GCF, liv. I, chap. 3 (vol. 1, p. 15) :
« Quant li X anz furent trespassé, li empereor Valentins,
dou quel nous avons parlé desus, envoia ses messages aus Troiens
pour querre le treü que il avoient devant les X anz acoustumé à
paier. Il respondirent aus messages que il en estoient quitte
par le pris de leur sanc, et que pour iaus racheter de ce treü à
touz jors mais s'estoient il mis em peril de mort, et que jamès
treü ne leur rendroient. » [Nicolas de la Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [2] (éd.
Galliot du Pré, 1514, fol. Iv) : « Les Françoys doncques
affranchiz de tailles et tous aultres tribuz fortiffierent leur
ville, leur puissance et couraige, en telle façon et maniere que
les dix ans passez, quant l'empereur voulut exiger d'eulx le
tribut, ilz refuserent luy faire auchune
pension. »
Faute d'avoir été consacrée à l'éloge des Français, la
rime (presque) senée fait porter le blâme sur les Romains.
GCF,
liv. I, chap. 3 (vol. 1, p. 15-16) : « Li empereres, plains
d'ire et de grant indignation, vint seur iaus à granz oz ; ses
batailles ordena pour combatre ; et li Troien, ja soit ce que il
ne fussent que une seule nation assez petite contre tout
l'Empire de Rome, issirent contre iaus à bataille ; mais quant
il virent que la force des autres nations estoit ajoustée
oveques les Romains, il sourent bien que il ne porroient avoir
longue durée encontre si grant pople ; pour ce jugierent plus
profitable chose à cesser que à combatre. » [Nicolas de la
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [2]
(éd. Galliot du Pré, 1514, fol. Iv) : « Pour raison de quoy
guerre s'esmeut, en laquelle comme peu de gens foiblement
resistassent à plusieurs, Valentinian par forte et rude
puissance surmonta les Françoys. »
Cette prise de position est une
originalité de Cretin.
GCF,
liv. I, chap. 3 (vol. 1, p. 16) : « Leur cité guerpirent
lors, car il ne voloient plus estre tributaire. »
[Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
liv. I, chap. [2] (éd. Galliot du Pré, 1514, fol. Iv) :
« et n'a par ce dommaige delaissé ou mesprisé liberté
ceste nation couraigeuse. »
Cretin désigne ici sa source putative d'un mot, "recueil", qu'il
utilise également pour définir sa propre
Chronique.
GCF, liv.
I, chap. 3 (vol. 1, p. 16) : « En Germenie descendirent ; les
rivages porpristrent d'un flueve qui est apelez li Rins ; III
dux dirent de leur gent pour iaus gouverner : li uns ou non
Marchomires, li autres Sonnones, et li tiers Genebauz. Leur
poples estoit ja formenz moutepliez et creüz, car au tens que il
issirent d'Ayse il n'estoient pas plus de XII M de gent d'armes,
et ja estoient si mouteplié que li Germain et li Alemant, qui en
quantité et force sont puissant, avoient merveilleusement grant
paour d'aus. Parmi la terre s'espandirent et pristrent pluseurs
chasteaus et pluseurs citez. » L'orthographe des noms est
reprise à [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, liv. I, chap. [2] (éd. Galliot du Pré, 1514,
fol. Iv) : « Mais grant multitude de citoyens hastivement
assemblee, passerent le fleuve du Lhystre et soubz la conduycte
de Marcomyre, Symon et Genebaude (aprés le deceez de Francion)
faisans plusieurs victoires et conquestes en la Germanie, se
sont assiez sur le Rhyn. »
Cette information est absente des GCF,
liv. I, chap. 3 (vol. 1, p. 16).Cretin l'emprunte à [Nicolas de la
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [2]
(éd. Galliot du Pré, 1514, fol. Iv) : « Où [sur le Rhin] l'on
voyt maintenant Francforde, ville non contemnable, ouvraige et
siege des Françoys jusques à ung temps. » Il ignore
cependant la suite du récit de [Nicolas de la Chesnaye], Les
Grandes Chroniques, liv. I, chap. [2] (éd. Galliot du
Pré, 1514, fol. Iv-IIr), dont le récit prend un tour plus érudit :
« Mais quant ces choses des Sycambriens de la source et
generation des Françoys sont constamment recitees, non sans
raison me sourt une doubte de la sentence de Cesar, lequel
redigeant par escript les baatailles par luy demenees au pays de
Gaille. Dit que les Sycambriens (que l'on peult à present nommer
Gueldroys) lors habitoient en l'extremité du Rhyn, prés des ubes
que nous disons Collonoys, lesquelz aucunesfoys traversans le
Rhyn, ont osé courrir et entrer en Gaulle et contre luy envoyer
secours aux Françoys. Et pour ce se esleva sur eulx, afin que
par la craincte et terreur du nom Rommain rendist les Allemans
paisibles, mais incontinent au premier messaige les Sycambriens
s'en allerent tous aux forestz et par ce moyen leur pays ars et
bruslé se retirerent derechief aux Collonoys. En aprés quant
Cesar commanda diligemment querir Arioniste fugitif et qu'il
fist publier à son de trompette estre loisible et permis à
chascun de piller les biens des Eburons (qui sont aulchuns
Françoys lesquelz frauduleusement occirent les gens de Cesar).
Les Sycambriens sachans avoir occasion de piller, assemblerent
deux mille chevaulcheurs lesquelz passerent le fleuve, et par
merveilleuse et incredible celerité ravyrent et emporterent trés
grande proye des Eburons. Dit aussi Strabo que les Sycambriens
ont esté habitans du Rhyn ou ilz fisrent et machinerent le
commencement de la bataille, laquelle fut portee et livree
contre Drusus par plusieurs du peuple de Germanie, soubz la
conduicte de Molone Sycambrien leur capitaine, desquelz Drusus
obtint victoire en grant triumphe et honneur, dont il a retenu
le surnom germanique qui vault autant à dire comme subjugateur
des Germains. À ceste cause appert manifestement que longtemps
devant le temps de Valentinian ont les Sycambriens habité en
Germanie prés du Rhyn, et que premierement n'ont par luy esté
expulsez de leur siege, sinon que par adventure aucun cuyde
qu'ilz soient differens de ceulx que nous avons dit cy dessus
avoir construict et ediffié la ville de Sycambrie sur le lac
Meotide, laquelle chose descript Annonius en l'hystoire qu'il a
dedyee à son abbé, disant que Thorgore avecques Francion,
partant de Troye, s'en alla en Trace, duquel la nation des
Thorgores a receu le nom, et a exercé le fait des batailles
soubz Philippe et Alexandre leurs ancestres en quelque maniere
que la chose soit. Je ne sçay point toutesvoyes que aucuns des
nostres escripvains ayent en ce consideré ne pensé. Ensuyvons
donques la briefveté par nous proposee, en extrayant de l'ordre
des choses tout ce qui est utille et
necessaire. »
Ce vers complète
"Theodose, / Bien adverty de la façon dont ose / Ceste superbe et
fiere natïon
Le sujet de ce verbe est
"Theodose".
GCF, liv. I, chap. 3 (vol. 1, p. 16) :
« En ce tempoire regnoit li empereres Theodosies ; mainte
complainte out des François, qui Alemaigne avoient ensi
proprise ». [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, liv. I, chap. [3] (Galliot du Pré, fol. IIr)
: « Les Françoys riblans en Germanie, aprés qu'ilz eurent prins
et reduyct soubz leur puissance auchuns chasteaulx, l'empereur
Theodose lors regnant, acertené de ceste
chose... »
Métaphore culinaire faisant sans doute
écho au moment auquel la Chronique était lue à
François Ier. On en trouve un autre
exemple à la fin du chapitre 5 (à propos de la loi salique) ou
encore au livre III, v. 4322.
GCF, liv. I, chap. 3 (vol. 1, p. 16) :
« contre iaus envoia [Théodose] o grant ost Nannie et
Quentin, qui estoient dui mestre des chevaliers. Aus François se
combatirent ; vaincu furent en la premiere bataille. »
[Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
liv. I, chap. [3] (éd. Galliot du Pré, 1514, fol. IIr) :
« Commanda [Théodose] à Nesme et Quentin, capitaines et
chefs de son armee, moult bien equippee de force et puissance de
gens d'armes qu'ilz assaillissent les François. Par lesquelz
deffaitz en trés aspre bataille... »
GCF, liv. I, chap. 3
(vol. 1, p. 16) : « Quant il virent ce, il apellerent en leur
aide Eracle et Jovinien, qui estoient dui autre prince de la
chevalerie de Rome ; derechief se combatirent aus François tuit
ensemble ». [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, liv. I, chap. [3] (Gallio du Pré, fol. IIr)
: « se joignyrent avecques Eraclyus et Jovinian, qui estoient
des ducs et gouverneurs de Theodose, par l'advenement desquelz
reintegrans et restablyssans la bataille... »
La succession de rimes senées en "f" et "r" comble
discrètement l'attente suscitée par le nom des "François" au
chapitre précédent, comme déjà l'avait fait la rime équivoquée des
v. 485-486 entre "franchise" et "franc guise".
Enumération de coups
portés avec différentes parties de l'épée.
Cette description de la bataille est de
Cretin.
GCF, liv. I, chap. 3 (vol. 1, p.
16-17) : « en cele seconde bataille refurent li Romain
desconfit, mès Eracles et Joviniens s'enfuirent. En ce seconde
bataille firent li François si grant occision de Romains, que
toutes les autres nacions en furent si durement espoantées, que
nus ne fu ainques puis qui les osast contraindre ne aresnier de
rendre treü. » Cretin ignore la fin de l'épisode :
« Carbogastes, qui ert cuens de cele gent, s'enfui aus
Romains aprés ce que li François l'ourent vaincu, mais
toutevoies rapareilla il après bataille contre iaus ; en partie
en desconfist, et aus autres fist pès, si com il est escrit plus
pleinement en la vie saint Ambroise. » [Nicolas de la
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [3]
(éd. Galliot du Pré, 1514, fol. IIr) : « Voyans Eraclyus et
Jovinian que la victoire tournoit aux Françoys, se saulverent en
fuyte. En ceste bataille receurent les Rommains telle perte,
occision et profligation que les Françoys ont depuis esté crains
et doubtez de tous les aultres circonvoysins et delivrez de tout
tribut et exaction. » Cretin ingore également la fin de
l'épisode tel que le rapporte [Nicolas de la Chesnaye], Les
Grandes Chroniques : « Combien que quelque temps
aprés, Boccace administrateur et gouverneur du lieu où les
Sycambriens s'estoient sis, se retira devers les Rommains, et la
guerre renouvellee, subjuga et occist partie des Françoys,
faisant paix avec le residu. »
De Cicéron (De
inventione, I, 27-30 ; De oratore, II,
80-83) à Quintilien (Institution oratoire, IV, 2), la
brièveté est une des qualités principale de la narration (avec la
clarté et la vraisemblance). Ce n'est pas un critère de longueur
mais de qualité : ne doivent être données que les informations
nécessaires, mais toutes les informations nécessaires. En
l'occurrence, il s'agit sous la plume de Cretin d'une pure
convention : ses deux sources principales ne disent rien de plus que
ce que rapporte la Chronique française.
Comme au chapitre premier, et comme il le fera fréquemment, Cretin
termine son chapitre par un petit récit moralisateur (ici adressé à
un jeune roi dont on sait qu’il avait des maîtresses) dans lequel sa
voix de narrateur se fait plus volontiers entendre, soit par le
recours à la première personne (« ung faict que taire icy ne puys »,
v. 130), par des mentions extradiégétiques comme « pour le conte
abrégier » ou encore rendant sa versification plus virtuose (rimes
équivoquées, comme « adultere » et « deust le taire », v. 587-588)
de manière à soutenir la portée édifiante du propos.
GCF, liv. I, chap. 3
(vol. 1, p. 17-18) : « En ce tens pristrent li François la cité
de Treves par le conseil et par l'aide Luce, l'un des
conseilleors de Rome, car cil Luces avoit grant duel et grant
despit de ce que Avices, qui ert ausi come empereres seur la
terre de Galle, avoit jeü avec sa fame, et ce fu la reson pour
quoi il le fist. » Cretin emprunte à nouveau l'orthographe
des noms de personnes et de lieux à [Nicolas de la Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [4] (éd.
Galliot du Pré, 1514, fol. IIr) : « En Treve y a une puissante
ville nommee Cisrhenane, en laquelle presidoit Lucius, senatur
rommain, lequel pource que le prevost de Gaulle Belgique avoit
prostitué et congneu la sienne femme charnellement, print
conseil de livrer la cité aux Françoys et de fait à son proffict
executa son entreprinse. Le Françoys joissans de ceste
ville... »