§Lhiſtoire dit que
Chilperich / par forceFiſt lun de lautre
aſſez
toſt ſeparerPuys Merouee / a ſon
deſeſpererDe lame et corps cauſa piteux diuorſe
§
Chapitre. xie.
[2035]APres doulx temps /
ſourd
oꝛaige et foꝛt
ventApꝛes plaiſir ſuruient dueil bien ſouuentComme il aduint apꝛes le
cariaigeDe ce ſoudain et legier mariaigeHomme cueillant le fruict dautruy pommier[2040]Souuent
mengeut
/ ſon pain blanc le pꝛemierEt trouue toſt ſa plaiſance bannieQuant
il
ſe alie a
male compaignieQui mect plus
eau que vin en ſon
hanapCeſt fait paſſer la
pane oultre le
dꝛap[2045]Quant douleur rend lieſſe ſuccumbeeLa belle chere en va ſoudain tumbeeAuſſi ces deux / apꝛes auoir
emplizLeurs cueurs de ioye / en deſirs acomplizSi tres ſoudain ſe retourna la chance[2050]Que
pour plaiſir
eurent
male meſchanceChilperich par
ſubtil moyen eut Merouee et
Brunechilde.Car Chilperich mal
content de
celaDedans Rouan ſon couroux deſcelaEt
ſeffoꝛca
eulx deux faire ſurpꝛendꝛeMais ſa
fureur
doubtans
ſe
allerent rendꝛe[2055]En vng
monſtier /
qui
franchiſe poꝛtoit /Et luy fut dit que loiſible neſtoit /Les en tirer ſans rompꝛe la
franchiſeEt dautre part / que ceſtoit en legliſeDe ſainct martin foꝛtiffiee aſſez[2060]Pour eſtre auant neuf ou dix moys paſſezSans les auoir de la que par famineLoꝛs aduiſa y beſongner de myneEt doulcement enuoya deuers eulxLes
depꝛians
neſtre de riens
pouureux[2065]Et que
pꝛeſentz
/ tous ceulx de ſa nobleſſePꝛomectoit foy de roy et gentilleſſeLeur mariaige a raiſon de bon dꝛoitEntretenir
de bien loyal endꝛoitEulx confians (comme perſonnes folles)[2070]Au fainct
blazon de parolles friuollesSoꝛtirent hoꝛs
a
leur ſanglant malheurDueil / deſplaiſir / ennuy / peine / et douleurCar nonobſtant / que au ſemblant contrefaireSceuſt Chilperich
ioyeuſe
chere faire[2075]Et que durans quatre ou cinq
iour / leur fuſtMerouee
ſen fuyt a sainct martin de
Tours.FueiłDꝛeſſe recueil de gꝛacieux
affuſt
/En banquetz
pleins de
viandes exquiſesIoyeux eſbatz
et plaiſances requiſesDont
on
fait feſte et gꝛoſſe chere a gentz[2080]Pour qui en riens ne
ſeſpergnent argentzSi
rendit toſt Bꝛunechilde
attourneeDe
courte
ioye et chance
retourneeCar au partir Merouee
emmenaDedans Paris /. et ſoudain
loꝛdonna[2085]Mectre in ſacris /
le voulant faire pꝛeſtreMais conſeille / a leſtat impꝛopꝛe eſtreSans y donner autre concluſionSe tint
a tant
/
À la
ſuaſionDu roy Gontran ſon
frere et loꝛs demblee[2090]Se departit /. dont la feſte troubleeDiligemment ſuyuy / pour ſeurs deſtours
Se alla gecter a ſainct martin de Tours§Chilperich mys au dur deſtroit et
pꝛeſſeDe fier couroux / oꝛdonna charge expꝛeſſe[2095]Aux ſiens deſquelz penſoit eſtre tout ſeurPoᷣle
tirer de leans par doulceurCar autrement neſtoit bon ny loiſibleLen gecter hoꝛs /. Mais il ne fut poſſibleA eulx
lauoir
/. par ce que aduiſer ſceut[2100]Quen pareil cas nagueres le deceutLa mort de Merouee :-Oꝛ en ce temps tindꝛent a gꝛandz
miraclesVng tas de folz / qui ſoubz diuins oꝛaclesCreurent les
ſoꝛtz de
leur affaire
bonsSus
quelques motz de verſetz et reſpons[2105]A ceſte cauſe alla faire lectureCe
Merouee en la ſaincte
eſcriptureOu il trouua (ſelon linterpꝛeter)Deuoir ſa voye autre part appꝛeſterAinſi en fiſt /.
et
ſe
partit demblee[2110]Hoꝛs la franchiſe a petite aſſembleeEt en Champaigne alla / ou il fut pꝛisLoꝛs ſe trouua de craincte ſi eſpꝛisDoubtant tumber en la main de ſon pereQue le meſchant aloꝛs ſe deſeſpere[2115]Et contraignit vng
ſien pꝛouchain affinLe coup moꝛtel
luy donner /. Ceſt ſa fin
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§L'histoire dit que
ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) , par force,Fist l'un de l'autre assez+assé [BnFfr23146] tost separer.Puys MeroveeMérovée II (550 — 577)Prince franc (550-577) Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier, à son
desesperer+desespoir [BnFfr4965],De l'ame et corps causa piteux divorse.
[2035]Aprés doulx temps,
sourd+sort [BnFfr23146]1 oraige et fort vent+temps [BnFfr4964]temps [Cha515] ;Aprés plaisir, survient dueil bien souvent,Comme il advint, aprés, le
carïaigeDe ce soudain et legier marïaige2.Homme cueillant le fruict d'autruy pommier[2040]Souvent mengeut+mange [Aix419] son pain blanc3 le premier,Et trouve tost sa plaisance bannieQuant
il se alie à male compaignie.Qui mect plus eau que vin en son
hanap,C'est fait passer la
pane oultre le
drap4.[2045]Quant douleur rend lïesse succumbee,La belle chere en va soudain tumbee.Aussi, ces deux, aprés avoir emplizLeurs cueurs de joye en desirs acompliz,Si trés soudain se retourna la chance,[2050]Que pour plaisir eurent+advient [BnFfr23146] male meschance.ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) par
subtil moyen eut MeroveeMérovée II (550 — 577)Prince franc (550-577) Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier et
BrunechildeBrunehaut (entre 545 et 550 — 613)Princesse Wisigoths (?-566) Reine des Francs d'Austrasie (566-575) Car ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) , mal
content de cela+sela [BnFfr23146],Dedans Rouan son couroux descelaEt s'efforça+s'esforce [BnFfr23146] eulx deux faire surprendre.Mais, sa fureur+faveur [Cha515]
doubtans, se+s'en [BnFfr17274] allerent rendre[2055]En ung
monstier
qui
franchise portoit.Et luy fut dit que loisible n'estoitLes en tirer sans rompre la
franchise,Et d'autre part que c'estoit en l'egliseDe Sainct Martin, fortiffïee assez[2060]Pour estre avant neuf ou dix moys passez,Sans les avoir de là que par famine5.Lors advisa y besongner de myne6,Et doulcement envoya devers eulx,Les deprians n'estre de riens
pouvreux[2065]Et que, presentz+presant [BnFfr23146] tous ceulx de sa noblesse,Promectoit, foy de roy et gentillesse,Leur marïaige, à raison de bon droit,Entretenir de bien loyal endroit.Eulx confïans, comme personnes folles,[2070]Au fainct
blazon de parolles frivollesSortirent hors à leur sanglant malheur,Dueil, desplaisir, ennuy, peine et douleur.Car nonobstant que au semblant contrefaireSceust ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584)
joyeuse
chere faire,[2075]Et que durans quatre ou cinq jours+jour leçon rejetée [BnFfr2818]7 leur fustMeroveeMérovée II (550 — 577)Prince franc (550-577) Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier
s'enfuyt à Sainct Martin de
ToursDressé recueil de gracïeux affust8+accueil [BnFfr4965],En banquetz pleins de
vïandes exquises9,Joyeux esbatz et plaisances requises,Dont on+en [BnFfr23146] fait feste et grosse chere à gentz[2080]Pour qui en riens ne s'espergnent argentz,Si rendit tost BrunechildeBrunehaut (entre 545 et 550 — 613)Princesse Wisigoths (?-566) Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
attourneeDe courte+tourte [BnFfr17274]toute [BnFfr23146] joye et chance retournee.Car, au partir, MeroveeMérovée II (550 — 577)Prince franc (550-577) Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier
emmena10Dedans Paris et soudain
l'ordonna[2085]Mectre in sacris,
le voulant faire prestre.Mais conseillé à l'estat impropre estre,Sans y donner autre conclusïon,Se tint à tant+actant [BnFfr23146]
à la
suasïonDu roy GontranGontran (532 — 30/03/593)Roi des Francs de Bourgogne (561-593) Saint catholique, roi franc de Bourgogne, son
frere11, et lors d'emblee[2090]Se departit, dont la feste troubleeDiligemment suyvy, pour seurs destours, Se alla gecter à Sainct Martin de Tours.§ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) , mys au dur destroit et
presseDe fier couroux, ordonna charge expresse[2095]Aux siens desquelz pensoit estre tout seur,Pourle tirer de lëans par doulceur.Car autrement n'estoit bon ny loisibleL'en gecter hors. Mais il ne fut possibleÀ eulx l'avoir+le v veoir [BnFfr23146], par ce que adviser sceut[2100]Qu'en pareil cas nagueres le deceut.La mort de MeroveeMérovée II (550 — 577)Prince franc (550-577) Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric IerOr, en ce temps, tindrent à grandz
miraclesUng tas de folz qui, soubz divins oracles,Creurent les sortz de leur affaire+leurs affaires [Aix419, Cha515]leurs affaires [BnFfr17274] bonsSus quelques motz de versetz et respons.[2105]À ceste cause alla faire lectureCe+Or [BnFfr23146]MeroveeMérovée II (550 — 577)Prince franc (550-577) Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier en la saincte
escripture,Où il trouva selon l'interpreterDevoir sa voye autre part apprester.+om. [BnFfr23146]Ainsi en fist.
Et se+s'en [BnFfr23146] partit d'emblee[2110]Hors la franchise, à petite assemblee,Et en Champaigne alla, où il fut pris.Lors se trouva de craincte si espris,Doubtant tumber en la main de son pere,Que le meschant alors se desespere[2115]Et contraignit ung sien prouchain affinLe coup mortel luy donner12. C'est sa fin.
Les deux sources principales de Cretin mentionnent
les fortifications de l'église Saint-Martin, mais en des termes
assez différents ; quoi qu'il en soit, Cretin emprunte aux
GCF la mention d'une victoire de Chilpéric par
affamement. [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. XVIr : « au temple Sainct Martin, construyt de tables de boys
près des murs de la ville » ; GCF, liv. III, chap. 4
(vol. 1, p. 229) : « l'eglise Saint Martin qui moult estoit forment
maçonée desus les murs de la cité. En vain se fust li rois
travailliez d'iaus traire de laienz par force, se ce ne fust par
afamer ».
Cretin modifie la
durée qu'il trouve dans ses deux sources principales. [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIr : « ung ou deux
jours » ; GCF, liv. III, chap. 4 (vol. 1, p. 229) : «
par II jors ».
Les « vïandes », associées à un plaisir
grivois et inconvenant de la chair au chapitre précédent, alertent
ici le lecteur sur la dimension fallacieuse de la « joyeuse
chere » (v. 2074) de Chilpéric, tout en conférant une
certaine légitimité à sa mise en scène, puisqu'il ne fait que
retourner les vices de ses ennemis contre eux.
Rien ne permet à
Cretin de réaliser que le Gontran dont il est ici question n'est pas
le frère de Chilpéric et l'oncle de Mérovée. En effet, [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVIr a
seulement : « par la persuasion de Gontran », et fol. XVIv une
référence ambigue à « son frere Gontran ». Or, les
GCF, liv. III, chap. 7 (vol. 1, p. 240) précisent
qu'il s'agit d'un autre Gontran : « car li dux Gontrans dou quel
nous parlerons ça desouz li manda par ses messages que il s'en isist
». Il s'agit en réalité de Gontran
BosonGontran Boson (545 — 587)Duc franc au service de Sigebert Ier et Childebert II.
Peut-être gêné par
le suicide assisté d'un fils désespéré face à l'adversité de son
père, Cretin abrège très significativement le récit donné par [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVIr-XVIv : «
Usa de sort Merovee, dont en ce temps on pouoit user sans danger de
punition, en la maniere qui s'ensuyt. Troys jours durans, les
sainctz livres devant soy ouvers, veillant les nuyctz, Merovee
attendoit la responce divine, le fueillet tourné, dressant ses yeulx
au livre des Roys va lyre ce que s'ensuyt : “Pour ce que avez
delaissé vostre Dieu, maistre et seigneur, il vous a livrez en la
main de voz ennemys.” [1 Rois 9 : 9] Secondement, pensant au
pseausme de David, luy vint en memoire ce verset : “Tu les as
dejectez quant ilz estoient allegez.” [Psaumes 72 : 18] Tiercement,
il rencontra de l'Evangile de Jesus Christ : “Vous savez que aprés
deux jours sera fait la Pasque.” [Matthieu 26 : 2] De ces responces,
comme divinement à luy appartenans confermé, Meronee issit hors du
temple avec son frere Gontran, et puis prenant avec soy de tout
nombre six serviteurs - Gregoire escript cinq cens. Par Ausserre et
Digeon s'en alla en Champaigne. Lequel empoigné par les habitans du
pays, tomba en desespoir, sur toutes choses craignant son pere. En
ceste angoisse de couraige constitué, pria Gaylde, son serviteur,
qu'il le voulsist tuer, duquel incontinent frappé rendit l'esperit.
»
§Lhiſtoire dit que
Chilperich / par forceFiſt lun de lautre
aſſez
toſt ſeparerPuys Merouee / a ſon
deſeſpererDe lame et corps cauſa piteux diuorſe
§
Chapitre. xie.
[2035]APres doulx temps /
ſourd
oꝛaige et foꝛt
ventApꝛes plaiſir ſuruient dueil bien ſouuentComme il aduint apꝛes le
cariaigeDe ce ſoudain et legier mariaigeHomme cueillant le fruict dautruy pommier[2040]Souuent
mengeut
/ ſon pain blanc le pꝛemierEt trouue toſt ſa plaiſance bannieQuant
il
ſe alie a
male compaignieQui mect plus
eau que vin en ſon
hanapCeſt fait paſſer la
pane oultre le
dꝛap[2045]Quant douleur rend lieſſe ſuccumbeeLa belle chere en va ſoudain tumbeeAuſſi ces deux / apꝛes auoir
emplizLeurs cueurs de ioye / en deſirs acomplizSi tres ſoudain ſe retourna la chance[2050]Que
pour plaiſir
eurent
male meſchanceChilperich par
ſubtil moyen eut Merouee et
Brunechilde.Car Chilperich mal
content de
celaDedans Rouan ſon couroux deſcelaEt
ſeffoꝛca
eulx deux faire ſurpꝛendꝛeMais ſa
fureur
doubtans
ſe
allerent rendꝛe[2055]En vng
monſtier /
qui
franchiſe poꝛtoit /Et luy fut dit que loiſible neſtoit /Les en tirer ſans rompꝛe la
franchiſeEt dautre part / que ceſtoit en legliſeDe ſainct martin foꝛtiffiee aſſez[2060]Pour eſtre auant neuf ou dix moys paſſezSans les auoir de la que par famineLoꝛs aduiſa y beſongner de myneEt doulcement enuoya deuers eulxLes
depꝛians
neſtre de riens
pouureux[2065]Et que
pꝛeſentz
/ tous ceulx de ſa nobleſſePꝛomectoit foy de roy et gentilleſſeLeur mariaige a raiſon de bon dꝛoitEntretenir
de bien loyal endꝛoitEulx confians (comme perſonnes folles)[2070]Au fainct
blazon de parolles friuollesSoꝛtirent hoꝛs
a
leur ſanglant malheurDueil / deſplaiſir / ennuy / peine / et douleurCar nonobſtant / que au ſemblant contrefaireSceuſt Chilperich
ioyeuſe
chere faire[2075]Et que durans quatre ou cinq
iour / leur fuſtMerouee
ſen fuyt a sainct martin de
Tours.FueiłDꝛeſſe recueil de gꝛacieux
affuſt
/En banquetz
pleins de
viandes exquiſesIoyeux eſbatz
et plaiſances requiſesDont
on
fait feſte et gꝛoſſe chere a gentz[2080]Pour qui en riens ne
ſeſpergnent argentzSi
rendit toſt Bꝛunechilde
attourneeDe
courte
ioye et chance
retourneeCar au partir Merouee
emmenaDedans Paris /. et ſoudain
loꝛdonna[2085]Mectre in ſacris /
le voulant faire pꝛeſtreMais conſeille / a leſtat impꝛopꝛe eſtreSans y donner autre concluſionSe tint
a tant
/
À la
ſuaſionDu roy Gontran ſon
frere et loꝛs demblee[2090]Se departit /. dont la feſte troubleeDiligemment ſuyuy / pour ſeurs deſtours
Se alla gecter a ſainct martin de Tours§Chilperich mys au dur deſtroit et
pꝛeſſeDe fier couroux / oꝛdonna charge expꝛeſſe[2095]Aux ſiens deſquelz penſoit eſtre tout ſeurPoᷣle
tirer de leans par doulceurCar autrement neſtoit bon ny loiſibleLen gecter hoꝛs /. Mais il ne fut poſſibleA eulx
lauoir
/. par ce que aduiſer ſceut[2100]Quen pareil cas nagueres le deceutLa mort de Merouee :-Oꝛ en ce temps tindꝛent a gꝛandz
miraclesVng tas de folz / qui ſoubz diuins oꝛaclesCreurent les
ſoꝛtz de
leur affaire
bonsSus
quelques motz de verſetz et reſpons[2105]A ceſte cauſe alla faire lectureCe
Merouee en la ſaincte
eſcriptureOu il trouua (ſelon linterpꝛeter)Deuoir ſa voye autre part appꝛeſterAinſi en fiſt /.
et
ſe
partit demblee[2110]Hoꝛs la franchiſe a petite aſſembleeEt en Champaigne alla / ou il fut pꝛisLoꝛs ſe trouua de craincte ſi eſpꝛisDoubtant tumber en la main de ſon pereQue le meſchant aloꝛs ſe deſeſpere[2115]Et contraignit vng
ſien pꝛouchain affinLe coup moꝛtel
luy donner /. Ceſt ſa fin
Afficher les surlignagesMasquer les surlignagesAfficher les appels de collationsMasquer les appels de collationsAfficher les appels de notesMasquer les appels de notes
§L'histoire dit que
ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) , par force,Fist l'un de l'autre assez+assé [BnFfr23146] tost separer.Puys MeroveeMérovée II (550 — 577)Prince franc (550-577) Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier, à son
desesperer+desespoir [BnFfr4965],De l'ame et corps causa piteux divorse.
[2035]Aprés doulx temps,
sourd+sort [BnFfr23146]1 oraige et fort vent+temps [BnFfr4964]temps [Cha515] ;Aprés plaisir, survient dueil bien souvent,Comme il advint, aprés, le
carïaigeDe ce soudain et legier marïaige2.Homme cueillant le fruict d'autruy pommier[2040]Souvent mengeut+mange [Aix419] son pain blanc3 le premier,Et trouve tost sa plaisance bannieQuant
il se alie à male compaignie.Qui mect plus eau que vin en son
hanap,C'est fait passer la
pane oultre le
drap4.[2045]Quant douleur rend lïesse succumbee,La belle chere en va soudain tumbee.Aussi, ces deux, aprés avoir emplizLeurs cueurs de joye en desirs acompliz,Si trés soudain se retourna la chance,[2050]Que pour plaisir eurent+advient [BnFfr23146] male meschance.ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) par
subtil moyen eut MeroveeMérovée II (550 — 577)Prince franc (550-577) Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier et
BrunechildeBrunehaut (entre 545 et 550 — 613)Princesse Wisigoths (?-566) Reine des Francs d'Austrasie (566-575) Car ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) , mal
content de cela+sela [BnFfr23146],Dedans Rouan son couroux descelaEt s'efforça+s'esforce [BnFfr23146] eulx deux faire surprendre.Mais, sa fureur+faveur [Cha515]
doubtans, se+s'en [BnFfr17274] allerent rendre[2055]En ung
monstier
qui
franchise portoit.Et luy fut dit que loisible n'estoitLes en tirer sans rompre la
franchise,Et d'autre part que c'estoit en l'egliseDe Sainct Martin, fortiffïee assez[2060]Pour estre avant neuf ou dix moys passez,Sans les avoir de là que par famine5.Lors advisa y besongner de myne6,Et doulcement envoya devers eulx,Les deprians n'estre de riens
pouvreux[2065]Et que, presentz+presant [BnFfr23146] tous ceulx de sa noblesse,Promectoit, foy de roy et gentillesse,Leur marïaige, à raison de bon droit,Entretenir de bien loyal endroit.Eulx confïans, comme personnes folles,[2070]Au fainct
blazon de parolles frivollesSortirent hors à leur sanglant malheur,Dueil, desplaisir, ennuy, peine et douleur.Car nonobstant que au semblant contrefaireSceust ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584)
joyeuse
chere faire,[2075]Et que durans quatre ou cinq jours+jour leçon rejetée [BnFfr2818]7 leur fustMeroveeMérovée II (550 — 577)Prince franc (550-577) Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier
s'enfuyt à Sainct Martin de
ToursDressé recueil de gracïeux affust8+accueil [BnFfr4965],En banquetz pleins de
vïandes exquises9,Joyeux esbatz et plaisances requises,Dont on+en [BnFfr23146] fait feste et grosse chere à gentz[2080]Pour qui en riens ne s'espergnent argentz,Si rendit tost BrunechildeBrunehaut (entre 545 et 550 — 613)Princesse Wisigoths (?-566) Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
attourneeDe courte+tourte [BnFfr17274]toute [BnFfr23146] joye et chance retournee.Car, au partir, MeroveeMérovée II (550 — 577)Prince franc (550-577) Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier
emmena10Dedans Paris et soudain
l'ordonna[2085]Mectre in sacris,
le voulant faire prestre.Mais conseillé à l'estat impropre estre,Sans y donner autre conclusïon,Se tint à tant+actant [BnFfr23146]
à la
suasïonDu roy GontranGontran (532 — 30/03/593)Roi des Francs de Bourgogne (561-593) Saint catholique, roi franc de Bourgogne, son
frere11, et lors d'emblee[2090]Se departit, dont la feste troubleeDiligemment suyvy, pour seurs destours, Se alla gecter à Sainct Martin de Tours.§ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) , mys au dur destroit et
presseDe fier couroux, ordonna charge expresse[2095]Aux siens desquelz pensoit estre tout seur,Pourle tirer de lëans par doulceur.Car autrement n'estoit bon ny loisibleL'en gecter hors. Mais il ne fut possibleÀ eulx l'avoir+le v veoir [BnFfr23146], par ce que adviser sceut[2100]Qu'en pareil cas nagueres le deceut.La mort de MeroveeMérovée II (550 — 577)Prince franc (550-577) Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric IerOr, en ce temps, tindrent à grandz
miraclesUng tas de folz qui, soubz divins oracles,Creurent les sortz de leur affaire+leurs affaires [Aix419, Cha515]leurs affaires [BnFfr17274] bonsSus quelques motz de versetz et respons.[2105]À ceste cause alla faire lectureCe+Or [BnFfr23146]MeroveeMérovée II (550 — 577)Prince franc (550-577) Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier en la saincte
escripture,Où il trouva selon l'interpreterDevoir sa voye autre part apprester.+om. [BnFfr23146]Ainsi en fist.
Et se+s'en [BnFfr23146] partit d'emblee[2110]Hors la franchise, à petite assemblee,Et en Champaigne alla, où il fut pris.Lors se trouva de craincte si espris,Doubtant tumber en la main de son pere,Que le meschant alors se desespere[2115]Et contraignit ung sien prouchain affinLe coup mortel luy donner12. C'est sa fin.
Les deux sources principales de Cretin mentionnent
les fortifications de l'église Saint-Martin, mais en des termes
assez différents ; quoi qu'il en soit, Cretin emprunte aux
GCF la mention d'une victoire de Chilpéric par
affamement. [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. XVIr : « au temple Sainct Martin, construyt de tables de boys
près des murs de la ville » ; GCF, liv. III, chap. 4
(vol. 1, p. 229) : « l'eglise Saint Martin qui moult estoit forment
maçonée desus les murs de la cité. En vain se fust li rois
travailliez d'iaus traire de laienz par force, se ce ne fust par
afamer ».
Cretin modifie la
durée qu'il trouve dans ses deux sources principales. [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIr : « ung ou deux
jours » ; GCF, liv. III, chap. 4 (vol. 1, p. 229) : «
par II jors ».
Les « vïandes », associées à un plaisir
grivois et inconvenant de la chair au chapitre précédent, alertent
ici le lecteur sur la dimension fallacieuse de la « joyeuse
chere » (v. 2074) de Chilpéric, tout en conférant une
certaine légitimité à sa mise en scène, puisqu'il ne fait que
retourner les vices de ses ennemis contre eux.
Rien ne permet à
Cretin de réaliser que le Gontran dont il est ici question n'est pas
le frère de Chilpéric et l'oncle de Mérovée. En effet, [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVIr a
seulement : « par la persuasion de Gontran », et fol. XVIv une
référence ambigue à « son frere Gontran ». Or, les
GCF, liv. III, chap. 7 (vol. 1, p. 240) précisent
qu'il s'agit d'un autre Gontran : « car li dux Gontrans dou quel
nous parlerons ça desouz li manda par ses messages que il s'en isist
». Il s'agit en réalité de Gontran
BosonGontran Boson (545 — 587)Duc franc au service de Sigebert Ier et Childebert II.
Peut-être gêné par
le suicide assisté d'un fils désespéré face à l'adversité de son
père, Cretin abrège très significativement le récit donné par [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVIr-XVIv : «
Usa de sort Merovee, dont en ce temps on pouoit user sans danger de
punition, en la maniere qui s'ensuyt. Troys jours durans, les
sainctz livres devant soy ouvers, veillant les nuyctz, Merovee
attendoit la responce divine, le fueillet tourné, dressant ses yeulx
au livre des Roys va lyre ce que s'ensuyt : “Pour ce que avez
delaissé vostre Dieu, maistre et seigneur, il vous a livrez en la
main de voz ennemys.” [1 Rois 9 : 9] Secondement, pensant au
pseausme de David, luy vint en memoire ce verset : “Tu les as
dejectez quant ilz estoient allegez.” [Psaumes 72 : 18] Tiercement,
il rencontra de l'Evangile de Jesus Christ : “Vous savez que aprés
deux jours sera fait la Pasque.” [Matthieu 26 : 2] De ces responces,
comme divinement à luy appartenans confermé, Meronee issit hors du
temple avec son frere Gontran, et puis prenant avec soy de tout
nombre six serviteurs - Gregoire escript cinq cens. Par Ausserre et
Digeon s'en alla en Champaigne. Lequel empoigné par les habitans du
pays, tomba en desespoir, sur toutes choses craignant son pere. En
ceste angoisse de couraige constitué, pria Gaylde, son serviteur,
qu'il le voulsist tuer, duquel incontinent frappé rendit l'esperit.
»
Les deux sources principales de Cretin mentionnent
les fortifications de l'église Saint-Martin, mais en des termes
assez différents ; quoi qu'il en soit, Cretin emprunte aux
GCF la mention d'une victoire de Chilpéric par
affamement. [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. XVIr : « au temple Sainct Martin, construyt de tables de boys
près des murs de la ville » ; GCF, liv. III, chap. 4
(vol. 1, p. 229) : « l'eglise Saint Martin qui moult estoit forment
maçonée desus les murs de la cité. En vain se fust li rois
travailliez d'iaus traire de laienz par force, se ce ne fust par
afamer ».
Cretin modifie la
durée qu'il trouve dans ses deux sources principales. [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIr : « ung ou deux
jours » ; GCF, liv. III, chap. 4 (vol. 1, p. 229) : «
par II jors ».
Les « vïandes », associées à un plaisir
grivois et inconvenant de la chair au chapitre précédent, alertent
ici le lecteur sur la dimension fallacieuse de la « joyeuse
chere » (v. 2074) de Chilpéric, tout en conférant une
certaine légitimité à sa mise en scène, puisqu'il ne fait que
retourner les vices de ses ennemis contre eux.
Rien ne permet à
Cretin de réaliser que le Gontran dont il est ici question n'est pas
le frère de Chilpéric et l'oncle de Mérovée. En effet, [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVIr a
seulement : « par la persuasion de Gontran », et fol. XVIv une
référence ambigue à « son frere Gontran ». Or, les
GCF, liv. III, chap. 7 (vol. 1, p. 240) précisent
qu'il s'agit d'un autre Gontran : « car li dux Gontrans dou quel
nous parlerons ça desouz li manda par ses messages que il s'en isist
». Il s'agit en réalité de Gontran
BosonGontran Boson (545 — 587)Duc franc au service de Sigebert Ier et Childebert II.
Peut-être gêné par
le suicide assisté d'un fils désespéré face à l'adversité de son
père, Cretin abrège très significativement le récit donné par [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVIr-XVIv : «
Usa de sort Merovee, dont en ce temps on pouoit user sans danger de
punition, en la maniere qui s'ensuyt. Troys jours durans, les
sainctz livres devant soy ouvers, veillant les nuyctz, Merovee
attendoit la responce divine, le fueillet tourné, dressant ses yeulx
au livre des Roys va lyre ce que s'ensuyt : “Pour ce que avez
delaissé vostre Dieu, maistre et seigneur, il vous a livrez en la
main de voz ennemys.” [1 Rois 9 : 9] Secondement, pensant au
pseausme de David, luy vint en memoire ce verset : “Tu les as
dejectez quant ilz estoient allegez.” [Psaumes 72 : 18] Tiercement,
il rencontra de l'Evangile de Jesus Christ : “Vous savez que aprés
deux jours sera fait la Pasque.” [Matthieu 26 : 2] De ces responces,
comme divinement à luy appartenans confermé, Meronee issit hors du
temple avec son frere Gontran, et puis prenant avec soy de tout
nombre six serviteurs - Gregoire escript cinq cens. Par Ausserre et
Digeon s'en alla en Champaigne. Lequel empoigné par les habitans du
pays, tomba en desespoir, sur toutes choses craignant son pere. En
ceste angoisse de couraige constitué, pria Gaylde, son serviteur,
qu'il le voulsist tuer, duquel incontinent frappé rendit l'esperit.
»