Ce long prologue
est pour ainsi dire entièrement composé de rimes équivoquées. Par le
puissant jeu d'échos qu'elles créent à la fin du vers, elles font
entendre un mètre qui est par ailleurs fréquemment rallongé ou raccourci
à la faveur de rejets et contre-rejets. Ce régime d'écriture s'oppose au
rythme plus régulier des décasyllabes en 4/6 qui composent l'essentiel
du récit historiographique. Une telle sophistication métrique est donc
propre au prologue, ainsi qu'à quelques passages saillants du récit
historique, souvent lorsque Cretin exprime ses jugements de valeur :
elle sert à faire entendre la voix de Cretin et à favoriser la
communication avec un public ciblé (voir note livre I, v.
598).
Référence à
l'enseignement (notamment du droit), par la dialectique, qui consiste
pour l'enseignant à soumettre une quaestio, à laquelle un premier étudiant opponens répond par des arguments contra, puis un second, dit respons, avec des argumens pro, avant que le maître ne formule une
determinatio, ou conclusion. Voir
Jean-Luc Solère, « Scolastique », dans le Dictionnaire du Moyen
Âge, dir. Claude Gauvard, Alain de Libera, Michel Zink,
Paris, PUF, 2002, p. 1299-1310.
C'est la dernière
fois que Cretin évoque les douze volumes de sa Chronique.
Dans le prologue du livre III, il n'évoque plus qu'une « si haute
entreprise » dont il déplore la « pesanteur » (v.
9) : sans doute envisage-t-il alors la possibilité qu'il n'en voie pas
le terme.
Comme, selon Cretin, c'est François Ier qui a commandité la
Chronique, il crédite le roi du contenu historique de
ses vers (c'est-à-dire l'inventio, ou
le fait de réunir les événements ou arguments du texte). Il ne s'accorde
que la dispositio (la répartition en
douze volumes) et l'elocutio
(« le stille »).
À partir du livre III, Cretin cessera
d'annoncer de manière aussi précise le contenu du livre à venir, pour
davantage s'interroger sur le sens de l'écriture historiographique en
général et de son entreprise en particulier. Il n'est pas anodin qu'à
partir du livre III, parallèlement à la réduction et la réorientation du
prologue, la table des matières se développe pour accueillir les titres
courants, prenant ainsi en charge le résumé minutieux du contenu du
livre.
Même si
Cretin évoque tantôt des lecteurs, tantôt des auditeurs de sa
Chronique (voir v. 351 de ce prologue), le terme tend
ici (ainsi qu'au vers 199, "en lisant") à suggérer que ce long prologue
n'a pas été lu devant le roi et sa cour et qu'il ne concerne que la
version écrite offerte sous forme de manuscrit au roi. Ce prologue
fonctionne ainsi comme un argumentum,
pratique venue de l'Antiquité consistant à présenter de façon résumé le
contenu d'un livre ou d'un chapitre avant d'entrer dans le développement
du sujet.
La variante corrigée du manuscrit BNF fr. 23146
invite à se demander si le copiste n'a pas eu plusieurs copies sous les
yeux, ou bien dans quelle mesure il a eu accès à une des rares versions
de ce passage conforme au manuscrit 2818 de la BNF.
Plusieurs manuscrits confondent
Thidebert (ou Thibert) avec Childebert, sans doute à cause d'une copie
peu lisible, et parce que Childebert est le neveu de Chilpéric.
Le DMF indique que cette expression est
empruntée au domaine de la chasse. Cretin emploie volontiers des
métaphores empruntées à ce domaine : déjà au v. 26, « à
relais » signifie dans un cadre de chasse « chiens postés
sur le parcours d'une chasse pour remplacer les chiens
fatigués » (DMF) et était suivi de l'image de
la « plume tendue » qui peut faire métaphoriquement référence
à une flèche sur un arc ; et au v. 71, « sillee » peut
également renvoyer à la pratique consistant à « clore, coudre les
yeux à l'oiseau de proie que l'on veut dresser »
(DMF). Au vers suivant, « metz » désigne
le gésier d'un faucon (DMF). La chasse est en effet un loisir que
François Ier affectionne particulièrement.
C'est aussi dans cette perspective d'écho aux divertissements du roi et
de sa cour qu'il faut lire les scènes de chasse particulièrement animées
du chap. 3 de ce livre ou du chap. 5 du livre III (par ailleurs pourvu
d'une riche miniature).
Cette rime équivoquée
n'est pas sans rappeler la devise de Marguerite d'Autriche, tant
célébrée par Jean Lemaire de Belges : "Fortune infortune fort
une".
L'enjeu de la présence du "e" final n'est pas
tant que cela change la lecture du vers (le substantif "tenue" devenant
un participe passé "tenu"), mais qu'il permet d'éviter un hiatus entre
le "u" final de "tenu" et le digramme vocalique "en". Voir également la
réécriture du v. 4546.
Cretin désigne ici la
peste.
Cretin désigne les lances, par
métonymie.
Ils seront peu nombreux ceux qui
survivront à cette année.
Non sans
difficulté, nous comprenons ainsi ces deux vers : « Qu'il sera mis,
alors qu'il rentrait tard de la chasse, là où chacun meurt, même si le
cercueil s'est fait attendre ».
Le sens est obscur. Cette formule apparaît
encore au v. 1712. Il s'agit des deux uniques occurrences de la lettre
k dans la Chronique de Cretin.
Cette expression n'est du reste pas propre à Cretin, puisqu'elle se
rencontre également sous la plume de Jean d'Abondance dans le
Gouvert d'Humanité.
Il s'agit de la
Mort.
Ne t'envoles pas
au point que l'on dise que tu viens de trop loin.
C'est la devise de Jean Marot. On peut
s'interroger sur cette présence (fortuite ?) à l'orée du second volume,
au moment où Cretin met en garde sa plume de ne pas
s'égarer.
Cretin reprend ici un motif très convenu de la littérature
médiévale, selon laquelle le public est à la fois constitué de lecteurs
et d'auditeurs. Ces marqueurs d'oralité ont souvent un caractère fictif,
même s'il est très probable que la Chronique française
(peut-être sans ce long prologue) ait effectivement été lue à François
Ier et un cercle de proches.
Le procédé consistant à
associer un substantif concret (souvent un lieu) + « de » + un
substantif abstrait est un stylème de la poésie de Charles d’Orléans.
Michel Zink étudie notamment ce procédé qui fait hésiter le lecteur
entre « une métaphorisation paresseuse ou une allégorisation inachevée
qui font le charme irritant de la poésie de Charles d’Orléans » dans son
article « "Mis pour meurir ou feurre de prison": le poète, leurre du
prince », dans Guerre, pouvoir et noblesse au Moyen Âge. Mélanges
en l'honneur de Philippe Contamine, éd. J. Paviot et J.
Verger, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 2000, p.
677-685, ici p. 683.
Non num.
Cha515 Prologue du deuxiesme volume sur le recueil sommaire
de la Cronicque Françoyse
Non num.
Aix419 du
BnFfr4964 du deuxiesme volume
Non num.
BnFfr17274 second volume du recueil sommaire
BnFfr23146 2 volume du recueil sommaire
Aix419 second volume sur le recueil sommaire
BnFfr4964 recueil sommaire
BnFfr4965 second volume du recueil sommaire
Non num.
BnFfr4964 Cretin Prologue
BnFfr17274 le droit ;
BnFfr23146 le droyt
Aix419, BnFfr4964, Cha515 sçauray le ;
BnFfr17274 sçayre le ;
BnFfr23146 sçauré le
BnFfr17274, BnFfr23146 Je
BnFfr17274 affin
BnFfr4965 en fin
BnFfr4964, Cha515 actente
BnFfr23146 l'homme homme
Aix419, Cha515 l'homme
Aix419, BnFfr4965, Cha515 de
Aix419, BnFfr4965 Childerich ;
BnFfr23146 Childeric
Aix419 Ralsonde
BnFfr4965 Balsonde
Aix419, BnFfr4965 Childerich
BnFfr17274
dire
BnFfr23146 om.
Aix419 Cilderich ;
BnFfr4965 Childerich
BnFfr17274 Thildebert
Aix419, BnFfr4964, BnFfr4965, Cha515 Childebert
BnFfr4964, BnFfr4965 om.
Cha515 de mort
BnFfr17274, BnFfr23146, Aix419, BnFfr4964, BnFfr4965, Cha515 celle
BnFfr17274 encore les nopces
BnFfr17274, Cha515 alliez ;
BnFfr23146 alliés ;
Aix419 aliez
BnFfr4964, Cha515 l'esprit
BnFfr4965 esperit
BnFfr17274, BnFfr23146 prendront
BnFfr23146 mainctes sottes querelles
BnFfr17274, Aix419 prestz
BnFfr17274, BnFfr23146 om.
BnFfr17274 ouyr ;
BnFfr23146 ouir
BnFfr23146 pestilances amaires
BnFfr17274, BnFfr23146, Cha515 ciecle
BnFfr17274, BnFfr23146 qu'il
BnFfr4965 corps pour elle
Aix419, BnFfr4964, BnFfr4965, Cha515 fol la
BnFfr23146 fot la
BnFfr17274 fol le
Aix419, BnFfr4964, BnFfr4965, Cha515 om.
BnFfr17274 meilleur chemin
pour
Aix419, BnFfr4964, Cha515 om.
BnFfr23146 Faict soupsonner
BnFfr4964, Cha515 consors
BnFfr17274 part ;
BnFfr23146 par
BnFfr17274, BnFfr23146, Aix419, Cha515 les
BnFfr17274, BnFfr23146, Aix419 à
BnFfr17274 grief tourmentz
BnFfr23146 grief tourment
Aix419, BnFfr4964, Cha515 fort
Aix419 Fait au sien
Cha515 Faicte au sien
Aix419, BnFfr4964, BnFfr4965, Cha515 on
BnFfr17274 om.
Cha515 Chef ambassade ad ce que l'admonneste
BnFfr4964, BnFfr4965 Chef d'ambassade ad ce que
l'admonneste
BnFfr17274
demonstrassent
BnFfr23146
demonstrassent
BnFfr17274, BnFfr23146, Aix419, Cha515 Jusqu'à
BnFfr17274 Gondemault
BnFfr23146 Gaudenault
BnFfr4965 Gondebault
BnFfr4964, Cha515 On ne se doibt
BnFfr17274 sceust conduire
BnFfr23146 sa
BnFfr4965 là
BnFfr17274, BnFfr23146, Aix419, Cha515 au
BnFfr17274, BnFfr23146, Aix419, BnFfr4964, BnFfr4965, Cha515 considerant
BnFfr17274, BnFfr23146, Aix419, Cha515 main
BnFfr23146 coulez oultres
BnFfr4965 oultre coulez
Aix419, BnFfr4964, BnFfr4965, Cha515 et
BnFfr17274
par le long
tout au long
BnFfr23146 par le long
BnFfr17274, BnFfr23146, BnFfr4964, Aix419, Cha515 l'
BnFfr17274, Aix419, BnFfr4964, Cha515 voller ;
BnFfr23146 voler
Aix419, BnFfr4964, BnFfr4965, Cha515 de
BnFfr17274, Aix419, BnFfr4964, BnFfr4965, Cha515 Estre
BnFfr23146 Qui est
BnFfr17274, BnFfr23146, Aix419, Cha515 male
BnFfr17274, BnFfr23146 excuser
BnFfr23146, Aix419, BnFfr4964, Cha515 Veu que ;
BnFfr17274 Veu que
;
BnFfr4965 Vu que
BnFfr23146, Aix419, Cha515 n'ont
Non num.
Aix419 Mieulx que pis. ;
BnFfr4964 Myeulx que pys ;
Cha515 Mieux que pis