[1435]§Mal ſe verra la
royne conſeilleePermectre ainſi ſa fille baptiſerCar Fredegonde (en faiſant attiſerFeu de fureur) la rendra exillee.
§
Chapitre. vie.
Il fault noter que Chilperich partant /[1440]Eſtoit la royne enceinte /.
et loꝛs par tantQuil la penſoit pꝛouchaine de
geſineTotale garde et paiſible
ſaiſineA Fredegonde en laiſſa
pour donnerOꝛdꝛe par tout /. et du cas oꝛdonner[1445]§Aduint ainſi que mal
denfant reueilleLes eſperitz de femme qui traueilleAndonaire tint ſa
fille ſus fontz par le conſeil de Fredegonde.FueiłLa royne a terme accoucha en ce lieuComme lon dit / de ce
quil
pleut a dieuVne fille eut /. Et
apꝛes que les
doſnes[1450]Dames dhonneur /
ſaige femme
et matronesEurent
penſe de la mere /. il conuintDonner bapteſme a lenfant /. et quon vintSongneuſement
la beſongne parfaireLoꝛs Fredegonde / en pourſuyuant laffaire[1455]La royne alla conſeiller
en
ſon lictDeuoir donner au roy plaiſant delit /Et double ioye en luy mandant nouuelleDe ceſte fille /. Et oultre luy reuelleQue
ſus
les fons luy deuoit donner nom[1460]Sans en ce cas vouloir dire de nonVeu que ne peult par nulle eſtre nommeeDelle appꝛouchant / et de ſa renommeeLa royne adoncq du mal ne ſe doubtantSe y accoꝛda voluntiers /.
et
a tant[1465]Fut baptizee / ainſi que ceſte
liceLuy conſeilla /. Mais ſa
caulte maliceLuy
trouſſera ſi eſtrange
pacquetQue peu aura dhonneur / et moins d
acqueſt§Par ce moyen fut la
dame
deceue[1470]
Tenant ſur fontz celle que auoit conceueEt enfantee /.
En coꝛpoꝛellement /Fredegonde dit a
Chilperich que ſa femme a
nomme ſa fille ſur fontz.Mere eſtre / et puys ſpirituellement /A
oꝛdꝛe deue / en ce cas aduerſaireQuon
ne
permect
ſans cauſe neceſſaire[1475]Mais Fredegonde y fiſt
mectre celaAffin que fuſt dame et maiſtreſſe la§Le roy venu du pays de
LoꝛraineSaichant ſa femme eſtre mere et maraineEut tel deſpit / quil en
cuyda creuer[1480]A larriuer / bien ſceut laller
trouuerCeſte
truande /. et
de chere ioyeuſeAttribuant palme victoꝛieuſeA luy venant / tres triumphant heureuxComble de
loz et renom gloꝛieux[1485]Luy va conter / tout
de fil
en aiguilleLe
demene
de ſa nouuelle filleEn laſſeurant que luy pourtraict
ainſiQue
gouttes
deau ſe reſſemblent / AuſſiRecite
et dit /
comme
ſa chere
aymee[1490]Lauoit
ſur
fontz Childeride nommeeDont bien
faignit
/ auoir au cueur ſentyGꝛiefue douleur /. et non pas conſentyDonner au roy
poire
dangoiſſe amerePour compaignie auoir a ſa
commere /.[1495]Loꝛs reſpondit /. Si
ce
que tu me disEſt verite /.
Ia nentre en paradis Le maltalent de Chilperich contre ſa femme Andonaire.FueiłSi ne te pꝛendz a eſpouſe
et partieEt de mon lict fera toſt
departieCelle ayant mys vng tel
cas en auant[1500]Sans coſte moy geſir de ſon
viuant§Hoꝛs le palais la royne
tranſpoꝛteeEntre
les
bꝛaz
ſa
nouuelle poꝛteeBien eſperoit le herault /
bel accueilTrouuer poꝛtant amyable recueil[1505]Et que le roy luy fiſt treſbonne chereMais la venue helas luy
fut bien chereCar au plus toſt que
de
loing lapperceutSon fier deſpit diſſimuler ne ſceutEt diſt tout hault /.
Femme deſoꝛdonnee[1510]Par ton deffault te veoy
habandonnee /Du cas commys trouueras
le
tout
cherPlus ne te puys par iuſte loy toucher /§Diſant
ces motz /
paſſe oultre /. dont eſpꝛiſeLa triſte dame ainſi nauree et pꝛiſe[1515]Daſpꝛe douleur / ne ſcet que dire /. foꝛsLarmes gecter /. et faire vuyder hoꝛsDu
dolent cueur
/ regꝛetz en habondanceEt gꝛos ſouppirs /.
mauldiſantl
accoinctanceDe ceſte la /
qui
le mal a bꝛaſſe[1520]Pour mieulx tenir ſon eſpoux embꝛaſſeLas (diſoit elle)
Il fault que a pꝛeſent ſenteLa royne Andonaire
enuoyee au Mans /. Et Chilperich eſpouſa
Fredegonde.Peine
du
mal / dont ie ſuys innoſcente §Le roy tantoſt / pour la faulte pugnirLeueſque fiſt / exiller et bannir[1525]Qui auoit fait / du
bapteſme / lofficeEt fut gecte hoꝛs de ſon benefice /.Elle et ſa fille enuoya des
ce
iourEn la cite du mans faire
ſeiourOu / pour viure eut aſſignation gꝛande[1530]Puys eſpouſa la mauuaiſe
truandeSa concubine /. Ainſi par fraude obtintLa part du lict / que autre nagueres tint /.Dame
fit
ſerfue en la gectant arriereEt elle dame / ou lieu de chamberiere /.[1535]Ne
fut ce
pas gꝛand maledictionPꝛendꝛe ainſi fole et vaine ambitionSans extimer perte dhonneur ne de amePour tiltre auoir de ſouueraine dame /.
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[1435]§Mal se verra la
royne conseilleePermectre ainsi sa fille baptiser,Car FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) , en faisant attiserFeu de fureur, la rendra exillee.
Chapitre viime [BnFfr4964]
7
[BnFfr4965]om. [BnFfr23146]
Il fault noter que, ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) partant,[1440]Estoit la royne enceinte.
Et lors par tantQu'il la pensoit prouchaine de
gesine,Totale garde et paisible
saisineÀ FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) en laissa,
pour donnerOrdre par tout et du cas ordonner1.[1445]§Advint ainsi que mal
d'enfant reveilleLes esperitz de femme qui traveille.AndonaireAudovère (533 — 580)Reine des Francs de Neustrie (561-566) Première épouse de Chilpéric Ier tint sa
fille sus fontz par le conseil de FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) La royne à terme accoucha en ce lieu,Comme l'on dit, de ce qu'il+qui [Cha515] pleut à DieuDieuConcept de Dieu dans le christianisme.Une fille eut. Et aprés que les
dosnes,[1450]Dames d'honneur,
saige femme+saiges femmes [BnFfr17274] et matronesEurent
pensé de la mere, il convintDonner baptesme à l'enfant, et qu'on vintSongneusement la besongne parfaire.Lors, FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) , en poursuyvant l'affaire,[1455]La royne alla conseiller, en+à [BnFfr4965] son lict,Devoir donner au roy plaisant delitEt double joye, en luy mandant nouvelleDe ceste fille. Et oultre, luy revelleQue sus les fons luy devoit donner nom,[1460]Sans, en ce cas, vouloir dire de non,Veu que ne peult par nulle estre nommeeD'elle approuchant et de sa renommee.La royne adoncq, du mal ne se doubtant,Se y accorda voluntiers.
Et à tant+actant [BnFfr23146][1465]Fut baptizee, ainsi que ceste
liceLuy conseilla. Mais sa
caulte maliceLuy
troussera si estrange
pacquet,Que peu aura d'honneur et moins d'
acquest.§Par ce moyen, fut la
dame
deceue,[1470] Tenant sur fontz celle que avoit conceueEt enfantee,
en corporellementFredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) dit à
ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) que sa femme a
nommé sa fille sur fontzMere estre, et puys spirituellement,À+om. [BnFfr4965] ordre deue, en ce cas adversaire,Qu'on ne+om. [BnFfr17274] permect sans cause necessaire.[1475]Mais FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) y fist
mectre celaAffin que fust dame et maistresse là.§Le roy, venu du paÿs de
Lorraine,Saichant sa femme estre mere et maraine,Eut tel despit qu'il en
cuyda crever.[1480]À l'arriver, bien sceut2 l'aller
trouverCeste
truande et
de chere joyeuseAttribuant palme victorïeuseÀ luy venant trés triumphant, heureux,Comblé de
loz et renom glorïeux,[1485]Luy va conter, tout de fil+le faict [BnFfr23146] en aiguille,Le
demene+La dame [BnFfr23146] de sa nouvelle fille,En l'asseurant que luy pourtraict ainsiQue gouttes+gotte [BnFfr23146] d'eau se ressemblent. Aussi,Recite et dit
comme+que [BnFfr17274] sa chere aymee[1490]L'avoit sur fontz ChilderideChildesinde ( — )Princesse franque (?-?) Princesse franque, fille de Chilpéric Ier3 nommee.Dont bien
faignit+signet [BnFfr23146] avoir au cueur sentyGriefve douleur, et non pas consentyDonner, au roy, poire+paine [BnFfr23146] d'angoisse amere,Pour compaignie avoir à sa
commere4.[1495]Lors respondit : « Si ce+se [BnFfr23146] que tu me disEst verité,
ja n'entre en paradis !Le maltalent de ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) contre sa femme AndonaireAudovère (533 — 580)Reine des Francs de Neustrie (561-566) Première épouse de Chilpéric IerSi ne te prendz à espouse
et partie.Et de mon lict fera tost
departie,Celle ayant mys ung tel
cas en avant,[1500]Sans costé moy gesir de son
vivant. »§Hors le palais la royne
transportee,Entre les+ses [BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146] braz sa+la [BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146] nouvelle portee,Bien esperoit le herault
Bel AccueilBel AccueilAllégorie tirée du Roman de la Rose5Trouver, portant amÿable recueil,[1505]Et que le roy luy fist trés bonne chere.Mais la venue, helas, luy fut bien chereCar au plus tost que de loing l'apperceut,Son fier despit dissimuler ne sceutEt dist tout hault :
« Femme desordonnee,[1510]Par ton deffault te veoy
habandonnee.Du cas commys, trouveras
le tout+coup [Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515] cher.Plus ne te puys par juste loy toucher. »§Disant
ces motz,
passe oultre, dont espriseLa triste dame, ainsi navree et prise[1515]D'aspre douleur, ne scet que dire, forsLarmes gecter et faire vuyder horsDu
dolent cueur regretz en habondanceEt gros souppirs,
mauldisant+mauldissant [Cha515]l'
accoinctance+l'occointance [BnFfr17274]De ceste là
qui+que [BnFfr23146] le mal a brassé,[1520]Pour mieulx tenir son espoux embrassé.« Las, disoit elle,
il fault que à present senteLa royne AndonaireAudovère (533 — 580)Reine des Francs de Neustrie (561-566) Première épouse de Chilpéric Ier
envoyée au Mans. Et ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) espousa
FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) Peine du+de [BnFfr23146] mal dont je suys innoscente6 ! »§Le roy, tantost, pour la faulte pugnir,L'evesque fist exiller et bannir,[1525]Qui avoit fait du baptesme l'office,Et fut gecté hors de son benefice7.Elle et sa fille envoya dès ce+se [BnFfr23146] jourEn la cité du Mans faire sejourOù, pour vivre, eut assignatïon grande8.[1530]Puys espousa la mauvaise
truandeSa concubine. Ainsi par fraude obtintLa part du lict que autre nagueres tint.Dame fit+fait [BnFfr23146] serfve en la gectant arriere,Et elle dame où lieu de chamberiere9.[1535]Ne fut ce+feusse [BnFfr23146] pas grand maledictïonPrendre ainsi fole et vaine ambitïon,Sans extimer perte d'honneur ne de ame,Pour tiltre avoir de souveraine dame10 !
Cretin reprend ici le récit de [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XIVv : «
partant de sa maison, [Chilpéric] pensa de recommander son espouse
Andonere ensaincte d'enfant à quelque bonne personne qui luy fust
loyalle, comme Fredegonde. » Les GCF, liv. III, chap.
1 (vol. 1, p. 209) n'évoquent pas la recommandation expresse de
Chilpéric, mais seulement la proximité entre Audovère et Frédégonde
: « la roine Audovere demora à l'ostel enceinte. Fredegonde qui
entor li demoroit, ausi com une autre chamberiere, [...].
»
Tant [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XIVv que les GCF, liv.
III, chap. 1 (vol. 1, p. 210) ont « Childeinde ». Nicole Gilles,
fol. XXIIIv a « Childerade ».
L'irruption de ce
personnage allégorique et fictionnel, tiré du Roman de la
Rose, manifeste la naïveté de la reine, totalement
inconsciente de la réalité de l'intrigue (manipulation et inceste)
qui se noue autour d'elle.
Le lieu de l'exil n'est pas mentionné par les
GCF, liv. III, chap. 1 (vol. 1, p. 210), mais
bien par [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol.
XVr : « aussi contraingnit Andonere de vivre au pays du Maine
avecques sa fille dedans l'encloz de l'eglise du Mans, leur
assignant revenu tant comme il suffiroit pour leur aliment et
nouriture annuelle. »
Nouvel
exemple de commentaire final de l’historiographe en conclusion de
chapitre. Ainsi située entre deux chapitres dévolus aux
affrontements entre les fils de Clovis (en particulier Chipéric et
Sigibert), l’intrigue de la répudiation d’Audovère par la ruse de
Frédégonde apparaît de prime abord comme une simple digression
exposée à des fins divertissantes (c’est un « tour » selon
l’avant-dernier vers du chapitre précédent) et morales (puisque
Cretin prend soin de conclure cette partie de son récit par un petit
commentaire personnel visant à en expliciter la valeur épidictique,
c’est-à-dire sur qui doit porter le blâme). Le conteur ménage ainsi
la dynamique de son récit, tout en posant les prémices du propos
général de ce deuxième livre de la Chronique, à
savoir le danger qu’incarnent les souveraines.
[1435]§Mal ſe verra la
royne conſeilleePermectre ainſi ſa fille baptiſerCar Fredegonde (en faiſant attiſerFeu de fureur) la rendra exillee.
§
Chapitre. vie.
Il fault noter que Chilperich partant /[1440]Eſtoit la royne enceinte /.
et loꝛs par tantQuil la penſoit pꝛouchaine de
geſineTotale garde et paiſible
ſaiſineA Fredegonde en laiſſa
pour donnerOꝛdꝛe par tout /. et du cas oꝛdonner[1445]§Aduint ainſi que mal
denfant reueilleLes eſperitz de femme qui traueilleAndonaire tint ſa
fille ſus fontz par le conſeil de Fredegonde.FueiłLa royne a terme accoucha en ce lieuComme lon dit / de ce
quil
pleut a dieuVne fille eut /. Et
apꝛes que les
doſnes[1450]Dames dhonneur /
ſaige femme
et matronesEurent
penſe de la mere /. il conuintDonner bapteſme a lenfant /. et quon vintSongneuſement
la beſongne parfaireLoꝛs Fredegonde / en pourſuyuant laffaire[1455]La royne alla conſeiller
en
ſon lictDeuoir donner au roy plaiſant delit /Et double ioye en luy mandant nouuelleDe ceſte fille /. Et oultre luy reuelleQue
ſus
les fons luy deuoit donner nom[1460]Sans en ce cas vouloir dire de nonVeu que ne peult par nulle eſtre nommeeDelle appꝛouchant / et de ſa renommeeLa royne adoncq du mal ne ſe doubtantSe y accoꝛda voluntiers /.
et
a tant[1465]Fut baptizee / ainſi que ceſte
liceLuy conſeilla /. Mais ſa
caulte maliceLuy
trouſſera ſi eſtrange
pacquetQue peu aura dhonneur / et moins d
acqueſt§Par ce moyen fut la
dame
deceue[1470]
Tenant ſur fontz celle que auoit conceueEt enfantee /.
En coꝛpoꝛellement /Fredegonde dit a
Chilperich que ſa femme a
nomme ſa fille ſur fontz.Mere eſtre / et puys ſpirituellement /A
oꝛdꝛe deue / en ce cas aduerſaireQuon
ne
permect
ſans cauſe neceſſaire[1475]Mais Fredegonde y fiſt
mectre celaAffin que fuſt dame et maiſtreſſe la§Le roy venu du pays de
LoꝛraineSaichant ſa femme eſtre mere et maraineEut tel deſpit / quil en
cuyda creuer[1480]A larriuer / bien ſceut laller
trouuerCeſte
truande /. et
de chere ioyeuſeAttribuant palme victoꝛieuſeA luy venant / tres triumphant heureuxComble de
loz et renom gloꝛieux[1485]Luy va conter / tout
de fil
en aiguilleLe
demene
de ſa nouuelle filleEn laſſeurant que luy pourtraict
ainſiQue
gouttes
deau ſe reſſemblent / AuſſiRecite
et dit /
comme
ſa chere
aymee[1490]Lauoit
ſur
fontz Childeride nommeeDont bien
faignit
/ auoir au cueur ſentyGꝛiefue douleur /. et non pas conſentyDonner au roy
poire
dangoiſſe amerePour compaignie auoir a ſa
commere /.[1495]Loꝛs reſpondit /. Si
ce
que tu me disEſt verite /.
Ia nentre en paradis Le maltalent de Chilperich contre ſa femme Andonaire.FueiłSi ne te pꝛendz a eſpouſe
et partieEt de mon lict fera toſt
departieCelle ayant mys vng tel
cas en auant[1500]Sans coſte moy geſir de ſon
viuant§Hoꝛs le palais la royne
tranſpoꝛteeEntre
les
bꝛaz
ſa
nouuelle poꝛteeBien eſperoit le herault /
bel accueilTrouuer poꝛtant amyable recueil[1505]Et que le roy luy fiſt treſbonne chereMais la venue helas luy
fut bien chereCar au plus toſt que
de
loing lapperceutSon fier deſpit diſſimuler ne ſceutEt diſt tout hault /.
Femme deſoꝛdonnee[1510]Par ton deffault te veoy
habandonnee /Du cas commys trouueras
le
tout
cherPlus ne te puys par iuſte loy toucher /§Diſant
ces motz /
paſſe oultre /. dont eſpꝛiſeLa triſte dame ainſi nauree et pꝛiſe[1515]Daſpꝛe douleur / ne ſcet que dire /. foꝛsLarmes gecter /. et faire vuyder hoꝛsDu
dolent cueur
/ regꝛetz en habondanceEt gꝛos ſouppirs /.
mauldiſantl
accoinctanceDe ceſte la /
qui
le mal a bꝛaſſe[1520]Pour mieulx tenir ſon eſpoux embꝛaſſeLas (diſoit elle)
Il fault que a pꝛeſent ſenteLa royne Andonaire
enuoyee au Mans /. Et Chilperich eſpouſa
Fredegonde.Peine
du
mal / dont ie ſuys innoſcente §Le roy tantoſt / pour la faulte pugnirLeueſque fiſt / exiller et bannir[1525]Qui auoit fait / du
bapteſme / lofficeEt fut gecte hoꝛs de ſon benefice /.Elle et ſa fille enuoya des
ce
iourEn la cite du mans faire
ſeiourOu / pour viure eut aſſignation gꝛande[1530]Puys eſpouſa la mauuaiſe
truandeSa concubine /. Ainſi par fraude obtintLa part du lict / que autre nagueres tint /.Dame
fit
ſerfue en la gectant arriereEt elle dame / ou lieu de chamberiere /.[1535]Ne
fut ce
pas gꝛand maledictionPꝛendꝛe ainſi fole et vaine ambitionSans extimer perte dhonneur ne de amePour tiltre auoir de ſouueraine dame /.
Afficher les surlignagesMasquer les surlignagesAfficher les appels de collationsMasquer les appels de collationsAfficher les appels de notesMasquer les appels de notes
[1435]§Mal se verra la
royne conseilleePermectre ainsi sa fille baptiser,Car FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) , en faisant attiserFeu de fureur, la rendra exillee.
Chapitre viime [BnFfr4964]
7
[BnFfr4965]om. [BnFfr23146]
Il fault noter que, ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) partant,[1440]Estoit la royne enceinte.
Et lors par tantQu'il la pensoit prouchaine de
gesine,Totale garde et paisible
saisineÀ FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) en laissa,
pour donnerOrdre par tout et du cas ordonner1.[1445]§Advint ainsi que mal
d'enfant reveilleLes esperitz de femme qui traveille.AndonaireAudovère (533 — 580)Reine des Francs de Neustrie (561-566) Première épouse de Chilpéric Ier tint sa
fille sus fontz par le conseil de FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) La royne à terme accoucha en ce lieu,Comme l'on dit, de ce qu'il+qui [Cha515] pleut à DieuDieuConcept de Dieu dans le christianisme.Une fille eut. Et aprés que les
dosnes,[1450]Dames d'honneur,
saige femme+saiges femmes [BnFfr17274] et matronesEurent
pensé de la mere, il convintDonner baptesme à l'enfant, et qu'on vintSongneusement la besongne parfaire.Lors, FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) , en poursuyvant l'affaire,[1455]La royne alla conseiller, en+à [BnFfr4965] son lict,Devoir donner au roy plaisant delitEt double joye, en luy mandant nouvelleDe ceste fille. Et oultre, luy revelleQue sus les fons luy devoit donner nom,[1460]Sans, en ce cas, vouloir dire de non,Veu que ne peult par nulle estre nommeeD'elle approuchant et de sa renommee.La royne adoncq, du mal ne se doubtant,Se y accorda voluntiers.
Et à tant+actant [BnFfr23146][1465]Fut baptizee, ainsi que ceste
liceLuy conseilla. Mais sa
caulte maliceLuy
troussera si estrange
pacquet,Que peu aura d'honneur et moins d'
acquest.§Par ce moyen, fut la
dame
deceue,[1470] Tenant sur fontz celle que avoit conceueEt enfantee,
en corporellementFredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) dit à
ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) que sa femme a
nommé sa fille sur fontzMere estre, et puys spirituellement,À+om. [BnFfr4965] ordre deue, en ce cas adversaire,Qu'on ne+om. [BnFfr17274] permect sans cause necessaire.[1475]Mais FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) y fist
mectre celaAffin que fust dame et maistresse là.§Le roy, venu du paÿs de
Lorraine,Saichant sa femme estre mere et maraine,Eut tel despit qu'il en
cuyda crever.[1480]À l'arriver, bien sceut2 l'aller
trouverCeste
truande et
de chere joyeuseAttribuant palme victorïeuseÀ luy venant trés triumphant, heureux,Comblé de
loz et renom glorïeux,[1485]Luy va conter, tout de fil+le faict [BnFfr23146] en aiguille,Le
demene+La dame [BnFfr23146] de sa nouvelle fille,En l'asseurant que luy pourtraict ainsiQue gouttes+gotte [BnFfr23146] d'eau se ressemblent. Aussi,Recite et dit
comme+que [BnFfr17274] sa chere aymee[1490]L'avoit sur fontz ChilderideChildesinde ( — )Princesse franque (?-?) Princesse franque, fille de Chilpéric Ier3 nommee.Dont bien
faignit+signet [BnFfr23146] avoir au cueur sentyGriefve douleur, et non pas consentyDonner, au roy, poire+paine [BnFfr23146] d'angoisse amere,Pour compaignie avoir à sa
commere4.[1495]Lors respondit : « Si ce+se [BnFfr23146] que tu me disEst verité,
ja n'entre en paradis !Le maltalent de ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) contre sa femme AndonaireAudovère (533 — 580)Reine des Francs de Neustrie (561-566) Première épouse de Chilpéric IerSi ne te prendz à espouse
et partie.Et de mon lict fera tost
departie,Celle ayant mys ung tel
cas en avant,[1500]Sans costé moy gesir de son
vivant. »§Hors le palais la royne
transportee,Entre les+ses [BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146] braz sa+la [BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146] nouvelle portee,Bien esperoit le herault
Bel AccueilBel AccueilAllégorie tirée du Roman de la Rose5Trouver, portant amÿable recueil,[1505]Et que le roy luy fist trés bonne chere.Mais la venue, helas, luy fut bien chereCar au plus tost que de loing l'apperceut,Son fier despit dissimuler ne sceutEt dist tout hault :
« Femme desordonnee,[1510]Par ton deffault te veoy
habandonnee.Du cas commys, trouveras
le tout+coup [Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515] cher.Plus ne te puys par juste loy toucher. »§Disant
ces motz,
passe oultre, dont espriseLa triste dame, ainsi navree et prise[1515]D'aspre douleur, ne scet que dire, forsLarmes gecter et faire vuyder horsDu
dolent cueur regretz en habondanceEt gros souppirs,
mauldisant+mauldissant [Cha515]l'
accoinctance+l'occointance [BnFfr17274]De ceste là
qui+que [BnFfr23146] le mal a brassé,[1520]Pour mieulx tenir son espoux embrassé.« Las, disoit elle,
il fault que à present senteLa royne AndonaireAudovère (533 — 580)Reine des Francs de Neustrie (561-566) Première épouse de Chilpéric Ier
envoyée au Mans. Et ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) espousa
FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) Peine du+de [BnFfr23146] mal dont je suys innoscente6 ! »§Le roy, tantost, pour la faulte pugnir,L'evesque fist exiller et bannir,[1525]Qui avoit fait du baptesme l'office,Et fut gecté hors de son benefice7.Elle et sa fille envoya dès ce+se [BnFfr23146] jourEn la cité du Mans faire sejourOù, pour vivre, eut assignatïon grande8.[1530]Puys espousa la mauvaise
truandeSa concubine. Ainsi par fraude obtintLa part du lict que autre nagueres tint.Dame fit+fait [BnFfr23146] serfve en la gectant arriere,Et elle dame où lieu de chamberiere9.[1535]Ne fut ce+feusse [BnFfr23146] pas grand maledictïonPrendre ainsi fole et vaine ambitïon,Sans extimer perte d'honneur ne de ame,Pour tiltre avoir de souveraine dame10 !
Cretin reprend ici le récit de [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XIVv : «
partant de sa maison, [Chilpéric] pensa de recommander son espouse
Andonere ensaincte d'enfant à quelque bonne personne qui luy fust
loyalle, comme Fredegonde. » Les GCF, liv. III, chap.
1 (vol. 1, p. 209) n'évoquent pas la recommandation expresse de
Chilpéric, mais seulement la proximité entre Audovère et Frédégonde
: « la roine Audovere demora à l'ostel enceinte. Fredegonde qui
entor li demoroit, ausi com une autre chamberiere, [...].
»
Tant [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XIVv que les GCF, liv.
III, chap. 1 (vol. 1, p. 210) ont « Childeinde ». Nicole Gilles,
fol. XXIIIv a « Childerade ».
L'irruption de ce
personnage allégorique et fictionnel, tiré du Roman de la
Rose, manifeste la naïveté de la reine, totalement
inconsciente de la réalité de l'intrigue (manipulation et inceste)
qui se noue autour d'elle.
Le lieu de l'exil n'est pas mentionné par les
GCF, liv. III, chap. 1 (vol. 1, p. 210), mais
bien par [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol.
XVr : « aussi contraingnit Andonere de vivre au pays du Maine
avecques sa fille dedans l'encloz de l'eglise du Mans, leur
assignant revenu tant comme il suffiroit pour leur aliment et
nouriture annuelle. »
Nouvel
exemple de commentaire final de l’historiographe en conclusion de
chapitre. Ainsi située entre deux chapitres dévolus aux
affrontements entre les fils de Clovis (en particulier Chipéric et
Sigibert), l’intrigue de la répudiation d’Audovère par la ruse de
Frédégonde apparaît de prime abord comme une simple digression
exposée à des fins divertissantes (c’est un « tour » selon
l’avant-dernier vers du chapitre précédent) et morales (puisque
Cretin prend soin de conclure cette partie de son récit par un petit
commentaire personnel visant à en expliciter la valeur épidictique,
c’est-à-dire sur qui doit porter le blâme). Le conteur ménage ainsi
la dynamique de son récit, tout en posant les prémices du propos
général de ce deuxième livre de la Chronique, à
savoir le danger qu’incarnent les souveraines.
Cretin reprend ici le récit de [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XIVv : «
partant de sa maison, [Chilpéric] pensa de recommander son espouse
Andonere ensaincte d'enfant à quelque bonne personne qui luy fust
loyalle, comme Fredegonde. » Les GCF, liv. III, chap.
1 (vol. 1, p. 209) n'évoquent pas la recommandation expresse de
Chilpéric, mais seulement la proximité entre Audovère et Frédégonde
: « la roine Audovere demora à l'ostel enceinte. Fredegonde qui
entor li demoroit, ausi com une autre chamberiere, [...].
»
Tant [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XIVv que les GCF, liv.
III, chap. 1 (vol. 1, p. 210) ont « Childeinde ». Nicole Gilles,
fol. XXIIIv a « Childerade ».
L'irruption de ce
personnage allégorique et fictionnel, tiré du Roman de la
Rose, manifeste la naïveté de la reine, totalement
inconsciente de la réalité de l'intrigue (manipulation et inceste)
qui se noue autour d'elle.
Le lieu de l'exil n'est pas mentionné par les
GCF, liv. III, chap. 1 (vol. 1, p. 210), mais
bien par [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol.
XVr : « aussi contraingnit Andonere de vivre au pays du Maine
avecques sa fille dedans l'encloz de l'eglise du Mans, leur
assignant revenu tant comme il suffiroit pour leur aliment et
nouriture annuelle. »
Nouvel
exemple de commentaire final de l’historiographe en conclusion de
chapitre. Ainsi située entre deux chapitres dévolus aux
affrontements entre les fils de Clovis (en particulier Chipéric et
Sigibert), l’intrigue de la répudiation d’Audovère par la ruse de
Frédégonde apparaît de prime abord comme une simple digression
exposée à des fins divertissantes (c’est un « tour » selon
l’avant-dernier vers du chapitre précédent) et morales (puisque
Cretin prend soin de conclure cette partie de son récit par un petit
commentaire personnel visant à en expliciter la valeur épidictique,
c’est-à-dire sur qui doit porter le blâme). Le conteur ménage ainsi
la dynamique de son récit, tout en posant les prémices du propos
général de ce deuxième livre de la Chronique, à
savoir le danger qu’incarnent les souveraines.