Aucune
des deux sources principales de Cretin ne permet d'expliquer sa
méprise de Théodoric pour « Theodebert ». [Nicolas de La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXv :
« Succedans au roy Clovys, les quattre filz qu'il avoit
receuz de la royne Clotilde, d'ung commun accord et voulenté
paisible (que peu advient à ceulx qui mettrent leur affection et
pensee à regner et presider) diviserent le royaulme en quattre
parties. Thierry obtint Lorraine, Clomyre Orleans, Clotaire
Soyssons et Childebert Paris. Ces quattre freres alliez par
amour mutuel, ayans prins chascun d'eulx indifferamment le nom
de roy... »
GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 95) : « Li
forz rois Clodovées out IIII fiuz de la bone roine Crotilde,
Theoderic, Clodomire, Childebert et Clothaire. Tuit ci quatre
furent roi et deviserent le roiaume en IIII parties. Theoderis
fist le siege de son roiaume à Mez, Clodomires à Orliens,
Clothaires à Soisons, et Childeberz à Paris ausi com li
peres. » Les éditions anciennes parlent bien de
« Theodoric » (Bonhomme, vol. 1, vue 47a ; Vérard,
vol. 1, fol. XVIva ; Eustace, vol. 1, fol. XIIra-b), et non de
« Theodebert » comme Cretin.
Cretin
emprunte cette précision aux GCF, liv. II, chap. 1
(vol. 1, p. 95) : « Et jasoit ce que en France ait eu pluseurs
rois en divers sieges et en diverses parties dou roiaume, nous
ne metons ou nombre des rois de France fors ceus tant seulement
qui furent roi dou siege de Paris. » [Nicolas de La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXv ne
précise rien de cet ordre.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. IXv : « Les Danoys assaillirent le
pays de Metz, faisans rapines et pilleries, contre lesquelz
Thierry envoya son filz Thiedebert avecques bonne compaignie de
gens d'armes. Les Danoys vaincuz, Thiedebert triumphant avec
grant nombre de prisonniers retourna à son pere. »
GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 95-96) :
« Quant li roiaumes fu ensi devisez en IIII, un poi de tens
fu que guerres ne sorstrent de nule part. Mais Danois, qui sont
une gent qui ne puent estre en pais, arriverent par mer en la
terre le roi Theoderic ; en partie la praerent et gasterent. Li
rois envoia contre iaus un sien fil Theodebert pour son ost
conduire et guier. À l'encontre leur vint ; à iaus se combati ;
desconfit furent et chacié dou païs, et aucun pris et retenu.
Quant Theodeberz out ensi esploitié, il retorna à son
pere. » Les éditions anciennes appellent ce fils
« Theodobert » (Bonhomme, vol. 1, vue 47a ; Vérard,
vol. 1, fol. [XVII]ra ; Eustace, vol. 1, fol. XIIIra).
Cretin réécrit les GCF, liv. II,
chap. 1 (vol. 1, p. 96-97), faisant des quatre fils de Clotilde (et
non de trois d'entre eux seulement) l'auditoire de sa complainte :
« Entre ces choses la roine Crotilde manda ses autres III
fiuz, le roi Clodomire, le roi Childeberz et le roi Clothaire,
puis leur dist en tel maniere : « Li touz puissanz Diex,
crierres et governerres dou monde, vout que vous fussiez
hoir dou regne vostre pere, pour laquel chose, biau douz
fil, se je ai riens vers vous deservi, je vous prie que vous
venchiez la mort de mon pere et ma mere. Je me doi esjoïr de
ce que j'ai enfantez et norriz ciaus qui doivent estre
executeur de ma doleur, mais je me doi doloir de la mort de
leur aiex, qui leur fussent à grant honeur se il
vesquissent. Orendroit vous ne devez pas despire ne
mesprisier la cause de ma complainte par laquele vous estes
orphelin de l'aide de si granz amis, que traïsons et envie
vous toli avant que vous fussiez né. Avertissiez vous quele
esperance vous povez avoir en ciaus qui ce vous ont fait :
cuidiez-vous que cil espargnent aus nevoz, qui pas
n'espargnierent à leur freres ? Et certes il les ocistrent
pour petite partie dou regne ; cuidiez vous que il vous
soient plus debonaire ? Se vous estiez mort, il auroient
grant esperance que il eussent voz roiaumes. Certes, se vous
n'en prenez la venjance, il vous occiront. Se vous n'estes
meu pour la raison de vos aiex que il vous ont ocis, au
mains soiez dolent de la doleur que je oi quant je vi mon
pere meurtrir, ma mere noier en un flueve, et ma sereur
dampnée par essil. » » [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. IXv :
« Cependant Clotilde manda ses filz ensemble venir à elle à
Paris. Eulx arrivéz (ainsi qu'elle estoit femme couvoiteuse de
vengeance) leur declaira l'injure de la mort de son pere, c'est
assavair que partie du royaulme de Bourgongne luy appartenoit,
mais que par la puissance de Gondebault, a esté faicte orpheline
de pere et de mere, et privee de son heritaige, pour raison de
quoy elle les pria de prendre assemblleement vengeance de cestuy
Gondebault, homicide de son pere. » [Nicolas de La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques ne précise pas ici
lesquels des fils furent témoins de ce discours, mais il signale
plus loin qu'ils étaient quatre (voir la note du v.
3635).
GCF, liv. II, chap. 1
(vol. 1, p. 97) : « Quant la roine les out ensi amonestez de
venchier la mort son pere, il furent moult esmeu pour la doleur
de leur mere. Il assemblerent leur oz ; en Borgoigne entrerent à
grant force pour la terre gaster et destruire. Morz estoit jà li
rois Gondebauz, qui le pere et la mere la roine Crotilde avoit
fait destruire. II fius out lessiez qui estoinet hoir de son
roiaume ; li uns avoit non Sigismonz et li autres
Godinaires. » Le nom de Godomar III n'apparaît pas à cet
endroit dans les éditions anciennes, qui font un saut du même au
même : « l'ung avoit nom Simon, lequel fist edifier l'eglise
Saint Morice de Chabliers » (Bonhomme, vol. 1, vue 48a) ;
« l'ung avoit nom Simon, lequel fist edifier l'esglise
Saint Morice de Chabliers » (Vérard, vol. 1, fol.
[XVII]ra) ; « l'ung avoit nom Sigemon, lequel fist ediffier
l'eglise Sainct Morice de Chabliers » (Eustace, fol.
XIIIrb). [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. IXv ne cite pas non plus le nom de
Godomar III à cet endroit : « Ces quattre filz, esmeuz par les
maternelles prieres, grant nombre de gens de guerre
assemblerent, livrerent bataille aux Bourguignos [sic], que lors
Sigismonde (son pere Gondebault decedé) gouvernoit. » Tant
les éditions anciennes des GCF que [Nicolas de La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques nomment le frère de
Sigismond plus loin, à l'endroit correspondant au chapitre 21 de la
Chronique française.
Jusqu'à.
Dans un développement entièrement tiré
des GCF, Cretin insère cette précision prise plus
loin à [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. IXv-Xr : « au monastere Sainct
Morice [...] assez près de Octodore, bourg de Savoye »
(voir la note du v. 3736).
Cretin réécrit les
GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 97-98) :
« En ce point fesoit Sigismonz edifier l'eglise Saint
Morise de Chablies à granz couz et à granz despens ; il
mostra bien la devocion que il avoit ou martyr, en ce que il
enrichi le lieu si noblement de possessions et de rentes ;
covent de clers i mist pour faire le service Nostre
Seigneur, come cil qui estoit hons de bone volenté et nobles
fonderres d'eglises. La cause pour quoi il estoit si devoz
au martyr saint Morise estoit pour ce que il avoit fet ocire
un sien fil, par l'amonestement de sa fame qui haoit
l'enfant come marrastre. Il s'averti et regarda la quantité
dou pechié que il avoit fait ; de cuer se repenti ; les
martyrs requist par grant devocion et leur pria que il
fussent si avocat envers Nostre Seigneur et li empetrassent
pardon et misericorde ; puis pria à Nostre Seigneur que se
il avoit riens fait contre sa volenté, que il le pugnisist
de ses pechiez en ceste mortel vie, et que il n'atendist pas
à prendre la vengence jusques au jor du jugement. »
Cet épisode manque chez [Nicolas de La Chesnaye], Les
Grandes Chroniques, fol. IXv.
GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 98)
: « Nostre Sires oï sa proiere, car en ce point entrerent li
françois en sa terre. Quant il en sout la novele, il asembla son
ost et ala contre iaus à bataille. »
Cretin reprend une image déjà
employée au v. 2260, en en convoquant peut-être également le sens
figuré : « échauffer les esprits ».
Comme le précise la graphie des autres témoins, les « fortz et farouches minons » ne sont pas des « mignons » (ou « favoris », « amants ») mais sont des chats qui ne se
laissent pas aisément dominer et qu'il convient, selon l'expression
alors consacrée, de prendre avec des moufles (« on ne prend pas tels
chats sans moufles » signifie qu'on ne vient pas à bout de certaines
personnes sans
précaution).
GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 98) :
« Quant li estors fu commenciez, li François se combatirent
moult aigrement selonc leur costume ; li Borguegnon se
desconfirent et tornerent les dos pour fuir. » [Nicolas de
La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXr :
« Lequel [Sigismond] faisant eslicte de gens d'armes et
chevaliers, se alla jecter contre les Françoys. Ont bataille de
trés rude et aspre puissance, mais la fortune tournant du costé
de Clovemyre... »
GCF, liv. II, chap. 1
(vol. 1, p. 98-99) : « Li rois Sigismonz, qui vit la
desconfiture de sa gent, prist à fuir droit vers l'abaïe de
Saint Morise de Chablies, en esperance que li martyrs le deust
garantir. Li rois Clodomires qui l'enchauçoit, le prist ; en
prison le mist en la cité d'Orliens. » Cretin ignore la
suite : « En ce tens estoit sainz Aviz abbés d'un couvent assez
près de la cité ; moult pria le roi Clodomire que il n'oceist
pas hons de si grant noblece et de si grant bonté. »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques,
fol. IXv : « la fortune tournant du costé de Clovemyre,
Sigismonde fut prins en fuytte, lyé comme prisonnier. Fut envoyé
à Aureille. »
Sur cette
rime, voir la note au v. 343.
GCF, liv. II, chap. 1 (vol. 1, p. 99)
: « Sa proiere [de saint Avit] ne vout oïr, ainz fist ocire lui
et ses enfanz et les cors jeter en un puiz. De lçà furent osté
et porté à Saint Morise de Gaune et mis honorablement en
sepouture, dou quel l'en ne doit pas douter qu'il ne soit saus,
car li malade qui là vienent et font sacrifice à Dieu pour l'ame
de lui sont tantost gari de leur enfermeté. » [Nicolas de
La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. IXv-Xr :
« Et peu de temps aprés, Clovemyre avec ses enfans le fist
getter dedans ung trés hault puis. Finablement il permist qu'ilz
fussent tirez hors et ensepveliz au monastere Sainct Morice que
Symon, frere de Sigismonde, avoit fait construyre et ediffier
assez près de Octodore, bourg de
Savoye. »