Cretin se montre moins précis que ses deux sources
principales, qui donnent, d'une façon certes peu reconnaissable, le
lieu exact de la rencontre. [Nicolas de La Chesnaye],
Les
Grandes Chroniques, fol. XVIIr : « luy [Gontran] estant
au droit du pont de pierre » ;
GCFbiblScopebiblScope :
« en lieu qui est apelez Ponz Perrouz »
(
Les Grandes Chroniques de France, éd. J.
Viard, 10 vol., Paris, Société de l'histoire de France,
1920-1953éd. Viard, 1920-1953, volume 1, p. 256)
. Il s'agit de Pompierre, dans les Vosges.
[Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIr n'établit
pas de lien entre les péchés de Gontran et son absence de
descendance, à l'inverse des
GCFbiblScopebiblScope :
« Diex m'a toluz touz les hoirs de mon cors par mes
pechiez »
(
Les Grandes Chroniques de France, éd. J.
Viard, 10 vol., Paris, Société de l'histoire de France,
1920-1953éd. Viard, 1920-1953, volume 1, p. 257)
.
Nous
corrigeons la leçon manifestement erronée du manuscrit BnF, fr.
2818 et reprenons celle de tous les autres témoins.
Cette métaphore guerrière est
prise, non à [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes
Chroniques, fol. XVIIr, mais bien aux
GCFbiblScopebiblScope :
« Uns maismes escuz nous covre et une meisme lance nous
deffende deshoremais »
(
Les Grandes Chroniques de France, éd. J.
Viard, 10 vol., Paris, Société de l'histoire de France,
1920-1953éd. Viard, 1920-1953, volume 1, p. 257)
.
Cretin a trouvé la
mention de l'extrême jeunesse de Childebert II tant chez [La
Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIr que
dans les
GCFbiblScopebiblScope :
« il estoit encor enfes »
(
Les Grandes Chroniques de France, éd. J.
Viard, 10 vol., Paris, Société de l'histoire de France,
1920-1953éd. Viard, 1920-1953, volume 1, p. 257)
. Cet élément peut surprendre, dans la mesure où l'élévation
de ce prince au trône de Metz a été évoquée au chapitre 10 (v.
1868-1869). Toutefois, Cretin ne donnait pas son nom, et il se
pourrait qu'il n'ait pas compris que le fils de Brunehaut évoqué
alors et le roi de Lorraine dont il est ici question ne font
qu'un.
Cretin cherche
à normaliser le récit imprécis de [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIr, qui paraît
dans un premier temps limiter à Gontran les démêles avec Chilpéric,
avant d'étendre à Gontran et Childebert la portée des torts causés
par Chilpéric :« [...] du roy Chilperic qui par puissance et
ambition les terres occupoit à Gontran appartenans, pour raison de
quoy envoierent par devers Chilperic, le admonnestant de leur rendre
ce qu'il leur avoit ravy et osté, aultrement que guerre luy estoit
annoncee. » Cretin adopte plutôt le point de vue des
GCFbiblScopebiblScope, qui, plus
concises, font de Gontran et Childebert deux victimes des ambitions
de Chilpéric :
« Mais avant que il se departissent, il manderent au roi
Chilperic que il leur rendist ce que il avoit pris et saisi
de leur terres »
(
Les Grandes Chroniques de France, éd. J.
Viard, 10 vol., Paris, Société de l'histoire de France,
1920-1953éd. Viard, 1920-1953, volume 1, p. 257)
. Il n'est pas possible de déterminer si les
GCF évoquent des torts faits
indépendamment vis-à-vis de Gontran et de Childebert, ou bien si
elles considèrent que le royaume de Gontran est également celui
Childebert aussitôt l'adoption entérinée, et que par conséquent son
occupation partielle par les troupes de Chilpéric est une pomme de
discorde entre Childebert et Chilpéric autant qu'entre ce dernier et
Gontran.
Ils différèrent de lui parler
davantage.
Cretin
amplifie considérablement la réaction de Chilpéric par rapport à ses
deux sources principales, qui ne s'appesentissent guère cette
question. [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes
Chroniques, fol. XVIIr : « duquel message le roy
courroucé fut plus ardant et plus enflammé en ire qu'il n'avoit
acoustumé ».
GCFbiblScopebiblScope :
« Quant li rois Chilperic oï ces mandemenz, il en out moult
grant despit »
(
Les Grandes Chroniques de France, éd. J.
Viard, 10 vol., Paris, Société de l'histoire de France,
1920-1953éd. Viard, 1920-1953, volume 1, p. 257)
.
Cretin simplifie le récit qu'il trouve chez [Nicolas de La
Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIr-XVIIv,
et en retranche plusieurs éléments factuels, dont le nom des «
places lymitrophes » où la révolte se déroule et l'identité de l'«
homme instruict » placé à la tête de l'armée : « À ceste
perturbation du roy furent denoncez aultres choses faictes par les
Bretons, c'est assavoir que par impetueuse armee, entrez au
territoire de Resnes, jusques au villaige Cornu, pilloient tout le
pays. Et afin qu'ilz se retirassent en leurs maisons, Chilperic avec
grant compaignie de gens d'armes envoya Bibolene (homme acoustumé à
bataille) contre les Bretons, les terres desquelz furent par luy
gastees jusques à Nantes et par ainsi les Bretons qui ribloient à
l'entour de Resnes se retirerent à leurs maisons. » Les
GCFbiblScopebiblScope proposent un
épisode plus ramassé :
« En cele année envaïrent li Breton la contrée de Rodois, et
passerent jusques à une vile qui est apelée Borc Cornu. Li
dux Bibolenes fu lors envoiez contre iaus ; jusques en
Bretagne les chaça et degasta tout le païs par feu et par
espée »
(
Les Grandes Chroniques de France, éd. J.
Viard, 10 vol., Paris, Société de l'histoire de France,
1920-1953éd. Viard, 1920-1953, volume 1, p. 262)
.
Cretin ajoute
discrètement au récit de ses deux sources principales la réaction à
ce nouveau soulèvement des Bretons. [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIv : « Et peu de
temps après que les Françoys furent hors de Bretaigne, derechef
retournerent les Bretons comme devant. » ;
GCFbiblScopebiblScope :
« Mais li Breton, qui moult furent correcié de si grant domage,
ne s'en tindrent pas atant ; ainz retornerent l'année après
; si ne destruistrent pas tant seulement cele contrée que il
ourent devant gastée, mais toute la province de Nantes.
Felix, li evesques de la cité, leur manda que il cessassent
des maus que il fesoient ; amendement li promistrent, mais
ainc pour ce ne l'amenderent »
(
Les Grandes Chroniques de France, éd. J.
Viard, 10 vol., Paris, Société de l'histoire de France,
1920-1953éd. Viard, 1920-1953, volume 1, p. 262)
. En évocant la nécessité pour Chilpéric d'envoyer à nouveau
une armée contre les Bretons, Cretin induit par la répétition
d'épisodes presque identiques l'idée d'une fatigue qui permet une
transition harmonieuse vers la discussion qui suit, relative aux
guerres incessantes de Chilpéric. Ce faisant, Cretin omet un épisode
brièvement rapporté par [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes
Chroniques, fol. XVIIv à la suite du récit de
l'expédition contre les Bretons : « Cependant, Chilperic sans repos
prit soubz sa puissance et domination les Poitevins obeissans à
Thidebert, son lieutenant ou senechal chassé. »
Cet excursus consacré à la
cruauté de Chilpéric n'a pas d'équivalent à cet endroit dans les
GCFbiblScopebiblScope et est
probablement inspiré par une phrase de [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIv, qui précède
le compte rendu de l'épisode de Dacus, qui suit : « Et pour te plus
esbahir des très cruelles meurs de ce roy, [...] ». Il s'agit pour
Cretin de clarifier son propos épidictique et de faire de Chilpéric
un parfait contre-exemple.
Cretin évoque très brièvement un épisode décrit avec
plus de détails par [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVIIv : « Ung homme estoit nommé Dacus,
par le duc Soustre accusé de crime, ou faulx ou veritable, et pour
ceste accusation detenu en prison par le commandement de Chilperic.
Pource que sans son congié avoit laissé entrer ung presbtre en sa
prison, s'estoit confessé et fait penitance de ses pechez, Chilperic
le commanda tuer incontinent. » Ce récit, qui fait porter la
responsabilité de la mort à Chilpéric, est très modifié par rapport
aux GCFbiblScopebiblScope, lesquelles sont
très confuses du fait d'une incompréhension de l'original latin. Le
récit provient à l'origine des Histoires de Grégoire
de Tours, chez qui Chilpéric ne met Dacus à mort que parce qu'il a
été trompé.
Cretin explicite sa source en précisant que cette taxe était
prélevée en argent et non en nature. [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIv : « Et ce ne
fut la fin des maulx de Chilperic, car tantost feist ung edit que
tous ceulx qui possideroient ou cultiveroient des vignes seraient
tenuz luy bailler par chascun an quarante huyt septiers de vin. Pour
lequel tribut recueillir Marc, commis a faire la recepte generalle
des deniers du roy en Acquitaine, quant orguilleusement et
injurieusement estre payé de ce tribut, fut occis des Lymosins.
»
Cretin paraît ici mettre
François Ier en garde. Les taxes royales
levées sur le vin étaient en effet fréquentes.