Après avoir sauté un passage entier
concernant le comte LeudasteLeudaste (v. 540 — 583) Comte de Tours et connétable
chez [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVIIIv-XIXr (équivalent dans les
GCF, liv. III, chap. 14 [vol. 1, p. 283-287]),
Cretin reprend le cours de sa source et accolle la conclusion en
forme de morale de l'épisode de Lendasque au début de l'épisode
suivant, consacré à la rechute de Frédégonde dans ses travers : «
Malice accoustumee en peché facillement ne se mect en oubly.
Fredegonde, orpheline de tous ses enfans, laquelle sembloit vouloir
faire penitence, persevera derechef persecuter Clovys (que nous
avons dit avoir esté delivré de prison par son pere) pour ce
principallement qu'elle le craignoit comme heritier le veoir
succeder à Chilperic. »
La caractérisation
de la concubine de Clovis est une originalité de Cretin. [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XIXr ne lui
donne même pas de nom : « Clovis entretenoit une concubine. » Les
GCF, liv. III, chap. 14 (vol. 1, p. 288) ne la
nomment pas non plus : « une meschine qui se couchoit ovec Clodovée
».
L'indétermination de l'accusation
portée contre la fille est un reflet de ce qui figure chez [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XIXr, à qui
Cretin reprend les termes exacts utilisés pour caractériser la mère
: « l'une et l'aultre furent accusées à la royne : la concubine
comme cause de plusieurs maulx, sa mere comme enchanteresse et
sortiere. »
Cretin ajoute au récit de [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XIXr l'implication
de Clovis dans les crimes imputés et amplifie leur gravité en
rappelant que les enfants de Frédégonde sont aussi ceux du roi
Chilpéric : « par art et enchantemens dyabolique avoir fait mourir
les enfans de Fredegonde ».
Cretin amplifie,
dans une recherche d'effet dramatique, la brève mention de [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XIXr : « La
mere, examinee par longue question, [Frédégonde] la contraignit le
crime confesser ». Les GCF, liv. III, chap. 14 (vol.
1, p. 288) sont tout aussi expéditives : « La vielle fist tant batre
et tormenter que ele li fist regehir, fust voirs fust mençonge, ce
que on li metoit sus. »
Préposition ici employée dans le sens de
« malgré », « en dépit de ».
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. XIXr ne mentionne ni procédure, ni désaveu, ni confirmation de
la condamnation par Chilpéric : « et ceste confession faicte,
[Frédégonde] la [la mère de la concubine] fist brusler. » Cretin
reprend ces détails aux GCF, liv. III, chap. 14 (vol.
1, p. 289), qui les rapportent après l'assassinat de Clovis, mais ne
mentionnent pas l'implication du roi, originalité de la
Chronique française : « La viele, qui mere estoit
à la meschine Clodovée, fu jugié à ardoir ; forment se defendoit dou
cas dont la roine l'encorpoit, et disoit que ce que ele avoit
recogneu estoit par l'angoisse des tormenz que on li fesoit : loié
fu à une estache et arse toute vive. ».
L'éventualité d'un
retournement de fortune promis par Clovis est une originalité de
Cretin, qui accumule donc les fondements de l'adversité existant
entre Frédégonde et Clovis. [Nicolas de La Chesnaye], Les
Grandes Chroniques, fol. XIXr n'évoque pas l'intention
de Clovis, une fois parvenu au pouvoir, d'écarter l'entourage de son
père, et explique plutôt l'attitude de Frédégonde par la vengeance
et la soif de sang : « Ne cessa ceste femme, prenant plaisir à
l'effuzion de sang humain, jusques a ce qu'elle eut Clovys
exterminé. Elle pria doncques le roy de punyr son filz, par lequel
elle avoit perdu ses troys enfans, et qu'il avoit le royaulme
affecté, son pere vivant. » Les GCF, liv. III, chap.
14 (vol. 1, p. 288) ne donnent aucun motif additionnel à
l'entreprise de Frédégonde : « après demanda au roi vengance de son
fil. »
Faut-il
comprendre par cette expression (inconnue du DMF) « œuf de pou », ou
bien « maladie des Pouilles » sur le modèle de la « maladie de
Naples », qui désigne la syphilis ?
Ces détails sont dus
à l'imagination de Cretin. [Nicolas de La Chesnaye], Les
Grandes Chroniques, fol. XIXr signale seulement que «
Quant ilz furent arrivez en la forest, fist le pere prendre son
filz, lyer et mener à Fredegonde. » Les GCF, liv.
III, chap. 14 (vol. 1, p. 288) ne donnent pas plus de détails : «
quant [Clovis] venuz fu, il [Chilpéric] le fist loier et puis
l'envoia à sa marrastre ».
L'amplification à laquelle se livre ici Cretin, animant son propos
par un discours indirect libre, sert peut-être à gommer la
bizarrerie de ce questionnaire, qui paraît se focaliser sur
l'existence d'un parti factieux dans le royaume de Chilpéric. [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XIXr-XIXv dit
seulement : « lequel [Clovis], presenté devant elle [Fredegonde], le
pria dire qui estoient les seigneurs lesquelz deffendoient sa cause
à l'encontre de Chilperic. »
L'ordre de
torturer Clovis avant de le mettre à mort est inventé par Cretin.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. XIXv n'y fait pas allusion, pas plus que les
GCF, liv. III, chap. 14 (vol. 1, p. 288).
La motivation
de ce choix de sépulture par un souci, de la part de Chilpéric, de
maintenir les apparences, est une originalité de Cretin par rapport
à [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. XIXv, qui est plus factuel : « Toutesvoyes [Chilpéric] le
[Clovis] fist inhumer au tombeau de sa mere par honnorable
sepulture. » Par ailleurs, c'est la troisième fois que Cretin ne
nomme pas AudovèreAudovère (533 — 580) Reine des Francs de Neustrie (561-566)
Première épouse de Chilpéric Ier, dont il
paraissait déjà avoir oublié le nom aux v. 1894 et 2888-2889. Ce nom
lui était pourtant rappelé par les GCF, liv. III,
chap. 14 (vol. 1, p. 288-289) immédiatement à la suite de la
référence à la mise en sépulture de Clovis, qui est ici antérieur à
la mort d'Audovère : « Audovere qui mere estoit Clodovée, que li
rois ot premierement espousée, fu occise. »
Cretin entend ce mot au
sens aristotélicien de « dépourvu de raison ». Il
rappelle en effet dans le prologue général de la
Chronique qu'Aristote distingue l'homme de
l'animal par la faculté de raison.
Cette tirade est de Cretin et rien n'y
correspond chez [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XIXv, ni dans les GCF,
liv. III, chap. 14 (vol. 1, p. 288-289).