Livre III - Chapitre 23
Prologue en vers | Chapitre 1 | Chapitre 2 | Chapitre 3 | Chapitre 4 | Chapitre 5 | Chapitre 6 | Chapitre 7 | Chapitre 8 | Chapitre 9 | Chapitre 10 | Chapitre 11 | Chapitre 12 | Chapitre 13 | Chapitre 14 | Chapitre 15 | Chapitre 16 | Chapitre 17 | Chapitre 18 | Chapitre 19 | Chapitre 20 | Chapitre 21 | Chapitre 22 | Chapitre 23 | Chapitre 24 | Chapitre 25 | Chapitre 26 | Chapitre 27 | Chapitre 28 | Chapitre 29 | Chapitre 30 | Chapitre 31 | Chapitre 32 | Chapitre 33








§Et treſpaz de clotaire.
§Icy apres ſera propoz mene. Que theodorich des freres le puiſne. Fut poſſeſſeur du royal patrimoine. Puis dechaſſe ebroyn tondu moyne. [3555]Et a luxon en exil condempne.
§ChapitrexxiiieSUr le treſpas de clotaire fut pꝛiſe. Concluſion de hardye entrepꝛiſe. Car les francoys / voulurent theodoꝛich. Couronner roy / Et laiſne childerich.
§Theodorich roy. [3560]Tranſmettre aillieurs pource que en maint paſſaige. On maintenoit ne le trouuer pas ſaige. Cerueau auoit ſi tres pꝛes des cheueulx. Que euſt oultraigez freres oncle / et nepueux. Silz leuſſent fait monter en frenaiſye. [3565]Loꝛs a vulphan gouuerneur dauſtraſye. Fut enuoye affin de le dompter. Car en fureur faiſoit moult a doubter. Ce theodoꝛich / regnant apꝛes luſaige. De ſon feu frere / en oyſif recluſaige. [3570]Sans ſe monſtrer que au pꝛemier iour de may. Dont peuple fut tresfoꝛt remply deſmay. Voyant ſon roy mener vie ainſi ville. Deſſus vng char / triumphant par la ville. Alloit ce iour pour receuoir les dons. [3575]Que on luy faiſoit / et pour offrir guerdons. A ſon plaiſir / puis ſe mettoit en mue. Viuant ainſi que bꝛutte beſte mue. A ce moyen Ebꝛoyn gouuerneur. Plus regardant au pꝛouffit que a lhonneur [3580]De coups ſoudains comme dartillerye. Peuple chargea de foꝛte pillerye.
§Menant vie effemynee. §§foiiiixxxi. Car a ſon vueil en rongnoit et tailloit Et ſi diſoit quen ce ne deffailloit. Veu que le roy luy faiſoit ainſi faire. [3585]§Les pꝛinces loꝛs conſiderantz laffaire. Que gouuernoit vng ſi cruel tyꝛant. Que leur gꝛief mal alloit en empirant. Que au roy neſtoit vertu attribuee. Foꝛs ſempeſcher de faire la buee. [3590]Ou releuer aux dames les fuzeaulx. Et folaſtrer comme font demoyſeaulx. Qui tout le iour ſont pꝛes les damoyſelles. Pour acquerir quelque gꝛace vers elles. §Tous les eſtatz de france veu l arroy. [3595]Foꝛt mutinez / voyans train tel a roy. Peuple pincer / non pas pincer / mais moꝛdꝛe. Pꝛindꝛent auiz dy donner eulx meſme oꝛdꝛe. Apꝛes le faict ſaigement diſcuter. Et le iour pꝛis pour lœuure excecuter. [3600]Par gꝛand furye eſmeue a ſang et larme. Feyꝛent au roy vng ſi eſtrange alarme. Quil fut contrainct / apꝛes eſchec et mat. Chercher pays en vng aultre clymat.
§Theodorich et ebroyn tonduz moynes. Du gouuerneur ſceurent ilz bien reſpondꝛe. [3605]Car pꝛis au coꝛps / en moyne on le feyt tondꝛe. Puis pꝛoces faict / de larreſt / il eut ſon. Deſtre mene au couuent de luxon. Charge de caz ſcandaleux et iniques. Iay leu auſſi en aulcunes croniques. [3610]Que a ſainct denys / pour chanter en ton deu. Fut ce roy mys / rendu moyne / et tondu. Mais toſt y eut matiere diſpoſee. Pour ne deuoir y tenir repoſee. Tel moyne auſſi retiendꝛoit beaucoup vent. [3615]Ains demourer en vng ſi beau couuent. Aux pꝛinces loꝛs et tous eſtatz de france. Sur leur penſer cheut bon eſpoir offrant ce. Que childeric auroit ſēs recouuert. Pour bien regner / dont pꝛopoz fut ouuert. [3620]De le mander / ce que on feyt ſans attendꝛe. A quoy ſceut bien diligemment entendꝛe. §Luy arriue chacun en ſon degꝛe. Honneſtement le receut / et de gꝛe. Tous dung accoꝛd pour roy le couronnerent. [3625]Puis du palays vulphan / maiſtre oꝛdōnerent.
§Childerich mande pour regner §foiiiixxxii. Et gouuerneur / mais au lotz departir. Se peurent bien du rappel repentir. En mauldiſant le iour / et la meſme heure. Que oncques tel roy choiſirent pour demeure. [3630]Faire aueq eulx Car il fut ſi peruers. Si tres cruel ſi faulx et ſi diuers. Que pire roy / poꝛtant couronne et ſceptre. Ne ſe trouua / ne ſcauroit iamais eſtre. Nobles et gꝛandz auoit tous a deſpꝛis. [3635]Gentz pugniſſoit / ſans riens auoir meſpꝛis. Il ſe mocquoit de filles eſplourees. Quant les auoit par foꝛce deſfloꝛees. Il extima et tint auſſi pou let. Naurer a moꝛt quelque homme q̄ vng poulet. [3640]Quant l auertin luy montoit a la teſte. Ceſtoit pitie / de la male tempeſte. Quil demenoit / femmes pꝛes leurs marys. Alloit rauyꝛ / filz en furent marrys. Eurent ilz toꝛt Il ſe voulut eſbatre. [3645]A faire gentz de gꝛandes verges batre. Entre aultres vng / qui Bodile auoit nom. De noble race / et de foꝛt bon renom.
§Childerich occiz a la chace. Feyt battre nud / ſans cauſe ne matiere. Tant que ſur luy ne reſta pel entiere. [3650]Mais quant il fut eſchappe de ſes mains. Luy et les ſiens / pour telz tours inhumains. Et cruaultez / que a ſes faictz aſſignerent. Loccaſion de ſa moꝛt machinerent. Complices eut / lung nomme Nygebert. [3655]Homme de cueur / laultre fut Amābert. Eulx troys dung vueil / comme iniure pourchaſſe. Vengeance auoir / allerent a la chaſſe. Quant et le roy / loꝛs ſceurent coppier. La part quil tint / heure et lieu eſpyer. [3660]Et au deſtroit aſſez loing de la pꝛeſſe. Tous troys ſur luy dune cruelle aſpꝛeſſe. Donnerent coupz oultraigeux cinq ou ſix. Et par eulx fut villainement occis. Plus / adiouxtantz / meurdꝛe ſur homicide. [3665]La royne enxaincte / auſſi nommee ulcide. Miſrent a moꝛt / qui fut vng villain faict. Veu que neſtoit coulpable du meffaict. De ſon mary / mais en la vehemence. Dung feu ſi gꝛand / na pitie ne clemence.
§Theodorich rappelle. §foiiiixxxiii. [3670]De ceſte moꝛt peuples non eſbahys. Mais foꝛt ioyeux / diſrent que le pays. Dung an neut bien / dont tant ſe raſſaſye. §Adonq vulphan fuyant en auſtraſye. Sceut bien tantoſt de france deſloger. [3675]Puis par laduis / du bon paſteur leger. Fut lendeſil que tenoit pꝛeudhomme eſtre. Faict du palays / chef / gouuerneur et maiſtre. Les pꝛinces loꝛs voyantz france en telz trains. Furent daller / a theodoꝛich contraincts. [3680]Et le tirer hoꝛs de l enfermerye. Cloiſtre et monſtier / pour la gendarmerye. Acouſtumer / et vie aultre tenir. Affin de mieulx ſon regne entretenir. Quant des ſeigneurs eut ceſte charge ouye. [3685]Ayant penſee a plaiſir eſiouye. Leur dit tout bien / ſans doubte a chef yꝛa. Oꝛ fault ſcauoir / comme il ſen cheuyꝛa.
§Ebroyn laiſſant le froc.
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§Icy aprés sera propoz mené Que TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde, des freres le puisné, Fut possesseur du royal patrimoine, Puis dechassé EbroÿnEbroïn (VII siècle — circa 681) Maire du palais de Neustrie tondu moyne, [3555]Et à Luxon en exil condempné.
§Chapitre.xxiiie.Sur le trespas de ClotaireClotaire III (652 — 673) Roi des Francs de Neustrie et de Burgondie (657-673)
Fils de Clovis II et de Bathilde, fut prise Conclusïon de hardye entreprise, Car les Françoys voulurent TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde Couronner roy, et l'aisné, ChilderichChildéric II (circa 655 — 675) Roi des Francs d'Austrasie (662-673)
Roi des Francs (673-675)
Fils de Clovis II et de Bathilde,
§TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde roy [3560]Transmettre aillieurs, pource que en maint passaige On maintenoit ne le trouver pas saige. Cerveau avoit si trés près des cheveulx1 Que eust oultraigez freres, oncle et nepveux, S'ilz l'eussent fait monter en frenaisye. [3565]Lors, à VulphanWulfoald (VII siècle — 680) Maire du palais d'Austrasie, gouverneur d'Austrasye, Fut envoyé affin de le dompter, Car en fureur faisoit moult à doubter. Ce TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde, regnant aprés l'usaige De son feu frere, en oysif reclusaige, [3570]Sans se monstrer que au premier jour de may, Dont peuple fut trés fort remply d'esmay, Voyant son roy mener vie ainsi ville. Dessus ung char, trïumphant par la ville, Alloit ce jour pour recevoir les dons [3575]Que on luy faisoit, et pour offrir guerdons À son plaisir. Puis se mettoit en mue, Vivant ainsi que brutte beste mue. À ce moyen, EbroÿnEbroïn (VII siècle — circa 681) Maire du palais de Neustrie, gouverneur, Plus regardant au prouffit que à l'honneur, [3580]De coups soudains comme d'artillerye, Peuple chargea de forte pillerye,
§Menant vie effemynee Car à son vueil en rongnoit et tailloit, Et si disoit qu'en ce ne deffailloit, Veu que le roy luy faisoit ainsi faire. [3585]§Les princes lors considerantz l'affaire, Que gouvernoit ung si crüel tyrant, Que leur grief mal alloit en empirant, Que au roy n'estoit vertu attribuee, Fors s'empescher de faire la buee, [3590]Ou relever aux dames les fuzeaulx, Et folastrer comme font demoyseaulx Qui tout le jour sont près les damoyselles, Pour acquerir quelque grace vers elles. §Tous les estatz de France, veu l' arroy, [3595]Fort mutinez, voyans train tel à roy Peuple pincer, non pas pincer mais mordre, Prindrent aviz d'y donner eulx mesme ordre. Aprés le faict saigement discuter, Et le jour pris pour l'œuvre excecuter, [3600]Par grand furye esmeue à sang et larme, Feyrent au roy ung si estrange alarme, Qu'il fut contrainct, aprés eschec et mat, Chercher paÿs en ung aultre clymat.
§TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde et EbroÿnEbroïn (VII siècle — circa 681) Maire du palais de Neustrie tonduz moynes Du gouverneur sceurent ilz bien respondre [3605]Car, pris au corps, en moyne on le feyt tondre. Puis procés faict de l'arrest, il eut son D'estre mené au couvent de Luxon. Charge de caz scandaleux et iniques ! J'ay leu aussi, en aulcunes croniques, [3610]Que à sainct Denys, pour chanter en ton deu, Fut ce roy mys, rendu moyne et tondu. Mais tost y eut matiere disposee Pour ne devoir y tenir reposee. Tel moyne aussi retiendroit beaucoup vent, [3615]Ains demourer en ung si beau couvent. Aux princes, lors, et tous estatz de France, Sur leur penser cheut bon espoir, offrant ce2 Que ChildericChildéric II (circa 655 — 675) Roi des Francs d'Austrasie (662-673)
Roi des Francs (673-675)
Fils de Clovis II et de Bathilde auroit sens recouvert, Pour bien regner. Dont propoz fut ouvert [3620]De le mander, ce que on feyt sans attendre, À quoy sceut bien diligemment entendre. §Luy arrivé, chacun en son degré, Honnestement le receut et, de gré, Tous d'ung accord, pour roy le couronnerent. [3625]Puis du palays, VulphanWulfoald (VII siècle — 680) Maire du palais d'Austrasie maistre ordonnerent,
§ChilderichChildéric II (circa 655 — 675) Roi des Francs d'Austrasie (662-673)
Roi des Francs (673-675)
Fils de Clovis II et de Bathilde mandé pour regner Et gouverneur. Mais au lotz departir, Se peurent bien du rappel repentir, En mauldisant le jour, et la mesme heure, Que oncques tel roy choisirent pour demeure [3630]Faire aveq eulx. Car il fut si pervers, Si trés crüel, si faulx et si divers, Que pire roy, portant couronne et sceptre, Ne se trouva, ne sçauroit jamais estre. Nobles et grandz avoit tous à despris, [3635]Gentz pugnissoit sans riens avoir mespris. Il se mocquoit de filles esplourees, Quant les avoit par force desflorees. Il extima et tint aussi pou let Navrer à mort quelque homme que ung poulet, [3640]Quant l' avertin luy montoit à la teste. C'estoit pitié de la male tempeste Qu'il demenoit ! Femmes, près leurs marys, Alloit ravyr. Filz en furent marrys. Eurent ilz tort ? il se voulut esbatre [3645]À faire gentz de grandes verges batre. Entre aultres ung qui BodileBodilon ( — ) Chef de la cabale visant à tuer Childéric II et son épouse avoit nom, De noble race et de fort bon renom,
§ChilderichChildéric II (circa 655 — 675) Roi des Francs d'Austrasie (662-673)
Roi des Francs (673-675)
Fils de Clovis II et de Bathilde occiz à la chace Feyt battre nud, sans cause ne matiere, Tant que sur luy ne resta pel entiere. [3650]Mais quant il fut eschappé de ses mains, Luy et les siens, pour telz tours inhumains, Et crüaultez que à ses faictz assignerent, L'occasïon de sa mort machinerent. Complices eut : l'ung nommé NygebertIngobert ( — ) Complice de Bodilon, [3655]Homme de cueur, l'aultre fut AmanbertAmalbert (1 — 1) Complice de Bodilon. Eulx troys d'ung vueil, comme injure pourchasse Vengeance avoir, allerent à la chasse Quant et le roy. Lors sceurent coppïer La part qu'il tint, heure et lieu espÿer, [3660]Et au destroit, assez loing de la presse, Tous troys sur luy, d'une crüelle aspresse, Donnerent coupz oultraigeux cinq ou six. Et par eulx fut villainement occis, Plus adjouxtantz meurdre sur homicide. [3665]La royne enxaincte, aussi nommee UlcideBilichilde (VIIsiècle — 675) Reine des Francs (?-?)
Epouse de Childéric II (650-675)3, Misrent à mort, qui fut ung villain faict, Veu que n'estoit coulpable du meffaict De son mary. Mais en la vehemence D'ung feu si grand, n'a pitié ne clemence.
§TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde rappelle [3670]De ceste mort, peuples non esbahys, Mais fort joyeux, disrent que le paÿs D'ung an n'eut bien dont tant se rassasye. §Adonq VulphanWulfoald (VII siècle — 680) Maire du palais d'Austrasie, fuyant en Austrasye, Sceut bien tantost de France desloger. [3675]Puis, par l'advis du bon pasteur leger, Fut LendesilLeudesius (VII siècle — 676) Maire du palais, que tenoit preud'homme estre, Faict du palays chef, gouverneur et maistre. Les princes, lors, voyantz France en telz trains, Furent d'aller à TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde contraincts, [3680]Et le tirer hors de l' enfermerye4, Cloistre et monstier, pour la gendarmerye Acoustumer, et vie aultre tenir, Affin de mieulx son regne entretenir. Quant des seigneurs eut ceste charge ouÿe, [3685]Ayant pensee à plaisir esjouÿe, Leur dit tout bien, sans doubte à chef yra. Or fault sçavoir comme il s'en chevyra.
§EbroÿnEbroïn (VII siècle — circa 681) Maire du palais de Neustrie laissant le froc
Note n°1
Nous
n'avons pas trouvé trace de cette expression ailleurs. Comme "être
legier de cerveau" signifie "être idiot", on peut supposer qu'"avoir
le cerveau près des cheveux" revient à avoir un cerveau qui reste
près de la surface, ne pèse pas lourd, et appartient donc à une
personne niaise, même si ici Cretin semble plutôt renvoyer à la
légèreté avec laquelle Thierry III
s'emporte.
Note n°2
Cet emploi à la rime du pronom "ce" montre que la dernière syllabe
du vers, dite "féminine" devait bien se prononcer comme une onzième
syllabe, puisque le "e" de ce pronom tonique ne saurait être
caduc.
Note n°3
Ce nom vient de
Desrey.
Note n°4
Nul doute que Cretin joue de la
syllepse du sens de "enfermerye" pour signifier que le monastère
dans lequel se trouvait le roi n'était autre qu'une prison pour le
détenir.
Travail en cours








§Et treſpaz de clotaire.
§Icy apres ſera propoz mene. Que theodorich des freres le puiſne. Fut poſſeſſeur du royal patrimoine. Puis dechaſſe ebroyn tondu moyne. [3555]Et a luxon en exil condempne.
§ChapitrexxiiieSUr le treſpas de clotaire fut pꝛiſe. Concluſion de hardye entrepꝛiſe. Car les francoys / voulurent theodoꝛich. Couronner roy / Et laiſne childerich.
§Theodorich roy. [3560]Tranſmettre aillieurs pource que en maint paſſaige. On maintenoit ne le trouuer pas ſaige. Cerueau auoit ſi tres pꝛes des cheueulx. Que euſt oultraigez freres oncle / et nepueux. Silz leuſſent fait monter en frenaiſye. [3565]Loꝛs a vulphan gouuerneur dauſtraſye. Fut enuoye affin de le dompter. Car en fureur faiſoit moult a doubter. Ce theodoꝛich / regnant apꝛes luſaige. De ſon feu frere / en oyſif recluſaige. [3570]Sans ſe monſtrer que au pꝛemier iour de may. Dont peuple fut tresfoꝛt remply deſmay. Voyant ſon roy mener vie ainſi ville. Deſſus vng char / triumphant par la ville. Alloit ce iour pour receuoir les dons. [3575]Que on luy faiſoit / et pour offrir guerdons. A ſon plaiſir / puis ſe mettoit en mue. Viuant ainſi que bꝛutte beſte mue. A ce moyen Ebꝛoyn gouuerneur. Plus regardant au pꝛouffit que a lhonneur [3580]De coups ſoudains comme dartillerye. Peuple chargea de foꝛte pillerye.
§Menant vie effemynee. §§foiiiixxxi. Car a ſon vueil en rongnoit et tailloit Et ſi diſoit quen ce ne deffailloit. Veu que le roy luy faiſoit ainſi faire. [3585]§Les pꝛinces loꝛs conſiderantz laffaire. Que gouuernoit vng ſi cruel tyꝛant. Que leur gꝛief mal alloit en empirant. Que au roy neſtoit vertu attribuee. Foꝛs ſempeſcher de faire la buee. [3590]Ou releuer aux dames les fuzeaulx. Et folaſtrer comme font demoyſeaulx. Qui tout le iour ſont pꝛes les damoyſelles. Pour acquerir quelque gꝛace vers elles. §Tous les eſtatz de france veu l arroy. [3595]Foꝛt mutinez / voyans train tel a roy. Peuple pincer / non pas pincer / mais moꝛdꝛe. Pꝛindꝛent auiz dy donner eulx meſme oꝛdꝛe. Apꝛes le faict ſaigement diſcuter. Et le iour pꝛis pour lœuure excecuter. [3600]Par gꝛand furye eſmeue a ſang et larme. Feyꝛent au roy vng ſi eſtrange alarme. Quil fut contrainct / apꝛes eſchec et mat. Chercher pays en vng aultre clymat.
§Theodorich et ebroyn tonduz moynes. Du gouuerneur ſceurent ilz bien reſpondꝛe. [3605]Car pꝛis au coꝛps / en moyne on le feyt tondꝛe. Puis pꝛoces faict / de larreſt / il eut ſon. Deſtre mene au couuent de luxon. Charge de caz ſcandaleux et iniques. Iay leu auſſi en aulcunes croniques. [3610]Que a ſainct denys / pour chanter en ton deu. Fut ce roy mys / rendu moyne / et tondu. Mais toſt y eut matiere diſpoſee. Pour ne deuoir y tenir repoſee. Tel moyne auſſi retiendꝛoit beaucoup vent. [3615]Ains demourer en vng ſi beau couuent. Aux pꝛinces loꝛs et tous eſtatz de france. Sur leur penſer cheut bon eſpoir offrant ce. Que childeric auroit ſēs recouuert. Pour bien regner / dont pꝛopoz fut ouuert. [3620]De le mander / ce que on feyt ſans attendꝛe. A quoy ſceut bien diligemment entendꝛe. §Luy arriue chacun en ſon degꝛe. Honneſtement le receut / et de gꝛe. Tous dung accoꝛd pour roy le couronnerent. [3625]Puis du palays vulphan / maiſtre oꝛdōnerent.
§Childerich mande pour regner §foiiiixxxii. Et gouuerneur / mais au lotz departir. Se peurent bien du rappel repentir. En mauldiſant le iour / et la meſme heure. Que oncques tel roy choiſirent pour demeure. [3630]Faire aueq eulx Car il fut ſi peruers. Si tres cruel ſi faulx et ſi diuers. Que pire roy / poꝛtant couronne et ſceptre. Ne ſe trouua / ne ſcauroit iamais eſtre. Nobles et gꝛandz auoit tous a deſpꝛis. [3635]Gentz pugniſſoit / ſans riens auoir meſpꝛis. Il ſe mocquoit de filles eſplourees. Quant les auoit par foꝛce deſfloꝛees. Il extima et tint auſſi pou let. Naurer a moꝛt quelque homme q̄ vng poulet. [3640]Quant l auertin luy montoit a la teſte. Ceſtoit pitie / de la male tempeſte. Quil demenoit / femmes pꝛes leurs marys. Alloit rauyꝛ / filz en furent marrys. Eurent ilz toꝛt Il ſe voulut eſbatre. [3645]A faire gentz de gꝛandes verges batre. Entre aultres vng / qui Bodile auoit nom. De noble race / et de foꝛt bon renom.
§Childerich occiz a la chace. Feyt battre nud / ſans cauſe ne matiere. Tant que ſur luy ne reſta pel entiere. [3650]Mais quant il fut eſchappe de ſes mains. Luy et les ſiens / pour telz tours inhumains. Et cruaultez / que a ſes faictz aſſignerent. Loccaſion de ſa moꝛt machinerent. Complices eut / lung nomme Nygebert. [3655]Homme de cueur / laultre fut Amābert. Eulx troys dung vueil / comme iniure pourchaſſe. Vengeance auoir / allerent a la chaſſe. Quant et le roy / loꝛs ſceurent coppier. La part quil tint / heure et lieu eſpyer. [3660]Et au deſtroit aſſez loing de la pꝛeſſe. Tous troys ſur luy dune cruelle aſpꝛeſſe. Donnerent coupz oultraigeux cinq ou ſix. Et par eulx fut villainement occis. Plus / adiouxtantz / meurdꝛe ſur homicide. [3665]La royne enxaincte / auſſi nommee ulcide. Miſrent a moꝛt / qui fut vng villain faict. Veu que neſtoit coulpable du meffaict. De ſon mary / mais en la vehemence. Dung feu ſi gꝛand / na pitie ne clemence.
§Theodorich rappelle. §foiiiixxxiii. [3670]De ceſte moꝛt peuples non eſbahys. Mais foꝛt ioyeux / diſrent que le pays. Dung an neut bien / dont tant ſe raſſaſye. §Adonq vulphan fuyant en auſtraſye. Sceut bien tantoſt de france deſloger. [3675]Puis par laduis / du bon paſteur leger. Fut lendeſil que tenoit pꝛeudhomme eſtre. Faict du palays / chef / gouuerneur et maiſtre. Les pꝛinces loꝛs voyantz france en telz trains. Furent daller / a theodoꝛich contraincts. [3680]Et le tirer hoꝛs de l enfermerye. Cloiſtre et monſtier / pour la gendarmerye. Acouſtumer / et vie aultre tenir. Affin de mieulx ſon regne entretenir. Quant des ſeigneurs eut ceſte charge ouye. [3685]Ayant penſee a plaiſir eſiouye. Leur dit tout bien / ſans doubte a chef yꝛa. Oꝛ fault ſcauoir / comme il ſen cheuyꝛa.
§Ebroyn laiſſant le froc.
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§Icy aprés sera propoz mené Que TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde, des freres le puisné, Fut possesseur du royal patrimoine, Puis dechassé EbroÿnEbroïn (VII siècle — circa 681) Maire du palais de Neustrie tondu moyne, [3555]Et à Luxon en exil condempné.
§Chapitre.xxiiie.Sur le trespas de ClotaireClotaire III (652 — 673) Roi des Francs de Neustrie et de Burgondie (657-673)
Fils de Clovis II et de Bathilde, fut prise Conclusïon de hardye entreprise, Car les Françoys voulurent TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde Couronner roy, et l'aisné, ChilderichChildéric II (circa 655 — 675) Roi des Francs d'Austrasie (662-673)
Roi des Francs (673-675)
Fils de Clovis II et de Bathilde,
§TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde roy [3560]Transmettre aillieurs, pource que en maint passaige On maintenoit ne le trouver pas saige. Cerveau avoit si trés près des cheveulx1 Que eust oultraigez freres, oncle et nepveux, S'ilz l'eussent fait monter en frenaisye. [3565]Lors, à VulphanWulfoald (VII siècle — 680) Maire du palais d'Austrasie, gouverneur d'Austrasye, Fut envoyé affin de le dompter, Car en fureur faisoit moult à doubter. Ce TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde, regnant aprés l'usaige De son feu frere, en oysif reclusaige, [3570]Sans se monstrer que au premier jour de may, Dont peuple fut trés fort remply d'esmay, Voyant son roy mener vie ainsi ville. Dessus ung char, trïumphant par la ville, Alloit ce jour pour recevoir les dons [3575]Que on luy faisoit, et pour offrir guerdons À son plaisir. Puis se mettoit en mue, Vivant ainsi que brutte beste mue. À ce moyen, EbroÿnEbroïn (VII siècle — circa 681) Maire du palais de Neustrie, gouverneur, Plus regardant au prouffit que à l'honneur, [3580]De coups soudains comme d'artillerye, Peuple chargea de forte pillerye,
§Menant vie effemynee Car à son vueil en rongnoit et tailloit, Et si disoit qu'en ce ne deffailloit, Veu que le roy luy faisoit ainsi faire. [3585]§Les princes lors considerantz l'affaire, Que gouvernoit ung si crüel tyrant, Que leur grief mal alloit en empirant, Que au roy n'estoit vertu attribuee, Fors s'empescher de faire la buee, [3590]Ou relever aux dames les fuzeaulx, Et folastrer comme font demoyseaulx Qui tout le jour sont près les damoyselles, Pour acquerir quelque grace vers elles. §Tous les estatz de France, veu l' arroy, [3595]Fort mutinez, voyans train tel à roy Peuple pincer, non pas pincer mais mordre, Prindrent aviz d'y donner eulx mesme ordre. Aprés le faict saigement discuter, Et le jour pris pour l'œuvre excecuter, [3600]Par grand furye esmeue à sang et larme, Feyrent au roy ung si estrange alarme, Qu'il fut contrainct, aprés eschec et mat, Chercher paÿs en ung aultre clymat.
§TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde et EbroÿnEbroïn (VII siècle — circa 681) Maire du palais de Neustrie tonduz moynes Du gouverneur sceurent ilz bien respondre [3605]Car, pris au corps, en moyne on le feyt tondre. Puis procés faict de l'arrest, il eut son D'estre mené au couvent de Luxon. Charge de caz scandaleux et iniques ! J'ay leu aussi, en aulcunes croniques, [3610]Que à sainct Denys, pour chanter en ton deu, Fut ce roy mys, rendu moyne et tondu. Mais tost y eut matiere disposee Pour ne devoir y tenir reposee. Tel moyne aussi retiendroit beaucoup vent, [3615]Ains demourer en ung si beau couvent. Aux princes, lors, et tous estatz de France, Sur leur penser cheut bon espoir, offrant ce2 Que ChildericChildéric II (circa 655 — 675) Roi des Francs d'Austrasie (662-673)
Roi des Francs (673-675)
Fils de Clovis II et de Bathilde auroit sens recouvert, Pour bien regner. Dont propoz fut ouvert [3620]De le mander, ce que on feyt sans attendre, À quoy sceut bien diligemment entendre. §Luy arrivé, chacun en son degré, Honnestement le receut et, de gré, Tous d'ung accord, pour roy le couronnerent. [3625]Puis du palays, VulphanWulfoald (VII siècle — 680) Maire du palais d'Austrasie maistre ordonnerent,
§ChilderichChildéric II (circa 655 — 675) Roi des Francs d'Austrasie (662-673)
Roi des Francs (673-675)
Fils de Clovis II et de Bathilde mandé pour regner Et gouverneur. Mais au lotz departir, Se peurent bien du rappel repentir, En mauldisant le jour, et la mesme heure, Que oncques tel roy choisirent pour demeure [3630]Faire aveq eulx. Car il fut si pervers, Si trés crüel, si faulx et si divers, Que pire roy, portant couronne et sceptre, Ne se trouva, ne sçauroit jamais estre. Nobles et grandz avoit tous à despris, [3635]Gentz pugnissoit sans riens avoir mespris. Il se mocquoit de filles esplourees, Quant les avoit par force desflorees. Il extima et tint aussi pou let Navrer à mort quelque homme que ung poulet, [3640]Quant l' avertin luy montoit à la teste. C'estoit pitié de la male tempeste Qu'il demenoit ! Femmes, près leurs marys, Alloit ravyr. Filz en furent marrys. Eurent ilz tort ? il se voulut esbatre [3645]À faire gentz de grandes verges batre. Entre aultres ung qui BodileBodilon ( — ) Chef de la cabale visant à tuer Childéric II et son épouse avoit nom, De noble race et de fort bon renom,
§ChilderichChildéric II (circa 655 — 675) Roi des Francs d'Austrasie (662-673)
Roi des Francs (673-675)
Fils de Clovis II et de Bathilde occiz à la chace Feyt battre nud, sans cause ne matiere, Tant que sur luy ne resta pel entiere. [3650]Mais quant il fut eschappé de ses mains, Luy et les siens, pour telz tours inhumains, Et crüaultez que à ses faictz assignerent, L'occasïon de sa mort machinerent. Complices eut : l'ung nommé NygebertIngobert ( — ) Complice de Bodilon, [3655]Homme de cueur, l'aultre fut AmanbertAmalbert (1 — 1) Complice de Bodilon. Eulx troys d'ung vueil, comme injure pourchasse Vengeance avoir, allerent à la chasse Quant et le roy. Lors sceurent coppïer La part qu'il tint, heure et lieu espÿer, [3660]Et au destroit, assez loing de la presse, Tous troys sur luy, d'une crüelle aspresse, Donnerent coupz oultraigeux cinq ou six. Et par eulx fut villainement occis, Plus adjouxtantz meurdre sur homicide. [3665]La royne enxaincte, aussi nommee UlcideBilichilde (VIIsiècle — 675) Reine des Francs (?-?)
Epouse de Childéric II (650-675)3, Misrent à mort, qui fut ung villain faict, Veu que n'estoit coulpable du meffaict De son mary. Mais en la vehemence D'ung feu si grand, n'a pitié ne clemence.
§TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde rappelle [3670]De ceste mort, peuples non esbahys, Mais fort joyeux, disrent que le paÿs D'ung an n'eut bien dont tant se rassasye. §Adonq VulphanWulfoald (VII siècle — 680) Maire du palais d'Austrasie, fuyant en Austrasye, Sceut bien tantost de France desloger. [3675]Puis, par l'advis du bon pasteur leger, Fut LendesilLeudesius (VII siècle — 676) Maire du palais, que tenoit preud'homme estre, Faict du palays chef, gouverneur et maistre. Les princes, lors, voyantz France en telz trains, Furent d'aller à TheodorichThierry III (circa 650 — 691) Roi des Francs (679-691)
Fils de Clovis II et de Bathilde contraincts, [3680]Et le tirer hors de l' enfermerye4, Cloistre et monstier, pour la gendarmerye Acoustumer, et vie aultre tenir, Affin de mieulx son regne entretenir. Quant des seigneurs eut ceste charge ouÿe, [3685]Ayant pensee à plaisir esjouÿe, Leur dit tout bien, sans doubte à chef yra. Or fault sçavoir comme il s'en chevyra.
§EbroÿnEbroïn (VII siècle — circa 681) Maire du palais de Neustrie laissant le froc
Note n°1
Nous
n'avons pas trouvé trace de cette expression ailleurs. Comme "être
legier de cerveau" signifie "être idiot", on peut supposer qu'"avoir
le cerveau près des cheveux" revient à avoir un cerveau qui reste
près de la surface, ne pèse pas lourd, et appartient donc à une
personne niaise, même si ici Cretin semble plutôt renvoyer à la
légèreté avec laquelle Thierry III
s'emporte.
Note n°2
Cet emploi à la rime du pronom "ce" montre que la dernière syllabe
du vers, dite "féminine" devait bien se prononcer comme une onzième
syllabe, puisque le "e" de ce pronom tonique ne saurait être
caduc.
Note n°3
Ce nom vient de
Desrey.
Note n°4
Nul doute que Cretin joue de la
syllepse du sens de "enfermerye" pour signifier que le monastère
dans lequel se trouvait le roi n'était autre qu'une prison pour le
détenir.
Travail en cours
Note n°1
Nous
n'avons pas trouvé trace de cette expression ailleurs. Comme "être
legier de cerveau" signifie "être idiot", on peut supposer qu'"avoir
le cerveau près des cheveux" revient à avoir un cerveau qui reste
près de la surface, ne pèse pas lourd, et appartient donc à une
personne niaise, même si ici Cretin semble plutôt renvoyer à la
légèreté avec laquelle Thierry III
s'emporte.
Note n°2
Cet emploi à la rime du pronom "ce" montre que la dernière syllabe
du vers, dite "féminine" devait bien se prononcer comme une onzième
syllabe, puisque le "e" de ce pronom tonique ne saurait être
caduc.
Note n°3
Ce nom vient de
Desrey.
Note n°4
Nul doute que Cretin joue de la
syllepse du sens de "enfermerye" pour signifier que le monastère
dans lequel se trouvait le roi n'était autre qu'une prison pour le
détenir.
Travail en cours