GCF, liv. I, chap. 4 (vol. 1, p. 18) :
« Toute cele gent ne demeura pas en celui païs, ainz s'en
departi une compagnie, XXIII M furent par nombre ; entre iaus
firent I duc por iaus governer qui out non Ybors. Il guerpirent
Alemaigne et Germenie pour querre novele habitation ; en Galle
arriverent ». [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, liv. I, chap. [4] (Galliot du Pré, fol.
IIr-v) : « Les françoys joissans de ceste ville et desirans
eslargir leurs limites à cause qu'ilz estoient trop pressez en
leurs manoirs, delibera une partie d'iceulx de soy transporter
en aultre lieu. Se assemblerent bien en nombre troys mille
hommes, lesquelz soubz la banniere et conducte de Yvre, leur
cappittaine (la Germanie delaissee) descendirent en Gaulle,
traversans et courans par tout jusques à la riviere de
Seyne ».
Difficile d’imaginer
que Cretin ne fait pas preuve d’une certaine ironie quant à l’«
oppinïon saine » des Français (v. 626) et aux attentes étymologiques
de tout lecteur d’histoire, lorsqu’il indique que Lutèce tire son
nom de la « fange », alors même qu’il en a fait une description
digne d’un locus amœnus dans les douze vers
qui précèdent (le terme « aménitez » est même employé au v.
621).
Significativement, Cretin reprend pour Paris une construction
syntaxique que l'on trouve déjà pour Troie au vers 68 (« Fut la
grand Troye adnulle et destruicte. »), ce qui crée un parallèle et
une opposition forte entre les deux villes.
Cretin amplifie l'éloge de la Gaule et de Paris qu'il
trouve dans ses deux sources principales, mais escamote le repère
chronologique et les polémiques que la fixation de celui-ci génère.
GCF, liv. I, chap. 4 (vol. 1, p. 18) : « li
païs et la terre leur plut moult, et moult leur sembla delitable
à demorer. Seur le flun de Saine habiterent et fonderent une
cité qui il nommerent Leuthece, qui or est apelée Paris, DCCC et
IIIIxx et XV anz devant
l'Incarnation Nostre Seigneur. Là habiterent, puis que leur
anceseur se furent parti de Sicambre, M CC et LXX anz. »
[Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
liv. I, chap. [4] (éd. Galliot du Pré, 1514, fol. IIv) :
« auquel lieu [sur la Seine] delectez en la doulceur et
amenité des champs et du fleuve y ont fait leur habitation et
demeure. En ce lieu cy j'ay honte de l'ignorance du croniqueur,
lequel a dedyé l'ystoire imprimee au roy Charles huytiesme, car
non saichant assez le temps et les choses, escript que les
Françoys habitans sur la riviere de Seyne ediffierent Lutesse
(qui est la ville de Paris) troys cens nonante et cinq ans avant
la nativité de Jhesu Christ, en laquelle ilz habiterent depuis
qu'ilz eurent delaissé Sycambrie l'an mil deux cens soixante et
dix. En quoy (à cil qui le nombre du temps sçait et congnoist)
appert clairement qu'il a doublement erre. Car se les Françoys
par Valentinian expulsez de Sycambrie ont ediffié Lutesse (ce
qui a peu estre fait) parce que à rebelle Cesar par luy fut
reduicte en son obeissance, que l'on tient pour certani avoir
precedé Valentinian de quattre cens et environ dix ans, comment
donques est-il vray que Lutesse à present dit Paris ayt peu
estre ediffiee par les Françoys troys cens nonante et quinze ans
avant l'advenement de Nostre Seigneur Jhesu Christ ? Lesquelz
non expulsez ne chassez encores de Sycambrie n'avoient oncques
songé le pays de Gaulle, et qui aprés qu'ilz eurent perdu leur
siege longuement vagabons par la Germanie, finablement longtemps
aprés se sont assis sur la ryve du Rhyn, mais voye le
chroniqueur combien loing de la verité il a honteusement
escript, car au regard de moy je n'ay point trouvé la vraye
source et generation des Françoys. »
Le fait qu'il s'appelle
Priam, même si ce n'est pas souligné, rend plus crédible cette
ascendance troyenne.
Cretin fait semblant (v. 648-651) qu'il dispose de
documents très riches sur Marcomire dont il ne peut donner qu'un
résumé, alors qu'il se contente de réécrire ce que disent de lui ses
deux sources principales. GCF, liv. I, chap. 4 (vol.
1, p. 18) : « En celui tens vivoient simplement ; poi savoient
de l'us d'armes. Au tens de lors n'avoit n'avoit ainques eu roi
en France ; chascuns fesoit ce que bon li sembloit ; mais
toutevoies estoient il souget aus Romains et fesoient chascun an
noviaus conseleeurs de leur gent meimes pour le pople governer
ausi come cil de Rome. En ce tens entra marchomires en France.
Cil Marchomires avoit esté fiuz au roi Priant d'Osteriche, qui
estoit descenduz de la lignie le grant roi Priant de Troie. Cil
le reçurent moult honorablement, li et toute sa gent, et pour ce
que il leur enseigna l'us d'armes, et que il fist clorre les
citez et les chasteaus de murales pour les asauz des larrons,
l'establirent il governeor et defendeor dou païs, et pour ce
meismement que il estoit descenduz de la lignie de Troie ausi
com il estoient ; si furent tout I poples et une gent. »
[Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
liv. I, chap. [4] (éd. Galliot du Pré, 1514, fol. IIv) : « Au
temps qu'ilz faisoient leur habitation sur la riviere de Seyne,
nul entre les Françoys avoit encores prins le nom de roy. Et le
premier de tous qui ait eu domination et seigneurie sur eulx a
esté Marcmyre [sic] que les Françoys gardoient en grant honneur
et veneration pour tant que par longue et ancienne lignee estoit
yssi et extraict de Priam, roy de Troye. Cestuy n'a riens fait
de noblesse et excellance sinon fortiffier les villes de fossez
bons et murailles. »
GCF, liv. I, chap. 4 (vol. 1, p.
19-20) : « Cil Marchomires avoit I fil qui avoit non Pharamonz
; nobles chevaliers estoit et preuz aus armes. Li François, qui
vourent avoir roi ausi comme les autres nations, prisrent celi
Pharamont par le conseil Marchomire son pere ; seigneur et roi
le firent seur iaus et li laissierent le païs à governer. Cil
Pharamonz fu li premeirs rois de France, car à ce tens n'i avoit
ainques eu roi, ains estoit li païs sous l'emperere de
Rome. » [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, liv. I, chap. [4] (éd. Galliot du Pré, 1514,
fol. IIv) : « Mais il [Marcomir] avoit ung filz nommé
Pharamond, noble en excellance de corps et de couraige, lequel
par le conseil de son pere ilz constituerent leur roy avec
puisssance à luy permise de regir et gouvernez
[sic] ».
[Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, liv. I, chap. [4] (éd. Galliot du Pré, 1514,
fol. IIv) : « en l'an de nostre salut IIII C vingt. » Les
GCF, liv. I, chap. 4 (vol. 1, p. 20) ne donnent
pas de date.
Cretin transforme sa source et attribue à Pharamond
ce qu'elle impute à Marcomir. GCF, liv. I, chap. 4
(vol. 1, p. 20) : « Pour ce que Marchomires voloit acquerre lor
grace et leur amor, mua le non de la cité, qui devant estoit
apelée Leuthece, qui vaut autant comme vile pleine de boue, et
li mist non Paris, pour Paris l'ainzné fil au grant roi Priant
de Troie, de cui lignie il estoit descendu. Car tuit cil qui de
cele generation estoient, en quelque terre que il fussent,
desirroient moult que leur noms et leur renommée fust espandue
et monteplié par tout le monde. » [Nicolas de la
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [4]
(éd. Galliot du Pré, 1514, fol. IIv) ne fait pas référence ici au
changement de nom de Lutèce.
La rime entre ces deux termes pourrait
surprendre, mais les deux mots se terminent bien par le son [amə].
Voir également : I, v. 4919 et II, v. 2513-2514.
GCF, liv. I, chap. 4 (vol. 1, p. 20) :
« Cil rois Pharamonz governa noblement le roiaume tant com
il vesqui ; morz fu quant il out regné XX anz. » [Nicolas
de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I,
chap. [4] (éd. Galliot du Pré, 1514, fol. IIv) : « Sa puissance
de regir vertueusement administree, le unziesme an de son regne
fut de mort assoupi. »
Cretin réécrit de très
près [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, liv. I, chap. [4] (éd. Galliot du Pré, 1514,
fol. IIv), reprenant à son compte les images et les choix lexicaux
de sa sources : « Lequel Pharamond on dit estre aucteur et
instituteur de la loy salique, car quant les Françoys furent
arrivez jusques au Rhyn où ilz vivoient en meurs cruelles et
estranges, il esleut et choysit quattre saiges princes des
Sycambriens qui bailleroient loy au peuple, c'est assavoir
Usugaste, Losogaste, Sologaste et Visogaste, lesquelz ayans
l'auctorité des aultres princes des seigneurs du pays et de tout
le peuple ont escript la loy que Pharamond a promulguee, ayant
bruyt jusques à nostre temps. Aucuns afferment qu'elle est
nommee selon le nom du lieu auquel elle a esté faicte. Les
aultres disent que sa derivation est descendue du sel, car
sicomme l'apareil et le gardien des viandes c'est le sel, aussi
la loy saliques est la conficture, la saulce et l'apareil des
meurs des Françoys pour les instruire et enseigner à mieux
vivre ». Les GCF n'évoquent pas l'origine
de la loi salique.