La
construction du complément du nom sans préposition est très rare
chez Cretin : faut-il percevoir un effet archaïsant ludique,
signalant la parenté de la chronique avec la chanson de geste
dans ce chapitre ?
Cretin saute tout un épisode que rapportent les
GCF, liv. I, chap. 23 (vol. 1, p. 85) que
n'évoque pas [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. IXr : « Le roi Karricaire et un
sien fil prist par ne sai quel barat, pour ce que cil rois li
out plevi que il li aideroit contre Siagre, le fil Gilon le
Romani dont nous avons parlé ; mais quant illi dut aidier, il se
traist en sus de la bataille, pour ce que il baioit après à
ensuivre la partie de celui qui vaintroit. Tondre les fist
ambedeus ; le pere fist ordener à prestre et le fil à diacre.
Ensi com cil Karricaires se complaignoit de ce que il estoit
ensi abatuz et humiliez, ses fiuz li dist, en demostrant sa
barbe qui de novel estoit tondue : « Ces foilles qui sont
coupées en vert arbre seront tost recreües ; ausitost fust
morz et peris cil qui ce nous a fait ! » Li rois sout
ceste parole ; tantost commanda que il fussent ocis. Après saisi
leur tresors et leur roiaume ; mais les croniques ne parolent
mie dont il fu, ne de quel païs il fu rois. » La
Chronique française suit [Nicolas de La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXr qui passe
sans transition à l'épisode de Ragnacaire : « Les choses ung
peu appaisees, Reicher, prince de Cambray, fut cause de la
guerre ensuyvant, car il estoit orgueilleux et renommé de grant
luxure, lesquelz vices il advient à plusieurs princes. »
GCF, liv. I, chap. 24 (vol. 1, p. 86) : « Son
ost apareilla li rois [Clovis] pour ostoier seur le duc
Ranacaire qui tenoit la cité de Cambrai et toute la duchée. Ses
cosins estoit de lignage, mais il le haoit pour ce que il estoit
de mauveses mors et de mauvese maniere : ses genz maismes ne
l'amoient pas, pour ce que il estoit trop abandonnez à luxure et
à moult d'autres vices. »
Cette interprétation est de
Cretin.
Cretin saute l'évocation de Farron
qu'il rencontre dans ses deux sources principales, reportant le
portrait de ce conseiller qu'il amplifie considérablement aux v.
3277-3312. [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. IXr : « Ceste chose griefvement
portans les seigneurs en la tristesse et affliction de leur
couraige envoyerent au roy Clovys luy promettans aider de leur
costé s'il vouloit cestuy homme effeminé et lubrique expulser de
la principaulté du pays, disans dadvantaige que soubz umbre de
faire semblant de fuyr, ilz delaisseroient leur prince au
meilleu de la bataille. »
GCF, liv. I, chap. 24 (vol. 1, p. 86-87) : « La
mauvestiez de lui et la perece avoit si esmeuz sa gent maismes
et ciaus qui ovec lui chevauchoient, que il se complaignoient et
se conseilloient ensemble comment il porroient oster ceste
honte, qui à touz estoit commune ; car la mauvestié dou seigneur
est reproches à sa gent. Pour ceste raison manderent au fort roi
Clodovée que il queist occasion de bataille encontre lui, et se
il leur voloit doner dons, il se soustrairoient de la bataille
avant qu'ele fust commencié et li rendroient tost
pris. »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. IXr : « Et afin que les seigneurs
gardassent leur convention et promesse, Clovys fist forger des
armeures d'arain, lesquelles il fist dorer en si bonne maniere
qu'elles sembloient estre toutes d'or et puis les donna à ceulx
qui trahissoient leur prince. »
GCF, liv. I, chap. 24 (vol. 1, p. 86) : « Li
rois mut aprés ce mandement à grant force de gent ; mais il out
avant envoié aus traiteurs espaullieres de coivre dorées, et
espées, et autres choses ovrées en autel maniere pour dons. Cil
les reçurent qui cuidierent que eles fussent de fin
or. »
Comme pour le v. 2851, la réfection
de ce vers dans le manuscrit royal vise probablement à éviter que le
démonstratif "ce" se retrouve à la césure du décasyllabe et ne
reçoive un accent de vers, ce qui l'apparentrait à une césure
lyrique, alors proscrite.
Cretin reprend ici ici, en les développant
considérablement, les éléments relatifs à Farron qu'il a rencontrés
plus tôt dans les relations de ces épisodes que contiennent ses deux
sources principales.[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. IXr : « Pharon, qui estoit ung
flateur et adulateur, [Ragnacaire] le soustenoit et favorisoit
tellement qu'il estoit tout le gouvernement et conseil de
Reicher. »
GCF, liv. I, chap. 24 (vol. 1, p. 86-87) : « un
sien familier avoit apelé entor lui, qui avoit non Pharons, que
il cuidoit moult sage. Cil, qui granz bareterres estoit et
decevables, l'avoit si afolé et si aliené de son sens, que quant
on li fesoit aucun present, il disoit : « Ce sera à moi et à
Pharon mon conseillier. » »
Cette lamentation d'ordre général est une
originalité de Cretin vis-à-vis de ses deux sources
principales.
Enjoignait à se porter garants.
Ce passage est une
originalité de Cretin vis-à-vis de ses deux sources
principales.
Cretin prend beaucoup de liberté vis-à-vis de ses
deux sources principales. [Nicolas de La Chesnaye], Les
Grandes Chroniques, fol. IXr : « Lesquelz il
[Clovis] suyvit incontinent avecques son armee, et comme ilz
batailloient, les proditeurs faignyrent la fuytte, leur prince
delaisserent, lequel prins... »
GCF, liv. I, chap. 24 (vol. 1, p. 87) : « L'on
vint au lieu de la bataille ; cil qui estoient consentant de la
traïson firent semblant de fuir. Ranacaires fu pris tandis com
il s'apareilloit de fuir ».
Cette précision
est de Cretin, qui omet la mise à mort de Ragnacaire et de son
entourage rapportée par ses deux sources principales. [Nicolas de La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXr-v :
« Commanda le roy [Clovis] qu'il [Ragnacaire] fust occis
avecques son frere qui ne l'avoit secouru. Semblablement fist
occire tous ses prouchains parens à ce que par droit de
succession ne pretendissent la principaulté de Reicher. »
GCF, liv. I, chap. 24 (vol. 1, p. 87-88) :
« [Ragnacaire] presentez fu au roi [Clovis] de sa gent
maismes. Li rois le fist ocire come mauvais et forslignable. Un
sien frere que il avoit, comanda li rois que il fust ausi ocis,
et li reprocha ce que il ne vout son frere aidier, ainz se lessa
prendre oveques lui. En tel maniere fist-il ocire mainz de ses
parenz maismes, et prist et saisi leur tresors, que aucuns ne
demorast qui tendist à lui ocire pour son roiaume avoir aprés sa
mort. À la cité dou Mans envoia un message, et manda que on
oceist Ricimer, qui estoit freres a devant dit duc Ranacaire,
pour ce que il cuidoit que ce fust cil qui plus tendist à son
roiaume. Un jor avint que li rois dist une parole devant touz
les plus granz barons de France : « Pour ce, dist-il, que je
sui veves et orphelins de touz mes parenz, me dout-je moult
de mon chief, com je n'aie nul home prochain de lignage qui
me gart ma vie et ma santé. » Li baron, qui ceste
parole noterent en autre sens, cuiderent mieuz que il le deist
pour savoir se nus se traisist avant qui se feist de son
lignage. »
Cette explication qui précède la relation de
l'événement à suivre est de Cretin.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. IXv : « Les proditeurs se voyans deceuz et circonvenuz de
dons frauduleux, se compleignyrent au roy. »
GCF, liv. I, chap. 24 (vol. 1, p. 88) : « Quant
li traiteur qui avoient Ranacaire leur seigneur vendu,
s'aperçurent que li rois les avoit deceuz par faus dons que il
leur avoit envoiez, il retornerent à lui en complaignant ; il li
proierent que il leur restablesist le
defaut ».
Cretin amplifie considérablement la remontrance de
Clovis, et il introduit notamment la comparaison à Judas des v.
3380-3381. [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. IXv : « ausquelz il [Clovis]
respondit : « De quelz loyers cuydoient estre dignes ceulx
qui avoient trahy leur prince ? », disant oultre que
c'estoit belle grace à eulx faictes de leur avoir saulvé la vie,
et par ainsi les laissa en leurs maisons. »
GCF, liv. I, chap. 24 (vol. 1, p. 88) : « mais
li rois [Clovis] leur respondi : « Vous ne savez gré de la
grâce que l'on vous a faite quant vous n'estes remembrable
des benefices que je vous ai faiz. De quels tormenz cuidez
vous que l'en deust ciaus tormenter qui traïssent leur
seigneur et sont cause de sa mort ? Allez vous en arrieres,
et vous souffise cele dolereuse vie et noient digne que l'en
vous a lessié. » Quant li traiteur oïrent tels paroles,
il furent forment espoenté ; tart leur fu que il s'en fussent
parti. »
Avertissement
Cette morale est de
Cretin.
Cretin réécrit les GCF, liv. I, chap.
25 (vol. 1, p. 88-89), négligeant que l'ordre cistercien n'est pas
antérieur au XIIe siècle : « En ce
tens vivoit sains Severins ; si estoit abbes de l'abaïe de Saint
Morise de Gaune, qui or est apelez Chablies. Li rois, qui out
esté malades de fievres près d'un an, le manda. Quant li sains
hons fu venuz, il proia tant Nostre Seigneur pour le roi, que il
recovra pleine santé. » [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. IXv ignore
l'épisode.
En marge : nota de saincte
GeneviesveGeneviève, sainte (423 — 502) Sainte française, patronne de la ville de Paris, du diocèse de Nanterre et des
gendarmes
Du
verbe clore.
Cretin amplifie, peut-être avec des éléments
traditionnels, le récit des GCF, liv. I, chap. 25
(vol. 1, p. 89) : « En ce maismes tens vivoit sainte Genevève.
Née fu près de Paris, en une vile qui est apelée Nanteurre.
Sainte virge et resplendissane de merites de bonne vie, sacrée
fu et benoite par la main saint Germain l'Auceurrois, qui en cel
tens aloit en Bretaigne pour destruire l'eresie Pelagiene dont
saint Eglise estoit corrumpue en ces parties. Quant ses peres et
sa mere furent mort, ele s'en vint à Paris au tens le fort roi
Clodovée, et vesqui puis jusques au tens le roi Clotaire et le
roi Childebert. » [Nicolas de La Chesnaye], Les
Grandes Chroniques, fol. IXv ignore ce
récit.
Cretin mélange des éléments issus de ses deux sources principales.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. IXv, qui rapporte cet épisode après la mort de Clovis :
« Avant la mort du roy [Clovis], en la ville de Vienne,
avoit esté fait ung mouvement de terre auquel les ediffices du
palais avecques les temples et maisons des habitans
trebucherent, laquelle chose fut la cause pour laquelle
Mammertus, lors evesque d'icelle ville, nistitua les rogations,
celebrees chascun an par toutes les esglises devant la feste de
l'Ascension Nostre Seigneur. » Dans les
GCF, liv. I, chap. 25 (vol. 1, p. 91-92), l'épisode
est rapporté après plusieurs autres événements isolés que Cretin
ignore : « Incidence En ce tens fu
croles et esmovemenz de terre, si grant en la cité de Viene que
moult d'eglises et de maisons trebucherent le jor de Pasques
maismes, droit en cele heure que sains Mamerz, evesques de la
vile, chantoit la messe. Li palais le roi fu ars de feu qui
descendi soudainement devers le ciel. Li ours et li leu issoient
des bos et faisoient moult de domages aus citeien, car il les
chaçoient et les embatoient dedenz la vile et en devoroient
aucuns. Pour ceste raison fist sains Mamerz sermon au pople, et
les amonesta que il jeunassent III jors et feissent procession
en chantant lethanies. De là vint li biaus us et la bele
coustume qui encore est maintenue en sainte Eglise par tout là
où Diex est serviz et honorez, si com aucun volent
dire. »
Cretin résume un événement rapporté par les
GCF, liv. I, chap. 25 (vol. 1, p. 90) juste avant
celui du tremblement de terre à Vienne : « À son tens [le pape
Hormisdas] envoia li forz rois Clodovées à l'eglise Saint Pere
une corone d'or aorné de pierres precieuses par l'amonestement
monseigneur saint Remi. » Cretin ne rapporte pas la suite,
qui justifie ce don par la gratitude de Clovis vis-à-vis de Dieu.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. IXv ignore cet épisode.
[Nicolas de La Chesnaye], Les
Grandes Chroniques, fol. IXv : « Le roy Clovys
(plusieurs choses par luy faictes), triumphant et renommé, aprés
qu'il eut receu la foy de Jhesu Christ, ayant administré le
royaulme l'espace de XXX ans, alla de vie à trespas, delaissa
quattre filz. » Suit l'épisode du tremblement de terre à
Vienne, puis vient le reste du compte rendu de la mort de Clovis :
« Le roy Clovys fut mis en ung sepulchre que l'on voyt à
present en l'eglise Sainct Pierre par luy ediffiee, que nous
disons Saincte Geneviefve, et sur sa tombe imprimé ung epitaphe
composé par sainct Remy, arcevesque de Rains, l'an de grace cinq
cens et quatorze. » Cretin ignore la dernière phrase du
chapitre : « Luy [Clovis] regnant par les prieres des sainct
Remy, sainct Vaast, evesque de Soyssons gouvernoit l'eglise de
Arras, et Avite l'eglise de Noyon, resistans contre l'heresie
des Arriens. »
GCF, liv. I, chap. 25 (vol. 1, p. 92) : « Li
forz rois Clodovées, qui jà avoit tant vescu qu'il avoit auques
aprochiez les termes de son aage, trespassa de cest siecle quant
il out regné XXX anz chrestiens, en l'onziesme an après ce que
il out ocis le roi Alaric. Mis fu en sepouture en l'eglise Saint
Pere de Paris, qui or est apelée Sainte Geneveve, que il avoit
fondée à la requeste sa fame la roine Crotilde. Seur sa
sepouture fu mis uns epytaphes par vers moult bons et moult bien
diz, que mesires sains Remis fist, si com l'en cuide. »
Cretin ignore la dernière phrase du chapitre et du livre I : « C et
XII anz après le trespassement saint Martin fu
morz. »