Mentions de Cretin au XVIe siècle

Dans la première moitié du XVIe siècle, nombreux sont les écrivains à mentionner Guillaume Cretin parmi leurs pairs, mentors ou modèles. Cretin est en particulier loué pour son savoir : pas tant seulement celui qu'il déploie dans le contenu de sa Chronique et de ses chants royaux, que celui, avant tout, qu'il possédait quant à la rhétorique seconde (ou art de la versification) et dont il fait preuve à longueur de vers brillamment équivoqués. Qu'il soit un correspondant de renom, un ami de valeur, un artisan de la gloire des Puys de Rouen ou de la monarchie française, un concurrent redoutable ou un modèle illustre, Guillaume Cretin apparaît comme une figure incontournable de la poésie française du début du du XVIe siècle. Selon les contextes, il est associé à des écrivains fondateurs de la littérature française (comme Chartier ou Jean de Meun), à des poètes du XVe (Gréban, Meschinot, Molinet et même Villon) ou du XVIe siècle (les Marot, mais aussi Le Lieur et Parmentier pour le Puy de Rouen), ou encore à des historiographes (en particulier Auton, Bouchet et Lemaire). Parmi toute sa production, sa Chronique, tant oubliée aujourd'hui, était considérée comme son opus magnum.

Le relevé ci-dessous s'appuie sur les travaux de K. Chesney (1932, p. lxvii-lxxiii), qu'il développe et complète par endroits, tout en se limitant au XVIe siècle (jusqu'à Pasquier). Il est possible d'organiser les citations recueillies ci-dessous par ordre alphabétique de leurs auteurs ou par ordre chronologique. Enfin, ce relevé se veut exhaustif : que les lecteurs n'hésitent pas à contacter les éditeurs de la Chronique française pour signaler tout oubli.

Jean Molinet, Faictz et dictz, Paris, Jean Saint-Denis, 1531 [Œuvres poétiques de Guillaume Cretin, éd. K. Chesney, Paris, Firmin-Didot, 1932], « Responce aux lettres de Cretin par Molinet », fol. 114r [p. 320-322], 1498-1502.

Au début de sa carrière poétique, Cretin s'illustre par une longue déploration en l'honneur de Johannes Ockeghem, grand compositeur flamand mort en 1497, pour lequel Jean Molinet a également composé une épitaphe de 12 vers, mise en musique par Josquin Desprez. Sans doute la rivalité entre les deux écrivains français nait-elle à cette occasion, sur ce terrain musical. Ainsi, quelques mois ou années plus tard, Cretin envoie à Molinet une épître en vers d'éloge mais surtout de défi poétique, à laquelle Molinet répond à son tour par une autoglorification et des attaques faisant notamment de Cretin un "second", ainsi que par une démonstration de virtuosité poétique dans deux "canons" aux règles musicales.

Va lettre va soir et matin
Se te fourre au fons du cretin.

Cretin sacré et benedictionné de celeste main, aorné de precieuses gemmes, tu n'as cuase de doléance si je ne repondz à tes plusieurs requestes ; on dit, qui respond il paye : tu as maintefois appelé Dieu vocallement, en disant Pater noster, qui ne t'a pas respondu. Tu n'es seul qui heurtes à mon tugurion [ma chaumière] pour resveiller le chien qui dort, mais autres que toy dix ou vingt font le semblable pour moy tempter, et goutter se rien n'en pourront emporter ; ce que ne t'est besoing de faire, car en toy florissent par excellence trois redolentes fleurs, qui en moy perissent par vieillesse. L'une est grammaire, qui en moy decline, musicque qui diminue, et la rethoricque, dont je ne suis de riens trop riche : et me semble que apres Octovien, qui en nostre art prospere, doibz obtenir le pris au verger liligere. Autres fois ay receu les lettres epistolles d'ung grant cronicqueur de France nommé Castel, qui estoit lait sac quant il estoit retourné, mais fort bien duisant pour porter le grain au molin ; je ne demande mande, pennier, casier, quannebutin, cretin ne hotte pour engrener ma farinotte, si ne 'ose entremettre du rimer qu'il ne fasse faillir les vignes ; mais madame Rhetoricque, plus adventureuse que moy, t'envoye de la rime, et une couple de canons pour en faire la raison. Et adieu, sans adieu.
[...]

Canon
Haulsez les deux piedz de derriere,
Se merde en vient, tirez arriere.

Cretin de jongz, d'osiere, ou de festu,
Faiz tu ton fol d'ung vertmolu molin ?
Molinet veult, quant de toille est vestu.
Veulx tu combattre ung vieillart abbatu,
Battu son chef, pour son corps mettre à fin,
Affin d'avoir bruyt ainsi qu'il a fin ?
Afin meilleur depuis decembre n'euz.
Breneux soit il qui le fait ruyneux.

Jean Lemaire de Belges, Le Temple d'Honneur et de Vertus, Paris, Vérard, 1504, f. a2r-a3v [Lettres missives et épîtres dédicatoires, éd. A. Schoysman, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2012, p. 157-160], épître de dédicace à Anne de Bretagne.

La première publication d'un texte de Jean Lemaire de Belges est précédée par une épître de Guillaume Cretin qui, de son autorité, semble recommander le jeune écrivain à son public. Toute en rimes équivoquées, cette épître élogieuse est intitulée « A son amy le Maire, Cretin mande / Salutz assez pour combler une mande » (avec des jeux sur les termes « cretin », désignant un petit panier, et « mande », qui renvoie à une grande corbeille). Lemaire fait allusion à cet illustre parrainage à la fin de la dédicace adressée à la reine de France.

Et s'il est ainsi que vostre benigne grace luy [à cet ouvrage] daigne prester faveur et ennoblissement de reception aggreable, j'estimeray avoir cueilly grandement le fruict de mon labeur et ne craindray la censure, ne reprehension de nul detracteur survenant, attendu que desja maistre Guillaume Cretin, chantre du roy, chief et monarque de la rhetoricque françoise, l'a bien voulu illustrer par l'opposition presente de son nom tres renommé et luy donner tiltre d'approbation non contemnable par aucun ignorant malivole.

Jean Lemaire de Belges, La Plainte du Désiré, Paris, BnF fr. 1683 [1504], f. 13r [éd. D. Yabsley, Paris, Droz, 1932, p. 80, v. 120-126].

Après avoir regretté la mort des orateurs qui auraient pu l'aider à déplorer le décès du comte de Ligny, la figure allégorique « Rhetoricque » énumère ses disciples actuels.

Ung bien y a qu'encor me reste et dure
Mon Moulinet moulant fleurs et verdure
Dont le hault bruit jamais ne perira ;
Et ung Cretin tout plain de flouriture
Que je conserve en vigueur et nature ;
Et toy d'Auton car la sienne escripture
Et ta cronique a tousjours flourira.

Jean Lemaire de Belges, Le tiers livre des Illustrations de Gaule et Singularitez de Troye, Paris, Geoffroy de Marnef, juillet 1513, f. a7v-a8r [Lettres missives et épîtres dédicatoires, éd. A. Schoysman, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2012, p. 219-222], épître à Cretin.

Presque 10 ans après l'épître liminaire de Cretin parue dans le Temple d'Honneur et de Vertus de Lemaire, celui-ci revient sur la rencontre de ce maître illustre. Entre-temps, Lemaire est devenu « indiciaire et historiographe de la royne » et Cretin figure cette fois à l'orée du troisième livre de son best-seller historiographique : les Illustrations de Gaule et Singularitez de Troye. À noter que cette édition comprend la Plainte sur le trepas de Byssipat, composée par Cretin en 1512, juste après le texte de Lemaire. Celui-ci adresse son épître « A venerable et singulier orateur, Monseigneur maistre Guillaume Cretin, tresorier du bois de Vincennes, chappellain ordinaire du roy tres chrestien Loys douziesme ».

À ceste cause, mon venerable precepteur et maistre en rhetoricque françoise, affin que je ne soye noté du vice dessusdit [l'ingratitude], je te fayz present de la lecture du troisiesme livre des Illustrations de France Orientale et Occidentale, comme à celuy qui es et peuz estre deffenseur et protecteur de ce mien labeur, et comme à celuy de rechief qui a esté la cause premiere que je me suis enhardy et entremeslé de mettre la main à escripre en ceste nostre langue françoise et gallicane. Car, se bien il en souvient à ta debonnaireté, passant par Villefranche en Beaujeuloys, tu me donnas encouraigement de mettre la main à la plume, et de clerc de finances que j'estoye pour lors, en l'aaige de vingt et cinq ans, ou service du roy et de monseigneur le bon duc Pierre de Bourbon, je devins soubdain enclin à l'art oratoire ou moyen de la tienne persuasion, ce que je creuz de legier, à cause de l'estimation que j'avoye de ta doctrine et vertu, et de la reputation que j'en euz presentialement, et paravant ouy faire reallement et de propre audience à feu de bonne memoire monsieur maistre Jehan Molinet, mon predecesseur et parent, comme celuy qui ne faisoit autre estime de la tienne industrie, sinon telle que du prince et principal maistre des orateurs et poetes de la langue françoise ; et cela soit dit sans injure des autres et sans flaterie, car le personnaige - dont ta benivolence a aymé l'industrie en son vivant, et tu la sienne - tenoit ung grand compte des tiennes escriptures.

Jean Lemaire de Belges, La Concorde des deux langaiges, Paris, Geoffroi de Marnef, 1512, f. B5r [éd. J. Frappier, Paris, Droz, 1947, p. 4].

Dressant la liste des « poëtes, orateurs historiiens » ayant illustré le français, laquelle comprend Jean de Meun, Froissart, Alain Chartier, Jean Meschinot, Arnoul et Simon Greban, Jacques Millet, Jean Molinet, George Chastelain et Octovien de Saint-Gelais, Lemaire termine en précisant « desquelz maistre Guillaume Cretin est le prince ». À noter que Cretin ne figurait pas dans la version manuscrite du texte datant de 1511.

Jean Lemaire de Belges, L'Epistre du Roy a Hector de Troye, et aucunes aultres œuvres assez dignes de veoir., Paris, Geoffroy de Marnef, août 1513, f. E7v [Lettres missives et épîtres dédicatoires, éd. A. Schoysman, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2012, p. 223-228], épître à François Le Rouge.

Lemaire s'explique sur le fait qu'il a, entre autres textes, ajouté la Plainte sur le trepas de Byssipat de Cretin à la fin de son édition du troisième livre des Illustrations. L'extrait précède un éloge d'Ockeghem, qui a excellé dans le domaine de la musique : Cretin avait composé une déploration funèbre en son honneur.

[...] affin de leur monstrer par especiaulté comment la langue gallicane est enrichie et exaltee par les œuvres de monsieur le tresorier du boys de Vincennes, maistre Guillaume Cretin [...].

Destrées, Le Contreblason des faulces amours, Paris, Simon Vostre, 1512 [Guillaums Alexis, Œuvres poétiques, éd. A. Piaget et É. Picot, Paris, Didot pour la Société des anciens textes français, 1896-1908, 3 t., ici t. I, p. 280].

« Maistre Guillaume Cretin » figure dans le prologue, parmi une longue liste de « singuliers acteurs, orateurs , historiographes , philosophes, cirographes, cronicqueurs et compositeurs », qui inclut notamment Cicéron, Boccace, Juvénal, Fausto andrelini, Robert Gaguin, Alain Chartier, Pétrarque, Jean de Meun, Jacques Millet, Arnoul Gréban, Octovien de Saint-Gelais, Gringore, Chastelain et Molinet.

Anonyme, L’art et science de rhetorique vulgaire, BnF fr. 12434, 1524-1525 [éd. E. Langlois, Recueil d'arts de seconde rhétorique, Paris, Imprimerie nationale, 1902, p. 265-426, ici p. 270].

L'auteur anonyme du traité se sert à 7 reprises d'exemples tirés de l'œuvre de Cretin : épîtres ou Plainte sur le trespas de Byssipat principalement. Il évoque sa Chronique française dans un chapitre consacré aux « doublettes », ou succession de rimes suivies, et loue l'innovation que constitue l'alternance des rimes féminines et masculines, qu'il attribue donc à Cretin (plutôt qu'à Octovien de Saint-Gelais).

La quelle façon de rime [la doublette] est à present bien enrichie par monseigneur Cretin, pere des orateurs modernes, le quel en ses compositions a trouvé ceste digne et nouvelle manière qu’il use en telle ryme de deux vers masculins, et deux après feminins. Ainsi prosecutivement ung couple d’un et ung couple d’autre. Et a la verité ceste mode et invention sonne beaucoup myeulx et a très parfaict et entier accent plus que toutes les autres susdites compositions de ceste rime de doublette, car il est notoyre que opposita juxta se posita magis elucescunt. Et de ladicte invention icelluy Cretin a usé en son oeuvre qu’il fait sur le Recueil des Cronicques de France et autres ses œuvres.

François Charbonnier, Chantz royaulx, oraisons, et aultres petitz traictez, Paris, Galliot du Pré, 1527 [Œuvres poétiques de Guillaume Cretin, éd. K. Chesney, Paris, Firmin-Didot, 1932], « A treshaulte et trespuissante princesse et dame, la royne de Navarre », p. [5-11] [p. 1-4]].

En 1527, François Charbonnier confie à l'éditeur Galliot du Pré les poèmes de son ami et correspondant Guillaume Cretin qu'il a pu réunir. Il fait précéder le recueil d'une épître liminaire à Marguerite de Navarre, dans laquelle il loue longuement l'amitié entre les hommes (comme Jacques Le Lieur) ainsi que la charité, formes d'amour les plus élevées, lesquelles l'ont conduit à mettre en lumière les œuvres de son illustre ami.

Les choses susdictes par moy considerees, ma dame, et mesmement que j'ay eu et prins conversation et nourriture avec feu maistre Guillaume Cretin, en son vivant chantre et chanoine du Pais Royal à Paris, contrainct par la force vehemente de la susdicte vraye amitié et charité, me suys mys à recueillir aulcuns petitz escriptz, pour apres sa mort le faire revivre et demourer en memoire, comme a mon jugement bien le merite : attendu sa bonté, honnesteté et sçavoir, et confiant de vostredicte clemence et doulceur, crainte gettee à l'ecart, me suys avancé et prins la hardiesse vous en faire ung present. C'est ung petit Cretin [panier] ma dame, plein de bons et de notables dictz, sentences fructueuses et graves. C'est un Cretin non de jong, d'ousier ou de festu, mais d'argent, plein de motz dorez. Vostre majesté qui sçait et entend l'art de rhetorique et poesie rithmique, pourra asseoir et mettre seur jugement, s'il est trouvé escripvain plus facond ne fecond, stile plus doulx, plus coulant, plus riche rithme, ne de moindre contraincte, qui bien a sceu se diversifier selon les matieres, temps, lieu et à qui. C'est ung de ceulx de qui parle Beroalde, Omnium horarum homo, "homme a toutes heures". Car ainsi qu'il est requis à une heure ce que à l'aultre ne fait besoing, ainsi que bien amplement le touche le Sage en son Ecclesiaste, Tempus ridendi, tempus flendi, "il y a temps et heureu de rire, temps et heure de pleurer", ausssi il est conduict en toutes ses escripturessoit matiere de contemplation, devotion, joye, riz, lugubre et de lamentation, selon le temps, saison ou et a qui. Et n'y a mordant ou detracteur qui y sceust adjouster ou diminuer.

Jean Bouchet, Le Temple de bonne renommée, Paris, Galliot du Pré, 1516, f. 63r

Dans un chapitre consacré aux inventeurs des arts et sciences, Bouchet défend les livres moraux. Il dresse ensuite une liste des modèles du passé (Chartier, Meschinot, Molinet, Lemaire) puis du présent (Cretin, Auton, Bigue, Villebresme, Marot, Gringore, La Vigne, Blanchet). Après l'extrait, est formulée une nouvelle défense des bons livres et de la rhétorique.

Si le françoys aussi beau que latin
Voulez savoir, allez devers Cretin
Semblablement devers l’abbé d’Anthon
Qui tant a fait de livres (ce dit on)
Desquelz partie ay veu si j’ay bon esme […].

Antoine Ardillon, épître latine à Jean Bouchet (nov. 1522), dans Jean Bouchet, Labyrinth de Fortune, Poitiers, Enguilbert de Marnef et Jacques Bouchet, c. 1522, f. A2r [éd. P. Chiron et N. Dauvois, Paris, Classiques Garnier, 2015, p. 3].

Tu vero naucifactis illorum detractionibus, enitere, ut facis, non Cretino, non Andrea avite, non doctissimo illo musarum alunno engolismen, antistite, cui Octaviono a Sancto Gelasio nomen fuit, inferior haberi.

Par la valeur de tes écrits, sans te laisser abattre par leurs critiques, efforce-toi, comme tu le fais déjà, de ne pas paraître inférieur à Cretin, ni à André de La Vigne, ni à ce très savant nourrisson des Muses d’Angoulême, l’évêque qui a pour nom Octovien de Saint Gelais.

Jean Bouchet, Labyrinth de Fortune, Poitiers, Enguilbert de Marnef et Jacques Bouchet, c. 1522 [éd. P. Chiron et N. Dauvois, Paris, Classiques Garnier, 2015], épître de Jean Bouchet à Jean d’Auton, chroniqueur de Louis XII, f. X1v [p. 261, v. 162].

Ayant fait relire son Labirynth de Fortune par un docteur en théologie, Bouchet sollicite à présent Auton, à qui il avait déjà présenté son texte, pour une correction métrique et stylistique. Comme souvent chez Bouchet, l'historiographe de Louis XII (Auton) et celui de François Ier (Cretin) sont mentionnés côte-à-côte.

N’ay ny prindras la doulceur du langage
De l’eloquent Cretin, ne ton ramage [...].

Jean Bouchet, Les corectes et additionnees annalles d’Acquitaine, faitz et gestes en sommaire des roys de France et d’Angleterre et pays de Naples et de Milan, Poitiers, Enguilbert de Marnef et Jean de Marnef, 1532 [1ère éd. 1524], f. 151v.

Sur la mort de Guillaume de Byssipat (1511), accompli dans l’art militaire, mais aussi dans l’éloquence et la musique, « duquel maistre Guillaume Cretin orateur de grant renommee a fait les regretz et epitaphes ». Souvent mentionnée parmi les œuvres de Cretin, cette déploration funèbre a connu une large diffusion grâce à son édition avec le troisième livre des Illustrations de Jean lemaire de Belges.

Jean Bouchet, Epistres morales et familieres du Traverseur, Paris, Jacques Bouchet, Jean de Marnef et Enguilbert de Marnef, 1545, ép. XLVI, f. 35r.

Dans cette épître familière à André Tiraqueau, poitevin, Bouchet compare son Panegyric du chevallier sans reproche (env. 1527), texte historiographique et allégorique ambitieux, aux modèles du genre : Lemaire (avec ses Illustrations) et Cretin (en tant qu'auteur de la Chronique française).

Courroucé suis que ce n’est fin latin,
Ou beau françois, du Maire, ou de Cretin […].

Jean Bouchet, Le parc de noblesse. Description du tres puissant et magnanime prince des Gaules, et de ses faicts et gestes, Poitiers, Enguilbert et Jean de Marnef, 1565, chap. VI, f. 14r. [1ère éd. : Triomphes, du tres chrestien, tres puissant, et invictissime, roy de France, François premier de ce nom, contenant la difference des nobles, Poitiers, Enguilbert et Jean de Marnef, 1549.]

Dans le chapitre intitulé « Le Traverseur parle du sejour des Muses & de plusieurs Poëtes François », le narrateur aperçoit les divinités s’ébattre et se distrait avec elles. Il rencontre des écrivains en latin et vulgaire, et voit les ombres de Saint-Gelais, Alexis, La Vigne, Villebresme, Lefranc, Chartier, les deux Grebans, Chastelain, Meschinot, Auton, Cretin, Brodeau, Macault, Lemaire, Byssipat, Marot – Clément cette fois. Avec l'éloignement dans le temps, la déférence à l'encontre de Cretin semble s'émousser, puisqu'à la faveur de la rime sur le mot "angle", il est présenté comme inférieur à Auton, à la marge.

[…] De Meschinot, Jean d’Authon abbe d’Angle,
Et de Cretin qui gisoit en ung angle
Ung peu fasché dont il n’avoit mis fin
A sa Cronique et ouvrage tant fin
Et de Brodeau, Macault, & Jean le Maire […].

Clément Marot, Les Œuvres de Hugues Salel, Paris, Etienne Roffet, 1540 [Œuvres poétiques, éd. G. Defaux, Paris, Bordas, t.2], épigramme « Des Poëtes Françoys, à Salel », f. 2v [p. 361].

Dans cette épigramme, Marot énumère les grands auteurs français en les associant à leur région : à Jean de Meun la Loire, à Chartier et Jean Marot la Normandie, à Saint-Gelais la ville de Cognac, à Chastelain, Molinet et Lemaire le Hainaut, aux Grébans la ville du Mans, à Meschinot revient Nantes, à Coquillart la Champagne et à Salel et lui-même le Quercy. Entre-temps, il précise au v. 7 : « Villon, Cretin, ont Paris décoré ».

Clément Marot, Œuvres, Lyon, Roville, 1544 [Œuvres poétiques, éd. G. Defaux, Paris, Bordas, t.2], « Complainte de Monsieur le General, Guillaume Preudhomme », [p. 387-391].

Cette complainte est sans doute composée en 1539, année de la mort de Guillaume Preudhomme. En grande partie inspirée de la Plainte sur le trespas de Byssipat de Cretin, elle figure un panthéon poétique, parmi lequel Clément inscrit son propre père Jean Marot, ainsi que Jean Molinet, George Chastelain, Alain Chartier, Arnoul et Simon Gréban, Octovien de Saint-Gelais et « Le bon Cretin aux vers équivoqué » (v. 43).

Clément Marot, L'Adolescence clementine, Paris, Pierre Roffet, 1532, f. lvir [Œuvres poétiques, éd. G. Defaux, Paris, Bordas, t. 1, 1990, p. 127-129]

Dans son premier recueil publié, Clément Marot accompagne son unique chant royal, composé à l'occasion du Puy de Rouen de 1521, d'un titre qui associe son écriture à Cretin, qui avait remporté la palme de ce concours l'année précédente. Il ajoute, avant le chant royal, un huitain d'excusatio dans lequel il rend hommage au savoir du maître et à la virtuosité de ses rimes équivoquées.

Chant Royal de la conception Nostre Dame, que Maistre Guillaume Cretin voulut avoir de l’autheur : lequel luy envoya avecques ce huictain.
Clement Marot a Guillaume Cretin, souverain Poëte françoys, S.
L’homme sotart, & non sçavant,
Comme un rotisseur qui lave oye,
La faulte d’aulcun nonce avant,
Qu’il la congnoisse, [ou] la voye :
Mais vous de hault sçavoir la voye
Sçaurez par trop mieulx me excuser
D’ung gros erreur, si faict l’avoye,
Qu’ung amoureux de Muscq user.

Clément Marot, La Suite de l'adolescence clementine, Paris, veuve Roffet, 1534 [Œuvres poétiques, éd. G. Defaux, Paris, Bordas, t. 1, 1990], épitaphe de Guillaume Cretin, p. 109 [p. 377-378].

L'épitaphe que Marot compose pour Cretin constitue la pièce XI de la section « Cymetière » de son recueil.

De maistre Guillaume Cretin, jadis Croniqueur & poete françoys

Seigneurs passans, comment pourrez vous croire
De ce tombeau la grand pompe & la gloire ?
Il n'est ne painct, ne polly, ne doré,
Et si se dit haultement honnoré,
Tant seullement pour estre couverture
D’ung Corps Humain cy mis en sepulture :
C’est de Cretin, Cretin qui tant sçavoit.
Regardez donc, si ce Tombeau avoit
De ce Cretin les faictz laborieux,
Comme il devroit estre bien glorieux
Veu qu’il prend gloire au pauvre Corps tout mort,
Lequel (par tout) vermine mine, & mord.
O dur Tombeau, de ce que tu en cœuvres,
Contente toy, avoir n’en peuz les œuvres :
Chose eternelle en Mort jamais ne tombe :
Et qui ne meurt, n’a que faire de tombe.

Jacques Le Lieur, Paris, BnF fr. 2202, fol. 1r-6v (ici f. 3v-5v), XVIe siècle [après 1525].

Au cours des années 1510 et 1520, Cretin a concouru à certains Puys rouennais et en a remporté plusieurs prix. Jacques Le Lieur rend donc hommage à cette figure doublement importante du concours, tant par le nombre de prix remportés que par la célébrité du poète, grâce à laquelle le concours tenu entre notables rouennais s'ouvre à un retentissement parisien. C'est également un hommage en deux temps que Le Lieur formule pour Cretin : d'abord en louant son savoir par la voix de dame Raison, puis en soulignant longuement l'amitié que partageaient les deux hommes.

Il fait si bien jambes, corps ne vis
Quoy qu'ilz ne vivent ilz semblent estre vifs.
Et oultre plus plume as si meliflue
Qu'il semble à veoir que laict et miel y flue
Et ce que faictz en langaige françoys,
Est si bien faict qu'il est dict le franc choys
De tous ouvriers et de langue et de main.
Huy se fais bien, encores mieulx demain,
Tant que son dy que ce dit de Esiode
Qu'en son berceau et premier periode
Mouche esmoucha, car ce fut en cestuy
De Rhetoricque et vaisseau et estuy."
Cela ouy et comprins par Raison
Que d'aultre à toy n'y a comparaison
Congnu aussi que estois privé de pere
Qui de sçavoir estoit le vray repere,
Cretin nommé, mon vray port et soulas
Que mort a prins cruellement soubz laqs ;
Duquel je pry à dieu qu'il prenne l'ame,
Puisqu'il a mys le corps dessoubz la lame.
L'homme scavant peult donc prendre amytié
Aligerant/Alegressant plus forte ta moytié.
J'espere ainsi que de toy adviendra
Et que ton cueur le mien prendre viendra
Considerant le cueur, non le savoir,
Qu'en vray amour avec toy veulx avoir.
Et d'autre part, ce qui me fait ce faire
Et est aydant si fort en cest affaire,
C'est d'amytié le souverain support
Que ung jour auroy se vers toy, en sceur port,
Puis arrimer. Et que amour soit riglee
Entre nous deux sans estre desriglee.
Se biens d'amour sont si grandz se me semble
Qu'on ne les poult nombre ne mectre ensemble.
Amytié n'est en temps mobil subjecte,
Car si fortune aucunesfoiz sus jecte
Des tourbillons de dure adversité,
Voire par mort pour estre aux vers cité,
Le vray amy ayme tant vif que mort
Vraye amitié, autant que mort mord.
Vray amytié entre l'ung ne discerne
Ny l'aultre aussy, en cela qui concerne
Le faict d'amy. Suyvant son appetit
Où cueur est à grand ou à petit,
Et neantmoins que amys soyent discords dans,
Pour cela point ilz ne sont discordans.
Oultre, le lieu amytié ne sépare
De plus en plus, par ce moien se pare.
Et quoy que amy ne parle de voix unie,
La lectre faict que amytié tousjours unie,
Dedans laquelle est le cueur vif compors
Du vray amy, ainsy truie com pors
Dedans le trone, le navrer ou alleiger
Où cueur seure de dur soucy alleiger,
De deul aussi. Et de plus la moytié,
Tous ces biens la prouvement d'amytié.
Or je suis sceur que toy à qui l'envoye,
Veu ton grand nom et fame mise en voye,
Es paragon entre tous vrays amys.
Bref, heureux suis se par toy fus admys
Non pas que soys si fol de presumer
Que mon amour deussez si pres humer,
Que à moy tu feusse obligé ou tenu.
S'ainsi estoit, serois pour foul tenu.

Anonyme, Le resveur avec ses resveries, s.l.n.d. [Paris, 1525] [éd. A. de Montaiglon, Recueil de poésies françoises des XVe et XVIe siècles, t. 11, Paris, Paul Daffis, 1876, p. 118-119].

Dans une œuvre quelque peu décousue, où chaque septain ennéasyllabique aborde un sujet, Cretin apparaît non sans légèreté à la faveur du motif de l'ubi sunt, qui rappelle Villon (mentionné à la strophe suivante), mais aussi certaines rimes morales de Cretin lui-même dans sa Chronique française (livre III, v. 3220).

Mais où est maintenant maistre Jehan de Meung,
Mollinet, Meschinot et Cretin ?
En terre sont pourriz, mais c'est tout ung,
En Paradis ilz sont pour certain.
Sy parlent là Françoys ou Latin ;
Je n'en ditz mot, pour ce que riens n'en scay.
Ung jour nous fauldra tous faire l'essay.

René Macé, Recueil sommaire de la Chronique françoyse, Chantilly, Bibliothèque du château (musée Condé), 517, livre VI, XVIe siècle [après 1525], fol. 5r-v et 6r-v.

Après la mort de Guillaume Cretin, le moine bénédictin René Macé écrit encore deux livres et quelques feuillets de la Chronique française. Dans le prologue du livre VI, il explique que la tâche de poursuivre cette œuvre lui revient doublement. D'une part, le roi lui-même l'a commandé : Cretin et à François Ier sont ainsi intimement liés dans le renom qu'il se sont conférés l'un à l'autre. D'autre part, on apprend que Cretin, devenu aveugle, dictait ses vers à René Macé : ce dernier est donc imprégné de l'intention et du style du poète disparu.

Car l’on dira que le noble herault
Qui proclama jadis ton nom si hault
Et l’engrava à si durable graphe,
Ce fut Cretin, ung hystoriographe,
De mainte belle invention aucteur
Et du françoys langaige illustrateur.
Ainsi par toy au tableau de memoire,
Mys est son nom à jamais duratoire.
Et vit Cretin, quant à telz poinctz semblable,
Au beau Phenix de vie pardurable,
Tel loz, tel bruyt dont bien famé estoit,
Et çà et là, par les gentz voletoit,
De sa doulceur leur remplissant les bouches,
Et les pongnant de savoureuses touches
Que son renom ne leur fut ennuyeux.
Ainçois de luy voulsissent toujours mieulx
Continuer leurs langaiges louables
Et se monstrer de son bien desirables.

En humbles plaingts ainsi Cretin decedé,
Auquel te [le roi] plaist que en honneur je succede,
Honneur je dys ? Non tel que a merité,
Car de celuy ne seray je herité.
Mais je succede ores à l’honneur sien
Quant il t’a pleu, o roy treschrestien,
Estre envers moy si liberal et large
De me bailler son honnorable charge
Et commander à Jehan le Delachesnaye
Ton secretaire eloquent, que à tant je aye
Me mectre en train de l’œuvre commancee
Et desja jusque à Capet avancee,
Affin que telle entreprise imparfaicte
Ne soit laissee, ains par quelque un parfaicte.
Et que iceluy je soye qui parface
Plus tost que ung aultre, ainsi plaist a ta grace,
Pensant, je croy, que par plus de deux ans,
Ou de vieillesse estoient ja mal aysantz,
Les yeulx Cretin que entour de luy ung peu
Le secouroye ; en ce temps ay je peu
Le fil entendre et sienne procedure.
Tu as, je pense, eu telle conjecture.
Mais las ! sans plus suis je sa froide cendre,
En lieu de luy qui se souloit esprandre
Comme ung feu vif et en hault flamboyer
Et sa lueur, au loing, clere envoyer.
Par quoy je crains que la sienne entreprise
Par moy ne soit indignement mesprise.

Geoffroy Tory, Champ Fleury, Paris, Gilles de Gourmont, 1529, fol. 4r.

L'auteur dresse une liste d'écrivains ayant illustré le français, qui comprend Pierre de Saint-Cloud, Jean Le Nevelon, Chrétien de Troyes, Huon de Méry, Raoul de Houdenc, Païen de Maisières, Simon et Arnoul Gréban, Pierre de Nesson, Alain Chartier, George Chastelain, Jean Meschinot et, en ultime position, Guillaume Cretin, signalé par la manchette « Cretin est icy exaulsé en louange ». Cretin y est comparé à Homère, Dante et Virgile : Tory semble ici renvoyer à une lecture plus épique qu'historiographique de la Chronique française.

On porroit semblablement bien user des belles Chroniques de France que mon seigneur Cretin nagueres Chroniqueur du Roy a si bien faictes, que Homere, ne Virgile, ne Dante, n’eurent onques plus d’excellence en leur stile, qu’il a au sien.

Charles de Bourdigné, La Légende joyeuse de Pierre Faifeu, Angers, Tite Corroyer, 1532 [Paris, Willem, 1883], « L'Epistre de Maistre Pierre Faifeu envoyée à Messieurs les Angevins par Mercure, Hérault et Truchement des Dieux », fol. 4r [p. 10-11, v. 153-174].

Dans cette épître liminaire, Mercure s'adresse à Pierre Bourreau et Hardouyn Brahier, angevins, et leur parle de leur illustre prédécesseur Charles de Bourdigné, comparable en renom à Cretin, avec qui il discute dans les Champs Élysées. À noter que sa Chronique française, immédiatement après ce passage, est associée à celle de Lemaire pour son importance dans la promotion de l'histoire de la monarchie de France. Suivent dans la liste des pères : Alain Chartier, Jean de Meun, Jean Marot, Philippe de Commynes, Jean Meschinot, Jean Molinet, tous plus brièvement évoqués que Cretin.

Entre autres faict il avoit fait ung livre,
Lequel n'estoit de hault stille delivre ;
Le bon Cretin eut esté empesché,
Touchant ce cas, de l'avoir mieulx couché.
Mais il congneuft que flateuses louenges
Ne plaisent pas ne à Dieu ne aux Anges.
Plusieurs mondains, quant tout est debatu,
Le plus souvent font de vice vertu.
Il le brusla, ayant très juste cause.
Cretin et luy, sans faire quelque paufe
Joyeusement ensemble ce divisent,
Et en ces champs les belles fleurs eslisent,
En decorant noz arbres si trés beaulx
De haultz Dictons & de riches Rondeaux,
Tant richement sentans leur rhetorique,
Dont cil Cretin a eu la theorique
Plus melliflue, entre les bien sçavans,
Que n'ont pas eu tous aultres escripvans.
Qui vouldra voir et lire sa Cronicque
Des Roys Françoys
, sans sillabe erronicque,
Il trouvera de tant riches coulleurs
Que on ne sçauroit en dire les valleurs.

Anonyme, Aresta amorum. Cum erudita Benedictii Curtii Symphoriani explanatione, Lyon, Sébastien Gryphe, 1533, p. 102 [commentaire latin des Arrêts d'Amour de Martial d'Auvergne].

Il s'agit ici d'une rare mention de Guillaume Cretin en contexte de lyrique courtoise ou de casuistique amoureuse (si l'on met de côté le rondeau ironique "Prenez la" que cite Rabelais dans le Tiers Livre, lorsque Panurge demande conseil sur son éventuel mariage). Pourtant, le commentateur des Arrêts d'Amour fait ici référence au Plaidoyer de l’Amant douloureux de Cretin (Paris, G. Nyverd, entre 1506 et 1522), qui s'inscrit pleinement dans la continuité des procès et autres jugements amoureux qui ont fleuri dans les cours et dans les presses des imprimeurs à la suite du débat sur La Belle Dame sans merci.

Gulielmus Cretinus, rythmorum Gallorum recens, nec contemnendus autor, litem agitatam Cupidine pro tribunali sedente, interamicam, & amicum quod ab illa fides concisa esset qua nullum alium amaturum promiserat, describit.

Guillaume Cretin, auteur moderne de poésie française, et qui ne doit pas être méprisé, décrit un procès intenté par Cupidon siégeant en tribunal, entre une amante et son amant, parce que la promesse donnée par celle-ci avait été rompue, alors qu'elle avait promis de n’en aimer aucun autre.

Pierre Grosnet, Le second volume des motz dorez du grand et saige Cathon, Paris, Denis Janot et Jean Longis, 1534 [éd. Lachèvre, Roger de Collerye et ses poésies dolentes, grivoises et satiriques [...] et suivies du traité de Pierre Grosnet, De la louange et excellence des bons facteurs, Clavreuil, 1942], « De la louange et excellence des bons facteurs qui bien ont composé en rime, tant deça que dela les montz », f. 22r-24r [p. 101-109].

Grosnet s'inscrit à son tour dans la longue tradition des listes d'auteurs, et ce n'est pas moins de 51 noms de poètes, philosophes, dramaturges, historiens, antiques, français ou italiens, qu'il rassemble dans les 35 quatrains de son hommage.

Jehan Bouchet est homme sçavant :
Point n’en voy qui aille devant.
Jehan Marot et Guillaume Cretin
Ont bien faict ouir leur retin [bruit].

Jean Leblond, Le printemps de l'Humble esperant, Paris, Arnoul Langelier, 1536, fol. C8v (f. 24v).

Dans un rondeau courtois présent dans ce recueil de juvenilia mêlant tous sujets, Cretin est appelé comme référence, à côté de veines antiques ("Ménélas") et populaires ("Martin & Alix"). Les "faictz" de Cretin auxquel il est fait mention ne sont pas évidents à identifier : s'agit-il de la Chronique française de Cretin (laquelle ferait pendant aux Illustrations de Lemaire appelées par la référence à Ménélas) ? ou bien d'une édition de ses Chantz royaulx, oraisons, et aultres petitz traictez, faictz et composez par feu de bonne memoire maistre Guillaume Crestin (édités à Paris en 1527 puis en 1529) ? ou encore d'une édition du Loyer des folles amours, poème s'inspirant du Blason des faulses amours de Guillaume Alexis, attribué à tort à Cretin et ayant fait l'objet de 14 éditions entre 1527 et 1581, avec Le debat de deux dames sur le passetemps de la chasse des chiens et oyseaulx puis avec le Maistre Pierre Pathelin restitué a son naturel ? Il est difficile, également, de suggérer une identification pour le "poete françoys" dont il est question, tant les poèmes amoureux prenant pour cadre la reverdie du mois de mai sont légion.

Rondeau à ung poete françoys.

Ung jour de may que, sur le mont jolis,
De Menalus passions la fantasie,
Ou maintz facteurs expertz en poesie
Tenoient propos de Martin & Alix,

Promis m'aviez des faictz beaulx & poliz
Du bon Cretin par vostre courtoysie,
Ung jour de may.

Sy ne sont pas voz sens sy ramolyz
Que n'en faces passez ma frenaisie
Faictes qu'en bref ma main en soit saisie
Pour contenter mes amoureux delitz,
Ung jour de may.

Nicaise Ladam, épître à Jehan Cawet, Arras, Bibliothèque municipale, 682 (E), 1544 [éd. B. Salvati, « Édition critique numérique de la Chronique Abrégée. Œuvres et recueil (1488-1546) de Nicaise Ladam », sous la direction de F. Duval (École des Chartes) et d’Estelle Doudet (U. de Lausanne), 2024, p. 2-3].

Avec des écrivains tels Villon, Jean de Meung et autres habitués des listes ainsi que des auteurs demeurés inconnus, Cretin figure parmi les nombreux « Rhetoriciens / Lesquelz, ensuivanz leurs ancestres, / Ont porté les triumphans sceptres / Et couronne de trés hault pris, / Au pouitz de Rhetoricque apris ».

Jacques Peletier du Mans, L'Art poetique d'Horace traduit en Vers François, Paris, Michel Vascosan, 1545 [1ère éd. 1541], f. 9r [Œuvres complètes. Tome 1. L'Art poetique d'Horace traduit en Vers François. L'Art poëtique departi an deus Livres, éd. Michel Jourde, Jean-Charles Monferran et Jean Vignes, avec la collaboration d'Isabelle Pantin, Paris, Champion, 2011].

Alors qu'il aborde la question de l'invention de termes nouveaux, Peletier met visiblement à jour sa source antique en invoquant les exemples d'Alain Chartier, Jean de Meun, Clément Marot, Mellin de Saint-Gelais, ainsi que Guillaume Cretin et Jean Lemaire, figurant tous deux comme les meilleurs exemples à suivre. Dans La deffence, et illustration de la langue françoyse de 1549, Du Bellay ne mentionnera plus que Lemaire pour "avoir premier illustré & les Gaules, & la Langue Francoyse" (Œuvres complètes, dir. Olivier Millet, éd. F. Goyet et O. Millet, Paris, Honoré Champion, 2003, p. 49).

Et si je puis feindre comme les vieux,
Pourquoi est-on dessus moi envieux,
Veu que Cretin et Jan le Maire ont fait
Notre françois plus riche et plus parfait,
Et nouveaux mots sur les choses ont mis ?

Denis Sauvage, Les Annales & croniques de France... jadis composées par feu maistre Nicole Gilles ... Imprimées nouvellement sur la correction du signeur Denis Sauvage, Paris, Galliot du Pré, 1553 [1547], f. 122v-123r.

Alors qu'il évoque la mort de Guillaume de Byssipat, aussi doué pour les armes que pour l'éloquence et la musique, l'auteur ajoute : « duquel Maistre Guillaume Cretin, Orateur de grand' renommee, a fait les regrets & Epitaphes ».

François Sagon, « Le page de Sagon aux lecteurs », Le Rabais du caquet de Fripelippes et de Marot et de Marot dict Rat pelé, s.l., s.d. [Paris, Guillaume de Bossozel, 1537], fol. C4r [Œuvres de Clément Marot, éd. Lenglet Dufresnoy, La Haye, P. Gosse et J. Neaulme, 1731, p. 85-117].

Dans la querelle qui l'oppose à Clément Marot et aux marotiques, François Sagon fait appelle à une liste de pères parmi lesquels figurent Cretin et d'autres Rhétoriqueurs. Cette présence n'est pas anodine : en effet Sagon se vante, plus haut dans le texte, d'avoir remporté plusieurs prix aux Puys de Rouen, face à Clément Marot qui n'a concouru qu'une fois, en vain.

Venez donc, Chartier & Cretin,
Greban, Meschinot & Bertin
Apres mortelle violance.
[…] Moulinet, avec ton moulin,
Vien mouldre menu comme lin
Fripelippes qui tant offence.

Pierre du Val, Puy de souverain Amour tenu par la déesse Pallas, Rouen, Nicolas de Burges, 1543 [Théâtre mystique de Pierre du Val et des libertins spirituels de Rouen, éd. É. Picot, Paris, D. Morgand, 1882, p. 90].

Dans son adresse liminaire "Aux Lecteurs benivoles", l'auteur imagine que la déesse Pallas requiert la célébration du souverain amour (par opposition au lubrique) et que Mercure dicte les consignes aux poètes rouennais réunis pour lui obéir. Ils font appel aux Muses réunies aux champs Élysées, où la nymphe de Bonne renommée leur signale la présence de poètes et orateurs illustres, en particulier ceux qui se sont illustrés aux puys de Rouen. Par une inversion humoristique mais significative, ce sont ces auteurs anciens qui sont éblouis par le talent des "facteurs" rouennais.

La nimphe de bonne renommée, parvenue aux champs Eslysées, fait son debvoir de remondre les poétes et orateurs françoys en ces lieux transferez, comme maistre Allain Charetier, le Moyne de Lyre, Grebans, Jehan du Meum, de Loris, Georges l'Advanturier, Meschinot, Cretin, Jehan Marot, Permentier, maistre Thomas le Prevost, Jehan Le Maire, Crignon et aultres excellens facteurs, qasi esmerveilléz des entreprinsez des facteurs de ce temps present.

Noël du Fail, Discours d'aucuns propos rustiques facecieux, & de de singuliere recreation, de Maistre Léon Ladulfi, Champenois, reveuz et amplifiez par l'un de ses amys, Paris, Estienne Groulleau, 1548 [éd. Arthur de la Borderie, Paris, A. Lemerre, 1978, p. 138].

Un an après sa première publication, l'interpolateur des Propos rustiques ajoute à la liste des trois premiers "vieux livres" lus par le vigneron Rogier (sur l'identité duquel s'interroge le narrateur) une série de noms d'auteurs illustres, à sujets volontiers moraux ou historiographiques, non sans une évidente invraisemblance. Il reste que Cretin semble déjà rejeté vers le Moyen Âge.

Et celuy (dis ie) qui avec ce grand bonnet enfoncé en la teste, tient ce vieux livre. Celuy (respondit il) qui se gratte le bout du nés ? Celuy proprement (dy je alors) & qui sest tourné vers nous. Ma foy, dist il, cest un Rogier bon temps, lequel passé ha cinquante ans qu'il tenoit l'escolle en ceste Paroisse, mais changeant son premier mestier est devenu bon Vigneron : toutesfois qu'il ne se peult passer encore aux festes de nous apporter de ces vieux livres, & nous en lire tant que bon nous semble, un Kalendrier des bergiers, les fables de Esope, Le Romant de la Rose, Matheolus, Alain Chartier, les deux Grebans, Cretin, les Vigiles du feu Roy Charles, & autres.

Barthélémy Aneau, Quintil horatian, Lyon, Jean Temporal, 1551 [éd. F. Goyet, Traités de poétique et de rhétorique de la Renaissance, Paris, Librairie Générale Française, 1990, p. 220.

Avec une virulence non dissimulée, l'auteur du Quintil horatian reprend point par point le manifeste de Joachim Du Bellay, par lequel il entendait balayer l'intégralité de l'héritage poétique médiéval tel qu'il se transmet au début du XVIe siècle, afin de promouvoir une inspiration et des formes venues de l'Antiquité ou de l'Italie. Parmi les nombreuses attaques de l'auteur de la Deffence figure celle qui porte contre les rimes équivoquées : Aneau donne les noms des Rhétoriqueurs ainsi visés par Du Bellay et défend leur autorité de poète, par opposition au piètre talent de son adversaire.

Comme tu has osté les plus belles formes de la Poesie Françoise, ainsi maintenant rejectes tu la plus exquise sorte de ryme, que nous ayons : moiennant qu’elle ne soit affectée, et cherchée trop curieusement. Et en cecy tu blasmes taisiblement Meschinot, Molinet, Cretin, et Marot : telz personnages que chascun les cognoist. Mais (comme j’ay dict des Chantz Royaux, Balades, Rondeaux, et Virlais.) la difficulté des equivocques, qui ne te viennent pas tousjours à propos : les te fait rejecter.

Charles Fontaine, Les Ruisseaux de Fontaine, Lyon, Thibauld Payan, 1555, p. 308 [Édition des œuvres de Charles Fontaine, dir. Elise Rajchenbach, Les Ruisseaux de Fontaine, éd. F. Bonifay (« Ruisseaux » et pièces finales), P. Dorio (« Passetemps des amys ») et S. Provini (« Remède d’Amour »), encodage et relecture P. Gaillardon, en ligne consulté le 20/04/2026].

Ce n'est pas une liste de pères que Charles Fontaine présente alors qu'il fait l'éloge des savoirs de la poésie : si la mention des frères Gréban semble (au moins en partie) motivée par la rime avec "bobans" (qui signifie "fastes ostentatoires"), celle de Cretin demeure significative d'un renom toujours réel, quoique peut-être déjà ancien.

Et par dessus l’oraison, ou epitre,
La poësie emporte ce haut tiltre
D’estre appellee & divine, & hautaine ;
Autre science est appellee humaine.
Mais, je vous pry, Cretin, & les Grebans
Ont ilz suyvi du monde les bobans ?
Ont ilz traicté de plaisirs, & delices ?
Ont ilz escrit pour exciter aux vices ?

Étienne Pasquier, Les recherches de la France, éd. M.-M. Fragonard et F. Roudaut, Paris, Champion, 1996, livre VII, chap. 12, p. 1477-1479 + notes III 2091 [1607].

Après avoir résumé le concert d'éloges sur les talents poussés de Cretin dans des domaines variés, Pasquier est le premier à établir une critique du poète, dont les rimes semblent aussi brusquement qu'irrémédiablement passées de mode avec l'avènement des poètes de la Pléïade, à la fin des années 1540. On remarque d'ailleurs que dans la refonte partielle de son texte d'une édition à l'autre, la charge envers l'inachèvement de la Chronique française est accrue.

[...] jamais homme ne satisfit moins après sa mort à l’opinion que l’on avoit conceue de luy de son vivant.