§Sur le propoz facille à recouvrer,Icy endroict, prenant l'heure que œuvrer,Puisse, au deffault de meilleur secrettaire,Je traicteray que le second ClotaireFaict Brunechilde à dure mort livrer.
§Ce sont les motz portantz royaulx esditzÀ Brunechilde, en lieu publique dictz,Dont à bon droict devra estre doubteuseAller de vie à mort dure et honteuse,Et ses jours veoir de plaisir interdictz.
§Qui trop au loing n'aura les yeulx espars,Icy verra Clotaire bonnes partzDonner aux siens en certaines provinces.Et en monstrant que honneur siet bien à princes,Vouldra quicter le tribut aux Lombardz.
§Puisque orendroit l'incident s'est offertEt à propoz peult servir, bien affiertMettre en escript ce que avoye esleu taire,De sainct Denys, Rustique et EleuthereQui, pour la foy, grief martyre ont souffert.
§Sans espargner nul labeur d'escriptoire,Icy endroict mettrons en repertoireQue Dagobert feyt ung cerf destourner,Qui se saulva aprés courre et tournerEn ce petit et devot oratoire.
S'ensuyt comment ung des fëaulx amysDu roy Clotaire, au regime commysDe Dagobert, eut honte et vitupere.Dont fut le filz en la heyne du pere,Puis par miracle en sa grace remys.
§En attendant ceste gendarmerye,Icy verrons comme son armoyrieEst blazonnee en la divisïon.Et congnoistrons, par une visïon,Que Dagobert en espoir ne varye.
§Du jeune filz Dagobert, dit l'histoireQu'en Austrasye et hors le territoire,Eut forte guerre où peril encourut.Et là son pere à tant le secourutQue eulx, joinctz ensemble, y obtindrent victoire.
§S'ensuyt comment fut Clotaire excitéGentz assembler à Troyës la cité,Comme il voulut à ses barons complaire,En soulageant le menu populaire,Et comme aussi fut à la mort cité.
La plume en main et papier sur pulpitre,Veullent traicter en ce present chapitreQue Clotaire eut successeur DagobertQui partit terre à son frere Aribert,Dont bien content se tint et à bon tiltre.
§Selon que aux faictz de Dagobertcontemple,Bien pourrons veoir, pour en faire compte ample,Se de œil ouvert l'escript acompaignons,Que à sainct Denys et ses deux compaignonsEdiffÿa ung magniffique temple.
§Pour reciter, de la jeune pucelleQue Dagobert acoincta, ce fut celleDont ung filz eut hors adveu nuptïal.Et nonobstant, miracle specialSe feyt en luy, l'histoire ne le scelle.
§On peult cy veoir que, par sens bestourné,Fut Dagobert de bien à mal tourné.Et qui plus fort rend son caz pitëable,De jeune hermite il devint ung vieil deable,Dont se trouva meschamment attourné.
§Sur Aribert retourne le propoz,Qui fut contrainct par la fiere AtropozClorre le paz du sien regne terreste.Son filz aussi la paye eut tost et resteAu long dormir du naturel repoz.
§En redigeant par notre escript les faictzDe Dagobert, on verra quelz effectzPorte le bruict de sa grande victoire,Veu que aux Gascons, à bien prendre l'histoire,Feyt sentir coupz de lourdz et pesantz fetz.
§Pour rendre à poinct matïere expediee,Qui bien aura l'histoire estudïee,Il trouvera, en ce present escript,Que de la main du benoist JesuChristFut des martyrs l'eglise desdÿee.
§Se trop grand vent la plume ne destourne,Or est saison que à Dagobert retournePour, en voulant selon l'entendement,Toucher comment il fait son testamnent,Où de bon sens en riens ne se bestourne.
§S'ensuyt aprés, en la divisïon,Comme Atropoz, faisant provisïonDe corps humains, celuy mettra soubz lameDe Dagobert et aussi, touchant l'ame,Se deduyra certaine visïon.
§Veu que le temps si tost va oultre et passe,Il fault vuider, sans querir aultre espace,Sommairement le caz de ces deux roysQui n'eurent pas les noyses et desroys,Que plusieurs ont quant leur pere trespasse.
§Sur le procés tenu d'aller avant,On trouvera, en matiere suivant,France encourir male desconvenue,Par la charte des vivres advenuePlus grande que eust lors veue homme vivant.
§En reprenant ung incident obmys,Du filz Pepingrymouauld sera mysComme voulut, par fole fantasye,Faire Hildebert, son filz, roy d'Austrasye,Dont se trouva à honte et mort submys.
§Du roy suivant, dit Clotaire le tiers,S'excuseroit ma plume volluntiersLe contenu en sa geste d'escripre.Mais il convient bon et mauvais escripre,Pour retenir les propoz plus entiers.
§Icy aprés sera propoz menéQue Theodorich, des freres le puisné,Fut possesseur du royal patrimoine,Puis dechassé Ebroÿn tondu moyne,Et à Luxon en exil condempné.
§On trouvera, en lisant ce chapitre,Comme Ebroÿn, pour recouvrer le tiltreEt bruict que avoit premier que estre en exil,Laissa le froc et feyt à LendesilUng lasche tour, faulx, desloyal et traytre.
Se les propoz suivantz sont entenduz,En Austrasye, on verra que deux ducz,Sur Theodorich, feyrent soudaine courseDe grand effort, et si ne vindrent pour ce,Au seur moyen des desirs pretenduz.
§Pource que icy se fait ung conte nuDe Dagobert, selon le contenuQu'est de luy mys au present repertoire,Charles Martel embellira l'histoire,Qui d'armes a maint grand fex soustenu.
§Pour le propoz entierement reprendre,Que avons laissé, et les gestes comprendreDu filz Pepin, nommé Carles Martel,Nous le pourrons dire amy de Mars, telQu'il sceut fort bien l'art militaire apprendre.
§Pour declairer ce que le conte en dit,C'est que le faulx traytre gascon tenditDe se venger, par mauldictz et rebellesTurqs mescrëans, où eut victoires bellesCharles Martel qui sur eulx contendit.
§En ce passaige avons à reciterLe caz mouvant ce Charles exciter,Donner la disme aux Françoys gentilz hommes,Pour supporter les si pesantes sommes,Où guerre feyt leurs corps excerciter.
§En reduisant à forme d'escriptureDe Karlomans et Pepin l'aventure,Verrons le faict de leur frere puisnéQui, se voyant du pere contempné,L' erre poursuyt de sa desconfiture.
§ La matiere offre en ce passaige mettreComme Pepin au pape oza transmettre,Le supplïant de voulloir exposerUng caz qu'en brief luy faisoit proposer,Où s'attendoit totalement submettre.
§Reste coucher l'ambassade transmyseAu roy Pepin, aveq presentz de misePar l'empereur Constantin ;et aussiDe ses haultz faictz, dont rendit en soucyNatïon mainte à son voulloir submyse.
§Si le recit devant mys ne suffytDu roy Pepin, en ce que dessus feyt,Reste sçavoir comme ung duc d'Aquitaine,Ne tenant foy de leaulté certaine,Par luy en fin se trouva desconfyt.