§De ceſtuy roy
nentend le propos taireQue apres
moult
eſtre a deſpit inuiteFort ſeſiouyt
en
la natiuite[3690]Dun filz receu. quil fiſt
nommer
Clotaire.
§
Chapitre. xxiiiie.
APres trauail / qui ſcet
les cueurs
touche
rDe femme enſeincte
au
terme daccou
cherDont la douleur (ainſi quon dit) excedeTout autre mal / qui coꝛps humain poſſede[3695]Suruient plaiſir de paiſible reposComme leſcript teſmongne a ce pꝛoposQue a
lenfanter
/ femme a triſte moꝛſure
Mais toſt apꝛes / de la peine et pꝛeſſureNe luy ſouuient / quant
heur
luy eſt donne[3700]Soy deliurer denfant au monde ne /.En cas pareil / la royne Fredegonde(A conceuoir bien fertile et
fecunde
)Gꝛoſſe denfant /
Apꝛes le gꝛand dueil faitDu dernier filz / par moꝛt / ainſi deffait /[3705]Et apꝛes maulx que eut a poꝛter en elleIoyes / pour le daulphin Clotaire que Fredegonde enfanta.FueiłA ſon trauail /
La douleur maternelleTout
eſtaignit / et rendit deſconfitzPleurs et regꝛetz / voyant vng ſi beau filzQuelle enfanta /.
Chilperich au ſemblable[3710]Eut en ſon cueur plaiſir inextimableDu quel chaſſa tous deſpitz ennuyeuxCar en ce monde / il ne demandoit mieulxEt bien penſa luy eſtre voye ouuerteDauoir la ſienne attente recouuerte /.[3715]Veu lenfant ne / quil pouoit
eſpererEn ſon royaulme / apꝛes luy
pꝛoſperer /.Loꝛs gentz deſtat haultement ſe parerentLes feuz de ioye / et banquetz pꝛeparerentA tous venans /
criansviue le roy.[3720]Royne et daulphin / qui de peſant
charroySoulaigeront
le peuple tributaire
/.Pour
celluy
filz (
ſus
fontz nomme)
ClotaireVoulut le roy tous criminelz delictzDes
malfacteurs / eſtre en lheure aboliz[3725]Et commanda ouurir pꝛiſons / pour mectreHoꝛs pꝛiſonniers /
quoy que euſſent ſceu commectreCe que fut fait /.
Mais apꝛes ce plaiſirAinſi que va le cueur des gentz ſaiſirAigꝛe douleur / qui
ſe
meſle en colicque[3730]Et lhomme rend triſte /
melencolicqueDe la craincte qui entreuint au cueur de Chilperich.
Et foꝛt faſche / du iour au landemainEut dueil pour ioye /.
Aa
pꝛes
ſoulas
humainReceut deſpit /.
Damour / hayne contraincte Daiſe / trauail /. et daſſeurance / craincte /.[3735]Tant ſe laiſſa de craincte tranſpoꝛterQuil commanda tous ſes treſoꝛs poꝛterDedans Cambꝛay /. Ceſtoit ſignifianceQue aux ſiens nauoit bonne et
ſaine
fiance /.Foꝛt redoubta laliance
des ſiens[3740]Frere et nepueu / que a cauſe
des
anciensSi oultraigeux
degaſtz faictzſus
leurs terres
Encontre luy ſoudain cueilliſſent
erresDe durs effoꝛtz / pour
eulx
vouloir venger /.A ce moyen / ſouuent ſe alla loger[3745]En
beaulx plains champs / ou
fiſt dꝛeſſer
ſes tentesAuecq ſon
oſt /. Et pour ſeures actentesMiſt gentz au guet (doubtant eſtre ſurpꝛis)§En tel
eſtat vithomme
ayant meſpꝛis /.Touſiours ainſi / conſcience cheſtifue[3750]Demeure en ſoy ſcrupuleuſe et craintifueComme teſmoing du criminel pecheDont
elle
ſent / ſon dur cueur empeſche§Oꝛ pour gecter
fantaiſie ennuyeuſeEt diuertir celle doubte hayneuſe[3755]Delibera Chilperich /
quelque iourChilperich ſe alla
tenir a Chelles.FueiłFaire / a ung bourg nomme /
Chelles
ſeiourCar il vouloit ſon paſſetemps
reduyꝛeEn venerie /.
et du tout ſe y
deduyꝛeMais mieulx luy fuſt en maiſon repoſer[3760]Que aux champs / vng pied deuant lautre
poſerVeu le
hazard de piteuſe
aduentureQui luy ſuruint / ( comme dit leſcripture
Afficher les surlignagesMasquer les surlignagesAfficher les appels de collationsMasquer les appels de collationsAfficher les appels de notesMasquer les appels de notes
§De cestuy roy,
n'entend le propos taireQue aprés moult+mal [BnFfr4965, BnFfr17274] estre à despit invité,Fort s'esjouyt en+à [BnFfr4965] la nativité[3690]D'un filz receu, qu'il fist nommer+nommé [BnFfr23146]ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629)Roi des Francs de Neustrie (584-613) Roi des Francs de Paris (595-613) Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629) Roi des Francs (613-629) .
Aprés travail, qui scet les cueurs+le cueur [Aix419]le cueur [BnFfr17274, BnFfr23146] toucher+om. [BnFfr4964]om. [BnFfr23146],De femme enseincte au+en [BnFfr23146] terme d'accoucher+om. [BnFfr4964]che [BnFfr23146],Dont la douleur, ainsi qu'on dit, excedeTout autre mal qui corps humain possede,[3695]Survient plaisir de paisible repos,Comme l'escript tesmongne à ce proposQue à l'enfanter+l'enfente [BnFfr23146], femme a triste morsure Mais tost aprés, de la peine et pressure,Ne luy souvient, quant heur+l'heur [Aix419] luy est donné[3700]Soy delivrer d'enfant au monde né1.En cas pareil, la royne FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) ,À concevoir bien fertile et fecunde+faconde [BnFfr4965],Grosse d'enfant,
aprés le grand dueil faitDu dernier filz par mort ainsi deffait,[3705]Et aprés maulx que eut à porter, en elle,Joyes pour le daulphin ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629)Roi des Francs de Neustrie (584-613) Roi des Francs de Paris (595-613) Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629) Roi des Francs (613-629) que FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) enfantaÀ son travail,
la douleur maternelleTout+Toute [Aix419, BnFfr23146, Cha515] estaignit et rendit desconfitzPleurs et regretz, voyant ung si beau filzQu'elle enfanta.
ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) , au semblable,[3710]Eut en son cueur plaisir inextimable,Duquel chassa tous despitz ennuyeux,Car, en ce monde, il ne demandoit mieulx.Et bien pensa luy estre voye ouverteD'avoir la sienne attente recouverte,[3715]Veu l'enfant né, qu'il pouoit espererEn son royaulme aprés luy prosperer2.Lors gentz d'estat haultement se parerent,Les feuz de joye et banquetz preparerentÀ tous venans,
crians+chians [BnFfr23146]« Vive le roy,[3720]Royne et daulphin, qui de pesant
charroySoulaigeront+Soullagerent [BnFfr17274]soulaigerent [BnFfr23146] le peuple tributaire3
! »Pour celluy+cestuy [Aix419] filz, sus fontz nommé
ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629)Roi des Francs de Neustrie (584-613) Roi des Francs de Paris (595-613) Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629) Roi des Francs (613-629) ,Voulut le roy tous criminelz delictzDes+De [BnFfr17274] malfacteurs estre en l'heure aboliz,[3725]Et commanda ouvrir prisons, pour mectreHors prisonniers,
quoy que eussent sceu commectre.Ce que fut fait.
Mais aprés ce plaisir,Ainsi que va le cueur des gentz saisirAigre douleur, qui se+tost [BnFfr4965, BnFfr17274]tout [BnFfr23146] mesle en colicque[3730]Et l'homme rend triste,
+et [BnFfr4965] melencolicqueDe la craincte qui entrevint au cueur de ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) Et fort fasché, du jour au landemain,Eut dueil pour joye.
Aprés
soulas humainReceut despit ;
d'amour, hayne contraincte ;D'aise, travail ; et d'asseurance, craincte4.[3735]Tant se laissa de craincte transporter,Qu'il commanda tous ses tresors porterDedans Cambray. C'estoit signifïanceQue aux siens n'avoit bonne et saine+sceure [BnFfr23146] fïance.Fort redoubta l'alïance des siens[3740]Frere et nepveu, que à cause des+de [BnFfr17274] anciensSi oultraigeux degastz faictz+degast feit [BnFfr23146]sus leurs terres, Encontre luy soudain cueillissent
erresDe durs effortz, pour eulx+leur [BnFfr23146] vouloir venger.À ce moyen, souvent se alla loger[3745]En beaulx plains champs, où fist dresser+dresser fit [BnFfr4964]dresser feit [BnFfr4965]dresser feyt [Aix419, Cha515]dresser feist [BnFfr17274]dresser fais [BnFfr23146] ses tentesAvecq son
ost. Et pour seures actentes,Mist gentz au guet, doubtant estre surpris.§En tel estat vithomme+l'homme [Aix419, Cha515, BnFfr4965]l'homme [BnFfr17274] ayant mespris.Tousjours ainsi conscïence chestifve[3750]Demeure en soy scrupuleuse et craintifve,Comme tesmoing du criminel pechéDont elle+om. [Aix419] sent son dur cueur empesché.§Or, pour gecter
fantaisie ennuyeuseEt divertir celle doubte hayneuse,[3755]Delibera ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) ,
quelque jour,ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) se alla
tenir à ChellesFaire, à ung bourg nommé
Chelles5,
sejourCar il vouloit son passe temps
reduyreEn venerie,
+en venerie [BnFfr23146] et du tout6 se y
deduyre.Mais mieulx luy fust en maison reposer[3760]Que aux champs ung pied devant l'autre poser,Veu le
hazard de piteuse
adventureQui luy survint, comme dit l'escripture7.
Cette introduction est de Cretin et rien ne lui
correspond dans les deux sources principales de la Chronique
française. Il est remarquable de constater que Cretin
renvoie, au moment d'évoquer l'oubli partiel ou total de
l'accouchement chez les femmes, à un savoir livresque (« l'escript
tesmongne ») plutôt qu'à l'expérience quotidienne. Peut-être
l’insistance de Cretin sur cet aspect correspond-elle à un événement
particulier de la vie du couple royal : la naissance de Charlotte,
en 1516, ou celle de François, en 1518 ?
Cretin
explicite ici le motif de la réjouissance de Chilpéric, que [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XXr ne
mentionne pas : « la nativité duquel [enfant] receut Chilperic en si
grande liesse ». Les GCF, liv. III, chap. 17 (vol. 1,
p. 306) se limitent également à une description sans interprétation
: « Li rois en ot si grant joie ». Le prédécesseur de François Ier, Louis XII, était mort sans héritier
direct.
La mention de ces réjouissances est une originalité de Cretin.
Le poète développe par ailleurs longuement l’idée que la
naissance d’un dauphin est source de joie populaire dans une
composition mettant en scène des bergers, réalisée à l’occasion
de la naissance du dauphin François : Extraict du
registre pastoural, sur le propoz tenu des bergers françois
de la nativité de Monseigneur François, Daulphin, en l’an
mil cinq cents dix-sept, Œuvres
poétiques, éd. Chesney, p. 191-203. L’idée que la
naissance constitue un heureux présage est du reste un lieu
commun du discours généthliaque : voir Scaliger,
Poetices, III, CII, et l’étude d’Aline
Smeesters « Le généthliaque selon les Scaliger, père et fils »,
Rhétorique, poétique et stylistique (Moyen
Âge-Renaissance), études réunies par Anne
Bouscharain et Danièle James-Raoul, Eidôlon, n°
112, Presses universitaires de Bordeaux, 2014, p.
333-349.
Cretin élabore sur
une phrase annonciatrice de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XXr : « Mais (comme sont les choses
humaines) joye fut convertye en douleur et tristesse. »
Cretin
corrige [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol.
XXr-XXV, chez qui le nom de cette ville est défiguré : « se
delectoit le roy Chilperic à la chace et venation à l'entour de
Calles, qui est ung villaige, lequel n'est pas loing assis de la
ryviere de Marne ». Au terme de l'épisode qui constitue le cœur du
chapitre suivant dans la Chronique française (la mort
de Chilpéric), les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1,
p. 314) parlent quant à elles de « une vile qui siet sus la riviere
de Marne, qui seut estre et est encore apelée Chiele »
Sur l'économie
narrative de Cretin et le soin qu'il porte à susciter l'attention
pour la suite du récit à la fin de chaque chapitre, voir les notes
v. 1434 et 2904.
§De ceſtuy roy
nentend le propos taireQue apres
moult
eſtre a deſpit inuiteFort ſeſiouyt
en
la natiuite[3690]Dun filz receu. quil fiſt
nommer
Clotaire.
§
Chapitre. xxiiiie.
APres trauail / qui ſcet
les cueurs
touche
rDe femme enſeincte
au
terme daccou
cherDont la douleur (ainſi quon dit) excedeTout autre mal / qui coꝛps humain poſſede[3695]Suruient plaiſir de paiſible reposComme leſcript teſmongne a ce pꝛoposQue a
lenfanter
/ femme a triſte moꝛſure
Mais toſt apꝛes / de la peine et pꝛeſſureNe luy ſouuient / quant
heur
luy eſt donne[3700]Soy deliurer denfant au monde ne /.En cas pareil / la royne Fredegonde(A conceuoir bien fertile et
fecunde
)Gꝛoſſe denfant /
Apꝛes le gꝛand dueil faitDu dernier filz / par moꝛt / ainſi deffait /[3705]Et apꝛes maulx que eut a poꝛter en elleIoyes / pour le daulphin Clotaire que Fredegonde enfanta.FueiłA ſon trauail /
La douleur maternelleTout
eſtaignit / et rendit deſconfitzPleurs et regꝛetz / voyant vng ſi beau filzQuelle enfanta /.
Chilperich au ſemblable[3710]Eut en ſon cueur plaiſir inextimableDu quel chaſſa tous deſpitz ennuyeuxCar en ce monde / il ne demandoit mieulxEt bien penſa luy eſtre voye ouuerteDauoir la ſienne attente recouuerte /.[3715]Veu lenfant ne / quil pouoit
eſpererEn ſon royaulme / apꝛes luy
pꝛoſperer /.Loꝛs gentz deſtat haultement ſe parerentLes feuz de ioye / et banquetz pꝛeparerentA tous venans /
criansviue le roy.[3720]Royne et daulphin / qui de peſant
charroySoulaigeront
le peuple tributaire
/.Pour
celluy
filz (
ſus
fontz nomme)
ClotaireVoulut le roy tous criminelz delictzDes
malfacteurs / eſtre en lheure aboliz[3725]Et commanda ouurir pꝛiſons / pour mectreHoꝛs pꝛiſonniers /
quoy que euſſent ſceu commectreCe que fut fait /.
Mais apꝛes ce plaiſirAinſi que va le cueur des gentz ſaiſirAigꝛe douleur / qui
ſe
meſle en colicque[3730]Et lhomme rend triſte /
melencolicqueDe la craincte qui entreuint au cueur de Chilperich.
Et foꝛt faſche / du iour au landemainEut dueil pour ioye /.
Aa
pꝛes
ſoulas
humainReceut deſpit /.
Damour / hayne contraincte Daiſe / trauail /. et daſſeurance / craincte /.[3735]Tant ſe laiſſa de craincte tranſpoꝛterQuil commanda tous ſes treſoꝛs poꝛterDedans Cambꝛay /. Ceſtoit ſignifianceQue aux ſiens nauoit bonne et
ſaine
fiance /.Foꝛt redoubta laliance
des ſiens[3740]Frere et nepueu / que a cauſe
des
anciensSi oultraigeux
degaſtz faictzſus
leurs terres
Encontre luy ſoudain cueilliſſent
erresDe durs effoꝛtz / pour
eulx
vouloir venger /.A ce moyen / ſouuent ſe alla loger[3745]En
beaulx plains champs / ou
fiſt dꝛeſſer
ſes tentesAuecq ſon
oſt /. Et pour ſeures actentesMiſt gentz au guet (doubtant eſtre ſurpꝛis)§En tel
eſtat vithomme
ayant meſpꝛis /.Touſiours ainſi / conſcience cheſtifue[3750]Demeure en ſoy ſcrupuleuſe et craintifueComme teſmoing du criminel pecheDont
elle
ſent / ſon dur cueur empeſche§Oꝛ pour gecter
fantaiſie ennuyeuſeEt diuertir celle doubte hayneuſe[3755]Delibera Chilperich /
quelque iourChilperich ſe alla
tenir a Chelles.FueiłFaire / a ung bourg nomme /
Chelles
ſeiourCar il vouloit ſon paſſetemps
reduyꝛeEn venerie /.
et du tout ſe y
deduyꝛeMais mieulx luy fuſt en maiſon repoſer[3760]Que aux champs / vng pied deuant lautre
poſerVeu le
hazard de piteuſe
aduentureQui luy ſuruint / ( comme dit leſcripture
Afficher les surlignagesMasquer les surlignagesAfficher les appels de collationsMasquer les appels de collationsAfficher les appels de notesMasquer les appels de notes
§De cestuy roy,
n'entend le propos taireQue aprés moult+mal [BnFfr4965, BnFfr17274] estre à despit invité,Fort s'esjouyt en+à [BnFfr4965] la nativité[3690]D'un filz receu, qu'il fist nommer+nommé [BnFfr23146]ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629)Roi des Francs de Neustrie (584-613) Roi des Francs de Paris (595-613) Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629) Roi des Francs (613-629) .
Aprés travail, qui scet les cueurs+le cueur [Aix419]le cueur [BnFfr17274, BnFfr23146] toucher+om. [BnFfr4964]om. [BnFfr23146],De femme enseincte au+en [BnFfr23146] terme d'accoucher+om. [BnFfr4964]che [BnFfr23146],Dont la douleur, ainsi qu'on dit, excedeTout autre mal qui corps humain possede,[3695]Survient plaisir de paisible repos,Comme l'escript tesmongne à ce proposQue à l'enfanter+l'enfente [BnFfr23146], femme a triste morsure Mais tost aprés, de la peine et pressure,Ne luy souvient, quant heur+l'heur [Aix419] luy est donné[3700]Soy delivrer d'enfant au monde né1.En cas pareil, la royne FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) ,À concevoir bien fertile et fecunde+faconde [BnFfr4965],Grosse d'enfant,
aprés le grand dueil faitDu dernier filz par mort ainsi deffait,[3705]Et aprés maulx que eut à porter, en elle,Joyes pour le daulphin ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629)Roi des Francs de Neustrie (584-613) Roi des Francs de Paris (595-613) Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629) Roi des Francs (613-629) que FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597)Reine des Francs de Neustrie (568-584) enfantaÀ son travail,
la douleur maternelleTout+Toute [Aix419, BnFfr23146, Cha515] estaignit et rendit desconfitzPleurs et regretz, voyant ung si beau filzQu'elle enfanta.
ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) , au semblable,[3710]Eut en son cueur plaisir inextimable,Duquel chassa tous despitz ennuyeux,Car, en ce monde, il ne demandoit mieulx.Et bien pensa luy estre voye ouverteD'avoir la sienne attente recouverte,[3715]Veu l'enfant né, qu'il pouoit espererEn son royaulme aprés luy prosperer2.Lors gentz d'estat haultement se parerent,Les feuz de joye et banquetz preparerentÀ tous venans,
crians+chians [BnFfr23146]« Vive le roy,[3720]Royne et daulphin, qui de pesant
charroySoulaigeront+Soullagerent [BnFfr17274]soulaigerent [BnFfr23146] le peuple tributaire3
! »Pour celluy+cestuy [Aix419] filz, sus fontz nommé
ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629)Roi des Francs de Neustrie (584-613) Roi des Francs de Paris (595-613) Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629) Roi des Francs (613-629) ,Voulut le roy tous criminelz delictzDes+De [BnFfr17274] malfacteurs estre en l'heure aboliz,[3725]Et commanda ouvrir prisons, pour mectreHors prisonniers,
quoy que eussent sceu commectre.Ce que fut fait.
Mais aprés ce plaisir,Ainsi que va le cueur des gentz saisirAigre douleur, qui se+tost [BnFfr4965, BnFfr17274]tout [BnFfr23146] mesle en colicque[3730]Et l'homme rend triste,
+et [BnFfr4965] melencolicqueDe la craincte qui entrevint au cueur de ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) Et fort fasché, du jour au landemain,Eut dueil pour joye.
Aprés
soulas humainReceut despit ;
d'amour, hayne contraincte ;D'aise, travail ; et d'asseurance, craincte4.[3735]Tant se laissa de craincte transporter,Qu'il commanda tous ses tresors porterDedans Cambray. C'estoit signifïanceQue aux siens n'avoit bonne et saine+sceure [BnFfr23146] fïance.Fort redoubta l'alïance des siens[3740]Frere et nepveu, que à cause des+de [BnFfr17274] anciensSi oultraigeux degastz faictz+degast feit [BnFfr23146]sus leurs terres, Encontre luy soudain cueillissent
erresDe durs effortz, pour eulx+leur [BnFfr23146] vouloir venger.À ce moyen, souvent se alla loger[3745]En beaulx plains champs, où fist dresser+dresser fit [BnFfr4964]dresser feit [BnFfr4965]dresser feyt [Aix419, Cha515]dresser feist [BnFfr17274]dresser fais [BnFfr23146] ses tentesAvecq son
ost. Et pour seures actentes,Mist gentz au guet, doubtant estre surpris.§En tel estat vithomme+l'homme [Aix419, Cha515, BnFfr4965]l'homme [BnFfr17274] ayant mespris.Tousjours ainsi conscïence chestifve[3750]Demeure en soy scrupuleuse et craintifve,Comme tesmoing du criminel pechéDont elle+om. [Aix419] sent son dur cueur empesché.§Or, pour gecter
fantaisie ennuyeuseEt divertir celle doubte hayneuse,[3755]Delibera ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) ,
quelque jour,ChilperichChilpéric Ier (537 — 29/09/584)Roi des Francs de Neustrie (561-584) se alla
tenir à ChellesFaire, à ung bourg nommé
Chelles5,
sejourCar il vouloit son passe temps
reduyreEn venerie,
+en venerie [BnFfr23146] et du tout6 se y
deduyre.Mais mieulx luy fust en maison reposer[3760]Que aux champs ung pied devant l'autre poser,Veu le
hazard de piteuse
adventureQui luy survint, comme dit l'escripture7.
Cette introduction est de Cretin et rien ne lui
correspond dans les deux sources principales de la Chronique
française. Il est remarquable de constater que Cretin
renvoie, au moment d'évoquer l'oubli partiel ou total de
l'accouchement chez les femmes, à un savoir livresque (« l'escript
tesmongne ») plutôt qu'à l'expérience quotidienne. Peut-être
l’insistance de Cretin sur cet aspect correspond-elle à un événement
particulier de la vie du couple royal : la naissance de Charlotte,
en 1516, ou celle de François, en 1518 ?
Cretin
explicite ici le motif de la réjouissance de Chilpéric, que [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XXr ne
mentionne pas : « la nativité duquel [enfant] receut Chilperic en si
grande liesse ». Les GCF, liv. III, chap. 17 (vol. 1,
p. 306) se limitent également à une description sans interprétation
: « Li rois en ot si grant joie ». Le prédécesseur de François Ier, Louis XII, était mort sans héritier
direct.
La mention de ces réjouissances est une originalité de Cretin.
Le poète développe par ailleurs longuement l’idée que la
naissance d’un dauphin est source de joie populaire dans une
composition mettant en scène des bergers, réalisée à l’occasion
de la naissance du dauphin François : Extraict du
registre pastoural, sur le propoz tenu des bergers françois
de la nativité de Monseigneur François, Daulphin, en l’an
mil cinq cents dix-sept, Œuvres
poétiques, éd. Chesney, p. 191-203. L’idée que la
naissance constitue un heureux présage est du reste un lieu
commun du discours généthliaque : voir Scaliger,
Poetices, III, CII, et l’étude d’Aline
Smeesters « Le généthliaque selon les Scaliger, père et fils »,
Rhétorique, poétique et stylistique (Moyen
Âge-Renaissance), études réunies par Anne
Bouscharain et Danièle James-Raoul, Eidôlon, n°
112, Presses universitaires de Bordeaux, 2014, p.
333-349.
Cretin élabore sur
une phrase annonciatrice de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XXr : « Mais (comme sont les choses
humaines) joye fut convertye en douleur et tristesse. »
Cretin
corrige [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol.
XXr-XXV, chez qui le nom de cette ville est défiguré : « se
delectoit le roy Chilperic à la chace et venation à l'entour de
Calles, qui est ung villaige, lequel n'est pas loing assis de la
ryviere de Marne ». Au terme de l'épisode qui constitue le cœur du
chapitre suivant dans la Chronique française (la mort
de Chilpéric), les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1,
p. 314) parlent quant à elles de « une vile qui siet sus la riviere
de Marne, qui seut estre et est encore apelée Chiele »
Sur l'économie
narrative de Cretin et le soin qu'il porte à susciter l'attention
pour la suite du récit à la fin de chaque chapitre, voir les notes
v. 1434 et 2904.
Cette introduction est de Cretin et rien ne lui
correspond dans les deux sources principales de la Chronique
française. Il est remarquable de constater que Cretin
renvoie, au moment d'évoquer l'oubli partiel ou total de
l'accouchement chez les femmes, à un savoir livresque (« l'escript
tesmongne ») plutôt qu'à l'expérience quotidienne. Peut-être
l’insistance de Cretin sur cet aspect correspond-elle à un événement
particulier de la vie du couple royal : la naissance de Charlotte,
en 1516, ou celle de François, en 1518 ?
Cretin
explicite ici le motif de la réjouissance de Chilpéric, que [La
Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol. XXr ne
mentionne pas : « la nativité duquel [enfant] receut Chilperic en si
grande liesse ». Les GCF, liv. III, chap. 17 (vol. 1,
p. 306) se limitent également à une description sans interprétation
: « Li rois en ot si grant joie ». Le prédécesseur de François Ier, Louis XII, était mort sans héritier
direct.
La mention de ces réjouissances est une originalité de Cretin.
Le poète développe par ailleurs longuement l’idée que la
naissance d’un dauphin est source de joie populaire dans une
composition mettant en scène des bergers, réalisée à l’occasion
de la naissance du dauphin François : Extraict du
registre pastoural, sur le propoz tenu des bergers françois
de la nativité de Monseigneur François, Daulphin, en l’an
mil cinq cents dix-sept, Œuvres
poétiques, éd. Chesney, p. 191-203. L’idée que la
naissance constitue un heureux présage est du reste un lieu
commun du discours généthliaque : voir Scaliger,
Poetices, III, CII, et l’étude d’Aline
Smeesters « Le généthliaque selon les Scaliger, père et fils »,
Rhétorique, poétique et stylistique (Moyen
Âge-Renaissance), études réunies par Anne
Bouscharain et Danièle James-Raoul, Eidôlon, n°
112, Presses universitaires de Bordeaux, 2014, p.
333-349.
Cretin élabore sur
une phrase annonciatrice de [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes
Chroniques, fol. XXr : « Mais (comme sont les choses
humaines) joye fut convertye en douleur et tristesse. »
Cretin
corrige [Nicolas de La Chesnaye], Les Grandes Chroniques, fol.
XXr-XXV, chez qui le nom de cette ville est défiguré : « se
delectoit le roy Chilperic à la chace et venation à l'entour de
Calles, qui est ung villaige, lequel n'est pas loing assis de la
ryviere de Marne ». Au terme de l'épisode qui constitue le cœur du
chapitre suivant dans la Chronique française (la mort
de Chilpéric), les GCF, liv. III, chap. 19 (vol. 1,
p. 314) parlent quant à elles de « une vile qui siet sus la riviere
de Marne, qui seut estre et est encore apelée Chiele »
Sur l'économie
narrative de Cretin et le soin qu'il porte à susciter l'attention
pour la suite du récit à la fin de chaque chapitre, voir les notes
v. 1434 et 2904.