Cretin fait écho à [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVr, qui se montre dubitatif : « la
cause de ceste guerre n'est point desclairee par les escripvains, et
croy que ses freres [de Gontran] avoient envye sur luy pource que en
sa principaulté estoient escheuz les royaulmes d'Orleans et de
Bourgogngne. » Il s'agit d'un non sens, puisque le royaume d'Orléans
échu à Gontran lors du partage de 561 comprenait d'ores et déjà la
Bourgogne. Cretin, toutefois, avait déjà introduit l'idée que
Gontran pourrait susciter des jalousies territoriales : au moment de
relater la mort de Caribert, roi de Paris, il présentait
(erronément) Gontran, d'après [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XIVv, comme « son frere et successeur »
(v. 1113).
Le sens est obscur. Cette formule apparaît
déjà au vers 269. Il s'agit des deux uniques occurrences de la
lettre k dans la Chronique de Cretin. Elle n'est
cependant pas propre à Cretin, puisqu'elle se rencontre également
sous la plume de Jean d'Abondance dans le Gouvert
d'Humanité.
Cretin n'est pas aussi précis que [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVv : « fut
accordé par les ambassadeurs que les roys yroient à Troys en
Champaigne, où ilz diroient et determineroient les conditions de la
paix, que depuis ilz confermerent en l'eglise Sainct Loup. »
L'information est identique dans les GCF, liv. III,
chap. 3 (vol. 1, p. 223) : « À Troies la cité, en l'eglise Saint
Leu, fu puis cele pais confermée. »
S'il est vrai que.
Cette
mutinerie des troupes de Sigebert figure dans les deux sources
principales de Cretin, mais seul [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVv rapporte l'inconfort physique des
soldats qui lui sert de déclencheur : « Les roys partans de la
ville, les gens d'armes de Sigibert, moueillez et trempez, se
pleignyrent que l'on ne leur donnoit gré, grace, honneur, ne louange
de quelque chose bien faicte. »
Difficile d’imaginer
que Cretin ne pense pas à sa propre condition d’écrivain pensionné
lorsqu’il écrit ces vers.
Cretin a
déjà eu recours à ce genre de rime faisait revenir adjectif et
substantif en chiasme au livre I, v. 4058-4059.
Cretin accentue
l'isolement de Chilpéric et Frédégonde en omettant un détail fourni
par [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVv :
Sigebert « les [les soldats de Chilpéric] receut en son armee, fors
ung nommé Anseaulme, lequel perseverant en la foy de son roy
[Chilpéric] ne voulut obeir à Sigibert, et par tant relaché s'en
alla à Chilperic. »
Curieusement, d’autres témoins
manuscrits se montrent plus sensibles au potentiel d’équivoque entre
« la somme » et « l’assomme », avec ajout du pronom. Peut-être
Cretin a-t-il sciemment réduit la richesse de la rime, ici, pour ne
pas attirer l’attention sur un propos de peu d’importance, ou bien
pour ne pas inviter à comparer ces vers avec d’autres, bien plus
élaborés, qu’il avait écrits autour de cette rime. Ces deux vers de
la Chronique rappellent en effet l’incipit de sa
Plainte sur le trespas de feu maistre Jehan Braconnier,
dit Lourdault, composée en 1512, qui commence ainsi :
« Ung seoir tout tard, à l’heure que lasse homme / Le
pesant faiz de differens propos, / Et que travail aprés veiller
le assomme, / Le constraignant mettre en oubly la somme / De ses
ennuyctz pour prendre aulcun repos » (v. 1-5).
Mathieu 26 : 52 : « Alors Jésus lui dit :
Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prendront l'épée
périront par l'épée. »
Réminiscence de Proverbes 26 : 27
: « Celui qui creuse une fosse y tombe ».
Le proverbe « Il estuet avoir du
pain a qui veult faire souppes » est attesté par
Joseph Morawski, Proverbes français antérieurs au XVe siècle, numéro 869. Ce
proverbe est glosé dans les deux vers qui suivent et signifie
que toute personne finit par obtenir ce qu'elle voulait
infliger. Cretin l'emploie régulièrement dans sa
Chronique : II, v. 3796 ; III, v. 3808 ; IV,
v. 3148 et 4066.
Cretin
emprunte, sous forme d'analepse, cet avertissement de saint
Germain aux GCF, liv. III, chap. 4 (vol. 1, p.
224), qui le relatent avant les événements de Tournai : « Li
rois Sigeberz qui adès le [Chilpéric] chaçoit vint à Paris.
Sains Germains li vint à l'encontre et li dist : “Se tu
desierres à espandre le sanc de ton frere, la fosse que tu li
apareilles tu troveras pour toi apareillié et trebucheras
dedenz, selonc la voiz David le prophete ; ne sanz raison ne
seras pas diz homicides de ton frere, cum tu aies cuer et
volenté de ce faire.” Li rois Sigeberz ne vout oïr la parole dou
saint home, pour ce que il l'avoit ausi come soupeçonneus que il
ne soustenist la partie de son frere [...]. ».
Luy n'étant pas
certain de son dire (forme d'ablatif absolu fréquente dans la
Chronique).
Sigibert a régné sur
l'Austrasie de 561 à 575, soit quatorze ans.
Cretin ne se
montre pas aussi précis que [Nicolas de La Chesnaye], Les
Grandes Chroniques, fol. XVv : « en l'eglise
Sainct Medard de Soyssons, où il fust mis auprès de la tombe
de Clotaire ».