Cretin ne dévoile pas le nom
de ce personnage, qui est le futur Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais, et que [Nicolas de La Chesnaye], Les
Grandes Chroniques, fol. XVIr nomme : « son filz
Childebert ».
Il s'agit vraisemblablement du
même personnage que « Gondouault, le comte de Poictiers » allié à
Sigebert du vers 1662, mais Cretin ne semble pas faire le
rapprochement, pas plus que [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques (fol. XVr : « Gondonault conte de Poictiers »
; fol. XVIr : « avec l'aide du duc Gondebault »). Les
GCF ne font pas d'allusion explicite non plus, et
le titre qu'elles lui attribuent varie (liv. III, chap. 3 [vol. 1,
p. 221] : « Gondoalz, qui dux estoit dou païs [de Poiters] » ; liv.
III, chap. 4 [vol. 1, p. 228] : « Uns dux, qui Gondoalz avoit non
[...] par le conseil dou devant dit conte Gondoalt »).
[Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIr ne mentionne
pas ce couronnement ici, à l'inverse des GCF, liv.
III, chap. 4 (vol. 1, p. 228), dont Cretin s'inspire probablement
pour ce détail : « Li baron dou païs [de Metz] le [Childebert]
reçurent come leur droit seigneur, puis le coronerent et li
rendirent le roiaume son pere par le conseil dou devant dit conte
Gondoalt. »
Cretin ne rappelle pas qu'il s'agit
d'AudovèreAudovère (533 — 580) Reine des Francs de Neustrie (561-566)
Première épouse de Chilpéric Ier, à
l'inverse de sa source, [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVIr : « s'en retoura au Mans
où sa mere Andonere, par la fraulde et trahison de
Fredegonde, estoit en exil ». Les GCF, liv.
III, chap. 4 (vol. 1, p. 229) la nomment également : « vers
la cité dou Mans ala ausi come pour visiter sa mere qui là
estoit en essil, non pas par ses merites, mais par la malice
Fredegonde. À la cité de Roan s'en ala après ce que il out
Audovere sa mere visitée. » L'auteur des titres courants
dans le manuscrit fr. 2818 paraît ignorer cette
correspondance. Cretin fait encore référence à Audovère sans
la nommer aux v. 2888-2889 et 3414.
Frédégonde était déjà désignée comme
une « lice » au v. 1465, terme qui rimait déjà avec « caulte malice
».
Ce long passage (62 vers) est une
originalité de Cretin, à laquelle rien ne correspond dans [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVIr ni dans
les GCF, liv. III, chap. 4 (vol. 1, p. 229). Les deux
derniers vers constituent une transition entre les deux registres de
ce chapitre, puisqu'à la consolation (dans laquelle se lisent les
conseils de l'ecclésiastique qu'est Cretin) succède un passage digne
d'un roman courtois.
Réminiscence de Actes 9 : 5 et 26 : 14
: « il te serait dur de regimber contre les aiguillons »
Peut
également désigner la chair en contexte amoureux.
Cretin gonfle et brode autour d'une seule phrase de [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIr : « Puis,
[Mérovée] ayant souvenance de Brunechilde vesve, s'en alla à Rouen
ou illecques, delecté en l'engin et l'industrie d'icelle femme, la
print à espouse. » Les GCF, liv. III, chap. 4 (vol.
1, p. 229) n'épiloguent pas davantage sur l'union en question : « À
la cité de Roan s'en ala après ce que il out Audovere sa mere
visitée. Là espousa Brunehout, la fame son oncle, que li rois
Chilperis avoit là envoiée en essil. » Cretin confère à cette union
une ampleur inédite. Tout d’abord, en conteur de cour, il décrit les
amours de Mérovée et Brunechilde en utilisant nombre de motifs
courtois – tels que les yeux jetant des « traictz et dardz » (v.
1986), la métaphore de la « joutte » (v. 2016) amoureuse (avec la «
castille », v. 1987, et le « combat », v. 2010)) et du piège («
leurs cueurs liez ou laz », v. 2001). Il se fait même grivois, avec
la métaphore culinaire du « vin cleret » (v. 1991) et la double
évocation de la « vïande » (v. 1984-1995), mais aussi par la
métaphore des « armes » (v. 2015) et la prétérition complice autour
des « vacarmes » (v. 2016) et des « exploitz » (v. 2018) des amants,
autour de laquelle il ménage une connivence (« Car ramener par
escript exploitz telz / N'est bien mon cas. Ce me sont lectres
closes. / À texte rond n'est besoing mectre gloses. », v.
2018-2020). Du courtois au grivois, les amours entre Mérovée et
Brunechilde se font progressivement inconvenantes. Ainsi, en homme
d'Église, Cretin met aussi en exergue la dimension incestueuse de ce
mariage effectué « Sans garder loy n'ordre de parenté » (v.
2005).
Nous corrigeons
« Enconcontre », erreur manifeste, en
« Encontre », conformément aux autres
manuscrits.