Le copiste des titres
courants n'a pas compris que ce prologue ne portait que sur le livre I, à
l'inverse du précédent, qui est un prologue général à la Chronique
française dans son ensemble. Le prologue qui commence ici n'est donc
pas le « second ».
Cretin entame sa Chronique
avec un incipit relativement fréquent à
son époque. Jean Lemaire de Belges débute son Triomphe de Notre
Dame avec : « Aprés avoir en hault mont du calvaire ». Anne
de La Tour fait commencer son Épître au bailli d'Etelan
par : « Aprés avoir vostre espitre receue ». Macé de Villebresme
entame sa traduction des Épîtres du Turc avec : « Aprés
avoir longuement pensé à qui je addresseroie aulcunes
epistres ». Clément Marot fait commencer une épître par : « Aprés
avoir par mainctz jours visité ». Un sizain antérieur à 1545 conservé
par trois manuscrits débute par : « Aprés avoir veu
l'antique ruyne ». René Macé utilise le même incipit au début du livre VII de
la Chronique française : « Aprés avoir remply mon
aultre livre ». Il semble significatif que nombre d'emplois de cet incipit concerne l'épistolaire, plaçant ainsi ce début de Chronique sous le signe de la conversation avec le roi et de l'immédiateté, comme si Cretin était surpris dans son travail.
« Tourner des
volumes » semble être une expression propre à Cretin, qui tout
à la fois rappelle la formule plus courante « tourner des pages » et
évoque l'acception d'épuiser, de parcourir, de « faire le
tour » de quelque chose, que « tourner » peut prendre dans
certains contextes.
Cretin
sacrifie ici à la topique médiévale du livre-source ancien et obsolète
(voir (
Borriero, 2011)). En réalité, seule l'une de ses
deux sources principales, les
Grandes Chroniques de France,
est ancienne ; l'autre, les
Grandes Chroniques de
[Nicolas de La Chesnaye], ont été publiées pour la première fois en
1514, soit à une époque qui est exactement contemporaine de la rédaction
de la
Chronique française.
Ce
mot rappelle la qualification que se donne Pierre Desrey dans l'épître
dédicatoire placée en tête des Grandes
Chroniques de [Nicolas de La Chesnaye], qui constituent
l'une des deux sources principales du livre I de la Chronique
française : « simple orateur de Trois en
Champaigne ».
Cette appellation générique ne permet
pas au lecteur d'identifier
avec certitude le(s) texte(s) au(x)quel(s) Cretin fait ici
référence, si effectivement ce dernier songe à une œuvre en
particulier et non à la notion plus abstraite d'un récit historique
qui serait la somme ou la moyenne de toutes les chroniques
existantes. De nombreux imprimés de nature historiographique qui
circulent alors portent des intitulés proches voire
identiques.
Ce terme est celui qui paraît
correspondre le plus précisément à la nature de la Chronique
française dans l'esprit de Cretin, et il est en réalité le titre
que ce dernier escomptait donner à son œuvre.
Le verbe *plumeter est un
hapax de Cretin. Il fait écho à une petite plume (topos de modestie)
mais transcrit également la volonté de ne pas « plumer », c'est-à-dire
« dépouiller » ou « ruiner » ses sources.
Afin de sauver Io de la surveillance jalouse de Junon,
Mercure, envoyé par Jupiter, endort Argos, le géant au cent yeux qui
était chargé de la surveiller. Voir (
Ovide, 1928)
.
Selon la légende rapportée par Hérodote ((
Hérodote, 1932)), Pline l'Ancien ((
Pline l'Ancien, 1955)) ou Ovide ((
Ovide, 1990)), le poète et
musicien Arion de Méthymne fut jeté à la mer par des marins convoitant
ses richesses. Celui-ci, en chantant accompagné de sa cithare, parvint à
attirer un dauphin qui le sauva de la noyade et le ramena à bon port. Ici, « rebelle » est un substantif d'une forme peu fréquente mais attestée pour la « rebebe », qui est un instrument de musique (le dictionnaire Godefroy renvoie d'ailleurs, dans l'entrée « rebelle », à « rebebe »). « La rebelle Arïon » désigne donc l'instrument de musique d'Arion, avec un génitif sans préposition, construction elle aussi peu fréquente chez
Cretin (archaïsante au début du XVI
e siècle), mais néanmoins présente. À l'évidence, les copistes des manuscrits du Vatican et d'Aix ont été gênés par ce terme
et cette structure peu usités : le premier en rétablissant une forme du substantif plus fréquente, « rebec », le second en comprenant « rebelle » comme un adjectif qu'il a réduit à « belle », sans se soucier de créer un vers hypométrique ni du fait que, selon la légende, Arion est bien un personnage masculin. Il
n'est pas impossible que le copiste du ms BnF fr. 2817 n'ait également pas bien compris ce vers : on observe au début du v.
27 une trace de grattage, qui suggère que le copiste a peut-être tenté une réécriture, que Cretin lui aurait fait corriger.
Ovide raconte qu'Orphée est parvenu aux Enfers, dans le but de sauver son
épouse Eurydice, après être parvenu à endormir Cerbère, le chien à trois
têtes, ainsi que les trois déesses Euménides grâce à sa musique et son
chant ((
Ovide, 1928)).
Les listes de « pères » et
modèles littéraires sont topiques au seuil des textes des Rhétoriqueurs.
Voir (
Cerquiglini-Toulet, 2001).
Il s'agit de François Ier.
Cette
rime se trouvait déjà dans l'épître déjà mentionnée dans le prologue général que Cretin avait envoyée à François, alors seulement
héritier présumé de la couronne, pour lui offrir ses services : « Si de ta part la sienne [celle de Cretin]
epistre est leue, / Disant ces motz :
« Elle est passable », /
Tout aussi vray que sucre n'est pas sable, / Il portera visage que
appellans / Ne portent pas [...] » ((
Chesney, 1932, v. 226, v. 94-98)).
La reprise de la rime, ici dans un sens inversé, est sans doute ici un nouveau clin
d'œil à cette demande de protection couronnée de succès.