Ce propos introductif qui rappelle l'association de
Childebert au royaume de Gontran est de Cretin, qui saute chez [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XIXv
l'évocation de la construction par Chilpéric d'un cirque à la
romaine à Soissons.
Cretin démarre ce récit très différemment de ses
deux sources principales, qui expliquent avec une grande abondance
de détails les origines de cette opposition. Renonçant à mettre en
scène les protagnistes de cet épisode un peu confus, il simplifie à
l'extrême [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol.
XIXv : « Entre ces choses advint à Chilperic occasion de guerre :
Theodore, evesque de Masseille, expulsé de son siege et de tous ses
biens spolié par Dynan, gouverneur d'icelle terre et region soubz le
roy Gontran ,lequel print Theodore, fuyant à Childebert. Ceste chose
congneue, Childebert, auquel appartenoit la moitié de la ville de
Masseille par le don de Gontran, envoya ses ambassadeurs vers
icelluy Gontran, le requerant de luy restituer sa juste part et
portion. Gontran, denyant le commandement du roy accomplyr, fist
mettre garnison à toutes les portes à ce que Childebert venant ne
peust entrer dedens la ville. Au roy estoit moult famillier
Gondesil, extraict de très noble lignee. Cestuy duc constitué chef
de son armee, envoya Childebert à Masseille afin qu'il receust la
cité et que Theodore luy fust rendu. Gondesil approchant, empescha
Dynan de entrer en la cité, lequel tantost après persuadé par les
parolles de Gondesil, vint au temple Sainct Estienne hors et assez
près des murailles de la ville. Et à luy seul parlant Gondesil, le
reprinst et argua des choses par luy mal faictes, et de l'expulsion
de Theodore. Et neautmoins manda appeller à soy les principaulx de
la cité de Masseille, avecques lesquelz Childebert l'avoit chargé de
besongner. Dynan espouenté de ceste chose, à genoulx flechis le pria
de non ce faire, disant qu'il estoit prest de luy ouvrir la ville,
doresenavant jurer aux parolles de Childebert et obeyr à Theodore.
Dynan delaissé, accomplist sa promesse. Masseille doncques receue et
Theodore restitué, ramena Gondesil son armee et retourna à
Childebert. Mais comme Gondeseil s'en retournoit, envoya Dynan à
Gontran pour recouvrer Masseille, contre laquelle entreprinse
resista Theodore, à cause de quoy tout ce que les annees precedentes
avoit esté convenu et accordé entre Childebert et Gontran fut cassé
et adnullé. » Il s'agit d'un résumé de ce que rapporent les
GCF, liv. III, chap. 15 (vol. 1, p. 292 et
suiv.).
Tout en
gonflant l'importance donnée à Gilles, Cretin simplifie [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XIXr, qui
rapporte davantage de détails sur cette ambassade : « Childebert
estoit nepveu de Chilperic, filz de son frere, lequel comme il fust
hayneux de Gontran, à Chilperic envoya Gilles, arcevesque de Rains,
accompaigné d'aucuns seigneurs et gens de bien, à celle fin que
l'allyance faicte l'annee precedente entre les roys fust par foy et
escriptz confermee. Mais la principalle cause d'envoyer ceste
legation et ambasade fut pour faire complaincte de Gontran, avec
lequel il n'avoit peu garder amityé. “Pour raison de quoy, Chilperic
(dist Gillon), ton nepveu Chldebert te requiert que voz armees
joinctes enssemble soit loisible guerroyer contre Gontran, afin que
il puisse ravoir ce que le desloyal prince a ravy et osté à toy et à
luy.” Chilperic, esjouy par ceste harengue et oraison, eut pour
agreables tous les accords et conventions, et au regard de la guerre
que ja longtemps avoit precogitee en son couraige, respondit que
bien luy plaisoit. » Les GCF, liv. III, chap. 17 (p.
300-301) ne s'attardent pas non plus sur le statut et l'intelligence
de Gilles.
[La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XIXv-XXr
nomme en réalité trois capitaines : « et y estoit Desir, homme très
preux, lequel conduisoit partie des gens d'armes [...] Cependant que
l'on batailloit, les aultres ducs Berulfe, seneschal d'Anjou, et
Bladasque assiegerent la ville ». Les GCF, liv. III,
chap. 17 (vol. 1, p. 301) orthographient ces noms « Berulphes [...]
Desiers et Bladastres ».
Cretin s'écarte ici
de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol.
XIXv-XXr qui est obscur et incomplet du fait de diverses
incompréhensions et confusions, tout en lui empruntant certains
détails, en particulier le nombre des morts : « Contre luy [Desir]
au Chastel Millenoys qui est maintenant nommé Magdun, les bourgeois
accoururent avecques quinze mille hommes d'armes. Fut combattu et
bataillé esgallement tant d'une part que d'aultre, où il mourut
comme l'on dit sept mille hommes. » La Chronique
française reprend ici l'essentiel du récit et les
repères géographiques aux GCF, liv. III, chap. 17
(vol. 1, p. 301-302) : « les dus et les chevetaines [Chilpéric]
envoia en diverses parties por prendre la cité de Bourges. Li dux
Berulphes les envay d'une part, qui estoit chevetains des Toraingaz
et des Angevins ; Desiers et Bladastres d'autre part, et grant
multitude d'autres genz. Li rois leur avoit commandé que il
preissent ls fois et les sairemenz de citez que il prendroient en
son nom. Mès li Berruier, qui de leur venue furent garni, vindrent
encontre le duc Desier à XV mil homes, à I chastel qui estoit nonmez
Mediolans ; à li se combatirent ; endementiers que il se
combatoient, li autre duc assistrent la cité. Li rois Chilperis se
hasta moult d'aus ensivre ; ses os fist passer parmi Paris, ja soit
ce que le sos Childebert son neveu ne fussent pas encore venues ;
mès il avoit aucun de ses princes en sa compaignie ; tout le païs
alerent gastant et robant jusques à Meleun, puis que il orent passée
la vile de Paris. ». Pour Cretin, la mention de cette dernière ville
s'accorde bien avec son affirmation antérieure (v. 1113), selon
laquelle Gontran avait hérité de la totalité du royaume de Paris
après la mort de Caribert. Cette affirmation est contredite aux v.
3990-3995 et 4017-4018, où Chilpéric est présenté comme le roi de
Paris.
L'idée d'une embuscade ne
vient pas de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. XXr, qui rapporte uniquement l'issue de cette escarmouche : «
Commanda Gontran ses gens d'armes se tenir prestz en armes.
Incontinent les pilleurs rencontréz, deffist et chassa sans grant
labeur. » À l'endroit correspondant, les GCF, liv.
III, chap. 17 (vol. 1, p. 302) relatent une petite bataille un peu
différente qui pourrait avoir inspiré Cretin, même s'il n'y est pas
question de pillards : « La nuit après [Gontran] issi de ses
herbeges, aussi comme pour son ost escharguaitier ; une compaingnie
de ses anemis encontra qui des autres s'estoient parti pour
gaaingnier, sus leur courut et les ot desconfiz assez briement.
»
Ni chez [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XXr, ni dans les
GCF, liv. III, chap. 17 (vol. 1, p. 302), les
échanges de projectiles n'ont commencé lorsque les ambassadeurs sont
dépêchés d'un côté et de l'autre.
L'échange d'ôtages est une originalité de Cretin,
qui ne figure ni chez [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XXr, ni dans les GCF,
liv. III, chap. 17 (vol. 1, p. 302-304).
Cette apologie des bons conseillers, conseil à peine déguisé à
l'adresse du jeune François Ier, clos
par une formule de connivence, est de Cretin.
Cretin
amplifie considérablement l'épisode tel que le rapporte [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XXr, étend
l'interdiction de piller à toutes les armées plutôt qu'à celle de
Chilpéric, et omet de préciser l'identité du « seigneur comte » tué
: « Si comme les gens d'armes s'en alloient, commanda aux siens
Chilperic qu'ilz retirassent leurs mains de rapines et pilleries. Et
courroucé et adverty que le conte de Rouen estoit transgresseur et
prevaricateur de son commandement, luy traversa son espee par le
corps et le occist. Duquel exemple tous les aultres espouentez
cheminoient sans aucune chose piller. » La condamnation des pillages
revient fréquemment sous la plume des Rhétoriqueurs en général, et
de Cretin dans la Chronique française : voir note du
livre I, v. 2968. Il est significatif, ici, que même Chilpéric, que
Cretin ne manque pas une occasion de blâmer et d'ériger en
contre-exemple, se comporte en bon chef de guerre en punissant
sévèrement les pillages.
Cette péroraison n'a pas d'équivalent dans les deux sources
principales de la Chronique française. Il s'agit ici
pour Cretin de s'adresser à son auditoire. En outre, la mise au défi
du v. 3610 rappelle celle du liv. I, v. 2552.
La suppression de ces quatre vers, dans le manuscrit
royal, mérite quelques hypothèses. Peut-être Cretin, se considérant
comme membre des « simples gentz », n’a-t-il pas voulu saborder son
propre travail de conseil et de formation du prince ; ou bien peut-être
a-t-il souhaité supprimer l’affirmation trop péremptoire quant à la
nature de « l’heur » du roi. Cette seconde hypothèse semble confirmée
par les témoins d’Aix et de Chantilly (ce dernier étant, on le sait,
également un manuscrit princier, offert au grand connétable Anne de
Montmorency) qui présentent une leçon du premier vers où le sens est
complètement inversé : « Si cesse l'heur du roy quant à repos / Vit
populaire ». Cette variante a également pour bénéfice de supprimer
l'hiatus entre « Si » et « est ». Quoi qu’il en soit, il fallait à
Cretin supprimer quatre vers (et non pas seulement deux) afin de
maintenir l’alternance des rimes féminines et masculines.
Non num.
BnFfr4964 Chapitre xxiii me
BnFfr4965
23
BnFfr23146 om.
Aix419 Chappitre xxiiie
BnFfr17274 Chapitre xxiiie
Cha515 Chappittre .xxiiie.
Aix419 fut
BnFfr23146 faict
BnFfr17274 pouoir
BnFfr23146 pouet
BnFfr4965 et
BnFfr17274 et
BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146 Entre
BnFfr23146 cinq ;
BnFfr4965 cimq ;
BnFfr17274 cincq
BnFfr4965, BnFfr17274 Furent
BnFfr23146 Feurent
BnFfr17274, BnFfr23146 Riens
BnFfr4964, BnFfr4965, BnFfr23146 veoient
BnFfr17274 voyent
Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146 des
Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146 guerre
Aix419, BnFfr17274 peupples
Non num.
BnFfr4964
Si est ce l'heur du Roy quant à repos
BnFfr4965
Si est ce l'heur d'ung Roy quant à repos
Aix419
Sy cesse l'heur du roy quant à repoz
BnFfr17274
Sy esse l'heur du roy quant à repoz
BnFfr23146
Sy esse l'heur du roy quant à repos
Cha515
Si cesse l'heur du roy quant à repos
Non num.
BnFfr4964, BnFfr4965, Cha515
Vit populaire. Or laissons ce propos
Aix419
Vyt poppullaire or laissons ce propoz
BnFfr17274
Vit popou populaire or laissons ce
propos
BnFfr23146
Vict populaire or laissons se propos
Non num.
BnFfr4964, BnFfr4965, Cha515
À simples gentz n'est loysible entreprendre
Aix419
À simples gens n'est loisible entreprendre
BnFfr17274
À simple gentz n'est loysible entreprendre
BnFfr23146
À simple gentz n'est loisible entreprendre
Non num.
BnFfr4964, BnFfr4965
Par invective aucuns princes reprendre
Aix419, Cha515
Par invectifve aucuns princes reprendre.
BnFfr17274
Par invectyfve aulcuns princes reprendre
BnFfr23146
Par invectives aucuns princes reprendre