Livre I - Chapitre 3
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Fo VII
§Icy dirons de la ſource et naiſſance Du nom francois/. par le duc francion Sera deſduyt et monſtre franc / Si on [270]Deſire en veoir planiere congnoiſſance
§ Chapitre iiie.Entre troyans exillez de leur terre Sen treuvēt deux qui adonc pꝛindꝛēt erre De ſoing / labeur / et difficille queſte Tendans venir a heureuſe conqueſte [275]Et comme gentz de cueur et haulte race Apꝛes lexil ſe tirerent en Trace Y eſperans recouurance a leur perte Car en douleur ſi extreme et apperte Cueurs couraigeux a tard ſe feuſſent teus [280]Ceulx eurent nom Francion / et Tuxtus Pere eut Tuxtus / Troylus valeureux Et Francion / le tres cheualleureux Puiſſant Hectoꝛ / plus pꝛeux de tous humains Et par ainſi furent couſins germains
De Francion჻ [285]Pour aucun temps menerent leur affaire Viuans enſemble /. Oꝛ eut Tuxtus a faire Quelque autre part /. Si pꝛiſt vne partie Du troyan peuple /. et loꝛs fiſt departie De ſon couſin /. Lautre bende fut duyte [290]A ſe renger ſoubz la charge et conduyte De francion tenant de pere a filz Cueur deſireux dhonneurs plus que pꝛouffitz De ſa pꝛoueſſe il fut vray ſucceſſeur Et de ſes meurs paiſible poſſeſſeur [295]Tant fut gaillard / bien adextre et puiſſant Que a luy rendit maint peuple obeiſſant En peu de iours conqueſta gꝛandz pays Sur les paluz du fleuue Tanays Oultre ſaiſit celluy du Noe / et la [300]Fonda cite / que Sicambꝛe appella Soubz ſon adueu Troyans / ſi foꝛt accreurent Que ſans les veoir / ceulx de adonc ne le creurent Sur le gꝛand lac Meotide fonderent Leurs manſions / et illec reſiderent [305]Long traict de temps / au plus pꝛes des Alains Robuſtes gens / rebelles et vilains La les troyans belliqueux renommez De francion / furent francois nommez La furent ilz le tribut acceptans
Les Rommains contre les Alains.Fo IX [310]Deu aux Rommains .Mil cinq cens et ſept ans §Oꝛ aduint il que Valentinian Loꝛs empereur /. auant le finy an Fiſt aux Alains maintes dures trauerſes Cruelz aſſaultz / et batailles diuerſes [315]Eulx habitants es lieux mareſcaigeux De Meotide / eſtranges / et fangeux Par pluſieurs foys / eulx auſſi ſembatirent Et fierement aux champs le combatirent Si neuſſent ilz pouoir dy perſiſter [320]Ne au ſtrepit furieux reſiſter Si ce ne feuſt / quen ces lieux acquaticques Giſoit lappuy de toutes leurs pꝛaticques Car quant venoit a combat leur offrir Fier / rude / et foꝛt a poꝛter et ſouffrir [325]Leur ſeul remide eſtoit ſonner retraicte Et en leur foꝛt retourner de gꝛand traicte Souuenteſfois lempereur les chaſſa Batit / rompit / pouſſa et pourchaſſa Iuſques dedans leurs taiſnieres bocaiges [330]Mais pour autant que ſi gꝛandz mareſcaiges On y trouuoit /. nozerent les Rommains Eulx eſſayer dy mectre piedz ne mains §Quel deſhonneur /. La puiſſance rommaine Ne pouoir vaincre vng ſi petit dommaine
Les Francoys contre les Alains [335]Elle qui ſoubz ſes dominations Pꝛenoit tribut ſur toutes nations Et ſe faiſoit par tous climatz doubter Ne ſcauoir pas ſi peu de gens dompter §Ce fut vng cas / par le quel / lempereur [340]Entremeſla collere auecq fureur Si ſe aduiſa / pour Alains debeller Tant aigꝛes / fiers / et pꝛomptz a rebeller Chercher moyen que des Francoys euſt ayde Loꝛs reſidens ſur le lac Meotide [345]Et leur pꝛomiſt / que ſe vaincre ſcauoyent Ses ennemys /. Du tribut que debuoyent Il les rendꝛoit francs et quictes dix ans Sur ce pꝛopos /. Les Francoys plus viſans A liberte / quau peril de lempꝛiſe [350]Tres voluntiers ont ceſte charge pꝛiſe Ce faict conclud / deliberent ce iour Executer laffaire ſans ſeiour Tantoſt apꝛes la iournee ont termee Paſſent le lac a gꝛoſſe et foꝛte armee [355]Et ſur la terre aux Alains vont marchant Ou chaſcun deulx penſe eſtre bon marchand Quant les Alains ont la nouuelle ſceue De ceſte empꝛiſe /. A plaiſir lont receue Eulx confians que ſur eulx feront moins
Bataille des Francoys contre les Alains.Fo X [360]Ou auſſi peu Francoys que ont fait Rommains Si ne ſont pas pour cella negligentz Des armes pꝛendꝛe / et aſſembler leurs gentz Mais pꝛomptement font ſi ſongneux appꝛeſtz Que tout leur oſt marche deux iours apꝛes [365]Francoys auſſi tiennent maniere et oꝛdꝛe Monſtrans auoir bon appetit de moꝛdꝛe Et ſemble bien / ou que le combat aille Quil y aura fiere et rude bataille Courſes ſe font. Vng chaſcun ſe rebarbe [370]Tant que les oſtz ſe treuuent barbe a barbe Et dappꝛoucher / monſtrent apparentz ſignes Qui loꝛs ouyſt trompettes / coꝛs / bucines Et gꝛos tabours ſonner /. foꝛtes rumeurs Eſtranges cris / et farouches clameurs [375]Ce fuſt aſſez pour ſen eſmerueiller Adoncq Francoys / pour Alains reſueiller Selon leur mode et facon couſtumiere Donnent le choc a la poincte pꝛemiere Voyꝛe donner /. de ſoꝛte ſi terrible [380]Qu oncques ne fut rencontre ſi hoꝛrible Loꝛs veiſſiez vous hayne et fureur aduerſes Faire tumber ſoudardz iambes reuerſes Rompꝛe muſeaux / cerueaux eſcerueller Fendꝛe naſeaux / bꝛaz et teſtes voller
Les Francoys contre les Alains. [385]Coꝛps trauerſer / piedz perdꝛe leurs vſaiges Yeulx renuerſer / et balaffrer viſaiges Picques paſſotz voit on a lappꝛoucher Iambes / cuyſſotz / et feſſes embꝛocher Bꝛief. en l eſtour de la part des deux oſtz [390]Laſche ou laid tour ne fut fait /. Mais des os Qui ſont aux chiens liurez a departir Touſiours le foꝛt fait le foible partir Et ſe le foible aucune des foys bleſſe Le plus puiſſant Si ne peult ſa foybleſſe [395]Le pꝛeſeruer que lautre ne le batte Gourmande / foulle / acaſble / et ius abatte §Doncq les Alains voyans quil leur empire Et que autres gentz que du rommain empire Ont a combatre / en quoy nont foꝛce aſſez [400]Car de coups ſont mouluz et foꝛt caſſez Tournent le doz /. Et pour derniers effoꝛtz Fuyantz ſen vont en leurs palluz et foꝛtz Ou cuydent bien par le moyen des eaux Fondꝛieres / trouz / ſourſes vifues ruyſſeaux [405]Fanges / foſſez / crouſlieres et bourbiers Faire aux Francoys terribles deſtourbiers Ce que ne font /. Car ſans craindꝛe leurs peaux Rouiller harnoys ne ſouiller blancz dꝛapeaux Marchent leans / ( Comme lhyſtoyꝛe afferme
Dou vint le nom francoys.Fo XI [410]Plus fierement quen pleine terre ferme Combien que loꝛs feuſſent foꝛt patrouillez
Les francoys contre les rommains. [435]De ce beau nom ilz furent baptiſez Et pour franchiſe auoir pꝛophetiſez Quant eſt de moy. Ie me tiendꝛay a ceſte Oppinion /. et pour ſeure laccepte Si quelque vng eſt le contraire ſuyuant [440]Et ne le croyt / aille veoir plus auant.
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§Icy dirons de la source et naissance Du nom François. Par le duc FrancïonFrancion Prince troyen Sera desduyt et monstré franc, si on [270]Desire en+à [BnFfr17274] veoir planiere congnoissance.
§ Chapitre iiie+om. [BnFfr23145, BnFfr4967, Vat966]Chapitre troysiesme. [Cha514]Entre Troyans exillez de leur terre+leurs terres [BnFfr17274]+de leur terre exillez [Cha514], S'en+Se [Aix419] treuvent deux qui adonc prindrent erre+erres [BnFfr17274]+prendre erre conseillez. [Cha514] De soing, labeur et difficille queste, Tendans venir à heureuse conqueste. [275]Et, comme gentz de cueur et haulte race, Aprés l'exil se tirerent+trouverent [Aix419] en Trace, Y esperans recouvrance à leur perte, Car en douleur si extreme et apperte Cueurs couraigeux, à tard, se feussent teus+fussent vaincuz [BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, BnFfr17274, Cha514]. [280]Ceulx eurent nom FrancïonFrancion Prince troyen et Tuxtus+Turcus [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, Vat966, Cha514, BnFfr4967]Torcoth ( — ): Pere eut Tuxtus+Turcus [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, Vat966, Cha514, BnFfr4967]Torcoth ( — ) TroÿlusTroïlos Prince troyen, fils d'Hécube, dans la mythologie grecque valeureux, Et FrancïonFrancion Prince troyen le trés chevalleureux Puissant HectorHector Personnage de la mythologie grecque, plus preux de tous humains. Et par ainsi furent cousins germains1.
De FrancionFrancion Prince troyen [285]Pour aucun temps menerent leur affaire Vivans ensemble. Or eut Tuxtus+Turcus [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, Cha514, BnFfr4967, BnFfr5299]Turcuz [Vat966]Torcoth ( — ) à faire Quelque autre part. Si prist une partie Du troyan peuple et lors fist departie De son cousin2. L'autre bende fut duyte [290]À se renger soubz la charge et conduyte De FrancïonFrancion Prince troyen, tenant de pere +et [BnFfr4967] à filz Cueur desireux d'honneurs plus que prouffitz. De sa prouësse il fut vray successeur Et de ses meurs paisible possesseur.+om. [BnFfr4967] [295]Tant fut gaillard, bien adextre+à dextre [Vat966] et puissant Que à luy rendit+rendre [BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299] maint peuple obeïssant. En peu de jours conquesta grandz+grand [Aix419] paÿs Sur les paluz du fleuve Tanaÿs, Oultre saisit celluy du Noe+Ou quelque temps feyt son sejour [Aix419]Aprés celuy de Danubye [Cha514] et là [300]Fonda cité que Sicambre appella. Soubz son+soubz [BnFfr4967] adveu Troyans si fort accreurent Que sans les veoir ceulx de adonc ne le creurent.+om. [BnFfr4967] Sur le grand lac Meötide+Meodite [BnFfr4967] fonderent Leurs mansïons, et illec residerent [305]Long traict de temps, au plus prés des Alains, Robustes gens, rebelles et vilains. Là, les Troyans belliqueux renommez, De FrancïonFrancion Prince troyen, furent François nommez3. Là furent ilz le tribut acceptans,
Les Rommains contre les Alains4 [310]Deu aux Rommains, mil cinq cens et sept ans56. §Or advint il que ValentinïanValentinien Ier (03/07/321 — 17/11/375) Empereur romain de 364 à 375, Lors empereur, avant le finy+
Les Françoys contre les Alains [335]Elle qui soubz ses dominatïons Prenoit tribut sur toutes natïons Et se faisoit par tous climatz doubter, Ne sçavoir+sçavoit [BnFfr17274] pas si peu de gens dompter8 ! §Ce fut ung cas par lequel l'empereur [340]Entremesla collere avecq fureur. Si se+om. [BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967] advisa, pour Alains debeller, Tant aigres, fiers et promptz à rebeller,+ Chercher moyen que des Françoys eust ayde [BnFfr4967] Chercher moyen que des Françoys eust ayde9,+Tant aigres et promptz à rebeller [BnFfr4967] Lors residens sur le lac Meötide, [345]Et leur promist que se vaincre sçavoyent+sçau
Bataille des Françoys contre les Alains [360]Ou aussi peu, Françoys que ont fait+on faict [BnFfr17274] Rommains. Si ne sont pas pour cella negligentz Des+Les [Vat966] armes prendre et assembler leurs+leur [BnFfr17274] gentz, Mais promptement font si songneux apprestz Que tout leur ost marche+marchent [BnFfr17274] deux jours aprés. [365]Françoys aussi tiennent maniere et ordre, Monstrans avoir bon appetit de mordre. Et semble bien, ou que le combat aille, Qu'il y aura fiere et rude bataille1112. Courses se font. Ung chascun se rebarbe [370]Tant que les+les deux [BnFfr17274] ostz se treuvent barbe à barbe Et d'approucher monstrent apparentz signes. Qui lors ouyst trompettes, cors, bucines Et gros tabours+ta
Les Françoys contre les Alains [385]Corps traverser, piedz perdre leurs usaiges, Yeulx renverser et balaffrer visaiges.+om. [Vat966] Picques, passotz+passer [BnFfr17274] voit on à l'approucher Jambes, cuyssotz et fesses embrocher13. Brief, en l' estour, de la+dela [BnFfr4967] part des deux ostz [390]Lasche ou laid tour ne fut fait. Mais des os Qui sont aux chiens livrez à departir, Tousjours le fort fait le foible partir. Et se le foible aucune des foys blesse Le plus puissant, si ne peult sa foyblesse [395]Le preserver que l'autre ne le batte, Gourmande, foulle, acasble et jus abatte+l'abbatte [BnFfr17274]. §Doncq les Alains, voyans qu'il+qui [Vat966] leur empire Et que autres gentz que du+de [Vat966] rommain empire Ont a combatre, en quoy n'ont force assez, [400]Car de coups sont mouluz et fort cassez, Tournent le doz. Et pour derniers effortz, Fuyantz, s'en vont en leurs+leur [Aix419] palluz et fortz, Où cuydent bien, par le moyen des eaux, Fondrieres, trouz, sourses vifves, ruysseaux, [405]Fanges, fossez, crouslieres et bourbiers, Faire aux Françoys terribles destourbiers. Ce que ne font+fut [BnFfr17274]. Car sans craindre leurs peaux, Rouiller harnoys, ne souiller blancz drapeaux,+om. [BnFfr4967] Marchent+marcherent [Aix419] lëans , comme l'hystoyre afferme,
D'où vint le nom « Françoys » [410]Plus fierement qu'en pleine terre ferme. Combien que lors feussent fort patrouillez+
Gachez, mouillez, barbouillez, patrouillez [BnFfr17274, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514] ;
Gaschez, mouillez, barbouillez,
patrouillez [BnFfr23145]
Et en ces lieux pelle mesle
brouillez
[Aix419]
Et lourdement souillez et
ventrouillez,+
Souillez, touyllez, brouillez
et ventrouillez [BnFfr17274, BnFfr5299] ;
Souillez, touillez,
brouillez et ventrouillez [BnFfr23145, Vat966, Cha514] ;
[BnFfr4967]
Les ungs souillez, les aultres
patrouillez
[Aix419]
14
Dedans ces fortz et marescz houspillans,
Par fiere aigreur bataillans et pillans,
[415]Firent Françoys
sur Alains telle attaincte
Que terre en fut de sang rougie et taincte15.
Ainsi leur force, hardïesse et conduicte
Ont ceste gent à l'empire reduicte,
Dont l'empereur s'esmerveilla trés fort
[420]De leur prouësse. Actendu que, du fort,
Oncques
Rommains
n'entrouvrirent+n'en trouverent [Aix419] la
bonde
Qu'on maintenoit vainqueurs de tout le monde,
Aucuns ont dit et souvent recité
Que les Françoys, pour leur ferocité,
[425]De l'empereur furent Françoys
nommez.
Autres aussi les ont puys estimez
Avoir pris nom pour l'eslargissement
De ce tribut, et affranchissement+afranchisement [Vat966].
§Ce nom
Françoys, qui le sault a franchy,
[430]Pour bien l'entendre est dit franc
affranchy16.
Mais toutesvoyes, l'oppinïon meilleure,
Et la plus saine, est ceste+celle [BnFfr17274]
que dès l'heure
Que FrancïonFrancion Prince troyen, le trés
puissant et+om. [BnFfr4967] preux,
Eut pris la charge et conduicte d'entr'eulx,
Les Françoys contre les Rommains [435]De ce beau nom ilz furent baptisez Et, pour franchise avoir, prophetisez17. Quant est de+à [BnFfr17274] moy je me tiendray à ceste Oppinïon, et pour seure l'accepte18. Si quelque ung est le contraire suyvant [440]Et ne le+m'en [BnFfr17274, Aix419, Cha514, Vat966] croyt, aille veoir plus avant.
Note n°1
Cretin reprend sa réécriture des GCF,
liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) : « Tucrus et Francio, qui
estoient cousin germain (car Francions fu fiuz d'Ector, et cil
Turques fiuz Troylus, qui estoient frere et fil au roi Priant),
il se departirent de leur contrée, et alerent habiter delez une
terre qui est apelée Trace ; là demorerent seur un flueve qui a
non la Dinoe. » Consultant une édition ancienne des
GCF (dont il tire l'orthographe
« Tuxtus »), il est possible que Cretin ait omis
cette dernière précision géographique car il n'a pas reconnu le
Danube dans la forme très dégradée du nom du fleuve : « sur ung
fleuve qui a nom Ladionnee » (Bonhomme, vol. 1, vue 16b) ;
« sur ung fleuve qui a nom Ladionnee » (Vérard, vol.
1, fol. Ivb). L'édition de 1514 est bien meilleure de ce point de
vue : « sur ung fleuve qui a nom la Dinoé (Eustace, vol. 1,
fol. Iva). »
Note n°2
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11-12) :
« Quant ensemble ourent habité un grant tens, Turcus se
departi de Francion son cousin, il et une partie dou pople que
il enmena ovec soi; en une contrée s'en ala qui est nomée Scice
la Petite » Cretin omet la suite : « en cele terre
habita [Turcus] si longuement, il et sa gent, que il crierent
d'aus IIII manieres de genz, Austrogohtes, Ypoghotes, Wandes et
Normanz. » À nouveau, l'absence de détails géographiques
dans la Chronique française s'explique peut-être par
l'impossibilité de reconnaître les noms de lieux dans les éditions
anciennes des GCF que consultait Cretin : « en
une contree s'en ala qui estoit nommee Face la Petite »
(Bonhomme, vol. I, vue 16b) ; « en une contree s'en ala qui
estoit nommee Face la Petite » (Vérard, vol. I, fol. Ivb)
; « en une contree s'en alla qui estoit nommee Face la
Petite » (Eustace, vol. 1, fol. Ivb).
Note n°3
Cretin est tributaire de la trame narrative des GCF,
liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 12) : « Francio demora seur le
devant dit flueve après ce que ses cousins se fu de lui partiz ;
là fonderent une cité que il apelerent Sicambre ; longuement
furent apelé Sicambrien pour le non de cele cité. »
Cependant, il commence ici à introduire des éléments pris chez
Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) :
« Partie d'iceulx [Troyens] avec la conduicte de Francion
s'en alla habiter et faire residence au plus prés des Alains,
sur le lac Meotide qui remplist le fleuve Tanais coulant par la
region de Scytie, auquel lieu appellez Françoys à cause du nom
de leur duc Francion ediffierent une ville de grant pris nommee
Sycambrie, prés des Hongres. » Cretin omet la suite du
récit de Gaguin-Desrey qui introduit une difficulté supplémentaire :
« Laquelle [Sycambrie] longtemps aprés, destruicte par les
Gothz, allerent [les Français] en une aultre ville par eulx
construicte en la prochaine montaigne où ilz fisrent leur
habitation et demeure jusques au temps de Vallentinian, roy des
Rommains ».
Note n°4
Le folio
viiie n'existe pas.
Note n°5
Cette ellipse de 1507 années, fait passer le récit du régime
mythique des origines troyennes des Francs, à un régime
historiographique.
Note n°6
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 12) :
« tributaire estoient aus Romains, ausi come les autres
nations. M et D anz et VII demorerent en cele cité puis que il
l'orent fondée. »
Note n°7
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 12-13) :
« Après avint au tens Valentinien l'empereor des Romains,
qui regna puis la passion Jhesu Crist CCC et LXXVI anz, que une
maniere de genz qui estoient apelé Alain habitoient es palue de
Meode. Forz genz estoient et bataillereus. A cel empereor
Valentinien se combaitrent pluseurs foiz ; aucunes foiz les
vainqui et les embati par force dedenz les dites paluz ; mais li
Romain ne les povoient ensivre, car li liex estoit si forz et si
perilleus pour les fonteniz et pour les mareschieres, que, quant
il s'estoit dedenz embatu, il ne les povoient de riens
grever. » Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot du
Pré, fol. Ir) : « Par lequel [Valentinien III] furent [les
Français] expulsez pour la raison que nous dirons cy aprés. Les
Alains faisans rebellion et se substrayans de l'obeissance de
l'Empire, pource que par le moyen de l'abondance et altitude des
fanges du pays marescageux facillement se deffendoient contre
l'empereur qui les assailloit. »
Note n°8
Cette remarque est
de Cretin, dont l'intention est vraisemblablement de tourner
l'Italie en ridicule.
Note n°9
Le mot "ayde" doit ici se prononcer
[ajd̪] (sans diérèse), ce qui permet la rime avec "Meötide".
Cette prononciation est confirmée aux v. 3735-3736, où
"ayde" rime avec "remide" ; aux v. 1635-1636 du liv. II, où
"ayde" rime avec "bride" ; aux v. 4176-4177 du liv. II, où
"ayde" rime avec "homicide". Cependant, la prononciation
[ɛd̪] est également attestée, par exemple aux v. 4161-4162,
où "ayde" rime avec "Hermofrede". Un cas ambigu figure aux
v. 3094-3095 du liv. III, où "ayde" rime avec
"remeide".
Note n°10
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) :
« Quant li empereres [Valentinien] vit ce, il apela en
s'aide les Troiens qui habitoient en Sicambre, et leur pria que
il feissent une voie tant seulement par quoi sa gent peussent
venir à ses anemis soudainement. Cil li respondirent que il ne
feroient pas ce sanz plus, ainz li promistrent que il les
prendroient et chaceroient fors par force. Li empereres, qui
moult liez fu de tele response, leur quitta le treü de X anz se
il povoient ce fere. Joiant furent li Troien de la promesse
l'empereor ; soudainement se ferirent es paluz, come cil qui
bien savient eschiver les periuz et les maus pas que il
cognoisoient. ». Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot
du Pré, fol. Ir) : « Valentinian appella les Françoys en son
aide, auxquelz il promist quicter et remectre par dix ans le
tribut annuel qu'ilz payoient aux Rommains s'ilz reduisoient
soubz sa puissance et domination les Alains desobeissans et
rebelles, soubz laquelle esperance les Françoys eslevez, parce
qu'ilz estoient acoustumez de souvent passer par les fanges et
marestz, entrepreignent le negoce et
affaire. »
Note n°11
Cette rime
équivoquée revient au livre II, v. 507-508.
Note n°12
GCF, liv. I, chap. 2
(vol. 1, p. 13) : « Les Alains troverent asseurez, qui d'aus ne
se prenoient garde, car il cuidoient que nus ne peust jusques à
iaus venir pour la forterece des lieus ». Gaguin-Desrey,
liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) ne fait pas mention de
la confiance des Alains.
Note n°13
Les scènes de combat sont légion dans la Chronique :
Cretin prend soin de les rendre particulièrement énergiques (enargeia) par l'emploi de la figure de
l'hypotypose (nombreux verbes de perception), laquelle sera relayée
par les peintures dans les livres suivants. Son vocabulaire du
combat est très précis, technique, et bien sûr anachronique :
l’enjeu n’est pas tant l’exactitude historique que l’invitation,
pour un lecteur royal féru de récits et d’aventures chevaleresques,
de se projeter dans cette histoire.
Note n°14
Les variantes de ce vers sont significatives puisque
tous les autres manuscrits s'accordent sur une leçon faisant la part
belle à l'énumération et à l'homéotéleute (ainsi qu'aux rimes
brisées et batelées). Cette virtuosité ostentatoire, relevant
peut-être d'une esthétique passée de mode (chère à Molinet) est
effacée dans le manuscrit offert à François Ier.
Note n°15
Le récit de cette bataille est entièrement de la
plume de Cretin, qui donne une ampleur considérable à ce compte
rendu de la première bataille victorieuse des Français. Les deux
sources principales de la Chronique française
signalent seulement que les Français eurent le dessus.
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) :
« grant partie en ocistrent ; l'autre partie eschapa par
fuite et aucuns empristrent. » Gaguin-Desrey, liv. I,
chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) : « Menerent forte et
puissante armee, surmonterent le lac, et par cruelle bataille
rendirent les Alains obeissans à l'empereur. »
Note n°16
GCF, liv.
I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) : « Li empereres se merveilla moult
de la force et de la hardiece des Troiens, pour ce que il
avoient osé entrer es lieus si perilleus, ocire et prendre et
chacier les plus granz anemis de l'Empire, ce que li Romain,
vainqueour de tout le monde, n'osoient fere ; pour ce les apela
lors François pour la reson de leur fierté. »
Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) :
« Pour laquelle victoire disent aucuns les Françoys par
Valentinian estre nommez Françoys, c'est à dire gens plains de
ferocité, les aultres disans au contraire que pour la remission
du tribut et liberté acquise sont appellez Françoys, c'est à
dire francs. »
Note n°17
Cretin
n’échappe pas complètement aux paronomases et allitérations topiques
autour des mots « franc » et « Françoys », sans pour autant
exploiter à plein la paronomase comme l’avait fait Jean d’Auton dans
les Allarmes de Mars (c. 1499) : « Tout fort se doit,
à grant force, efforcer / Le fort effort de toute forte force, / Qui
par ransfort veult la force forcer, / Emsforcer, fors qu’en fort ne
se ransforce, / Et forcement au fort il est force. / La forteresse
des plus fors forcennés / De s’emforcer, puisque pas fort sennés Ne
sont en fors, ne n’ont force esforcee, / Fors les forfaitz qui sont
à force nés / Par force doit la force estre forcee. // Tant estes
fors, Françoys, preux et adroictz [...]. » (« ’’Les Alarmes de
Mars’’ de Jean d’Auton : édition et commentaire », éd. Jonathan
Dumont, Annuaire-Bulletin de la Société de l’histoire de
France, 2012-2013, p. 97-166, v. 176-186). Cretin ne
verse pas non plus dans la rime senée comme l’avait fait Jean
Lemaire (c. 1511) : « François faictiz, franz, fortz, fermes au
fait, / Fins, frecz, de fer, feroces, sans frayeur, / Telz sont voz
noms concordans à l’effect. » (La Concorde des deux
langages, éd. Jean Frappier, Droz, Paris, 1947, v.
583-585). Astucieusement, Cretin préfère justifier l’origine du nom
des Français non par un cratylisme les associant à la liberté et la
force, mais en les rattachant à leur ancêtre troyen mythique : c’est
Francïon, non par son nom mais par sa valeur, qui les prédestinait à
la liberté, ou franchise. Là où le lecteur l’attendait comme poète,
Cretin semble se défaire de ses prédécesseurs pour revendiquer une
posture d’historiographe.
Note n°18
Cretin réduit ici à l'essentiel ses deux sources principales.
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13-14) :
« Autre opinion por quoi li furent dit François. Aucun des
actors racontent que il furent apelé François dou non d'un
prince que il ourent, qui ert apelez Francions, dou quel nous
avons là desus parlé, et dient ensi que quant il se partirent de
Troie la grant, il firent I roi qui out non Frigan, puis alerent
par maintes regions jusques en Aise la grant ;là se deviserent
en II parties, des queles l'une habita en Grece en la terre de
Macedoine, par la vertu des quex li Macedonien furent si redouté
que il firent moult de batailles et ourent pluseurs victoires
par leur aide, au tens le roi Phelippe et le grant roi Alixandre
son fil. L'autre partie de cel devant dit pople ala en Europe ;
habitation prist entre la grant mer et une region qui est apelée
Trace, suer la riviere de la Dinoe. Quant ensi ourent là habité
une piece dou tens, il se deviserent en II parties et furent II
nations diverses apelées par divers nons ; car li un furent nomé
Torgotin, pour leur roi qui estoit nomez Torgotus, et li autre,
pour leur roi qui avoit non Francions, furent apelé François,
qui chacierent les Alains des paluz de Meode, si com nous avons
lassus dit, à la requeste l'empereor de Rome. »
Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir-v) :
« Neautmoins je consens plus à ceulx qui les disent avoir
acquis leur nom de Francion, car ceste derreniere nomination ne
couvient à l'ancienneté d'icelle nation que nul doubte avant le
regne de l'empereur Constantin (premier de ce nom) avoir esté
preux et trés vaillans en bataille. Et qui plus est, Flavius
Vopiscus a lessé en memoire, que l'empereur Aurelien
predecesseur de Constantin, mena les Françoys au triumphe,
lequel Aurelien, superieur de Valentinian (comme dit Paul
Dyacre) subjugua les Saxons, c'est à dire les Allemans aux fins
et limites des Françoys. Toutes lesquelles choses sont argumens
de plus ancienne source et propagation qe de croire par
Valentinian le Jeune les François premieremnt estre nommez.
Toutesvoyes je n'ay point leu de certain aucteur, qui
constamment escripve le temps de ce nom, et n'a Gregoire de
Tours assez congneu le commencement de ceste nation, quant pour
tesmoing appelle Sulpice, Alexandre, que l'on voyt ignorer la
vraye generation des roys françoys. Et y a une epistre de Cicero
qu'il adresse à Attique en laquelle est escript le nom des
Francons, que plusieurs veullent dire appartenir aux Françoys.
Par quoy l'on peult croyre sans temerité que leur nom avoit
cours longtemps devant Valentinian. »
BnFfr17274 à
Non num.
BnFfr23145, BnFfr4967, Vat966 om.
Cha514 Chapitre troysiesme.
Cha514 de leur terre exillez
BnFfr17274 leurs terres
Aix419 Se
Cha514 prendre erre conseillez.
BnFfr17274 erres
Aix419 trouverent
BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, BnFfr17274, Cha514 fussent vaincuz
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, Vat966, Cha514, BnFfr4967 Turcus
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, Vat966, Cha514, BnFfr4967 Turcus
BnFfr4967 et
BnFfr4967 om.
Vat966 à dextre
BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299 rendre
Aix419 grand
BnFfr4967 soubz
BnFfr4967 om.
BnFfr4967 Meodite
BnFfr4967 fuy
Aix419 se
BnFfr4967 autres strepit
BnFfr4967 om.
BnFfr4967 aporter
Aix419 rechassa
BnFfr4967 assuyer
BnFfr17274 sçavoit
BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967 om.
BnFfr4967 Chercher moyen que des Françoys eust ayde
BnFfr4967 Tant aigres et promptz à rebeller
Vat966 sçauroient
BnFfr4967 disans
BnFfr17274 les nouvelles
BnFfr17274 on faict
Vat966 Les
BnFfr17274 leur
BnFfr17274 marchent
BnFfr17274 les deux
BnFfr4967 plus
BnFfr17274, BnFfr23145, BnFfr5299, Cha514 plus
BnFfr17274 museau
Vat966 om.
BnFfr17274 passer
BnFfr4967 dela
BnFfr17274 l'abbatte
Vat966 qui
Vat966 de
Aix419 leur
BnFfr17274 fut
BnFfr4967 om.
Aix419 marcherent
BnFfr17274, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514 Gachez, mouillez, barbouillez, patrouillez ;
BnFfr23145 Gaschez, mouillez, barbouillez,
patrouillez
Aix419
Et en ces lieux pelle mesle
brouillez
BnFfr17274, BnFfr5299 Souillez, touyllez, brouillez
et ventrouillez ;
BnFfr23145, Vat966, Cha514 Souillez, touillez,
brouillez et ventrouillez ;
BnFfr4967
Aix419
Les ungs souillez, les aultres
patrouillez
Aix419 n'en trouverent
Vat966 afranchisement
BnFfr17274 celle
BnFfr4967 om.
BnFfr17274 à
BnFfr17274, Aix419, Cha514, Vat966 m'en








Fo VII
§Icy dirons de la ſource et naiſſance Du nom francois/. par le duc francion Sera deſduyt et monſtre franc / Si on [270]Deſire en veoir planiere congnoiſſance
§ Chapitre iiie.Entre troyans exillez de leur terre Sen treuvēt deux qui adonc pꝛindꝛēt erre De ſoing / labeur / et difficille queſte Tendans venir a heureuſe conqueſte [275]Et comme gentz de cueur et haulte race Apꝛes lexil ſe tirerent en Trace Y eſperans recouurance a leur perte Car en douleur ſi extreme et apperte Cueurs couraigeux a tard ſe feuſſent teus [280]Ceulx eurent nom Francion / et Tuxtus Pere eut Tuxtus / Troylus valeureux Et Francion / le tres cheualleureux Puiſſant Hectoꝛ / plus pꝛeux de tous humains Et par ainſi furent couſins germains
De Francion჻ [285]Pour aucun temps menerent leur affaire Viuans enſemble /. Oꝛ eut Tuxtus a faire Quelque autre part /. Si pꝛiſt vne partie Du troyan peuple /. et loꝛs fiſt departie De ſon couſin /. Lautre bende fut duyte [290]A ſe renger ſoubz la charge et conduyte De francion tenant de pere a filz Cueur deſireux dhonneurs plus que pꝛouffitz De ſa pꝛoueſſe il fut vray ſucceſſeur Et de ſes meurs paiſible poſſeſſeur [295]Tant fut gaillard / bien adextre et puiſſant Que a luy rendit maint peuple obeiſſant En peu de iours conqueſta gꝛandz pays Sur les paluz du fleuue Tanays Oultre ſaiſit celluy du Noe / et la [300]Fonda cite / que Sicambꝛe appella Soubz ſon adueu Troyans / ſi foꝛt accreurent Que ſans les veoir / ceulx de adonc ne le creurent Sur le gꝛand lac Meotide fonderent Leurs manſions / et illec reſiderent [305]Long traict de temps / au plus pꝛes des Alains Robuſtes gens / rebelles et vilains La les troyans belliqueux renommez De francion / furent francois nommez La furent ilz le tribut acceptans
Les Rommains contre les Alains.Fo IX [310]Deu aux Rommains .Mil cinq cens et ſept ans §Oꝛ aduint il que Valentinian Loꝛs empereur /. auant le finy an Fiſt aux Alains maintes dures trauerſes Cruelz aſſaultz / et batailles diuerſes [315]Eulx habitants es lieux mareſcaigeux De Meotide / eſtranges / et fangeux Par pluſieurs foys / eulx auſſi ſembatirent Et fierement aux champs le combatirent Si neuſſent ilz pouoir dy perſiſter [320]Ne au ſtrepit furieux reſiſter Si ce ne feuſt / quen ces lieux acquaticques Giſoit lappuy de toutes leurs pꝛaticques Car quant venoit a combat leur offrir Fier / rude / et foꝛt a poꝛter et ſouffrir [325]Leur ſeul remide eſtoit ſonner retraicte Et en leur foꝛt retourner de gꝛand traicte Souuenteſfois lempereur les chaſſa Batit / rompit / pouſſa et pourchaſſa Iuſques dedans leurs taiſnieres bocaiges [330]Mais pour autant que ſi gꝛandz mareſcaiges On y trouuoit /. nozerent les Rommains Eulx eſſayer dy mectre piedz ne mains §Quel deſhonneur /. La puiſſance rommaine Ne pouoir vaincre vng ſi petit dommaine
Les Francoys contre les Alains [335]Elle qui ſoubz ſes dominations Pꝛenoit tribut ſur toutes nations Et ſe faiſoit par tous climatz doubter Ne ſcauoir pas ſi peu de gens dompter §Ce fut vng cas / par le quel / lempereur [340]Entremeſla collere auecq fureur Si ſe aduiſa / pour Alains debeller Tant aigꝛes / fiers / et pꝛomptz a rebeller Chercher moyen que des Francoys euſt ayde Loꝛs reſidens ſur le lac Meotide [345]Et leur pꝛomiſt / que ſe vaincre ſcauoyent Ses ennemys /. Du tribut que debuoyent Il les rendꝛoit francs et quictes dix ans Sur ce pꝛopos /. Les Francoys plus viſans A liberte / quau peril de lempꝛiſe [350]Tres voluntiers ont ceſte charge pꝛiſe Ce faict conclud / deliberent ce iour Executer laffaire ſans ſeiour Tantoſt apꝛes la iournee ont termee Paſſent le lac a gꝛoſſe et foꝛte armee [355]Et ſur la terre aux Alains vont marchant Ou chaſcun deulx penſe eſtre bon marchand Quant les Alains ont la nouuelle ſceue De ceſte empꝛiſe /. A plaiſir lont receue Eulx confians que ſur eulx feront moins
Bataille des Francoys contre les Alains.Fo X [360]Ou auſſi peu Francoys que ont fait Rommains Si ne ſont pas pour cella negligentz Des armes pꝛendꝛe / et aſſembler leurs gentz Mais pꝛomptement font ſi ſongneux appꝛeſtz Que tout leur oſt marche deux iours apꝛes [365]Francoys auſſi tiennent maniere et oꝛdꝛe Monſtrans auoir bon appetit de moꝛdꝛe Et ſemble bien / ou que le combat aille Quil y aura fiere et rude bataille Courſes ſe font. Vng chaſcun ſe rebarbe [370]Tant que les oſtz ſe treuuent barbe a barbe Et dappꝛoucher / monſtrent apparentz ſignes Qui loꝛs ouyſt trompettes / coꝛs / bucines Et gꝛos tabours ſonner /. foꝛtes rumeurs Eſtranges cris / et farouches clameurs [375]Ce fuſt aſſez pour ſen eſmerueiller Adoncq Francoys / pour Alains reſueiller Selon leur mode et facon couſtumiere Donnent le choc a la poincte pꝛemiere Voyꝛe donner /. de ſoꝛte ſi terrible [380]Qu oncques ne fut rencontre ſi hoꝛrible Loꝛs veiſſiez vous hayne et fureur aduerſes Faire tumber ſoudardz iambes reuerſes Rompꝛe muſeaux / cerueaux eſcerueller Fendꝛe naſeaux / bꝛaz et teſtes voller
Les Francoys contre les Alains. [385]Coꝛps trauerſer / piedz perdꝛe leurs vſaiges Yeulx renuerſer / et balaffrer viſaiges Picques paſſotz voit on a lappꝛoucher Iambes / cuyſſotz / et feſſes embꝛocher Bꝛief. en l eſtour de la part des deux oſtz [390]Laſche ou laid tour ne fut fait /. Mais des os Qui ſont aux chiens liurez a departir Touſiours le foꝛt fait le foible partir Et ſe le foible aucune des foys bleſſe Le plus puiſſant Si ne peult ſa foybleſſe [395]Le pꝛeſeruer que lautre ne le batte Gourmande / foulle / acaſble / et ius abatte §Doncq les Alains voyans quil leur empire Et que autres gentz que du rommain empire Ont a combatre / en quoy nont foꝛce aſſez [400]Car de coups ſont mouluz et foꝛt caſſez Tournent le doz /. Et pour derniers effoꝛtz Fuyantz ſen vont en leurs palluz et foꝛtz Ou cuydent bien par le moyen des eaux Fondꝛieres / trouz / ſourſes vifues ruyſſeaux [405]Fanges / foſſez / crouſlieres et bourbiers Faire aux Francoys terribles deſtourbiers Ce que ne font /. Car ſans craindꝛe leurs peaux Rouiller harnoys ne ſouiller blancz dꝛapeaux Marchent leans / ( Comme lhyſtoyꝛe afferme
Dou vint le nom francoys.Fo XI [410]Plus fierement quen pleine terre ferme Combien que loꝛs feuſſent foꝛt patrouillez
Les francoys contre les rommains. [435]De ce beau nom ilz furent baptiſez Et pour franchiſe auoir pꝛophetiſez Quant eſt de moy. Ie me tiendꝛay a ceſte Oppinion /. et pour ſeure laccepte Si quelque vng eſt le contraire ſuyuant [440]Et ne le croyt / aille veoir plus auant.
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§Icy dirons de la source et naissance Du nom François. Par le duc FrancïonFrancion Prince troyen Sera desduyt et monstré franc, si on [270]Desire en+à [BnFfr17274] veoir planiere congnoissance.
§ Chapitre iiie+om. [BnFfr23145, BnFfr4967, Vat966]Chapitre troysiesme. [Cha514]Entre Troyans exillez de leur terre+leurs terres [BnFfr17274]+de leur terre exillez [Cha514], S'en+Se [Aix419] treuvent deux qui adonc prindrent erre+erres [BnFfr17274]+prendre erre conseillez. [Cha514] De soing, labeur et difficille queste, Tendans venir à heureuse conqueste. [275]Et, comme gentz de cueur et haulte race, Aprés l'exil se tirerent+trouverent [Aix419] en Trace, Y esperans recouvrance à leur perte, Car en douleur si extreme et apperte Cueurs couraigeux, à tard, se feussent teus+fussent vaincuz [BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, BnFfr17274, Cha514]. [280]Ceulx eurent nom FrancïonFrancion Prince troyen et Tuxtus+Turcus [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, Vat966, Cha514, BnFfr4967]Torcoth ( — ): Pere eut Tuxtus+Turcus [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, Vat966, Cha514, BnFfr4967]Torcoth ( — ) TroÿlusTroïlos Prince troyen, fils d'Hécube, dans la mythologie grecque valeureux, Et FrancïonFrancion Prince troyen le trés chevalleureux Puissant HectorHector Personnage de la mythologie grecque, plus preux de tous humains. Et par ainsi furent cousins germains1.
De FrancionFrancion Prince troyen [285]Pour aucun temps menerent leur affaire Vivans ensemble. Or eut Tuxtus+Turcus [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, Cha514, BnFfr4967, BnFfr5299]Turcuz [Vat966]Torcoth ( — ) à faire Quelque autre part. Si prist une partie Du troyan peuple et lors fist departie De son cousin2. L'autre bende fut duyte [290]À se renger soubz la charge et conduyte De FrancïonFrancion Prince troyen, tenant de pere +et [BnFfr4967] à filz Cueur desireux d'honneurs plus que prouffitz. De sa prouësse il fut vray successeur Et de ses meurs paisible possesseur.+om. [BnFfr4967] [295]Tant fut gaillard, bien adextre+à dextre [Vat966] et puissant Que à luy rendit+rendre [BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299] maint peuple obeïssant. En peu de jours conquesta grandz+grand [Aix419] paÿs Sur les paluz du fleuve Tanaÿs, Oultre saisit celluy du Noe+Ou quelque temps feyt son sejour [Aix419]Aprés celuy de Danubye [Cha514] et là [300]Fonda cité que Sicambre appella. Soubz son+soubz [BnFfr4967] adveu Troyans si fort accreurent Que sans les veoir ceulx de adonc ne le creurent.+om. [BnFfr4967] Sur le grand lac Meötide+Meodite [BnFfr4967] fonderent Leurs mansïons, et illec residerent [305]Long traict de temps, au plus prés des Alains, Robustes gens, rebelles et vilains. Là, les Troyans belliqueux renommez, De FrancïonFrancion Prince troyen, furent François nommez3. Là furent ilz le tribut acceptans,
Les Rommains contre les Alains4 [310]Deu aux Rommains, mil cinq cens et sept ans56. §Or advint il que ValentinïanValentinien Ier (03/07/321 — 17/11/375) Empereur romain de 364 à 375, Lors empereur, avant le finy+
Les Françoys contre les Alains [335]Elle qui soubz ses dominatïons Prenoit tribut sur toutes natïons Et se faisoit par tous climatz doubter, Ne sçavoir+sçavoit [BnFfr17274] pas si peu de gens dompter8 ! §Ce fut ung cas par lequel l'empereur [340]Entremesla collere avecq fureur. Si se+om. [BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967] advisa, pour Alains debeller, Tant aigres, fiers et promptz à rebeller,+ Chercher moyen que des Françoys eust ayde [BnFfr4967] Chercher moyen que des Françoys eust ayde9,+Tant aigres et promptz à rebeller [BnFfr4967] Lors residens sur le lac Meötide, [345]Et leur promist que se vaincre sçavoyent+sçau
Bataille des Françoys contre les Alains [360]Ou aussi peu, Françoys que ont fait+on faict [BnFfr17274] Rommains. Si ne sont pas pour cella negligentz Des+Les [Vat966] armes prendre et assembler leurs+leur [BnFfr17274] gentz, Mais promptement font si songneux apprestz Que tout leur ost marche+marchent [BnFfr17274] deux jours aprés. [365]Françoys aussi tiennent maniere et ordre, Monstrans avoir bon appetit de mordre. Et semble bien, ou que le combat aille, Qu'il y aura fiere et rude bataille1112. Courses se font. Ung chascun se rebarbe [370]Tant que les+les deux [BnFfr17274] ostz se treuvent barbe à barbe Et d'approucher monstrent apparentz signes. Qui lors ouyst trompettes, cors, bucines Et gros tabours+ta
Les Françoys contre les Alains [385]Corps traverser, piedz perdre leurs usaiges, Yeulx renverser et balaffrer visaiges.+om. [Vat966] Picques, passotz+passer [BnFfr17274] voit on à l'approucher Jambes, cuyssotz et fesses embrocher13. Brief, en l' estour, de la+dela [BnFfr4967] part des deux ostz [390]Lasche ou laid tour ne fut fait. Mais des os Qui sont aux chiens livrez à departir, Tousjours le fort fait le foible partir. Et se le foible aucune des foys blesse Le plus puissant, si ne peult sa foyblesse [395]Le preserver que l'autre ne le batte, Gourmande, foulle, acasble et jus abatte+l'abbatte [BnFfr17274]. §Doncq les Alains, voyans qu'il+qui [Vat966] leur empire Et que autres gentz que du+de [Vat966] rommain empire Ont a combatre, en quoy n'ont force assez, [400]Car de coups sont mouluz et fort cassez, Tournent le doz. Et pour derniers effortz, Fuyantz, s'en vont en leurs+leur [Aix419] palluz et fortz, Où cuydent bien, par le moyen des eaux, Fondrieres, trouz, sourses vifves, ruysseaux, [405]Fanges, fossez, crouslieres et bourbiers, Faire aux Françoys terribles destourbiers. Ce que ne font+fut [BnFfr17274]. Car sans craindre leurs peaux, Rouiller harnoys, ne souiller blancz drapeaux,+om. [BnFfr4967] Marchent+marcherent [Aix419] lëans , comme l'hystoyre afferme,
D'où vint le nom « Françoys » [410]Plus fierement qu'en pleine terre ferme. Combien que lors feussent fort patrouillez+
Gachez, mouillez, barbouillez, patrouillez [BnFfr17274, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514] ;
Gaschez, mouillez, barbouillez,
patrouillez [BnFfr23145]
Et en ces lieux pelle mesle
brouillez
[Aix419]
Et lourdement souillez et
ventrouillez,+
Souillez, touyllez, brouillez
et ventrouillez [BnFfr17274, BnFfr5299] ;
Souillez, touillez,
brouillez et ventrouillez [BnFfr23145, Vat966, Cha514] ;
[BnFfr4967]
Les ungs souillez, les aultres
patrouillez
[Aix419]
14
Dedans ces fortz et marescz houspillans,
Par fiere aigreur bataillans et pillans,
[415]Firent Françoys
sur Alains telle attaincte
Que terre en fut de sang rougie et taincte15.
Ainsi leur force, hardïesse et conduicte
Ont ceste gent à l'empire reduicte,
Dont l'empereur s'esmerveilla trés fort
[420]De leur prouësse. Actendu que, du fort,
Oncques
Rommains
n'entrouvrirent+n'en trouverent [Aix419] la
bonde
Qu'on maintenoit vainqueurs de tout le monde,
Aucuns ont dit et souvent recité
Que les Françoys, pour leur ferocité,
[425]De l'empereur furent Françoys
nommez.
Autres aussi les ont puys estimez
Avoir pris nom pour l'eslargissement
De ce tribut, et affranchissement+afranchisement [Vat966].
§Ce nom
Françoys, qui le sault a franchy,
[430]Pour bien l'entendre est dit franc
affranchy16.
Mais toutesvoyes, l'oppinïon meilleure,
Et la plus saine, est ceste+celle [BnFfr17274]
que dès l'heure
Que FrancïonFrancion Prince troyen, le trés
puissant et+om. [BnFfr4967] preux,
Eut pris la charge et conduicte d'entr'eulx,
Les Françoys contre les Rommains [435]De ce beau nom ilz furent baptisez Et, pour franchise avoir, prophetisez17. Quant est de+à [BnFfr17274] moy je me tiendray à ceste Oppinïon, et pour seure l'accepte18. Si quelque ung est le contraire suyvant [440]Et ne le+m'en [BnFfr17274, Aix419, Cha514, Vat966] croyt, aille veoir plus avant.
Note n°1
Cretin reprend sa réécriture des GCF,
liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) : « Tucrus et Francio, qui
estoient cousin germain (car Francions fu fiuz d'Ector, et cil
Turques fiuz Troylus, qui estoient frere et fil au roi Priant),
il se departirent de leur contrée, et alerent habiter delez une
terre qui est apelée Trace ; là demorerent seur un flueve qui a
non la Dinoe. » Consultant une édition ancienne des
GCF (dont il tire l'orthographe
« Tuxtus »), il est possible que Cretin ait omis
cette dernière précision géographique car il n'a pas reconnu le
Danube dans la forme très dégradée du nom du fleuve : « sur ung
fleuve qui a nom Ladionnee » (Bonhomme, vol. 1, vue 16b) ;
« sur ung fleuve qui a nom Ladionnee » (Vérard, vol.
1, fol. Ivb). L'édition de 1514 est bien meilleure de ce point de
vue : « sur ung fleuve qui a nom la Dinoé (Eustace, vol. 1,
fol. Iva). »
Note n°2
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11-12) :
« Quant ensemble ourent habité un grant tens, Turcus se
departi de Francion son cousin, il et une partie dou pople que
il enmena ovec soi; en une contrée s'en ala qui est nomée Scice
la Petite » Cretin omet la suite : « en cele terre
habita [Turcus] si longuement, il et sa gent, que il crierent
d'aus IIII manieres de genz, Austrogohtes, Ypoghotes, Wandes et
Normanz. » À nouveau, l'absence de détails géographiques
dans la Chronique française s'explique peut-être par
l'impossibilité de reconnaître les noms de lieux dans les éditions
anciennes des GCF que consultait Cretin : « en
une contree s'en ala qui estoit nommee Face la Petite »
(Bonhomme, vol. I, vue 16b) ; « en une contree s'en ala qui
estoit nommee Face la Petite » (Vérard, vol. I, fol. Ivb)
; « en une contree s'en alla qui estoit nommee Face la
Petite » (Eustace, vol. 1, fol. Ivb).
Note n°3
Cretin est tributaire de la trame narrative des GCF,
liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 12) : « Francio demora seur le
devant dit flueve après ce que ses cousins se fu de lui partiz ;
là fonderent une cité que il apelerent Sicambre ; longuement
furent apelé Sicambrien pour le non de cele cité. »
Cependant, il commence ici à introduire des éléments pris chez
Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) :
« Partie d'iceulx [Troyens] avec la conduicte de Francion
s'en alla habiter et faire residence au plus prés des Alains,
sur le lac Meotide qui remplist le fleuve Tanais coulant par la
region de Scytie, auquel lieu appellez Françoys à cause du nom
de leur duc Francion ediffierent une ville de grant pris nommee
Sycambrie, prés des Hongres. » Cretin omet la suite du
récit de Gaguin-Desrey qui introduit une difficulté supplémentaire :
« Laquelle [Sycambrie] longtemps aprés, destruicte par les
Gothz, allerent [les Français] en une aultre ville par eulx
construicte en la prochaine montaigne où ilz fisrent leur
habitation et demeure jusques au temps de Vallentinian, roy des
Rommains ».
Note n°4
Le folio
viiie n'existe pas.
Note n°5
Cette ellipse de 1507 années, fait passer le récit du régime
mythique des origines troyennes des Francs, à un régime
historiographique.
Note n°6
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 12) :
« tributaire estoient aus Romains, ausi come les autres
nations. M et D anz et VII demorerent en cele cité puis que il
l'orent fondée. »
Note n°7
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 12-13) :
« Après avint au tens Valentinien l'empereor des Romains,
qui regna puis la passion Jhesu Crist CCC et LXXVI anz, que une
maniere de genz qui estoient apelé Alain habitoient es palue de
Meode. Forz genz estoient et bataillereus. A cel empereor
Valentinien se combaitrent pluseurs foiz ; aucunes foiz les
vainqui et les embati par force dedenz les dites paluz ; mais li
Romain ne les povoient ensivre, car li liex estoit si forz et si
perilleus pour les fonteniz et pour les mareschieres, que, quant
il s'estoit dedenz embatu, il ne les povoient de riens
grever. » Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot du
Pré, fol. Ir) : « Par lequel [Valentinien III] furent [les
Français] expulsez pour la raison que nous dirons cy aprés. Les
Alains faisans rebellion et se substrayans de l'obeissance de
l'Empire, pource que par le moyen de l'abondance et altitude des
fanges du pays marescageux facillement se deffendoient contre
l'empereur qui les assailloit. »
Note n°8
Cette remarque est
de Cretin, dont l'intention est vraisemblablement de tourner
l'Italie en ridicule.
Note n°9
Le mot "ayde" doit ici se prononcer
[ajd̪] (sans diérèse), ce qui permet la rime avec "Meötide".
Cette prononciation est confirmée aux v. 3735-3736, où
"ayde" rime avec "remide" ; aux v. 1635-1636 du liv. II, où
"ayde" rime avec "bride" ; aux v. 4176-4177 du liv. II, où
"ayde" rime avec "homicide". Cependant, la prononciation
[ɛd̪] est également attestée, par exemple aux v. 4161-4162,
où "ayde" rime avec "Hermofrede". Un cas ambigu figure aux
v. 3094-3095 du liv. III, où "ayde" rime avec
"remeide".
Note n°10
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) :
« Quant li empereres [Valentinien] vit ce, il apela en
s'aide les Troiens qui habitoient en Sicambre, et leur pria que
il feissent une voie tant seulement par quoi sa gent peussent
venir à ses anemis soudainement. Cil li respondirent que il ne
feroient pas ce sanz plus, ainz li promistrent que il les
prendroient et chaceroient fors par force. Li empereres, qui
moult liez fu de tele response, leur quitta le treü de X anz se
il povoient ce fere. Joiant furent li Troien de la promesse
l'empereor ; soudainement se ferirent es paluz, come cil qui
bien savient eschiver les periuz et les maus pas que il
cognoisoient. ». Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot
du Pré, fol. Ir) : « Valentinian appella les Françoys en son
aide, auxquelz il promist quicter et remectre par dix ans le
tribut annuel qu'ilz payoient aux Rommains s'ilz reduisoient
soubz sa puissance et domination les Alains desobeissans et
rebelles, soubz laquelle esperance les Françoys eslevez, parce
qu'ilz estoient acoustumez de souvent passer par les fanges et
marestz, entrepreignent le negoce et
affaire. »
Note n°11
Cette rime
équivoquée revient au livre II, v. 507-508.
Note n°12
GCF, liv. I, chap. 2
(vol. 1, p. 13) : « Les Alains troverent asseurez, qui d'aus ne
se prenoient garde, car il cuidoient que nus ne peust jusques à
iaus venir pour la forterece des lieus ». Gaguin-Desrey,
liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) ne fait pas mention de
la confiance des Alains.
Note n°13
Les scènes de combat sont légion dans la Chronique :
Cretin prend soin de les rendre particulièrement énergiques (enargeia) par l'emploi de la figure de
l'hypotypose (nombreux verbes de perception), laquelle sera relayée
par les peintures dans les livres suivants. Son vocabulaire du
combat est très précis, technique, et bien sûr anachronique :
l’enjeu n’est pas tant l’exactitude historique que l’invitation,
pour un lecteur royal féru de récits et d’aventures chevaleresques,
de se projeter dans cette histoire.
Note n°14
Les variantes de ce vers sont significatives puisque
tous les autres manuscrits s'accordent sur une leçon faisant la part
belle à l'énumération et à l'homéotéleute (ainsi qu'aux rimes
brisées et batelées). Cette virtuosité ostentatoire, relevant
peut-être d'une esthétique passée de mode (chère à Molinet) est
effacée dans le manuscrit offert à François Ier.
Note n°15
Le récit de cette bataille est entièrement de la
plume de Cretin, qui donne une ampleur considérable à ce compte
rendu de la première bataille victorieuse des Français. Les deux
sources principales de la Chronique française
signalent seulement que les Français eurent le dessus.
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) :
« grant partie en ocistrent ; l'autre partie eschapa par
fuite et aucuns empristrent. » Gaguin-Desrey, liv. I,
chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) : « Menerent forte et
puissante armee, surmonterent le lac, et par cruelle bataille
rendirent les Alains obeissans à l'empereur. »
Note n°16
GCF, liv.
I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) : « Li empereres se merveilla moult
de la force et de la hardiece des Troiens, pour ce que il
avoient osé entrer es lieus si perilleus, ocire et prendre et
chacier les plus granz anemis de l'Empire, ce que li Romain,
vainqueour de tout le monde, n'osoient fere ; pour ce les apela
lors François pour la reson de leur fierté. »
Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) :
« Pour laquelle victoire disent aucuns les Françoys par
Valentinian estre nommez Françoys, c'est à dire gens plains de
ferocité, les aultres disans au contraire que pour la remission
du tribut et liberté acquise sont appellez Françoys, c'est à
dire francs. »
Note n°17
Cretin
n’échappe pas complètement aux paronomases et allitérations topiques
autour des mots « franc » et « Françoys », sans pour autant
exploiter à plein la paronomase comme l’avait fait Jean d’Auton dans
les Allarmes de Mars (c. 1499) : « Tout fort se doit,
à grant force, efforcer / Le fort effort de toute forte force, / Qui
par ransfort veult la force forcer, / Emsforcer, fors qu’en fort ne
se ransforce, / Et forcement au fort il est force. / La forteresse
des plus fors forcennés / De s’emforcer, puisque pas fort sennés Ne
sont en fors, ne n’ont force esforcee, / Fors les forfaitz qui sont
à force nés / Par force doit la force estre forcee. // Tant estes
fors, Françoys, preux et adroictz [...]. » (« ’’Les Alarmes de
Mars’’ de Jean d’Auton : édition et commentaire », éd. Jonathan
Dumont, Annuaire-Bulletin de la Société de l’histoire de
France, 2012-2013, p. 97-166, v. 176-186). Cretin ne
verse pas non plus dans la rime senée comme l’avait fait Jean
Lemaire (c. 1511) : « François faictiz, franz, fortz, fermes au
fait, / Fins, frecz, de fer, feroces, sans frayeur, / Telz sont voz
noms concordans à l’effect. » (La Concorde des deux
langages, éd. Jean Frappier, Droz, Paris, 1947, v.
583-585). Astucieusement, Cretin préfère justifier l’origine du nom
des Français non par un cratylisme les associant à la liberté et la
force, mais en les rattachant à leur ancêtre troyen mythique : c’est
Francïon, non par son nom mais par sa valeur, qui les prédestinait à
la liberté, ou franchise. Là où le lecteur l’attendait comme poète,
Cretin semble se défaire de ses prédécesseurs pour revendiquer une
posture d’historiographe.
Note n°18
Cretin réduit ici à l'essentiel ses deux sources principales.
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13-14) :
« Autre opinion por quoi li furent dit François. Aucun des
actors racontent que il furent apelé François dou non d'un
prince que il ourent, qui ert apelez Francions, dou quel nous
avons là desus parlé, et dient ensi que quant il se partirent de
Troie la grant, il firent I roi qui out non Frigan, puis alerent
par maintes regions jusques en Aise la grant ;là se deviserent
en II parties, des queles l'une habita en Grece en la terre de
Macedoine, par la vertu des quex li Macedonien furent si redouté
que il firent moult de batailles et ourent pluseurs victoires
par leur aide, au tens le roi Phelippe et le grant roi Alixandre
son fil. L'autre partie de cel devant dit pople ala en Europe ;
habitation prist entre la grant mer et une region qui est apelée
Trace, suer la riviere de la Dinoe. Quant ensi ourent là habité
une piece dou tens, il se deviserent en II parties et furent II
nations diverses apelées par divers nons ; car li un furent nomé
Torgotin, pour leur roi qui estoit nomez Torgotus, et li autre,
pour leur roi qui avoit non Francions, furent apelé François,
qui chacierent les Alains des paluz de Meode, si com nous avons
lassus dit, à la requeste l'empereor de Rome. »
Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir-v) :
« Neautmoins je consens plus à ceulx qui les disent avoir
acquis leur nom de Francion, car ceste derreniere nomination ne
couvient à l'ancienneté d'icelle nation que nul doubte avant le
regne de l'empereur Constantin (premier de ce nom) avoir esté
preux et trés vaillans en bataille. Et qui plus est, Flavius
Vopiscus a lessé en memoire, que l'empereur Aurelien
predecesseur de Constantin, mena les Françoys au triumphe,
lequel Aurelien, superieur de Valentinian (comme dit Paul
Dyacre) subjugua les Saxons, c'est à dire les Allemans aux fins
et limites des Françoys. Toutes lesquelles choses sont argumens
de plus ancienne source et propagation qe de croire par
Valentinian le Jeune les François premieremnt estre nommez.
Toutesvoyes je n'ay point leu de certain aucteur, qui
constamment escripve le temps de ce nom, et n'a Gregoire de
Tours assez congneu le commencement de ceste nation, quant pour
tesmoing appelle Sulpice, Alexandre, que l'on voyt ignorer la
vraye generation des roys françoys. Et y a une epistre de Cicero
qu'il adresse à Attique en laquelle est escript le nom des
Francons, que plusieurs veullent dire appartenir aux Françoys.
Par quoy l'on peult croyre sans temerité que leur nom avoit
cours longtemps devant Valentinian. »
BnFfr17274 à
Non num.
BnFfr23145, BnFfr4967, Vat966 om.
Cha514 Chapitre troysiesme.
Cha514 de leur terre exillez
BnFfr17274 leurs terres
Aix419 Se
Cha514 prendre erre conseillez.
BnFfr17274 erres
Aix419 trouverent
BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, BnFfr17274, Cha514 fussent vaincuz
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, Vat966, Cha514, BnFfr4967 Turcus
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, Vat966, Cha514, BnFfr4967 Turcus
BnFfr4967 et
BnFfr4967 om.
Vat966 à dextre
BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299 rendre
Aix419 grand
BnFfr4967 soubz
BnFfr4967 om.
BnFfr4967 Meodite
BnFfr4967 fuy
Aix419 se
BnFfr4967 autres strepit
BnFfr4967 om.
BnFfr4967 aporter
Aix419 rechassa
BnFfr4967 assuyer
BnFfr17274 sçavoit
BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967 om.
BnFfr4967 Chercher moyen que des Françoys eust ayde
BnFfr4967 Tant aigres et promptz à rebeller
Vat966 sçauroient
BnFfr4967 disans
BnFfr17274 les nouvelles
BnFfr17274 on faict
Vat966 Les
BnFfr17274 leur
BnFfr17274 marchent
BnFfr17274 les deux
BnFfr4967 plus
BnFfr17274, BnFfr23145, BnFfr5299, Cha514 plus
BnFfr17274 museau
Vat966 om.
BnFfr17274 passer
BnFfr4967 dela
BnFfr17274 l'abbatte
Vat966 qui
Vat966 de
Aix419 leur
BnFfr17274 fut
BnFfr4967 om.
Aix419 marcherent
BnFfr17274, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514 Gachez, mouillez, barbouillez, patrouillez ;
BnFfr23145 Gaschez, mouillez, barbouillez,
patrouillez
Aix419
Et en ces lieux pelle mesle
brouillez
BnFfr17274, BnFfr5299 Souillez, touyllez, brouillez
et ventrouillez ;
BnFfr23145, Vat966, Cha514 Souillez, touillez,
brouillez et ventrouillez ;
BnFfr4967
Aix419
Les ungs souillez, les aultres
patrouillez
Aix419 n'en trouverent
Vat966 afranchisement
BnFfr17274 celle
BnFfr4967 om.
BnFfr17274 à
BnFfr17274, Aix419, Cha514, Vat966 m'en
Note n°1
Cretin reprend sa réécriture des GCF,
liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) : « Tucrus et Francio, qui
estoient cousin germain (car Francions fu fiuz d'Ector, et cil
Turques fiuz Troylus, qui estoient frere et fil au roi Priant),
il se departirent de leur contrée, et alerent habiter delez une
terre qui est apelée Trace ; là demorerent seur un flueve qui a
non la Dinoe. » Consultant une édition ancienne des
GCF (dont il tire l'orthographe
« Tuxtus »), il est possible que Cretin ait omis
cette dernière précision géographique car il n'a pas reconnu le
Danube dans la forme très dégradée du nom du fleuve : « sur ung
fleuve qui a nom Ladionnee » (Bonhomme, vol. 1, vue 16b) ;
« sur ung fleuve qui a nom Ladionnee » (Vérard, vol.
1, fol. Ivb). L'édition de 1514 est bien meilleure de ce point de
vue : « sur ung fleuve qui a nom la Dinoé (Eustace, vol. 1,
fol. Iva). »
Note n°2
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11-12) :
« Quant ensemble ourent habité un grant tens, Turcus se
departi de Francion son cousin, il et une partie dou pople que
il enmena ovec soi; en une contrée s'en ala qui est nomée Scice
la Petite » Cretin omet la suite : « en cele terre
habita [Turcus] si longuement, il et sa gent, que il crierent
d'aus IIII manieres de genz, Austrogohtes, Ypoghotes, Wandes et
Normanz. » À nouveau, l'absence de détails géographiques
dans la Chronique française s'explique peut-être par
l'impossibilité de reconnaître les noms de lieux dans les éditions
anciennes des GCF que consultait Cretin : « en
une contree s'en ala qui estoit nommee Face la Petite »
(Bonhomme, vol. I, vue 16b) ; « en une contree s'en ala qui
estoit nommee Face la Petite » (Vérard, vol. I, fol. Ivb)
; « en une contree s'en alla qui estoit nommee Face la
Petite » (Eustace, vol. 1, fol. Ivb).
Note n°3
Cretin est tributaire de la trame narrative des GCF,
liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 12) : « Francio demora seur le
devant dit flueve après ce que ses cousins se fu de lui partiz ;
là fonderent une cité que il apelerent Sicambre ; longuement
furent apelé Sicambrien pour le non de cele cité. »
Cependant, il commence ici à introduire des éléments pris chez
Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) :
« Partie d'iceulx [Troyens] avec la conduicte de Francion
s'en alla habiter et faire residence au plus prés des Alains,
sur le lac Meotide qui remplist le fleuve Tanais coulant par la
region de Scytie, auquel lieu appellez Françoys à cause du nom
de leur duc Francion ediffierent une ville de grant pris nommee
Sycambrie, prés des Hongres. » Cretin omet la suite du
récit de Gaguin-Desrey qui introduit une difficulté supplémentaire :
« Laquelle [Sycambrie] longtemps aprés, destruicte par les
Gothz, allerent [les Français] en une aultre ville par eulx
construicte en la prochaine montaigne où ilz fisrent leur
habitation et demeure jusques au temps de Vallentinian, roy des
Rommains ».
Note n°4
Le folio
viiie n'existe pas.
Note n°5
Cette ellipse de 1507 années, fait passer le récit du régime
mythique des origines troyennes des Francs, à un régime
historiographique.
Note n°6
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 12) :
« tributaire estoient aus Romains, ausi come les autres
nations. M et D anz et VII demorerent en cele cité puis que il
l'orent fondée. »
Note n°7
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 12-13) :
« Après avint au tens Valentinien l'empereor des Romains,
qui regna puis la passion Jhesu Crist CCC et LXXVI anz, que une
maniere de genz qui estoient apelé Alain habitoient es palue de
Meode. Forz genz estoient et bataillereus. A cel empereor
Valentinien se combaitrent pluseurs foiz ; aucunes foiz les
vainqui et les embati par force dedenz les dites paluz ; mais li
Romain ne les povoient ensivre, car li liex estoit si forz et si
perilleus pour les fonteniz et pour les mareschieres, que, quant
il s'estoit dedenz embatu, il ne les povoient de riens
grever. » Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot du
Pré, fol. Ir) : « Par lequel [Valentinien III] furent [les
Français] expulsez pour la raison que nous dirons cy aprés. Les
Alains faisans rebellion et se substrayans de l'obeissance de
l'Empire, pource que par le moyen de l'abondance et altitude des
fanges du pays marescageux facillement se deffendoient contre
l'empereur qui les assailloit. »
Note n°8
Cette remarque est
de Cretin, dont l'intention est vraisemblablement de tourner
l'Italie en ridicule.
Note n°9
Le mot "ayde" doit ici se prononcer
[ajd̪] (sans diérèse), ce qui permet la rime avec "Meötide".
Cette prononciation est confirmée aux v. 3735-3736, où
"ayde" rime avec "remide" ; aux v. 1635-1636 du liv. II, où
"ayde" rime avec "bride" ; aux v. 4176-4177 du liv. II, où
"ayde" rime avec "homicide". Cependant, la prononciation
[ɛd̪] est également attestée, par exemple aux v. 4161-4162,
où "ayde" rime avec "Hermofrede". Un cas ambigu figure aux
v. 3094-3095 du liv. III, où "ayde" rime avec
"remeide".
Note n°10
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) :
« Quant li empereres [Valentinien] vit ce, il apela en
s'aide les Troiens qui habitoient en Sicambre, et leur pria que
il feissent une voie tant seulement par quoi sa gent peussent
venir à ses anemis soudainement. Cil li respondirent que il ne
feroient pas ce sanz plus, ainz li promistrent que il les
prendroient et chaceroient fors par force. Li empereres, qui
moult liez fu de tele response, leur quitta le treü de X anz se
il povoient ce fere. Joiant furent li Troien de la promesse
l'empereor ; soudainement se ferirent es paluz, come cil qui
bien savient eschiver les periuz et les maus pas que il
cognoisoient. ». Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot
du Pré, fol. Ir) : « Valentinian appella les Françoys en son
aide, auxquelz il promist quicter et remectre par dix ans le
tribut annuel qu'ilz payoient aux Rommains s'ilz reduisoient
soubz sa puissance et domination les Alains desobeissans et
rebelles, soubz laquelle esperance les Françoys eslevez, parce
qu'ilz estoient acoustumez de souvent passer par les fanges et
marestz, entrepreignent le negoce et
affaire. »
Note n°11
Cette rime
équivoquée revient au livre II, v. 507-508.
Note n°12
GCF, liv. I, chap. 2
(vol. 1, p. 13) : « Les Alains troverent asseurez, qui d'aus ne
se prenoient garde, car il cuidoient que nus ne peust jusques à
iaus venir pour la forterece des lieus ». Gaguin-Desrey,
liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) ne fait pas mention de
la confiance des Alains.
Note n°13
Les scènes de combat sont légion dans la Chronique :
Cretin prend soin de les rendre particulièrement énergiques (enargeia) par l'emploi de la figure de
l'hypotypose (nombreux verbes de perception), laquelle sera relayée
par les peintures dans les livres suivants. Son vocabulaire du
combat est très précis, technique, et bien sûr anachronique :
l’enjeu n’est pas tant l’exactitude historique que l’invitation,
pour un lecteur royal féru de récits et d’aventures chevaleresques,
de se projeter dans cette histoire.
Note n°14
Les variantes de ce vers sont significatives puisque
tous les autres manuscrits s'accordent sur une leçon faisant la part
belle à l'énumération et à l'homéotéleute (ainsi qu'aux rimes
brisées et batelées). Cette virtuosité ostentatoire, relevant
peut-être d'une esthétique passée de mode (chère à Molinet) est
effacée dans le manuscrit offert à François Ier.
Note n°15
Le récit de cette bataille est entièrement de la
plume de Cretin, qui donne une ampleur considérable à ce compte
rendu de la première bataille victorieuse des Français. Les deux
sources principales de la Chronique française
signalent seulement que les Français eurent le dessus.
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) :
« grant partie en ocistrent ; l'autre partie eschapa par
fuite et aucuns empristrent. » Gaguin-Desrey, liv. I,
chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) : « Menerent forte et
puissante armee, surmonterent le lac, et par cruelle bataille
rendirent les Alains obeissans à l'empereur. »
Note n°16
GCF, liv.
I, chap. 2 (vol. 1, p. 13) : « Li empereres se merveilla moult
de la force et de la hardiece des Troiens, pour ce que il
avoient osé entrer es lieus si perilleus, ocire et prendre et
chacier les plus granz anemis de l'Empire, ce que li Romain,
vainqueour de tout le monde, n'osoient fere ; pour ce les apela
lors François pour la reson de leur fierté. »
Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir) :
« Pour laquelle victoire disent aucuns les Françoys par
Valentinian estre nommez Françoys, c'est à dire gens plains de
ferocité, les aultres disans au contraire que pour la remission
du tribut et liberté acquise sont appellez Françoys, c'est à
dire francs. »
Note n°17
Cretin
n’échappe pas complètement aux paronomases et allitérations topiques
autour des mots « franc » et « Françoys », sans pour autant
exploiter à plein la paronomase comme l’avait fait Jean d’Auton dans
les Allarmes de Mars (c. 1499) : « Tout fort se doit,
à grant force, efforcer / Le fort effort de toute forte force, / Qui
par ransfort veult la force forcer, / Emsforcer, fors qu’en fort ne
se ransforce, / Et forcement au fort il est force. / La forteresse
des plus fors forcennés / De s’emforcer, puisque pas fort sennés Ne
sont en fors, ne n’ont force esforcee, / Fors les forfaitz qui sont
à force nés / Par force doit la force estre forcee. // Tant estes
fors, Françoys, preux et adroictz [...]. » (« ’’Les Alarmes de
Mars’’ de Jean d’Auton : édition et commentaire », éd. Jonathan
Dumont, Annuaire-Bulletin de la Société de l’histoire de
France, 2012-2013, p. 97-166, v. 176-186). Cretin ne
verse pas non plus dans la rime senée comme l’avait fait Jean
Lemaire (c. 1511) : « François faictiz, franz, fortz, fermes au
fait, / Fins, frecz, de fer, feroces, sans frayeur, / Telz sont voz
noms concordans à l’effect. » (La Concorde des deux
langages, éd. Jean Frappier, Droz, Paris, 1947, v.
583-585). Astucieusement, Cretin préfère justifier l’origine du nom
des Français non par un cratylisme les associant à la liberté et la
force, mais en les rattachant à leur ancêtre troyen mythique : c’est
Francïon, non par son nom mais par sa valeur, qui les prédestinait à
la liberté, ou franchise. Là où le lecteur l’attendait comme poète,
Cretin semble se défaire de ses prédécesseurs pour revendiquer une
posture d’historiographe.
Note n°18
Cretin réduit ici à l'essentiel ses deux sources principales.
GCF, liv. I, chap. 2 (vol. 1, p. 13-14) :
« Autre opinion por quoi li furent dit François. Aucun des
actors racontent que il furent apelé François dou non d'un
prince que il ourent, qui ert apelez Francions, dou quel nous
avons là desus parlé, et dient ensi que quant il se partirent de
Troie la grant, il firent I roi qui out non Frigan, puis alerent
par maintes regions jusques en Aise la grant ;là se deviserent
en II parties, des queles l'une habita en Grece en la terre de
Macedoine, par la vertu des quex li Macedonien furent si redouté
que il firent moult de batailles et ourent pluseurs victoires
par leur aide, au tens le roi Phelippe et le grant roi Alixandre
son fil. L'autre partie de cel devant dit pople ala en Europe ;
habitation prist entre la grant mer et une region qui est apelée
Trace, suer la riviere de la Dinoe. Quant ensi ourent là habité
une piece dou tens, il se deviserent en II parties et furent II
nations diverses apelées par divers nons ; car li un furent nomé
Torgotin, pour leur roi qui estoit nomez Torgotus, et li autre,
pour leur roi qui avoit non Francions, furent apelé François,
qui chacierent les Alains des paluz de Meode, si com nous avons
lassus dit, à la requeste l'empereor de Rome. »
Gaguin-Desrey, liv. I, chap. [1] (Galliot du Pré, fol. Ir-v) :
« Neautmoins je consens plus à ceulx qui les disent avoir
acquis leur nom de Francion, car ceste derreniere nomination ne
couvient à l'ancienneté d'icelle nation que nul doubte avant le
regne de l'empereur Constantin (premier de ce nom) avoir esté
preux et trés vaillans en bataille. Et qui plus est, Flavius
Vopiscus a lessé en memoire, que l'empereur Aurelien
predecesseur de Constantin, mena les Françoys au triumphe,
lequel Aurelien, superieur de Valentinian (comme dit Paul
Dyacre) subjugua les Saxons, c'est à dire les Allemans aux fins
et limites des Françoys. Toutes lesquelles choses sont argumens
de plus ancienne source et propagation qe de croire par
Valentinian le Jeune les François premieremnt estre nommez.
Toutesvoyes je n'ay point leu de certain aucteur, qui
constamment escripve le temps de ce nom, et n'a Gregoire de
Tours assez congneu le commencement de ceste nation, quant pour
tesmoing appelle Sulpice, Alexandre, que l'on voyt ignorer la
vraye generation des roys françoys. Et y a une epistre de Cicero
qu'il adresse à Attique en laquelle est escript le nom des
Francons, que plusieurs veullent dire appartenir aux Françoys.
Par quoy l'on peult croyre sans temerité que leur nom avoit
cours longtemps devant Valentinian. »
BnFfr17274 à
Non num.
BnFfr23145, BnFfr4967, Vat966 om.
Cha514 Chapitre troysiesme.
Cha514 de leur terre exillez
BnFfr17274 leurs terres
Aix419 Se
Cha514 prendre erre conseillez.
BnFfr17274 erres
Aix419 trouverent
BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, BnFfr17274, Cha514 fussent vaincuz
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, Vat966, Cha514, BnFfr4967 Turcus
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, Vat966, Cha514, BnFfr4967 Turcus
BnFfr4967 et
BnFfr4967 om.
Vat966 à dextre
BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299 rendre
Aix419 grand
BnFfr4967 soubz
BnFfr4967 om.
BnFfr4967 Meodite
BnFfr4967 fuy
Aix419 se
BnFfr4967 autres strepit
BnFfr4967 om.
BnFfr4967 aporter
Aix419 rechassa
BnFfr4967 assuyer
BnFfr17274 sçavoit
BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967 om.
BnFfr4967 Chercher moyen que des Françoys eust ayde
BnFfr4967 Tant aigres et promptz à rebeller
Vat966 sçauroient
BnFfr4967 disans
BnFfr17274 les nouvelles
BnFfr17274 on faict
Vat966 Les
BnFfr17274 leur
BnFfr17274 marchent
BnFfr17274 les deux
BnFfr4967 plus
BnFfr17274, BnFfr23145, BnFfr5299, Cha514 plus
BnFfr17274 museau
Vat966 om.
BnFfr17274 passer
BnFfr4967 dela
BnFfr17274 l'abbatte
Vat966 qui
Vat966 de
Aix419 leur
BnFfr17274 fut
BnFfr4967 om.
Aix419 marcherent
BnFfr17274, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514 Gachez, mouillez, barbouillez, patrouillez ;
BnFfr23145 Gaschez, mouillez, barbouillez,
patrouillez
Aix419
Et en ces lieux pelle mesle
brouillez
BnFfr17274, BnFfr5299 Souillez, touyllez, brouillez
et ventrouillez ;
BnFfr23145, Vat966, Cha514 Souillez, touillez,
brouillez et ventrouillez ;
BnFfr4967
Aix419
Les ungs souillez, les aultres
patrouillez
Aix419 n'en trouverent
Vat966 afranchisement
BnFfr17274 celle
BnFfr4967 om.
BnFfr17274 à
BnFfr17274, Aix419, Cha514, Vat966 m'en