Même si cela lui coûte 1500
marcs d'or / Et même la vie de l'armée qui l'accompagne
Il y a là un anachronisme
patent puisque Cretin fait référence, dans ce récit d'un siège du
VI
e siècle, à des armes à feu. On en
voyait déjà la trace dans la peinture du fol. 28v, où la
preprésentation du siège de Tournai par Sigebert fait apparaître des
pièces d'artillerie (voir la
description qu'en fait C. Raynaud).
Une fois n'est
pas coutume, lorsqu'il s'agit de batailles, ce long récit du siège
et de la réduction de Soissons par Chilpéric amplifie
considérablement la simple mention de [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIv : « Cependant
que ces choses se faisoient, fut annoncé à Chilperic que les
Champenoys avoient occupé Soyssons, laquelle depuis facillement
recouvra. Les principaulx de la cité occis qui avoient consenty et
eu alliance aux Champenoys. » Les GCF, liv. III,
chap. 4 (vol. 1, p. 230) ne sont pas plus disertes : « En ce point
que li rois [Chilpéric] s'en retornoit, uns messages li nunça que li
baron de la Champagne Raenciene avoient prise la cité de Soissons.
Maintenant mut contre iaus à bataille, il les sormonta et vainqui ;
mainz des plus nobles occist, la cité recovra et la restabli à sa
seigneurie. » Cretin ajoute un grand nombre de précisions sur les
modalités de la bataille, qui ne doivent pas manquer de faire échos
aux souvenirs du combattant François Ier
et des aristocrates de sa cour. Voir également, plus bas, la
description avec hypotypose de la bataille entre les troupes de
Mommolin et celles de Clovis, v. 2221-2238.
Par
ces quelques mots, Cretin s'efforce de donner une raison à
l'expédition de Clovis, qui ne peut être comprise comme une campagne
de représailles suite à l'occupation de Soissons, capitale de
Chilpéric, par les Champenois : la Champagne relève en effet du
royaume de Metz, alors dirigé, selon la Chronique
française, par Childebert II (en réalité, la reprise en
main de Soissons par Chilpéric est antérieure à l'assassinat de
Sigebert sur l'ordre de Frédégonde). [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIv et les
GCF, liv. III, chap. 4 (vol. 1, p. 230) ne disent
rien des raisons de cette expédition.
Cretin corrige ici une corruption du
texte de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVIv, qui écrit : « en Toirraine,
Perigort et à Genestz ». Peut-être s'est-il aidé des
GCF, liv. III, chap. 4 (vol. 1, p. 230) : « en
Torene [...] tout le païs de Pierregort et d'Agenois ».
Nous corrigeons l'erreur manifeste du
manuscrit de base qui accorde le verbe au pluriel.
Le copiste du manuscrit d'Aix place ici les
vers 2171-2172 qu'il avait omis plus haut, sans tenir compte ni de
la syntaxe ni de l'alternance des rimes.
Cette caractérisation positive est propre à Cretin.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. XVIv dit : « Desir, homme issu de noble lieu », et les
GCF, liv. III, chap. 4 (vol. 1, p. 230) : « Le
duc Desier ».
[Nicolas de La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, après avoir nommé
les trois régions sur lesquelles marche Clovis, dit évasivement «
Mommolin, par Gontran estably gouverneur de ceste region », sans
préciser sur laquelle ou lesquelles l'autorité conférée s'exerce. En
outre, le lecteur de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques est supposé savoir que ces trois régions
relevaient, aux termes du partage de 561, du royaume de Paris échu
(selon le texte) à Gontran après la mort de Caribert. Même s'il
apparaît impartaitement au fait de la répartition des régions entre
les couronnes dans l'ancien royaume de Clotaire (voir notamment v.
1113 et 1710-1711), Cretin cherche à clarifier le propos en
précisant que la Touraine, le Périgord et l'Agenais sont bien sous
l'autorité de Gontran à la suite de la mort de Caribert.
Amplification très significative d'une mention brève chez [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVIv : «
Durant ceste saison, Mommolin, par Gontran estably gouverneur de
ceste region, adverty de la venue des Françoys, son armee dressee,
les alla assailir. En ceste bataille, Mommolin obtint victoire. »
Les GCF, liv. III, chap. 4 (vol. 1, p. 230) sont tout
aussi lapidaires : « Li dux Mommoles, qui ces parties defendoit de
par le roi Gontran, vint encontre iaus à bataille, à grant plenté de
gent ; il les vainqui et chaça ». Les démonstratifs désignant le
valeureux chef de guerre Mommolin, les verbes de perception propres
à l'hypotypose ou encore les énumérations d'armes concourent à l'enargeia de cette description de bataille, à
laquelle Cretin et son public devaient visiblement prendre
plaisir.
Comme des témoins dignes de foi se remémorèrent le fait.
Les «
tesmoings » dont parle Cretin semblent se limiter à [Nicolas de La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVIv, à qui
il reprend les chiffres des pertes humaines : « mais ce ne fut mye
sans la perte et occision de plusieurs des siens, car de ceulx qu'il
avoit mené en bataille en furent occis cinq mille, et de l'armee de
Clovis vingt et quattre mille. » Les GCF, liv. III,
chap. 4 (vol. 1, p. 230) évoquent quant à elles une véritable
victoire à la Pyrrhus : « mais ce ne fu mie sanz grant domage des
siens ; car de Lm homes fu ses oz
descreuz, qui en cele bataille furent occis, et Clodovées, tout fust
il vaincuz, n'en perdu que XXm. »
En fuyant.
Tant le titre et l'orthographe de ce personnage, de
même que l'explication du soulèvement des Poitevins et des Angevins,
sont repris à [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVIv : « Il [Chilpéric] avoit osté
aucunes villes à Varracon, duc de Bretaigne, et craignant qu'il
s'efforçast de les ravoir se par avanture le pouoit decevoir à
despourveu, manda aux Poitevins et Angevins qu'ilz levassent une
armee contre luy et par fallaces essayerent à le tromper et
decepvoir. » Les GCF, liv. III, chap. 7 (vol. 1, p.
246-247) n'évoquent aucun antécédent et parlent d'un comte plutôt
que d'un duc : « Li Poitevin et li Angevin assemblerent et
joinstrent leur forces ensemble ; Varoque, le conte de Bretagne
cuiderent soudainement seurprendre ».
L'orthogaphe
et la caractérisation de cette ville sont reprises à [Nicolas de La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVIv : «
Vennes, ville de dessus la mer ». Les GCF, liv. III,
chap. 7 (vol. 1, p. 247), ont la forme plus commune « Vanes », mais
ne signalent pas qu'il s'agit d'un port.
La portée
donnée à la défaite face à Waroch, érigée en symbole de la puissance
déclinante de Chilpéric, est une spécificité de Cretin, souvent
soucieux de conclure ses chapitres d'histoire par un enseignement
pour l'actuel roi.