armures à la romaine10. Tous réputés nobles, ils
n’ont pas le même statut d’où la présence de casques dorés et dans les rangs
des contestataires genouillères et grèves de même11. Au premier rang de chaque camp, se trouvent ceux
qui servent d’étiquette au groupe, pour autant chacun se distingue. La
distribution des pièces du costume militaire complète l’individualisation par
le portrait, la surface occupée dans l’image et la position.
Derrière le roi, un fidèle échange un
regard avec son voisin à barbe blanche qui se tourne vers lui avec une
expression douloureuse12.La même tristesse marque le
visage d’un dignitaire barbare en armure dorée, casque gris à pointe déportée,
dont la barbe longue frisée est la transposition en quelque sorte de l’idée de
chevelure hirsute13. Les porteurs d’armes d’hast sont
à quatre rangs derrière ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
. Le
point est important14. En face, le groupe des contestataires15 : le premier vient, menaçant le
poing serré sur sa lance déjà inclinée, l’autre sur le pommeau de son épée
16. La visière de son armet à l’italienne
descend jusqu’à la naissance du nez, la vue rectangulaire est placée trop haut
pour qu'il puisse voir...la colère l'aveugle ! Le peintre s’amuse, une façon de
déconsidérer les grands, alors que le départ de Childéric est acté. Leur
comportement s’apparente aux émotions populaires.
Son voisin, équipé d’un grand bouclier rond, s’apprête
à avancer17.
Dans les rangs un homme est de face, comme un
diable18.
Les deux principaux protagonistes, nu tête sont au centre. GuinementGuinement (V siècle — ) Conseiller de Childeric Ier, qui n’est pas le plus élevé dans la hiérarchie militaire, est loyal : la fleur de lys sur sa cuirasse et la jupe bleue19 de sa braconnière en attestent. Il s’incline vers son roi et compatit à son malheur20. Le peintre a surmonté la difficulté à savoir ne pas présenter le conseiller protégeant le roi, dangereuse inversion21.
ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
occupe la plus grande surface et se distingue par la tonalité et la richesse du
décor de son armure et sa qualité donnant au métal par endroit l’allure d’ un
tissu. Son ample manteau bleu 22 souligne son mouvement : il se penche vers son
ami. Le visage est juvénile, il paraît sur le point de pleurer. Sa couronne
mordorée, ses cheveux roux23 et sa
barbe en collier font ressortir la pâleur du teint24. ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
est
par nature destiné à être roi, idée portée à propos de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
dans l’entourage de Louise de
SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier, prémisse à l’idéologie du sang royal à nul autre
pareil25. Quelle que soit sa faute, elle n’en fait pas un
mauvais roi : il a du chagrin – une forme de contrition – et prend son ami dans
ses bras comme pour lui donner l’osculum qui lie le
seigneur à son vassal 26 S’exilant
dans l’intérêt de son peuple, il n’est pas un tyran27.
Après huit ans d’exil et la défaite sur le champ de bataille de son remplaçant
romain Gillon
(Aegidius)Ægidius (01/01/400 — 01/01/464) Général romain, à la tête du royaume des Francs durant l'exil de
Childéric28, interprétée
comme un jugement de Dieu, le roi peut donc revenir.
Dans le tiers supérieur droit de l’image, est
représenté le refuge de ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
:
le château de Bar-sur-Seine puissante forteresse, dont
les tours alignées font masse29.
Deux armées commencent à s’affronter devant ses
murs. Le texte précise que GuinementGuinement (V siècle — ) Conseiller de Childeric Ier, à l’avant-garde de l’armée de Gillon (Aegidius)Ægidius (01/01/400 — 01/01/464) Général romain, à la tête du royaume des Francs durant l'exil de
Childéric a fait déployer les bannières
au vent en arrivant sur le champ de bataille, un signal, ici des étendards30. Le premier à frapper dans la mêlée
est le Romain, visage découvert.
ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
dos aux murs de Bar
pare le coup.
L’étendard or à trois crapauds de sable du roi31 dépasse le rouge et or du représentant de
l’empire32,
annonçant la victoire.
Le fronton du cadre est décalé vers la
gauche, au-dessus de Bar, du roi et de son ami. En bas, deux branches
d’acanthe s’enroulent autour d’une cordelière33. Elle renvoie à un
membre de la famille du roi : à sa demi-sœur, son aînée, Jeanne d’OrléansJeanne d'Orléans (1490 — 1538) Comtesse de Bar-sur-Seine, dame de Givry, baronne de Pagny, demi-sœur
illégitime de François Ier., fille naturelle
de Charles d’Orléans , dit
Charles d’AngoulêmeCharles d'Angoulême (1459 — 01/01/1496) Comte d'Angoulême, père du roi François Ier de France, épouse depuis 1509 de Jean IV de LongwyJean IV de Longwy (1480 — 1520) Seigneur de Givry et de Mirabeau, baron de Pagny
sur Meuse (à 29 km de Bar-sur-Seine). Elle accueille son royal demi-frère
chaque fois qu’il se rend en Champagne. François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
lui donne le comté
de Bar-sur-Seine le 24 mars 1522, en témoignage d’affection34.
La lecture politique de l’image est indissociable de celle tropologique (morale) et
anagogique (qui conduit des choses visibles aux invisibles, à l’au-delà). Sous le fronton trinitaire du cadre, la
composition utilise le nombre d’or et se lit du haut à droite au bas à gauche
selon une diagonale qui passe par l'ermite de Joyenval et ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
.
La remise des armes1 occupe le
tiers supérieur de l’image, sous un ciel qui s’éclaircit à l’horizon et dans un
paysage verdoyant sur fond de colline bleu2. Dans un vallon3, la Fontaine des lys, une source, sort
d’un rocher et l’eau tombe dans un bassin naturel.
Le vieil ermite à genoux, est revêtu d’une humble
coule non teintée4.
Un ange descend vers lui5 en tenant non pas un écu (personnel)
mais une bannière aux armes de France moderne6. Elle a vocation à conduire le peuple de France, élu de
Dieu7, dans tous les combats, y compris spirituels. Un chemin de terre
rejoint le groupe des princes et des nobles. Ils sont venus assister au baptême
de ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
et ont pour la circonstance
laissé leur costume militaire pour de somptueux vêtements civils.
Au XVIe siècle, le baptème est
inclus depuis longtemps dans le périmètre de la cathédrale. Seul un côté du
quadrilatère8 est
visible : un collatéral éclairé de trois baies9, avec trois arcs surhaussés10. Ils sont soutenus par trois colonnes en
marbre brillant11 ; celle qui est noire
au-dessus de ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
est une première
allusion à François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
12. La couleur se
retrouve dans les claveaux du porche et au sol13. La
place des personnages est considérable. Dans le tiers gauche, en arrière plan
quatre se devinent, dont un observe la scène avec une extrême attention,
sourcils froncés14.
Trois évêques mîtrés15 concourent à la célébration16. Au premier rang, le seul visible en entier intervient d’abord dans la préparation du moment solennel: il tend avec respect une fiole ou ampoule de verre opaque17 en direction de RémiRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553) Saint catholique18. La crosse est-elle la sienne ou celle de l'archevêque prétendument donnée par le pape HormisdasHormisdas (450 — 06/08/523) Pape de 514 à 523 avec le pouvoir de consacrer et la primatie sur toute la Gaule19 ? Un porte-croix, presque caché, tient une croix processionnelle, croix archiépiscopale20 tournée vers le saint. Signe d’un évêque résidentiel, elle rappelle les prérogatives de l’église rémoise21. Un prêtre ou un diacre tonsuré, en aube blanche, regarde l’ampoule et tient sur la poitrine à l’intention de RémiRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553) Saint catholique un livre liturgique ouvert. L'identification des saints prélats est problématique22 : en arrière plan SolemniusSolenne de Chartres (V siècle — entre 508 et 533) Évêque de Chartres23 puis VaastVaast d'Arras, saint (453 — 540) Évêque français, seul mentionné par le texte24, et le frère aîné de RémiRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553) Saint catholique, PrincipiusPrincipe de Soissons (V siècle — 25/09/505) Évêque de Soissons25, évêque de Soissons et abbé. Le peintre joue sur l'alternance chromatique des costumes, en particulier entre VaastVaast d'Arras, saint (453 — 540) Évêque français et son archevêque26.
L'officiant27 est nimbé d'un fin cercle d'or et sa chape rose précieuse est doublée d'un vert délicat, couleur de l'espérance28. Aucun des saints prélats n’est nimbé, à la différence de RémiRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553) Saint catholique. La chape rose précieuse de l’archevêque est doublée de vert, couleur de l’espérance. Seul élément sur l’axe central, le dessus de la manche droite de sa dalmatique azur et de son aube, est éclairé par une lumière venant du haut présence divine non figurée29. Le geste est large, le saint, sourcils froncés, est tout à la gravité de l’instant. Il retourne la patène sur la tête du roi en s’inclinant30. Le mouvement et la variété des positions des personnages donnent beaucoup d’intensité à la scène. Pour la cuve baptismale de pierre à décor de cannelures, le peintre retient la forme symbolique d'un calice31, qui se retouve dans des miniatures et sur des sculptures aux siècles précédents. Elle fait du baptisé un nouveau ChristJésus-Christ Messie et fils unique de Dieu pour les chrétiens32.
ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
, roi
chevelu mais sans exubérance capillaire, porte sur ses longs cheveux auburn une
couronne précieuse dont les fleurs de lis sont constituées de perles blanches
ou noires, symboles de perfection. Elle ne couvre pas le front plissé par des
rides33. Les sourcils froncés, les paupières lourdes, les
prunelles levées, qui laissent voir le blanc des yeux et les cernes gris,
donnent au visage une expression de grande tristesse. ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
est nu jusqu’à l’aine, les mains,
longues et fines, jointes34, il prie. Le corps lisse35, au nombril apparent, s’ombre par endroit de gris pour
donner du modelé au corps et suggérer l’idée qu’il disparaît du monde ancien
(son passé), en meurt pour ainsi dire, car cette couleur cadavérique ne se
retrouve pas dans d’autres nudités de l’œuvre. Il aurait été réellement malade,
ce qui fait débat. La clé de la figuration est donnée par l’huile sainte du
baptême, claire comme une goutte d’eau près de la racine des cheveux, elle se
transforme en filets gris foncés36. Elle évoque ainsi la
purification du roi lavé de sa lèpre, c’est-à-dire de ses péchés et de
l’hérésie par l'eau du baptême. L’opération se confond avec la chrismation ou
consignation qui clôture la cérémonie sous forme d’une onction sur le front
avec l’huile sainte mêlée au chrême. Le visage de ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
est aussi celui de l'Ecce Homo, du
ChristJésus-Christ Messie et fils unique de Dieu pour les chrétiens souffrant comme le
calice rappelle son sang versé en sacrifice. Nouveau ChristJésus-Christ Messie et fils unique de Dieu pour les chrétiens, le roi s’offre en holocauste pour
son peuple, il entre ainsi dans une dimension nouvelle et sa couronne n’est plus
celle de la royauté terrestre mais celle glorieuse beaucoup plus précieuse qui
l'attend dans l'au-delà pour l'éternité et qu’évoque le texte. Lavé de ses
péchés, consacré par l’huile sainte, il est aussi sacré, comme DavidDavid Personnage de la Bible, deuxième roi d'Israël a reçu l’onction de SamuelSamuel Personnage de la Bible, prophète. ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
s'abandonne à la volonté de Dieu. La royauté est un lourd
fardeau, il en prend toute la mesure et François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
après lui.
Le groupe, à droite, comprend une dizaine d'hommes37. Si l’on suit le texte, il s'agit de l'armée, du peuple des Francs, tous nobles et armés, ici ils sont sans arme et en civil : le combat est spirituel, ils assistent à la cérémonie avant à leur tour d'être baptisés. De manière signficative, l’un d’eux regarde la patène avec gravité. Un autre détourne le regard, effrayé par la contemplation du rite et la présence divine, comme au premier rang, un jeune prince, à toque bleue38. Il se tourne vers son voisin, plus âgé et vêtu de gris39, pris d'une crainte révérencielle et saisi par la grandeur de l’instant. Ce sont peut-être les fils de Clovis, qui se partagent le royaume à sa mort.
RémiRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553) Saint catholique et ses suffragants se confondent
avec les pairs ecclésiastiques40 et
les princes avec les pairs laïcs41. Un
élément clé du rapprochement est ici l’absence de Clotilde et la couronne, même
s’il ne s’agit pas de la couronne royale, simple cercle surmonté de lis d’or.
L’image, saturée d’enjeux importants et multiples, marque l’entrée dans la
modernité42. Un formulaire de chancellerie du règne de
François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
énumère dix pairs43. Cependant à la fin du XVe
siècle, il n’y a pas de collège ou de chambre des
pairs44, le roi a absorbé
une à une toutes les vraies pairies, il est devenu le soutien de sa propre
couronne45. Dès
lors, les deux cérémonies peuvent se confondre dans le décor figuré. Lors de la
reconstruction du mausolée de Saint
RémiRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553) Saint catholique, entre 1533 et 153746, le sacre éclipse le baptême : le roi est à genoux devant l’évêque,
qui, assis dans sa cathèdre, tend la main vers lui pour procéder aux onctions. La
colombe de la sainte ampoule47 plane
au-dessus de sa tête, dans la petite abside. Ce groupe est entouré des douze pairs
ecclésiastiques au sud, laïques au nord portant les insignes et les attributs
remis au roi. Le sacre fait de tout roi un nouveau ChristJésus-Christ Messie et fils unique de Dieu pour les chrétiens par la grâce du chrême inépuisable,
associant continuité et légitimité.
Les Mérovingiens, fils de
ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
, ont à sa mort, en 511, divisé
paisiblement royaume1, honneurs et
profits. ClotildeClotilde (entre 474 et 475 — 03/06/545) Princesse burgonde (474-493)
Reine des Francs (493-511)
leur réclame alors vengeance
pour ses parents assassinés par les Burgondes2.
Ayant répondu à son appel, son beau-fils et ses trois fils font ensuite campagne
pour conquérir le pays3.
Le cadre met en valeur ClotildeClotilde (entre 474 et 475 — 03/06/545) Princesse burgonde (474-493)
Reine des Francs (493-511)
près d'une forte colonne haute et plus claire claire.4. En bas le
support décalé vers la droite attire l’attention sur ClodomirClodomir (01/01/495 — 21/06/524) Roi des Francs d'Orléans (511-524)
. L’image se lit de gauche à droite et de bas en
haut. Pour rendre compte de la convocation par la reine, elle est à gauche et son
beau fils ainsi que ses fils qui reviennent vers elle, sont à droite. Le texte ne donne aucune
indication de lieu, sans doute Paris où ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
est enterré5.
L’audience privée (v. 3574)6 se déroule dans
une salle au décor renaissant, médaillons de marbre noirs ou roses, au sol
sur les carreaux, une ombre portée, indique que la lumière vient de la gauche. La pièce est plus petite que le
baptistère.7
Un dais gris clair donne une idée de sa hauteur. Ses
côtés sont ornés de lettres capitales dorées. Au centre du plafond vert foncé,
un soleil aux rais torses est repris de l’emblématique de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
.
Une tenture d’honneur en soie aux tons
bleu à motifs dorés est derrière le trône8, installé sur une
estrade9.
Les pieds de la reine sont posés sur un coussin10.
L’assise de rappelle le trône de DagobertDagobert Ier (611 — 19/01/639) Roi des Francs de la dynastie mérovingienne. Les montants du très
haut dossier sont terminés chacun par une pomme de pin motif utilisé pour la
ViergeMarie Mère de Jésus-Christ
11 qui symbolise
l’éternel retour, rappelant peut-être que la reine est à l'origine d'une
lignée multiséculaire.
Le peintre qui multiplie les signes conventionnels associés au pouvoir souverain, souligne la simplicité du costume de la reine pour mieux la magnifier en s’écartant de la norme du faste vestimentaire des reines et princesses12. L’ample jupe de sa robe cache ses pieds. Le haut est ajusté, avec manche en cornet fourrée d’hermine. Elle porte une guimpe, pièce de toile qui couvre la tête, descend sur le front, encadre le visage, réuni à une touaille ou barbette blanche et plissée couvrant le cou et descendant un peu sur les épaules et la poitrine13. Un voile, symbole d’humilité, de chasteté et de pudeur est posé par-dessus. Les habits noirs et les accessoires blancs sont ceux des moniales et des veuves. La reine sans nimbe porte une couronne fleuronnée plus haute que celle de ses fils14. Elle s’adresse à eux dans son malheur15. Elle est âgée16, les doigts de ses mains fines, sont osseux. Le texte précise qu’elle est pâle, décomposée par le chagrin17. Les yeux suppliants sont cernés, le nez est long, au-dessus des lèvres, sur le menton, des traces de larmes18. L’expression du visage est celle d’une grande douleur morale19. Le peintre donne ici à reconnaître Louise de SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier, mère de roi, veuve, régente20.
À la gauche de ClotildeClotilde (entre 474 et 475 — 03/06/545) Princesse burgonde (474-493)
Reine des Francs (493-511)
, trois
religieuses ou plutôt des veuves vivant comme telles, se tiennent
debout21. Leur identification à partir
du texte est difficile, indirecte22. La plus proche du trône a une relation privilégiée avec
elle : la reine a posé sa main sur la sienne. Il s’agit peut-être de sa fille
et homonyme, veuve d’AmalaricAmalaric (502 — 531) Roi des Wisigoths de 511 à 53123, sans doute un
« portrait » de MargueriteMarguerite de Navarre (11/04/1492 — 21/12/1549) Sœur aînée du roi François Ier, femme de lettres, diplomate, protectrice
d'écrivains et d'artistes, reine de Navarre (1492-1549), sœur de François
IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
, réputée pour sa vie
exemplaire et empreinte de religiosité24. Elle partage la peine de la reine et regarde ses
frères.
Un peu en retrait, aux côtés de la veuve d'AmalaricAmalaric (502 — 531) Roi des Wisigoths de 511 à 531, GondioqueGondioque (495 — 532) Reine des Francs reprend son geste de la main gauche25, la première à être veuve au
décès de ClodomirClodomir (01/01/495 — 21/06/524) Roi des Francs d'Orléans (511-524)
en 524, regarde la
reine et sa voisine26, peut être le
portrait de Philiberte de
SavoiePhiliberte de Savoie ( — 04/04/1524) Aristocrate italienne, duchesse de Nemours, épouse depuis le 10 février 1515 de Julien de MédicisMédicis, Julien de (12/03/1479 — 17/03/1516) Noble italien, troisième fils de Laurent dit Le Magnifique, décédé le 17 mars 151627.
Derrière, en grande partie cachée par les deux
précédentes, SuavegothaSuavegothe (490 — 550) Reine franque d'origine burgonde veuve de
Thierry IerThierry Ier (485 — 534) Roi des Francs de Metz (511-534)
dont le décès est mentionné dans le texte28, renvoie peut-être à Jeanne d’AngoulêmeJeanne d'Orléans (1490 — 1538) Comtesse de Bar-sur-Seine, dame de Givry, baronne de Pagny, demi-sœur
illégitime de François Ier., comtesse de
Bar, demi-sœur de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
,
veuve avant 150929.
Malgré le partage du royaume, ClotildeClotilde (entre 474 et 475 — 03/06/545) Princesse burgonde (474-493)
Reine des Francs (493-511)
, reine mère, grâce à son autorité morale confortée par la
compagnie de jeunes veuves, ses parentes et grâce à son influence sur son
beau-fils et ses fils, exerce encore un réel pouvoir30.
Déjà rois, ils sont rangés devant Clotilde par âge et selon une
hiérarchie subtile combinant d’autres critères31. Au premier rang, Thierry IerThierry Ier (485 — 534) Roi des Francs de Metz (511-534)
(511-533), roi
de Metz et de Lorraine32, est l'aîné, fils de la première épouse
de ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
, princesse franque. La
position de son visage, la couleur de ses cheveux et celles de son costume
indiquent qu’il est un bon roi33. Il est en grande partie caché par son demi-frère,
fils aîné de ClotildeClotilde (entre 474 et 475 — 03/06/545) Princesse burgonde (474-493)
Reine des Francs (493-511)
34, ClodomirClodomir (01/01/495 — 21/06/524) Roi des Francs d'Orléans (511-524)
, roi d’Orléans de 511à 52435. Il est seul
au premier plan, en volumineux manteau de soie
rose36 à grand col de fourrure. Il souscrit à deux mains à la
demande de sa mère37. Le contraste est grand avec sa position : de trois quart dos,
visage de profil car lors de l’expédition dans le royaume burgonde, il fait
tuer SigismondSigismond (475 — 01/05/524) Roi des Burgondes (516-523) et saint chrétien, demi-frère de son
épouse, et ses enfants. Il est brun comme ses deux frères, qui, à son décès
éliminent ses trois héritiers38.
Childebert IerChildebert Ier (01/01/497 — entre 13/12/558 et 25/12/558) Roi des Francs de Paris (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
(497-558)39, encore en marche est
en manteau bleu car il est roi de Paris de 511 à 538 ; le peintre rappelle
avec son vêtement court
qu'il est complice de l’assassinat de ses neveux.
La responsabilité en revient à Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
roi de Soissons40. Déjà marié, ce dernier
épouse GondioqueGondioque (495 — 532) Reine des Francs, veuve de son frère
ClodomirClodomir (01/01/495 — 21/06/524) Roi des Francs d'Orléans (511-524)
41. De profil, il ne regarde pas sa mère, mais vers les
religieuses. Il est le seul prince à porter sa couronne sur un chapeau,
peut-être parce qu'il réunifie le royaume en 558.
Son fils Caribert (ou
Charibert) IerCaribert Ier (520 — 567) Roi des Francs de Paris (561-567)
est à ses côtés, juste
derrière Childebert IerChildebert Ier (01/01/497 — entre 13/12/558 et 25/12/558) Roi des Francs de Paris (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
(double silhouetté) il n'est pas encore roi de
Paris (561-567), sans
couronne, il a un long manteau long gris bleu.
À travers l’encadrement de la porte, conformément à leur engagement, l’image montre les
quatre frères partant en campagne contre SigismondSigismond (475 — 01/05/524) Roi des Burgondes (516-523) et saint chrétien. Ils sont figurés à l’arrière de leur armée
innombrable, l’un avec une armure or, le second avec une grande targe rouge et
or42,
le troisième avec une braconnière azur et or43, le dernier avec un grand
bouclier rond rouge et or 44. Ils se dirigent vers une
des places fortes burgondes riches, populeuses, bien défendues, qu’ils
convoitent. La conquête commencée contre SigismondSigismond (475 — 01/05/524) Roi des Burgondes (516-523) et saint chrétien en 523 ne s'achève que dix ans plus tard.
Le ms fr. 2817, sans titre, est orné d’une première peinture considérée comme une
des plus réussies de l’artiste parisien Jean PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français1.
Cette image de dédicace2 reprend le texte rédigé par Guillaume
CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français à l’intention de François Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
François Ier, à qui il fait hommage de son travail et sous la
protection duquel il se place : « L’œuvre tel que mon petit scavoir pourra construyre et bastir
l’ay desdié et desdie à vostre digne et sacree majesté ». Insérée au verso d’une page vide3, à la fin des dix feuillets du premier prologue en prose,
auquel elle se rattache par son contenu, elle est réalisée avec un soin extrême4. Dans un somptueux décor, avec une mise en scène qui
renouvelle le genre, elle présente une des premières figurations du nouveau roi depuis son
avènement5
et une partie des cadres6 de l’armée d’Italie. Le contraste chromatique saisissant
met en valeur le vainqueur de Marignan7 et Guillaume Cretin, le prince des rhétoriqueurs dont
il attend une gloire éternelle. La composition donne à voir, avec les ambitions du nouveau
CésarInformations à venir (cesar_jules)8,
tout un programme. Elle est dominée au premier plan par deux figures monumentales.
La scène de dédicace, au début d’un règne que le roi veut novateur9, est en résonance avec le
prologue10.
La date et le lieu où se déroule l’événement ne sont pas connus11, la composition
réelle de l’assemblée échappe12
La cérémonie s’inscrit dans un cadre architecturé italianisant, 13 dont la base s’orne au centre d’une petite fleur de lis.Le peintre rappelle ainsi avec discrétion qu’il s’agit d’un roi de France14.
La splendeur du palais, où elle intervient, est suggérée par une pièce circulaire de grande taille d’inspiration classique qui permet d’accéder à une salle au plafond en berceau en pierre et à caissons15. Au sol, des carreaux de marbre veiné, en trois couleurs16, sont dessinés avec deux points de fuite, un pour chaque pièce17. Un riche ensemble textile, dont le roi a le goût et aux couleurs de mode, allie faste et confort18 : il sert d’écrin à la cérémonie 19. Un dais gris20, dont le peintre souligne la structure, et une tenture chatoyante de brocart rose21, à grands motifs floraux, délimitent l’espace, qui concrétise la sacralité intrinsèque du roi (PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français revisite les codes). Le decorum permet au roi, prince humaniste, de connaître sa juste place dans la société (CicéronCicéron (03/01/106 av J.C. — 07/12/43 av J.C.) Orateur, homme politique et philosophe romain) et d’exercer sa magnificence (AristoteAristote (384 av J.C. — 07/03/322 av J.C.) Philosophe grec), aptitude à démontrer son droit de gouverner par ses vertus personnelles, ses actions et sa magnanimité22.
Le peintre ne donne pas deFrançois IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
un portrait au sens
strict, car il n’a pas posé et ne regarde pas le lecteur. Ses traits sont juvéniles et idéalisés24.
Quelques éléments suffisent à l’identification du souverain : le nez un peu long, pointu25, les yeux en amande26 et la haute stature27. Le portrait est de Jean Perréal28. Les yeux sont bleus, légèrement cernés, un trait souligne la partie mobile
de la paupière supérieure. Les sourcils sont fins et courts, le teint est très pâle29, le philtrum30dessiné, la bouche colorée, petite et charnue, le menton rond,
pourvu d’une fossette. Les
cheveux sont roux, raides, avec des pointes plus foncées. Le visage est de trois quarts, incliné.
Son modelé est évoqué par des dégradés délicats : le contour, par une ombre sous l’avant du
menton, une autre sur le haut de l’aile gauche du nez, une sur la narine, une légère touche de
rose est posée, comme poudrée, sur le haut de la pommette ; sur le front apparaît l’ombre portée
par sa toque31.
Il s’agit d’un portrait en pied32. Le roi, dont la très grande taille est connue, se distingue aussi
par son élégance et le raffinement de son costume. La toque noire s'orne d'un bijou or, sur le rebras arrière le plus haut.
Le pourpoint est de brocart or33 aux motifs renaissants
comme la jupe, dont les plis ronds laissent deviner l’épaisseur. Elle est ourlée d’un motif floral
puis d’un bandeau de lettres. Ces dernières se retrouvent sur le manteau court, de la même
étoffe. Ses deux pans rejetés à l’arrière accentuent la carrure du roi et laissent voir une doublure
de soie rose semée de points or. Les manches à crevés sont en brocart gris sur
une chemise blanche34 dont le col et le poignet s’ornent d’un volant
de dentelles35. Une
écharpe blanche est nouée à la taille. Le portrait est complété par des chausses noires, un
repeint36 et des chaussures en pattes d’ours.
François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
est
le seul à être armé d'une épée nue au côté37. Sa figuration intrigue
par son mode de suspension, l’absence de fourreau et de
baudrier. L’attache, par deux liens or à la taille (jamais reprise ensuite), exclut une utilisation
rapide et facile. Il s’agit en fait d’une épée dite de paix, comme Clarent, l’épée d’ArthurPendragon, Arthur Roi légendaire des Bretons
et d’Uther PendragonPendragon, Uther Roi et père du roi Arthur dans les Légendes arthuriennes, utilisée seulement lors de cérémonies pacifiques
38.
Le roi est debout devant un trône, en forme de chaise curule39
et en bois d’essence claire. Il est seul à pouvoir s’asseoir
40. Après la présentation du Grand Maître
41, le roi s’est levé 42,
main droite tendue vers l’auteur, paume tournée vers le haut pour recevoir l’œuvre43 – soit une éclatante reconnaissance.
Le costume sombre et sobre de Cretin met en valeur le prince de lumière.
Tout dans l’image dit la révérence à l’égard du jeune souverain, l’attente un peu craintive de la réaction du mécène, dans le même registre que le prologue. Il occupe près d’un tiers du registre inférieur, ce qui le distingue du reste de la cour. Grâce à des aplats d’un gris plus clair et des traits noirs sur son habit, le peintre laisse deviner sa morphologie : le personnage massif est revêtu d’une longue robe anthracite sur une chemise noire. Seuls le cou le visage et les épaules entrent dans la moitié supérieure de l’image. Les cheveux sont courts, noirs, avec une frange clairsemée, les yeux bleu-gris clair, le nez fin, les lèvres minces, les pommettes hautes, les joues rosées. Une légère bajoue, un pli nasogénien marqué, un menton à fossette, des rides sur le cou et une carnation rendue avec réalisme en font un portrait qui traduit une influence flamande45. Le portrait est attribué à Jean PerréalInformations à venir (jean_perreal). Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français est à genoux et nue tête en raison de la proximité avec le roi46. Le visage tourné vers le prince, sans esquisser un sourire, il le regarde dans les yeux47 et lui tend l’épais volume par le dos, à deux mains, de telle sorte qu’elles ne touchent pas celle du roi. La reliure de velours blanc, pourvue de deux fermoirs métalliques, élégante et simple, est conforme à la modestie relative affichée dans le prologue, captatio benevolentiaede circonstance. L’auteur a pu, avec déférence, s’approcher du prince – un seul carreau les sépare - et entrer un instant dans sa familiarité. Cet accueil privilégié est un hommage à l’excellence du poète, à la qualité de son œuvre. Il est aussi reconnaissance du service attendu et rendu dans la construction de l’image royale : légitimité et gloire éternelle 48.
Artus GouffierInformations à venir (artus_gouffier_de_boisy), seigneur de Boisy (1474-1519), le Grand Maître49. Il a été gouverneur du prince avant son avènement. C'est un fidèle de Louise de SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier50. Ici au second plan, légèrement en retrait, il présente au roi l’auteur en l’encourageant51. La composition et sa haute silhouette 52 soulignent son rôle d’intermédiaire 53. La main54 qui désigne l’auteur est au centre de l’image. Tête nue et droite, Artus GouffierInformations à venir (artus_gouffier_de_boisy) regarde le roi, ses cheveux foncés sont coupés au carré avec une frange. Le modelé du visage montre les fines rides entre les sourcils, le sillon nasogénien, l’ombre de la barbe au bas de la joue, les pommettes rosées, le philtrum, le menton rond, la pomme d’Adam et les muscles sterno-clédo-mastoïdiens qui dessinent la fossette de la gorge. C'est un portrait55. Court vêtu sous un long manteau noir dont les revers de manches et les doublures ou parements sont fauves56, il constitue avec Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français une diagonale sombre qui met en valeur l’éclat du souverain.
Le prince reste accessible. Malgré un protocole encore simple, la cour est déjà un ensemble hiérarchisé57. Les tentures de brocart vert et de brocatelle marron58 soulignent le rôle discriminant de la distance avec le roi. Dix courtisans en civil suivent la cérémonie 59. Ils sont disposés en profondeur, organisés en cercles autour des caractères principaux, selon leurs rangs, par ordre de préséance les personnes de qualité se tenant au plus près du roi, ensuite le reste des courtisans : soit l’auteur et le roi, puis le Grand Maître, en retrait deux autres, puis encore deux autres et les six derniers dont ne sont visibles que le visage ou une partie du visage. Ces hommes, plutôt jeunes ou dans la force de l’âge, tous couverts, sont vêtus de long pour ce que l’on peut voir. Les têtes sont toutes inclinées vers la droite. Ils sont attentifs au moment clé de la cérémonie.
Deux personnages, symétriques dans la composition et placés un peu en retrait,
se remarquent par leur position dans l’assemblée. Ils sont des membres importants de la famille royale.
Charles IVInformations à venir (charles_dalencon), duc d’Alençon (1489-1525),
comte d’Armagnac et de Rodez, se trouve, presque visible en entier,
à la droite du roi, dont le séparent tout de même au sol quatre carreaux60.
Premier prince de sang, il est alors héritier présomptif du trône et époux de MargueriteMarguerite de Navarre (11/04/1492 — 21/12/1549) Sœur aînée du roi François Ier, femme de lettres, diplomate, protectrice
d'écrivains et d'artistes, reine de Navarre (1492-1549), sœur aînée de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
61. Un bijou or sur son
chapeau62, une chaîne et son manteau de fourrure
gris moucheté63 soulignent son
éminence. Il partage l’honneur du dais. Ses mains sont serrées sur un long bâton de pèlerin sur lequel
il s’appuie64.
C’est une allusion au pèlerinage solennel à pied que
François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
fait au saint
suaire de Chambéry65.
Il part de Lyon le 28 mai 1516 avec Louise de SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier,
la reine ClaudeClaude de France (13/10/1499 — 20/07/1524) Pénultième duchesse de Bretagne, reine de France et première épouse de
François Ier, la cour et des ambassadeurs,
pour rendre grâce de la victoire de Marignan.
Le cortège, mené par Charles d’AlençonCharles IV d'Alençon (2 septembre 1489 — 11 avril 1525) Aristocrate français,
arrive le 15 juin 1516 au château de la maison de Savoie, qui abrite le linge précieux dans sa chapelle palatine.
AlençonCharles IV d'Alençon (2 septembre 1489 — 11 avril 1525) Aristocrate français ici ne regarde pas l’auteur, son regard est dirigé vers le connétable
de Bourbon.
Le peintre a su rendre compte avec habileté, par sa composition, de l’état des relations entre le roi et son connétable :
il fait
partie de l’entourage du roi, qui fait preuve à son égard de courtoisie et lui marque
sa reconnaissance66,
mais l’éloigne progressivement67.
Charles III de BourbonCharles III de Bourbon (1460 — 1527) Duc de Bourbon, connétable de France (1490-1527) est tout à gauche,
tourné vers le roi et ne regardant que lui, comme le reste de l’assistance. Le peintre sait en évoquer la beauté
68.
Son costume somptueux de lamas rose, au col de fourrure gris69
rappelle qu’il est le plus riche70 et le plus puissant
des vassaux du roi. François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
l’a fidélisé par l’octroi,
le 12 janvier 1515, de la charge de connétable attribuée à vie
et promise déjà par Louis XII. Le titre récompense sa valeur militaire71 et sa fidélité
72. Il dispose ainsi d’un immense pouvoir :
chef de l’armée en l’absence du roi, il commande l’avant-garde en sa présence. Il a joué un rôle décisif à Marignan
73.
Lettré, sa cour, qui siège à Moulins, est à la fois prestigieuse et avant-gardiste74.
En 1517, le roi séjourne dans son château, un des plus grands du royaume pour le baptême de François de Bourbon
75
dont il est le parrain (le roi n’a pas encore d’héritier mâle).
Il est ébloui par des fêtes brillantes et raffinées76, le déploiement d’un luxe inouï77 dont le souverain reconnaît n’avoir pas les moyens,
l’élégance et la richesse des costumes. Il est en fait un des derniers grands féodaux à pouvoir s’opposer à lui.
À l'arrière de ce premier cercle, au deuxième rang, se trouvent deux hommes dont seuls le visage et
une partie du buste sont visibles : près de Charles IVInformations à venir (charles_4_alencon), avec une toque à rebras
gris clair, signe de distinction sociale, se tient peut-être Odet de FoixOdet de Foix (1485 — 1528) Vicomte de Lautrec, maréchal de France, seigneur de Lautrec
(1485-1528)78,
maréchal de France, en Italie avec François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
, à la tête des troupes
de reconnaissance avant Marignan, gouverneur du duché de Milan en mars en 151679.
Derrière le Grand Maître, il y a sans doute son frère
Guillaume Gouffier, seigneur de BonnivetInformations à venir (bonnivet),
qui devient amiral de France le 31 décembre 151780.
PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français le singularise par un visage coloré et un étrange turban gris
qui ne se rencontre pas ailleurs dans le manuscrit81.
En arrière plan, le deuxième cercle comprend six anonymes répartis par moitié sur deux rangs 82, pour les uns le visage est visible presque en entier, pour les autres une partie seulement 83. La hiérarchie curiale subtile ne se fonde pas seulement sur l’ancienneté de la noblesse84. Elle s’ouvre à des hommes de moindre rang, compétents et loyaux, placés aux plus hautes fonctions85. Les lettrés comme les artistes approchent le roi, un privilège, et entretiennent avec lui, pour les plus talentueux, un lien personnel86. Le roi, vainqueur de Marignan, se pose ici en homme de paix, protecteur des lettres et des arts. Il sait susciter l’innovation (en architecture), reconnaître les talents littéraires (Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français) et artistiques (PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français et Jean PerréalInformations à venir (jean_perreal)) comme les compétences militaires et politiques. Il met en scène son pouvoir et le construit.
Après la destruction de Troie, 400 ans avant la construction de Rome, les Troyens s’exilent. BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée donne son nom à la Bretagne, puis à la mort de son neveu TurnusTurnus Roi légendaire, fondateur de Tours, avec CorineüsCorineus Combattant des génats dans la légende médiévale britannique, il devient roi de la petite et grande Bretagne1. Roi pacifique d’une grande terre, il donne à ce dernier un duché appelé Cornouaille2. Le peintre retient du récit de CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français l’arrivée de la flotte de BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée et de son ami CorineüsCorineus Combattant des génats dans la légende médiévale britannique, (v. 213-219), leur débarquement dans la grande Île d’Albion (v. 226-231), la création des armes de Bretagne (v. 247-252) et montre comment les nouveaux venus marquent leur pouvoir dans le paysage de la Cornouaille. Il en réalise une synthèse audacieuse3
Dans un cadre renaissant sobrement décoré, qui a pour support une coquille4, un paysage baigné d'une douce lumière5 évoque la conquête d'Albion par les exilés troyens6. L’image est caractéristique de la quête des origines des peuples nouveaux7, à la recherche d’un passé leur donnant un prestige comparable à celui des Romains et une légitimité par l’antériorité8. La flotte9 de BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée (les navires sont du même type) remonte la Tamise dont les eaux claires se confondent au loin avec celles de la mer du Nord10, ce qui donne lieu a la plus belle marine de la série royale11. Dans le ciel, qui s’éclaircit à l’horizon, le peintre saisit le mouvement des nuages, montre les voiles gonflées par des vents qui tournent, la houle, les rouleaux et le jaillissement de l’eau fendue par la proue d’un navire12.
Un bateau accoste sur la rive gauche sauvage et inhabitée13 vers laquelle se dirige trois autres navires. Le long de la rive droite, plus hospitalière s’aligne en fendant les eaux calmes du fleuve le gros de la flotte, voiles gonflées par des vents tourbillonnants ou déjà carguées. Elle est composée de nefs, grands navires de haute mer, armés en guerre avec une rangée de canonnières au niveau du pont14. La hauteur sur l’eau et la taille considérables du vaisseau-amiral sont suggérées par un minuscule hunier15 au sommet du mât, le nombre de haubans et les lances des exilés troyens16. BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée, point de fuite de la composition est le premier à emprunter la planche de débarquement17.
En armure dorée et décorée à l’antique18, manteau d’apparat19, manteau d’apparat20 et bâton de commandement à la main, le premier roi insulaire vient à peine de poser les pieds sur la terre ferme qu’une ravissante hermine se précipite sur son écu21 comme pour se transformer en meuble héraldique (hermine passante au vif)22.BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée s’inspire de cet épisode de bon augure pour ses armoiries : d’argent semé de mouchetures d’hermine de sable ou hermine plain23. Un héraut les dessine24, puis le roi fait confectionner25 un gonfanon à deux flammes26 La table sur laquelle il opère est représentée avec une perspective ancienne, maladroite. Sous le plateau, les jambes des protagonistes sont dessinées sans cohérence, pour le tailleur, une coloration verte (comme l’herbe) est rajoutée sur le soleret doré et au niveau du mollet. le porte-gonfanon, fonction prestigieuse, se saisit déjà de l'enseigne. et des cottes aux armes27.CorineüsCorineus Combattant des génats dans la légende médiévale britannique, avec la cuirasse verte28, apporte un drap à mettre en forme , un autre troyen l'a jeté sur son épaule. L’activité29 précède la mise en valeur d’Albion. La richesse de l’île explique les dimensions et la beauté de Trinovaque. La nouvelle Troie (Londres)30, est à mi-hauteur de l'image. En haut à droite sa défense avancée, au sud-ouest, est assurée par le château de Windsor 31.
L’image est un tendre hommage de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
à sa jeune reine
Claude de FranceClaude de France (13/10/1499 — 20/07/1524) Pénultième duchesse de Bretagne, reine de France et première épouse de
François Ier,
duchesse de Bretagne épousée le
18 mai 151432. Le mariage
est aussi une étape essentielle dans le processus de rattachement de la
province au royaume33, Français et Bretons étant issus d’un même peuple troyen, l’union est
justifiée34.
Pour l’histoire des origines du royaume et de Paris, Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français fait
le choix, dans les versions en circulation1, de la plus éloignée de la
réalité2.
L’enjeu politique, en lien avec l'actualité du début du règne de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
est
double. Il concerne les origines du peuple et de dynastie : troyennes pas romaines et
un roi de Paris qui est
implicitement roi de France3.
Le peintre et son équipe ont pour première préoccupation de suivre le texte, non de
donner une vue de Paris au début du
XVIe siècle4. Le cadre est sobre,
son support hémisphérique représente un visage de face, de la bouche sortent deux
longs rameaux. Il ment sur la renommée de la ville (vers 681-682). Sous un
ciel sans nuage la composition5 se divise
en deux registres le site, la ville, les travaux en cours, la tête et le bras du roi
et en bas PharamondPharamond (365 — 430) Roi des Francs (?-430)
, les grands et le
peuple.
Paris est située dans un espace dominé par une colline, aux pentes verdoyantes dont le sommet est occupé par quelques bâtiments 6.
Le texte mentionne les carrières plâtrières dont la présence a joué dans le choix du site. À gauche de l’image une roche a été creusée, taillée pour en extraire la pierre à plâtre ou gypse blanc, jaunâtre ou beige qui donne un plâtre blanc. Autour de la ville une ceinture verte laisse apparaître par endroit le sol. Le peintre, qui est parisien, reprend la couleur orangée du sable de Paris7. Des flaques grises rappellent le caractère marécageux du site8. L’espace est encombré de moellons blancs9 provenant du banc de calcaire appelé banc royal, les uns irréguliers10 et un, déjà taillé, aux angles parfaits11. Les ouvriers réalisent un travail de qualité avec de bons outils. À droite, après avoir enlevé le bossage avec un pic, l’un dresse la pierre avec un marteau à taillant droit et brettelé. L’autre avec un marteau finisseur travaille le parement sans l’abîmer12. Devant les murs, un tailleur de pierre s’apprête avec une bonne position à déplacer une pierre ornée de deux moulures, au sol un taillant abandonné sans précaution13. Son vis-à-vis14 (mesure de sécurité) est à l’aplomb du ballant de la chèvre. Un fin trait noir évoque le filin qui va servir à monter la pierre en haut des murs. Le peintre décrit la mise en place du système de levage appelé louve15. En haut de la tour, un autre, maçon supérieur se penche attendant le signal pour le levage16, tout un art.
La Seine
n’étant pas figurée, la présence du marais pourrait suggérer une
vue du nord depuis les buttes parisiennes au premier plan17. La lumière vient de la gauche à en juger par l'ombre sur les
tours. Il n’est pas possible de déterminer la forme de l’enceinte18. Tours et
tourelles n’étant pas engagées dans les murs donnent une impression de relief.
Le peintre figure deux tours plus petites à gauche pour indiquer l’extension du
périmètre19 et suggère la
densité du bâti20, par les étages supérieurs des maisons à pignon
avec des éléments appartenant aux palais qui sont multipliés dans la ville dès
le second XIVe siècle21. Sur trois tours, des gonfanons gris flottent dans
des directions différentes, un moyen discret d’évoquer la taille de la
capitale. Certains éléments l’absence de porte22, la
disparition de tout clocher et des tours de Notre-Dame indiquent un effort
pour rendre compte de la spécificité de la ville des origines23. Ce premier Paris emprunte des éléments aux murs
de Philippe AugustePhilippe Auguste (21/08/1165 — 14/07/1223) Roi de France de 1180 à 1223, inaugurateur du titre et de
Charles VCharles V (21/01/1338 — 16/09/1380) Roi de France de 1364 à 1380 avec des meurtrières
avec archères cannonières et simples cannonières qui apparaissent après 1450.
À l'intérieur, la couleur des toits suggère une territorialisation qualitative :
orangés pour la partie plus ancienne, puis bleus pour un quartier plus
aristocratique avec sur le grand toit d’un bâtiment à étages une petite tour à
créneaux.
Suivent à droite, une tour en cours
d’achèvement24
et un logis royal récent, bâtiment clair au toit
d’ardoise pourvu de quatre lucarnes reposant sur un bandeau de pierre, à
l’arrière se trouve une grosse tour ronde. Il s’agit sur la rive droite de
l’hôtel des Tournelles et
d’Angoulême25 à proximité la Grosse
tour ancienne. Ainsi la construction de Paris est liée dès l’origine de façon mythique à la dynastie
Orléans26 et à François Ier
François Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
.
Dans le registre inférieur le roi est installé entre deux collines. Les Francs sont disposés en deux groupes. À gauche une douzaine de personnages sont tournés vers l’enceinte. Trois se distinguent : le premier regarde la manœuvre de levage27, un autre contemple le roi28.Dos au groupe mais au premier plan, seul à figurer dans l’espace central, le troisième, les deux mains à la ceinture, se détache par sa taille,sa toque rouge, son costume et... sa bourse29. Loyaliste, il prête la plus grande attention au geste royal. Issu des rangs des Parisiens, il paraît en être le représentant éminent, préfiguration du prévôt des marchands30, servant d’interface avec le second groupe à droite. Ce dernier, plus étoffé, comprend une vingtaine de personnes 31, tournées vers le roi sauf trois qui regardent ses interlocuteurs.
PharamondPharamond (365 — 430) Roi des Francs (?-430)
s’adresse à deux hommes de dos, savants docteurs, doctes conseillers, qui
acceptent bon gré mal gré sa décision32. Le roi les a consultés,
pratique importante dans la définition de la légitimité du pouvoir par son bon
exercice. Avec son fils Clodion le CheveluClodion le Chevelu (393 — 448) Roi des Francs saliens (428-448)
33,
derrière lui, le roi domine les deux groupes34. Son geste impérieux
est
bien évoqué35, indique que le
choix du nom, qui échappe au groupe de gauche, relève du roi seul, qui en informe
d’abord le groupe de droite, gens de robes longues, qui lui ont fait des
propoisitions.
L’image montre l’effort pour rendre vraisemblable un récit des origines
dont l’auteur connaît toutes les limites et essaie d’approcher la ville primitive,
encore païenne sans faire place à la cité romaine. Jean PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français la recrée à partir de l'existant36, non par souci architectural ou
urbanistique mais dans une perspective politique. La construction par étapes donne
un indice du fait que PharamondPharamond (365 — 430) Roi des Francs (?-430)
, qui a
ordonné les travaux en cours, n’est pas le premier constructeur, son père
MarcomirMarcomir (IV siècle — circa 400) Roi des Francs (380-400)
dans le texte37
La place centrale de la tour de Nesle38,
pointée par le roi, avec ses caractéristiques contemporaines, est significative.
Elle s’explique par le paragraphe consacré à l’autre grande œuvre du premier roi
de France, la loi salique, première loi fondamentale du royaume qui justifie la
succession masculine en droite ligne pour des raisons morales et politiques.
Excluant les femmes de la successionn au trône39, elle leur conférait une place
de premier plan pour exercer la régence, car aux yeux de leurs père ou fils, elles
sont parfaitement loyales40. Elle est aussi une
allusion à l'affaire dite de la tour de
Nesle41 et rappelle la
faiblesse des derniers Capétiens, le
changement dynastique, l’avènement des Valois
et la supériorité en quelque sorte constitutionnelle du royaume et de son
souverain par rapport aux Anglais. La tour est en construction, comme se construit
avec Louise de SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier et
François I erFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
une nouvelle légitimité par le sang42 et dans l'exercice du pouvoir, laissant aux femmes une place dès
l'instant qu'elles participent de ce sang et qu'elles ont un comportment moral
exemplaire, des compétences politiques et le sens des responsabilités.
Le discours visuel, très riche, souligne la concomitance entre la construction (en cours), le baptême de la ville et l’avènement du premier roi de France qui porte déjà une haute couronne fleuronnée. Bénéficiant du prestige immémorial du fils de PriamPriam Personnage de la mythologie grecque, dernier roi de Troie, fils et successeur de Laomédon, Paris apparaît comparable aux villes illustres et éternelles, Rome, Constantinople43 jeune capitale déjà belle, promise à les égaler. Double invitation aussi à l'égard du jeune comanditaire à peine arrivé sur le trône à en poursuivre l'embellissment et à y résider44.
Aux environs de 445 ClodionClodion le Chevelu (393 — 448) Roi des Francs saliens (428-448)
, le Chevelu (ca390-450) roi des Francs Saliens, considérés comme fondateurs de
la noblesse par droit de conquête, pénètre en territoire romain1.
Il traverse la forêt Charbonnière2. Il
prend Tournai, puis Cambrai
au premier assaut. Villes de renom (v. 863-864), elles sont ensuite capitales
de petits royaumes.
Alors que Guillaume Cretin, mentionne les deux
villes, le peintre ne retient pas Tournai
3, ville anglaise
depuis 15134. Il préfère Cambrai qui, depuis le haut Moyen Âge5, est un enjeu entre la France et l’Empire, au cœur d’une intense
activité diplomatique, et un centre religieux éminent6. La ville ancienne a aussi une fortune littéraire7. Son importance stratégique et politique perdure au XVIe s.8 Le 11 mars 1517, François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
, MaximilienMaximilien Ier de
Habsbourg (22/03/1459 — 12/01/1519) Empereur du Saint-Empire, archiduc d'Autriche et Charles d’AutricheCharles Quint (24/02/1500 — 21/09/1558) Roi des Espagnes et empereur du Saint-Empire d'origine flamande, au XVIe s. signent le traité de
Cambrai par lequel ils se promettent
assistance dans le projet de croisade contre les Ottomans, mettant fin aux premières guerres d’Italie.9.
Le siège de Cambrai par Clodion le
CheveluClodion le Chevelu (393 — 448) Roi des Francs saliens (428-448)
a peu retenu les artistes10. L'événement est pourtant mémorable, comme le
soulignent, en bas du cadre, deux branches d'acanthe. Le ciel sans nuage évoque
les beaux jours du début de l’été, temps de à la guerre. Le peintre utilise le
nombre d'or pour sa composition, il joue sur la symétrie, tente des
perspectives et rend compte des principales étapes de l'opération.
Au premier plan, un tiers de l’image, des collines parfois abruptes, éclairées par la gauche,dominent une plaine verdoyante où serpente un chemin11. La Forêt Charbonnière, épaisse et impénétrable, et ses frondaisons étagées cachent une partie de la ville. Autour de Cambrai, le couvert s'éclaircit. L’enveloppement est suggéré12, il précède l'assaut (v. 782) qui n'est pas figuré. Vient ensuite l'entrée des vainqueurs dans la ville.
Le peintre évoque par une douzaine de lances inclinées le déplacement de troupes
qui sortant de la forêt la longent. À droite, une partie de l’armée innombrable
est déjà dans la cité. L’autre se presse à sa suite : ne sont visibles que les
casques gris vus sous des angles différents pour accompagner le mouvement. Les
chefs, Clodion le cheveluClodion le Chevelu (393 — 448) Roi des Francs saliens (428-448)
et ses deux
généraux, dont le texte ne dit rien, sont à cheval. Quatre corps sont présents à en juger par les gonfanons, moyen de
reconnaissance et de communication des ordres : celui du roi est jaune orné de
trois crapeaux noirs13. Le peintre décrit une organisation structurée par la
répartition discriminante des équipements défensifs.
Clodion le
cheveluClodion le Chevelu (393 — 448) Roi des Francs saliens (428-448)
, ici par convention à l’arrière, est à la tête de la
cavalerie qui garde son prestige.
À sa droite, un général coiffé d’un casque
doré a une dossière d’acier ornée d’une fleur de lys. Le second est dans les
rangs près de la porte de la ville avec dossière, épaulière et braconnière
dorées.
Dans l’infanterie à gauche, les pièces dorées sont
distribuées dans un groupe de trois hommes : un n’a que le casque, un autre des
protections de jambes. Au premier plan, le capitaine,
tout dévoué au roi, tient un grand bouclier rond bleu14. La dossière dorée de son armure
à la romaine est ornée d’une grande fleur de lys. Mais, capitaine des gens de
pied, ses jambes sont couvertes de plates grises. Son casque orné d’une spirale
est repris d’un modèle italien15.
ClodionClodion le Chevelu (393 — 448) Roi des Francs saliens (428-448)
, seul couvert d’une armure
complète dorée, est le point de fuite. Sur sa barbute orfévrée est posée une
couronne, sa courte cape16 et sa selle sont bleues et il est monté sur un splendide
cheval blanc17. Sa braconnière s'orne d'une élégante bande noire
ourlée de perles d’or dans le goût de François
IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
. Le peintre PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français souligne le volume de la cuisse et la
finesse de la taille du vainqueur18 qui contemple
la fière silhouette de la cité.
La ville est puissante et riche. La hauteur et la
largeur de la porte sont caractéristiques des villes populeuses. Point faible,
elle est flanquée de deux tours, surmontée d’une chambre de levage et d’une
plate-forme d’un étage munie de hourds de bois, qui atteste une mise en défense
récente. Le peintre, qui n’entend pas valoriser le castrum romain, évoque Cambrai à travers une enceinte qui n’est plus celle disparue du
XIe siècle et donne des repères du début XVIe siècle19.
De droite à gauche, se reconnaissent la porte-tour de
Selles20, le
Château de Selles avec
l’église Notre Dame21, le palais
épiscopal22 et
l’abbaye Saint Aubert,
en arrière plan le Mont-des Bœufs et Saint-Géry23.
Viennent ensuite une tour ronde, une autre
à côté de la porte du Saint-Sépulchre, l’église du Saint Sépulchre24, la tour Carrée
avec en arrière-plan le beffroi Saint-Martin avec sa
flèche torse
et, tout à gauche, un quartier plus populaire25. Des travaux réalisés entre
1502 et 1512 expliquent, avec l'importance diplomatique de la ville, cette relative
précision26. L’image renvoie aussi avec l’église du Sépulchre, au projet de la
croisade auquel François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
travaille en 1516.
Le 20 juin 451, l’armée de MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
,
troisième roi de France et du sénateur romain AetiusAetius (390 — 21/09/454) Général romain se porte contre AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 4531 qui, après avoir semé la terreur en Gaule, a
connu un premier échec : Orléans lui a
résisté2. Le terrible affrontement,
qui met fin aux incursions hunniques, intervient, selon Guillaume Cretin,Cretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français en Chalonnois à la
bataille des champs catalauniques3.
L'image se lit de haut en bas. Orléans apparaît dans un espace dégagé : la composition reprend l'idée de campus en latin, un lieu à la végétation basse ou rase d'où l'observateur peut voir de loin. La ville au loin, pour rendre compte de la distance entre le val d’Orléans et le Chalonnois4 et de l’intervalle entre le siège et la bataille, a cependant une présence forte. Les trois quarts de l’image se situent à proximité de la Marne. La rivière large et puissante entaille le plateau champenois. Le point de fuite se situe en bas de l’image au niveau des ondulations karstiques sans végétation.
Sous un ciel limpide, Orléans est vue du nord. AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 453 l’a assiégée avec une batterie de quatre canons montés sur des affûts de campagne pour rester mobiles. Ils sont désormais abandonnés. Dans sa fuite le chef hun leur tourne le dos5. Les murailles sont intactes, le texte précise que la ville n'a pas été endommagée, allusion indirecte au rôle de saint AignanAignan d'Orléans (358 — 17/11/452) Evêque d’Orléans. L’absence de hourds de bois sur les murs indique qu’elle n’a pas eu le temps de se mettre en guerre6. L’effort de perspective se marque de chaque côté par la hauteur décroissante des tours et des courtines7. La vue de profil donne une idée d’ensemble de l’impressionnante place forte8. Elle est réalisée avec soin, ainsi les bannières sur le haut des tours et des constructions « flottent » dans le même sens. Leur horizontalité renvoie aux panonceaux aux armes d’Orléans très présents dans la ville au XVIe siècle. À l’intérieur, la densité des bâtiments donne une idée des étapes de sa construction et de la répartition fonctionnelle des espaces de pouvoir dans la ville9. Le centre politique est à droite des tours centrales : emplacement du castrum et du palais mérovingien. Deux bâtiments à toits bleus près des murs voisinent avec un logis « royal » évoquant le passage de la domination romaine à la mérovingienne10. L’éminence de cet espace est confirmée par la rotonde au sommet des deux tours qui en marquent la limite. L’extension à partir du milieu du XIVe siècle se fait à gauche11. Cette deuxième étape englobe le faubourg oriental avec l’église de saint Aignan et l’abbaye de saint Euverte12. La troisième extension occidentale, à droite, plus récente, comprend une tour carrée et deux rondes13. La dernière extension orientale, à gauche14, qui commence à la tour carrée, double la surface protégée. La faible élévation des bâtiments par rapport aux espaces centraux rappelle qu’il s’agit de faubourgs populeux où se concentre l’activité commerçante et artisanale de la ville. Le lien établi par l’image entre Orléans et le champ de bataille, à 215 km, illustre la permanence de la menace hunnique.
Les armées sont considérables15. De chaque côté trois corps de batailles sont alignés, d’après
Jordanés16. Le peintre, à la suite de
Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français, reconstruit l’événement. Les
camps d’AetiusAetius (390 — 21/09/454) Général romain, de ThéodoricInformations à venir (theodoric) et d’AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 453 ne sont pas montrés. Le moment retenu est la fin de la
bataille. L’infanterie des deux ennemis disparaît et avec elle la combinaison
complexe des deux armes, ne reste que la cavalerie lourde. À gauche chez les
vainqueurs,le dispositif du sénateur romain AetiusAetius (390 — 21/09/454) Général romain17 a été
modifié en faveur du roi MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
18. Il
prend le premier rôle avec une charge irrésistible. Le roi ThéodoricThéodoric Ier (393 — 20/06/451) Roi des Wisigoths allié a été tué au premier
engagement et le rôle décisif dans la victoire, des Wisigoths,
nombreux et aguerris, est minoré. Avec les fédérés Francs,
Alains, Burgondes et «
Romains », ils font masse derrière le roi et le sénateur. La
représentation des vaincus est construite en miroir. AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 453est accompagné d’un second que le texte n’évoque pas.
Huns et fédérés (Gépides,
Ostrogoths) sont mêlés en une cohorte terrible (v. 960-962).
Les quatre cavaliers au premier rang des belligérants ont le visage découvert et
sont individualisés19.
Les équipements défensifs des deux armées sont du même
gris : avec habileté le peintre donne à voir le riche décor des armures des
vainqueurs, qui n'apparaissent pas chez les autres. Les Huns
se reconnaissent à leurs bardiches20. Ces armes d'hast redoutées, tout aussi anachroniques que
les canons, sont retenues pour leur efficacité meurtrière, la pointe supérieure
sert à frapper d'estoc, perce les armures et le tranchant de la hache en forme de
croissant allongé infligent d'affreuses blessures aux chevaux sans protection. Ces
caractéristiques techniques connues du commanditaire, amateur de militaria et roi chevalier, les opposent aux pointes de lances21. Compte tenu de la
longueur des hampes des deux armes, l'opposition reste discrète. Quelques unes
figurent dans les rangs des vainqueurs rappel de la présence à côté des Romains de
combattants se battant de la même façon que leurs ennemis. Les plus visibles sont autour du gonfanon de MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
, roi païen, dont les armes sont d'or
à trois crapauds de sable. Le peintre qui excelle à rendre le mouvement des
combattants et des chevaux22, montre ce gonafanon qui ne flotte pas, car une partie des
troupes n’a pas encore bougé (lances verticales),devant elle, une autre
s’ébranle (lances inclinées), les premières lignes (lances à l’horizontale)
sont au contact.
L'attention est attirée dans les deux camps sur les
chefs qui mènent le combat. La description du Mérovingien emprunte au
commanditaire23. MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
jeune et
glabre en tête de la cavalerie alliée, lance la charge épaule droite en
arrière, bras semi-tendu, main en tierce, pointe de l’épée plus bas que le
poignet, en attendant d’allonger le bras de toute sa longueur pour donner un
coup de pointe, estoc meurtrier. Il est le seul à combattre à l’épée. Son
cheval de guerre24, d'un blanc éclatant25 et
harnaché d'or et d'azur a mis son museau à la queue
du cheval ennemi26. Le roi a ses
attributs identitaires : couronne fleuronnée27, armure dorée ouvragée, courte cape bleue.
Le gris de la jupe de sa braconnière et le noir de sa selle incrustée d’or,
sont les couleurs préférées de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
.
En retrait au propre comme au figuré pa rapport à
MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
,
AetiusAetius (390 — 21/09/454) Général romain le plus
prestigieux des alliés, charge à la lance28. Son casque à pointe
italien, le vermillon de la braconnière de son armure romaine et le harnais
rouge de son cheval sont autant de référence à son imperium de général romain29.
Le troisième chef de la coalition est au sol sous la
monture royale. Le corps du roi Wisigoth ThierryThéodoric Ier (393 — 20/06/451) Roi des Wisigoths est couché sur le ventre, couvert d’une armure ouvragée
gris plus clair en hommage à son courage, déjà salué par le texte30. Il a été tué
lors la première phase de la bataille, en soutenant le choc de la cohorte
hunnique,
AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 453 occupe
dans l’image une place à la mesure du danger qu’il représente, avec une armée
forte et nombreuse31, et de la détestation qu’il suscite. À la différence de
MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
, il n'a pas de
couronne32 et porte une targe péjorative33. Sa monture au galop
plus allongé est alezan34. Il se distingue par sa
gestuelle et son comportement35 :
tête tournée vers l'arrière, torse de trois-quarts face il fuit sa bardiche sur
l'épaule. L’opposition est aussi chromatique et signifiante : la jupe de sa
braconnière est de la même couleur que celle d’AetiusAetius (390 — 21/09/454) Général romain, mais plus longue, peut-être un rappel du soupçon de
trahison qui porte sur le Romain pour n’avoir pas poursuivi AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 453. Surtout sa cotte bleue éclaire l’enjeu
du combat : ses prétentions sur la Gaule.
Sur un cheval noir son second le précède dans la fuite,
il est emblématique avec un casque à oreilles carrées et pointe sommitale
replié vers l'avant et une abondante barbe noire36.
Le texte conclut « Ainsi doncq terminee / Des Huns la force et
toute exterminee / Avec les siens ». Le peintre sans
complaisance pour le long combat et la sanglante mêlée montre AttilaAttila (395 — 453) Roi des Huns de 434 à 453 refoulé, en fuite... il part en fait pour
l'Italie. Sa reconstruction souvent fidèle au texte est comme lui une restitution
biaisée de la bataille qui prive AetiusAetius (390 — 21/09/454) Général romain et
les Wisigoths de leur victoire pour en gratfier le jeune roi
des Francs. Le cadre donne une des clés de l'image, son fronton orné d'un cercle
est décalé vers le logis royal d'Orléans. Entre la puissance de la ville, symbole identitaire des
Orléans et de toutes les résistances, et l’élan de MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
premier roi des Francs reconnu comme
tel, l’image37 est à l’unisson de l’enthousiasme qui suit l’avènement de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
, la
victoire de Marignan et le nouveau projet de croisade.
ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
, GuinementGuinement (V siècle — ) Conseiller de Childeric Ier et AegidiusÆgidius (01/01/400 — 01/01/464) Général romain, à la tête du royaume des Francs durant l'exil de
Childéric (Gillon)
fr. 2817, fol, 24 verso. ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
ayant
par ses turpitudes1
provoqué la colère des Grands, son fidèle ami et conseiller GuinementGuinement (V siècle — ) Conseiller de Childeric Ier le convainc de s’exiler, ce qui leur
donne satisfaction. Avec habileté il le fait remplacer par un Romain, GillonÆgidius (01/01/400 — 01/01/464) Général romain, à la tête du royaume des Francs durant l'exil de
Childéric, qu’il travaille à rendre impopulaire, pour
préparer le retour du roi2. L’image3 représente deux moments : l’adieu de Childéric IerChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
à
GuinementGuinement (V siècle — ) Conseiller de Childeric Ier en scène principale,
célébration de l'amitié masculine4 entre le
roi et ses barons et la bataille où ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
l'emporte sur Gillon
(Aegidius)Ægidius (01/01/400 — 01/01/464) Général romain, à la tête du royaume des Francs durant l'exil de
Childéric tué au combat. Elle se lit de bas en haut.
Le paysage naturel est discret. Au premier plan deux collines dessinent un arc autour de la terre battue où évoluent des personnages de taille monumentale5. À l’arrière et hors de proportion, un ensemble palatial non fermé, donne sur un espace plan verdoyant. Le texte et les sources utilisées par l’auteur ne donnent pas d’indication sur le lieu : une villa ? Le logis royal au toit droit à la française couvert d’ardoises a un décor renaissant6, allusion peut-être à l’aile Louis XII du château de Blois7. Un second bâtiment en bois emprunte moins au répertoire renaissant. La façade principale du troisième, plus claire, récente est rythmée par cinq fenêtres au-dessus d'un décor à l'antique de grande envergure8. En l’état, la représentation atteste du progrès de la diffusion du répertoire décoratif de la première renaissance.
Près de la moitié de l’image
est occupée par le peuple franc en armes divisé : les uns derrière le roi, les
autres derrière son ami9, relation
exemplaire. Rien ne laisse deviner une quelconque organisation, il s’agit d’une
cohue de Francs revêtus d’armures à la romaine10. Tous réputés nobles, ils
n’ont pas le même statut d’où la présence de casques dorés et dans les rangs
des contestataires genouillères et grèves de même11. Au premier rang de chaque camp, se trouvent ceux
qui servent d’étiquette au groupe, pour autant chacun se distingue. La
distribution des pièces du costume militaire complète l’individualisation par
le portrait, la surface occupée dans l’image et la position.
Derrière le roi, un fidèle échange un
regard avec son voisin à barbe blanche qui se tourne vers lui avec une
expression douloureuse12.La même tristesse marque le
visage d’un dignitaire barbare en armure dorée, casque gris à pointe déportée,
dont la barbe longue frisée est la transposition en quelque sorte de l’idée de
chevelure hirsute13. Les porteurs d’armes d’hast sont
à quatre rangs derrière ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
. Le
point est important14. En face, le groupe des contestataires15 : le premier vient, menaçant le
poing serré sur sa lance déjà inclinée, l’autre sur le pommeau de son épée
16. La visière de son armet à l’italienne
descend jusqu’à la naissance du nez, la vue rectangulaire est placée trop haut
pour qu'il puisse voir...la colère l'aveugle ! Le peintre s’amuse, une façon de
déconsidérer les grands, alors que le départ de Childéric est acté. Leur
comportement s’apparente aux émotions populaires.
Son voisin, équipé d’un grand bouclier rond, s’apprête
à avancer17.
Dans les rangs un homme est de face, comme un
diable18.
Les deux principaux protagonistes, nu tête sont au centre. GuinementGuinement (V siècle — ) Conseiller de Childeric Ier, qui n’est pas le plus élevé dans la hiérarchie militaire, est loyal : la fleur de lys sur sa cuirasse et la jupe bleue19 de sa braconnière en attestent. Il s’incline vers son roi et compatit à son malheur20. Le peintre a surmonté la difficulté à savoir ne pas présenter le conseiller protégeant le roi, dangereuse inversion21.
ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
occupe la plus grande surface et se distingue par la tonalité et la richesse du
décor de son armure et sa qualité donnant au métal par endroit l’allure d’ un
tissu. Son ample manteau bleu 22 souligne son mouvement : il se penche vers son
ami. Le visage est juvénile, il paraît sur le point de pleurer. Sa couronne
mordorée, ses cheveux roux23 et sa
barbe en collier font ressortir la pâleur du teint24. ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
est
par nature destiné à être roi, idée portée à propos de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
dans l’entourage de Louise de
SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier, prémisse à l’idéologie du sang royal à nul autre
pareil25. Quelle que soit sa faute, elle n’en fait pas un
mauvais roi : il a du chagrin – une forme de contrition – et prend son ami dans
ses bras comme pour lui donner l’osculum qui lie le
seigneur à son vassal 26 S’exilant
dans l’intérêt de son peuple, il n’est pas un tyran27.
Après huit ans d’exil et la défaite sur le champ de bataille de son remplaçant
romain Gillon
(Aegidius)Ægidius (01/01/400 — 01/01/464) Général romain, à la tête du royaume des Francs durant l'exil de
Childéric28, interprétée
comme un jugement de Dieu, le roi peut donc revenir.
Dans le tiers supérieur droit de l’image, est
représenté le refuge de ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
:
le château de Bar-sur-Seine puissante forteresse, dont
les tours alignées font masse29.
Deux armées commencent à s’affronter devant ses
murs. Le texte précise que GuinementGuinement (V siècle — ) Conseiller de Childeric Ier, à l’avant-garde de l’armée de Gillon (Aegidius)Ægidius (01/01/400 — 01/01/464) Général romain, à la tête du royaume des Francs durant l'exil de
Childéric a fait déployer les bannières
au vent en arrivant sur le champ de bataille, un signal, ici des étendards30. Le premier à frapper dans la mêlée
est le Romain, visage découvert.
ChildéricChildéric Ier (436 — 481) Roi des Francs saliens (457-481)
dos aux murs de Bar
pare le coup.
L’étendard or à trois crapauds de sable du roi31 dépasse le rouge et or du représentant de
l’empire32,
annonçant la victoire.
Le fronton du cadre est décalé vers la
gauche, au-dessus de Bar, du roi et de son ami. En bas, deux branches
d’acanthe s’enroulent autour d’une cordelière33. Elle renvoie à un
membre de la famille du roi : à sa demi-sœur, son aînée, Jeanne d’OrléansJeanne d'Orléans (1490 — 1538) Comtesse de Bar-sur-Seine, dame de Givry, baronne de Pagny, demi-sœur
illégitime de François Ier., fille naturelle
de Charles d’Orléans , dit
Charles d’AngoulêmeCharles d'Angoulême (1459 — 01/01/1496) Comte d'Angoulême, père du roi François Ier de France, épouse depuis 1509 de Jean IV de LongwyJean IV de Longwy (1480 — 1520) Seigneur de Givry et de Mirabeau, baron de Pagny
sur Meuse (à 29 km de Bar-sur-Seine). Elle accueille son royal demi-frère
chaque fois qu’il se rend en Champagne. François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
lui donne le comté
de Bar-sur-Seine le 24 mars 1522, en témoignage d’affection34.
La lecture politique de l’image est indissociable de celle tropologique (morale) et
anagogique (qui conduit des choses visibles aux invisibles, à l’au-delà). Sous le fronton trinitaire du cadre, la
composition utilise le nombre d’or et se lit du haut à droite au bas à gauche
selon une diagonale qui passe par l'ermite de Joyenval et ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
.
La remise des armes1 occupe le
tiers supérieur de l’image, sous un ciel qui s’éclaircit à l’horizon et dans un
paysage verdoyant sur fond de colline bleu2. Dans un vallon3, la Fontaine des lys, une source, sort
d’un rocher et l’eau tombe dans un bassin naturel.
Le vieil ermite à genoux, est revêtu d’une humble
coule non teintée4.
Un ange descend vers lui5 en tenant non pas un écu (personnel)
mais une bannière aux armes de France moderne6. Elle a vocation à conduire le peuple de France, élu de
Dieu7, dans tous les combats, y compris spirituels. Un chemin de terre
rejoint le groupe des princes et des nobles. Ils sont venus assister au baptême
de ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
et ont pour la circonstance
laissé leur costume militaire pour de somptueux vêtements civils.
Au XVIe siècle, le baptème est
inclus depuis longtemps dans le périmètre de la cathédrale. Seul un côté du
quadrilatère8 est
visible : un collatéral éclairé de trois baies9, avec trois arcs surhaussés10. Ils sont soutenus par trois colonnes en
marbre brillant11 ; celle qui est noire
au-dessus de ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
est une première
allusion à François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
12. La couleur se
retrouve dans les claveaux du porche et au sol13. La
place des personnages est considérable. Dans le tiers gauche, en arrière plan
quatre se devinent, dont un observe la scène avec une extrême attention,
sourcils froncés14.
Trois évêques mîtrés15 concourent à la célébration16. Au premier rang, le seul visible en entier intervient d’abord dans la préparation du moment solennel: il tend avec respect une fiole ou ampoule de verre opaque17 en direction de RémiRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553) Saint catholique18. La crosse est-elle la sienne ou celle de l'archevêque prétendument donnée par le pape HormisdasHormisdas (450 — 06/08/523) Pape de 514 à 523 avec le pouvoir de consacrer et la primatie sur toute la Gaule19 ? Un porte-croix, presque caché, tient une croix processionnelle, croix archiépiscopale20 tournée vers le saint. Signe d’un évêque résidentiel, elle rappelle les prérogatives de l’église rémoise21. Un prêtre ou un diacre tonsuré, en aube blanche, regarde l’ampoule et tient sur la poitrine à l’intention de RémiRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553) Saint catholique un livre liturgique ouvert. L'identification des saints prélats est problématique22 : en arrière plan SolemniusSolenne de Chartres (V siècle — entre 508 et 533) Évêque de Chartres23 puis VaastVaast d'Arras, saint (453 — 540) Évêque français, seul mentionné par le texte24, et le frère aîné de RémiRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553) Saint catholique, PrincipiusPrincipe de Soissons (V siècle — 25/09/505) Évêque de Soissons25, évêque de Soissons et abbé. Le peintre joue sur l'alternance chromatique des costumes, en particulier entre VaastVaast d'Arras, saint (453 — 540) Évêque français et son archevêque26.
L'officiant27 est nimbé d'un fin cercle d'or et sa chape rose précieuse est doublée d'un vert délicat, couleur de l'espérance28. Aucun des saints prélats n’est nimbé, à la différence de RémiRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553) Saint catholique. La chape rose précieuse de l’archevêque est doublée de vert, couleur de l’espérance. Seul élément sur l’axe central, le dessus de la manche droite de sa dalmatique azur et de son aube, est éclairé par une lumière venant du haut présence divine non figurée29. Le geste est large, le saint, sourcils froncés, est tout à la gravité de l’instant. Il retourne la patène sur la tête du roi en s’inclinant30. Le mouvement et la variété des positions des personnages donnent beaucoup d’intensité à la scène. Pour la cuve baptismale de pierre à décor de cannelures, le peintre retient la forme symbolique d'un calice31, qui se retouve dans des miniatures et sur des sculptures aux siècles précédents. Elle fait du baptisé un nouveau ChristJésus-Christ Messie et fils unique de Dieu pour les chrétiens32.
ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
, roi
chevelu mais sans exubérance capillaire, porte sur ses longs cheveux auburn une
couronne précieuse dont les fleurs de lis sont constituées de perles blanches
ou noires, symboles de perfection. Elle ne couvre pas le front plissé par des
rides33. Les sourcils froncés, les paupières lourdes, les
prunelles levées, qui laissent voir le blanc des yeux et les cernes gris,
donnent au visage une expression de grande tristesse. ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
est nu jusqu’à l’aine, les mains,
longues et fines, jointes34, il prie. Le corps lisse35, au nombril apparent, s’ombre par endroit de gris pour
donner du modelé au corps et suggérer l’idée qu’il disparaît du monde ancien
(son passé), en meurt pour ainsi dire, car cette couleur cadavérique ne se
retrouve pas dans d’autres nudités de l’œuvre. Il aurait été réellement malade,
ce qui fait débat. La clé de la figuration est donnée par l’huile sainte du
baptême, claire comme une goutte d’eau près de la racine des cheveux, elle se
transforme en filets gris foncés36. Elle évoque ainsi la
purification du roi lavé de sa lèpre, c’est-à-dire de ses péchés et de
l’hérésie par l'eau du baptême. L’opération se confond avec la chrismation ou
consignation qui clôture la cérémonie sous forme d’une onction sur le front
avec l’huile sainte mêlée au chrême. Le visage de ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
est aussi celui de l'Ecce Homo, du
ChristJésus-Christ Messie et fils unique de Dieu pour les chrétiens souffrant comme le
calice rappelle son sang versé en sacrifice. Nouveau ChristJésus-Christ Messie et fils unique de Dieu pour les chrétiens, le roi s’offre en holocauste pour
son peuple, il entre ainsi dans une dimension nouvelle et sa couronne n’est plus
celle de la royauté terrestre mais celle glorieuse beaucoup plus précieuse qui
l'attend dans l'au-delà pour l'éternité et qu’évoque le texte. Lavé de ses
péchés, consacré par l’huile sainte, il est aussi sacré, comme DavidDavid Personnage de la Bible, deuxième roi d'Israël a reçu l’onction de SamuelSamuel Personnage de la Bible, prophète. ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
s'abandonne à la volonté de Dieu. La royauté est un lourd
fardeau, il en prend toute la mesure et François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
après lui.
Le groupe, à droite, comprend une dizaine d'hommes37. Si l’on suit le texte, il s'agit de l'armée, du peuple des Francs, tous nobles et armés, ici ils sont sans arme et en civil : le combat est spirituel, ils assistent à la cérémonie avant à leur tour d'être baptisés. De manière signficative, l’un d’eux regarde la patène avec gravité. Un autre détourne le regard, effrayé par la contemplation du rite et la présence divine, comme au premier rang, un jeune prince, à toque bleue38. Il se tourne vers son voisin, plus âgé et vêtu de gris39, pris d'une crainte révérencielle et saisi par la grandeur de l’instant. Ce sont peut-être les fils de Clovis, qui se partagent le royaume à sa mort.
RémiRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553) Saint catholique et ses suffragants se confondent
avec les pairs ecclésiastiques40 et
les princes avec les pairs laïcs41. Un
élément clé du rapprochement est ici l’absence de Clotilde et la couronne, même
s’il ne s’agit pas de la couronne royale, simple cercle surmonté de lis d’or.
L’image, saturée d’enjeux importants et multiples, marque l’entrée dans la
modernité42. Un formulaire de chancellerie du règne de
François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
énumère dix pairs43. Cependant à la fin du XVe
siècle, il n’y a pas de collège ou de chambre des
pairs44, le roi a absorbé
une à une toutes les vraies pairies, il est devenu le soutien de sa propre
couronne45. Dès
lors, les deux cérémonies peuvent se confondre dans le décor figuré. Lors de la
reconstruction du mausolée de Saint
RémiRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553) Saint catholique, entre 1533 et 153746, le sacre éclipse le baptême : le roi est à genoux devant l’évêque,
qui, assis dans sa cathèdre, tend la main vers lui pour procéder aux onctions. La
colombe de la sainte ampoule47 plane
au-dessus de sa tête, dans la petite abside. Ce groupe est entouré des douze pairs
ecclésiastiques au sud, laïques au nord portant les insignes et les attributs
remis au roi. Le sacre fait de tout roi un nouveau ChristJésus-Christ Messie et fils unique de Dieu pour les chrétiens par la grâce du chrême inépuisable,
associant continuité et légitimité.
Les Mérovingiens, fils de
ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
, ont à sa mort, en 511, divisé
paisiblement royaume1, honneurs et
profits. ClotildeClotilde (entre 474 et 475 — 03/06/545) Princesse burgonde (474-493)
Reine des Francs (493-511)
leur réclame alors vengeance
pour ses parents assassinés par les Burgondes2.
Ayant répondu à son appel, son beau-fils et ses trois fils font ensuite campagne
pour conquérir le pays3.
Le cadre met en valeur ClotildeClotilde (entre 474 et 475 — 03/06/545) Princesse burgonde (474-493)
Reine des Francs (493-511)
près d'une forte colonne haute et plus claire claire.4. En bas le
support décalé vers la droite attire l’attention sur ClodomirClodomir (01/01/495 — 21/06/524) Roi des Francs d'Orléans (511-524)
. L’image se lit de gauche à droite et de bas en
haut. Pour rendre compte de la convocation par la reine, elle est à gauche et son
beau fils ainsi que ses fils qui reviennent vers elle, sont à droite. Le texte ne donne aucune
indication de lieu, sans doute Paris où ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
est enterré5.
L’audience privée (v. 3574)6 se déroule dans
une salle au décor renaissant, médaillons de marbre noirs ou roses, au sol
sur les carreaux, une ombre portée, indique que la lumière vient de la gauche. La pièce est plus petite que le
baptistère.7
Un dais gris clair donne une idée de sa hauteur. Ses
côtés sont ornés de lettres capitales dorées. Au centre du plafond vert foncé,
un soleil aux rais torses est repris de l’emblématique de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
.
Une tenture d’honneur en soie aux tons
bleu à motifs dorés est derrière le trône8, installé sur une
estrade9.
Les pieds de la reine sont posés sur un coussin10.
L’assise de rappelle le trône de DagobertDagobert Ier (611 — 19/01/639) Roi des Francs de la dynastie mérovingienne. Les montants du très
haut dossier sont terminés chacun par une pomme de pin motif utilisé pour la
ViergeMarie Mère de Jésus-Christ
11 qui symbolise
l’éternel retour, rappelant peut-être que la reine est à l'origine d'une
lignée multiséculaire.
Le peintre qui multiplie les signes conventionnels associés au pouvoir souverain, souligne la simplicité du costume de la reine pour mieux la magnifier en s’écartant de la norme du faste vestimentaire des reines et princesses12. L’ample jupe de sa robe cache ses pieds. Le haut est ajusté, avec manche en cornet fourrée d’hermine. Elle porte une guimpe, pièce de toile qui couvre la tête, descend sur le front, encadre le visage, réuni à une touaille ou barbette blanche et plissée couvrant le cou et descendant un peu sur les épaules et la poitrine13. Un voile, symbole d’humilité, de chasteté et de pudeur est posé par-dessus. Les habits noirs et les accessoires blancs sont ceux des moniales et des veuves. La reine sans nimbe porte une couronne fleuronnée plus haute que celle de ses fils14. Elle s’adresse à eux dans son malheur15. Elle est âgée16, les doigts de ses mains fines, sont osseux. Le texte précise qu’elle est pâle, décomposée par le chagrin17. Les yeux suppliants sont cernés, le nez est long, au-dessus des lèvres, sur le menton, des traces de larmes18. L’expression du visage est celle d’une grande douleur morale19. Le peintre donne ici à reconnaître Louise de SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier, mère de roi, veuve, régente20.
À la gauche de ClotildeClotilde (entre 474 et 475 — 03/06/545) Princesse burgonde (474-493)
Reine des Francs (493-511)
, trois
religieuses ou plutôt des veuves vivant comme telles, se tiennent
debout21. Leur identification à partir
du texte est difficile, indirecte22. La plus proche du trône a une relation privilégiée avec
elle : la reine a posé sa main sur la sienne. Il s’agit peut-être de sa fille
et homonyme, veuve d’AmalaricAmalaric (502 — 531) Roi des Wisigoths de 511 à 53123, sans doute un
« portrait » de MargueriteMarguerite de Navarre (11/04/1492 — 21/12/1549) Sœur aînée du roi François Ier, femme de lettres, diplomate, protectrice
d'écrivains et d'artistes, reine de Navarre (1492-1549), sœur de François
IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
, réputée pour sa vie
exemplaire et empreinte de religiosité24. Elle partage la peine de la reine et regarde ses
frères.
Un peu en retrait, aux côtés de la veuve d'AmalaricAmalaric (502 — 531) Roi des Wisigoths de 511 à 531, GondioqueGondioque (495 — 532) Reine des Francs reprend son geste de la main gauche25, la première à être veuve au
décès de ClodomirClodomir (01/01/495 — 21/06/524) Roi des Francs d'Orléans (511-524)
en 524, regarde la
reine et sa voisine26, peut être le
portrait de Philiberte de
SavoiePhiliberte de Savoie ( — 04/04/1524) Aristocrate italienne, duchesse de Nemours, épouse depuis le 10 février 1515 de Julien de MédicisMédicis, Julien de (12/03/1479 — 17/03/1516) Noble italien, troisième fils de Laurent dit Le Magnifique, décédé le 17 mars 151627.
Derrière, en grande partie cachée par les deux
précédentes, SuavegothaSuavegothe (490 — 550) Reine franque d'origine burgonde veuve de
Thierry IerThierry Ier (485 — 534) Roi des Francs de Metz (511-534)
dont le décès est mentionné dans le texte28, renvoie peut-être à Jeanne d’AngoulêmeJeanne d'Orléans (1490 — 1538) Comtesse de Bar-sur-Seine, dame de Givry, baronne de Pagny, demi-sœur
illégitime de François Ier., comtesse de
Bar, demi-sœur de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
,
veuve avant 150929.
Malgré le partage du royaume, ClotildeClotilde (entre 474 et 475 — 03/06/545) Princesse burgonde (474-493)
Reine des Francs (493-511)
, reine mère, grâce à son autorité morale confortée par la
compagnie de jeunes veuves, ses parentes et grâce à son influence sur son
beau-fils et ses fils, exerce encore un réel pouvoir30.
Déjà rois, ils sont rangés devant Clotilde par âge et selon une
hiérarchie subtile combinant d’autres critères31. Au premier rang, Thierry IerThierry Ier (485 — 534) Roi des Francs de Metz (511-534)
(511-533), roi
de Metz et de Lorraine32, est l'aîné, fils de la première épouse
de ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511) Roi des Francs (481-511)
, princesse franque. La
position de son visage, la couleur de ses cheveux et celles de son costume
indiquent qu’il est un bon roi33. Il est en grande partie caché par son demi-frère,
fils aîné de ClotildeClotilde (entre 474 et 475 — 03/06/545) Princesse burgonde (474-493)
Reine des Francs (493-511)
34, ClodomirClodomir (01/01/495 — 21/06/524) Roi des Francs d'Orléans (511-524)
, roi d’Orléans de 511à 52435. Il est seul
au premier plan, en volumineux manteau de soie
rose36 à grand col de fourrure. Il souscrit à deux mains à la
demande de sa mère37. Le contraste est grand avec sa position : de trois quart dos,
visage de profil car lors de l’expédition dans le royaume burgonde, il fait
tuer SigismondSigismond (475 — 01/05/524) Roi des Burgondes (516-523) et saint chrétien, demi-frère de son
épouse, et ses enfants. Il est brun comme ses deux frères, qui, à son décès
éliminent ses trois héritiers38.
Childebert IerChildebert Ier (01/01/497 — entre 13/12/558 et 25/12/558) Roi des Francs de Paris (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
(497-558)39, encore en marche est
en manteau bleu car il est roi de Paris de 511 à 538 ; le peintre rappelle
avec son vêtement court
qu'il est complice de l’assassinat de ses neveux.
La responsabilité en revient à Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
roi de Soissons40. Déjà marié, ce dernier
épouse GondioqueGondioque (495 — 532) Reine des Francs, veuve de son frère
ClodomirClodomir (01/01/495 — 21/06/524) Roi des Francs d'Orléans (511-524)
41. De profil, il ne regarde pas sa mère, mais vers les
religieuses. Il est le seul prince à porter sa couronne sur un chapeau,
peut-être parce qu'il réunifie le royaume en 558.
Son fils Caribert (ou
Charibert) IerCaribert Ier (520 — 567) Roi des Francs de Paris (561-567)
est à ses côtés, juste
derrière Childebert IerChildebert Ier (01/01/497 — entre 13/12/558 et 25/12/558) Roi des Francs de Paris (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
(double silhouetté) il n'est pas encore roi de
Paris (561-567), sans
couronne, il a un long manteau long gris bleu.
À travers l’encadrement de la porte, conformément à leur engagement, l’image montre les
quatre frères partant en campagne contre SigismondSigismond (475 — 01/05/524) Roi des Burgondes (516-523) et saint chrétien. Ils sont figurés à l’arrière de leur armée
innombrable, l’un avec une armure or, le second avec une grande targe rouge et
or42,
le troisième avec une braconnière azur et or43, le dernier avec un grand
bouclier rond rouge et or 44. Ils se dirigent vers une
des places fortes burgondes riches, populeuses, bien défendues, qu’ils
convoitent. La conquête commencée contre SigismondSigismond (475 — 01/05/524) Roi des Burgondes (516-523) et saint chrétien en 523 ne s'achève que dix ans plus tard.