Nous n'indiquons pas, pour les autres chapitres, une lettre manquante qui correspondrait à une lettrine non réalisée. Dans ce cas, cependant, nous le précisons car pour ces deux témoins, il n'est pas possible de savoir si leur leçon devait se conformer à l'exemplaire royal ou non.
Il semble qu'il y ait hésitation sur la manière de prononcer ce nom, en trois ou quatre syllabes : en témoignent les leçons données par les témoins BnFfr17274 et Aix419, qui ajoutent une syllabe au mot précédent, peut-être parce que les copistes entendent le nom de Théodebert avec synérèse. Cretin lui-même, au fil de la Chronique, semble adopter différents usages.
Aucune des deux sources principales de Cretin ne permet d'expliquer sa méprise de Théodoric pour « Theodebert ». [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXv : « Succedans au roy Clovys, les quattre filz qu'il avoit receuz de la royne Clotilde, d'ung commun accord et voulenté paisible (que peu advient à ceulx qui mettrent leur affection et pensee à regner et presider) diviserent le royaulme en quattre parties. Thierry obtint Lorraine, Clomyre Orleans, Clotaire Soyssons et Childebert Paris. Ces quattre freres alliez par amour mutuel, ayans prins chascun d'eulx indifferamment le nom de roy... » GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 95) : « Li forz rois Clodovées out IIII fiuz de la bone roine Crotilde, Theoderic, Clodomire, Childebert et Clothaire. Tuit ci quatre furent roi et deviserent le roiaume en IIII parties. Theoderis fist le siege de son roiaume à Mez, Clodomires à Orliens, Clothaires à Soisons, et Childeberz à Paris ausi com li peres. » Les éditions anciennes parlent bien de « Theodoric » (Bonhomme, vol. 1, vue 47a ; Vérard, vol. 1, fol. XVIva ; Eustace, vol. 1, fol. XIIra-b), et non de « Theodebert » comme Cretin.
Cretin emprunte cette précision aux GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 95) : « Et jasoit ce que en France ait eu pluseurs rois en divers sieges et en diverses parties dou roiaume, nous ne metons ou nombre des rois de France fors ceus tant seulement qui furent roi dou siege de Paris. » [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXv ne précise rien de cet ordre.
Comme en témoignent les suppressions du mot « dit » dans certains manuscrits, dont l'exemplaire royal, le traitement des noms de rois commençant par « Theo- » (Théodebert, Théodebald, Théodoric, Théodore…) a du susciter des interrogations pour le poète et son auditoire : faut-il prononcer « Theo- » avec diérèse ou synérèse ? Souvent, Cretin emploie une forme raccourcie de ces prénoms, telle que Thierry ou Thidouault, qui ne posent pas de problème quant au décompte des syllabes (respectivement deux et trois, comme « Gondouault ») : se reporter à l'index pour les occurrences et les renvois vers les formes des noms préférées par Cretin. Dans le livre II, le fils de Chilpéric est nommé « Thidebert » (alors que d'autres copistes font un autre choix, comme Aix419 inscrivant « Theodebert » et le groupe BnFfr4964 préférant « Theudebert »). Mais la question semble s'être posée pour « Theodebert » : faut-il lire « theo » en une seule ou en deux syllabes ? Kathleen Chesney remarque que la suite « e » + « o » chez Cretin se prononce volontiers en synérèse dans « theologie », « geometrie » (
Chesney, Kathleen (éd.), Œuvres
poétiques de Guillaume Cretin, Paris, Firmin-Didot, 1932Chesney, 1932, p. xlvii-xlviii). Dans la
Chronique française, Cretin semble donc pencher pour la synérèse dans « Theodebert », mais toutes les occurrences du livre I ont fait l'objet d'une correction dans l'exemplaire royal, visant à supprimer une syllabe au vers afin de laisser la place pour que le nom ne soit plus prononcé en trois mais quatre syllabes (avec diérèse donc) : v. 3551, 4491, 4661, 4232, 4566, 4613. Dans ce livre I, seule la dernière occurrence de « Theodebert » ne fait pas l'objet de modification : v. 4757 (chap. 26), où il doit d'emblée être compté en 4 syllabes. Il semblerait que Cretin aurait alors tenu compte des remarques effectuées dès la lecture/présentation du chap. 20 de son livre, l'invitant à prononcer le prénom avec diérèse. Une telle hypothèse donne une idée de l'avance de Cretin entre la lecture commentée et son écriture : pas plus de 5 chapitres. Cependant, dès le livre II et sans nulle trace de correction, « Theodebert » n'occupe que trois syllabes du vers 1418 même s'il est significativement appelé « Thidebert » dans les cinq autres cas où il est mentionné. Lorsqu'un « Theodebert » (le deuxième du nom) revient à la fin du livre II et dans le livre III, il doit encore se prononcer avec synérèse dans ses 17 occurrences. Cretin aurait-il eu gain de cause ? Le fait est que les noms germaniques en « Theo- » sont en fait des réfections des clercs latins sur la racine grecque « theo » (Dieu) de noms qui commençaient par « Theu » ou « Thieu » (signifiant « le peuple »). Comme, étymologiquement, ces prénoms ne comportaient qu'une seule syllabe au début, Cretin a donc ici bien raison de vouloir imposer la diérèse !
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXv : « Les Danoys assaillirent le pays de Metz, faisans rapines et pilleries, contre lesquelz Thierry envoya son filz Thiedebert avecques bonne compaignie de gens d'armes. Les Danoys vaincuz, Thiedebert triumphant avec grant nombre de prisonniers retourna à son pere. » GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 95-96) : « Quant li roiaumes fu ensi devisez en IIII, un poi de tens fu que guerres ne sorstrent de nule part. Mais Danois, qui sont une gent qui ne puent estre en pais, arriverent par mer en la terre le roi Theoderic ; en partie la praerent et gasterent. Li rois envoia contre iaus un sien fil Theodebert pour son ost conduire et guier. À l'encontre leur vint ; à iaus se combati ; desconfit furent et chacié dou païs, et aucun pris et retenu. Quant Theodeberz out ensi esploitié, il retorna à son pere. » Les éditions anciennes appellent ce fils « Theodobert » (Bonhomme, vol. 1, vue 47a ; Vérard, vol. 1, fol. [XVII]ra ; Eustace, vol. 1, fol. XIIIra).
Cretin réécrit les GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 96-97), faisant des quatre fils de Clotilde (et non de trois d'entre eux seulement) l'auditoire de sa complainte : « Entre ces choses la roine Crotilde manda ses autres III fiuz, le roi Clodomire, le roi Childeberz et le roi Clothaire, puis leur dist en tel maniere : « Li touz puissanz Diex, crierres et governerres dou monde, vout que vous fussiez hoir dou regne vostre pere, pour laquel chose, biau douz fil, se je ai riens vers vous deservi, je vous prie que vous venchiez la mort de mon pere et ma mere. Je me doi esjoïr de ce que j'ai enfantez et norriz ciaus qui doivent estre executeur de ma doleur, mais je me doi doloir de la mort de leur aiex, qui leur fussent à grant honeur se il vesquissent. Orendroit vous ne devez pas despire ne mesprisier la cause de ma complainte par laquele vous estes orphelin de l'aide de si granz amis, que traïsons et envie vous toli avant que vous fussiez né. Avertissiez vous quele esperance vous povez avoir en ciaus qui ce vous ont fait : cuidiez-vous que cil espargnent aus nevoz, qui pas n'espargnierent à leur freres ? Et certes il les ocistrent pour petite partie dou regne ; cuidiez vous que il vous soient plus debonaire ? Se vous estiez mort, il auroient grant esperance que il eussent voz roiaumes. Certes, se vous n'en prenez la venjance, il vous occiront. Se vous n'estes meu pour la raison de vos aiex que il vous ont ocis, au mains soiez dolent de la doleur que je oi quant je vi mon pere meurtrir, ma mere noier en un flueve, et ma sereur dampnée par essil. » » [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXv : « Cependant Clotilde manda ses filz ensemble venir à elle à Paris. Eulx arrivéz (ainsi qu'elle estoit femme couvoiteuse de vengeance) leur declaira l'injure de la mort de son pere, c'est assavair que partie du royaulme de Bourgongne luy appartenoit, mais que par la puissance de Gondebault, a esté faicte orpheline de pere et de mere, et privee de son heritaige, pour raison de quoy elle les pria de prendre assemblleement vengeance de cestuy Gondebault, homicide de son pere. » [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques ne précise pas ici lesquels des fils furent témoins de ce discours, mais il signale plus loin qu'ils étaient quatre (voir la note du v. 3635).
GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 97) : « Quant la roine les out ensi amonestez de venchier la mort son pere, il furent moult esmeu pour la doleur de leur mere. Il assemblerent leur oz ; en Borgoigne entrerent à grant force pour la terre gaster et destruire. Morz estoit jà li rois Gondebauz, qui le pere et la mere la roine Crotilde avoit fait destruire. II fius out lessiez qui estoinet hoir de son roiaume ; li uns avoit non Sigismonz et li autres Godinaires. » Le nom de Godomar III n'apparaît pas à cet endroit dans les éditions anciennes, qui font un saut du même au même : « l'ung avoit nom Simon, lequel fist edifier l'eglise Saint Morice de Chabliers » (Bonhomme, vol. 1, vue 48a) ; « l'ung avoit nom Simon, lequel fist edifier l'esglise Saint Morice de Chabliers » (Vérard, vol. 1, fol. [XVII]ra) ; « l'ung avoit nom Sigemon, lequel fist ediffier l'eglise Sainct Morice de Chabliers » (Eustace, fol. XIIIrb). [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXv ne cite pas non plus le nom de Godomar III à cet endroit : « Ces quattre filz, esmeuz par les maternelles prieres, grant nombre de gens de guerre assemblerent, livrerent bataille aux Bourguignos [sic], que lors Sigismonde (son pere Gondebault decedé) gouvernoit. » Tant les éditions anciennes des GCF que [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques nomment le frère de Sigismond plus loin, à l'endroit correspondant au chapitre 21 de la Chronique française.
La préposition signifie ici : « jusqu'à ».
Dans un développement entièrement tiré des GCF, Cretin insère cette précision prise plus loin à [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXv-Xr : « au monastere Sainct Morice [...] assez près de Octodore, bourg de Savoye » (voir la note du v. 3736).
Cretin réécrit les GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 97-98) : « En ce point fesoit Sigismonz edifier l'eglise Saint Morise de Chablies à granz couz et à granz despens ; il mostra bien la devocion que il avoit ou martyr, en ce que il enrichi le lieu si noblement de possessions et de rentes ; covent de clers i mist pour faire le service Nostre Seigneur, come cil qui estoit hons de bone volenté et nobles fonderres d'eglises. La cause pour quoi il estoit si devoz au martyr saint Morise estoit pour ce que il avoit fet ocire un sien fil, par l'amonestement de sa fame qui haoit l'enfant come marrastre. Il s'averti et regarda la quantité dou pechié que il avoit fait ; de cuer se repenti ; les martyrs requist par grant devocion et leur pria que il fussent si avocat envers Nostre Seigneur et li empetrassent pardon et misericorde ; puis pria à Nostre Seigneur que se il avoit riens fait contre sa volenté, que il le pugnisist de ses pechiez en ceste mortel vie, et que il n'atendist pas à prendre la vengence jusques au jor du jugement. » Cet épisode manque chez [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXv.
GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 98) : « Nostre Sires oï sa proiere, car en ce point entrerent li françois en sa terre. Quant il en sout la novele, il asembla son ost et ala contre iaus à bataille. »
Note no 13commentaire littéraire
Cretin reprend une image déjà employée au v. 2260, en en convoquant peut-être également le sens figuré : « échauffer les esprits ».
En moyen français, la suite [consonne + l ou r + ier] se prononce en une seule syllabe (comme « meurdriers » au v. 3870, qui ne compte que deux syllabes).
Le copiste de l'exemplaire royal n'a pas compris qu'ici, les « fortz et farouches minons » ne sont pas des « mignons » (ou « favoris », « amants ») mais sont des chats qui ne se laissent pas aisément dominer et qu'il convient, selon l'expression alors consacrée, de prendre avec des moufles (« on ne prend pas tels chats sans moufles » signifie qu'on ne vient pas à bout de certaines personnes sans précaution).
GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 98) : « Quant li estors fu commenciez, li François se combatirent moult aigrement selonc leur costume ; li Borguegnon se desconfirent et tornerent les dos pour fuir. » [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXr : « Lequel [Sigismond] faisant eslicte de gens d'armes et chevaliers, se alla jecter contre les Françoys. Ont bataille de trés rude et aspre puissance, mais la fortune tournant du costé de Clovemyre... »
GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 98-99) : « Li rois Sigismonz, qui vit la desconfiture de sa gent, prist à fuir droit vers l'abaïe de Saint Morise de Chablies, en esperance que li martyrs le deust garantir. Li rois Clodomires qui l'enchauçoit, le prist ; en prison le mist en la cité d'Orliens. » Cretin ignore la suite : « En ce tens estoit sainz Aviz abbés d'un couvent assez près de la cité ; moult pria le roi Clodomire que il n'oceist pas hons de si grant noblece et de si grant bonté. » [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXv : « la fortune tournant du costé de Clovemyre, Sigismonde fut prins en fuytte, lyé comme prisonnier. Fut envoyé à Aureille. »
Sur ce que cette rime indique de la prononciation des termes associés, voir la note au v. 343.
GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 99) : « Sa proiere [de saint Avit] ne vout oïr, ainz fist ocire lui et ses enfanz et les cors jeter en un puiz. De lçà furent osté et porté à Saint Morise de Gaune et mis honorablement en sepouture, dou quel l'en ne doit pas douter qu'il ne soit saus, car li malade qui là vienent et font sacrifice à Dieu pour l'ame de lui sont tantost gari de leur enfermeté. » [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXv-Xr : « Et peu de temps aprés, Clovemyre avec ses enfans le fist getter dedans ung trés hault puis. Finablement il permist qu'ilz fussent tirez hors et ensepveliz au monastere Sainct Morice que Symon, frere de Sigismonde, avoit fait construyre et ediffier assez près de Octodore, bourg de Savoye. »