Nous corrigeons le manuscrit de base qui
indique « faicte », une erreur manifeste.
[Nicolas de La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIr :
« Cependant Clotilde enfanta ung filz nommé Clodomyrus,
lequel baptisé selon l'institution chrestienne, en peu de jours
alla de vie à trespas. La mort de cestuy transfere le roy à la
religion et saincteté de sa femme, disant que les dieux
courroucez luy ont osté son enfant pour ce que la royne l'avoit
dedié à son Jhesu Christ. »
GCF, liv. I, chap. 18 (vol. 1, p. 64-65) : « Un
poi de tens après, la roine conçut un enfant. Quant il fu nez,
ele le fist baptizier ; Ingomires out non ; mors fu en aubes
assez tost après le baptizement. De la mort de l'enfant fu li
rois moult corrociez et pleins de grant mautalent ; la roine
commença à reprendre par tels paroles : « Nostre dieu ont à
l'enfant osté la vie dou cors, pour ce que il estoit
baptisiez au non de vostre Dieu. » »
GCF, liv. I, chap. 18
(vol. 1, p. 65) : « La bone dame, qui fu pleine de pacience et
de longue esperance, li respondi : « Je rent graces au tout
puissant Dieu, qui a degnié recevoir en son regne l'ainzné
enfant et le premier fruit de mon ventre. » »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. VIIr ne rapporte pas cette prise de parole.
Ce v. est identique au v.
2492.
[Nicolas de La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIr :
« Clotilde derechef ensaincte, et l'enfant produict le fist
semblablement baptiser, et dés incontinent que le roy fut
adverty qu'il estoit mallade à son espouse, reproucha sa
religion, c'est assavoir qu'elle estoit ennemie de ses dieux.
Mais la royne ayant pacience et esperance contre les querelles
du roy par la bonté de Dieu, à son filz impetra santé. »
GCF, liv. I, chap. 18 (vol. 1, p. 65) : « Elle
conçut le secont fil ; quant il fu nez et baptiziez, il fu
apelez Clodomires. Cil enfes chaï en maladie, dont li rois fu si
dolenz que il commença à blasmer la roine et fist : « Cist
seconz enfez ne puet longuement vivre, car il a la haine de
noz diex pour vostre mescreandise. » Mais la sainte
dame, qui moult avoit des mesaises au cuer pour les reproches
que li rois li disoit et pour la foi chrestiene que il
mesprisoit, proia tant Nostre Seigneur que li enfes recovra
pleine santé. »
Ce
passage est une originalité de Cretin.
Le parchemin du manuscrit de référence semble
avoir été gratté sous « faire ennuyeux effort ». Peut-être était-ce
auparavant une leçon proche des variantes (on distingue un "s" long
quelque part avant un "ng", peut-être pour "sang", ainsi qu'un "sp"
derrière le "nu" et une lettre qui pourrait être un "e" juste après
le "dr", sans doute pour "espandre") ? Il faut noter, par ailleurs,
que les leçons de BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299 et Vat966 ne
sauraient être correctes, puisqu'elles font rimer le même au même ;
tandis que celle du manuscrit Aix419 fait apparaître un hiatus qui,
s'il n'est pas alors proscrit en versification, n'en est pas moins
discordant.
Cette rime équivoquée se retrouve presque à
l’identique dans une épître de Cretin à Honorat de La Jaille (éd.
Chesney, p. 267-271), où elle figure sous forme de rime couronnée
s’étendant sur trois syllabes : « Doulx sons n’en puis mettre en
chantz, mais trenchans » (v. 61).
Cretin convoque peut-être
également ici l'expression « mettre le feu aux estoupes » qui
signifie « exciter les esprits, allumer les dissensions, mettre de
l'huile sur le feu ».
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. VIIr-v : « Le roy obstiné en son erreur, [Dieu] luy fist
susciter guerre contre les Allemans. Les deux armees constituees
l'une devant l'autre se joignyrent, et comme ja eussent
longuement bataille, les Françoys quittans les bataille, le roy
Clovys, craignant le danger de sa personne... »
GCF, liv. I, chap. 18 (vol. 1, p. 65-66) : « En
ce point que li rois demoroit encor en l'error d'ydolatrie,
avint que il semonst ses oz pour aler seur les Alemanz que il
voloit fere tributaires. Li rois d'Alemaigne, (car à ce tens i
avoit roi), semonst d'autre part quanque il pot de genz, si que
li dui roiaume furent esmeu li uns contre l'autre o toute lor
efforcement. Quant il furent ou champ de la bataille et les
eschieles furent ordenés d'une part et d'autre, li forz rois
Clodovées dona signe à sa gent de l'estor commencier. Li
Alemant, qui pour leur franchose deffendre se combatoient, les
reçurent moult aigrement. Longuement dura cele bataille ; moult
en i out d'ocis d'une part et d'autre, car li François se
combatoient pour aquerre gloire et loenge et li Alemant pour
leur vies et pour leur franchise garantir. Mais puis que li rois
ot paerceue l'occision de sa gent et la hardiece de ses anemis,
il out plus grant paor de confusion que il n'out esperance de
victoire. »
Cette rime équivoquée revient au
livre II, v. 2011-2012, dans un contexte courtois.
Nous corrigeons le manuscrit de base qui
donne la leçon « ensi ». Il semble avoir été gratté en cet
endroit.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. VIIv : « et levant les yeulx au
ciel [Clovis] fist son oraison en ceste maniere : « Dieu que
Clotilde religieusement adore et honnore, escoute moy. Se
j'ay ujourd'huy victoire contre mes ennemys, en foy
perpetuelle te serviray. » À peine avoit le roy finy
son oraison que incontinent il vyt les Françoys reintegrer et
restablyr la bataille, ausquelz donnant couraige, le roy des
Allemans occis, gaigna la victoire et imposa loy aux
Allemans. »
GCF, liv. I, chap. 18 (vol. 1, p. 66-67) : « Il
regarda le ciel humblement et dist en tel maniere : « Diex
très puissanz que la roine Crotilde coutive et aouer de cuer
et de pensée, je te promet perpetuel serise de foi enterine
se tu me dones maintenant victoire de mes anemis. »
Tantost com il out ce dit, sa gent furent tuit ardant de fine
hardiece, et une si granz paors envaï ses anemis, que il
tornerent les dos et guerpirent la bataille, et la victoire
demora au roi et aus François. Li rois d'Alemaigne fu ocis.
Quant li Alemant virent que il furent desconfit et que leur rois
fu morz, il s'abandonerent au service le roi et des François et
devindrent si tributaire. Si ne doit on pas cuider que ceste
chose avenist d'aventure, ainz fu par divine
ordenance. »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. VIIv : « Lors saint Vaast qui
estoit à Toul et qui depuis fut evesque d'Arras suyvit le roy
victorieux, croyant en Jhesu Christ, auquel le roy racompta la
raison de sa foy et credulité. »
GCF, liv. I, chap. 19 (vol. 1, p. 67) : « Li
rois retorna en France après cele victoire. Quant il fu en la
cité de Toul, il trova là saint Vaast, qui puis fu evesques
d'Arraz ; il li manda que il s'en venist ovec
lui. »
[Nicolas de La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv :
« Clotilde, joyeuse de la creance de son mary, sans
sejourner alla parler à sainct Remy, arcevesque de Rains et le
presenta devant le roy. »
GCF, liv. I, chap. 19 (vol. 1, p. 67-68) : « Li
rois vint à Rains ; tout raconta à la roine quanque i li estoit
avenu ; graces rendirent à Dieu communement. Li rois fist la
confession de la foi de cuer et de bone volenté. La roine, qui
merveilleusement estoit lie de la conversion son seigneur, s'en
ala tost et isnelement à saint Remi, qui lors estoit arcevesques
de la cité ; tout li conta comment li rois estoit convertiz,
puis li demanda conseil que il feroient. »
Allusion à deux types de chasse, qui sont des
loisirs de la noblesse : la vénerie et la volerie.
La
critique de la richesse des gens d'église, qui contrevient au vœu de
pauvreté, est un lieu commun. Il se dote d'une valeur particulière,
cependant, dans cette Chronique dont on sait qu'elle
a circulé dans des milieux ecclésiastiques proches de
Cretin.
Allusion au commerce des indulgences.
En 1476, le pape Sixte IV avait décrété que des indulgences en
faveur des âmes du purgatoire pouvaient être accordées contre des
sommes offertes en vue de la réfection d'une église. Cela revint,
pour certains profiteurs ou dénonciateurs, à acheter un passe-droit
pour réduire le temps de purgatoire, voire à monnayer le pardon pour
un péché commis. Luther fera de ces indulgences l'objet de ses 95
thèses (Disputatio pro declaratione virtutis
indulgentiarum) parues en 1517.
Cet éloge de saint Rémi
n'a pas d'équivalent dans les deux sources principales de
Cretin.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. VIIv : « lequel [Clovis]
diligemment l'escouta [saint Rémi] parler et prescher de la foy
et religion de Jhesu Christ. »
GCF, liv. I, chap. 19 (vol. 1, p. 68) :
« Forment le hasta de venir au palais pour ensegnier au roi
la voie par quoi l'en vait à Dieu, tandis com sa pensée estoit
encor en doutese sort ; car ele disoit qu'ele se doutoit moult
que ses cueurs ne fust eslevez des victoires et des bones
aventures qui li estoient avenues, que il despisist le soverain
doneor qui tout ce li avoit doné. Messires sains Remis se hasta
moult de venir au roi ; il se presenta hardiement devant sa
face, qui un poi devant ce se reponnoit, ne ne s'osoit mostrer
devant lui. »
Mc 16 : 16 : « Celui qui croira et qui sera
baptisé sera sauvé. »
Nous corrigeons "droctine" (erreur
manifeste du manuscrt BnF fr. 2817, en "doctrine",
conformément aux autres manuscrits.
Tout ce passage est un
souvenir de la prière du Credo.
Cretin s'écarte du récit des GCF,
liv. I, chap. 19 (vol. 1, p. 68), qui met l'accent sur la volonté de
Clovis de convertir son peuple davantage que sur la réception
individuelle du baptême : « Quant il li out la foi denuncié et
la maniere de croire ensegnié, et li rois out la verité cogneue,
il promist fermement que touz jors mais serviroit à celui qui
est uns souz Diex tout puissant. Après il dist à saint Remi et à
la roine que il tenteroit et essaieroit le cuer et la volenté de
ses barons et dou menu pople, car il se convertiroient plus
devotement, se il se convertissoient debonairement et par beles
paroles que se il le fesoient à force. Ceste condition plut
moult à saint Remi et à la roine. »