Livre II - Chapitre 25
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Fueił
§Enorme cas entend le cōpte ouurir Sus Fredegonde / auſtere en ceſt affaire [3765]Faiſant le roy villainement deffaire. Pour ſon peche deteſtable couurir.
§ Chapitre. xxve.
La cauſe de ialouſie de Chilperich en ſa femme Fredegonde.Fueił ADuint vng iour / comme deſir pourchace Lhomme au plaiſir et deduyt de la chace Ce roy voulut a laſſemblee aller [3770]De gꝛand matin pour luy meſmes bailler Le cerf aux chiens et le veoir courre a foꝛce /. Oꝛ de malheur / ainſi quon ſe parfoꝛce Aulcuneſ fois quelque choſe eſpꝛouuer Quon ne deuroit vouloir iamais trouuer [3775]Paſſant parmy vne chambꝛe ſeconde Il veit couchee en ſon lict / fredegonde Qui deuers luy / le doz tourne auoit Mais eſtre la pꝛeſent ne le ſcauoit /. En ſe iouant (ſans mot dire) luy gecte [3780]De ſa houſſine / et legiere vergette Vng petit coup / ſeullement ſus le doz Par quoy laſcha (de ſa bouche) ces motz. Laiſſe Landꝛy /. Qui te donne (diſt elle) De me frapper la hardieſſe telle / ? [3785]Sur ce / le roy paſſe oultre / et aux teſmoings Ne ſonna mot /. Si nen penſa pas moins Car il entra en vne frenaiſie De gꝛoſſe / lourde et foꝛte ialouſie Dont pour paſſer tel ennuy / ſen alla [3790]Courre le cerf /. Oꝛ entendez cela Que Chilperich contre le loz et fame
Fredegonde ſe plainct a ſon paillart Landry De pꝛudhommie / entretenoit la femme De ce Landꝛy / du palais gouuerneur Et luy auſſi la royne / par honneur /. [3795]Sans regarder au cas de gꝛiefue coulpe Faiſoit au roy (de meſme et tel pain) ſouppe §Loꝛs Fredegonde / ayant en ſoy penſe Auoir treſfoꝛt ſon mary offenſe Secretement par vne damoyſelle [3800]Manda Landꝛy / ſoudain venir vers elle /. Luy arriue /. A regꝛetz / plainctes / pleurs Et gꝛandz ſouſpirs / deſcouurit ſes douleurs Diſant Landꝛy./ Si oꝛes plaings et pleure Ceſt a bon dꝛoit /. Bien doibz mauldire lheure [3805] Que oncques me veis /. Le fier dard qui tout moꝛd Par mon deffault / te rendꝛa tantoſt moꝛt / Nauiſe plus viure au monde /. Mais penſe De ton ſepulchꝛe /. O quelle reſcompenſe As tu / dauoir acomply mon deſir / ? [3810] Ceſt dure moꝛt qui ton cueur vient ſaiſir /. Las auiourduy. Ie poure malheureuſe Ay dicte au roy parolle douloureuſe /. Iay dit vng mot cuydant parler a toy Du quel / congnoiſt la foy que ie luy doy [3815] Par mariaige auoir eſte bꝛiſee Dont ie ſeray a touſiours deſpꝛiſee .
Fredegonde conſeille a Landry de faire occire Chilperich. Fueił En recitant / ce que auoit dit au roy Tumba Landꝛy en piteux deſarroy Triſte / tremblant / pale / piteux en face [3820]Et douloureux / au cueur / ne ſcet quil face Attainct de dueil / comme pꝛeſt de paſmer Ne peult parolle ouurir ny entamer Et bien long temps en la place demeure Nactendant / foꝛs le coup / dont fault quil meure /. [3825]Hoꝛs de pꝛopos / perturbe en ſon ſens Ses vertueux effoꝛs renduz abſens Tout eſlongne de ſa foꝛce virile Et ioincte a luy foibleſſe puerile Ia ſembloit moꝛt / et a demy tranſy /. [3830]Loꝛs le voyant / ceſte femme / eſtre ainſi Luy entreouurit ſon arriere bouticque De criminelle et meurdꝛiere pꝛacticque Et dit /. Amy /. Se voulons eſuiter Peril de moꝛt /. foꝛce eſt gentz inuiter [3835] Et conuier par pꝛeſentz de pecune A nous ayder / maniere ny voy que vne Ceſt que le roy / quant il va quelque part / Meſmes chaſſer /. touſiours retourne tard Pour ce te fault pꝛacticquer gentz de care [3840] Qui coups moꝛtelz donnent / ſans dire gare Auſquelz feras ouffres a plains bandons /
La mort du roy Chilperich. De gꝛandz treſoꝛs / richeſſes / et beaulx dons A ce que au ſoir leurs foꝛces eſuertuent Et que celluy a ſon arriuer / tuent / [3845] Par qui nous ſont telz dangiers pꝛeſentez Deſquelz ſerons ce iour pꝛopꝛe exemptez /. Soit oꝛ quon parle / ou quon ſen vueille taire Par le moyen de noſtre filz Clotaire Nous deux pourrons du royaulme iouyꝛ [3850] Paiſiblement / et noz cueurs eſiouyꝛ §Le conſeil pꝛis de ceſte deſloyalle Trop deſrogante a maieſte royalle Soudainement / Landꝛy trouua marchantz Mais quelz / ? Helas / vains / laſches / et meſchantz [3855]Gentz duitz a ſang et acharnez / pour telles Effuſions / mener a fins moꝛtelles /. Marche tranche fut complot pꝛis / et fait Rendꝛe a ce ſoir le roy moꝛt et deffait / Et tout ainſi que les paillardz pꝛomirent [3860]Luy arriuant / bien attiſtrez ſe mirent Au pꝛopꝛe lieu ou deſcendꝛe debuoit /. La congnoiſſantz que peu de gentz auoit / Au pꝛes de luy / pour lempꝛiſe deffendꝛe Et que eſtoit nuict /. de glayues luy vont fendꝛe / [3865]Et entamer les trippes et boyaulx /. Luy tumbe moꝛt /. les traiſtres deſloyaulx
La court eſmeue pour la mort de Chilperich.Fueił Et faulx meurdꝛiers / Affin que impꝛoperee Ne leur fuſt faulte. A voix deſeſperee Crierent tous / en courant ca et la [3870] Le roy eſt moꝛt /. Son nepueu a cela Le renge et mect /. Par parolles ſemblables Ne furent veuz eſtre du faict coulpables /. La court eſmeue a ce bꝛuit gꝛand et foꝛt Tout plain de gentz firent entier effoꝛt [3875]Daller apꝛes les aucteurs de ce crime Dont maintz dentreulx / iuſques lendemain pꝛime Coururent /. Mais nonobſtant leurs affuſtz Sans riens trouuer retournerent confuz. §Si toſt que fut la choſe reuelee [3880]A Fredegonde /. En ſoꝛte eſceruelee Alla criant / gemiſſant / ſouſpirant / Toꝛdant les bꝛaz / et ſes cheueulx tirant Comme a monſtrer par plainte violente Eſtre treſfoꝛt angoiſſeuſe et dolente [3885]Mais de cela mentoit / voire a veue dœil Quoy que la bouche en monſtraſt auoir dueil Si en rioit ſon cueur / penſant lempꝛiſe Auoit ſoꝛty effect de bonne pꝛiſe /. Auſſi Landꝛy en faiſant lignoꝛant [3890]Mena gꝛand dueil / pour lauoir a garand Et luy donner conuenable ſubſide
Des vices et cruaultez du roy Chilperich. Contre ce vil et hoꝛrible homicide §O cueurs peruers dardeur fiere alterez Cueurs obſtinez en maulx inueterez [3895]Marquez au coing dinfernal caractere Debuiez vous pas voſtre infame adultere Par quelque voye / excuſer et couurir Et le moyen dautre pꝛacticque ouurir Sans au ſeul coup de telle foꝛfaicture [3900]Du createur deffaire la facture /. Au foꝛt / celluy fut au metz aſſeruy Dont pluſieurs fois aultruy auoit ſeruy /. Lhomme cruel / durant ſon cours de vie Doibt cruaulte trouuer quant il deſuie [3905]Selon le mot /. que qui de glayue fiert De glayue auſſi eſt feru / comme affiert /. A vie / en bien. ou a mal habondante Eſt voluntiers la fin coꝛreſpondante La vie et fin de ce roy /. exciter [3910] Veullent ma plume / aſſez en reciter Mais pour raiſon quon ne doibt ſourd mauldire Et que mieulx vault ſen taire que meſdire Bien me plairoit en eſtre quicte / A tant Et ſe ien ſuys quelque mal recitant [3915]Ceſt / que ie doy (A bien le cas compꝛendꝛe) Donner matiere a tous dexemple y pꝛendꝛe /
Des vices et vie mauluaiſe de Chilperich.Fueił §Qui vouldꝛa foꝛt regarder a ſes faictz Dira ſon ame auoir pꝛis aſſez faix Gꝛos et peſantz / pour neſtre introniſee [3920]A cueillir fruict au beau champ Eliſee. Si ne le vueil / pour cela condemner Car a eieu eſt le ſauluer ou dampner Mais quoy / Sa vie et miſerable iſſue La doubte telle ont baſtie et tiſſue /. [3925]On fait de luy telle relation Que vent doꝛgueil / et vaine elation Son cueur enfle oultre enſeigne eſleuerent / Et ſe vantoit qu oncques ne ſe trouuerent / En france / clercz / pour la pꝛudence auoir [3930]A beaucoup pꝛes / de ſon ſens et ſcauoir §Il compoſa quelques liures en metres Repudiez / et non receuz de maiſtres Car oultre boꝛt / pꝛeſumptueux eſtoit Et hoꝛs la loy / des reigles y mectoit [3935] Longue ſillabe / ou debuoit eſtre bꝛiefue Et bꝛiefue longue /. Il miſt charge foꝛt gꝛiefue Sur gentz degliſe /. et touſiours les blaſma. Oncq nayma homme /. homme auſſi ne layma /. Aux eueſchez et autres benefices [3940]Eſtablit gentz tous pleins de malefices /. Il pꝛint plaiſir teſtamentz abolir /
Des vices et cruaultez du roy Chilperich. Villes bꝛuſler / et chaſteaux demolir Et puys quil fault que ſon oultraige die Comme Neron chantoit ſur tragedie [3945]Voyant le feu a Romme /. Ainſi faiſoit Et en cruel effoꝛt ſe deſduyſoit /. Sus tout auoit les cauſes odieuſes Des poures gens /. perſonnes ſtudieuſes Foꝛt meſpꝛiſoit /. De tous fut gꝛand mocqueur /. [3950] Oncques ne pꝛiſt matiere dhomme a cueur Foꝛs pour vſer de foꝛce et tyꝛannie /. Il fut lubꝛicque / et plein de glotonnie Tant ſe monſtra eſtre auaricieux Quil commanda aux vngs creuer les yeulx [3955]Autres nayer / pendꝛe / et coupper les teſtes Sans infoꝛmer / ne faire amples enqueſtes Pour confiſquer de leurs ſucceſſions Terres / treſoꝛs / biens / et poſſeſſions /. Puys ie plus dire / ? Eſt il beſoing que attiſtre [3960]Plume en papier / pour le louer a tiltre De bon renom / ? Certes oꝛdꝛe ny voy /. §Peu ou rien plaingt / a bien petit / conuoy Mene par eau / fut mys en ſepulture A sainct Germain des prez /. La leſcripture [3965]Contient de luy par epigꝛamme ainſi Ou a peu pꝛes que ie lay mys icy.
Epitaphe du roy Chilperich : Fueił
Fueił
Epitaphe.Qui vouldra gouuerner / ſus la choſe pub licque Et bien a droit regner / ſeſtudie et applique Abhorrer eſtre ainſi / en vie / actes / et meurs [3970]Que Chilperich tranſi / contraire a haultz hon neurs .
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§Enorme cas entend le compte ouvrir Sus FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, austere en cest+ceste [BnFfr17274] affaire, [3765]Faisant le roy villainement deffaire, Pour son peché detestable couvrir.
§ Chapitre xxve+Chapitre xxvi me [BnFfr4964]om. [BnFfr4965, BnFfr23146]Chappitre xxvie. [Aix419]Chapitre xxvie [BnFfr17274]Chappittre .xxvie. [Cha515]
La cause de jalousie de ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
en sa femme FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
Advint ung jour, comme desir pourchace+pourchass [Aix419] L'homme au+à [BnFfr23146] plaisir et deduyt de la chace1, Ce roy voulut à l'assemblee aller [3770]De grand matin, pour luy mesmes+mesme [BnFfr23146] bailler Le cerf aux chiens et le veoir courre à force. Or, de malheur, ainsi qu'on se parforce Aulcunes+Aucune [BnFfr23146] fois quelque chose esprouver Qu'on ne devroit vouloir jamais trouver2, [3775]Passant parmy une chambre seconde, Il veit couchee, en son lict, FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
3 Qui, devers luy, le doz tourné avoit, Mais estre là present ne le sçavoit. En se jouant, sans mot dire, luy gecte [3780]De sa houssine et legiere vergette Ung petit coup, seullement sus le doz, Par quoy lascha, de sa bouche, ces motz4 : « Laisse LandryLandry ( — ), qui te donne, dist elle, De me frapper la hardïesse telle ? » [3785]Sur ce, le roy passe oultre, et aux tesmoings Ne sonna mot5. Si n'en pensa+passa [BnFfr23146] pas moins, Car il entra en une frenaisie De grosse lourde et forte jalousie, Dont, pour passer tel ennuy, s'en alla [3790]Courre le cerf. Or entendez+Ors entendé [BnFfr23146] cela, Que ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
contre le loz et fame
FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
se plainct à son paillart LandryLandry ( — ) De prud'hommie, entretenoit la femme+om. [BnFfr23146] De ce LandryLandry ( — ), du palais gouverneur6, Et luy aussi la royne, par honneur, [3795]Sans regarder au cas de griefve coulpe, Faisoit au roy de mesme et tel pain souppe7. §Lors FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, ayant en soy pensé Avoir trés fort son mary offensé8, Secretement, par une damoyselle9, [3800]Manda LandryLandry ( — ) soudain venir vers elle. Luy arrivé, à regretz, plainctes+plains [Aix419], +et [BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146] pleurs Et+À [BnFfr23146] grandz souspirs, descouvrit ses douleurs, Disant : « LandryLandry ( — ), si ores plaings et pleure, C'est à bon droit. Bien doibz mauldire l'heure [3805] Que oncques me veis. Le fier dard qui tout mord, Par mon deffault, te rendra tantost mort10. N'avise plus vivre au monde, mais pense De ton sepulchre. O quelle rescompense As tu d'avoir acomply mon+ton [BnFfr4964, Cha515] desir11 ! [3810] C'est dure mort qui ton cueur vient saisir. Las aujourd'uy, je, povre malheureuse Ay dicte+dict [BnFfr17274, BnFfr23146] au roy parolle douloureuse ! J'ay dit ung mot cuydant parler à toy, Duquel congnoist la foy, que je luy doy [3815] Par marïaige, avoir esté brisee, Dont je seray à tousjours desprisee+mesprisee [BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146]12. »
FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
conseille à LandryLandry ( — ) de faire occire ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
En+Au [BnFfr23146] recitant ce+se [BnFfr23146] que avoit dit au roy, Tumba LandryLandry ( — ) en piteux desarroy. Triste, tremblant, pale, piteux en face [3820]Et douloureux au+en [BnFfr23146] cueur, ne scet qu'il face. Attainct de dueil, comme prest de pasmer, Ne peult parolle ouvrir ny entamer. Et bien longtemps, en la place, demeure, N'actendant fors le coup dont fault qu'il meure. [3825]Hors de propos, perturbé en son sens, Ses vertueux effors renduz absens, Tout eslongné de sa force virile, Et joincte à luy foiblesse+sa force [BnFfr23146] puerile, Ja sembloit mort+om. [BnFfr4965] et à demy transy+transif [BnFfr23146]. [3830]Lors le voyant, ceste+cest [BnFfr23146] femme, estre ainsi, Luy entreouvrit son arriere bouticque De criminelle et meurdriere practicque, Et dit13 : « Amy, se voulons esviter Peril de mort, force est gentz inviter [3835] Et convïer, par presentz de+et [BnFfr23146] pecune, À nous ayder. Maniere n'y voy que une, C'est que le roy, quant il va quelque part, Mesmes chasser, tousjours retourne+retourne tousjours [BnFfr4964, BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, Cha515]retourne tourjous [BnFfr23146] tard. Pour+Par [BnFfr23146] ce, te+om. [BnFfr17274] fault +il [BnFfr17274] practicquer gentz de care, [3840] Qui coups mortelz donnent sans dire gare, Ausquelz feras ouffres, à plains bandons,
La mort du roy ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
De grandz tresors, richesses et beaulx dons, À ce que au soir leurs+leur [BnFfr23146] forces esvertuent, Et que celluy+le Roy [BnFfr4965], à son arriver, tuent, [3845] Par qui nous sont telz +telz [BnFfr23146] dangiers presentez, Desquelz serons ce jour propre exemptez. Soit or qu'on parle ou qu'on s'en vueille taire, Par le moyen de nostre filz ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, Nous deux pourrons du royaulme jouyr [3850] Paisiblement, et noz cueurs esjouyr14. » §Le conseil pris de+à [BnFfr23146] ceste desloyalle, Trop desrogante à majesté royalle, Soudainement, LandryLandry ( — ) trouva marchantz+marchant [BnFfr23146], Mais quelz ? Helas, vains, lasches et meschantz, [3855]Gentz duitz à sang et acharnez, pour telles Effusïons mener à fins+fin [BnFfr17274] mortelles. Marché tranché fut, complot pris et+pris et complot [BnFfr23146] fait Rendre à ce soir le roy mort et deffait. Et tout ainsi que les paillardz promirent, [3860]Luy arrivant, bien attistrez se mirent Au propre lieu où descendre debvoit15. Là, congnoissantz que peu de gentz avoit Auprés de luy16, pour l'emprise deffendre, Et que estoit nuict, de glayves luy vont fendre [3865]Et entamer les trippes et boyaulx. Luy tumbé mort, les+ces [Aix419] traistres desloyaulx
La court esmeue pour la mort de ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
Et faulx+om. [BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146] meurdriers, affin que +lors [BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146] improperee Ne leur fust faulte, à voix desesperee Crierent tous, en courant+criant [BnFfr4965] çà et là : [3870] « Le roy est mort ! Son nepveu à cela Le renge et mect. » Par parolles semblables, Ne furent veuz estre du faict coulpables17. La court esmeue à ce bruit grand et fort, Tout plain de gentz firent entïer effort [3875]D'aller aprés les aucteurs de ce crime, Dont maintz d'entr'eulx, jusques +à [BnFfr4964]au [BnFfr4965]+jusqu'à [Aix419, BnFfr17274, Cha515]jusque [BnFfr23146] lendemain prime, Coururent. Mais nonobstant+non obstantz [BnFfr17274] leurs affustz, Sans riens+rien [Aix419] trouver retournerent confuz18. §Si tost que fut la chose revelee [3880]À FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, en sorte19 escervelee, Alla criant, gemissant, souspirant, Tordant les braz, et ses cheveulx tirant, Comme à monstrer, par plainte vïolente, Estre trés fort angoisseuse et dolente. [3885]Mais de cela mentoit, voire+
Des vices et cruaultez du roy ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
Contre ce vil et horrible homicide21. §O cueurs pervers d'ardeur fiere alterez, Cueurs obstinez en maulx inveterez, [3895]Marquez au coing d'infernal caractere, Debviez+Devriez [Aix419] vous pas vostre infame adultere Par quelque voye excuser et couvrir, Et le moyen d'autre practicque ouvrir, Sans, au+en [BnFfr23146] seul coup de telle forfaicture, [3900]Du CreateurDieu Concept de Dieu dans le christianisme deffaire la facture ? Au fort, celluy fut au metz asservy, Dont plusieurs fois aultruy avoit servy. L'homme crüel, durant son cours de vie, Doibt cruaulté trouver quant il desvie, [3905]Selon le mot que qui de glayve fiert, De glayve aussi est feru, comme affiert22. À vie en bien ou à+en [BnFfr17274, BnFfr23146] mal habondante, Est voluntiers la fin correspondante23. La vie et fin de ce roy, exciter [3910]Veullent+Volut [BnFfr17274] ma plume assez en reciter. Mais pour raison qu'on ne doibt sourd mauldire Et que mieulx vault s'en taire que mesdire, Bien me plairoit en estre quicte atant. Et se j'en suys quelque mal recitant, [3915]C'est que je doy+veoy [BnFfr4965]dy [Aix419], à bien le cas comprendre, Donner matiere à tous d'exemple+exemple [BnFfr17274]example [BnFfr23146] y prendre24.
Des vices et vie maulvaise de ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
§Qui vouldra fort regarder à ses+ces [BnFfr23146] faictz, Dira son ame avoir pris assez faix Gros et pesantz+pesant [BnFfr23146], pour n'estre intronisee [3920]À cueillir fruict au beau champ+camp [Aix419, BnFfr17274, Cha515] Elisee. Si ne le vueil pour+par [BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515] cela condemner, Car à DieuDieu Concept de Dieu dans le christianisme est le saulver ou dampner25. Mais quoy ? Sa vie et miserable issue26 La doubte telle ont bastie et tissue. [3925]On fait de luy telle relatïon Que vent d'orgueil et vaine elatïon Son cueur enflé, oultre enseigne, esleverent. Et se+om. [BnFfr4965] vantoit qu' oncques ne se trouverent, En France, clercz pour la prudence avoir, [3930]À beaucoup prés, de son sens et sçavoir27. §Il composa quelques livres en+et [BnFfr4965] metres, Repudïez et non receuz de+des [BnFfr4964, BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515] maistres, Car oultre bort presumptueux estoit. Et hors la loy des reigles, y mectoit [3935] Longue sillabe où debvoit estre briefve, Et briefve +et [Aix419] longue28. Il mist+meut [BnFfr4965] charge fort griefve Sur gentz d'eglise et tousjours les blasma29. Oncq n'ayma homme, homme aussi+et homme [BnFfr4965] ne l'ayma30. Aux eveschez et autres benefices, [3940]Establit gentz tous+tout [Aix419] pleins de malefices31. Il print plaisir testamentz+testamant [BnFfr23146] abolir,
Des vices et cruaultez du roy ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
Villes brusler et chasteaux demolir, Et puysqu'il fault que son oultraige die, Comme NeronNéron (13/12/37 — 07/06/68) Cinquième empereur romain de 54 à 68 chantoit sur tragedie, [3945]Voyant le feu à Romme, ainsi faisoit, Et en crüel effort+crüelz effors [Aix419]crüelx effortz [BnFfr17274]crüelz efforz [BnFfr23146] se desduysoit32. Sus tout avoit les causes odïeuses Des+De [BnFfr4965] povres gens33. Personnes studïeuses Fort mesprisoit+mesprisant [BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146]34. De tous fut grand mocqueur35. [3950]Oncques ne prist matiere d'homme à cueur, Fors pour user de force et tyrannie. Il fut lubricque et plein de glotonnie. Tant se monstra estre avaricïeux Qu'il commanda aux ungs crever les yeulx, [3955]Autres nayer, pendre et+om. [BnFfr17274, BnFfr23146, BnFfr4965] coupper les testes, Sans informer ne faire amples enquestes, Pour confisquer de leurs+leur [BnFfr23146] successïons Terres, tresors, biens et possessïons36. Puys je plus dire ? Est il besoing que attistre+a
Epitaphe du roy ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
Epitaphe40.+om. [BnFfr4964]Qui vouldra gouverner sus la chose publicque+om. [Aix419] Et bien à droit regner s'estudie et applique, Abhorrer estre+d'estre [Aix419] ainsi en vie, actes et meurs, [3970]Que Chilperich+Chilperi [BnFfr23146]Chilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
transi, contraire à haultz honneurs+om. [Aix419]41.
Note n°1
Par ce jeu de mot qui fait de l'homme la
proie de la chasse, Cretin s'amuse d'un passe-temps apprécié de
François Ier.
Note n°2
L'idée que Chilpéric cherchait à découvrir quelque
chose qu'il aurait mieux valu ne pas savoir est une appréciation de
Cretin. Gaguin-Desrey, fol. XXv et les GCF, liv. III,
chap. 19 (vol. 1, p. 311) ne font allusion à rien de
semblable.
Note n°3
Cretin introduit la suspicion dès ce point du récit
en signalant que Frédégonde se trouve dans une « chambre seconde »,
alors que la reine dispose évidemment d'appartements privés.
Gaguin-Desrey, fol. XXv dit : « entrant en la chambre de Fredegonde
» ; et les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 311) :
Chilpéric « entra si coiement en la chambre où ele [Frédégonde]
estoit »
Note n°4
Cretin ne précise
pas, à l'inverse de ses deux sources principales, que Frédégonde ne
regarde pas d'où vient le coup avant de parler. Gaguin-Desrey, fol.
XXv : « Duquel coup la royne ne se tourna de l'aultre costé pour
congnoistre celluy qui se jouoit, mais souspeçonnant que c'estoit
Landry, lequel avoit le gouvernement du palais, luy dist : [...] » ;
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 311) : « ele
ne se retourna pas por lui regarder, care elle cuida certainement
que ce feust uns autres. Lors dist : [...] ».
Note n°5
Le silence de
Chilpéric est une précision que seul donne Cretin. Tant
Gaguin-Desrey, fol. XXv que les GCF, liv. III, chap.
19 (vol. 1, p. 311) passent immédiatement au soupçon et à la
jalouse.
Note n°6
Cretin
emprunte ce titre à Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Landry, lequel avoit
le gouvernement du palais ». Les GCF, liv. III, chap.
19 (vol. 1, p. 311) sont plus latinisantes : « Cil Landriz estoit
quens du palais et li graindres de la maison ».
Note n°7
Il
rendait la pareille au roi (« faire de tel pain soupe » est une
expression attestée).
Note n°8
Cretin
suppose que Frédégonde a eu connaissance de sa méprise. Il reproduit
ainsi Gaguin-Desrey, fol. XXv, qui n'est pas plus explicite : «
Fredegonde, au departement du roy, le sentit offensé par ses
parolles. » Les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p.
312) se montrent plus soucieuses de maintenir le fil narratif : «
Fredegonde perçut bien que ce ot esté li rois et que il n'ot pas
portée de bon cuer la parole qu'ell ot dite ».
Note n°9
La présence de cette intermédiaire est
une originalité de Cretin.
Note n°10
La rime associant « le dard qui mord » avec le substantif ou l'adjectif « mort » est un lieu commun de la poésie (que l'on songe à la devise de Clément Marot : « la Mort n'y mord »). Cela suggère que les événements relatés par Cretin ne sont pas tant travaillés dans une perspective morale que divertissante.
L'adultère et la ruse des amants constitue d'ailleurs un sujet commun à bien des fabliaux ou nouvelles.
Note n°11
Cretin insiste sur
le fait que l'adultère a été commis à l'initiative de
Frédégonde, ce que n'indiquent pas Gaguin-Desrey, fol. XXv («
avecques elle avoit Landry fait coustume d'amour illicite ») et
encore moins les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1,
p. 311), qui ne caractérisent pas explicitement les relations de
Frédégonde et de Landry, mais précisent que celui-ci « le roi
honissoit de sa fame et li maintenoit en avoutire ».
Note n°12
Selon son habitude, Cretin
amplifie les prises de parole de Frédégonde par rapport à ce
qu'il trouve dans ses deux sources
principales.
Note n°13
Cretin développe
considérablement la description de l'état de Landry par rapport à ce
qu'il trouve chez Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Landry, troublé en son
couraige, pensoit ja estre mort, et cuydoit comme ja prins estre
empoigné pour mort souffrir, lequel Fredegonde voyant fremir oultre
qu'il n'est decent a couraige virille : “Landry [...].” » Il se
souvient également de la caractérisation en forme d'anticipation que
Gaguin-Desrey, fol. XXv dit un peu plus haut, au moment où
Frédégonde faire quérir Landry : « femme très excellente en meurdres
et homicides osa essayer ce memorable crime ». Cretin ne paraît pas
s'être ici inspiré du compte rendu des GCF, liv. III,
chap. 19 (vol. 1, p. 312), qui s'étendent davantage sur la détresse
de Landry : « Mout fu Landriz esbahiz quant il oy ce ; lors conmença
à recorder et à reciter ses meffez à lui meismes à grant doleur de
cuer. Li aguillons de conscience le poingnoit mout aigrement : il ne
veioit lieu où il peust fouir ne comment il peust eschaper ; il
sembloit que il feust pris et tenuz aussi comme li poissons est en
la rois. Forment prist à gemir et à soupirer et à dire : “Helas
maleureus ! pourquoi ajorna hui cist jours ouquel je sui cheuz en si
grant amertume de cuer ? laz cheitiz, je sui tourmentez en ma
conscience ; je ne sai que je puisse faire ne où je puisse vertir ne
tourner.” Lors, li dist Fredegonde [...]. »
Note n°14
Cretin développe le stratagème de Frédégonde qu'il reprend à
Gaguin-Desrey, fol. XXv : « “Landry, dist elle, une chose est
qui nous delivrera de peril. Chilperic est coustumier de grant
nuyt retourner de la chace à l'hostel. Fay doncques diligemment.
Va et les plus grans meurdriers vicieux et criminelz que trouver
pourras. Par dons et pecune sollicite de tuer soubdainement
Chilperic, quant par l'obscurité de la nuyt descendra de son
cheval. Par ce moyen, la mort surmonterons, et du royaulme
jouyrons.” » Il est possible que Cretin se soit également
inspiré, en particulier pour la fin, du passage équivalent dans
les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 312-313)
: « “Escoute, Landri, si orras ce que je vueill que tu faces,
qui proufitable nous sera. Quant il vendra, sempres tout tart,
si comme il a de coustume que il vient par nuit aucune foiz,
garde que tu aies apareilliez homicides, et que tu faces tant
vers aus par grans dons que il vueillent mettre leur vie en
perill, si que tantost conme il sera descenduz que il l'ocient
de coutieus. Quant ce sera fait, nous serons asseuré de la mort
et regnerons entre nous et nostre filz Clothaire.”
»
Note n°15
Cette transition est de Cretin et ne se trouve pas
chez Gaguin-Desrey, fol. XXv (« Suyvant Landry le conseil de la
royne, mist les meurdriers au guet ») et dans les
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 313), qui disent
seulement : « Landriz loa mout ce conseill ; il se porvut de son
afaire. »
Note n°16
Ce détail ne
vient pas de Gaguin-Desrey, fol. XXv mais probablement des
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 313) : « cil
qui avoec lui [Chilpéric] furent venu si n'entendirent pas à lui,
ains alerent l uns ça et li autres là, si comme coustume est de
chaceeurs. »
Note n°17
Omettant, de façon un peu étrange, de donner le nom
du neveu en question, Cretin paraît ici plus proche des
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 313) : « Lors
conmencierent cil meismes qi ocis l'avoient à crier : “Hai ! hai !
mors est li rois. Childebers ses nies l'a fait occirre par ses
espies, qui maintenent tournerent en fuie que il l'orent occis.” »
Il corrige ainsi Gaguin-Desrey, fol. XXv, qui se méprend sur la
nature du lien familial entre Chilpéric et Childebert : « L'homicide
commis, cryoient que Chilperic estoit occis et comme innocens et
ignorans de cestuy homicide, disoient à haulte voix que Childebert
avoit tué son pere. »
Note n°18
Il
est difficile de déterminer laquelle de ses deux sources principales
Cretin privilégie ici, même si son récit légèrement plus ample
rappelle davantage les GCF, liv. III, chap. 19 (vol.
1, p. 313) : « Tuit retornerent en la place où li rois isoit mors ;
quant il oïrent le cri, aucun monterent sus leur chevaus et
conmencierent à chacier ceus que il ne veioient pas. Quant il orent
une piece chacié ceus que il ne trouvassent pas legierement, il
retournerent arrieres. » Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Les officiers
de la maison du roy, montez dessus chevaulx en vain couroient çà et
là pour prendre les homicides. »
Note n°19
Comme.
Note n°20
L'opposition de la bouche et du cueur est proverbiale quand il s'agit de dénoncer l'hypocrisie. Voir par exemple Alain Chartier,
« La bouche prononce les paroles, mais Dieu regarde le coeur » (Le Livre d'Espérance, éd. François Rouy, Paris, Champion, 1989, p. 164) ou encore la première devise de Clément Marot, qui revendique la sincérité,
« de bouche et de cueur ».
Note n°21
Tous les écarts de Cretin vis-à-vis de ses sources visent à rendre plus vivant et plus plaisant son récit : ajout de détails
circonstanciels, de personnages types (la demoiselle de Frédégonde, les « gens de care » et marchands), amplification des
lamentations de Frédégonde et de la description pathétique de Landry. Le souci de Cretin pour le placere de sa Chronique est indéniable ; il prépare d'autant mieux, par contraste, le docere qui suit.
Note n°22
Matthieu 26 : 52 : « Alors Jésus lui
dit : Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prendront
l'épée périront par l'épée. »
Note n°23
Les réactions de Frédégonde et Landry, ainsi que la
déploration qui suit et la morale sur la violence, sont entièrement
de Cretin et rien ne leur correspond dans ses deux sources
principales.
Note n°24
Cretin, qui
renvoie ici au topos cicéronien de l'histoire comme « école de la
vie », De Oratore, II, 36, prépare son lecteur à un
jugement global de l'action de Chilpéric qu'il trouve chez
Gaguin-Desrey, fol. XXv et dans les GCF, liv. III,
chap. 19 (vol. 1, p. 314-315).
Note n°25
Cretin,
à l'inverse de ses deux sources principales, aborde la discussion
dans les termes du salut.
Note n°26
Ces mots trahissent une parenté forte avec
Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Par tant miserable yssue de vie, laissa
Chilperic le royaulme ».
Note n°27
Ce détail est inspiré des
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) : « Hons
fu plains de si grant presumption, que il cuidoit esrte plus sages
que tuit cil qui furent de son tems. »
Note n°28
Cretin reprend aux
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) un
élément qui figure dans ses deux sources principales : « Il compila
II livres aussi comme Sedules avoit fait ; par vers estoient cil
livre baillié. Les sillabes brieves estoient mises pour longues et
les longues pour brieves ; autres traitiez fist assez qui ne pooient
estre receu, ne ne devoient pas nule raison ; pour ce furent osté et
effacié de toute memoire d'onme après sa mort. » Gaguin-Desrey, fol.
XXv : « Il avoit escript je ne sçay quelz livres par vers mal
acoustrez, et plusieurs aultres, lesquelz contenans chose cruelle et
inique furent par saiges gens totallement destruitz et exterminez.
»
Note n°29
Cretin ramasse en une phrase les
critiques qu'il trouve dans les GCF, liv. III, chap.
19 (vol. 1, p. 314) : « Les eglises et les abaïes avoit en trop
grant haine, dont il disoit aucune foiz devant touz quant il seioit
en son palais : “Toutes nos richeces descendent à sainte Eglise ;
clerc et prelat regnent et sont honoré sus toutes autres gens”. »
Gaguin-Desrey, fol. XXv parle d'un « haisseur des esglises, irriseur
et despriseur de l'ordre ecclesiasticque ».
Note n°30
GCF,
liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 315) : « L'en porroit plainement dire
que il n'aima onques nullui parfaitement, ne de nului ne fu onques
parfaitement amez. » Gaguin-Desrey, fol. XXv : « comme il ne gardoit
et entretenoit aucun bon amy, aussi nul amy luy fut. »
Note n°31
Cretin
élargit la portée de la critique précise que ses deux sources
principales transmettent. GCF, liv. III, chap. 19
(vol. 1, p. 314) : « En son temps furent poi de genz clers mis en
eveschiez ; volentiers contredisoit les eglises à ceus qui
nouvelement estoient convertis en la foy. » Gaguin-Desrey, fol. XXv
: « lequel a tousjours plus prisé et reputé les nouveaulx convertiz
à la foy que ceulx lesquelz longue et continuelle religion louoit, à
ceulx là donnant eglises et benefices et à ceulx cy peu faisant de
service. »
Note n°32
Ces reproches sont de Cretin.
Note n°33
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) : « Les
quereles des povres gens ne lessoit pas legierement venir devant
lui. » Gaguin-Desrey, fol. XXv : « dejecteur des povres ».
Note n°34
Ce reproche paraît une redite des v.
3935-3937.
Note n°35
Cretin résume et renforce les GCF,
liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) : « Des prestres et des
menistres de sainte Eglise se gaboit et les avoit tournez en
escharnissemenz. » Gaguin-Desrey, fol. XXv : « irriseur et
despriseur de l'ordre ecclesiasticque ».
Note n°36
Ces derniers griefs sont de la plume de
Cretin.
Note n°37
Cretin ponctue son
énumération des vices de Chilpéric par une interrogation rhétorique
qui rappelle celle des GCF, liv. III, chap. 19 (vol.
1, p. 314-315) : « Porquoi raconteriens plus de ses teiches ? »
Gaguin-Desrey, fol. XXv est pareillement pressé d'en finir : « Mais
il me plaist de laisser Chilperic derriere ».
Note n°38
Cretin
doit revenir en arrière pour rendre compte de l'enterrement de
Chilpéric, relaté avant l'appréciation de son action chez
Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Lors Mardulphe, evesque de Senlis, avoit
quelque affaire en court, lequel, le roy mort, l'ensevelit et mis en
une nasselle sur la ryviere. Le fist porter à l'eglise Sainct
Germain des Préz que cestuy roy avoit fait construyre et ediffier,
ou l'on voyt aussi à present son sepulchre. » Les
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) contiennent
un récit à peu près identique mais où le nom de l'abbaye n'est pas
mis à jour : « En sepoulture fu mis en l'eglise Saint Vincent,
dehors les murs de Paris, où il avoit donné mout de pocessions et de
franchises. »
Note n°39
En historiographe de son temps, Cretin s’évertue à indiquer que ses sources sont les plus proches, chronologiquement, des
faits considérés (puisqu’il s’agit de l’épitaphe du roi, donc a priori texte gravé sur son tombeau) et qu’il les a obtenues
de première main (puisque le tombeau « contient », au présent, l’épigramme ci-dessous reportée). Pourtant, le quatrain qui
suit est bien de son invention, à partir de données fournies par Gaguin-Desrey… (voir note source, v. 3970).
Note n°40
Le quatrain de rimes suivies qui suit est composé d’alexandrins, un vers encore peu usité en France, mais qui connaît quelque
essor notamment dans l’écriture des épitaphes et chez les indiciaires bourguignons (voir Olivier Halévy, La vie d’une forme : l’alexandrin renaissant (1452-1573), thèse de doctorat réalisée sous la direction de Francis Goyet, Université Stendhal, 2003). En particulier, les quatrains
d’alexandrins avec rimes brisées (qui peuvent donc également se lire comme des huitains d’hexasyllabes en rimes croisées)
sont caractéristiques de certaines chroniques en vers bourguignonnes, telles que La recollection des merveilleuses advenues de Chastelain et Molinet, mais aussi la Chronique Abrégée de Nicaise Ladam.
À proprement parler, ce quatrain n’est pas vraiment une épitaphe, laquelle se caractérise par le récit de la vie du défunt
ou une mise en garde aux passants sur la vanité de l’existence, souvent faite à la première personne. Deux vers plus haut,
Cretin qualifie ce quatrain d’ « épigramme » (v. 3965), un terme alors très récent, importé de la poésie antique, aux connotations
par conséquent plutôt nobles et modernes. Définie pour la première fois par Thomas Sébillet en 1548, l’épigramme est en effet
absente des traités de seconde rhétorique du XVe siècle qui s’emploient plus volontiers à décrire huitains et dizains. La parenté entre ces formes est pourtant telle que
Clément Marot intitulera certains de ceux-ci du nom de celles-là, dans la réorganisation de ses Œuvres de 1538, qui comprennent alors deux livres d’Epigrammes (voir Guillaume Berthon, L’intention du poète. Clément Marot « autheur », Paris, Classiques Garnier, 2014). Se caractérisant souvent par un bon mot, ou une pointe, l’épigramme s’avère efficace pour
planter dans l’esprit du lecteur une formule qui pourra lui servir de guide dans ses jugements : que François Ier abhorre Chilpéric.
Par conséquent, Cretin semble s’ingénier, par cette épitaphe en alexandrins qu’il nomme également « epigramme », à rivaliser
avec les indiciaires bourguignons tout en soulignant la modernité de son entreprise métrique et en rappelant sa vocation mnémotechnique.
Cette épitaphe (ou épigramme) n’aura pourtant pas de fortune dans la Chronique française, où cette forme demeure un hapax. Cependant, elle a peut-être inspiré un autre Rhétoriqueur, dont la carrière en est alors
à ses débuts. En effet, Jean Bouchet, lecteur de Cretin (à en croire les mentions qu’il en fait), publie en 1528 Les Anciennes et modernes genealogies des roys de France, qui reprend les épitaphes initialement prévues pour un projet d’Annales et épitaphes des roys de France remontant à 1518, soit peu après la rédaction probable de ce livre II de la Chronique française (voir Jennifer Britnell, Jean Bouchet, Edinburgh University Press for the University of Durham, 1986).
Note n°41
Cretin clôture ce
chapitre comme Gaguin-Desrey, fol. XXv le sien : « Tant
seullement [Chilpéric] porta grant honneur et reverence à
Germain, evesque de Paris, le sepulchre duquel jugea digne
d'ungne subscription et epytaphe par luy composé :
“Quiconques donc viendra estre bon et suffisant à gouverner
la chose publicque, à bonne et juste cause devra en horreur
avoir l'engin et les meurs de Chilperic.”
»
BnFfr17274 ceste
Non num.
BnFfr4964 Chapitre xxvi me
BnFfr4965, BnFfr23146 om.
Aix419 Chappitre xxvie.
BnFfr17274 Chapitre xxvie
Cha515 Chappittre .xxvie.
Aix419 pourchass
BnFfr23146 à
BnFfr23146 mesme
BnFfr23146 Aucune
BnFfr23146 passa
BnFfr23146 Ors entendé
BnFfr23146 om.
Aix419 plains
BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146 et
BnFfr23146 À
BnFfr4964, Cha515 ton
BnFfr17274, BnFfr23146 dict
BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146 mesprisee
BnFfr23146 Au
BnFfr23146 se
BnFfr23146 en
BnFfr23146 sa force
BnFfr4965 om.
BnFfr23146 transif
BnFfr23146 cest
BnFfr23146 et
BnFfr4964, BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, Cha515 retourne tousjours
BnFfr23146 retourne tourjous
BnFfr23146 Par
BnFfr17274 om.
BnFfr17274 il
BnFfr23146 leur
BnFfr4965 le Roy
BnFfr23146 telz
BnFfr23146 à
BnFfr23146 marchant
BnFfr17274 fin
BnFfr23146 pris et complot
Aix419 ces
BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146 om.
BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146 lors
BnFfr4965 criant
BnFfr17274 non obstantz
Aix419 rien
Aix419 voire
BnFfr17274 monstroit
Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515, BnFfr4964, BnFfr4965 Avoir
BnFfr23146 guise
Aix419 Devriez
BnFfr23146 en
BnFfr17274, BnFfr23146 en
BnFfr17274 Volut
BnFfr23146 ces
BnFfr23146 pesant
Aix419, BnFfr17274, Cha515 camp
BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515 par
BnFfr4965 om.
BnFfr4965 et
BnFfr4964, BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515 des
Aix419 et
BnFfr4965 meut
BnFfr4965 et homme
Aix419 tout
BnFfr23146 testamant
BnFfr4965 De
BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146 mesprisant
BnFfr17274, BnFfr23146, BnFfr4965 om.
BnFfr23146 leur
BnFfr23146 a tiltre triste
BnFfr23146 lever en
BnFfr23146 en
Non num.
BnFfr4964 om.
Aix419 om.
Aix419 d'estre
BnFfr23146 Chilperi
Aix419 om.











Fueił
§Enorme cas entend le cōpte ouurir Sus Fredegonde / auſtere en ceſt affaire [3765]Faiſant le roy villainement deffaire. Pour ſon peche deteſtable couurir.
§ Chapitre. xxve.
La cauſe de ialouſie de Chilperich en ſa femme Fredegonde.Fueił ADuint vng iour / comme deſir pourchace Lhomme au plaiſir et deduyt de la chace Ce roy voulut a laſſemblee aller [3770]De gꝛand matin pour luy meſmes bailler Le cerf aux chiens et le veoir courre a foꝛce /. Oꝛ de malheur / ainſi quon ſe parfoꝛce Aulcuneſ fois quelque choſe eſpꝛouuer Quon ne deuroit vouloir iamais trouuer [3775]Paſſant parmy vne chambꝛe ſeconde Il veit couchee en ſon lict / fredegonde Qui deuers luy / le doz tourne auoit Mais eſtre la pꝛeſent ne le ſcauoit /. En ſe iouant (ſans mot dire) luy gecte [3780]De ſa houſſine / et legiere vergette Vng petit coup / ſeullement ſus le doz Par quoy laſcha (de ſa bouche) ces motz. Laiſſe Landꝛy /. Qui te donne (diſt elle) De me frapper la hardieſſe telle / ? [3785]Sur ce / le roy paſſe oultre / et aux teſmoings Ne ſonna mot /. Si nen penſa pas moins Car il entra en vne frenaiſie De gꝛoſſe / lourde et foꝛte ialouſie Dont pour paſſer tel ennuy / ſen alla [3790]Courre le cerf /. Oꝛ entendez cela Que Chilperich contre le loz et fame
Fredegonde ſe plainct a ſon paillart Landry De pꝛudhommie / entretenoit la femme De ce Landꝛy / du palais gouuerneur Et luy auſſi la royne / par honneur /. [3795]Sans regarder au cas de gꝛiefue coulpe Faiſoit au roy (de meſme et tel pain) ſouppe §Loꝛs Fredegonde / ayant en ſoy penſe Auoir treſfoꝛt ſon mary offenſe Secretement par vne damoyſelle [3800]Manda Landꝛy / ſoudain venir vers elle /. Luy arriue /. A regꝛetz / plainctes / pleurs Et gꝛandz ſouſpirs / deſcouurit ſes douleurs Diſant Landꝛy./ Si oꝛes plaings et pleure Ceſt a bon dꝛoit /. Bien doibz mauldire lheure [3805] Que oncques me veis /. Le fier dard qui tout moꝛd Par mon deffault / te rendꝛa tantoſt moꝛt / Nauiſe plus viure au monde /. Mais penſe De ton ſepulchꝛe /. O quelle reſcompenſe As tu / dauoir acomply mon deſir / ? [3810] Ceſt dure moꝛt qui ton cueur vient ſaiſir /. Las auiourduy. Ie poure malheureuſe Ay dicte au roy parolle douloureuſe /. Iay dit vng mot cuydant parler a toy Du quel / congnoiſt la foy que ie luy doy [3815] Par mariaige auoir eſte bꝛiſee Dont ie ſeray a touſiours deſpꝛiſee .
Fredegonde conſeille a Landry de faire occire Chilperich. Fueił En recitant / ce que auoit dit au roy Tumba Landꝛy en piteux deſarroy Triſte / tremblant / pale / piteux en face [3820]Et douloureux / au cueur / ne ſcet quil face Attainct de dueil / comme pꝛeſt de paſmer Ne peult parolle ouurir ny entamer Et bien long temps en la place demeure Nactendant / foꝛs le coup / dont fault quil meure /. [3825]Hoꝛs de pꝛopos / perturbe en ſon ſens Ses vertueux effoꝛs renduz abſens Tout eſlongne de ſa foꝛce virile Et ioincte a luy foibleſſe puerile Ia ſembloit moꝛt / et a demy tranſy /. [3830]Loꝛs le voyant / ceſte femme / eſtre ainſi Luy entreouurit ſon arriere bouticque De criminelle et meurdꝛiere pꝛacticque Et dit /. Amy /. Se voulons eſuiter Peril de moꝛt /. foꝛce eſt gentz inuiter [3835] Et conuier par pꝛeſentz de pecune A nous ayder / maniere ny voy que vne Ceſt que le roy / quant il va quelque part / Meſmes chaſſer /. touſiours retourne tard Pour ce te fault pꝛacticquer gentz de care [3840] Qui coups moꝛtelz donnent / ſans dire gare Auſquelz feras ouffres a plains bandons /
La mort du roy Chilperich. De gꝛandz treſoꝛs / richeſſes / et beaulx dons A ce que au ſoir leurs foꝛces eſuertuent Et que celluy a ſon arriuer / tuent / [3845] Par qui nous ſont telz dangiers pꝛeſentez Deſquelz ſerons ce iour pꝛopꝛe exemptez /. Soit oꝛ quon parle / ou quon ſen vueille taire Par le moyen de noſtre filz Clotaire Nous deux pourrons du royaulme iouyꝛ [3850] Paiſiblement / et noz cueurs eſiouyꝛ §Le conſeil pꝛis de ceſte deſloyalle Trop deſrogante a maieſte royalle Soudainement / Landꝛy trouua marchantz Mais quelz / ? Helas / vains / laſches / et meſchantz [3855]Gentz duitz a ſang et acharnez / pour telles Effuſions / mener a fins moꝛtelles /. Marche tranche fut complot pꝛis / et fait Rendꝛe a ce ſoir le roy moꝛt et deffait / Et tout ainſi que les paillardz pꝛomirent [3860]Luy arriuant / bien attiſtrez ſe mirent Au pꝛopꝛe lieu ou deſcendꝛe debuoit /. La congnoiſſantz que peu de gentz auoit / Au pꝛes de luy / pour lempꝛiſe deffendꝛe Et que eſtoit nuict /. de glayues luy vont fendꝛe / [3865]Et entamer les trippes et boyaulx /. Luy tumbe moꝛt /. les traiſtres deſloyaulx
La court eſmeue pour la mort de Chilperich.Fueił Et faulx meurdꝛiers / Affin que impꝛoperee Ne leur fuſt faulte. A voix deſeſperee Crierent tous / en courant ca et la [3870] Le roy eſt moꝛt /. Son nepueu a cela Le renge et mect /. Par parolles ſemblables Ne furent veuz eſtre du faict coulpables /. La court eſmeue a ce bꝛuit gꝛand et foꝛt Tout plain de gentz firent entier effoꝛt [3875]Daller apꝛes les aucteurs de ce crime Dont maintz dentreulx / iuſques lendemain pꝛime Coururent /. Mais nonobſtant leurs affuſtz Sans riens trouuer retournerent confuz. §Si toſt que fut la choſe reuelee [3880]A Fredegonde /. En ſoꝛte eſceruelee Alla criant / gemiſſant / ſouſpirant / Toꝛdant les bꝛaz / et ſes cheueulx tirant Comme a monſtrer par plainte violente Eſtre treſfoꝛt angoiſſeuſe et dolente [3885]Mais de cela mentoit / voire a veue dœil Quoy que la bouche en monſtraſt auoir dueil Si en rioit ſon cueur / penſant lempꝛiſe Auoit ſoꝛty effect de bonne pꝛiſe /. Auſſi Landꝛy en faiſant lignoꝛant [3890]Mena gꝛand dueil / pour lauoir a garand Et luy donner conuenable ſubſide
Des vices et cruaultez du roy Chilperich. Contre ce vil et hoꝛrible homicide §O cueurs peruers dardeur fiere alterez Cueurs obſtinez en maulx inueterez [3895]Marquez au coing dinfernal caractere Debuiez vous pas voſtre infame adultere Par quelque voye / excuſer et couurir Et le moyen dautre pꝛacticque ouurir Sans au ſeul coup de telle foꝛfaicture [3900]Du createur deffaire la facture /. Au foꝛt / celluy fut au metz aſſeruy Dont pluſieurs fois aultruy auoit ſeruy /. Lhomme cruel / durant ſon cours de vie Doibt cruaulte trouuer quant il deſuie [3905]Selon le mot /. que qui de glayue fiert De glayue auſſi eſt feru / comme affiert /. A vie / en bien. ou a mal habondante Eſt voluntiers la fin coꝛreſpondante La vie et fin de ce roy /. exciter [3910] Veullent ma plume / aſſez en reciter Mais pour raiſon quon ne doibt ſourd mauldire Et que mieulx vault ſen taire que meſdire Bien me plairoit en eſtre quicte / A tant Et ſe ien ſuys quelque mal recitant [3915]Ceſt / que ie doy (A bien le cas compꝛendꝛe) Donner matiere a tous dexemple y pꝛendꝛe /
Des vices et vie mauluaiſe de Chilperich.Fueił §Qui vouldꝛa foꝛt regarder a ſes faictz Dira ſon ame auoir pꝛis aſſez faix Gꝛos et peſantz / pour neſtre introniſee [3920]A cueillir fruict au beau champ Eliſee. Si ne le vueil / pour cela condemner Car a eieu eſt le ſauluer ou dampner Mais quoy / Sa vie et miſerable iſſue La doubte telle ont baſtie et tiſſue /. [3925]On fait de luy telle relation Que vent doꝛgueil / et vaine elation Son cueur enfle oultre enſeigne eſleuerent / Et ſe vantoit qu oncques ne ſe trouuerent / En france / clercz / pour la pꝛudence auoir [3930]A beaucoup pꝛes / de ſon ſens et ſcauoir §Il compoſa quelques liures en metres Repudiez / et non receuz de maiſtres Car oultre boꝛt / pꝛeſumptueux eſtoit Et hoꝛs la loy / des reigles y mectoit [3935] Longue ſillabe / ou debuoit eſtre bꝛiefue Et bꝛiefue longue /. Il miſt charge foꝛt gꝛiefue Sur gentz degliſe /. et touſiours les blaſma. Oncq nayma homme /. homme auſſi ne layma /. Aux eueſchez et autres benefices [3940]Eſtablit gentz tous pleins de malefices /. Il pꝛint plaiſir teſtamentz abolir /
Des vices et cruaultez du roy Chilperich. Villes bꝛuſler / et chaſteaux demolir Et puys quil fault que ſon oultraige die Comme Neron chantoit ſur tragedie [3945]Voyant le feu a Romme /. Ainſi faiſoit Et en cruel effoꝛt ſe deſduyſoit /. Sus tout auoit les cauſes odieuſes Des poures gens /. perſonnes ſtudieuſes Foꝛt meſpꝛiſoit /. De tous fut gꝛand mocqueur /. [3950] Oncques ne pꝛiſt matiere dhomme a cueur Foꝛs pour vſer de foꝛce et tyꝛannie /. Il fut lubꝛicque / et plein de glotonnie Tant ſe monſtra eſtre auaricieux Quil commanda aux vngs creuer les yeulx [3955]Autres nayer / pendꝛe / et coupper les teſtes Sans infoꝛmer / ne faire amples enqueſtes Pour confiſquer de leurs ſucceſſions Terres / treſoꝛs / biens / et poſſeſſions /. Puys ie plus dire / ? Eſt il beſoing que attiſtre [3960]Plume en papier / pour le louer a tiltre De bon renom / ? Certes oꝛdꝛe ny voy /. §Peu ou rien plaingt / a bien petit / conuoy Mene par eau / fut mys en ſepulture A sainct Germain des prez /. La leſcripture [3965]Contient de luy par epigꝛamme ainſi Ou a peu pꝛes que ie lay mys icy.
Epitaphe du roy Chilperich : Fueił
Fueił
Epitaphe.Qui vouldra gouuerner / ſus la choſe pub licque Et bien a droit regner / ſeſtudie et applique Abhorrer eſtre ainſi / en vie / actes / et meurs [3970]Que Chilperich tranſi / contraire a haultz hon neurs .
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§Enorme cas entend le compte ouvrir Sus FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, austere en cest+ceste [BnFfr17274] affaire, [3765]Faisant le roy villainement deffaire, Pour son peché detestable couvrir.
§ Chapitre xxve+Chapitre xxvi me [BnFfr4964]om. [BnFfr4965, BnFfr23146]Chappitre xxvie. [Aix419]Chapitre xxvie [BnFfr17274]Chappittre .xxvie. [Cha515]
La cause de jalousie de ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
en sa femme FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
Advint ung jour, comme desir pourchace+pourchass [Aix419] L'homme au+à [BnFfr23146] plaisir et deduyt de la chace1, Ce roy voulut à l'assemblee aller [3770]De grand matin, pour luy mesmes+mesme [BnFfr23146] bailler Le cerf aux chiens et le veoir courre à force. Or, de malheur, ainsi qu'on se parforce Aulcunes+Aucune [BnFfr23146] fois quelque chose esprouver Qu'on ne devroit vouloir jamais trouver2, [3775]Passant parmy une chambre seconde, Il veit couchee, en son lict, FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
3 Qui, devers luy, le doz tourné avoit, Mais estre là present ne le sçavoit. En se jouant, sans mot dire, luy gecte [3780]De sa houssine et legiere vergette Ung petit coup, seullement sus le doz, Par quoy lascha, de sa bouche, ces motz4 : « Laisse LandryLandry ( — ), qui te donne, dist elle, De me frapper la hardïesse telle ? » [3785]Sur ce, le roy passe oultre, et aux tesmoings Ne sonna mot5. Si n'en pensa+passa [BnFfr23146] pas moins, Car il entra en une frenaisie De grosse lourde et forte jalousie, Dont, pour passer tel ennuy, s'en alla [3790]Courre le cerf. Or entendez+Ors entendé [BnFfr23146] cela, Que ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
contre le loz et fame
FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
se plainct à son paillart LandryLandry ( — ) De prud'hommie, entretenoit la femme+om. [BnFfr23146] De ce LandryLandry ( — ), du palais gouverneur6, Et luy aussi la royne, par honneur, [3795]Sans regarder au cas de griefve coulpe, Faisoit au roy de mesme et tel pain souppe7. §Lors FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, ayant en soy pensé Avoir trés fort son mary offensé8, Secretement, par une damoyselle9, [3800]Manda LandryLandry ( — ) soudain venir vers elle. Luy arrivé, à regretz, plainctes+plains [Aix419], +et [BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146] pleurs Et+À [BnFfr23146] grandz souspirs, descouvrit ses douleurs, Disant : « LandryLandry ( — ), si ores plaings et pleure, C'est à bon droit. Bien doibz mauldire l'heure [3805] Que oncques me veis. Le fier dard qui tout mord, Par mon deffault, te rendra tantost mort10. N'avise plus vivre au monde, mais pense De ton sepulchre. O quelle rescompense As tu d'avoir acomply mon+ton [BnFfr4964, Cha515] desir11 ! [3810] C'est dure mort qui ton cueur vient saisir. Las aujourd'uy, je, povre malheureuse Ay dicte+dict [BnFfr17274, BnFfr23146] au roy parolle douloureuse ! J'ay dit ung mot cuydant parler à toy, Duquel congnoist la foy, que je luy doy [3815] Par marïaige, avoir esté brisee, Dont je seray à tousjours desprisee+mesprisee [BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146]12. »
FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
conseille à LandryLandry ( — ) de faire occire ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
En+Au [BnFfr23146] recitant ce+se [BnFfr23146] que avoit dit au roy, Tumba LandryLandry ( — ) en piteux desarroy. Triste, tremblant, pale, piteux en face [3820]Et douloureux au+en [BnFfr23146] cueur, ne scet qu'il face. Attainct de dueil, comme prest de pasmer, Ne peult parolle ouvrir ny entamer. Et bien longtemps, en la place, demeure, N'actendant fors le coup dont fault qu'il meure. [3825]Hors de propos, perturbé en son sens, Ses vertueux effors renduz absens, Tout eslongné de sa force virile, Et joincte à luy foiblesse+sa force [BnFfr23146] puerile, Ja sembloit mort+om. [BnFfr4965] et à demy transy+transif [BnFfr23146]. [3830]Lors le voyant, ceste+cest [BnFfr23146] femme, estre ainsi, Luy entreouvrit son arriere bouticque De criminelle et meurdriere practicque, Et dit13 : « Amy, se voulons esviter Peril de mort, force est gentz inviter [3835] Et convïer, par presentz de+et [BnFfr23146] pecune, À nous ayder. Maniere n'y voy que une, C'est que le roy, quant il va quelque part, Mesmes chasser, tousjours retourne+retourne tousjours [BnFfr4964, BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, Cha515]retourne tourjous [BnFfr23146] tard. Pour+Par [BnFfr23146] ce, te+om. [BnFfr17274] fault +il [BnFfr17274] practicquer gentz de care, [3840] Qui coups mortelz donnent sans dire gare, Ausquelz feras ouffres, à plains bandons,
La mort du roy ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
De grandz tresors, richesses et beaulx dons, À ce que au soir leurs+leur [BnFfr23146] forces esvertuent, Et que celluy+le Roy [BnFfr4965], à son arriver, tuent, [3845] Par qui nous sont telz +telz [BnFfr23146] dangiers presentez, Desquelz serons ce jour propre exemptez. Soit or qu'on parle ou qu'on s'en vueille taire, Par le moyen de nostre filz ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, Nous deux pourrons du royaulme jouyr [3850] Paisiblement, et noz cueurs esjouyr14. » §Le conseil pris de+à [BnFfr23146] ceste desloyalle, Trop desrogante à majesté royalle, Soudainement, LandryLandry ( — ) trouva marchantz+marchant [BnFfr23146], Mais quelz ? Helas, vains, lasches et meschantz, [3855]Gentz duitz à sang et acharnez, pour telles Effusïons mener à fins+fin [BnFfr17274] mortelles. Marché tranché fut, complot pris et+pris et complot [BnFfr23146] fait Rendre à ce soir le roy mort et deffait. Et tout ainsi que les paillardz promirent, [3860]Luy arrivant, bien attistrez se mirent Au propre lieu où descendre debvoit15. Là, congnoissantz que peu de gentz avoit Auprés de luy16, pour l'emprise deffendre, Et que estoit nuict, de glayves luy vont fendre [3865]Et entamer les trippes et boyaulx. Luy tumbé mort, les+ces [Aix419] traistres desloyaulx
La court esmeue pour la mort de ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
Et faulx+om. [BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146] meurdriers, affin que +lors [BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146] improperee Ne leur fust faulte, à voix desesperee Crierent tous, en courant+criant [BnFfr4965] çà et là : [3870] « Le roy est mort ! Son nepveu à cela Le renge et mect. » Par parolles semblables, Ne furent veuz estre du faict coulpables17. La court esmeue à ce bruit grand et fort, Tout plain de gentz firent entïer effort [3875]D'aller aprés les aucteurs de ce crime, Dont maintz d'entr'eulx, jusques +à [BnFfr4964]au [BnFfr4965]+jusqu'à [Aix419, BnFfr17274, Cha515]jusque [BnFfr23146] lendemain prime, Coururent. Mais nonobstant+non obstantz [BnFfr17274] leurs affustz, Sans riens+rien [Aix419] trouver retournerent confuz18. §Si tost que fut la chose revelee [3880]À FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, en sorte19 escervelee, Alla criant, gemissant, souspirant, Tordant les braz, et ses cheveulx tirant, Comme à monstrer, par plainte vïolente, Estre trés fort angoisseuse et dolente. [3885]Mais de cela mentoit, voire+
Des vices et cruaultez du roy ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
Contre ce vil et horrible homicide21. §O cueurs pervers d'ardeur fiere alterez, Cueurs obstinez en maulx inveterez, [3895]Marquez au coing d'infernal caractere, Debviez+Devriez [Aix419] vous pas vostre infame adultere Par quelque voye excuser et couvrir, Et le moyen d'autre practicque ouvrir, Sans, au+en [BnFfr23146] seul coup de telle forfaicture, [3900]Du CreateurDieu Concept de Dieu dans le christianisme deffaire la facture ? Au fort, celluy fut au metz asservy, Dont plusieurs fois aultruy avoit servy. L'homme crüel, durant son cours de vie, Doibt cruaulté trouver quant il desvie, [3905]Selon le mot que qui de glayve fiert, De glayve aussi est feru, comme affiert22. À vie en bien ou à+en [BnFfr17274, BnFfr23146] mal habondante, Est voluntiers la fin correspondante23. La vie et fin de ce roy, exciter [3910]Veullent+Volut [BnFfr17274] ma plume assez en reciter. Mais pour raison qu'on ne doibt sourd mauldire Et que mieulx vault s'en taire que mesdire, Bien me plairoit en estre quicte atant. Et se j'en suys quelque mal recitant, [3915]C'est que je doy+veoy [BnFfr4965]dy [Aix419], à bien le cas comprendre, Donner matiere à tous d'exemple+exemple [BnFfr17274]example [BnFfr23146] y prendre24.
Des vices et vie maulvaise de ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
§Qui vouldra fort regarder à ses+ces [BnFfr23146] faictz, Dira son ame avoir pris assez faix Gros et pesantz+pesant [BnFfr23146], pour n'estre intronisee [3920]À cueillir fruict au beau champ+camp [Aix419, BnFfr17274, Cha515] Elisee. Si ne le vueil pour+par [BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515] cela condemner, Car à DieuDieu Concept de Dieu dans le christianisme est le saulver ou dampner25. Mais quoy ? Sa vie et miserable issue26 La doubte telle ont bastie et tissue. [3925]On fait de luy telle relatïon Que vent d'orgueil et vaine elatïon Son cueur enflé, oultre enseigne, esleverent. Et se+om. [BnFfr4965] vantoit qu' oncques ne se trouverent, En France, clercz pour la prudence avoir, [3930]À beaucoup prés, de son sens et sçavoir27. §Il composa quelques livres en+et [BnFfr4965] metres, Repudïez et non receuz de+des [BnFfr4964, BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515] maistres, Car oultre bort presumptueux estoit. Et hors la loy des reigles, y mectoit [3935] Longue sillabe où debvoit estre briefve, Et briefve +et [Aix419] longue28. Il mist+meut [BnFfr4965] charge fort griefve Sur gentz d'eglise et tousjours les blasma29. Oncq n'ayma homme, homme aussi+et homme [BnFfr4965] ne l'ayma30. Aux eveschez et autres benefices, [3940]Establit gentz tous+tout [Aix419] pleins de malefices31. Il print plaisir testamentz+testamant [BnFfr23146] abolir,
Des vices et cruaultez du roy ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
Villes brusler et chasteaux demolir, Et puysqu'il fault que son oultraige die, Comme NeronNéron (13/12/37 — 07/06/68) Cinquième empereur romain de 54 à 68 chantoit sur tragedie, [3945]Voyant le feu à Romme, ainsi faisoit, Et en crüel effort+crüelz effors [Aix419]crüelx effortz [BnFfr17274]crüelz efforz [BnFfr23146] se desduysoit32. Sus tout avoit les causes odïeuses Des+De [BnFfr4965] povres gens33. Personnes studïeuses Fort mesprisoit+mesprisant [BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146]34. De tous fut grand mocqueur35. [3950]Oncques ne prist matiere d'homme à cueur, Fors pour user de force et tyrannie. Il fut lubricque et plein de glotonnie. Tant se monstra estre avaricïeux Qu'il commanda aux ungs crever les yeulx, [3955]Autres nayer, pendre et+om. [BnFfr17274, BnFfr23146, BnFfr4965] coupper les testes, Sans informer ne faire amples enquestes, Pour confisquer de leurs+leur [BnFfr23146] successïons Terres, tresors, biens et possessïons36. Puys je plus dire ? Est il besoing que attistre+a
Epitaphe du roy ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
Epitaphe40.+om. [BnFfr4964]Qui vouldra gouverner sus la chose publicque+om. [Aix419] Et bien à droit regner s'estudie et applique, Abhorrer estre+d'estre [Aix419] ainsi en vie, actes et meurs, [3970]Que Chilperich+Chilperi [BnFfr23146]Chilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
transi, contraire à haultz honneurs+om. [Aix419]41.
Note n°1
Par ce jeu de mot qui fait de l'homme la
proie de la chasse, Cretin s'amuse d'un passe-temps apprécié de
François Ier.
Note n°2
L'idée que Chilpéric cherchait à découvrir quelque
chose qu'il aurait mieux valu ne pas savoir est une appréciation de
Cretin. Gaguin-Desrey, fol. XXv et les GCF, liv. III,
chap. 19 (vol. 1, p. 311) ne font allusion à rien de
semblable.
Note n°3
Cretin introduit la suspicion dès ce point du récit
en signalant que Frédégonde se trouve dans une « chambre seconde »,
alors que la reine dispose évidemment d'appartements privés.
Gaguin-Desrey, fol. XXv dit : « entrant en la chambre de Fredegonde
» ; et les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 311) :
Chilpéric « entra si coiement en la chambre où ele [Frédégonde]
estoit »
Note n°4
Cretin ne précise
pas, à l'inverse de ses deux sources principales, que Frédégonde ne
regarde pas d'où vient le coup avant de parler. Gaguin-Desrey, fol.
XXv : « Duquel coup la royne ne se tourna de l'aultre costé pour
congnoistre celluy qui se jouoit, mais souspeçonnant que c'estoit
Landry, lequel avoit le gouvernement du palais, luy dist : [...] » ;
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 311) : « ele
ne se retourna pas por lui regarder, care elle cuida certainement
que ce feust uns autres. Lors dist : [...] ».
Note n°5
Le silence de
Chilpéric est une précision que seul donne Cretin. Tant
Gaguin-Desrey, fol. XXv que les GCF, liv. III, chap.
19 (vol. 1, p. 311) passent immédiatement au soupçon et à la
jalouse.
Note n°6
Cretin
emprunte ce titre à Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Landry, lequel avoit
le gouvernement du palais ». Les GCF, liv. III, chap.
19 (vol. 1, p. 311) sont plus latinisantes : « Cil Landriz estoit
quens du palais et li graindres de la maison ».
Note n°7
Il
rendait la pareille au roi (« faire de tel pain soupe » est une
expression attestée).
Note n°8
Cretin
suppose que Frédégonde a eu connaissance de sa méprise. Il reproduit
ainsi Gaguin-Desrey, fol. XXv, qui n'est pas plus explicite : «
Fredegonde, au departement du roy, le sentit offensé par ses
parolles. » Les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p.
312) se montrent plus soucieuses de maintenir le fil narratif : «
Fredegonde perçut bien que ce ot esté li rois et que il n'ot pas
portée de bon cuer la parole qu'ell ot dite ».
Note n°9
La présence de cette intermédiaire est
une originalité de Cretin.
Note n°10
La rime associant « le dard qui mord » avec le substantif ou l'adjectif « mort » est un lieu commun de la poésie (que l'on songe à la devise de Clément Marot : « la Mort n'y mord »). Cela suggère que les événements relatés par Cretin ne sont pas tant travaillés dans une perspective morale que divertissante.
L'adultère et la ruse des amants constitue d'ailleurs un sujet commun à bien des fabliaux ou nouvelles.
Note n°11
Cretin insiste sur
le fait que l'adultère a été commis à l'initiative de
Frédégonde, ce que n'indiquent pas Gaguin-Desrey, fol. XXv («
avecques elle avoit Landry fait coustume d'amour illicite ») et
encore moins les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1,
p. 311), qui ne caractérisent pas explicitement les relations de
Frédégonde et de Landry, mais précisent que celui-ci « le roi
honissoit de sa fame et li maintenoit en avoutire ».
Note n°12
Selon son habitude, Cretin
amplifie les prises de parole de Frédégonde par rapport à ce
qu'il trouve dans ses deux sources
principales.
Note n°13
Cretin développe
considérablement la description de l'état de Landry par rapport à ce
qu'il trouve chez Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Landry, troublé en son
couraige, pensoit ja estre mort, et cuydoit comme ja prins estre
empoigné pour mort souffrir, lequel Fredegonde voyant fremir oultre
qu'il n'est decent a couraige virille : “Landry [...].” » Il se
souvient également de la caractérisation en forme d'anticipation que
Gaguin-Desrey, fol. XXv dit un peu plus haut, au moment où
Frédégonde faire quérir Landry : « femme très excellente en meurdres
et homicides osa essayer ce memorable crime ». Cretin ne paraît pas
s'être ici inspiré du compte rendu des GCF, liv. III,
chap. 19 (vol. 1, p. 312), qui s'étendent davantage sur la détresse
de Landry : « Mout fu Landriz esbahiz quant il oy ce ; lors conmença
à recorder et à reciter ses meffez à lui meismes à grant doleur de
cuer. Li aguillons de conscience le poingnoit mout aigrement : il ne
veioit lieu où il peust fouir ne comment il peust eschaper ; il
sembloit que il feust pris et tenuz aussi comme li poissons est en
la rois. Forment prist à gemir et à soupirer et à dire : “Helas
maleureus ! pourquoi ajorna hui cist jours ouquel je sui cheuz en si
grant amertume de cuer ? laz cheitiz, je sui tourmentez en ma
conscience ; je ne sai que je puisse faire ne où je puisse vertir ne
tourner.” Lors, li dist Fredegonde [...]. »
Note n°14
Cretin développe le stratagème de Frédégonde qu'il reprend à
Gaguin-Desrey, fol. XXv : « “Landry, dist elle, une chose est
qui nous delivrera de peril. Chilperic est coustumier de grant
nuyt retourner de la chace à l'hostel. Fay doncques diligemment.
Va et les plus grans meurdriers vicieux et criminelz que trouver
pourras. Par dons et pecune sollicite de tuer soubdainement
Chilperic, quant par l'obscurité de la nuyt descendra de son
cheval. Par ce moyen, la mort surmonterons, et du royaulme
jouyrons.” » Il est possible que Cretin se soit également
inspiré, en particulier pour la fin, du passage équivalent dans
les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 312-313)
: « “Escoute, Landri, si orras ce que je vueill que tu faces,
qui proufitable nous sera. Quant il vendra, sempres tout tart,
si comme il a de coustume que il vient par nuit aucune foiz,
garde que tu aies apareilliez homicides, et que tu faces tant
vers aus par grans dons que il vueillent mettre leur vie en
perill, si que tantost conme il sera descenduz que il l'ocient
de coutieus. Quant ce sera fait, nous serons asseuré de la mort
et regnerons entre nous et nostre filz Clothaire.”
»
Note n°15
Cette transition est de Cretin et ne se trouve pas
chez Gaguin-Desrey, fol. XXv (« Suyvant Landry le conseil de la
royne, mist les meurdriers au guet ») et dans les
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 313), qui disent
seulement : « Landriz loa mout ce conseill ; il se porvut de son
afaire. »
Note n°16
Ce détail ne
vient pas de Gaguin-Desrey, fol. XXv mais probablement des
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 313) : « cil
qui avoec lui [Chilpéric] furent venu si n'entendirent pas à lui,
ains alerent l uns ça et li autres là, si comme coustume est de
chaceeurs. »
Note n°17
Omettant, de façon un peu étrange, de donner le nom
du neveu en question, Cretin paraît ici plus proche des
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 313) : « Lors
conmencierent cil meismes qi ocis l'avoient à crier : “Hai ! hai !
mors est li rois. Childebers ses nies l'a fait occirre par ses
espies, qui maintenent tournerent en fuie que il l'orent occis.” »
Il corrige ainsi Gaguin-Desrey, fol. XXv, qui se méprend sur la
nature du lien familial entre Chilpéric et Childebert : « L'homicide
commis, cryoient que Chilperic estoit occis et comme innocens et
ignorans de cestuy homicide, disoient à haulte voix que Childebert
avoit tué son pere. »
Note n°18
Il
est difficile de déterminer laquelle de ses deux sources principales
Cretin privilégie ici, même si son récit légèrement plus ample
rappelle davantage les GCF, liv. III, chap. 19 (vol.
1, p. 313) : « Tuit retornerent en la place où li rois isoit mors ;
quant il oïrent le cri, aucun monterent sus leur chevaus et
conmencierent à chacier ceus que il ne veioient pas. Quant il orent
une piece chacié ceus que il ne trouvassent pas legierement, il
retournerent arrieres. » Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Les officiers
de la maison du roy, montez dessus chevaulx en vain couroient çà et
là pour prendre les homicides. »
Note n°19
Comme.
Note n°20
L'opposition de la bouche et du cueur est proverbiale quand il s'agit de dénoncer l'hypocrisie. Voir par exemple Alain Chartier,
« La bouche prononce les paroles, mais Dieu regarde le coeur » (Le Livre d'Espérance, éd. François Rouy, Paris, Champion, 1989, p. 164) ou encore la première devise de Clément Marot, qui revendique la sincérité,
« de bouche et de cueur ».
Note n°21
Tous les écarts de Cretin vis-à-vis de ses sources visent à rendre plus vivant et plus plaisant son récit : ajout de détails
circonstanciels, de personnages types (la demoiselle de Frédégonde, les « gens de care » et marchands), amplification des
lamentations de Frédégonde et de la description pathétique de Landry. Le souci de Cretin pour le placere de sa Chronique est indéniable ; il prépare d'autant mieux, par contraste, le docere qui suit.
Note n°22
Matthieu 26 : 52 : « Alors Jésus lui
dit : Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prendront
l'épée périront par l'épée. »
Note n°23
Les réactions de Frédégonde et Landry, ainsi que la
déploration qui suit et la morale sur la violence, sont entièrement
de Cretin et rien ne leur correspond dans ses deux sources
principales.
Note n°24
Cretin, qui
renvoie ici au topos cicéronien de l'histoire comme « école de la
vie », De Oratore, II, 36, prépare son lecteur à un
jugement global de l'action de Chilpéric qu'il trouve chez
Gaguin-Desrey, fol. XXv et dans les GCF, liv. III,
chap. 19 (vol. 1, p. 314-315).
Note n°25
Cretin,
à l'inverse de ses deux sources principales, aborde la discussion
dans les termes du salut.
Note n°26
Ces mots trahissent une parenté forte avec
Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Par tant miserable yssue de vie, laissa
Chilperic le royaulme ».
Note n°27
Ce détail est inspiré des
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) : « Hons
fu plains de si grant presumption, que il cuidoit esrte plus sages
que tuit cil qui furent de son tems. »
Note n°28
Cretin reprend aux
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) un
élément qui figure dans ses deux sources principales : « Il compila
II livres aussi comme Sedules avoit fait ; par vers estoient cil
livre baillié. Les sillabes brieves estoient mises pour longues et
les longues pour brieves ; autres traitiez fist assez qui ne pooient
estre receu, ne ne devoient pas nule raison ; pour ce furent osté et
effacié de toute memoire d'onme après sa mort. » Gaguin-Desrey, fol.
XXv : « Il avoit escript je ne sçay quelz livres par vers mal
acoustrez, et plusieurs aultres, lesquelz contenans chose cruelle et
inique furent par saiges gens totallement destruitz et exterminez.
»
Note n°29
Cretin ramasse en une phrase les
critiques qu'il trouve dans les GCF, liv. III, chap.
19 (vol. 1, p. 314) : « Les eglises et les abaïes avoit en trop
grant haine, dont il disoit aucune foiz devant touz quant il seioit
en son palais : “Toutes nos richeces descendent à sainte Eglise ;
clerc et prelat regnent et sont honoré sus toutes autres gens”. »
Gaguin-Desrey, fol. XXv parle d'un « haisseur des esglises, irriseur
et despriseur de l'ordre ecclesiasticque ».
Note n°30
GCF,
liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 315) : « L'en porroit plainement dire
que il n'aima onques nullui parfaitement, ne de nului ne fu onques
parfaitement amez. » Gaguin-Desrey, fol. XXv : « comme il ne gardoit
et entretenoit aucun bon amy, aussi nul amy luy fut. »
Note n°31
Cretin
élargit la portée de la critique précise que ses deux sources
principales transmettent. GCF, liv. III, chap. 19
(vol. 1, p. 314) : « En son temps furent poi de genz clers mis en
eveschiez ; volentiers contredisoit les eglises à ceus qui
nouvelement estoient convertis en la foy. » Gaguin-Desrey, fol. XXv
: « lequel a tousjours plus prisé et reputé les nouveaulx convertiz
à la foy que ceulx lesquelz longue et continuelle religion louoit, à
ceulx là donnant eglises et benefices et à ceulx cy peu faisant de
service. »
Note n°32
Ces reproches sont de Cretin.
Note n°33
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) : « Les
quereles des povres gens ne lessoit pas legierement venir devant
lui. » Gaguin-Desrey, fol. XXv : « dejecteur des povres ».
Note n°34
Ce reproche paraît une redite des v.
3935-3937.
Note n°35
Cretin résume et renforce les GCF,
liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) : « Des prestres et des
menistres de sainte Eglise se gaboit et les avoit tournez en
escharnissemenz. » Gaguin-Desrey, fol. XXv : « irriseur et
despriseur de l'ordre ecclesiasticque ».
Note n°36
Ces derniers griefs sont de la plume de
Cretin.
Note n°37
Cretin ponctue son
énumération des vices de Chilpéric par une interrogation rhétorique
qui rappelle celle des GCF, liv. III, chap. 19 (vol.
1, p. 314-315) : « Porquoi raconteriens plus de ses teiches ? »
Gaguin-Desrey, fol. XXv est pareillement pressé d'en finir : « Mais
il me plaist de laisser Chilperic derriere ».
Note n°38
Cretin
doit revenir en arrière pour rendre compte de l'enterrement de
Chilpéric, relaté avant l'appréciation de son action chez
Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Lors Mardulphe, evesque de Senlis, avoit
quelque affaire en court, lequel, le roy mort, l'ensevelit et mis en
une nasselle sur la ryviere. Le fist porter à l'eglise Sainct
Germain des Préz que cestuy roy avoit fait construyre et ediffier,
ou l'on voyt aussi à present son sepulchre. » Les
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) contiennent
un récit à peu près identique mais où le nom de l'abbaye n'est pas
mis à jour : « En sepoulture fu mis en l'eglise Saint Vincent,
dehors les murs de Paris, où il avoit donné mout de pocessions et de
franchises. »
Note n°39
En historiographe de son temps, Cretin s’évertue à indiquer que ses sources sont les plus proches, chronologiquement, des
faits considérés (puisqu’il s’agit de l’épitaphe du roi, donc a priori texte gravé sur son tombeau) et qu’il les a obtenues
de première main (puisque le tombeau « contient », au présent, l’épigramme ci-dessous reportée). Pourtant, le quatrain qui
suit est bien de son invention, à partir de données fournies par Gaguin-Desrey… (voir note source, v. 3970).
Note n°40
Le quatrain de rimes suivies qui suit est composé d’alexandrins, un vers encore peu usité en France, mais qui connaît quelque
essor notamment dans l’écriture des épitaphes et chez les indiciaires bourguignons (voir Olivier Halévy, La vie d’une forme : l’alexandrin renaissant (1452-1573), thèse de doctorat réalisée sous la direction de Francis Goyet, Université Stendhal, 2003). En particulier, les quatrains
d’alexandrins avec rimes brisées (qui peuvent donc également se lire comme des huitains d’hexasyllabes en rimes croisées)
sont caractéristiques de certaines chroniques en vers bourguignonnes, telles que La recollection des merveilleuses advenues de Chastelain et Molinet, mais aussi la Chronique Abrégée de Nicaise Ladam.
À proprement parler, ce quatrain n’est pas vraiment une épitaphe, laquelle se caractérise par le récit de la vie du défunt
ou une mise en garde aux passants sur la vanité de l’existence, souvent faite à la première personne. Deux vers plus haut,
Cretin qualifie ce quatrain d’ « épigramme » (v. 3965), un terme alors très récent, importé de la poésie antique, aux connotations
par conséquent plutôt nobles et modernes. Définie pour la première fois par Thomas Sébillet en 1548, l’épigramme est en effet
absente des traités de seconde rhétorique du XVe siècle qui s’emploient plus volontiers à décrire huitains et dizains. La parenté entre ces formes est pourtant telle que
Clément Marot intitulera certains de ceux-ci du nom de celles-là, dans la réorganisation de ses Œuvres de 1538, qui comprennent alors deux livres d’Epigrammes (voir Guillaume Berthon, L’intention du poète. Clément Marot « autheur », Paris, Classiques Garnier, 2014). Se caractérisant souvent par un bon mot, ou une pointe, l’épigramme s’avère efficace pour
planter dans l’esprit du lecteur une formule qui pourra lui servir de guide dans ses jugements : que François Ier abhorre Chilpéric.
Par conséquent, Cretin semble s’ingénier, par cette épitaphe en alexandrins qu’il nomme également « epigramme », à rivaliser
avec les indiciaires bourguignons tout en soulignant la modernité de son entreprise métrique et en rappelant sa vocation mnémotechnique.
Cette épitaphe (ou épigramme) n’aura pourtant pas de fortune dans la Chronique française, où cette forme demeure un hapax. Cependant, elle a peut-être inspiré un autre Rhétoriqueur, dont la carrière en est alors
à ses débuts. En effet, Jean Bouchet, lecteur de Cretin (à en croire les mentions qu’il en fait), publie en 1528 Les Anciennes et modernes genealogies des roys de France, qui reprend les épitaphes initialement prévues pour un projet d’Annales et épitaphes des roys de France remontant à 1518, soit peu après la rédaction probable de ce livre II de la Chronique française (voir Jennifer Britnell, Jean Bouchet, Edinburgh University Press for the University of Durham, 1986).
Note n°41
Cretin clôture ce
chapitre comme Gaguin-Desrey, fol. XXv le sien : « Tant
seullement [Chilpéric] porta grant honneur et reverence à
Germain, evesque de Paris, le sepulchre duquel jugea digne
d'ungne subscription et epytaphe par luy composé :
“Quiconques donc viendra estre bon et suffisant à gouverner
la chose publicque, à bonne et juste cause devra en horreur
avoir l'engin et les meurs de Chilperic.”
»
BnFfr17274 ceste
Non num.
BnFfr4964 Chapitre xxvi me
BnFfr4965, BnFfr23146 om.
Aix419 Chappitre xxvie.
BnFfr17274 Chapitre xxvie
Cha515 Chappittre .xxvie.
Aix419 pourchass
BnFfr23146 à
BnFfr23146 mesme
BnFfr23146 Aucune
BnFfr23146 passa
BnFfr23146 Ors entendé
BnFfr23146 om.
Aix419 plains
BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146 et
BnFfr23146 À
BnFfr4964, Cha515 ton
BnFfr17274, BnFfr23146 dict
BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146 mesprisee
BnFfr23146 Au
BnFfr23146 se
BnFfr23146 en
BnFfr23146 sa force
BnFfr4965 om.
BnFfr23146 transif
BnFfr23146 cest
BnFfr23146 et
BnFfr4964, BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, Cha515 retourne tousjours
BnFfr23146 retourne tourjous
BnFfr23146 Par
BnFfr17274 om.
BnFfr17274 il
BnFfr23146 leur
BnFfr4965 le Roy
BnFfr23146 telz
BnFfr23146 à
BnFfr23146 marchant
BnFfr17274 fin
BnFfr23146 pris et complot
Aix419 ces
BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146 om.
BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146 lors
BnFfr4965 criant
BnFfr17274 non obstantz
Aix419 rien
Aix419 voire
BnFfr17274 monstroit
Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515, BnFfr4964, BnFfr4965 Avoir
BnFfr23146 guise
Aix419 Devriez
BnFfr23146 en
BnFfr17274, BnFfr23146 en
BnFfr17274 Volut
BnFfr23146 ces
BnFfr23146 pesant
Aix419, BnFfr17274, Cha515 camp
BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515 par
BnFfr4965 om.
BnFfr4965 et
BnFfr4964, BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515 des
Aix419 et
BnFfr4965 meut
BnFfr4965 et homme
Aix419 tout
BnFfr23146 testamant
BnFfr4965 De
BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146 mesprisant
BnFfr17274, BnFfr23146, BnFfr4965 om.
BnFfr23146 leur
BnFfr23146 a tiltre triste
BnFfr23146 lever en
BnFfr23146 en
Non num.
BnFfr4964 om.
Aix419 om.
Aix419 d'estre
BnFfr23146 Chilperi
Aix419 om.
Note n°1
Par ce jeu de mot qui fait de l'homme la
proie de la chasse, Cretin s'amuse d'un passe-temps apprécié de
François Ier.
Note n°2
L'idée que Chilpéric cherchait à découvrir quelque
chose qu'il aurait mieux valu ne pas savoir est une appréciation de
Cretin. Gaguin-Desrey, fol. XXv et les GCF, liv. III,
chap. 19 (vol. 1, p. 311) ne font allusion à rien de
semblable.
Note n°3
Cretin introduit la suspicion dès ce point du récit
en signalant que Frédégonde se trouve dans une « chambre seconde »,
alors que la reine dispose évidemment d'appartements privés.
Gaguin-Desrey, fol. XXv dit : « entrant en la chambre de Fredegonde
» ; et les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 311) :
Chilpéric « entra si coiement en la chambre où ele [Frédégonde]
estoit »
Note n°4
Cretin ne précise
pas, à l'inverse de ses deux sources principales, que Frédégonde ne
regarde pas d'où vient le coup avant de parler. Gaguin-Desrey, fol.
XXv : « Duquel coup la royne ne se tourna de l'aultre costé pour
congnoistre celluy qui se jouoit, mais souspeçonnant que c'estoit
Landry, lequel avoit le gouvernement du palais, luy dist : [...] » ;
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 311) : « ele
ne se retourna pas por lui regarder, care elle cuida certainement
que ce feust uns autres. Lors dist : [...] ».
Note n°5
Le silence de
Chilpéric est une précision que seul donne Cretin. Tant
Gaguin-Desrey, fol. XXv que les GCF, liv. III, chap.
19 (vol. 1, p. 311) passent immédiatement au soupçon et à la
jalouse.
Note n°6
Cretin
emprunte ce titre à Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Landry, lequel avoit
le gouvernement du palais ». Les GCF, liv. III, chap.
19 (vol. 1, p. 311) sont plus latinisantes : « Cil Landriz estoit
quens du palais et li graindres de la maison ».
Note n°7
Il
rendait la pareille au roi (« faire de tel pain soupe » est une
expression attestée).
Note n°8
Cretin
suppose que Frédégonde a eu connaissance de sa méprise. Il reproduit
ainsi Gaguin-Desrey, fol. XXv, qui n'est pas plus explicite : «
Fredegonde, au departement du roy, le sentit offensé par ses
parolles. » Les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p.
312) se montrent plus soucieuses de maintenir le fil narratif : «
Fredegonde perçut bien que ce ot esté li rois et que il n'ot pas
portée de bon cuer la parole qu'ell ot dite ».
Note n°9
La présence de cette intermédiaire est
une originalité de Cretin.
Note n°10
La rime associant « le dard qui mord » avec le substantif ou l'adjectif « mort » est un lieu commun de la poésie (que l'on songe à la devise de Clément Marot : « la Mort n'y mord »). Cela suggère que les événements relatés par Cretin ne sont pas tant travaillés dans une perspective morale que divertissante.
L'adultère et la ruse des amants constitue d'ailleurs un sujet commun à bien des fabliaux ou nouvelles.
Note n°11
Cretin insiste sur
le fait que l'adultère a été commis à l'initiative de
Frédégonde, ce que n'indiquent pas Gaguin-Desrey, fol. XXv («
avecques elle avoit Landry fait coustume d'amour illicite ») et
encore moins les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1,
p. 311), qui ne caractérisent pas explicitement les relations de
Frédégonde et de Landry, mais précisent que celui-ci « le roi
honissoit de sa fame et li maintenoit en avoutire ».
Note n°12
Selon son habitude, Cretin
amplifie les prises de parole de Frédégonde par rapport à ce
qu'il trouve dans ses deux sources
principales.
Note n°13
Cretin développe
considérablement la description de l'état de Landry par rapport à ce
qu'il trouve chez Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Landry, troublé en son
couraige, pensoit ja estre mort, et cuydoit comme ja prins estre
empoigné pour mort souffrir, lequel Fredegonde voyant fremir oultre
qu'il n'est decent a couraige virille : “Landry [...].” » Il se
souvient également de la caractérisation en forme d'anticipation que
Gaguin-Desrey, fol. XXv dit un peu plus haut, au moment où
Frédégonde faire quérir Landry : « femme très excellente en meurdres
et homicides osa essayer ce memorable crime ». Cretin ne paraît pas
s'être ici inspiré du compte rendu des GCF, liv. III,
chap. 19 (vol. 1, p. 312), qui s'étendent davantage sur la détresse
de Landry : « Mout fu Landriz esbahiz quant il oy ce ; lors conmença
à recorder et à reciter ses meffez à lui meismes à grant doleur de
cuer. Li aguillons de conscience le poingnoit mout aigrement : il ne
veioit lieu où il peust fouir ne comment il peust eschaper ; il
sembloit que il feust pris et tenuz aussi comme li poissons est en
la rois. Forment prist à gemir et à soupirer et à dire : “Helas
maleureus ! pourquoi ajorna hui cist jours ouquel je sui cheuz en si
grant amertume de cuer ? laz cheitiz, je sui tourmentez en ma
conscience ; je ne sai que je puisse faire ne où je puisse vertir ne
tourner.” Lors, li dist Fredegonde [...]. »
Note n°14
Cretin développe le stratagème de Frédégonde qu'il reprend à
Gaguin-Desrey, fol. XXv : « “Landry, dist elle, une chose est
qui nous delivrera de peril. Chilperic est coustumier de grant
nuyt retourner de la chace à l'hostel. Fay doncques diligemment.
Va et les plus grans meurdriers vicieux et criminelz que trouver
pourras. Par dons et pecune sollicite de tuer soubdainement
Chilperic, quant par l'obscurité de la nuyt descendra de son
cheval. Par ce moyen, la mort surmonterons, et du royaulme
jouyrons.” » Il est possible que Cretin se soit également
inspiré, en particulier pour la fin, du passage équivalent dans
les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 312-313)
: « “Escoute, Landri, si orras ce que je vueill que tu faces,
qui proufitable nous sera. Quant il vendra, sempres tout tart,
si comme il a de coustume que il vient par nuit aucune foiz,
garde que tu aies apareilliez homicides, et que tu faces tant
vers aus par grans dons que il vueillent mettre leur vie en
perill, si que tantost conme il sera descenduz que il l'ocient
de coutieus. Quant ce sera fait, nous serons asseuré de la mort
et regnerons entre nous et nostre filz Clothaire.”
»
Note n°15
Cette transition est de Cretin et ne se trouve pas
chez Gaguin-Desrey, fol. XXv (« Suyvant Landry le conseil de la
royne, mist les meurdriers au guet ») et dans les
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 313), qui disent
seulement : « Landriz loa mout ce conseill ; il se porvut de son
afaire. »
Note n°16
Ce détail ne
vient pas de Gaguin-Desrey, fol. XXv mais probablement des
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 313) : « cil
qui avoec lui [Chilpéric] furent venu si n'entendirent pas à lui,
ains alerent l uns ça et li autres là, si comme coustume est de
chaceeurs. »
Note n°17
Omettant, de façon un peu étrange, de donner le nom
du neveu en question, Cretin paraît ici plus proche des
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 313) : « Lors
conmencierent cil meismes qi ocis l'avoient à crier : “Hai ! hai !
mors est li rois. Childebers ses nies l'a fait occirre par ses
espies, qui maintenent tournerent en fuie que il l'orent occis.” »
Il corrige ainsi Gaguin-Desrey, fol. XXv, qui se méprend sur la
nature du lien familial entre Chilpéric et Childebert : « L'homicide
commis, cryoient que Chilperic estoit occis et comme innocens et
ignorans de cestuy homicide, disoient à haulte voix que Childebert
avoit tué son pere. »
Note n°18
Il
est difficile de déterminer laquelle de ses deux sources principales
Cretin privilégie ici, même si son récit légèrement plus ample
rappelle davantage les GCF, liv. III, chap. 19 (vol.
1, p. 313) : « Tuit retornerent en la place où li rois isoit mors ;
quant il oïrent le cri, aucun monterent sus leur chevaus et
conmencierent à chacier ceus que il ne veioient pas. Quant il orent
une piece chacié ceus que il ne trouvassent pas legierement, il
retournerent arrieres. » Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Les officiers
de la maison du roy, montez dessus chevaulx en vain couroient çà et
là pour prendre les homicides. »
Note n°19
Comme.
Note n°20
L'opposition de la bouche et du cueur est proverbiale quand il s'agit de dénoncer l'hypocrisie. Voir par exemple Alain Chartier,
« La bouche prononce les paroles, mais Dieu regarde le coeur » (Le Livre d'Espérance, éd. François Rouy, Paris, Champion, 1989, p. 164) ou encore la première devise de Clément Marot, qui revendique la sincérité,
« de bouche et de cueur ».
Note n°21
Tous les écarts de Cretin vis-à-vis de ses sources visent à rendre plus vivant et plus plaisant son récit : ajout de détails
circonstanciels, de personnages types (la demoiselle de Frédégonde, les « gens de care » et marchands), amplification des
lamentations de Frédégonde et de la description pathétique de Landry. Le souci de Cretin pour le placere de sa Chronique est indéniable ; il prépare d'autant mieux, par contraste, le docere qui suit.
Note n°22
Matthieu 26 : 52 : « Alors Jésus lui
dit : Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prendront
l'épée périront par l'épée. »
Note n°23
Les réactions de Frédégonde et Landry, ainsi que la
déploration qui suit et la morale sur la violence, sont entièrement
de Cretin et rien ne leur correspond dans ses deux sources
principales.
Note n°24
Cretin, qui
renvoie ici au topos cicéronien de l'histoire comme « école de la
vie », De Oratore, II, 36, prépare son lecteur à un
jugement global de l'action de Chilpéric qu'il trouve chez
Gaguin-Desrey, fol. XXv et dans les GCF, liv. III,
chap. 19 (vol. 1, p. 314-315).
Note n°25
Cretin,
à l'inverse de ses deux sources principales, aborde la discussion
dans les termes du salut.
Note n°26
Ces mots trahissent une parenté forte avec
Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Par tant miserable yssue de vie, laissa
Chilperic le royaulme ».
Note n°27
Ce détail est inspiré des
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) : « Hons
fu plains de si grant presumption, que il cuidoit esrte plus sages
que tuit cil qui furent de son tems. »
Note n°28
Cretin reprend aux
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) un
élément qui figure dans ses deux sources principales : « Il compila
II livres aussi comme Sedules avoit fait ; par vers estoient cil
livre baillié. Les sillabes brieves estoient mises pour longues et
les longues pour brieves ; autres traitiez fist assez qui ne pooient
estre receu, ne ne devoient pas nule raison ; pour ce furent osté et
effacié de toute memoire d'onme après sa mort. » Gaguin-Desrey, fol.
XXv : « Il avoit escript je ne sçay quelz livres par vers mal
acoustrez, et plusieurs aultres, lesquelz contenans chose cruelle et
inique furent par saiges gens totallement destruitz et exterminez.
»
Note n°29
Cretin ramasse en une phrase les
critiques qu'il trouve dans les GCF, liv. III, chap.
19 (vol. 1, p. 314) : « Les eglises et les abaïes avoit en trop
grant haine, dont il disoit aucune foiz devant touz quant il seioit
en son palais : “Toutes nos richeces descendent à sainte Eglise ;
clerc et prelat regnent et sont honoré sus toutes autres gens”. »
Gaguin-Desrey, fol. XXv parle d'un « haisseur des esglises, irriseur
et despriseur de l'ordre ecclesiasticque ».
Note n°30
GCF,
liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 315) : « L'en porroit plainement dire
que il n'aima onques nullui parfaitement, ne de nului ne fu onques
parfaitement amez. » Gaguin-Desrey, fol. XXv : « comme il ne gardoit
et entretenoit aucun bon amy, aussi nul amy luy fut. »
Note n°31
Cretin
élargit la portée de la critique précise que ses deux sources
principales transmettent. GCF, liv. III, chap. 19
(vol. 1, p. 314) : « En son temps furent poi de genz clers mis en
eveschiez ; volentiers contredisoit les eglises à ceus qui
nouvelement estoient convertis en la foy. » Gaguin-Desrey, fol. XXv
: « lequel a tousjours plus prisé et reputé les nouveaulx convertiz
à la foy que ceulx lesquelz longue et continuelle religion louoit, à
ceulx là donnant eglises et benefices et à ceulx cy peu faisant de
service. »
Note n°32
Ces reproches sont de Cretin.
Note n°33
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) : « Les
quereles des povres gens ne lessoit pas legierement venir devant
lui. » Gaguin-Desrey, fol. XXv : « dejecteur des povres ».
Note n°34
Ce reproche paraît une redite des v.
3935-3937.
Note n°35
Cretin résume et renforce les GCF,
liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) : « Des prestres et des
menistres de sainte Eglise se gaboit et les avoit tournez en
escharnissemenz. » Gaguin-Desrey, fol. XXv : « irriseur et
despriseur de l'ordre ecclesiasticque ».
Note n°36
Ces derniers griefs sont de la plume de
Cretin.
Note n°37
Cretin ponctue son
énumération des vices de Chilpéric par une interrogation rhétorique
qui rappelle celle des GCF, liv. III, chap. 19 (vol.
1, p. 314-315) : « Porquoi raconteriens plus de ses teiches ? »
Gaguin-Desrey, fol. XXv est pareillement pressé d'en finir : « Mais
il me plaist de laisser Chilperic derriere ».
Note n°38
Cretin
doit revenir en arrière pour rendre compte de l'enterrement de
Chilpéric, relaté avant l'appréciation de son action chez
Gaguin-Desrey, fol. XXv : « Lors Mardulphe, evesque de Senlis, avoit
quelque affaire en court, lequel, le roy mort, l'ensevelit et mis en
une nasselle sur la ryviere. Le fist porter à l'eglise Sainct
Germain des Préz que cestuy roy avoit fait construyre et ediffier,
ou l'on voyt aussi à present son sepulchre. » Les
GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1, p. 314) contiennent
un récit à peu près identique mais où le nom de l'abbaye n'est pas
mis à jour : « En sepoulture fu mis en l'eglise Saint Vincent,
dehors les murs de Paris, où il avoit donné mout de pocessions et de
franchises. »
Note n°39
En historiographe de son temps, Cretin s’évertue à indiquer que ses sources sont les plus proches, chronologiquement, des
faits considérés (puisqu’il s’agit de l’épitaphe du roi, donc a priori texte gravé sur son tombeau) et qu’il les a obtenues
de première main (puisque le tombeau « contient », au présent, l’épigramme ci-dessous reportée). Pourtant, le quatrain qui
suit est bien de son invention, à partir de données fournies par Gaguin-Desrey… (voir note source, v. 3970).
Note n°40
Le quatrain de rimes suivies qui suit est composé d’alexandrins, un vers encore peu usité en France, mais qui connaît quelque
essor notamment dans l’écriture des épitaphes et chez les indiciaires bourguignons (voir Olivier Halévy, La vie d’une forme : l’alexandrin renaissant (1452-1573), thèse de doctorat réalisée sous la direction de Francis Goyet, Université Stendhal, 2003). En particulier, les quatrains
d’alexandrins avec rimes brisées (qui peuvent donc également se lire comme des huitains d’hexasyllabes en rimes croisées)
sont caractéristiques de certaines chroniques en vers bourguignonnes, telles que La recollection des merveilleuses advenues de Chastelain et Molinet, mais aussi la Chronique Abrégée de Nicaise Ladam.
À proprement parler, ce quatrain n’est pas vraiment une épitaphe, laquelle se caractérise par le récit de la vie du défunt
ou une mise en garde aux passants sur la vanité de l’existence, souvent faite à la première personne. Deux vers plus haut,
Cretin qualifie ce quatrain d’ « épigramme » (v. 3965), un terme alors très récent, importé de la poésie antique, aux connotations
par conséquent plutôt nobles et modernes. Définie pour la première fois par Thomas Sébillet en 1548, l’épigramme est en effet
absente des traités de seconde rhétorique du XVe siècle qui s’emploient plus volontiers à décrire huitains et dizains. La parenté entre ces formes est pourtant telle que
Clément Marot intitulera certains de ceux-ci du nom de celles-là, dans la réorganisation de ses Œuvres de 1538, qui comprennent alors deux livres d’Epigrammes (voir Guillaume Berthon, L’intention du poète. Clément Marot « autheur », Paris, Classiques Garnier, 2014). Se caractérisant souvent par un bon mot, ou une pointe, l’épigramme s’avère efficace pour
planter dans l’esprit du lecteur une formule qui pourra lui servir de guide dans ses jugements : que François Ier abhorre Chilpéric.
Par conséquent, Cretin semble s’ingénier, par cette épitaphe en alexandrins qu’il nomme également « epigramme », à rivaliser
avec les indiciaires bourguignons tout en soulignant la modernité de son entreprise métrique et en rappelant sa vocation mnémotechnique.
Cette épitaphe (ou épigramme) n’aura pourtant pas de fortune dans la Chronique française, où cette forme demeure un hapax. Cependant, elle a peut-être inspiré un autre Rhétoriqueur, dont la carrière en est alors
à ses débuts. En effet, Jean Bouchet, lecteur de Cretin (à en croire les mentions qu’il en fait), publie en 1528 Les Anciennes et modernes genealogies des roys de France, qui reprend les épitaphes initialement prévues pour un projet d’Annales et épitaphes des roys de France remontant à 1518, soit peu après la rédaction probable de ce livre II de la Chronique française (voir Jennifer Britnell, Jean Bouchet, Edinburgh University Press for the University of Durham, 1986).
Note n°41
Cretin clôture ce
chapitre comme Gaguin-Desrey, fol. XXv le sien : « Tant
seullement [Chilpéric] porta grant honneur et reverence à
Germain, evesque de Paris, le sepulchre duquel jugea digne
d'ungne subscription et epytaphe par luy composé :
“Quiconques donc viendra estre bon et suffisant à gouverner
la chose publicque, à bonne et juste cause devra en horreur
avoir l'engin et les meurs de Chilperic.”
»
BnFfr17274 ceste
Non num.
BnFfr4964 Chapitre xxvi me
BnFfr4965, BnFfr23146 om.
Aix419 Chappitre xxvie.
BnFfr17274 Chapitre xxvie
Cha515 Chappittre .xxvie.
Aix419 pourchass
BnFfr23146 à
BnFfr23146 mesme
BnFfr23146 Aucune
BnFfr23146 passa
BnFfr23146 Ors entendé
BnFfr23146 om.
Aix419 plains
BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146 et
BnFfr23146 À
BnFfr4964, Cha515 ton
BnFfr17274, BnFfr23146 dict
BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146 mesprisee
BnFfr23146 Au
BnFfr23146 se
BnFfr23146 en
BnFfr23146 sa force
BnFfr4965 om.
BnFfr23146 transif
BnFfr23146 cest
BnFfr23146 et
BnFfr4964, BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, Cha515 retourne tousjours
BnFfr23146 retourne tourjous
BnFfr23146 Par
BnFfr17274 om.
BnFfr17274 il
BnFfr23146 leur
BnFfr4965 le Roy
BnFfr23146 telz
BnFfr23146 à
BnFfr23146 marchant
BnFfr17274 fin
BnFfr23146 pris et complot
Aix419 ces
BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146 om.
BnFfr4965, BnFfr17274, BnFfr23146 lors
BnFfr4965 criant
BnFfr17274 non obstantz
Aix419 rien
Aix419 voire
BnFfr17274 monstroit
Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515, BnFfr4964, BnFfr4965 Avoir
BnFfr23146 guise
Aix419 Devriez
BnFfr23146 en
BnFfr17274, BnFfr23146 en
BnFfr17274 Volut
BnFfr23146 ces
BnFfr23146 pesant
Aix419, BnFfr17274, Cha515 camp
BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515 par
BnFfr4965 om.
BnFfr4965 et
BnFfr4964, BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515 des
Aix419 et
BnFfr4965 meut
BnFfr4965 et homme
Aix419 tout
BnFfr23146 testamant
BnFfr4965 De
BnFfr4965, Aix419, BnFfr17274, BnFfr23146 mesprisant
BnFfr17274, BnFfr23146, BnFfr4965 om.
BnFfr23146 leur
BnFfr23146 a tiltre triste
BnFfr23146 lever en
BnFfr23146 en
Non num.
BnFfr4964 om.
Aix419 om.
Aix419 d'estre
BnFfr23146 Chilperi
Aix419 om.