Ce chapitre
comporte de nombreux éléments qui ne sont pas issus des
GCF,
liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11). Le personnage de Goffarius et la
chronologie des événements relatés permettent de réduire l'éventail
des sources probables de Cretin à quelques-unes, et en particulier
aux
Grandes Chroniques
de Bretagne d'Alain Bouchart, publiées en 1514, et
elles-mêmes inspirées, à beaucoup d'égards, du
Compendium
de Robert Gaguin. Voir (
Auger, 1999).
La
Chronique martiniane publiée par Antoine Vérard en
1504 n'évoque pas Brutus.
Cretin réécrit les Grandes Chroniques de
Bretagne d'Alain Bouchart (liv. I, fol. IIr), ou un texte
proche, dans lequel on rapporte que Brutus quitte la Grèce où il a
épousé Innogen, la fille du roi Pandrasus, vient dans l'Italie d'Anténor
où il s'assure le concours de Corineus et à de descendants d'exilés
troyens, puis se dirige vers la Gaule : « Brutus print congié de
son beau pere
Pandrasus et entra en ses navires avecque sa femme Ygnogen et
ses Troyens, mist de ses navires les voiles au vent, tirant à
l'adventure par la mer sur les parties meridionales. Et aprés
qu'ilz eurent passéplusieurs dangiers et perilz, ilz
descendirent es parties des Maures où ilz avitaillerent leurs
navires des vivres dont mestier avoient. Et puis se misdrent
encores sur mer à travers les collumnes de Hercules et vindrent
en la mer de Tyr et jouxte les rivaiges de la mer trouverent
quatre generations de gens exillez yssuz de Troye la destruicte,
qui avoient suyvi la fuite de Anthenor, desquelz ung nommé
Corineus estoit duc et estoit homme de trés honorable facunde,
de trés prudent et prouffitable conseil, de grant corsaige,
plein de vertu et de audace. Corineus et ses gens acompaignerent
Brutus et furent les dens d'icelluy Corineus nommez Cornubiais
lesquelz aidoient à Brutus en tout ce qu'ilz pouoient. Brutus et
Corineus se misdrent sur la mer ensemble et singlerent tant
qu'ilz vindrent à l'entree de la riviere de Loire où à present
est Sainct Nazare, y ficherent leurs ances et y furent par VII
jours à l'ancre. Puis aprés descendirent à terre du costé du
clos de Rais. [...] En Acquitaine regnoit lors ung roy nommé
Grofarius qui estoit Poictevin et estoit roy d'icelle terre. Il
fut adverti de la venue de Brutus, si luy fist la
guerre. »
Cretin fait de nombreuses références à la chasse
et en particulier à celle qui se pratique avec les chiens dans la
Chronique : c'était le loisir favori de François I
er. Cretin est par ailleurs auteur d'un
Debat
entre deux dames sur le passetemps
des chiens et des oiseaux, poème de 1280 décasyllabes ((
Chesney, 1932, v. 94-143)),
qui a fait l'objet d'une édition au XIX
e siècle
avec un autre poème composé par un écrivain de François I
er :
La chasse royalle,
de Hugues Salel ((
Cabinet de vénerie, 1882)).
Cette description générique d'une bataille
peut amplifier n'importe quel récit et est de Cretin. Bouchart, Grandes
Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIr) dit seulement
: « en laquelle guerre
y eut plusieurs beaux faictz d'armes d'une part et
d'aultre. »
Bouchart, Grandes
Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIr) : « mais
Grofarius n'y peust pas longuement resister et fut
contrainct en s'en fuir plus avant es aultres parties de Gaule
par devers ses parens et aliez. Et est assavoir que pour lors y
avoit es parties de Gaule dix royaulmes selon Vincent ou douze
selon la Martiniane. Chacun roy avoit son royaulme à part. En
ceste conqueste Brutus recouvra plusieurs richesses dont il
distribua partie à ceulx de sa compagnie et le surplus mist en
ses navires et brusla tout le pays de Poictou villes et maisons.
[...] Quant Brutus eut parachevé de gaster le païs d'Aquitaine
et de Poictou, il tira son armee par terre contremont la riviere
de Loire environ cent dix mil pas, et avoit Brutus en sa
compagnee ung sien nepveu nommé Turnus qui estoit moult preux et
hardi. Trouverent sur la riviere ung lieu qui leur sembla moult
convenable pour eulx fortifier, car ilz craignoient que
Grofarius se feust ralé, comme il fist, avec les aultres princes
ses voisins et parens pour courir sus à Brutus, et pour tenir
son camp Brutus fist en ce lieu ung fort chasteau qu'il fist
fortifier moult grandement. »
Cette informaiton figure chez Bouchart, Grandes
Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv), après le récit de la
mort et des funérailles de Turnus : « Le corps de luy fut selon la
maniere des Troyens
haultement ensepulturé et mis en ce chasteau, lequel à celle
cause fut dés lors et de son nom appellé Tours et est le lieu où
la ville de Tours est à présent. »
Cretin amplifie le récit de Bouchart, Grandes
Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv) : « Grafarius
avec plusieurs gens de guerre ses aliez des
parties des Gaules vint assaillir Brutus et l'assiegea en son
chasteau, et Grafarius y tint le siege par quelque espace de
temps. »
Bouchart, Grandes
Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv) : « Toutesfoys
Brutus et Corineus qui estoient dedens la place
delibererent que une nuyct Corineus sortiroit avecques trois mil
Cornubiais par une secrete porte de leur nouveau chasteau du
costé dont les assaillans n'estoient et ce muceroient es forestz
d'environ, ce qu'ilz firent. Et au matin Brutus saillit d'une
aultre part avecques bon nombre de gens hors de ce chasteau sur
Groffarius et ses gens, lesquelz par ce moyen se trouverent en
telle necessité que Graffarius aprés la bataille qui fut moult
aspre et dure fut contrainct de lever son siege et s'en fuir.
Turnus le Troyen nepveu de Brutus fist en ceste bataille de plus
beaux faictz d'armes que nulz aultres quelzconques aprés
Corineus, et dict le bruit, que Turnus de son espee occist celuy
jour six cens hommes des gens de Grafarius. Toutesfoys il y fut
occis par les Gaulois ».
Bouchart, Grandes
Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv) : « dont Brutus
son oncle et le surplus des Troyens
menerent moult grant dueil. Le corps de luy fut selon la maniere
des Troyens haultement ensepulturé et mis en ce chasteau, lequel
a celle cause fut dés lors et de son nom appellé Tours et est le
lieu où la ville de Tours est à présent. [...] Brutus fut moult
dolent de la perte de Turnus son nepveu et de plusieurs de ses
gens qui furent tuez en ceste guerre et pour saulver le
demourant se retira en ces navires, lesquelles il fist mectre en
mer et tira es pârties de l'isle d'Albion où li arriva et trouva
icelle isle habitee de geans, lesquelz il combatit et chassa
hors du pais et submist l'isle en son obeissance, s'en fist
couronner roy ». À partir d'ici, le texte des GCF,
liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) peut de nouveau est de quelque utilité à
Cretin : « Cil Brutus enmena
puis la lignie d'Eleni, dont nous avons desus touchié, en li'sle
d'Albion, qui or est apelée Engleterre, et Corinée, qui estoit
descenduz de la lignie d'Anthenor. Quant il ourent cele isle
prise, qui au tens de lors estoit habitée de
jaianz... »
Omettant une
description géographique de l'île d'Albion et une explication
étymologique de son nom, Cretin s'arrête à ce récit rapporté par
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol.
IIv) : « Et y a quelque histoire qui contient que
incontinent que brutus fut à terre descendu, une petite
bestelette blanche de la forme d'une mustelle que on appelle
ermine s'aparut à luy et se mist sur sa tergette, et s'y tint
quelque peu de temps. Et à celle cause print dés lors Brutus
l'ermine pour ses armes. Toutesfoys aultres ont voulu dire que
le roy Artus le preux print les armines en ses armes pour ce que
miraculeusement la Vierge Marie mere de Dieu se appartu à luy
ainsi qu'il combatoit ung payen en l'isle de Paris, comme il
sera cy aprés recité. » Les GCF, liv. I,
chap. 1 (vol. 1, p. 11) n'évoquent pas l'origine de l'hermine
héraldique.
Bouchart, Grandes
Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv) : « et [Brutus]
la [l'île d'Albion] la fist appeller
Bretaigne affin que à jamais il fust memoire de son nom ».
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) : « L'autre partie de
la terre que Brutus retint à son ouès
refu de son non apelée Bretaigne. »
Significativement, Cretin
use d'une rime
équivoquée particulièrement recherchée, s'étendant sur trois termes,
pour
indiquer que le fait de trancher entre des sources divergentes ne
sera pas sa priorité : l'essentiel de son entreprise, suggère-t-il
déjà, tient à sa dimension versifiée, laquelle favorise le
divertissement et l'édification, toujours complices, du jeune
roi.
Bouchart, Grandes Chroniques de
Bretagne, liv. I (fol. IIv) : « Brutus aprés qu'il
fust paisible roy departit à Corineus certaine porcion de ceste
terre à estre tenue de luy à tiltre de duché, en laquelle
portion se tira Corineus avecques ses gens et fist appeller
ceste porcion Cornoaille affin qu'il fust à jamais memoire de
son nom, et aussi pour ce que le pa¨ïs est situé en une des
cornes de l'isle de Bretagne. »
GCF, liv. I, chap. 1
(vol. 1, p. 11) : « cil
Corinées out à sa part une contrée de la terre qui encore est
apelée Cornouaille par la raison de son non. »
Bouchart, Grandes
Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv-IIIr) : « Et
possida Brutus l'isle de Bretaigne comme roy par le temps de XXIIII ans,
comme recite Vincent au XVIIe livre VIe
chapistre de son Speculaire
historial. [...] Aprés que Brutus eust possidé ce
royaulme de Bretaigne par l'espace de XXIIII ans, il trespassa et
delaissa troys filz de luy et Ygnogen sa femme. Le premier fut nommé
Locrius, le II Camber et le III Albanatus. Ces troys freres partirent
entre eulx Bretaigne. »
Le chapitre 2 comptant 124 vers
auquel s'ajoute l'intitulé du chapitre, il aurait exactement couvert
cinq pages de 25 lignes si les vers d'introduction n'avaient été
copiés en tête. La présence de ces quatre derniers vers du chapitre
sur une nouvelle page pourrait être une indication de ce souci,
abandonné en cours de route, de faire coïncider aux divisions
textuelles des seuils matériels dans le manuscrit.
Cretin renoue au moment de clôre ce
chapitre avec le récit des GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1,
p. 11) : « De celui Brut descendirent tuit li rois qui puis
furent en la terre jusques au tens que Anglois, qui vindrent
d'une des contrées de Saisoigne qui ert apelée Angle, pristrent
la terre, des quex ele est apelée Angleterre. » Bouchart, Grandes
Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv) signale le changement
de nom sans en indiquer ici la raison : « et est l'isle qui est à
present appellee
Angleterre. »