Second prologue.FolioIAPꝛes auoir tourne pluſieurs volumesIadis eſcriptz et paſſez par les plumesEt art ſubtil des excellentz aucteursHiſtoꝛiens / et expers oꝛateurs[5]Meſmes de ceulx / qui les geſtes et faictzDes francois francz / par vertueux effectzOnt redigez a clere demonſtrancePar le recit des cronicques de franceIay entrepꝛis (ſe temps le peult permettre)[10]Faire vng recueil /. et le coucher par mettreDe tous leurs faictz notables mys en pꝛoſeSi naffiert pas que de mon ſens pꝛopꝛe ozePꝛecipiter la plume /. et que plumetteLegierement. Ains vault mieulx que plus mette[15]En bien peſant louuraige que ie faisQue par erreur ſuccumbeſoubz le faix Du pas honteux de repꝛehenſion§Doncq. pour auoir ſaine appꝛehenſionDeuers Clio conuient auoir recours[20]Luy ſuppliant me faire ouurir le coursDe veine vifue / et ſource deloquencePour par eſcript de loing ſuyure Lactence§Ou ſil luy plaiſt que aye de laymer cureMe face pꝛeſt de la fluſte a MercureSecond prologue.[25]Qui endoꝛmit le cler voyant ArgusSi en ſeront les miens ſens plus agusOu la rebelle Arion qui chant aSi doulx /. quen mer le daulphin enchanta §Ou bien la harpe a Oꝛpheus mappoꝛte[30]Qui par doulx chantz ouurit denfer la poꝛteCar ſans auoir parolle melliflueEt que de Pan la challemelle y flueIa ne pourray faire querimonieQui rende ſon de ioyeuſe armonie[35]§Que puys ie eſcripꝛe apꝛes mes directeursTres eloquentz pꝛecepteurs et recteursDe Meun /. Gꝛeban / et Geoꝛges ChaſtellainApꝛes le doulx ſtille de Maiſtre AllainDe Molinet linuention ſubtille[40]De Sainct Gelais la veine ſi gentilleEt de Caſtel la doulce reſonance ?§Que puys ie faire / ou ſonne conſonanceDe doulx accoꝛdz / ? Ie ſembleray foꝛmentSemer la paille empꝛes gꝛain de froment[45]Rudes chardons iouxte roſes et fleursPaincture moꝛte entre vifues couleursCuyure apꝛes oꝛ / Et leau en lieu du vinSi ce neſtoit que ſuffraige diuinMadminiſtraſt gꝛace et ſcience infuſe[50]Pour adoulcir ma rudeſſe confuſe.Second prologue.Fo IIAu foꝛt aller /. A complaire ne ſongneFoꝛs a celluy qui ma mys en beſongneSen lieu de ſuccre il treuue en maint pas ſableEt dit ſans plus que louuraige eſt paſſable[55]Il me ſouffit /. En la dirrectionDu ſien plaiſir giſt ma coꝛrection§Tire doncq pleume. Aduenture ton traictSur ceſt affaire /. et volle tout attraictSe erreur commectz. A lamander te renge[60]Et ſe bien faiz / a luy ſoit la louenge :-
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Second prologue1+Livre premier sur le recueil de la Cronique françoyse [Cha514]Aprés avoir2tourné+tourner [BnFfr23146] plusieurs volumes3,Jadis escriptz4 et passez par les plumesEt art subtil des excellentz aucteurs,Historïens et expers orateurs5,[5]Mesmes de ceulx qui les gestes et faictzDes François francz, par vertueux+om. [BnFfr4967] effectz,Ont redigez+redigé [BnFfr23146] à clere demonstrancePar le recit des cronicques de France6,J'ay entrepris, se temps le peult permettre,[10]Faire ung recueil7, et le coucher par mettre+mectres [BnFfr23146],De tous leurs faictz notables mys en prose.Si n'affiert pas que de mon sens propre ozePrecipiter la plume, et que plumette8Legierement. Ains vault mieulx que plus mette[15]En bien pesant+pensant [BnFfr5299, BnFfr23145, BnFfr4967] l'ouvraige que je faisQue par erreur succumbe+succomber [BnFfr23145, BnFfr23146, BnFfr4967, BnFfr5299] soubz lefaix Du pas honteux de reprehensïon.§Doncq pour avoir saine apprehensïon,Devers+Devant [BnFfr23146]ClioClioMuse de l'histoire convient avoir recours,[20]Luy supplïant me faire ouvrir le coursDe veine vifve et source d'eloquence,Pour par escript de loing suyvre LactenceLactance (250 — 325)Apologiste chrétien+faire escript de bonne consequence [Aix419, Cha514]9.§Ou, s'il luy plaist que ayë de l'aymer+la mer [BnFfr17274, BnFfr23146] cure,Me face prest de la fluste à MercureMercureDieu romain du commerce et messager des dieuxSecond prologue[25]Qui endormit le cler voyant ArgusArgosGéant de la mythologie grecque10 :Si en seront les miens sens plus agus ;Ou la rebelle+le rebec [Vat966]la belle [Aix419]ArïonArion de MéthymnePoète et musicien antique semi-légendaire qui chant aSi doulx qu'en mer le daulphin enchanta11 ;§Ou bien la harpe à OrpheüsOrphéeHéros de la mythologie grecque, poète et musicien m'apporte,[30]Qui par doulx chantz, ouvrit d'Enfer+d'Enfer ouvrit [BnFfr23145] la porte12.Car sans avoir parolle melliflueEt que de Pan+Paon [BnFfr23146]PanDivinité de la mythologie grecque de la nature, protecteur des bergers et des
troupeaux, souvent représenté comme une créature chimérique, mi-homme
mi-bouc la challemelle y flue,Ja+Je [BnFfr17274, BnFfr23145, BnFfr23146] ne pourray+pourré [BnFfr23146] faire querimonieQui rende+De ne rendre [BnFfr23146] son de joyeuse armonie.[35]§Que puys je+puisse [BnFfr17274, BnFfr23146] escripre aprés mes directeurs,Trés eloquentz precepteurs et recteurs,De Meun,Jean de Meung (1240 — circa 1304)Poète françaisGrebanGréban (frères) ( — XV siècle)Dramaturges du XVe siècle et Georges ChastellainChastelain, George (circa 1415 — 20/03/1475)Poète et chroniqueur, conseiller du duc de Bourgogne,Aprés le doulx stille de maistre AllainChartier, Alain (1392 — 20/03/1430)Poète françaisDe MolinetMolinet, Jean (1435 — 23/08/1507)Chroniqueur, poète et compositeur, historiographe de la cour de
Bourgogne l'inventïon subtille,[40]De Sainct GelaisSaint-Gelais, Octovien de (1468 — 1502)Poète et évêque français la veine si gentilleEt de Castel+Chastel [BnFfr4967]Castel, Jean (1425 — 24/02/1476)Moine bénedictin, auteur d'œuvres poétiques et de textes de philosophie morale
et religieuse, chroniqueur de Louis XI la doulce resonance13 ?§Que puys je faire où sonne consonance+resonnance [Aix419]De doulx accordz ? Je sembleray formentSemer la paille emprés+aprés [BnFfr23146] grain de froment,[45]Rudes chardons jouxte roses et fleurs,Paincture morte entre vifves couleurs,Cuyvre aprés or, et l'eau en lieu du+de [Vat966, Cha514, Aix419, BnFfr5299, BnFfr4967, BnFfr23145, BnFfr17274] vin,Si ce n'estoit que suffraige divinM'administrast grace et scïence infuse[50]Pour adoulcir ma rudesse confuse.Second prologueAu fort aller à complaire ne songne,Fors à celluy14 qui m'a mys en besongne.+om. [BnFfr4967]S'en lieu de succre, il treuve en maint pas sableEt dit sans plus que l'ouvraige est passable15,[55]Il me souffit. En la dirrectïonDu sien plaisir gist ma correctïon.§Tire doncq, pleume, adventure ton traictSur cest affaire, et volle tout attraict !Se erreur commectz, à l'amander te renge,[60]Et se +le [BnFfr23146] bien faiz, à Luy soit la louenge.+
Mieulx que pis
[Aix419, Cha514]
Le copiste des titres courants n'a pas compris que ce prologue ne portait que sur le livre I, à l'inverse du précédent, qui est un prologue général à la Chronique française dans son ensemble. Le prologue qui commence ici n'est donc pas le « second ».
Cretin entame sa Chronique avec un incipit relativement fréquent à son époque. Jean Lemaire de Belges débute son Triomphe de Notre Dame avec : « Aprés avoir en hault mont du calvaire ». Anne de La Tour fait commencer son Épître au bailli d'Etelan par : « Aprés avoir vostre espitre receue ». Macé de Villebresme entame sa traduction des Épîtres du Turc avec : « Aprés avoir longuement pensé à qui je addresseroie aulcunes epistres ». Clément Marot fait commencer une épître par : « Aprés avoir par mainctz jours visité ». Un sizain antérieur à 1545 conservé par trois manuscrits débute par : « Aprés avoir veu l'antique ruyne ». René Macé utilise le même incipit au début du livre VII de la Chronique française : « Aprés avoir remply mon aultre livre ». Il semble significatif que nombre d'emplois de cet incipit concerne l'épistolaire, plaçant ainsi ce début de Chronique sous le signe de la conversation avec le roi et de l'immédiateté, comme si Cretin était surpris dans son travail.
« Tourner des volumes » semble être une expression propre à Cretin, qui tout à la fois rappelle la formule plus courante « tourner des pages » et évoque l'acception d'épuiser, de parcourir, de « faire le tour » de quelque chose, que « tourner » peut prendre dans certains contextes.
Ce mot rappelle la qualification que se donne Pierre Desrey dans l'épître dédicatoire placée en tête des Grandes Chroniques de [Nicolas de La Chesnaye], qui constituent l'une des deux sources principales du livre I de la Chronique française : « simple orateur de Trois en Champaigne ».
Cette appellation générique ne permet pas au lecteur d'identifier avec certitude le(s) texte(s) au(x)quel(s) Cretin fait ici référence, si effectivement ce dernier songe à une œuvre en particulier et non à la notion plus abstraite d'un récit historique qui serait la somme ou la moyenne de toutes les chroniques existantes. De nombreux imprimés de nature historiographique qui circulent alors portent des intitulés proches voire identiques.
Ce terme est celui qui paraît correspondre le plus précisément à la nature de la Chronique française dans l'esprit de Cretin, et il est en réalité le titre que ce dernier escomptait donner à son œuvre.
Le verbe *plumeter est un hapax de Cretin. Il fait écho à une petite plume (topos de modestie) mais transcrit également la volonté de ne pas « plumer », c'est-à-dire « dépouiller » ou « ruiner » ses sources.
Ici, comme dans le prologue où elle semble être un ajout spécifique au manuscrit royal, la référence à Lactance ne semble pas aller de soi : deux manuscrits l'occultent, et il semble évident, dans celui de Chantilly, qu'un vers originel a été gratté et réécrit en cet endroit. Peut-être que sa doctrine chrétienne fait alors l'objet de discussions qu'ignorait Cretin au moment d'ajouter d'introduire cette référence humaniste dans son texte.
Selon la légende rapportée par Hérodote (Hérodote, Histoires. Tome I, Livre I : Clio, éd. et trad. Philippe-Ernest Legrand, Paris, Les Belles Lettres, 1932Hérodote, 1932, 23-24), Pline l'Ancien (Pline l'Ancien, Histoire naturelle. Livre IX (Des Animaux marins), éd. et trad. Eugène de Saint-Denis, Paris, Les Belles Lettres, 1955Pline l'Ancien, 1955, 8, 6) ou Ovide (Ovide, Les Fastes, trad. Henri Le Bonniec, intro. Augusto Fraschetti, Paris, Les Belles Lettres, 1990Ovide, 1990, II, 1, 92), le poète et musicien Arion de Méthymne fut jeté à la mer par des marins convoitant ses richesses. Celui-ci, en chantant accompagné de sa cithare, parvint à attirer un dauphin qui le sauva de la noyade et le ramena à bon port. Ici, « rebelle » est un substantif d'une forme peu fréquente mais attestée pour la « rebebe », qui est un instrument de musique (le dictionnaire Godefroy renvoie d'ailleurs, dans l'entrée « rebelle », à « rebebe »). « La rebelle Arïon » désigne donc l'instrument de musique d'Arion, avec un génitif sans préposition, construction elle aussi peu fréquente chez Cretin (archaïsante au début du XVIe siècle), mais néanmoins présente. À l'évidence, les copistes des manuscrits du Vatican et d'Aix ont été gênés par ce terme et cette structure peu usités : le premier en rétablissant une forme du substantif plus fréquente, « rebec », le second en comprenant « rebelle » comme un adjectif qu'il a réduit à « belle », sans se soucier de créer un vers hypométrique ni du fait que, selon la légende, Arion est bien un personnage masculin. Il n'est pas impossible que le copiste du ms BnF fr. 2817 n'ait également pas bien compris ce vers : on observe au début du v. 27 une trace de grattage, qui suggère que le copiste a peut-être tenté une réécriture, que Cretin lui aurait fait corriger.
Cette rime se trouvait déjà dans l'épître déjà mentionnée dans le prologue général que Cretin avait envoyée à François, alors seulement héritier présumé de la couronne, pour lui offrir ses services : « Si de ta part la sienne [celle de Cretin] epistre est leue, / Disant ces motz : « Elle est passable », / Tout aussi vray que sucre n'est pas sable, / Il portera visage que appellans / Ne portent pas [...] » (Chesney, Kathleen (éd.), Œuvres
poétiques de Guillaume Cretin, Paris, Firmin-Didot, 1932Chesney, 1932, p. 226, v. 94-98). La reprise de la rime, ici dans un sens inversé, est sans doute ici un nouveau clin d'œil à cette demande de protection couronnée de succès.
Non num.
Cha514 Livre premier sur le recueil de la Cronique françoyse
Second prologue.FolioIAPꝛes auoir tourne pluſieurs volumesIadis eſcriptz et paſſez par les plumesEt art ſubtil des excellentz aucteursHiſtoꝛiens / et expers oꝛateurs[5]Meſmes de ceulx / qui les geſtes et faictzDes francois francz / par vertueux effectzOnt redigez a clere demonſtrancePar le recit des cronicques de franceIay entrepꝛis (ſe temps le peult permettre)[10]Faire vng recueil /. et le coucher par mettreDe tous leurs faictz notables mys en pꝛoſeSi naffiert pas que de mon ſens pꝛopꝛe ozePꝛecipiter la plume /. et que plumetteLegierement. Ains vault mieulx que plus mette[15]En bien peſant louuraige que ie faisQue par erreur ſuccumbeſoubz le faix Du pas honteux de repꝛehenſion§Doncq. pour auoir ſaine appꝛehenſionDeuers Clio conuient auoir recours[20]Luy ſuppliant me faire ouurir le coursDe veine vifue / et ſource deloquencePour par eſcript de loing ſuyure Lactence§Ou ſil luy plaiſt que aye de laymer cureMe face pꝛeſt de la fluſte a MercureSecond prologue.[25]Qui endoꝛmit le cler voyant ArgusSi en ſeront les miens ſens plus agusOu la rebelle Arion qui chant aSi doulx /. quen mer le daulphin enchanta §Ou bien la harpe a Oꝛpheus mappoꝛte[30]Qui par doulx chantz ouurit denfer la poꝛteCar ſans auoir parolle melliflueEt que de Pan la challemelle y flueIa ne pourray faire querimonieQui rende ſon de ioyeuſe armonie[35]§Que puys ie eſcripꝛe apꝛes mes directeursTres eloquentz pꝛecepteurs et recteursDe Meun /. Gꝛeban / et Geoꝛges ChaſtellainApꝛes le doulx ſtille de Maiſtre AllainDe Molinet linuention ſubtille[40]De Sainct Gelais la veine ſi gentilleEt de Caſtel la doulce reſonance ?§Que puys ie faire / ou ſonne conſonanceDe doulx accoꝛdz / ? Ie ſembleray foꝛmentSemer la paille empꝛes gꝛain de froment[45]Rudes chardons iouxte roſes et fleursPaincture moꝛte entre vifues couleursCuyure apꝛes oꝛ / Et leau en lieu du vinSi ce neſtoit que ſuffraige diuinMadminiſtraſt gꝛace et ſcience infuſe[50]Pour adoulcir ma rudeſſe confuſe.Second prologue.Fo IIAu foꝛt aller /. A complaire ne ſongneFoꝛs a celluy qui ma mys en beſongneSen lieu de ſuccre il treuue en maint pas ſableEt dit ſans plus que louuraige eſt paſſable[55]Il me ſouffit /. En la dirrectionDu ſien plaiſir giſt ma coꝛrection§Tire doncq pleume. Aduenture ton traictSur ceſt affaire /. et volle tout attraictSe erreur commectz. A lamander te renge[60]Et ſe bien faiz / a luy ſoit la louenge :-
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Second prologue1+Livre premier sur le recueil de la Cronique françoyse [Cha514]Aprés avoir2tourné+tourner [BnFfr23146] plusieurs volumes3,Jadis escriptz4 et passez par les plumesEt art subtil des excellentz aucteurs,Historïens et expers orateurs5,[5]Mesmes de ceulx qui les gestes et faictzDes François francz, par vertueux+om. [BnFfr4967] effectz,Ont redigez+redigé [BnFfr23146] à clere demonstrancePar le recit des cronicques de France6,J'ay entrepris, se temps le peult permettre,[10]Faire ung recueil7, et le coucher par mettre+mectres [BnFfr23146],De tous leurs faictz notables mys en prose.Si n'affiert pas que de mon sens propre ozePrecipiter la plume, et que plumette8Legierement. Ains vault mieulx que plus mette[15]En bien pesant+pensant [BnFfr5299, BnFfr23145, BnFfr4967] l'ouvraige que je faisQue par erreur succumbe+succomber [BnFfr23145, BnFfr23146, BnFfr4967, BnFfr5299] soubz lefaix Du pas honteux de reprehensïon.§Doncq pour avoir saine apprehensïon,Devers+Devant [BnFfr23146]ClioClioMuse de l'histoire convient avoir recours,[20]Luy supplïant me faire ouvrir le coursDe veine vifve et source d'eloquence,Pour par escript de loing suyvre LactenceLactance (250 — 325)Apologiste chrétien+faire escript de bonne consequence [Aix419, Cha514]9.§Ou, s'il luy plaist que ayë de l'aymer+la mer [BnFfr17274, BnFfr23146] cure,Me face prest de la fluste à MercureMercureDieu romain du commerce et messager des dieuxSecond prologue[25]Qui endormit le cler voyant ArgusArgosGéant de la mythologie grecque10 :Si en seront les miens sens plus agus ;Ou la rebelle+le rebec [Vat966]la belle [Aix419]ArïonArion de MéthymnePoète et musicien antique semi-légendaire qui chant aSi doulx qu'en mer le daulphin enchanta11 ;§Ou bien la harpe à OrpheüsOrphéeHéros de la mythologie grecque, poète et musicien m'apporte,[30]Qui par doulx chantz, ouvrit d'Enfer+d'Enfer ouvrit [BnFfr23145] la porte12.Car sans avoir parolle melliflueEt que de Pan+Paon [BnFfr23146]PanDivinité de la mythologie grecque de la nature, protecteur des bergers et des
troupeaux, souvent représenté comme une créature chimérique, mi-homme
mi-bouc la challemelle y flue,Ja+Je [BnFfr17274, BnFfr23145, BnFfr23146] ne pourray+pourré [BnFfr23146] faire querimonieQui rende+De ne rendre [BnFfr23146] son de joyeuse armonie.[35]§Que puys je+puisse [BnFfr17274, BnFfr23146] escripre aprés mes directeurs,Trés eloquentz precepteurs et recteurs,De Meun,Jean de Meung (1240 — circa 1304)Poète françaisGrebanGréban (frères) ( — XV siècle)Dramaturges du XVe siècle et Georges ChastellainChastelain, George (circa 1415 — 20/03/1475)Poète et chroniqueur, conseiller du duc de Bourgogne,Aprés le doulx stille de maistre AllainChartier, Alain (1392 — 20/03/1430)Poète françaisDe MolinetMolinet, Jean (1435 — 23/08/1507)Chroniqueur, poète et compositeur, historiographe de la cour de
Bourgogne l'inventïon subtille,[40]De Sainct GelaisSaint-Gelais, Octovien de (1468 — 1502)Poète et évêque français la veine si gentilleEt de Castel+Chastel [BnFfr4967]Castel, Jean (1425 — 24/02/1476)Moine bénedictin, auteur d'œuvres poétiques et de textes de philosophie morale
et religieuse, chroniqueur de Louis XI la doulce resonance13 ?§Que puys je faire où sonne consonance+resonnance [Aix419]De doulx accordz ? Je sembleray formentSemer la paille emprés+aprés [BnFfr23146] grain de froment,[45]Rudes chardons jouxte roses et fleurs,Paincture morte entre vifves couleurs,Cuyvre aprés or, et l'eau en lieu du+de [Vat966, Cha514, Aix419, BnFfr5299, BnFfr4967, BnFfr23145, BnFfr17274] vin,Si ce n'estoit que suffraige divinM'administrast grace et scïence infuse[50]Pour adoulcir ma rudesse confuse.Second prologueAu fort aller à complaire ne songne,Fors à celluy14 qui m'a mys en besongne.+om. [BnFfr4967]S'en lieu de succre, il treuve en maint pas sableEt dit sans plus que l'ouvraige est passable15,[55]Il me souffit. En la dirrectïonDu sien plaisir gist ma correctïon.§Tire doncq, pleume, adventure ton traictSur cest affaire, et volle tout attraict !Se erreur commectz, à l'amander te renge,[60]Et se +le [BnFfr23146] bien faiz, à Luy soit la louenge.+
Mieulx que pis
[Aix419, Cha514]
Le copiste des titres courants n'a pas compris que ce prologue ne portait que sur le livre I, à l'inverse du précédent, qui est un prologue général à la Chronique française dans son ensemble. Le prologue qui commence ici n'est donc pas le « second ».
Cretin entame sa Chronique avec un incipit relativement fréquent à son époque. Jean Lemaire de Belges débute son Triomphe de Notre Dame avec : « Aprés avoir en hault mont du calvaire ». Anne de La Tour fait commencer son Épître au bailli d'Etelan par : « Aprés avoir vostre espitre receue ». Macé de Villebresme entame sa traduction des Épîtres du Turc avec : « Aprés avoir longuement pensé à qui je addresseroie aulcunes epistres ». Clément Marot fait commencer une épître par : « Aprés avoir par mainctz jours visité ». Un sizain antérieur à 1545 conservé par trois manuscrits débute par : « Aprés avoir veu l'antique ruyne ». René Macé utilise le même incipit au début du livre VII de la Chronique française : « Aprés avoir remply mon aultre livre ». Il semble significatif que nombre d'emplois de cet incipit concerne l'épistolaire, plaçant ainsi ce début de Chronique sous le signe de la conversation avec le roi et de l'immédiateté, comme si Cretin était surpris dans son travail.
« Tourner des volumes » semble être une expression propre à Cretin, qui tout à la fois rappelle la formule plus courante « tourner des pages » et évoque l'acception d'épuiser, de parcourir, de « faire le tour » de quelque chose, que « tourner » peut prendre dans certains contextes.
Ce mot rappelle la qualification que se donne Pierre Desrey dans l'épître dédicatoire placée en tête des Grandes Chroniques de [Nicolas de La Chesnaye], qui constituent l'une des deux sources principales du livre I de la Chronique française : « simple orateur de Trois en Champaigne ».
Cette appellation générique ne permet pas au lecteur d'identifier avec certitude le(s) texte(s) au(x)quel(s) Cretin fait ici référence, si effectivement ce dernier songe à une œuvre en particulier et non à la notion plus abstraite d'un récit historique qui serait la somme ou la moyenne de toutes les chroniques existantes. De nombreux imprimés de nature historiographique qui circulent alors portent des intitulés proches voire identiques.
Ce terme est celui qui paraît correspondre le plus précisément à la nature de la Chronique française dans l'esprit de Cretin, et il est en réalité le titre que ce dernier escomptait donner à son œuvre.
Le verbe *plumeter est un hapax de Cretin. Il fait écho à une petite plume (topos de modestie) mais transcrit également la volonté de ne pas « plumer », c'est-à-dire « dépouiller » ou « ruiner » ses sources.
Ici, comme dans le prologue où elle semble être un ajout spécifique au manuscrit royal, la référence à Lactance ne semble pas aller de soi : deux manuscrits l'occultent, et il semble évident, dans celui de Chantilly, qu'un vers originel a été gratté et réécrit en cet endroit. Peut-être que sa doctrine chrétienne fait alors l'objet de discussions qu'ignorait Cretin au moment d'ajouter d'introduire cette référence humaniste dans son texte.
Selon la légende rapportée par Hérodote (Hérodote, Histoires. Tome I, Livre I : Clio, éd. et trad. Philippe-Ernest Legrand, Paris, Les Belles Lettres, 1932Hérodote, 1932, 23-24), Pline l'Ancien (Pline l'Ancien, Histoire naturelle. Livre IX (Des Animaux marins), éd. et trad. Eugène de Saint-Denis, Paris, Les Belles Lettres, 1955Pline l'Ancien, 1955, 8, 6) ou Ovide (Ovide, Les Fastes, trad. Henri Le Bonniec, intro. Augusto Fraschetti, Paris, Les Belles Lettres, 1990Ovide, 1990, II, 1, 92), le poète et musicien Arion de Méthymne fut jeté à la mer par des marins convoitant ses richesses. Celui-ci, en chantant accompagné de sa cithare, parvint à attirer un dauphin qui le sauva de la noyade et le ramena à bon port. Ici, « rebelle » est un substantif d'une forme peu fréquente mais attestée pour la « rebebe », qui est un instrument de musique (le dictionnaire Godefroy renvoie d'ailleurs, dans l'entrée « rebelle », à « rebebe »). « La rebelle Arïon » désigne donc l'instrument de musique d'Arion, avec un génitif sans préposition, construction elle aussi peu fréquente chez Cretin (archaïsante au début du XVIe siècle), mais néanmoins présente. À l'évidence, les copistes des manuscrits du Vatican et d'Aix ont été gênés par ce terme et cette structure peu usités : le premier en rétablissant une forme du substantif plus fréquente, « rebec », le second en comprenant « rebelle » comme un adjectif qu'il a réduit à « belle », sans se soucier de créer un vers hypométrique ni du fait que, selon la légende, Arion est bien un personnage masculin. Il n'est pas impossible que le copiste du ms BnF fr. 2817 n'ait également pas bien compris ce vers : on observe au début du v. 27 une trace de grattage, qui suggère que le copiste a peut-être tenté une réécriture, que Cretin lui aurait fait corriger.
Cette rime se trouvait déjà dans l'épître déjà mentionnée dans le prologue général que Cretin avait envoyée à François, alors seulement héritier présumé de la couronne, pour lui offrir ses services : « Si de ta part la sienne [celle de Cretin] epistre est leue, / Disant ces motz : « Elle est passable », / Tout aussi vray que sucre n'est pas sable, / Il portera visage que appellans / Ne portent pas [...] » (Chesney, Kathleen (éd.), Œuvres
poétiques de Guillaume Cretin, Paris, Firmin-Didot, 1932Chesney, 1932, p. 226, v. 94-98). La reprise de la rime, ici dans un sens inversé, est sans doute ici un nouveau clin d'œil à cette demande de protection couronnée de succès.
Non num.
Cha514 Livre premier sur le recueil de la Cronique françoyse
Le copiste des titres courants n'a pas compris que ce prologue ne portait que sur le livre I, à l'inverse du précédent, qui est un prologue général à la Chronique française dans son ensemble. Le prologue qui commence ici n'est donc pas le « second ».
Cretin entame sa Chronique avec un incipit relativement fréquent à son époque. Jean Lemaire de Belges débute son Triomphe de Notre Dame avec : « Aprés avoir en hault mont du calvaire ». Anne de La Tour fait commencer son Épître au bailli d'Etelan par : « Aprés avoir vostre espitre receue ». Macé de Villebresme entame sa traduction des Épîtres du Turc avec : « Aprés avoir longuement pensé à qui je addresseroie aulcunes epistres ». Clément Marot fait commencer une épître par : « Aprés avoir par mainctz jours visité ». Un sizain antérieur à 1545 conservé par trois manuscrits débute par : « Aprés avoir veu l'antique ruyne ». René Macé utilise le même incipit au début du livre VII de la Chronique française : « Aprés avoir remply mon aultre livre ». Il semble significatif que nombre d'emplois de cet incipit concerne l'épistolaire, plaçant ainsi ce début de Chronique sous le signe de la conversation avec le roi et de l'immédiateté, comme si Cretin était surpris dans son travail.
« Tourner des volumes » semble être une expression propre à Cretin, qui tout à la fois rappelle la formule plus courante « tourner des pages » et évoque l'acception d'épuiser, de parcourir, de « faire le tour » de quelque chose, que « tourner » peut prendre dans certains contextes.
Ce mot rappelle la qualification que se donne Pierre Desrey dans l'épître dédicatoire placée en tête des Grandes Chroniques de [Nicolas de La Chesnaye], qui constituent l'une des deux sources principales du livre I de la Chronique française : « simple orateur de Trois en Champaigne ».
Cette appellation générique ne permet pas au lecteur d'identifier avec certitude le(s) texte(s) au(x)quel(s) Cretin fait ici référence, si effectivement ce dernier songe à une œuvre en particulier et non à la notion plus abstraite d'un récit historique qui serait la somme ou la moyenne de toutes les chroniques existantes. De nombreux imprimés de nature historiographique qui circulent alors portent des intitulés proches voire identiques.
Ce terme est celui qui paraît correspondre le plus précisément à la nature de la Chronique française dans l'esprit de Cretin, et il est en réalité le titre que ce dernier escomptait donner à son œuvre.
Le verbe *plumeter est un hapax de Cretin. Il fait écho à une petite plume (topos de modestie) mais transcrit également la volonté de ne pas « plumer », c'est-à-dire « dépouiller » ou « ruiner » ses sources.
Ici, comme dans le prologue où elle semble être un ajout spécifique au manuscrit royal, la référence à Lactance ne semble pas aller de soi : deux manuscrits l'occultent, et il semble évident, dans celui de Chantilly, qu'un vers originel a été gratté et réécrit en cet endroit. Peut-être que sa doctrine chrétienne fait alors l'objet de discussions qu'ignorait Cretin au moment d'ajouter d'introduire cette référence humaniste dans son texte.
Selon la légende rapportée par Hérodote (Hérodote, Histoires. Tome I, Livre I : Clio, éd. et trad. Philippe-Ernest Legrand, Paris, Les Belles Lettres, 1932Hérodote, 1932, 23-24), Pline l'Ancien (Pline l'Ancien, Histoire naturelle. Livre IX (Des Animaux marins), éd. et trad. Eugène de Saint-Denis, Paris, Les Belles Lettres, 1955Pline l'Ancien, 1955, 8, 6) ou Ovide (Ovide, Les Fastes, trad. Henri Le Bonniec, intro. Augusto Fraschetti, Paris, Les Belles Lettres, 1990Ovide, 1990, II, 1, 92), le poète et musicien Arion de Méthymne fut jeté à la mer par des marins convoitant ses richesses. Celui-ci, en chantant accompagné de sa cithare, parvint à attirer un dauphin qui le sauva de la noyade et le ramena à bon port. Ici, « rebelle » est un substantif d'une forme peu fréquente mais attestée pour la « rebebe », qui est un instrument de musique (le dictionnaire Godefroy renvoie d'ailleurs, dans l'entrée « rebelle », à « rebebe »). « La rebelle Arïon » désigne donc l'instrument de musique d'Arion, avec un génitif sans préposition, construction elle aussi peu fréquente chez Cretin (archaïsante au début du XVIe siècle), mais néanmoins présente. À l'évidence, les copistes des manuscrits du Vatican et d'Aix ont été gênés par ce terme et cette structure peu usités : le premier en rétablissant une forme du substantif plus fréquente, « rebec », le second en comprenant « rebelle » comme un adjectif qu'il a réduit à « belle », sans se soucier de créer un vers hypométrique ni du fait que, selon la légende, Arion est bien un personnage masculin. Il n'est pas impossible que le copiste du ms BnF fr. 2817 n'ait également pas bien compris ce vers : on observe au début du v. 27 une trace de grattage, qui suggère que le copiste a peut-être tenté une réécriture, que Cretin lui aurait fait corriger.
Cette rime se trouvait déjà dans l'épître déjà mentionnée dans le prologue général que Cretin avait envoyée à François, alors seulement héritier présumé de la couronne, pour lui offrir ses services : « Si de ta part la sienne [celle de Cretin] epistre est leue, / Disant ces motz : « Elle est passable », / Tout aussi vray que sucre n'est pas sable, / Il portera visage que appellans / Ne portent pas [...] » (Chesney, Kathleen (éd.), Œuvres
poétiques de Guillaume Cretin, Paris, Firmin-Didot, 1932Chesney, 1932, p. 226, v. 94-98). La reprise de la rime, ici dans un sens inversé, est sans doute ici un nouveau clin d'œil à cette demande de protection couronnée de succès.