Le saut de ligne introduit après l'intitulé du chapitre est le premier du genre dans le manuscrit qui, le copiste eût-il été plus soucieux de faire correspondre les divisons du texte aux pages du volume, aurait pu (et dû ?) couvrir exactement sept pages (125 lignes) avec les 4 vers d'introduction, l'intitulé du chapitre et les 170 vers que ce dernier contient.
La modification apportée au manuscrit offert au roi répond à la modification du nom de « Turcus » en « Tuxtus ».
Cretin reprend sa réécriture des GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) : « Tucrus et Francio, qui estoient cousin germain (car Francions fu fiuz d'Ector, et cil Turques fiuz Troylus, qui estoient frere et fil au roi Priant), il se departirent de leur contrée, et alerent habiter delez une terre qui est apelée Trace ; là demorerent seur un flueve qui a non la Dinoe. » Consultant une édition ancienne des GCF (dont il tire l'orthographe « Tuxtus »), il est possible que Cretin ait omis cette dernière précision géographique car il n'a pas reconnu le Danube dans la forme très dégradée du nom du fleuve : « sur ung fleuve qui a nom Ladionnee » (éd. Bonhomme, vol. 1, vue 16b) ; « sur ung fleuve qui a nom Ladionnee » (éd. Vérard, vol. 1, fol. Ivb). L'édition de 1514 est bien meilleure de ce point de vue : « sur ung fleuve qui a nom la Dinoé (éd. Eustace, vol. 1, fol. Iva). »
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11-12) : « Quant ensemble ourent habité un grant tens, Turcus se departi de Francion son cousin, il et une partie dou pople que il enmena ovec soi; en une contrée s'en ala qui est nomée Scice la Petite » Cretin omet la suite : « en cele terre habita [Turcus] si longuement, il et sa gent, que il crierent d'aus IIII manieres de genz, Austrogohtes, Ypoghotes, Wandes et Normanz. » À nouveau, l'absence de détails géographiques dans la Chronique française s'explique peut-être par l'impossibilité de reconnaître les noms de lieux dans les éditions anciennes des GCF que consultait Cretin : « en une contree s'en ala qui estoit nommee Face la Petite » (éd. Bonhomme, vol. I, vue 16b) ; « en une contree s'en ala qui estoit nommee Face la Petite » (éd. Vérard, vol. I, fol. Ivb) ; « en une contree s'en alla qui estoit nommee Face la Petite » (éd. Eustace, vol. 1, fol. Ivb).
Cretin est tributaire de la trame narrative des GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 12) : « Francio demora seur le devant dit flueve après ce que ses cousins se fu de lui partiz ; là fonderent une cité que il apelerent Sicambre ; longuement furent apelé Sicambrien pour le non de cele cité. » Cependant, il commence ici à introduire des éléments pris chez [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [1] (éd. Galliot du Pré, 1514, fol. Ir) : « Partie d'iceulx [Troyens] avec la conduicte de Francion s'en alla habiter et faire residence au plus prés des Alains, sur le lac Meotide qui remplist le fleuve Tanais coulant par la region de Scytie, auquel lieu appellez Françoys à cause du nom de leur duc Francion ediffierent une ville de grant pris nommee Sycambrie, prés des Hongres. » Cretin omet la suite du récit de [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques qui introduit une difficulté supplémentaire : « Laquelle [Sycambrie] longtemps aprés, destruicte par les Gothz, allerent [les Français] en une aultre ville par eulx construicte en la prochaine montaigne où ilz fisrent leur habitation et demeure jusques au temps de Vallentinian, roy des Rommains ».
Dans le manuscrit BnF fr. 2817, la numérotation passe directement du fol. viie au fol. ix.
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 12) : « tributaire estoient aus Romains, ausi come les autres nations. M et D anz et VII demorerent en cele cité puis que il l'orent fondée. »
Cette ellipse de 1507 années fait passer le récit du régime mythique des origines troyennes des Francs, à un régime historiographique.
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 12-13) : « Après avint au tens Valentinien l'empereor des Romains, qui regna puis la passion Jhesu Crist CCC et LXXVI anz, que une maniere de genz qui estoient apelé Alain habitoient es palue de Meode. Forz genz estoient et bataillereus. A cel empereor Valentinien se combaitrent pluseurs foiz ; aucunes foiz les vainqui et les embati par force dedenz les dites paluz ; mais li Romain ne les povoient ensivre, car li liex estoit si forz et si perilleus pour les fonteniz et pour les mareschieres, que, quant il s'estoit dedenz embatu, il ne les povoient de riens grever. » [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) : « Par lequel [Valentinien III] furent [les Français] expulsez pour la raison que nous dirons cy aprés. Les Alains faisans rebellion et se substrayans de l'obeissance de l'Empire, pource que par le moyen de l'abondance et altitude des fanges du pays marescageux facillement se deffendoient contre l'empereur qui les assailloit. »
Cette remarque est de Cretin, dont l'intention est vraisemblablement de tourner l'Italie en ridicule.
Le mot « ayde » doit ici se prononcer [ajd̪] (sans diérèse), ce qui permet la rime avec « Meötide ». Cette prononciation est confirmée aux v. 3735-3736, où « ayde » rime avec « remide » ; aux v. 1635-1636 du liv. II, où « ayde » rime avec « bride » ; aux v. 4176-4177 du liv. II, où « ayde » rime avec « homicide ». Cependant, la prononciation [ɛd̪] est également attestée, par exemple aux v. 4161-4162, où « ayde » rime avec « Hermofrede ». Un cas ambigu figure aux v. 3094-3095 du liv. III, où « ayde » rime avec « remeide ». Cette rime n'apparaissant pas dans les autres poèmes de Cretin, Kathleen Chesney ne l'a pas commentée.
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) : « Quant li empereres [Valentinien] vit ce, il apela en s'aide les Troiens qui habitoient en Sicambre, et leur pria que il feissent une voie tant seulement par quoi sa gent peussent venir à ses anemis soudainement. Cil li respondirent que il ne feroient pas ce sanz plus, ainz li promistrent que il les prendroient et chaceroient fors par force. Li empereres, qui moult liez fu de tele response, leur quitta le treü de X anz se il povoient ce fere. Joiant furent li Troien de la promesse l'empereor ; soudainement se ferirent es paluz, come cil qui bien savient eschiver les periuz et les maus pas que il cognoisoient. ». [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) : « Valentinian appella les Françoys en son aide, auxquelz il promist quicter et remectre par dix ans le tribut annuel qu'ilz payoient aux Rommains s'ilz reduisoient soubz sa puissance et domination les Alains desobeissans et rebelles, soubz laquelle esperance les Françoys eslevez, parce qu'ilz estoient acoustumez de souvent passer par les fanges et marestz, entrepreignent le negoce et affaire. »
Cette rime équivoquée revient au livre II, v. 507-508.
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) : « Les Alains troverent asseurez, qui d'aus ne se prenoient garde, car il cuidoient que nus ne peust jusques à iaus venir pour la forterece des lieus ». [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [1] (éd. Galliot du Pré, 1514, fol. Ir) ne fait pas mention de la confiance des Alains.
Nous ne parvenons guère à expliquer cette modification dans le BnFfr2817, qui engendre un hiatus, sauf à considérer une erreur du copiste du manuscrit royal (qui aurait écrit « si » par confusion avec la ligne précédente).
Les scènes de combat sont légion dans la Chronique : Cretin prend soin de les rendre particulièrement énergiques (enargeia) par l'emploi de la figure de l'hypotypose (nombreux verbes de perception), laquelle sera relayée par les peintures dans les livres suivants. Son vocabulaire du combat est très précis, technique, et bien sûr anachronique : l'enjeu n'est pas tant l'exactitude historique que l'invitation, pour un lecteur royal féru de récits et d'aventures chevaleresques, de se projeter dans cette histoire et d'être capable de la transposer aux événements présents pour en tirer les leçons pour son action future.
Les variantes de ce vers sont significatives puisque tous les autres témoins (sauf Aix419) s'accordent sur une leçon faisant la part belle à l'énumération et à l'homéotéleute (ainsi qu'aux rimes brisées et batelées). Cette virtuosité ostentatoire, relevant peut-être d'une esthétique passée de mode (chère à Molinet) est effacée dans le manuscrit offert à François Ier. Sans doute faut-il voir dans la choix initial de recourir à l'énumération une trace de la diversité avec laquelle Cretin aborde sa réécriture, et moins une fidélité archaïsante à des procédés du passé.
Le récit de cette bataille est entièrement de la plume de Cretin, qui donne une ampleur considérable à ce compte rendu de la première bataille victorieuse des Français. Les deux sources principales de la Chronique française signalent seulement que les Français eurent le dessus. GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) : « grant partie en ocistrent ; l'autre partie eschapa par fuite et aucuns empristrent. » [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [1] (éd. Galliot du Pré, 1514, fol. Ir) : « Menerent forte et puissante armee, surmonterent le lac, et par cruelle bataille rendirent les Alains obeissans à l'empereur. »
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) : « Li empereres se merveilla moult de la force et de la hardiece des Troiens, pour ce que il avoient osé entrer es lieus si perilleus, ocire et prendre et chacier les plus granz anemis de l'Empire, ce que li Romain, vainqueour de tout le monde, n'osoient fere ; pour ce les apela lors François pour la reson de leur fierté. » [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [1] (éd. Galliot du Pré, 1514, fol. Ir) : « Pour laquelle victoire disent aucuns les Françoys par Valentinian estre nommez Françoys, c'est à dire gens plains de ferocité, les aultres disans au contraire que pour la remission du tribut et liberté acquise sont appellez Françoys, c'est à dire francs. »
Cretin n'échappe pas complètement aux paronomases et allitérations topiques autour des mots « franc » et « Françoys », sans pour autant exploiter à plein la paronomase comme l'avait fait Jean d'Auton dans les Allarmes de Mars (c. 1499) : « Tout fort se doit, à grant force, efforcer / Le fort effort de toute forte force, / Qui par ransfort veult la force forcer, / Emsforcer, fors qu'en fort ne se ransforce, / Et forcement au fort il est force. / La forteresse des plus fors forcennés / De s'emforcer, puisque pas fort sennés Ne sont en fors, ne n'ont force esforcee, / Fors les forfaitz qui sont à force nés / Par force doit la force estre forcee. // Tant estes fors, Françoys, preux et adroictz [...]. » (« ''Les Alarmes de Mars'' de Jean d'Auton : édition et commentaire », éd. Jonathan Dumont, Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, 2012-2013, p. 97-166, v. 176-186). Cretin ne verse pas non plus dans la rime senée comme l'avait fait Jean Lemaire (c. 1511) : « François faictiz, franz, fortz, fermes au fait, / Fins, frecz, de fer, feroces, sans frayeur, / Telz sont voz noms concordans à l'effect. » (La Concorde des deux langages, éd. Jean Frappier, Droz, Paris, 1947, v. 583-585). Astucieusement, Cretin préfère justifier l'origine du nom des Français non par un cratylisme les associant à la liberté et la force, mais en les rattachant à leur ancêtre troyen mythique : c'est Francïon, non par son nom mais par sa valeur, qui les prédestinait à la liberté, ou franchise. Là où le lecteur l'attendait comme poète, Cretin semble se défaire de ses prédécesseurs pour revendiquer une posture d'historiographe.
Cretin réduit ici à l'essentiel ses deux sources principales. GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13-14) : « Autre opinion por quoi li furent dit François. Aucun des actors racontent que il furent apelé François dou non d'un prince que il ourent, qui ert apelez Francions, dou quel nous avons là desus parlé, et dient ensi que quant il se partirent de Troie la grant, il firent I roi qui out non Frigan, puis alerent par maintes regions jusques en Aise la grant ;là se deviserent en II parties, des queles l'une habita en Grece en la terre de Macedoine, par la vertu des quex li Macedonien furent si redouté que il firent moult de batailles et ourent pluseurs victoires par leur aide, au tens le roi Phelippe et le grant roi Alixandre son fil. L'autre partie de cel devant dit pople ala en Europe ; habitation prist entre la grant mer et une region qui est apelée Trace, suer la riviere de la Dinoe. Quant ensi ourent là habité une piece dou tens, il se deviserent en II parties et furent II nations diverses apelées par divers nons ; car li un furent nomé Torgotin, pour leur roi qui estoit nomez Torgotus, et li autre, pour leur roi qui avoit non Francions, furent apelé François, qui chacierent les Alains des paluz de Meode, si com nous avons lassus dit, à la requeste l'empereor de Rome. » [Nicolas de la Chesnaye], Les Grandes Chroniques, liv. I, chap. [1] (éd. Galliot du Pré, 1514, fol. Ir-v) : « Neautmoins je consens plus à ceulx qui les disent avoir acquis leur nom de Francion, car ceste derreniere nomination ne couvient à l'ancienneté d'icelle nation que nul doubte avant le regne de l'empereur Constantin (premier de ce nom) avoir esté preux et trés vaillans en bataille. Et qui plus est, Flavius Vopiscus a lessé en memoire, que l'empereur Aurelien predecesseur de Constantin, mena les Françoys au triumphe, lequel Aurelien, superieur de Valentinian (comme dit Paul Dyacre) subjugua les Saxons, c'est à dire les Allemans aux fins et limites des Françoys. Toutes lesquelles choses sont argumens de plus ancienne source et propagation qe de croire par Valentinian le Jeune les François premieremnt estre nommez. Toutesvoyes je n'ay point leu de certain aucteur, qui constamment escripve le temps de ce nom, et n'a Gregoire de Tours assez congneu le commencement de ceste nation, quant pour tesmoing appelle Sulpice, Alexandre, que l'on voyt ignorer la vraye generation des roys françoys. Et y a une epistre de Cicero qu'il adresse à Attique en laquelle est escript le nom des Francons, que plusieurs veullent dire appartenir aux Françoys. Par quoy l'on peult croyre sans temerité que leur nom avoit cours longtemps devant Valentinian. »
La construction du verbe « croire » avec « en », bien attestée, a dû paraître suffisamment étrange au public de Cretin pour qu'il souhaite la supprimer (aucun exemple de cette construction, dans le DMF, après le deuxième tiers du XVe siècle).