Soucieux de rappeler
que les enfants naturels ne peuvent prétendre à l'héritage de leur
père, Cretin développe la mention très brève de [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XXIv : « En ce mesme
temps, Gondouault, qui longuement s'estoit dit filz de Clotaire
premier, [...]. » Cretin ne semble pas se souvenir des
GCF, liv. III, chap. 21 (vol. 1, p. 319-322) qui
racontent l'histoire de Gondovald antérieure aux épisodes abordés
ici, quant à lui rapporté au chap. 25 (vol. 1, p.
338-344).
Cretin amplifie [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XXIv sans lui ajouter de matière :
Gondovald, « attrayant à soy la faveur des seigneurs, comme il eust
receu soubz sa puissance et domination grant partie des villes et
peuples de Acquitaine, facillement gaigna et joignyt à soy Perigort,
Thoulouze et Bourdeaulx. »
Cretin développe [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XXIv, ajoutant que la mort de Chilpéric
enhardit Gondovald et évoquant le sort ultérieur des deux prêtres,
mais supprimant l'origine géographique de ces derniers, qu'il n'a
peut-être pas comprise : « Gondouault augmenté en largeur et
amplitude de empire, escripvit des lettres aux seigneurs françoys,
lesquelles couchees en une tablette de boys et de cire couvertes par
dessus, baila à porter à deux presbtres cadurcoys, lesquelz
empoignez en chemin des chambellans ordinaires de Gontran, par les
lettres la confession des presbtres fut congneu ce que Gondouault
avoit en son couraige conceu et entrepris. »
Escamotant
l'idée d'un soutien de Childebert à la cause de Gondovald, Cretin
continue de suivre [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XXIv-XXIIr, précisant les éléments dont
Gondovald a et n'a pas connaissance : « Sans tarder, envoya
Gondouault ses ambassadeurs à Gontran. À chascun desquelz commanda
porter en la main branches de olyves à ce que comme messagers de
paix plus seurement peussent au roy parvenir, lesquelz vers luy
venuz et requis de dire leur nom et nation : “De Gondouault, ce
dyent ilz, envoyez sommes et à toy venuz, lequel comme il soit filz
de Clotaire ton pere, demande la portion à luy deue de la possession
paternelle, et se tu luy reffuses par armes, s'efforcera son
heritage recouvrer, car ja de Acquitaine a grosse armee, et
davantaige luy doit Childebert envoyer grant nombre de gens d'armes
d'eslitte.” »
Cretin amplifie considérablement la
mention qu'il trouve chez [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XXIIr, tirant une morale sur la
conduite à tenir vis-à-vis des ambassadeurs déjà esquissée dans sa
source : « Gontran, ayant ces ambassadeurs en opprobre, le fist
estendre et fustiger dessus les doz des chevaulx, sauf le droit de
legation, car c'est horreur et grant crime, mesmes entre les
barbares, violer le nom de legat ou ambassadeur. » C'est en réalité
la deuxième fois que Gontran matraite des ambassadeurs (voir v.
4132-4143), mais Cretin ne le signale pas.
Le « jeu parti » est un genre
poétique pratiqué par les troubadours et trouvères (à partir du
XIIe siècle donc), mettant en scène
deux voix poétiques argumentant pro et contra à propos d’un sujet
faisant débat, pricipalement dans le domaine amoureux. Formellement,
il consiste en une pièce de six strophes, suivies de deux envois.
Dans la première strophe, l'un des deux partenaires propose à
l'autre une question ; l’interlocuteur ayant fait son choix, le
premier partenaire soutient l'alternative restée disponible. Dans
les deux envois, chacun des deux partenaires nomme un juge, même si
cet appel est davantage un hommage à un tiers qu’un véritable appel
à trancher le débat.
La réécriture que
Cretin fait de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. XXIIr obscurcit le sens, du fait du nombre de personnages
impliqués et de la suppression des pronoms personnels : « Paravant
ces jours estoit ordonnéde faire assemblee entre Gontran et
Childebert, à laquelle au mandement de Gontran vint Childebert
accompaigné en grant nombre des gentilz hommes et seigneurs de sa
court. Auquel lieu, avant toute oeuvre, les messagers de Gondouault
ademnez, commanda Gontran luy dire quelles choses ilz avoient euz
vers luy les jours precedens. Après qu'ilz eurent tout par ordre
recité, adjouxterent que Gondouault avoit de toutes choses spolié
Ragonde, fille de Chilperic, quant son pere l'envoya en Espaigne
pour estre mariee, dont les seigneurs de Childebert estoient assez
advertiz. » Les « ambassadeurs » dont parle Cretin sont donc en
réalité ceux de Gondovald, à qui Gontran ordonne d'expliquer leur
mission devant Childebert.
Il pensa comprendre la raison de leur absence
par le fait qu'il osa penser qu'ils redoutaient qu'on voulait
vérifier la découverte de leur lettre missive.
L'intelligence de ce passage est
rendue impossible par une omission de la Chronique
française : en supprimant, dans le discours des
ambassadeurs de Gondovald fait à Gontran et rapporté aux v.
4245-4255, la revendication par Gondovald du soutien de Childebert,
Cretin évacue le soupçon de trahison qui plane sur la rencontre
entre Gontran et Childebert. L'absence d'une partie des troupes de
ce dernier est donc perçue par Gontran comme un aveu de cette
trahison, ce que ne permet pas de comprendre la Chronique
française, qui poursuit ici sa réécriture de [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XXIIr : «
Après que les messagers eurent racompté ces choses, incontinent
tomba souspeçon au roys que c'estoit la cause pour quoy aucuns de la
noblesse de Childebert n'estoient comparuz à l'assemblee. Et non
pourtant cessa Gontran de manifester et ouvrir la chose qu'il avoit
conceu en son couraige. »
Cretin reprend à
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XXIIr
le compte rendu de cette scène, sans signaler qu'elle reproduit
un épisode similaire rapporté aux v. 2511-2546, avec les mêmes
protagonistes : « Mais [Gontran] print une lance, le bout de
laquelle bailla à Childebert, disant : “Mon cher nepveu, je te
suis ce signe indice te signifiant que tu seras heritier de mon
royaulme. Et maintenant, certes te baille la puissance et
seigneurie sur tout mon peuple et mes villes, car toy et mon
aultre nepveu Clotaire estes seulz après moy, auxquelz ces
choses appartiendront.” »
Cretin paraît avoir oublié
l'orthographe qu'il a employée jusqu'ici pour ce personnage, et
reproduit celle que propose [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XXIIr : « Gillon, arcevesque de Rains
».
Cretin procède à une mise en vers très
fidèle de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol.
XXIIr : « Ces choses entre eulx proparlees, se seirent pour parler
de leurs affaires communs, toutes lesquelles choses qui estoient
veues appartenir au proffit de la chose publicque et pour lesquelles
traicter estoit faicte ceste assembler, finies et accomplies,
laisserent le conseil, puis allerent au convy. En meangeant, Gontran
ces parolles adressant à la compaignye, leur dist : “Hommes françoys
et très nobles que tousjours ay eu chers et primerains, voicy mon
nepveu que j'ai institué heritier. Honorez le et par entiere foy
obeyssez à vostre roy, car je prens très grande esperance de sa
grandeur et prudence future, veu qu'il est ja grant seigneur et loué
en vertu.” Cecy disant, ensemble restitua à Childebert les citez que
Chilperic luy avoit ostees. » En conteur soigneux, Cretin ne fait
qu'ajouter une formule conclusive à son chapitre.