§Cil qui de lire hyſtoyres leſbat aymeVerra en moins de fueillet et demy.Comme Clouis receut de ſainct Remy[2420]Le digne et ſainct ſacrement de bapteſme.
§Chapitre.. xiiii.
La ſaincte ampolle trāſmiſe du ciel au bapteſme de Clouis.Fo LVAu iour eſleu et aſſigne / pour faireSongneuſement et par oꝛdꝛe / laffaireLe roy / la royne / a gꝛande et gꝛoſſe courtSen vont a Reims /. Loꝛs la nobleſſe court[2425]Seigneurs du ſang / les pꝛinces / ducz / et comtesSuyuent apꝛes / ſans y trouuer meſcontesTous richement acouſtrez et parezOꝛ ſont tantoſt les ſainctz fontz pꝛeparezLa comparans archeueſques / eueſques[2430]Tout le clerge / nobleſſe et peuple auecquesLe roy Clouis apꝛes confeſſionSe pꝛeſenta / monſtrant laffectionTres gꝛande auoir de receuoir bapteſmeMais au beſoing deffaillit le ſainct creſme[2435]Par le deffault du miniſtre /. ou de ceulxAyans la charge / en cela pareſſeuxOu cela vint ce croy ie / et non deuinePar diſpoſee oꝛdonnance diuineEt comme on feuſt / ſans riens quelconcque ouurer[2440]Par non pouoir le creſme recouurerSoudainement vne blanche columbeVenant du ciel / deuant le peuple tumbeEt en volant a lentour / et parmyToute la tourbe /. Es mains de ſainct Remy[2445]Viſiblement poſa vne fiolleClouys baptiſe incite tous ſes gentz a eſtre baptiſez.Que maintenant diſons la ſaincte ampollePleine de doulce et ſouefue liqueurQue croyꝛe doibt tout humble et deuot cueurAuoir eſte miniſtre par loffice[2450]Du ſainct Eſpꝛit / et diuin beneficeDe la liqueur tres bien receue a gꝛeFut loꝛs le roy enoingt et conſacreEt auſſi ont eſte les roys de FranceTouſiours depuys/ ains que auoir deliurance[2455]Du pays leur / par entiere actionDe iouyſſante adminiſtrationApꝛes ce ſainct et ſollempnel bapteſmeLe roy parlant a ſes gentz pꝛiſt ſon teſmeSur bon pꝛopos quen bꝛiefz motz leur deſcript[2460]Et les pꝛia de croyꝛe en Ieſus CriſtDont tient auoir la victoyꝛe obtenueEt ſe repent que tant a ſouſtenueLa faulſe loy / et ſuperſtitionQui ſes fauteurs meyne a perdition[2465]Il leur ſuade a laiſſer les ydollesEt de leurs dieux tous temples / capitolles Pꝛophanes lieux / ſimulachꝛes / aultiersNe ſouffrir veoir et demourer entiersMais tout bꝛiſer / rompꝛe / et a terre abatre[2470]Et pour la foy du Redempteur combatreClouis fonda legliſe du mont saincte Geneuefue a paris.Fo LVIEn congnoiſſant que au rachapt des humainsSon digne coꝛps / chef / coſte / piedz / et mainsSouffrit percer ſur le perron doultranceTenant le pas /. A ceſte remonſtrance[2475]Furent les cueurs des Francoys amolizSi que leurs dieux laiſſez et abolizTous les pꝛeſens / et autres quant le ſceurentLe ſacrement de bapteſme receurent§Le roy apꝛes / pour augmenter touſiours[2480]La foy de Dieu /. fiſt en bien peu de ioursConſtruyꝛe vng temple a paris /. pꝛincipalleCite tenue / et ville capitalleDe ſon royaulme / et couſta maint eſcuCe baſtyment sur le mont dit Aygu[2485]Ou il auoit la terre et place acquiſeFut erigee vne bien belle egliſeFondee au nom des apoſtres benoiſtzSainct Pierre et Paul /. Et a ce quen congnoysCeſt le lieu pꝛopꝛe / ou ſaincte Geneuefue[2490]Maint langoureux febꝛicitant relieueDe ſa douleur / peine et calamiteDonnant remede a toute infirmiteLes roys de France en leurs armes poꝛtoyentDurant ce temps troys crapaulx / qui eſtoyent[2495]Armes par trop eſtranges a poꝛterLes troys fleurs de liz enuoyees du ciel au roy Clouys.Mais Dieu voulut les faire tranſpoꝛterQuant a Clouis furent du ciel tranſmiſesFleurs de liz doꝛ / pour eſtre en ce lieu miſesSur champ dazur la celeſte couleur[2500]Les fiſt aſſeoir /. De ceſte digne fleurA Ioye en Val y a pꝛeuue certainePar vne vifue et tres clere fontaineOu lon maintient que fut fait ce tranſpoꝛtA vng pꝛeudhomme hermite /. Et au rappoꝛt[2505]De luy /. pꝛenant dun tel treſoꝛ moult ioyeFut pꝛis le nom du roy darmes MontioyeLa giſt a moins dun traict darc et demyLe benoiſt coꝛps de ſainct BarthelemyLa pour teſmoing de ce diuin miſtere[2510]Pꝛent ioye en val ce deuot monaſtereMais ceſt vng cas bien ſauuaige / et aſſezA repꝛimer /. que les roys treſpaſſezNont eu ce lieu en plus gꝛand reuerenceY trouuez vous pꝛopos ne apparence ?[2515]Deuſſent ilz pas en ce ioyeux pourpꝛisAuoir baſty quelque ouuraige de pꝛis ?Laiſſer le lieu en ſi gꝛande ruyneOu vint la fleur / dont fut ceſte bꝛuyneDes troys enflez et venimeux crapaulx[2520]Miſe ſoubz piedz /. De tous lieux pꝛincipaulxDu mal des eſcrouelles dont le roy de france gueriſt.Fo LVIICe ioye en Val vault bien pour debuoir eſtrePlus extime que autre nul royal eſtreCapable eſt il voire entre vng milionDy baſtir lautre et ſecond Ylion[2525]La deuroit on ſur blanc marbꝛe et poꝛphireFaire entailler ymaiges a ſouffireEt beaulx eſcriptz / ou feuſſent contenuzLes excellentz faictz darmes que ont tenuzTous roys francoys / pour en telz repertoyꝛes[2530]A lœil choyſir leurs heureuſes victoyꝛes.O roy des roys / et ſeigneur des ſeigneursQuelz ſi gꝛandz biens / pꝛiuileiges / honneursQuelz ſi beaux dons / et gꝛaces ſi affectesOnt autres euz / que aux roys francoys as faictes ?[2535]Certes il neſt ſi gꝛande nationQui de ſes dieux ayt eu donationSi appꝛouchante a lheur dont cueur franc ſe ayſeQue a eu de toy la nation francoyſeLoue en ſoit ton ſainct nom pꝛecieux[2540]Et honnoꝛe en la terre et aux cieulx.Reſte adiouxter aux gꝛaces deſſus dictesEntre autres / deux / qui ne ſont pas petitesLune et plus gꝛande eſt ceſte /. Or la retienCeſt que le roy nomme tres creſtien[2545]Dun ſeul toucher guariſt / ſans doubter / croy leDes graces diuines que ont les roys de france.La malladie appellee eſcrouelle /.Miracle gꝛand /. Eſt il place ou deſtourOu ſoit celluy qui puiſt faire vn tel tour ?On dit aſſez /. Mais ceſt le foꝛt du faire[2550]Ie ne croyꝛay iamais en ceſt affaireQue filz ſeptieſme a ce bien eſpꝛouueSoit ia de luy vng ſeul guary trouue Lautre gꝛace eſt / et tien ou que ie ſoyeAuoir eſte vng dꝛap de rouge ſoye[2555]Tranſmys du ciel / iadis reſplendiſſantAu deſployer / comme ſoleil naiſſantVers le matin / ſans ce que noyꝛe nueDe ſa clarte en riens luy diminueCe dꝛap de ſoye / en la facon eſtoit[2560]Dun eſtandart / et des roys ſe poꝛtoitQuant on fondoit querelles des bataillesIoindꝛe ſur loſt de viles truendaillesTurcz / meſcreans / ennemys de la foyOn dit auſſi que a eſte fait lenuoy[2565]De ceſte enſeigne appellee auriflammeA Charlemaigne / ardant comme la flammeEt en ſon cueur / ayant le zele eſcriptA ſouſtenir la foy de Ieſus CriſtEt obſeruer dꝛoit iuſte et canonicque[2570]Comme verrons en cueillant ſa cronicqueDe lauriflamme enuoyee du ciel a ClouisFo LVIIICeſte auriflamme auoit telle vertuQue quant vng oſt ſen trouuoit reueſtuEt deſployeeau vent eſtoitſingleePartie aduerſe en venoit aueuglee[2575]Elle a eſte gardee bien longtempsA Sainct Denys en France /. Mais ientendzAinſi que vent va ſouflant en ouyeQue du lieu ſeſt pieca eſuanouyeEt la raiſon /. pource que aucuns des roys[2580]Sur creſtiens par impourueuz deſroysContre le vueil de Dieu mal en vſerentEt du diuin pꝛiuileige abuſerentAutre parolle icy tenir nen puysFoꝛs ſeullement que ay entendu depuys[2585]A la ſemblance vne a eſte beneyſteEt eſt dedans legliſe deſſus dicteMiſe et gardee aupꝛes du benoiſt coꝛpsDe ſainct Denys /. Qui ne croyt mes recoꝛdzLœil en fera (ſil y va ) ſeure pꝛeuue[2590]Dire ne puys ſinon ce que ien treuue.
Afficher les surlignagesMasquer les surlignagesAfficher les appels de collationsMasquer les appels de collationsAfficher les appels de notesMasquer les appels de notes
§Cil, qui de lire hystoyres+histoire [BnFfr4967, BnFfr5299, BnFfr23145] l'esbat ayme,Verra, en moins de fueillet et demy,Comme ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) receut de sainct RemyRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553)Saint catholique[2420]Le digne et sainct sacrement de baptesme.
La saincte ampolle transmise du ciel au baptesme de ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) Au jour esleu et assigné pour faireSongneusement et par ordre l'affaire,Le roy, la+et la [BnFfr17274] royne, à grande et grosse court,S'en vont à Reims. Lors la noblesse court.[2425]Seigneurs du sang, les princes, ducz et comtes,Suyvent aprés, sans y trouver mescontes,Tous richement acoustrez et parez.Or sont tantost les sainctz fontz preparez,Là comparans archevesques, evesques,[2430]Tout le clergé, noblesse et peuple avecques.Le roy ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) , aprés confessïon,Se presenta, monstrant l'affectïon+ affection [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514]Trés grande avoir de recevoir baptesme2.Mais au besoing deffaillit+deffault [BnFfr23145] le sainct cresme[2435]Par le deffault du ministre, ou de ceulxAyans la charge, en cela paresseux.Ou cela vint, ce croy je et non devine,Par disposee ordonnance divine.Et comme on feust sans riens quelconcque+ quelzconques [BnFfr4967, BnFfr5299, BnFfr23145] ouvrer,[2440]Par+Pour [BnFfr23145] non pouoir le cresme recouvrer,Soudainement une blanche columbe,Venant du ciel, devant le peuple tumbe,Et en volant à l'entour+enlentour [Vat966] et parmyToute la tourbe, es mains de sainct RemyRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553)Saint catholique[2445]Visiblement posa une fïolle,ClovysClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) baptisé incite tous ses gentz à estre baptisezQue maintenant disons la saincte ampolle,Pleine de doulce et souefve liqueur,Que croyre doibt tout humble et devot cueurAvoir esté ministré par l'office[2450]Du sainct Esprit+Esperit [BnFfr5299, BnFfr4967, BnFfr23145]Saint-EspritConcept de Dieu dans de nombreuses religions et divin benefice.De la liqueur trés bien receue à gré,Fut lors le roy enoingt et consacré.Et aussi ont esté les roys de FranceTousjours depuys, ains que avoir delivrance[2455]Du paÿs leur, par entiere actïonDe jouÿssante administratïon3.Aprés ce sainct et sollempnel baptesme,Le roy, parlant à ses gentz, prist son tesmeSur bon propos qu'en briefz motz+mot [Aix419] leur descript,[2460]Et les pria de croyre en Jesus CristJésus-ChristMessie et fils unique de Dieu pour les chrétiens,Dont tient avoir la victoyre obtenue.Et se repent que tant a soustenueLa faulse loy et superstitïonQui ses fauteurs meyne à perditïon.[2465]Il leur+leurs [Aix419] suade à laisser les ydolles,Et de leurs dieux tous temples, capitolles+
temples et capitolles [BnFfr17274, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514] ;
temples et capitoles [BnFfr23145] ;
temples et cappitolles [Aix419]
, Prophanes lieux, simulachres aultiers,Ne souffrir veoir et demourer entiers,Mais tout briser, rompre et à terre abatre,[2470]Et pour la foy du RedempteurJésus-ChristMessie et fils unique de Dieu pour les chrétiens combatreClovisClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) fonda l'eglise du mont Saincte Genevefve à ParisEn congnoissant que au+le [BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299] rachapt des humainsSon digne corps, chef, costé, piedz+pied [BnFfr4967] et mainsSouffrit percer, sur le perron d'oultranceTenant le pas45. À ceste remonstrance,[2475]Furent les cueurs des Françoys amolizSi que, leurs dieux laissez et aboliz,Tous les presens et autres, quant le sceurent,Le sacrement de baptesme receurent6.§Le roy aprés, pour augmenter tousjours[2480]La foy de DieuDieuConcept de Dieu dans le christianisme, fist en bien peu de joursConstruyre ung +peucil peuple [BnFfr4967] temple à Paris, principalleCité tenue et ville capitalleDe son royaulme, et cousta maint escuCe bastyment. Sur le mont dit Aygu,[2485]Où il avoit la terre et place acquise,Fut erigee une bien belle eglise,Fondee au nom des apostres benoistzSainct+Sainctz [Aix419, Cha514]PierrePierre, saint (I siècle avant J.C. — entre 64 et 68)Apôtre du Christ et premier pape de l'Église catholique et PaulPaul, saint (5 — entre 64 et 67)Apôtre du Christ et missionnaire. Et à ce qu'en+que [Aix419] congnoys,C'est le+om. [Vat966] lieu propre où saincte+sainct [BnFfr4967]GenevefveGeneviève, sainte (423 — 502)Sainte française, patronne de la ville de Paris, du diocèse de Nanterre et des
gendarmes[2490]Maint langoureux febricitant+subricitant [Aix419] relieveDe sa douleur, peine et calamité,Donnant remede à toute infirmité78.Les roys de France en leurs armes portoyent,Durant ce temps, troys crapaulx, qui estoyent[2495]Armes par trop estranges à porter.Les troys fleurs de liz envoyees du ciel au roy ClovysClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) Mais DieuDieuConcept de Dieu dans le christianisme voulut les faire transporter,Quant à ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) furent du ciel transmisesFleurs de liz d'or, pour estre en ce lieu +et [BnFfr4967] mises.Sur champ d'azur, la celeste couleur,[2500]Les fist asseoir9. De ceste digne fleur,À Joye en Val y a preuve certaine,Par une vifve et trés clere fontaineOù l'on maintient que fut fait ce transportÀ ung preud'homme hermite. Et au rapport[2505]De luy, prenant d'un tel tresor moult joye,Fut pris+puis [BnFfr17274] le nom du roy d'armes : Montjoye.Là gist, à moins d'un+en moindz du [BnFfr17274]en moins d'ung [Aix419, Cha514] traict d'arc et demy,Le benoist corps de sainct BarthelemyBarthélemy, saint (I siècle avant J.C. — I siècle)Apôtre du Christ.Là, pour tesmoing de ce divin mistere[2510]Prent+Prens [BnFfr17274, Aix419, Vat966, Cha514, BnFfr4967, BnFfr5299, BnFfr23145] joye en val ce+le [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, Vat966, Cha514, BnFfr4967, BnFfr5299] devot monastere10.Mais c'est ung cas bien sauvaige et assezÀ reprimer+ reprouver [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, BnFfr4967, Vat966, Cha514], que les roys trespassezN'ont eu ce lieu en plus grand reverence.Y+Il [BnFfr17274] trouvez vous propos ne+ny [BnFfr17274] apparence ?[2515]Deussent ilz pas en ce joyeux pourprisAvoir basty quelque ouvraige de pris ?Laisser le lieu en si grande rüyne,Où vint la fleur dont fut ceste brüyneDes+De [Vat966] troys enflez et venimeux crapaulx[2520]Mise soubz piedz ! De tous lieux principaulx,Du mal des escrouelles dont le roy de France gueristCe Joye en Val vault bien pour debvoir estrePlus extimé que autre nul royal estre.Capable est il, voire entre ung milïon,D'y bastir l'autre et second Ylïon11.[2525]Là devroit on, sur blanc marbre et porphire,Faire entailler ymaiges à souffireEt beaulx escriptz où feussent contenuzLes excellentz faictz d'armes que ont tenuzTous roys françoys, pour en telz repertoyres[2530]À l'œil choysir leurs heureuses victoyres.O roy des roys et seigneur des seigneurs,Quelz si grandz biens, privileiges, honneurs, Quelz si beaux dons+dont [BnFfr4967] et graces si affectes Ont autres euz, que aux roys françoys as faictes ?[2535]Certes il n'est si grande natïonQui de ses+des [BnFfr4967] dieux ayt eu donatïonSi approuchante à l'heur, dont cueur franc+franc cueur [BnFfr23145] se ayse,Que a eu de toy la natïon françoyse.Loué+Lont [BnFfr4967] en soit ton sainct nom precïeux,[2540]Et honnoré en la terre et aux cieulx12.Reste adjouxter, aux graces dessus dictes,Entre autres deux qui ne sont pas petites.L'une et+om. [BnFfr17274]est [Vat966] plus grande est ceste, or la retien,C'est que le roy nommé trés crestïen[2545]D'un seul toucher guarist, sans doubter croy le,Des graces divines que ont les roys de FranceLa malladie appellee escrouelle13.Miracle grand ! Est il place ou destourOù soit celluy qui puist+peult [BnFfr17274]peust [Aix419] faire un tel tour ?On dit assez, mais c'est le fort du+de [BnFfr23145, BnFfr5299]à [BnFfr4967] faire.[2550]Je ne croyray jamais en cest+ceste [BnFfr17274] affaireQue filz septiesme a ce bien esprouvé+approuvé [BnFfr4967]14.Soit ja de luy ung seul guary trouvé15 !L'autre grace est, et tien où que je soye,Avoir esté ung drap de rouge soye[2555]Transmys du ciel, jadis, resplendissantAu desployer comme soleil naissantVers le matin, sans ce que noyre nueDe sa clarté en riens luy diminue.Ce drap de soye, en la façon, estoit[2560]D'un estandart, et des roys se portoitQuant on fondoit querelles des+ de [BnFfr17274, BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299, Aix419, Cha514, Vat966] batailles,Joindre sur l'ost de viles+villes [Aix419] truendailles,Turcz, mescrëans, ennemys de la foy.On dit+ tient [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514] aussi que a esté fait l'envoy[2565]De ceste enseigne appellee auriflammeÀ CharlemaigneCharlemagne (entre 06/04/742 et 06/04/748 — 01/02/814)Roi des Francs (13/10/768-01/02/814) Roi des Lombards (14/07/774-01/02/814) Empereur d'Occident (29/12/800-01/02/814) Duc de Bavière (?-?) ardant comme la flamme,Et en son cueur ayant le zele escriptÀ soustenir la foy de Jesus CristJésus-ChristMessie et fils unique de Dieu pour les chrétiensEt observer+En observant [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514] droit juste et canonicque,[2570]Comme verrons en cueillant sa cronicque.De l'auriflamme envoyee du ciel à ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) Ceste auriflamme avoit telle vertuQue, quant ung ost s'en trouvoit revestu,Et desployee+
desployé [Aix419] ;
desploié [BnFfr17274]
au vent estoit+estoit au vent [BnFfr23145]singlee+sanglee [Aix419],Partie adverse en venoit aveuglee.[2575]Elle a esté gardee bien longtempsÀ Sainct Denys en France, mais j'entendz,Ainsi que vent va souflant en ouÿe,Que du lieu s'est pieça esvanouÿe16.Et la raison : pour ce que aucuns+aucune [BnFfr17274]aucun [Aix419] des roys[2580]Sur crestïens, par impourveuz desroys,Contre le vueil de DieuDieuConcept de Dieu dans le christianisme, mal en userentEt du divin privileige abuserent.Autre parolle icy tenir n'en puysFors seullement que ay entendu : depuys17,[2585]À la semblance une a esté beneysteEt est dedans l'eglise dessus dicteMise et+en [BnFfr4967] gardee auprés du benoist corpsDe sainct DenysDenis, saint (III siècle — 250)Saint catholique et orthodoxe18. Qui ne croyt mes recordz,L'œil en fera, s'il y va, seure preuve19.[2590]Dire ne puys sinon ce que j'en treuve.
Note no 1contexte historiquecommentaire littérairesource
Cretin amplifie considérablement le récit de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Jour fut assigné pour le roy baptiser, et les saincts fons preparez et richement aornez. » GCF, liv. I, chap. 20 (vol. 1, p. 71) : « Mesires sains Remis fist tout maintenant les fonz aparellier pour le roi baptizier et ciaus quipar sa predication estoient converti. Quant tout fut apresté, li rois descendi es fonz ausi com uns autres Costantins. Ensi come sains Remis recitoit la maniere de la passion Jhesu Crist, com il fu liez à l'estache, batuz et escopiz et puis crucifiez, li rois, qui moult avoit grant compassion des griés qu'il ooit reciter que on li avoit faiz, dist un bel mot : « Certes, dist il, se je eusse là esté atout mes François, je eusse bien vanchiés les outrages que on li fesoit. » »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Comme nul n'eust apporté le sainct cresme, duquel on oing ceulx qui sont baptisez, fust par la negligence des ministres ou par la volunté de Dieu, voicy venir soubdainement une columbe du ciel, laquelle apporta entre les mains de saint Remy une phiolle (que nous disons ampoulle), pleine de liqueur trés odorifferante, laquelle chose on dit estre faicte par le service et benefice du Sainct Esprit. De ceste liqueur fut sacré le roy Clovys et de là en avant tous les roys de France, avant que administrer le royaulme, jusques à maintenant sont sacrez. » GCF, liv. I, chap. 20 (vol. 1, p. 70-71) : « Nostre Sires monstra bien apertement combien il avoit acceptable la foi dou roi novelement converti par le grant miracle qui là avint. Car droit en ce point que l'on dut faire l'oncion, et cil qui le saint cresme devoit aministrer ne pout avant venir pour la presse dou pople, uns coluns avola soudainement devers le ciel, non mie coluns, mais Sainz Esperiz en semblance de colum. En son bec, qui moult estoit clers et resplendissanz, aporta la sainte ontion en un petit vaisselez, puis le mist ès mains dou saint archevesque qui benoissoit les fonz. »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Le mystere du baptiesme accomply, Clovys, faisant briefve oraison à la noblesse estant à l'entour de luy, et semblablement à tout le peuple, les enhorta de renoncer la faulce religion des dieux et confesser et advouer la foy de Jhesu Christ, filz de Dieu, par l'aide duquel il avoit surmonté les Allemans, ses ennemis. » Dans les GCF, liv. I, chap. 19 (vol. 1, p. 68-70), c'est avant son baptême que Clovis exhorte les Francs à se converir par un long dicours. Dans cet appel à renoncer au paganisme et à lutter pour le christianisme, Cretin ne se contente pas de réorganiser le discours correspondant dans les GCF afin de placer le commentaire de Clovis sur le sacrement après que celui-ci a eu lieu (plutôt qu'avant) ; il réduit également considérablement le discours du roi, en limitant sa portée à l'acte de foi. Cette condensation des éléments narratifs permet à Cretin de passer d'un principe chronologique, qui organise le récit du baptême, au principe pédagogique présidant à la discussion des attributs et des symboles du roi de France. Le discours reporté joue un rôle de transition entre les deux pratiques littéraires à l'œuvre dans ce chapitre, qui passe ici de l'histoire à la théorie politique, avec le développement des attributs de la religion royale.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Les couraiges des Franoys, frappéz et amolliz par l'oraison du roy, confessans Jhesu Christ, receurent le sainct baptesme. » GCF, liv. I, chap. 20 (vol. 1, p. 72) : « Moult ourent grant joie et grant leece tuit cil qui là estoient ; tuit commencierent à crier graces et loenges à Nostre Seigneur ; si fu là baptiziée une partie dou pople. »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Clovys, afin qu'il esclarcist et enluminast la foy catholicque par quelque noble et excellan œuvre, fist construyre ung temple depuis les fondemens jusques en hault sur le Mont Agu de Paris, que l'on dit maintenant le Mont Saincte Geneviefve, lequel il dedia aux benoistz apostres sainct Pierre et sainct Paul. » GCF, liv. I, chap. 20 (vol. 1, p. 72) : « Il mostra bien la foi et la devocion de son cuer en ce que il fonda asez tost après, par l'amonestement la roine, une eglise en Paris en l'eneur dou prince des apostres, qui or est apelée Sainte Geneveve ».
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « En ce lieu ne omettray à adjouxter ce que par nul certain aucteur ay trouvé, mais ay ouy reciter et affermer notoirement par la commune renommee : que les roys françoys avoient en leur armoyrie pour le signe de leur noblesse troys crapos, mais après que Clovys eut receu les sacremens chrestiens, luy fut envoyé du ciel ce que de present portent les roys, c'est assavoir troys fleurs de liz d'or, soubz lesquelles est la couleur du ciel serain, que les Françous appellent azur. » Les GCF ne rapportent pas cet épisode.
Sans parvenir à expliciter davantage que sa source en quoi la fontaine est une preuve de l'origine divine des armoiries royales, Cretin continue de suivre [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « A ceste chose me consent le monastere Sainct Barthelemy que nous appellons Joye en Val, auquel par les habitans du lieu est monstré une fontaine tesmoing de ce muracle. » Il enrichit cependant sa source principale en introduisant la figure traditionnelle de l'ermite de Joyenval, qu'il désigne d'une formule qui trahit le recours aux Annales de Nicole Gilles (f. XVr-v) : « On lit aussi en aucunes escriptures que en ce temps avoit ung hermite preudhomme et de saincte vie qui habitoit en ung boys près d'une fontaine au lieu qui de present est appellé Joye en Val, en la chastellenie de Poissy, près Paris, auquel hermite ladicte Clotilde, femme du roy Clovis, avoit grande fiance, et pour sa saincteté le visitoit souvent, et luy administroit ses necessitez. Et advint ung jour que ledit hermite estoit en oraison, ung ange s'apparut à luy, et luy disant qu'il fist raser les armes des trois croissans que ledit Clovis portoit en son escu, combien que aucuns dyent que c'estoient trois crapaulx... »
Ce passage n'a pas d'équivalent dans les sources de Cretin, qui suggère que le rôle traditionnel de l'abbaye de Saint-Denis, gardien du souvenir de la dynastie et dépositaire de la mémoire royale, soit transféré à Joyenval. Ainsi s'exprime la relative hostilité de Cretin vis-à-vis de l'abbaye bénédictine de Saint-Denis, qui transparaît encore plus loin dans ce chapitre, au moment où la Chronique française évoque la perte de l'oriflamme.
Même dans un pronom monosyllabique (icy « le » dans « croy le »), a priori tonique donc, le « e » final est considéré comme surnuméraire, puis qu'il rime avec « ecrouelle ». Le cas revient à plusieurs reprises dans la Chronique, par exemple, rien que pour le livre I, aux v. 2805-2806, où « querelle » rime avec « querez le » ou encore aux v. 3785-3786, où « jaçoit ce » rime avec « congnoisse ».
Une autre lecture possible de ce vers ferait de l'adverbe "depuys" un commentaire de Cretin sur sa propre composition de la Chronique, plutôt que sur la bénédiction d'un nouvel étendart. Une telle interprétation, cependant, suggère que Cretin aurait ajouté ces vers a posteriori, après avoir écrit le livre IV de sa Chronique, qui traite de Charlemagne. Or Cretin semble avoir offert ses livres au roi à mesure qu'il les écrivait, ce qu'indiquent les liminaires dans lesquels il témoigne de son engagement à produire douze livres, entravé par sa fatigue. Voir en particulier le livre II, BnF fr. 2818, f. Ar et CXIVr.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « L'on tient aussi pour certain que du ciel a esté envoyé ung grap de soye rouge et quarré, en façon d'une enseigne de guerre resplendissant à merveilles, duquel pour enseigne useroient les roys françoys en leurs batailles contre les ennemys de la foy catholique, et à cest estendard jusques à present est demouré le nom de auriflamme, laquelle longuement a esté gardée par les religieux et couvent de Sainct Denys en France. Mais les roys abusans de ce signe contre les chresties, c'est evanouy. Ung aultre toutesvoyes a esté fait et restauré à l'exemple et semblance de cestuy, lequel, consacré par les evesques et l'abbé du lieu, est dignement gardé avecques les aultres sainctes reliques. Et sont aucuns lesquelz dient ce benefice celeste avoir esté conferé à Charlemaigne. » Les GCF n'évoquent pas l'origine de l'oriflamme de Saint-Denis.
§Cil qui de lire hyſtoyres leſbat aymeVerra en moins de fueillet et demy.Comme Clouis receut de ſainct Remy[2420]Le digne et ſainct ſacrement de bapteſme.
§Chapitre.. xiiii.
La ſaincte ampolle trāſmiſe du ciel au bapteſme de Clouis.Fo LVAu iour eſleu et aſſigne / pour faireSongneuſement et par oꝛdꝛe / laffaireLe roy / la royne / a gꝛande et gꝛoſſe courtSen vont a Reims /. Loꝛs la nobleſſe court[2425]Seigneurs du ſang / les pꝛinces / ducz / et comtesSuyuent apꝛes / ſans y trouuer meſcontesTous richement acouſtrez et parezOꝛ ſont tantoſt les ſainctz fontz pꝛeparezLa comparans archeueſques / eueſques[2430]Tout le clerge / nobleſſe et peuple auecquesLe roy Clouis apꝛes confeſſionSe pꝛeſenta / monſtrant laffectionTres gꝛande auoir de receuoir bapteſmeMais au beſoing deffaillit le ſainct creſme[2435]Par le deffault du miniſtre /. ou de ceulxAyans la charge / en cela pareſſeuxOu cela vint ce croy ie / et non deuinePar diſpoſee oꝛdonnance diuineEt comme on feuſt / ſans riens quelconcque ouurer[2440]Par non pouoir le creſme recouurerSoudainement vne blanche columbeVenant du ciel / deuant le peuple tumbeEt en volant a lentour / et parmyToute la tourbe /. Es mains de ſainct Remy[2445]Viſiblement poſa vne fiolleClouys baptiſe incite tous ſes gentz a eſtre baptiſez.Que maintenant diſons la ſaincte ampollePleine de doulce et ſouefue liqueurQue croyꝛe doibt tout humble et deuot cueurAuoir eſte miniſtre par loffice[2450]Du ſainct Eſpꝛit / et diuin beneficeDe la liqueur tres bien receue a gꝛeFut loꝛs le roy enoingt et conſacreEt auſſi ont eſte les roys de FranceTouſiours depuys/ ains que auoir deliurance[2455]Du pays leur / par entiere actionDe iouyſſante adminiſtrationApꝛes ce ſainct et ſollempnel bapteſmeLe roy parlant a ſes gentz pꝛiſt ſon teſmeSur bon pꝛopos quen bꝛiefz motz leur deſcript[2460]Et les pꝛia de croyꝛe en Ieſus CriſtDont tient auoir la victoyꝛe obtenueEt ſe repent que tant a ſouſtenueLa faulſe loy / et ſuperſtitionQui ſes fauteurs meyne a perdition[2465]Il leur ſuade a laiſſer les ydollesEt de leurs dieux tous temples / capitolles Pꝛophanes lieux / ſimulachꝛes / aultiersNe ſouffrir veoir et demourer entiersMais tout bꝛiſer / rompꝛe / et a terre abatre[2470]Et pour la foy du Redempteur combatreClouis fonda legliſe du mont saincte Geneuefue a paris.Fo LVIEn congnoiſſant que au rachapt des humainsSon digne coꝛps / chef / coſte / piedz / et mainsSouffrit percer ſur le perron doultranceTenant le pas /. A ceſte remonſtrance[2475]Furent les cueurs des Francoys amolizSi que leurs dieux laiſſez et abolizTous les pꝛeſens / et autres quant le ſceurentLe ſacrement de bapteſme receurent§Le roy apꝛes / pour augmenter touſiours[2480]La foy de Dieu /. fiſt en bien peu de ioursConſtruyꝛe vng temple a paris /. pꝛincipalleCite tenue / et ville capitalleDe ſon royaulme / et couſta maint eſcuCe baſtyment sur le mont dit Aygu[2485]Ou il auoit la terre et place acquiſeFut erigee vne bien belle egliſeFondee au nom des apoſtres benoiſtzSainct Pierre et Paul /. Et a ce quen congnoysCeſt le lieu pꝛopꝛe / ou ſaincte Geneuefue[2490]Maint langoureux febꝛicitant relieueDe ſa douleur / peine et calamiteDonnant remede a toute infirmiteLes roys de France en leurs armes poꝛtoyentDurant ce temps troys crapaulx / qui eſtoyent[2495]Armes par trop eſtranges a poꝛterLes troys fleurs de liz enuoyees du ciel au roy Clouys.Mais Dieu voulut les faire tranſpoꝛterQuant a Clouis furent du ciel tranſmiſesFleurs de liz doꝛ / pour eſtre en ce lieu miſesSur champ dazur la celeſte couleur[2500]Les fiſt aſſeoir /. De ceſte digne fleurA Ioye en Val y a pꝛeuue certainePar vne vifue et tres clere fontaineOu lon maintient que fut fait ce tranſpoꝛtA vng pꝛeudhomme hermite /. Et au rappoꝛt[2505]De luy /. pꝛenant dun tel treſoꝛ moult ioyeFut pꝛis le nom du roy darmes MontioyeLa giſt a moins dun traict darc et demyLe benoiſt coꝛps de ſainct BarthelemyLa pour teſmoing de ce diuin miſtere[2510]Pꝛent ioye en val ce deuot monaſtereMais ceſt vng cas bien ſauuaige / et aſſezA repꝛimer /. que les roys treſpaſſezNont eu ce lieu en plus gꝛand reuerenceY trouuez vous pꝛopos ne apparence ?[2515]Deuſſent ilz pas en ce ioyeux pourpꝛisAuoir baſty quelque ouuraige de pꝛis ?Laiſſer le lieu en ſi gꝛande ruyneOu vint la fleur / dont fut ceſte bꝛuyneDes troys enflez et venimeux crapaulx[2520]Miſe ſoubz piedz /. De tous lieux pꝛincipaulxDu mal des eſcrouelles dont le roy de france gueriſt.Fo LVIICe ioye en Val vault bien pour debuoir eſtrePlus extime que autre nul royal eſtreCapable eſt il voire entre vng milionDy baſtir lautre et ſecond Ylion[2525]La deuroit on ſur blanc marbꝛe et poꝛphireFaire entailler ymaiges a ſouffireEt beaulx eſcriptz / ou feuſſent contenuzLes excellentz faictz darmes que ont tenuzTous roys francoys / pour en telz repertoyꝛes[2530]A lœil choyſir leurs heureuſes victoyꝛes.O roy des roys / et ſeigneur des ſeigneursQuelz ſi gꝛandz biens / pꝛiuileiges / honneursQuelz ſi beaux dons / et gꝛaces ſi affectesOnt autres euz / que aux roys francoys as faictes ?[2535]Certes il neſt ſi gꝛande nationQui de ſes dieux ayt eu donationSi appꝛouchante a lheur dont cueur franc ſe ayſeQue a eu de toy la nation francoyſeLoue en ſoit ton ſainct nom pꝛecieux[2540]Et honnoꝛe en la terre et aux cieulx.Reſte adiouxter aux gꝛaces deſſus dictesEntre autres / deux / qui ne ſont pas petitesLune et plus gꝛande eſt ceſte /. Or la retienCeſt que le roy nomme tres creſtien[2545]Dun ſeul toucher guariſt / ſans doubter / croy leDes graces diuines que ont les roys de france.La malladie appellee eſcrouelle /.Miracle gꝛand /. Eſt il place ou deſtourOu ſoit celluy qui puiſt faire vn tel tour ?On dit aſſez /. Mais ceſt le foꝛt du faire[2550]Ie ne croyꝛay iamais en ceſt affaireQue filz ſeptieſme a ce bien eſpꝛouueSoit ia de luy vng ſeul guary trouue Lautre gꝛace eſt / et tien ou que ie ſoyeAuoir eſte vng dꝛap de rouge ſoye[2555]Tranſmys du ciel / iadis reſplendiſſantAu deſployer / comme ſoleil naiſſantVers le matin / ſans ce que noyꝛe nueDe ſa clarte en riens luy diminueCe dꝛap de ſoye / en la facon eſtoit[2560]Dun eſtandart / et des roys ſe poꝛtoitQuant on fondoit querelles des bataillesIoindꝛe ſur loſt de viles truendaillesTurcz / meſcreans / ennemys de la foyOn dit auſſi que a eſte fait lenuoy[2565]De ceſte enſeigne appellee auriflammeA Charlemaigne / ardant comme la flammeEt en ſon cueur / ayant le zele eſcriptA ſouſtenir la foy de Ieſus CriſtEt obſeruer dꝛoit iuſte et canonicque[2570]Comme verrons en cueillant ſa cronicqueDe lauriflamme enuoyee du ciel a ClouisFo LVIIICeſte auriflamme auoit telle vertuQue quant vng oſt ſen trouuoit reueſtuEt deſployeeau vent eſtoitſingleePartie aduerſe en venoit aueuglee[2575]Elle a eſte gardee bien longtempsA Sainct Denys en France /. Mais ientendzAinſi que vent va ſouflant en ouyeQue du lieu ſeſt pieca eſuanouyeEt la raiſon /. pource que aucuns des roys[2580]Sur creſtiens par impourueuz deſroysContre le vueil de Dieu mal en vſerentEt du diuin pꝛiuileige abuſerentAutre parolle icy tenir nen puysFoꝛs ſeullement que ay entendu depuys[2585]A la ſemblance vne a eſte beneyſteEt eſt dedans legliſe deſſus dicteMiſe et gardee aupꝛes du benoiſt coꝛpsDe ſainct Denys /. Qui ne croyt mes recoꝛdzLœil en fera (ſil y va ) ſeure pꝛeuue[2590]Dire ne puys ſinon ce que ien treuue.
Afficher les surlignagesMasquer les surlignagesAfficher les appels de collationsMasquer les appels de collationsAfficher les appels de notesMasquer les appels de notes
§Cil, qui de lire hystoyres+histoire [BnFfr4967, BnFfr5299, BnFfr23145] l'esbat ayme,Verra, en moins de fueillet et demy,Comme ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) receut de sainct RemyRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553)Saint catholique[2420]Le digne et sainct sacrement de baptesme.
La saincte ampolle transmise du ciel au baptesme de ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) Au jour esleu et assigné pour faireSongneusement et par ordre l'affaire,Le roy, la+et la [BnFfr17274] royne, à grande et grosse court,S'en vont à Reims. Lors la noblesse court.[2425]Seigneurs du sang, les princes, ducz et comtes,Suyvent aprés, sans y trouver mescontes,Tous richement acoustrez et parez.Or sont tantost les sainctz fontz preparez,Là comparans archevesques, evesques,[2430]Tout le clergé, noblesse et peuple avecques.Le roy ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) , aprés confessïon,Se presenta, monstrant l'affectïon+ affection [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514]Trés grande avoir de recevoir baptesme2.Mais au besoing deffaillit+deffault [BnFfr23145] le sainct cresme[2435]Par le deffault du ministre, ou de ceulxAyans la charge, en cela paresseux.Ou cela vint, ce croy je et non devine,Par disposee ordonnance divine.Et comme on feust sans riens quelconcque+ quelzconques [BnFfr4967, BnFfr5299, BnFfr23145] ouvrer,[2440]Par+Pour [BnFfr23145] non pouoir le cresme recouvrer,Soudainement une blanche columbe,Venant du ciel, devant le peuple tumbe,Et en volant à l'entour+enlentour [Vat966] et parmyToute la tourbe, es mains de sainct RemyRémi de Reims, saint (437 — 13/01/553)Saint catholique[2445]Visiblement posa une fïolle,ClovysClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) baptisé incite tous ses gentz à estre baptisezQue maintenant disons la saincte ampolle,Pleine de doulce et souefve liqueur,Que croyre doibt tout humble et devot cueurAvoir esté ministré par l'office[2450]Du sainct Esprit+Esperit [BnFfr5299, BnFfr4967, BnFfr23145]Saint-EspritConcept de Dieu dans de nombreuses religions et divin benefice.De la liqueur trés bien receue à gré,Fut lors le roy enoingt et consacré.Et aussi ont esté les roys de FranceTousjours depuys, ains que avoir delivrance[2455]Du paÿs leur, par entiere actïonDe jouÿssante administratïon3.Aprés ce sainct et sollempnel baptesme,Le roy, parlant à ses gentz, prist son tesmeSur bon propos qu'en briefz motz+mot [Aix419] leur descript,[2460]Et les pria de croyre en Jesus CristJésus-ChristMessie et fils unique de Dieu pour les chrétiens,Dont tient avoir la victoyre obtenue.Et se repent que tant a soustenueLa faulse loy et superstitïonQui ses fauteurs meyne à perditïon.[2465]Il leur+leurs [Aix419] suade à laisser les ydolles,Et de leurs dieux tous temples, capitolles+
temples et capitolles [BnFfr17274, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514] ;
temples et capitoles [BnFfr23145] ;
temples et cappitolles [Aix419]
, Prophanes lieux, simulachres aultiers,Ne souffrir veoir et demourer entiers,Mais tout briser, rompre et à terre abatre,[2470]Et pour la foy du RedempteurJésus-ChristMessie et fils unique de Dieu pour les chrétiens combatreClovisClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) fonda l'eglise du mont Saincte Genevefve à ParisEn congnoissant que au+le [BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299] rachapt des humainsSon digne corps, chef, costé, piedz+pied [BnFfr4967] et mainsSouffrit percer, sur le perron d'oultranceTenant le pas45. À ceste remonstrance,[2475]Furent les cueurs des Françoys amolizSi que, leurs dieux laissez et aboliz,Tous les presens et autres, quant le sceurent,Le sacrement de baptesme receurent6.§Le roy aprés, pour augmenter tousjours[2480]La foy de DieuDieuConcept de Dieu dans le christianisme, fist en bien peu de joursConstruyre ung +peucil peuple [BnFfr4967] temple à Paris, principalleCité tenue et ville capitalleDe son royaulme, et cousta maint escuCe bastyment. Sur le mont dit Aygu,[2485]Où il avoit la terre et place acquise,Fut erigee une bien belle eglise,Fondee au nom des apostres benoistzSainct+Sainctz [Aix419, Cha514]PierrePierre, saint (I siècle avant J.C. — entre 64 et 68)Apôtre du Christ et premier pape de l'Église catholique et PaulPaul, saint (5 — entre 64 et 67)Apôtre du Christ et missionnaire. Et à ce qu'en+que [Aix419] congnoys,C'est le+om. [Vat966] lieu propre où saincte+sainct [BnFfr4967]GenevefveGeneviève, sainte (423 — 502)Sainte française, patronne de la ville de Paris, du diocèse de Nanterre et des
gendarmes[2490]Maint langoureux febricitant+subricitant [Aix419] relieveDe sa douleur, peine et calamité,Donnant remede à toute infirmité78.Les roys de France en leurs armes portoyent,Durant ce temps, troys crapaulx, qui estoyent[2495]Armes par trop estranges à porter.Les troys fleurs de liz envoyees du ciel au roy ClovysClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) Mais DieuDieuConcept de Dieu dans le christianisme voulut les faire transporter,Quant à ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) furent du ciel transmisesFleurs de liz d'or, pour estre en ce lieu +et [BnFfr4967] mises.Sur champ d'azur, la celeste couleur,[2500]Les fist asseoir9. De ceste digne fleur,À Joye en Val y a preuve certaine,Par une vifve et trés clere fontaineOù l'on maintient que fut fait ce transportÀ ung preud'homme hermite. Et au rapport[2505]De luy, prenant d'un tel tresor moult joye,Fut pris+puis [BnFfr17274] le nom du roy d'armes : Montjoye.Là gist, à moins d'un+en moindz du [BnFfr17274]en moins d'ung [Aix419, Cha514] traict d'arc et demy,Le benoist corps de sainct BarthelemyBarthélemy, saint (I siècle avant J.C. — I siècle)Apôtre du Christ.Là, pour tesmoing de ce divin mistere[2510]Prent+Prens [BnFfr17274, Aix419, Vat966, Cha514, BnFfr4967, BnFfr5299, BnFfr23145] joye en val ce+le [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, Vat966, Cha514, BnFfr4967, BnFfr5299] devot monastere10.Mais c'est ung cas bien sauvaige et assezÀ reprimer+ reprouver [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, BnFfr4967, Vat966, Cha514], que les roys trespassezN'ont eu ce lieu en plus grand reverence.Y+Il [BnFfr17274] trouvez vous propos ne+ny [BnFfr17274] apparence ?[2515]Deussent ilz pas en ce joyeux pourprisAvoir basty quelque ouvraige de pris ?Laisser le lieu en si grande rüyne,Où vint la fleur dont fut ceste brüyneDes+De [Vat966] troys enflez et venimeux crapaulx[2520]Mise soubz piedz ! De tous lieux principaulx,Du mal des escrouelles dont le roy de France gueristCe Joye en Val vault bien pour debvoir estrePlus extimé que autre nul royal estre.Capable est il, voire entre ung milïon,D'y bastir l'autre et second Ylïon11.[2525]Là devroit on, sur blanc marbre et porphire,Faire entailler ymaiges à souffireEt beaulx escriptz où feussent contenuzLes excellentz faictz d'armes que ont tenuzTous roys françoys, pour en telz repertoyres[2530]À l'œil choysir leurs heureuses victoyres.O roy des roys et seigneur des seigneurs,Quelz si grandz biens, privileiges, honneurs, Quelz si beaux dons+dont [BnFfr4967] et graces si affectes Ont autres euz, que aux roys françoys as faictes ?[2535]Certes il n'est si grande natïonQui de ses+des [BnFfr4967] dieux ayt eu donatïonSi approuchante à l'heur, dont cueur franc+franc cueur [BnFfr23145] se ayse,Que a eu de toy la natïon françoyse.Loué+Lont [BnFfr4967] en soit ton sainct nom precïeux,[2540]Et honnoré en la terre et aux cieulx12.Reste adjouxter, aux graces dessus dictes,Entre autres deux qui ne sont pas petites.L'une et+om. [BnFfr17274]est [Vat966] plus grande est ceste, or la retien,C'est que le roy nommé trés crestïen[2545]D'un seul toucher guarist, sans doubter croy le,Des graces divines que ont les roys de FranceLa malladie appellee escrouelle13.Miracle grand ! Est il place ou destourOù soit celluy qui puist+peult [BnFfr17274]peust [Aix419] faire un tel tour ?On dit assez, mais c'est le fort du+de [BnFfr23145, BnFfr5299]à [BnFfr4967] faire.[2550]Je ne croyray jamais en cest+ceste [BnFfr17274] affaireQue filz septiesme a ce bien esprouvé+approuvé [BnFfr4967]14.Soit ja de luy ung seul guary trouvé15 !L'autre grace est, et tien où que je soye,Avoir esté ung drap de rouge soye[2555]Transmys du ciel, jadis, resplendissantAu desployer comme soleil naissantVers le matin, sans ce que noyre nueDe sa clarté en riens luy diminue.Ce drap de soye, en la façon, estoit[2560]D'un estandart, et des roys se portoitQuant on fondoit querelles des+ de [BnFfr17274, BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299, Aix419, Cha514, Vat966] batailles,Joindre sur l'ost de viles+villes [Aix419] truendailles,Turcz, mescrëans, ennemys de la foy.On dit+ tient [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514] aussi que a esté fait l'envoy[2565]De ceste enseigne appellee auriflammeÀ CharlemaigneCharlemagne (entre 06/04/742 et 06/04/748 — 01/02/814)Roi des Francs (13/10/768-01/02/814) Roi des Lombards (14/07/774-01/02/814) Empereur d'Occident (29/12/800-01/02/814) Duc de Bavière (?-?) ardant comme la flamme,Et en son cueur ayant le zele escriptÀ soustenir la foy de Jesus CristJésus-ChristMessie et fils unique de Dieu pour les chrétiensEt observer+En observant [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514] droit juste et canonicque,[2570]Comme verrons en cueillant sa cronicque.De l'auriflamme envoyee du ciel à ClovisClovis Ier (466 — 29/11/511)Roi des Francs (481-511) Ceste auriflamme avoit telle vertuQue, quant ung ost s'en trouvoit revestu,Et desployee+
desployé [Aix419] ;
desploié [BnFfr17274]
au vent estoit+estoit au vent [BnFfr23145]singlee+sanglee [Aix419],Partie adverse en venoit aveuglee.[2575]Elle a esté gardee bien longtempsÀ Sainct Denys en France, mais j'entendz,Ainsi que vent va souflant en ouÿe,Que du lieu s'est pieça esvanouÿe16.Et la raison : pour ce que aucuns+aucune [BnFfr17274]aucun [Aix419] des roys[2580]Sur crestïens, par impourveuz desroys,Contre le vueil de DieuDieuConcept de Dieu dans le christianisme, mal en userentEt du divin privileige abuserent.Autre parolle icy tenir n'en puysFors seullement que ay entendu : depuys17,[2585]À la semblance une a esté beneysteEt est dedans l'eglise dessus dicteMise et+en [BnFfr4967] gardee auprés du benoist corpsDe sainct DenysDenis, saint (III siècle — 250)Saint catholique et orthodoxe18. Qui ne croyt mes recordz,L'œil en fera, s'il y va, seure preuve19.[2590]Dire ne puys sinon ce que j'en treuve.
Note no 1contexte historiquecommentaire littérairesource
Cretin amplifie considérablement le récit de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Jour fut assigné pour le roy baptiser, et les saincts fons preparez et richement aornez. » GCF, liv. I, chap. 20 (vol. 1, p. 71) : « Mesires sains Remis fist tout maintenant les fonz aparellier pour le roi baptizier et ciaus quipar sa predication estoient converti. Quant tout fut apresté, li rois descendi es fonz ausi com uns autres Costantins. Ensi come sains Remis recitoit la maniere de la passion Jhesu Crist, com il fu liez à l'estache, batuz et escopiz et puis crucifiez, li rois, qui moult avoit grant compassion des griés qu'il ooit reciter que on li avoit faiz, dist un bel mot : « Certes, dist il, se je eusse là esté atout mes François, je eusse bien vanchiés les outrages que on li fesoit. » »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Comme nul n'eust apporté le sainct cresme, duquel on oing ceulx qui sont baptisez, fust par la negligence des ministres ou par la volunté de Dieu, voicy venir soubdainement une columbe du ciel, laquelle apporta entre les mains de saint Remy une phiolle (que nous disons ampoulle), pleine de liqueur trés odorifferante, laquelle chose on dit estre faicte par le service et benefice du Sainct Esprit. De ceste liqueur fut sacré le roy Clovys et de là en avant tous les roys de France, avant que administrer le royaulme, jusques à maintenant sont sacrez. » GCF, liv. I, chap. 20 (vol. 1, p. 70-71) : « Nostre Sires monstra bien apertement combien il avoit acceptable la foi dou roi novelement converti par le grant miracle qui là avint. Car droit en ce point que l'on dut faire l'oncion, et cil qui le saint cresme devoit aministrer ne pout avant venir pour la presse dou pople, uns coluns avola soudainement devers le ciel, non mie coluns, mais Sainz Esperiz en semblance de colum. En son bec, qui moult estoit clers et resplendissanz, aporta la sainte ontion en un petit vaisselez, puis le mist ès mains dou saint archevesque qui benoissoit les fonz. »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Le mystere du baptiesme accomply, Clovys, faisant briefve oraison à la noblesse estant à l'entour de luy, et semblablement à tout le peuple, les enhorta de renoncer la faulce religion des dieux et confesser et advouer la foy de Jhesu Christ, filz de Dieu, par l'aide duquel il avoit surmonté les Allemans, ses ennemis. » Dans les GCF, liv. I, chap. 19 (vol. 1, p. 68-70), c'est avant son baptême que Clovis exhorte les Francs à se converir par un long dicours. Dans cet appel à renoncer au paganisme et à lutter pour le christianisme, Cretin ne se contente pas de réorganiser le discours correspondant dans les GCF afin de placer le commentaire de Clovis sur le sacrement après que celui-ci a eu lieu (plutôt qu'avant) ; il réduit également considérablement le discours du roi, en limitant sa portée à l'acte de foi. Cette condensation des éléments narratifs permet à Cretin de passer d'un principe chronologique, qui organise le récit du baptême, au principe pédagogique présidant à la discussion des attributs et des symboles du roi de France. Le discours reporté joue un rôle de transition entre les deux pratiques littéraires à l'œuvre dans ce chapitre, qui passe ici de l'histoire à la théorie politique, avec le développement des attributs de la religion royale.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Les couraiges des Franoys, frappéz et amolliz par l'oraison du roy, confessans Jhesu Christ, receurent le sainct baptesme. » GCF, liv. I, chap. 20 (vol. 1, p. 72) : « Moult ourent grant joie et grant leece tuit cil qui là estoient ; tuit commencierent à crier graces et loenges à Nostre Seigneur ; si fu là baptiziée une partie dou pople. »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Clovys, afin qu'il esclarcist et enluminast la foy catholicque par quelque noble et excellan œuvre, fist construyre ung temple depuis les fondemens jusques en hault sur le Mont Agu de Paris, que l'on dit maintenant le Mont Saincte Geneviefve, lequel il dedia aux benoistz apostres sainct Pierre et sainct Paul. » GCF, liv. I, chap. 20 (vol. 1, p. 72) : « Il mostra bien la foi et la devocion de son cuer en ce que il fonda asez tost après, par l'amonestement la roine, une eglise en Paris en l'eneur dou prince des apostres, qui or est apelée Sainte Geneveve ».
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « En ce lieu ne omettray à adjouxter ce que par nul certain aucteur ay trouvé, mais ay ouy reciter et affermer notoirement par la commune renommee : que les roys françoys avoient en leur armoyrie pour le signe de leur noblesse troys crapos, mais après que Clovys eut receu les sacremens chrestiens, luy fut envoyé du ciel ce que de present portent les roys, c'est assavoir troys fleurs de liz d'or, soubz lesquelles est la couleur du ciel serain, que les Françous appellent azur. » Les GCF ne rapportent pas cet épisode.
Sans parvenir à expliciter davantage que sa source en quoi la fontaine est une preuve de l'origine divine des armoiries royales, Cretin continue de suivre [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « A ceste chose me consent le monastere Sainct Barthelemy que nous appellons Joye en Val, auquel par les habitans du lieu est monstré une fontaine tesmoing de ce muracle. » Il enrichit cependant sa source principale en introduisant la figure traditionnelle de l'ermite de Joyenval, qu'il désigne d'une formule qui trahit le recours aux Annales de Nicole Gilles (f. XVr-v) : « On lit aussi en aucunes escriptures que en ce temps avoit ung hermite preudhomme et de saincte vie qui habitoit en ung boys près d'une fontaine au lieu qui de present est appellé Joye en Val, en la chastellenie de Poissy, près Paris, auquel hermite ladicte Clotilde, femme du roy Clovis, avoit grande fiance, et pour sa saincteté le visitoit souvent, et luy administroit ses necessitez. Et advint ung jour que ledit hermite estoit en oraison, ung ange s'apparut à luy, et luy disant qu'il fist raser les armes des trois croissans que ledit Clovis portoit en son escu, combien que aucuns dyent que c'estoient trois crapaulx... »
Ce passage n'a pas d'équivalent dans les sources de Cretin, qui suggère que le rôle traditionnel de l'abbaye de Saint-Denis, gardien du souvenir de la dynastie et dépositaire de la mémoire royale, soit transféré à Joyenval. Ainsi s'exprime la relative hostilité de Cretin vis-à-vis de l'abbaye bénédictine de Saint-Denis, qui transparaît encore plus loin dans ce chapitre, au moment où la Chronique française évoque la perte de l'oriflamme.
Même dans un pronom monosyllabique (icy « le » dans « croy le »), a priori tonique donc, le « e » final est considéré comme surnuméraire, puis qu'il rime avec « ecrouelle ». Le cas revient à plusieurs reprises dans la Chronique, par exemple, rien que pour le livre I, aux v. 2805-2806, où « querelle » rime avec « querez le » ou encore aux v. 3785-3786, où « jaçoit ce » rime avec « congnoisse ».
Une autre lecture possible de ce vers ferait de l'adverbe "depuys" un commentaire de Cretin sur sa propre composition de la Chronique, plutôt que sur la bénédiction d'un nouvel étendart. Une telle interprétation, cependant, suggère que Cretin aurait ajouté ces vers a posteriori, après avoir écrit le livre IV de sa Chronique, qui traite de Charlemagne. Or Cretin semble avoir offert ses livres au roi à mesure qu'il les écrivait, ce qu'indiquent les liminaires dans lesquels il témoigne de son engagement à produire douze livres, entravé par sa fatigue. Voir en particulier le livre II, BnF fr. 2818, f. Ar et CXIVr.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « L'on tient aussi pour certain que du ciel a esté envoyé ung grap de soye rouge et quarré, en façon d'une enseigne de guerre resplendissant à merveilles, duquel pour enseigne useroient les roys françoys en leurs batailles contre les ennemys de la foy catholique, et à cest estendard jusques à present est demouré le nom de auriflamme, laquelle longuement a esté gardée par les religieux et couvent de Sainct Denys en France. Mais les roys abusans de ce signe contre les chresties, c'est evanouy. Ung aultre toutesvoyes a esté fait et restauré à l'exemple et semblance de cestuy, lequel, consacré par les evesques et l'abbé du lieu, est dignement gardé avecques les aultres sainctes reliques. Et sont aucuns lesquelz dient ce benefice celeste avoir esté conferé à Charlemaigne. » Les GCF n'évoquent pas l'origine de l'oriflamme de Saint-Denis.
Cretin amplifie considérablement le récit de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Jour fut assigné pour le roy baptiser, et les saincts fons preparez et richement aornez. » GCF, liv. I, chap. 20 (vol. 1, p. 71) : « Mesires sains Remis fist tout maintenant les fonz aparellier pour le roi baptizier et ciaus quipar sa predication estoient converti. Quant tout fut apresté, li rois descendi es fonz ausi com uns autres Costantins. Ensi come sains Remis recitoit la maniere de la passion Jhesu Crist, com il fu liez à l'estache, batuz et escopiz et puis crucifiez, li rois, qui moult avoit grant compassion des griés qu'il ooit reciter que on li avoit faiz, dist un bel mot : « Certes, dist il, se je eusse là esté atout mes François, je eusse bien vanchiés les outrages que on li fesoit. » »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Comme nul n'eust apporté le sainct cresme, duquel on oing ceulx qui sont baptisez, fust par la negligence des ministres ou par la volunté de Dieu, voicy venir soubdainement une columbe du ciel, laquelle apporta entre les mains de saint Remy une phiolle (que nous disons ampoulle), pleine de liqueur trés odorifferante, laquelle chose on dit estre faicte par le service et benefice du Sainct Esprit. De ceste liqueur fut sacré le roy Clovys et de là en avant tous les roys de France, avant que administrer le royaulme, jusques à maintenant sont sacrez. » GCF, liv. I, chap. 20 (vol. 1, p. 70-71) : « Nostre Sires monstra bien apertement combien il avoit acceptable la foi dou roi novelement converti par le grant miracle qui là avint. Car droit en ce point que l'on dut faire l'oncion, et cil qui le saint cresme devoit aministrer ne pout avant venir pour la presse dou pople, uns coluns avola soudainement devers le ciel, non mie coluns, mais Sainz Esperiz en semblance de colum. En son bec, qui moult estoit clers et resplendissanz, aporta la sainte ontion en un petit vaisselez, puis le mist ès mains dou saint archevesque qui benoissoit les fonz. »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Le mystere du baptiesme accomply, Clovys, faisant briefve oraison à la noblesse estant à l'entour de luy, et semblablement à tout le peuple, les enhorta de renoncer la faulce religion des dieux et confesser et advouer la foy de Jhesu Christ, filz de Dieu, par l'aide duquel il avoit surmonté les Allemans, ses ennemis. » Dans les GCF, liv. I, chap. 19 (vol. 1, p. 68-70), c'est avant son baptême que Clovis exhorte les Francs à se converir par un long dicours. Dans cet appel à renoncer au paganisme et à lutter pour le christianisme, Cretin ne se contente pas de réorganiser le discours correspondant dans les GCF afin de placer le commentaire de Clovis sur le sacrement après que celui-ci a eu lieu (plutôt qu'avant) ; il réduit également considérablement le discours du roi, en limitant sa portée à l'acte de foi. Cette condensation des éléments narratifs permet à Cretin de passer d'un principe chronologique, qui organise le récit du baptême, au principe pédagogique présidant à la discussion des attributs et des symboles du roi de France. Le discours reporté joue un rôle de transition entre les deux pratiques littéraires à l'œuvre dans ce chapitre, qui passe ici de l'histoire à la théorie politique, avec le développement des attributs de la religion royale.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Les couraiges des Franoys, frappéz et amolliz par l'oraison du roy, confessans Jhesu Christ, receurent le sainct baptesme. » GCF, liv. I, chap. 20 (vol. 1, p. 72) : « Moult ourent grant joie et grant leece tuit cil qui là estoient ; tuit commencierent à crier graces et loenges à Nostre Seigneur ; si fu là baptiziée une partie dou pople. »
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « Clovys, afin qu'il esclarcist et enluminast la foy catholicque par quelque noble et excellan œuvre, fist construyre ung temple depuis les fondemens jusques en hault sur le Mont Agu de Paris, que l'on dit maintenant le Mont Saincte Geneviefve, lequel il dedia aux benoistz apostres sainct Pierre et sainct Paul. » GCF, liv. I, chap. 20 (vol. 1, p. 72) : « Il mostra bien la foi et la devocion de son cuer en ce que il fonda asez tost après, par l'amonestement la roine, une eglise en Paris en l'eneur dou prince des apostres, qui or est apelée Sainte Geneveve ».
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « En ce lieu ne omettray à adjouxter ce que par nul certain aucteur ay trouvé, mais ay ouy reciter et affermer notoirement par la commune renommee : que les roys françoys avoient en leur armoyrie pour le signe de leur noblesse troys crapos, mais après que Clovys eut receu les sacremens chrestiens, luy fut envoyé du ciel ce que de present portent les roys, c'est assavoir troys fleurs de liz d'or, soubz lesquelles est la couleur du ciel serain, que les Françous appellent azur. » Les GCF ne rapportent pas cet épisode.
Sans parvenir à expliciter davantage que sa source en quoi la fontaine est une preuve de l'origine divine des armoiries royales, Cretin continue de suivre [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « A ceste chose me consent le monastere Sainct Barthelemy que nous appellons Joye en Val, auquel par les habitans du lieu est monstré une fontaine tesmoing de ce muracle. » Il enrichit cependant sa source principale en introduisant la figure traditionnelle de l'ermite de Joyenval, qu'il désigne d'une formule qui trahit le recours aux Annales de Nicole Gilles (f. XVr-v) : « On lit aussi en aucunes escriptures que en ce temps avoit ung hermite preudhomme et de saincte vie qui habitoit en ung boys près d'une fontaine au lieu qui de present est appellé Joye en Val, en la chastellenie de Poissy, près Paris, auquel hermite ladicte Clotilde, femme du roy Clovis, avoit grande fiance, et pour sa saincteté le visitoit souvent, et luy administroit ses necessitez. Et advint ung jour que ledit hermite estoit en oraison, ung ange s'apparut à luy, et luy disant qu'il fist raser les armes des trois croissans que ledit Clovis portoit en son escu, combien que aucuns dyent que c'estoient trois crapaulx... »
Ce passage n'a pas d'équivalent dans les sources de Cretin, qui suggère que le rôle traditionnel de l'abbaye de Saint-Denis, gardien du souvenir de la dynastie et dépositaire de la mémoire royale, soit transféré à Joyenval. Ainsi s'exprime la relative hostilité de Cretin vis-à-vis de l'abbaye bénédictine de Saint-Denis, qui transparaît encore plus loin dans ce chapitre, au moment où la Chronique française évoque la perte de l'oriflamme.
Même dans un pronom monosyllabique (icy « le » dans « croy le »), a priori tonique donc, le « e » final est considéré comme surnuméraire, puis qu'il rime avec « ecrouelle ». Le cas revient à plusieurs reprises dans la Chronique, par exemple, rien que pour le livre I, aux v. 2805-2806, où « querelle » rime avec « querez le » ou encore aux v. 3785-3786, où « jaçoit ce » rime avec « congnoisse ».
Une autre lecture possible de ce vers ferait de l'adverbe "depuys" un commentaire de Cretin sur sa propre composition de la Chronique, plutôt que sur la bénédiction d'un nouvel étendart. Une telle interprétation, cependant, suggère que Cretin aurait ajouté ces vers a posteriori, après avoir écrit le livre IV de sa Chronique, qui traite de Charlemagne. Or Cretin semble avoir offert ses livres au roi à mesure qu'il les écrivait, ce qu'indiquent les liminaires dans lesquels il témoigne de son engagement à produire douze livres, entravé par sa fatigue. Voir en particulier le livre II, BnF fr. 2818, f. Ar et CXIVr.
[Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. VIIv : « L'on tient aussi pour certain que du ciel a esté envoyé ung grap de soye rouge et quarré, en façon d'une enseigne de guerre resplendissant à merveilles, duquel pour enseigne useroient les roys françoys en leurs batailles contre les ennemys de la foy catholique, et à cest estendard jusques à present est demouré le nom de auriflamme, laquelle longuement a esté gardée par les religieux et couvent de Sainct Denys en France. Mais les roys abusans de ce signe contre les chresties, c'est evanouy. Ung aultre toutesvoyes a esté fait et restauré à l'exemple et semblance de cestuy, lequel, consacré par les evesques et l'abbé du lieu, est dignement gardé avecques les aultres sainctes reliques. Et sont aucuns lesquelz dient ce benefice celeste avoir esté conferé à Charlemaigne. » Les GCF n'évoquent pas l'origine de l'oriflamme de Saint-Denis.