Cretin se montre moins précis que ses deux sources
principales, qui donnent, d'une façon certes peu reconnaissable, le
lieu exact de la rencontre. [Nicolas de La Chesnaye], Les
Grandes Chroniques, fol. XVIIr : « luy [Gontran] estant
au droit du pont de pierre » ; GCF, liv. III, chap.
10 (vol. 1, p. 256) : « en lieu qui est apelez Ponz Perrouz ». Il
s'agit de Pompierre, dans les Vosges.
[Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIr n'établit
pas de lien entre les péchés de Gontran et son absence de
descendance, à l'inverse des GCF, liv. III, chap.
10 (vol. 1, p. 257) : « Diex m'a toluz touz les hoirs de mon
cors par mes pechiez ».
Nous corrigeons la leçon
manifestement erronée du manuscrit BnF, fr. 2818 et
reprenons celle de tous les autres témoins.
Cette métaphore guerrière est
prise, non à [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVIIr, mais bien aux
GCF, liv. III, chap. 10 (vol. 1, p. 257) : «
Uns maismes escuz nous covre et une meisme lance nous deffende
deshoremais ».
L'extrême jeunesse de
Childebert II, dont Cretin a trouvé la mention tant chez [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XVIIr que
dans les GCF, liv. III, chap. 10 (vol. 11, p. 257),
peut surprendre, dans la mesure où l'élévation de ce prince au trône
de Metz a été évoquée au chapitre 10 (v. 1868-1869). Toutefois,
Cretin ne donnait pas son nom, et il se pourrait qu'il n'ait pas
compris que le fils de Brunehaut évoqué alors et le roi de Lorraine
dont il est ici question ne font qu'un.
Cretin cherche
à normaliser le récit imprécis de [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIr, qui paraît
dans un premier temps limiter à Gontran les démêles avec Chilpéric,
avant d'étendre à Gontran et Childebert la portée des torts causés
par Chilpéric :« [...] du roy Chilperic qui par puissance et
ambition les terres occupoit à Gontran appartenans, pour raison de
quoy envoierent par devers Chilperic, le admonnestant de leur rendre
ce qu'il leur avoit ravy et osté, aultrement que guerre luy estoit
annoncee. » Cretin adopte plutôt le point de vue des
GCF, liv. III, chap. 10, qui, plus concises, font
de Gontran et Childebert deux victimes des ambitions de Chilpéric :
« Mais avant que il se departissent, il manderent au roi Chilperic
que il leur rendist ce que il avoit pris et saisi de leur terres ».
Il n'est pas possible de déterminer si les GCF
évoquent des torts faits indépendamment vis-à-vis de Gontran et de
Childebert, ou bien si elles considèrent que le royaume de Gontran
est également celui Childebert aussitôt l'adoption entérinée, et que
par conséquent son occupation partielle par les troupes de Chilpéric
est une pomme de discorde entre Childebert et Chilpéric autant
qu'entre ce dernier et Gontran.
Ils
différèrent de lui parler davantage.
Cretin
amplifie considérablement la réaction de Chilpéric par rapport à ses
deux sources principales, qui ne s'appesentissent guère cette
question. [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVIIr : « duquel message le roy
courroucé fut plus ardant et plus enflammé en ire qu'il n'avoit
acoustumé ». GCF, liv. III, chap. 10 (vol. 1, p. 257)
: « Quant li rois Chilperic oï ces mandemenz, il en out moult grant
despit. ».
Cretin
simplifie le récit qu'il trouve chez [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIr-XVIIv, et en
retranche plusieurs éléments factuels, dont le nom des « places
lymitrophes » où la révolte se déroule et l'identité de l'« homme
instruict » placé à la tête de l'armée : « À ceste perturbation du
roy furent denoncez aultres choses faictes par les Bretons, c'est
assavoir que par impetueuse armee, entrez au territoire de Resnes,
jusques au villaige Cornu, pilloient tout le pays. Et afin qu'ilz se
retirassent en leurs maisons, Chilperic avec grant compaignie de
gens d'armes envoya Bibolene (homme acoustumé à bataille) contre les
Bretons, les terres desquelz furent par luy gastees jusques à Nantes
et par ainsi les Bretons qui ribloient à l'entour de Resnes se
retirerent à leurs maisons. » Les GCF, liv. III,
chap. 10 (vol. 1, p. 262) proposent un épisode plus ramassé : « En
cele année envaïrent li Breton la contrée de Rodois, et passerent
jusques à une vile qui est apelée Borc Cornu. Li dux Bibolenes fu
lors envoiez contre iaus ; jusques en Bretagne les chaça et degasta
tout le païs par feu et par espée. »
Cretin ajoute
discrètement au récit de ses deux sources principales la réaction à
ce nouveau soulèvement des Bretons. [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIv : « Et peu de
temps après que les Françoys furent hors de Bretaigne, derechef
retournerent les Bretons comme devant. » ; GCF, liv.
III, chap. 10 (vol. 1, p. 262) : « Mais li Breton, qui moult furent
correcié de si grant domage, ne s'en tindrent pas atant ; ainz
retornerent l'année après ; si ne destruistrent pas tant seulement
cele contrée que il ourent devant gastée, mais toute la province de
Nantes. Felix, li evesques de la cité, leur manda que il cessassent
des maus que il fesoient ; amendement li promistrent, mais ainc pour
ce ne l'amenderent. » En évocant la nécessité pour Chilpéric
d'envoyer à nouveau une armée contre les Bretons, Cretin induit par
la répétition d'épisodes presque identiques l'idée d'une fatigue qui
permet une transition harmonieuse vers la discussion qui suit,
relative aux guerres incessantes de Chilpéric. Ce faisant, Cretin
omet un épisode brièvement rapporté par [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIv à la suite du
récit de l'expédition contre les Bretons : « Cependant, Chilperic
sans repos prit soubz sa puissance et domination les Poitevins
obeissans à Thidebert, son lieutenant ou senechal chassé. »
Cet excursus consacré à la
cruauté de Chilpéric n'a pas d'équivalent à cet endroit dans les
GCF, liv. III, chap. 10 (vol. 1, p. 262) et est
probablement inspiré par cette phrase de [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIv, qui précède
le compte rendu de l'épisode de Dacus, qui suit : « Et pour te plus
esbahir des très cruelles meurs de ce roy, [...] ». Il s'agit pour
Cretin de clarifier son propos épidictique et de faire de Chilpéric
un parfait contre-exemple.
Cretin évoque très brièvement un épisode décrit avec
plus de détails par [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XVIIv : « Ung homme estoit nommé Dacus,
par le duc Soustre accusé de crime, ou faulx ou veritable, et pour
ceste accusation detenu en prison par le commandement de Chilperic.
Pource que sans son congié avoit laissé entrer ung presbtre en sa
prison, s'estoit confessé et fait penitance de ses pechez, Chilperic
le commanda tuer incontinent. » Ce récit, qui fait porter la
responsabilité de la mort à Chilpéric, est très modifié par rapport
aux GCF, liv. III, chap. 10 (vol. 1, p. 261-262), qui
sont très confuses du fait d'une incompréhension de l'original
latin. Le récit provient à l'origine des Histoires de
Grégoire de Tours, chez qui Chilpéric ne met Dacus à mort que parce
qu'il a été trompé.
Cretin explicite sa source en précisant que cette taxe était
prélevée en argent et non en nature. [Nicolas de La Chesnaye],
Les Grandes Chroniques, fol. XVIIv : « Et ce ne
fut la fin des maulx de Chilperic, car tantost feist ung edit que
tous ceulx qui possideroient ou cultiveroient des vignes seraient
tenuz luy bailler par chascun an quarante huyt septiers de vin. Pour
lequel tribut recueillir Marc, commis a faire la recepte generalle
des deniers du roy en Acquitaine, quant orguilleusement et
injurieusement estre payé de ce tribut, fut occis des Lymosins.
»
Cretin paraît ici mettre
François Ier en garde. Les taxes royales
levées sur le vin étaient en effet fréquentes.
Proverbe
attesté : qui bon l'achète, bon le boit (bibl).