Livre I - Chapitre 2
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De Brutus et Turnus.
§Le propos ſuyt ſans prendre longs deſtours [140]En recuillant les faictz de renommee Que de Brutus. Bretaigne fut nommee Et de Turnus auſſi denomme Tours.
§ Chapitre iie.Ceſtuy Bꝛutus peruenu a dꝛoit aaige Darmes poꝛter /. pꝛiſt a ſon aduantaige [145]Foꝛtune et temps /. Puys en ſaiſon decente Vers acquitaine empꝛiſt faire deſcente En peu de iours eut tel bꝛuict / que ſoubz vmbꝛe De ſon credit / s aſſembla foꝛt gꝛand nombꝛe De troyans / tous deliberez le ſuyure [150] Et lheur futur de ſa queſte pourſuyure Gꝛoffarius poicteuin roy regnant Oudit pays / aduerty la venant Celluy Bꝛutus A gꝛande et gꝛoſſe armee Incontinent ceſte choſe affermee [155]Vint au deuant luy pꝛeſenter bataille Foꝛte / aſpꝛe / dure / et de cruelle taille La furent crys plus hoꝛribles ce croy Que les abbaiz de s chiens en vng vaultroy La furent veuz de pꝛoueſſes pꝛiſees [160]Maintz coꝛps par terre et pꝛou lances bꝛiſees La furent bꝛaz a foꝛce deſployez Armetz bꝛiſez / et foꝛtz eſtocz ployez /.
De Brutus / et Turnus჻Fo V En vng inſtant y eut pour dur remoꝛs Nombꝛe infiny de gens naurez et moꝛtz [165]Gꝛoffarius enfin / comme vain|cueur Tourna le doz / et fut Bꝛutus vainqueur En la victoire obtint gꝛandes richeſſes Dont fiſt a tous les ſiens amples largeſſes En quoy acquiſt credit plus que deuant [170]Et en tel heur ſa pointe pourſuyuant Loꝛs ſe monſtrant a dextre et pꝛompt aux armes Sexercita en courſes et alarmes Telles / que luy / et ſon nepueu Turnus Pꝛeux cheuallier / miſrent ſans doubter nulz [175]A feu et ſang Poictou et Acquitaine Puys pour auoir leur retraicte certaine Vng foꝛt chaſteau ſur Loyꝛe ediffierent Ou bien a dꝛoit ilz ſe foꝛtiffierent De Turnus / Tours fut nomme / et du nom [180]Tours la cite a pꝛis nom et renom Gꝛoffarius cuydant venger loultraige Quil ſe voit faict /. tout foꝛcene de raige Mect en auant gꝛoſſe ire ſur fureur Picque ſur hayne / et hoꝛreur ſur terreur [185]L arriere ban publie / veult quon mande Subiectz / ſoudardz / aliez /. et commande Faire appareil de guerre ſi tres fiere
De Brutus et Turnus. Que moꝛtel glayue y trauerſe oultre et fiere Son oſt mys ſus / au chaſteau deſſus dit [190]Ses pauillons et tentes eſtendit Le ſieige y tint long temps / ou ſes vaſſaulx Donnerent gꝛandz et merueilleux aſſaulx Ceulx de dedans auſſi par leurs ſaillies Ont aſpꝛement les tentes aſſaillies [195]En leur faiſant la guerre ſi cruelle Que ſang ſeſpend en place et par ruelle Et toſt apꝛes les aſſaillantz abſtrainctz Leuer le ſieige / a lheure ſont conſtraincts De batailler /. Car Bꝛutus ſe partit [200]Hoꝛs du chaſteau /. Et dautre part ſoꝛtit Sur eulx Turnus /. Loꝛs fut foꝛt bataille Maint coꝛps naure / pourfendu / detaille Et detranche /. ſi quen deciſion De ce conflict eut fiere occiſion [205] Gꝛoffarius fuyant / perdit gꝛandz ſommes De ſes deniers. La mil ou huyt cens hommes Des ſiens ſoudardz furent par moꝛt tranſis Auſſi / Turnus
De Brutus.Fo VI Monta ſur mer auecques tous ſes gentz Qui dun accoꝛd furent tres diligentz [215]De le ſeruir /. Meſmement vng nomme Coꝛineus / homme bien renomme Si bien aduint moyennant vent tranſquille Quil arriua en la belle et gꝛande iſle Dicte Albion / dont tous les habitans [220]La ſienne foꝛce et fureur redoubtans Par ſa pꝛoueſſe induſtrie et puiſſance Toſt furent mys a ſon obeiſſance Loingtain pays de liſle enuironne Il ſubiugua / dont fut roy couronne [225]Et auſſi toſt quil eut mys pied en terre Certaine armine vint a luy de gꝛand erre Sans riens doubter entre ſes bꝛaz ſe gecte Et quelque temps ſe tient ſur ſa targette Pꝛenant plaiſir a la iolye armine [230]Des lheure dit / conclud / et determine Touſiours l armine en ſes armes poꝛter Autres ont dit et voulu rappoꝛter Que aucun miracle aduint au roy Artus Par quoy les pꝛiſt /. Quoy quil en ſoit /. Bꝛutus [235]Fut iouyſſant / ( affin que au nombꝛe attaigne De toute gꝛande et petite Bꝛetaigne Et pour ſon nom en fleur de renommee
De Brutus჻ Perpetuer / voult quainſi feuſt nommee Oꝛ luy voyant eſtre roy tout paiſible [240]De ſi gꝛand terre /. aſſez luy fut loyſible En deſpartir certaine poꝛtion A ſon amy /. ſans nulle extoꝛtion Faire a autruy /. Et loꝛs au deſſuſdit Coꝛineus rendit par ſon edit [245]Vne contree a luy ſerfue obligee Qui en duche depuys fut erigee Et de ſon nom la nomma Coꝛnouaille Quoy que le bꝛuyt autre part coꝛne ou aille De ceulx diſans par leurs raiſons dernieres [250]Que attainct Bꝛetaigne en lune des coꝛnieres Et que cella rend la raiſon foꝛmee Pour quoy elle eſt Coꝛnouaille nommee Suffiſe a tant / quen mer / terre et champaigne Bꝛutus regna ſur toute la Bꝛetaigne [255]Vingt et quatre ans entiers la poſſeda Et troys beaulx filz laiſſa quant deceda Qui par entre eulx ſaigement aduiſerent Et le royaulme en troys partz diuiſerent Dont iouyſſans furent /. Et de ces troys [260]Sont du depuys deſcenduz tous les roys Qui apꝛes eulx regnerent au pays Sans que iamais ſe veiſſent enuahys
De Francion filz de hector.Fo VII Foꝛt moleſtez ou troublez de perſonne Iuſques au temps que des partz de Saxonne [265]Loꝛs nommee Angle-Angloys ſur ceſte terre Vindꝛent manoir /. dont fut dicte Angleterre
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De BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée et TurnusTurnus Roi légendaire
§Le propos suyt, sans prendre longs destours, [140]En recuillant les faictz de renommee Que, de BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée, Bretaigne fut nommee+renommee [BnFfr4967], Et de TurnusTurnus Roi légendaire aussi denommé Tours1.
§ Chapitre iie+second [BnFfr17274]deuxiesme [Cha514] +om. [BnFfr23145, BnFfr4967, Vat966, BnFfr5299]Cestuy BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée, pervenu à droit aaige D'armes porter, prist à son advantaige [145]Fortune et temps, puys, en saison decente, Vers Acquitaine emprist faire descente. En peu de jours eut tel bruict que, soubz umbre De son credit, s'+om. [Vat966]assembla fort grand nombre De Troyans+troys ans [BnFfr4967], tous deliberez le suyvre [150]Et l'heur+Et leur [Aix419]En leur [BnFfr4967] futur de sa queste poursuyvre. GroffarïusGoffarius le Picte, poictevin, roy regnant Oudit paÿs, adverty là venant Celluy BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée à grande et grosse armee, Incontinent ceste chose affermee, [155]Vint au devant luy presenter bataille, Forte+Fort [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514], aspre, dure et de cruelle taille2. Là furent crys plus horribles, ce+se [BnFfr5299, BnFfr4967] croy, Que les abbaiz des+
De BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée et TurnusTurnus Roi légendaire En ung instant, y eut pour dur remors Nombre infiny de gens navrez et mortz4.+om. [BnFfr4967] [165]GroffarïusGoffarius le Picte, enfin+en fin [BnFfr4967, Cha514], comme +
De BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée et TurnusTurnus Roi légendaire Que mortel glayve y traverse oultre et fiere. Son ost mys sus au chasteau dessus dit, [190]Ses pavillons et tentes estendit, Le sieige y tint long temps où ses vassaulx Donnerent grandz et merveilleux assaulx. Ceulx de+du [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, Vat966, Cha514]en [BnFfr4967] dedans aussi, par leurs saillies, Ont asprement les tentes assaillies [195]En leur faisant la guerre si crüelle Que sang s'espend en place et par rüelle7. Et tost aprés les assaillantz abstrainctz Lever le sieige, à l'heure sont constraincts De batailler. Car BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée se partit [200]Hors du chasteau et, d'autre part, sortit Sur eulx TurnusTurnus Roi légendaire. Lors fut fort+forte [Aix419] bataillé, Maint corps navré,+ et [Aix419] pourfendu, detaillé+de taille [Aix419] Et detranché, si qu'en decisïon De ce conflict eut fiere occisïon.+Groffarïus fuyant perdit grandz sommes [BnFfr4967] [205] GroffarïusGoffarius le Picte fuyant perdit grandz sommes+De ce conflict eut fiere occisïon [BnFfr4967] De ses deniers. Là, mil ou huyt cens hommes Des siens soudardz furent par mort transis. Aussi, TurnusTurnus Roi légendaire enfin+en fin [BnFfr4967, Cha514] y fut occis8. BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée, voyant avoir ainsi perdu [210]Son chier nepveu, aprés avoir+qu'il eut [BnFfr17274, BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514, Aix419] rendu Le corps en terre à droit de sepulture, Ce lieu laissa et, à son adventure,
De BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée Monta sur mer avecques tous ses gentz, Qui d'un accord furent trés diligentz, [215]De le servir, mesmement ung nommé CorineüsCorineus Combattant des génats dans la légende médiévale britannique, homme bien renommé. Si bien advint, moyennant vent transquille, Qu'il arriva en la belle et grande isle Dicte Albïon, dont tous les habitans, [220]La sienne force et fureur redoubtans, Par sa prouësse, industrie et puissance, Tost furent mys à son obeïssance. Loingtain paÿs de l'isle environné Il subjugua, dont fut roy couronné9. [225]Et aussitost qu'il eut mys pied en+à [Vat966] terre, Certaine armine vint à luy+à luy vint [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514] de grand erre. Sans riens doubter, entre ses braz se gecte Et quelque temps se tient sur sa targette. Prenant plaisir à la jolye armine, [230]Dès l'heure dit, conclud et determine Tousjours l' armine en ses armes porter. Autres ont dit+on dict [BnFfr17274] et voulu rapporter Que aucun miracle advint au roy ArtusPendragon, Arthur Roi légendaire des Bretons, Par quoy les prist10. Quoy qu'il en soit, BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée [235]Fut jouÿssant, affin que au nombre attaigne, De toute grande et petite Bretaigne. Et pour son nom en fleur de renommee
De BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée Perpetuer, voult qu'ainsi feust nommee11. Or, luy voyant estre roy tout paisible [240]De si grand terre, assez luy fut loysible+paisible [BnFfr4967] En despartir certaine portïon À son amy, sans nulle extortïon Faire à autruy. Et lors, au dessusdit CorineüsCorineus Combattant des génats dans la légende médiévale britannique, rendit, par son edit, [245]Une contree à luy serfve obligee, Qui en duché depuys fut erigee. Et de son nom la nomma Cornouaille, Quoy que le bruyt autre part corne ou aille12 De ceulx disans, par leurs raisons dernieres, [250]Que attainct Bretaigne en l'une des cornieres, Et que cella rend la raison formee Pour+Par [Vat966] quoy elle+celle [BnFfr17274] est Cornouaille nommee13. Suffise à tant qu'en mer+mer [Vat966], terre +mer [Vat966] et champaigne, BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée regna sur toute la Bretaigne. [255]Vingt et quatre ans entiers la posseda Et troys beaulx filz laissa quant deceda, Qui, par entre eulx, saigement adviserent Et le royaulme en troys partz diviserent Dont jouyssans furent14. Et de ces+
De FrancionFrancion Prince troyen filz de HectorHector Personnage de la mythologie grecque Fort molestez ou troublez de personne Jusques au temps que des partz de Saxonne, [265]Lors nommee Angle, Angloys sur ceste terre Vindrent manoir, dont fut dicte Angleterre15.
Note n°1
Ce chapitre comporte de nombreux éléments qui ne sont pas issus
des GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11). Le
personnage de Goffarius et la chronologie des événements relatés
permettent de réduire l'éventail des sources probables de Cretin
à quelques-unes, et en particulier aux Grandes Chroniques
de Bretagne d'Alain Bouchart, publiées en 1514, et
elles-mêmes inspirées, à beaucoup d'égards, du
Compendium de Robert Gaguin. Voir
Marie-Louise Auger, Instruction d'un faux procès. Alain Bouchart
contre Robert Gaguin, Saint-Denis et la royauté. Études
offertes à Bernard Guenée, dir. Françoise AUtrand,
Claude Gauvard et Jean-Marie Moeglin, Paris, 1999, p. 583 et
suiv. La Chronique martiniane publiée par Antoine
Vérard en 1504 n'évoque pas Brutus..
Note n°2
Cretin réécrit les
Grandes Chroniques de Bretagne d'Alain Bouchart
(liv. I, f. IIr), ou un texte proche, dans lequel on rapporte que
Brutus quitte la Grèce où il a épousé Innogen, la fille du roi
Pandrasus, vient dans l'Italie d'Anténor où il s'assure le concours
de Corineus et à de descendants d'exilés troyens, puis se dirige
vers la Gaule : « Brutus print congié de son beau pere
Pandrasus et entra en ses navires avecque sa femme Ygnogen et
ses Troyens, mist de ses navires les voiles au vent, tirant à
l'adventure par la mer sur les parties meridionales. Et aprés
qu'ilz eurent passéplusieurs dangiers et perilz, ilz
descendirent es parties des Maures où ilz avitaillerent leurs
navires des vivres dont mestier avoient. Et puis se misdrent
encores sur mer à travers les collumnes de Hercules et vindrent
en la mer de Tyr et jouxte les rivaiges de la mer trouverent
quatre generations de gens exillez yssuz de Troye la destruicte,
qui avoient suyvi la fuite de Anthenor, desquelz ung nommé
Corineus estoit duc et estoit homme de trés honorable facunde,
de trés prudent et prouffitable conseil, de grant corsaige,
plein de vertu et de audace. Corineus et ses gens acompaignerent
Brutus et furent les dens d'icelluy Corineus nommez Cornubiais
lesquelz aidoient à Brutus en tout ce qu'ilz pouoient. Brutus et
Corineus se misdrent sur la mer ensemble et singlerent tant
qu'ilz vindrent à l'entree de la riviere de Loire où à present
est Sainct Nazare, y ficherent leurs ances et y furent par VII
jours à l'ancre. Puis aprés descendirent à terre du costé du
clos de Rais. [...] En Acquitaine regnoit lors ung roy nommé
Grofarius qui estoit Poictevin et estoit roy d'icelle terre. Il
fut adverti de la venue de Brutus, si luy fist la
guerre. »
Note n°3
Cretin fait de nombreuses références à la chasse
et en particulier à celle qui se pratique avec les chiens dans la
Chronique : c'était le loisir favori de François
Ier. Cretin est par ailleurs auteur
d'un Debat entre deux dames sur le passetemps des chiens et
des oiseaux, poème de 1280 décasyllabes, qui a notamment
été édité au XIXe siècle avec un autre poème composé par un écrivain
de François Ier : La chasse
royalle, de Hugues Salel (éd. Paul Lacroix et Ernest
Jullien, Paris, Librairie des bibliophiles (Cabinet de vénerie, 5),
1882).
Note n°4
Cette description générique d'une bataille
peut amplifier n'importe quel récit et est de Cretin.
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne,
liv. I (fol. IIr) dit seulement : « en laquelle guerre
y eut plusieurs beaux faictz d'armes d'une part et
d'aultre. »
Note n°5
Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIr)
: « mais Grofarius n'y peust pas longuement resister et fut
contrainct en s'en fuir plus avant es aultres parties de Gaule
par devers ses parens et aliez. Et est assavoir que pour lors y
avoit es parties de Gaule dix royaulmes selon Vincent ou douze
selon la Martiniane. Chacun roy avoit son royaulme à part. En
ceste conqueste Brutus recouvra plusieurs richesses dont il
distribua partie à ceulx de sa compagnie et le surplus mist en
ses navires et brusla tout le pays de Poictou villes et maisons.
[...] Quant Brutus eut parachevé de gaster le païs d'Aquitaine
et de Poictou, il tira son armee par terre contremont la riviere
de Loire environ cent dix mil pas, et avoit Brutus en sa
compagnee ung sien nepveu nommé Turnus qui estoit moult preux et
hardi. Trouverent sur la riviere ung lieu qui leur sembla moult
convenable pour eulx fortifier, car ilz craignoient que
Grofarius se feust ralé, comme il fist, avec les aultres princes
ses voisins et parens pour courir sus à Brutus, et pour tenir
son camp Brutus fist en ce lieu ung fort chasteau qu'il fist
fortifier moult grandement. »
Note n°6
Cette informaiton figure chez Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol.
IIv), après le récit de la mort et des funérailles de Turnus :
« Le corps de luy fut selon la maniere des Troyens
haultement ensepulturé et mis en ce chasteau, lequel à celle
cause fut dés lors et de son nom appellé Tours et est le lieu où
la ville de Tours est à présent. »
Note n°7
Cretin amplifie le récit de Bouchart, Grandes
Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv) :
« Grafarius avec plusieurs gens de guerre ses aliez des
parties des Gaules vint assaillir Brutus et l'assiegea en son
chasteau, et Grafarius y tint le siege par quelque espace de
temps. »
Note n°8
Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv)
: « Toutesfoys Brutus et Corineus qui estoient dedens la place
delibererent que une nuyct Corineus sortiroit avecques trois mil
Cornubiais par une secrete porte de leur nouveau chasteau du
costé dont les assaillans n'estoient et ce muceroient es forestz
d'environ, ce qu'ilz firent. Et au matin Brutus saillit d'une
aultre part avecques bon nombre de gens hors de ce chasteau sur
Groffarius et ses gens, lesquelz par ce moyen se trouverent en
telle necessité que Graffarius aprés la bataille qui fut moult
aspre et dure fut contrainct de lever son siege et s'en fuir.
Turnus le Troyen nepveu de Brutus fist en ceste bataille de plus
beaux faictz d'armes que nulz aultres quelzconques aprés
Corineus, et dict le bruit, que Turnus de son espee occist celuy
jour six cens hommes des gens de Grafarius. Toutesfoys il y fut
occis par les Gaulois ».
Note n°9
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I
(fol. IIv) : « dont Brutus son oncle et le surplus des Troyens
menerent moult grant dueil. Le corps de luy fut selon la maniere
des Troyens haultement ensepulturé et mis en ce chasteau, lequel
a celle cause fut dés lors et de son nom appellé Tours et est le
lieu où la ville de Tours est à présent. [...] Brutus fut moult
dolent de la perte de Turnus son nepveu et de plusieurs de ses
gens qui furent tuez en ceste guerre et pour saulver le
demourant se retira en ces navires, lesquelles il fist mectre en
mer et tira es pârties de l'isle d'Albion où li arriva et trouva
icelle isle habitee de geans, lesquelz il combatit et chassa
hors du pais et submist l'isle en son obeissance, s'en fist
couronner roy ». À partir d'ici, le texte des
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) peut de
nouveau est de quelque utilité à Cretin : « Cil Brutus enmena
puis la lignie d'Eleni, dont nous avons desus touchié, en li'sle
d'Albion, qui or est apelée Engleterre, et Corinée, qui estoit
descenduz de la lignie d'Anthenor. Quant il ourent cele isle
prise, qui au tens de lors estoit habitée de
jaianz... »
Note n°10
Omettant une
description géographique de l'île d'Albion et une explication
étymologique de son nom, Cretin s'arrête à ce récit rapporté par
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I
(fol. IIv) : « Et y a quelque histoire qui contient que
incontinent que brutus fut à terre descendu, une petite
bestelette blanche de la forme d'une mustelle que on appelle
ermine s'aparut à luy et se mist sur sa tergette, et s'y tint
quelque peu de temps. Et à celle cause print dés lors Brutus
l'ermine pour ses armes. Toutesfoys aultres ont voulu dire que
le roy Artus le preux print les armines en ses armes pour ce que
miraculeusement la Vierge Marie mere de Dieu se appartu à luy
ainsi qu'il combatoit ung payen en l'isle de Paris, comme il
sera cy aprés recité. » Les GCF, liv. I,
chap. 1 (vol. 1, p. 11) n'évoquent pas l'origine de l'hermine
héraldique.
Note n°11
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I
(fol. IIv) : « et [Brutus] la [l'île d'Albion] la fist appeller
Bretaigne affin que à jamais il fust memoire de son nom ».
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) :
« L'autre partie de la terre que Brutus retint à son ouès
refu de son non apelée Bretaigne. »
Note n°12
Significativement, Cretin use d'une rime
équivoquée particulièrement recherchée, s'étendant sur termes, pour
indiquer que le fait de trancher entre des sources divergentes ne
sera pas sa priorité : l'essentiel de son entreprise, suggère-t-il
déjà, tient à sa dimension versifiée, laquelle favorise le
divertissement et l'édification, toujours complices, du jeune
roi.
Note n°13
Bouchart, Grandes Chroniques de
Bretagne, liv. I (fol. IIv) : « Brutus aprés qu'il
fust paisible roy departit à Corineus certaine porcion de ceste
terre à estre tenue de luy à tiltre de duché, en laquelle
portion se tira Corineus avecques ses gens et fist appeller
ceste porcion Cornoaille affin qu'il fust à jamais memoire de
son nom, et aussi pour ce que le pa¨ïs est situé en une des
cornes de l'isle de Bretagne. »
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) : « cil
Corinées out à sa part une contrée de la terre qui encore est
apelée Cornouaille par la raison de son non. »
Note n°14
Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol.
IIv-IIIr) : « Et possida Brutus l'isle de Bretaigne comme roy
par le temps de XXIIII ans, comme recite Vincent au XVIIe livre VIe chapistre de son Speculaire
historial. [...] Aprés que Brutus eust possidé ce
royaulme de Bretaigne par l'espace de XXIIII ans, il trespassa
et delaissa troys filz de luy et Ygnogen sa femme. Le premier
fut nommé Locrius, le II Camber et le III Albanatus. Ces troys
freres partirent entre eulx Bretaigne. »
Note n°15
Cretin renoue au moment de clôre ce
chapitre avec le récit des GCF, liv. I, chap. 1 (vol.
1, p. 11) : « De celui Brut descendirent tuit li rois qui puis
furent en la terre jusques au tens que Anglois, qui vindrent
d'une des contrées de Saisoigne qui ert apelée Angle, pristrent
la terre, des quex ele est apelée Angleterre. » Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv)
signale le changement de nom sans en indiquer ici la raison :
« et est l'isle qui est à present appellee
Angleterre. »
BnFfr4967 renommee
Non num.
BnFfr23145, BnFfr4967, Vat966, BnFfr5299 om.
Non num.
BnFfr17274 second
Cha514 deuxiesme
Vat966 om.
BnFfr4967 troys ans
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514 Fort
BnFfr5299, BnFfr4967 se
Vat966 s
BnFfr4967 om.
BnFfr17274 Armez
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, Vat966, Cha514, BnFfr5299 froissez
BnFfr4967 om.
BnFfr4967, Cha514 en fin
Vat966 ung
BnFfr5299 bien
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514 prompt et adextre
Vat966 adroit
Aix419 forte
Aix419
et
Aix419 de taille
BnFfr4967 Groffarïus fuyant perdit grandz sommes
BnFfr4967 De ce conflict eut fiere occisïon
BnFfr4967, Cha514 en fin
BnFfr17274, BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514, Aix419 qu'il eut
Vat966 à
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514 à luy vint
BnFfr17274 on dict
BnFfr4967 paisible
Vat966 Par
BnFfr17274 celle
Vat966 mer
Vat966 mer
Vat966 ses
BnFfr23145 om.
Non num.
#BnFfr2817 Fo leçon rejetée






De Brutus et Turnus.
§Le propos ſuyt ſans prendre longs deſtours [140]En recuillant les faictz de renommee Que de Brutus. Bretaigne fut nommee Et de Turnus auſſi denomme Tours.
§ Chapitre iie.Ceſtuy Bꝛutus peruenu a dꝛoit aaige Darmes poꝛter /. pꝛiſt a ſon aduantaige [145]Foꝛtune et temps /. Puys en ſaiſon decente Vers acquitaine empꝛiſt faire deſcente En peu de iours eut tel bꝛuict / que ſoubz vmbꝛe De ſon credit / s aſſembla foꝛt gꝛand nombꝛe De troyans / tous deliberez le ſuyure [150] Et lheur futur de ſa queſte pourſuyure Gꝛoffarius poicteuin roy regnant Oudit pays / aduerty la venant Celluy Bꝛutus A gꝛande et gꝛoſſe armee Incontinent ceſte choſe affermee [155]Vint au deuant luy pꝛeſenter bataille Foꝛte / aſpꝛe / dure / et de cruelle taille La furent crys plus hoꝛribles ce croy Que les abbaiz de s chiens en vng vaultroy La furent veuz de pꝛoueſſes pꝛiſees [160]Maintz coꝛps par terre et pꝛou lances bꝛiſees La furent bꝛaz a foꝛce deſployez Armetz bꝛiſez / et foꝛtz eſtocz ployez /.
De Brutus / et Turnus჻Fo V En vng inſtant y eut pour dur remoꝛs Nombꝛe infiny de gens naurez et moꝛtz [165]Gꝛoffarius enfin / comme vain|cueur Tourna le doz / et fut Bꝛutus vainqueur En la victoire obtint gꝛandes richeſſes Dont fiſt a tous les ſiens amples largeſſes En quoy acquiſt credit plus que deuant [170]Et en tel heur ſa pointe pourſuyuant Loꝛs ſe monſtrant a dextre et pꝛompt aux armes Sexercita en courſes et alarmes Telles / que luy / et ſon nepueu Turnus Pꝛeux cheuallier / miſrent ſans doubter nulz [175]A feu et ſang Poictou et Acquitaine Puys pour auoir leur retraicte certaine Vng foꝛt chaſteau ſur Loyꝛe ediffierent Ou bien a dꝛoit ilz ſe foꝛtiffierent De Turnus / Tours fut nomme / et du nom [180]Tours la cite a pꝛis nom et renom Gꝛoffarius cuydant venger loultraige Quil ſe voit faict /. tout foꝛcene de raige Mect en auant gꝛoſſe ire ſur fureur Picque ſur hayne / et hoꝛreur ſur terreur [185]L arriere ban publie / veult quon mande Subiectz / ſoudardz / aliez /. et commande Faire appareil de guerre ſi tres fiere
De Brutus et Turnus. Que moꝛtel glayue y trauerſe oultre et fiere Son oſt mys ſus / au chaſteau deſſus dit [190]Ses pauillons et tentes eſtendit Le ſieige y tint long temps / ou ſes vaſſaulx Donnerent gꝛandz et merueilleux aſſaulx Ceulx de dedans auſſi par leurs ſaillies Ont aſpꝛement les tentes aſſaillies [195]En leur faiſant la guerre ſi cruelle Que ſang ſeſpend en place et par ruelle Et toſt apꝛes les aſſaillantz abſtrainctz Leuer le ſieige / a lheure ſont conſtraincts De batailler /. Car Bꝛutus ſe partit [200]Hoꝛs du chaſteau /. Et dautre part ſoꝛtit Sur eulx Turnus /. Loꝛs fut foꝛt bataille Maint coꝛps naure / pourfendu / detaille Et detranche /. ſi quen deciſion De ce conflict eut fiere occiſion [205] Gꝛoffarius fuyant / perdit gꝛandz ſommes De ſes deniers. La mil ou huyt cens hommes Des ſiens ſoudardz furent par moꝛt tranſis Auſſi / Turnus
De Brutus.Fo VI Monta ſur mer auecques tous ſes gentz Qui dun accoꝛd furent tres diligentz [215]De le ſeruir /. Meſmement vng nomme Coꝛineus / homme bien renomme Si bien aduint moyennant vent tranſquille Quil arriua en la belle et gꝛande iſle Dicte Albion / dont tous les habitans [220]La ſienne foꝛce et fureur redoubtans Par ſa pꝛoueſſe induſtrie et puiſſance Toſt furent mys a ſon obeiſſance Loingtain pays de liſle enuironne Il ſubiugua / dont fut roy couronne [225]Et auſſi toſt quil eut mys pied en terre Certaine armine vint a luy de gꝛand erre Sans riens doubter entre ſes bꝛaz ſe gecte Et quelque temps ſe tient ſur ſa targette Pꝛenant plaiſir a la iolye armine [230]Des lheure dit / conclud / et determine Touſiours l armine en ſes armes poꝛter Autres ont dit et voulu rappoꝛter Que aucun miracle aduint au roy Artus Par quoy les pꝛiſt /. Quoy quil en ſoit /. Bꝛutus [235]Fut iouyſſant / ( affin que au nombꝛe attaigne De toute gꝛande et petite Bꝛetaigne Et pour ſon nom en fleur de renommee
De Brutus჻ Perpetuer / voult quainſi feuſt nommee Oꝛ luy voyant eſtre roy tout paiſible [240]De ſi gꝛand terre /. aſſez luy fut loyſible En deſpartir certaine poꝛtion A ſon amy /. ſans nulle extoꝛtion Faire a autruy /. Et loꝛs au deſſuſdit Coꝛineus rendit par ſon edit [245]Vne contree a luy ſerfue obligee Qui en duche depuys fut erigee Et de ſon nom la nomma Coꝛnouaille Quoy que le bꝛuyt autre part coꝛne ou aille De ceulx diſans par leurs raiſons dernieres [250]Que attainct Bꝛetaigne en lune des coꝛnieres Et que cella rend la raiſon foꝛmee Pour quoy elle eſt Coꝛnouaille nommee Suffiſe a tant / quen mer / terre et champaigne Bꝛutus regna ſur toute la Bꝛetaigne [255]Vingt et quatre ans entiers la poſſeda Et troys beaulx filz laiſſa quant deceda Qui par entre eulx ſaigement aduiſerent Et le royaulme en troys partz diuiſerent Dont iouyſſans furent /. Et de ces troys [260]Sont du depuys deſcenduz tous les roys Qui apꝛes eulx regnerent au pays Sans que iamais ſe veiſſent enuahys
De Francion filz de hector.Fo VII Foꝛt moleſtez ou troublez de perſonne Iuſques au temps que des partz de Saxonne [265]Loꝛs nommee Angle-Angloys ſur ceſte terre Vindꝛent manoir /. dont fut dicte Angleterre
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De BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée et TurnusTurnus Roi légendaire
§Le propos suyt, sans prendre longs destours, [140]En recuillant les faictz de renommee Que, de BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée, Bretaigne fut nommee+renommee [BnFfr4967], Et de TurnusTurnus Roi légendaire aussi denommé Tours1.
§ Chapitre iie+second [BnFfr17274]deuxiesme [Cha514] +om. [BnFfr23145, BnFfr4967, Vat966, BnFfr5299]Cestuy BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée, pervenu à droit aaige D'armes porter, prist à son advantaige [145]Fortune et temps, puys, en saison decente, Vers Acquitaine emprist faire descente. En peu de jours eut tel bruict que, soubz umbre De son credit, s'+om. [Vat966]assembla fort grand nombre De Troyans+troys ans [BnFfr4967], tous deliberez le suyvre [150]Et l'heur+Et leur [Aix419]En leur [BnFfr4967] futur de sa queste poursuyvre. GroffarïusGoffarius le Picte, poictevin, roy regnant Oudit paÿs, adverty là venant Celluy BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée à grande et grosse armee, Incontinent ceste chose affermee, [155]Vint au devant luy presenter bataille, Forte+Fort [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514], aspre, dure et de cruelle taille2. Là furent crys plus horribles, ce+se [BnFfr5299, BnFfr4967] croy, Que les abbaiz des+
De BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée et TurnusTurnus Roi légendaire En ung instant, y eut pour dur remors Nombre infiny de gens navrez et mortz4.+om. [BnFfr4967] [165]GroffarïusGoffarius le Picte, enfin+en fin [BnFfr4967, Cha514], comme +
De BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée et TurnusTurnus Roi légendaire Que mortel glayve y traverse oultre et fiere. Son ost mys sus au chasteau dessus dit, [190]Ses pavillons et tentes estendit, Le sieige y tint long temps où ses vassaulx Donnerent grandz et merveilleux assaulx. Ceulx de+du [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr5299, Vat966, Cha514]en [BnFfr4967] dedans aussi, par leurs saillies, Ont asprement les tentes assaillies [195]En leur faisant la guerre si crüelle Que sang s'espend en place et par rüelle7. Et tost aprés les assaillantz abstrainctz Lever le sieige, à l'heure sont constraincts De batailler. Car BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée se partit [200]Hors du chasteau et, d'autre part, sortit Sur eulx TurnusTurnus Roi légendaire. Lors fut fort+forte [Aix419] bataillé, Maint corps navré,+ et [Aix419] pourfendu, detaillé+de taille [Aix419] Et detranché, si qu'en decisïon De ce conflict eut fiere occisïon.+Groffarïus fuyant perdit grandz sommes [BnFfr4967] [205] GroffarïusGoffarius le Picte fuyant perdit grandz sommes+De ce conflict eut fiere occisïon [BnFfr4967] De ses deniers. Là, mil ou huyt cens hommes Des siens soudardz furent par mort transis. Aussi, TurnusTurnus Roi légendaire enfin+en fin [BnFfr4967, Cha514] y fut occis8. BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée, voyant avoir ainsi perdu [210]Son chier nepveu, aprés avoir+qu'il eut [BnFfr17274, BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514, Aix419] rendu Le corps en terre à droit de sepulture, Ce lieu laissa et, à son adventure,
De BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée Monta sur mer avecques tous ses gentz, Qui d'un accord furent trés diligentz, [215]De le servir, mesmement ung nommé CorineüsCorineus Combattant des génats dans la légende médiévale britannique, homme bien renommé. Si bien advint, moyennant vent transquille, Qu'il arriva en la belle et grande isle Dicte Albïon, dont tous les habitans, [220]La sienne force et fureur redoubtans, Par sa prouësse, industrie et puissance, Tost furent mys à son obeïssance. Loingtain paÿs de l'isle environné Il subjugua, dont fut roy couronné9. [225]Et aussitost qu'il eut mys pied en+à [Vat966] terre, Certaine armine vint à luy+à luy vint [BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514] de grand erre. Sans riens doubter, entre ses braz se gecte Et quelque temps se tient sur sa targette. Prenant plaisir à la jolye armine, [230]Dès l'heure dit, conclud et determine Tousjours l' armine en ses armes porter. Autres ont dit+on dict [BnFfr17274] et voulu rapporter Que aucun miracle advint au roy ArtusPendragon, Arthur Roi légendaire des Bretons, Par quoy les prist10. Quoy qu'il en soit, BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée [235]Fut jouÿssant, affin que au nombre attaigne, De toute grande et petite Bretaigne. Et pour son nom en fleur de renommee
De BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée Perpetuer, voult qu'ainsi feust nommee11. Or, luy voyant estre roy tout paisible [240]De si grand terre, assez luy fut loysible+paisible [BnFfr4967] En despartir certaine portïon À son amy, sans nulle extortïon Faire à autruy. Et lors, au dessusdit CorineüsCorineus Combattant des génats dans la légende médiévale britannique, rendit, par son edit, [245]Une contree à luy serfve obligee, Qui en duché depuys fut erigee. Et de son nom la nomma Cornouaille, Quoy que le bruyt autre part corne ou aille12 De ceulx disans, par leurs raisons dernieres, [250]Que attainct Bretaigne en l'une des cornieres, Et que cella rend la raison formee Pour+Par [Vat966] quoy elle+celle [BnFfr17274] est Cornouaille nommee13. Suffise à tant qu'en mer+mer [Vat966], terre +mer [Vat966] et champaigne, BrutusBrutus Roi légendaire de Bretagne, supposé être le descendant du héros troyen Énée regna sur toute la Bretaigne. [255]Vingt et quatre ans entiers la posseda Et troys beaulx filz laissa quant deceda, Qui, par entre eulx, saigement adviserent Et le royaulme en troys partz diviserent Dont jouyssans furent14. Et de ces+
De FrancionFrancion Prince troyen filz de HectorHector Personnage de la mythologie grecque Fort molestez ou troublez de personne Jusques au temps que des partz de Saxonne, [265]Lors nommee Angle, Angloys sur ceste terre Vindrent manoir, dont fut dicte Angleterre15.
Note n°1
Ce chapitre comporte de nombreux éléments qui ne sont pas issus
des GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11). Le
personnage de Goffarius et la chronologie des événements relatés
permettent de réduire l'éventail des sources probables de Cretin
à quelques-unes, et en particulier aux Grandes Chroniques
de Bretagne d'Alain Bouchart, publiées en 1514, et
elles-mêmes inspirées, à beaucoup d'égards, du
Compendium de Robert Gaguin. Voir
Marie-Louise Auger, Instruction d'un faux procès. Alain Bouchart
contre Robert Gaguin, Saint-Denis et la royauté. Études
offertes à Bernard Guenée, dir. Françoise AUtrand,
Claude Gauvard et Jean-Marie Moeglin, Paris, 1999, p. 583 et
suiv. La Chronique martiniane publiée par Antoine
Vérard en 1504 n'évoque pas Brutus..
Note n°2
Cretin réécrit les
Grandes Chroniques de Bretagne d'Alain Bouchart
(liv. I, f. IIr), ou un texte proche, dans lequel on rapporte que
Brutus quitte la Grèce où il a épousé Innogen, la fille du roi
Pandrasus, vient dans l'Italie d'Anténor où il s'assure le concours
de Corineus et à de descendants d'exilés troyens, puis se dirige
vers la Gaule : « Brutus print congié de son beau pere
Pandrasus et entra en ses navires avecque sa femme Ygnogen et
ses Troyens, mist de ses navires les voiles au vent, tirant à
l'adventure par la mer sur les parties meridionales. Et aprés
qu'ilz eurent passéplusieurs dangiers et perilz, ilz
descendirent es parties des Maures où ilz avitaillerent leurs
navires des vivres dont mestier avoient. Et puis se misdrent
encores sur mer à travers les collumnes de Hercules et vindrent
en la mer de Tyr et jouxte les rivaiges de la mer trouverent
quatre generations de gens exillez yssuz de Troye la destruicte,
qui avoient suyvi la fuite de Anthenor, desquelz ung nommé
Corineus estoit duc et estoit homme de trés honorable facunde,
de trés prudent et prouffitable conseil, de grant corsaige,
plein de vertu et de audace. Corineus et ses gens acompaignerent
Brutus et furent les dens d'icelluy Corineus nommez Cornubiais
lesquelz aidoient à Brutus en tout ce qu'ilz pouoient. Brutus et
Corineus se misdrent sur la mer ensemble et singlerent tant
qu'ilz vindrent à l'entree de la riviere de Loire où à present
est Sainct Nazare, y ficherent leurs ances et y furent par VII
jours à l'ancre. Puis aprés descendirent à terre du costé du
clos de Rais. [...] En Acquitaine regnoit lors ung roy nommé
Grofarius qui estoit Poictevin et estoit roy d'icelle terre. Il
fut adverti de la venue de Brutus, si luy fist la
guerre. »
Note n°3
Cretin fait de nombreuses références à la chasse
et en particulier à celle qui se pratique avec les chiens dans la
Chronique : c'était le loisir favori de François
Ier. Cretin est par ailleurs auteur
d'un Debat entre deux dames sur le passetemps des chiens et
des oiseaux, poème de 1280 décasyllabes, qui a notamment
été édité au XIXe siècle avec un autre poème composé par un écrivain
de François Ier : La chasse
royalle, de Hugues Salel (éd. Paul Lacroix et Ernest
Jullien, Paris, Librairie des bibliophiles (Cabinet de vénerie, 5),
1882).
Note n°4
Cette description générique d'une bataille
peut amplifier n'importe quel récit et est de Cretin.
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne,
liv. I (fol. IIr) dit seulement : « en laquelle guerre
y eut plusieurs beaux faictz d'armes d'une part et
d'aultre. »
Note n°5
Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIr)
: « mais Grofarius n'y peust pas longuement resister et fut
contrainct en s'en fuir plus avant es aultres parties de Gaule
par devers ses parens et aliez. Et est assavoir que pour lors y
avoit es parties de Gaule dix royaulmes selon Vincent ou douze
selon la Martiniane. Chacun roy avoit son royaulme à part. En
ceste conqueste Brutus recouvra plusieurs richesses dont il
distribua partie à ceulx de sa compagnie et le surplus mist en
ses navires et brusla tout le pays de Poictou villes et maisons.
[...] Quant Brutus eut parachevé de gaster le païs d'Aquitaine
et de Poictou, il tira son armee par terre contremont la riviere
de Loire environ cent dix mil pas, et avoit Brutus en sa
compagnee ung sien nepveu nommé Turnus qui estoit moult preux et
hardi. Trouverent sur la riviere ung lieu qui leur sembla moult
convenable pour eulx fortifier, car ilz craignoient que
Grofarius se feust ralé, comme il fist, avec les aultres princes
ses voisins et parens pour courir sus à Brutus, et pour tenir
son camp Brutus fist en ce lieu ung fort chasteau qu'il fist
fortifier moult grandement. »
Note n°6
Cette informaiton figure chez Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol.
IIv), après le récit de la mort et des funérailles de Turnus :
« Le corps de luy fut selon la maniere des Troyens
haultement ensepulturé et mis en ce chasteau, lequel à celle
cause fut dés lors et de son nom appellé Tours et est le lieu où
la ville de Tours est à présent. »
Note n°7
Cretin amplifie le récit de Bouchart, Grandes
Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv) :
« Grafarius avec plusieurs gens de guerre ses aliez des
parties des Gaules vint assaillir Brutus et l'assiegea en son
chasteau, et Grafarius y tint le siege par quelque espace de
temps. »
Note n°8
Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv)
: « Toutesfoys Brutus et Corineus qui estoient dedens la place
delibererent que une nuyct Corineus sortiroit avecques trois mil
Cornubiais par une secrete porte de leur nouveau chasteau du
costé dont les assaillans n'estoient et ce muceroient es forestz
d'environ, ce qu'ilz firent. Et au matin Brutus saillit d'une
aultre part avecques bon nombre de gens hors de ce chasteau sur
Groffarius et ses gens, lesquelz par ce moyen se trouverent en
telle necessité que Graffarius aprés la bataille qui fut moult
aspre et dure fut contrainct de lever son siege et s'en fuir.
Turnus le Troyen nepveu de Brutus fist en ceste bataille de plus
beaux faictz d'armes que nulz aultres quelzconques aprés
Corineus, et dict le bruit, que Turnus de son espee occist celuy
jour six cens hommes des gens de Grafarius. Toutesfoys il y fut
occis par les Gaulois ».
Note n°9
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I
(fol. IIv) : « dont Brutus son oncle et le surplus des Troyens
menerent moult grant dueil. Le corps de luy fut selon la maniere
des Troyens haultement ensepulturé et mis en ce chasteau, lequel
a celle cause fut dés lors et de son nom appellé Tours et est le
lieu où la ville de Tours est à présent. [...] Brutus fut moult
dolent de la perte de Turnus son nepveu et de plusieurs de ses
gens qui furent tuez en ceste guerre et pour saulver le
demourant se retira en ces navires, lesquelles il fist mectre en
mer et tira es pârties de l'isle d'Albion où li arriva et trouva
icelle isle habitee de geans, lesquelz il combatit et chassa
hors du pais et submist l'isle en son obeissance, s'en fist
couronner roy ». À partir d'ici, le texte des
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) peut de
nouveau est de quelque utilité à Cretin : « Cil Brutus enmena
puis la lignie d'Eleni, dont nous avons desus touchié, en li'sle
d'Albion, qui or est apelée Engleterre, et Corinée, qui estoit
descenduz de la lignie d'Anthenor. Quant il ourent cele isle
prise, qui au tens de lors estoit habitée de
jaianz... »
Note n°10
Omettant une
description géographique de l'île d'Albion et une explication
étymologique de son nom, Cretin s'arrête à ce récit rapporté par
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I
(fol. IIv) : « Et y a quelque histoire qui contient que
incontinent que brutus fut à terre descendu, une petite
bestelette blanche de la forme d'une mustelle que on appelle
ermine s'aparut à luy et se mist sur sa tergette, et s'y tint
quelque peu de temps. Et à celle cause print dés lors Brutus
l'ermine pour ses armes. Toutesfoys aultres ont voulu dire que
le roy Artus le preux print les armines en ses armes pour ce que
miraculeusement la Vierge Marie mere de Dieu se appartu à luy
ainsi qu'il combatoit ung payen en l'isle de Paris, comme il
sera cy aprés recité. » Les GCF, liv. I,
chap. 1 (vol. 1, p. 11) n'évoquent pas l'origine de l'hermine
héraldique.
Note n°11
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I
(fol. IIv) : « et [Brutus] la [l'île d'Albion] la fist appeller
Bretaigne affin que à jamais il fust memoire de son nom ».
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) :
« L'autre partie de la terre que Brutus retint à son ouès
refu de son non apelée Bretaigne. »
Note n°12
Significativement, Cretin use d'une rime
équivoquée particulièrement recherchée, s'étendant sur termes, pour
indiquer que le fait de trancher entre des sources divergentes ne
sera pas sa priorité : l'essentiel de son entreprise, suggère-t-il
déjà, tient à sa dimension versifiée, laquelle favorise le
divertissement et l'édification, toujours complices, du jeune
roi.
Note n°13
Bouchart, Grandes Chroniques de
Bretagne, liv. I (fol. IIv) : « Brutus aprés qu'il
fust paisible roy departit à Corineus certaine porcion de ceste
terre à estre tenue de luy à tiltre de duché, en laquelle
portion se tira Corineus avecques ses gens et fist appeller
ceste porcion Cornoaille affin qu'il fust à jamais memoire de
son nom, et aussi pour ce que le pa¨ïs est situé en une des
cornes de l'isle de Bretagne. »
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) : « cil
Corinées out à sa part une contrée de la terre qui encore est
apelée Cornouaille par la raison de son non. »
Note n°14
Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol.
IIv-IIIr) : « Et possida Brutus l'isle de Bretaigne comme roy
par le temps de XXIIII ans, comme recite Vincent au XVIIe livre VIe chapistre de son Speculaire
historial. [...] Aprés que Brutus eust possidé ce
royaulme de Bretaigne par l'espace de XXIIII ans, il trespassa
et delaissa troys filz de luy et Ygnogen sa femme. Le premier
fut nommé Locrius, le II Camber et le III Albanatus. Ces troys
freres partirent entre eulx Bretaigne. »
Note n°15
Cretin renoue au moment de clôre ce
chapitre avec le récit des GCF, liv. I, chap. 1 (vol.
1, p. 11) : « De celui Brut descendirent tuit li rois qui puis
furent en la terre jusques au tens que Anglois, qui vindrent
d'une des contrées de Saisoigne qui ert apelée Angle, pristrent
la terre, des quex ele est apelée Angleterre. » Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv)
signale le changement de nom sans en indiquer ici la raison :
« et est l'isle qui est à present appellee
Angleterre. »
BnFfr4967 renommee
Non num.
BnFfr23145, BnFfr4967, Vat966, BnFfr5299 om.
Non num.
BnFfr17274 second
Cha514 deuxiesme
Vat966 om.
BnFfr4967 troys ans
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514 Fort
BnFfr5299, BnFfr4967 se
Vat966 s
BnFfr4967 om.
BnFfr17274 Armez
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, Vat966, Cha514, BnFfr5299 froissez
BnFfr4967 om.
BnFfr4967, Cha514 en fin
Vat966 ung
BnFfr5299 bien
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514 prompt et adextre
Vat966 adroit
Aix419 forte
Aix419
et
Aix419 de taille
BnFfr4967 Groffarïus fuyant perdit grandz sommes
BnFfr4967 De ce conflict eut fiere occisïon
BnFfr4967, Cha514 en fin
BnFfr17274, BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514, Aix419 qu'il eut
Vat966 à
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514 à luy vint
BnFfr17274 on dict
BnFfr4967 paisible
Vat966 Par
BnFfr17274 celle
Vat966 mer
Vat966 mer
Vat966 ses
BnFfr23145 om.
Non num.
#BnFfr2817 Fo leçon rejetée
Note n°1
Ce chapitre comporte de nombreux éléments qui ne sont pas issus
des GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11). Le
personnage de Goffarius et la chronologie des événements relatés
permettent de réduire l'éventail des sources probables de Cretin
à quelques-unes, et en particulier aux Grandes Chroniques
de Bretagne d'Alain Bouchart, publiées en 1514, et
elles-mêmes inspirées, à beaucoup d'égards, du
Compendium de Robert Gaguin. Voir
Marie-Louise Auger, Instruction d'un faux procès. Alain Bouchart
contre Robert Gaguin, Saint-Denis et la royauté. Études
offertes à Bernard Guenée, dir. Françoise AUtrand,
Claude Gauvard et Jean-Marie Moeglin, Paris, 1999, p. 583 et
suiv. La Chronique martiniane publiée par Antoine
Vérard en 1504 n'évoque pas Brutus..
Note n°2
Cretin réécrit les
Grandes Chroniques de Bretagne d'Alain Bouchart
(liv. I, f. IIr), ou un texte proche, dans lequel on rapporte que
Brutus quitte la Grèce où il a épousé Innogen, la fille du roi
Pandrasus, vient dans l'Italie d'Anténor où il s'assure le concours
de Corineus et à de descendants d'exilés troyens, puis se dirige
vers la Gaule : « Brutus print congié de son beau pere
Pandrasus et entra en ses navires avecque sa femme Ygnogen et
ses Troyens, mist de ses navires les voiles au vent, tirant à
l'adventure par la mer sur les parties meridionales. Et aprés
qu'ilz eurent passéplusieurs dangiers et perilz, ilz
descendirent es parties des Maures où ilz avitaillerent leurs
navires des vivres dont mestier avoient. Et puis se misdrent
encores sur mer à travers les collumnes de Hercules et vindrent
en la mer de Tyr et jouxte les rivaiges de la mer trouverent
quatre generations de gens exillez yssuz de Troye la destruicte,
qui avoient suyvi la fuite de Anthenor, desquelz ung nommé
Corineus estoit duc et estoit homme de trés honorable facunde,
de trés prudent et prouffitable conseil, de grant corsaige,
plein de vertu et de audace. Corineus et ses gens acompaignerent
Brutus et furent les dens d'icelluy Corineus nommez Cornubiais
lesquelz aidoient à Brutus en tout ce qu'ilz pouoient. Brutus et
Corineus se misdrent sur la mer ensemble et singlerent tant
qu'ilz vindrent à l'entree de la riviere de Loire où à present
est Sainct Nazare, y ficherent leurs ances et y furent par VII
jours à l'ancre. Puis aprés descendirent à terre du costé du
clos de Rais. [...] En Acquitaine regnoit lors ung roy nommé
Grofarius qui estoit Poictevin et estoit roy d'icelle terre. Il
fut adverti de la venue de Brutus, si luy fist la
guerre. »
Note n°3
Cretin fait de nombreuses références à la chasse
et en particulier à celle qui se pratique avec les chiens dans la
Chronique : c'était le loisir favori de François
Ier. Cretin est par ailleurs auteur
d'un Debat entre deux dames sur le passetemps des chiens et
des oiseaux, poème de 1280 décasyllabes, qui a notamment
été édité au XIXe siècle avec un autre poème composé par un écrivain
de François Ier : La chasse
royalle, de Hugues Salel (éd. Paul Lacroix et Ernest
Jullien, Paris, Librairie des bibliophiles (Cabinet de vénerie, 5),
1882).
Note n°4
Cette description générique d'une bataille
peut amplifier n'importe quel récit et est de Cretin.
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne,
liv. I (fol. IIr) dit seulement : « en laquelle guerre
y eut plusieurs beaux faictz d'armes d'une part et
d'aultre. »
Note n°5
Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIr)
: « mais Grofarius n'y peust pas longuement resister et fut
contrainct en s'en fuir plus avant es aultres parties de Gaule
par devers ses parens et aliez. Et est assavoir que pour lors y
avoit es parties de Gaule dix royaulmes selon Vincent ou douze
selon la Martiniane. Chacun roy avoit son royaulme à part. En
ceste conqueste Brutus recouvra plusieurs richesses dont il
distribua partie à ceulx de sa compagnie et le surplus mist en
ses navires et brusla tout le pays de Poictou villes et maisons.
[...] Quant Brutus eut parachevé de gaster le païs d'Aquitaine
et de Poictou, il tira son armee par terre contremont la riviere
de Loire environ cent dix mil pas, et avoit Brutus en sa
compagnee ung sien nepveu nommé Turnus qui estoit moult preux et
hardi. Trouverent sur la riviere ung lieu qui leur sembla moult
convenable pour eulx fortifier, car ilz craignoient que
Grofarius se feust ralé, comme il fist, avec les aultres princes
ses voisins et parens pour courir sus à Brutus, et pour tenir
son camp Brutus fist en ce lieu ung fort chasteau qu'il fist
fortifier moult grandement. »
Note n°6
Cette informaiton figure chez Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol.
IIv), après le récit de la mort et des funérailles de Turnus :
« Le corps de luy fut selon la maniere des Troyens
haultement ensepulturé et mis en ce chasteau, lequel à celle
cause fut dés lors et de son nom appellé Tours et est le lieu où
la ville de Tours est à présent. »
Note n°7
Cretin amplifie le récit de Bouchart, Grandes
Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv) :
« Grafarius avec plusieurs gens de guerre ses aliez des
parties des Gaules vint assaillir Brutus et l'assiegea en son
chasteau, et Grafarius y tint le siege par quelque espace de
temps. »
Note n°8
Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv)
: « Toutesfoys Brutus et Corineus qui estoient dedens la place
delibererent que une nuyct Corineus sortiroit avecques trois mil
Cornubiais par une secrete porte de leur nouveau chasteau du
costé dont les assaillans n'estoient et ce muceroient es forestz
d'environ, ce qu'ilz firent. Et au matin Brutus saillit d'une
aultre part avecques bon nombre de gens hors de ce chasteau sur
Groffarius et ses gens, lesquelz par ce moyen se trouverent en
telle necessité que Graffarius aprés la bataille qui fut moult
aspre et dure fut contrainct de lever son siege et s'en fuir.
Turnus le Troyen nepveu de Brutus fist en ceste bataille de plus
beaux faictz d'armes que nulz aultres quelzconques aprés
Corineus, et dict le bruit, que Turnus de son espee occist celuy
jour six cens hommes des gens de Grafarius. Toutesfoys il y fut
occis par les Gaulois ».
Note n°9
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I
(fol. IIv) : « dont Brutus son oncle et le surplus des Troyens
menerent moult grant dueil. Le corps de luy fut selon la maniere
des Troyens haultement ensepulturé et mis en ce chasteau, lequel
a celle cause fut dés lors et de son nom appellé Tours et est le
lieu où la ville de Tours est à présent. [...] Brutus fut moult
dolent de la perte de Turnus son nepveu et de plusieurs de ses
gens qui furent tuez en ceste guerre et pour saulver le
demourant se retira en ces navires, lesquelles il fist mectre en
mer et tira es pârties de l'isle d'Albion où li arriva et trouva
icelle isle habitee de geans, lesquelz il combatit et chassa
hors du pais et submist l'isle en son obeissance, s'en fist
couronner roy ». À partir d'ici, le texte des
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) peut de
nouveau est de quelque utilité à Cretin : « Cil Brutus enmena
puis la lignie d'Eleni, dont nous avons desus touchié, en li'sle
d'Albion, qui or est apelée Engleterre, et Corinée, qui estoit
descenduz de la lignie d'Anthenor. Quant il ourent cele isle
prise, qui au tens de lors estoit habitée de
jaianz... »
Note n°10
Omettant une
description géographique de l'île d'Albion et une explication
étymologique de son nom, Cretin s'arrête à ce récit rapporté par
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I
(fol. IIv) : « Et y a quelque histoire qui contient que
incontinent que brutus fut à terre descendu, une petite
bestelette blanche de la forme d'une mustelle que on appelle
ermine s'aparut à luy et se mist sur sa tergette, et s'y tint
quelque peu de temps. Et à celle cause print dés lors Brutus
l'ermine pour ses armes. Toutesfoys aultres ont voulu dire que
le roy Artus le preux print les armines en ses armes pour ce que
miraculeusement la Vierge Marie mere de Dieu se appartu à luy
ainsi qu'il combatoit ung payen en l'isle de Paris, comme il
sera cy aprés recité. » Les GCF, liv. I,
chap. 1 (vol. 1, p. 11) n'évoquent pas l'origine de l'hermine
héraldique.
Note n°11
Bouchart, Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I
(fol. IIv) : « et [Brutus] la [l'île d'Albion] la fist appeller
Bretaigne affin que à jamais il fust memoire de son nom ».
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) :
« L'autre partie de la terre que Brutus retint à son ouès
refu de son non apelée Bretaigne. »
Note n°12
Significativement, Cretin use d'une rime
équivoquée particulièrement recherchée, s'étendant sur termes, pour
indiquer que le fait de trancher entre des sources divergentes ne
sera pas sa priorité : l'essentiel de son entreprise, suggère-t-il
déjà, tient à sa dimension versifiée, laquelle favorise le
divertissement et l'édification, toujours complices, du jeune
roi.
Note n°13
Bouchart, Grandes Chroniques de
Bretagne, liv. I (fol. IIv) : « Brutus aprés qu'il
fust paisible roy departit à Corineus certaine porcion de ceste
terre à estre tenue de luy à tiltre de duché, en laquelle
portion se tira Corineus avecques ses gens et fist appeller
ceste porcion Cornoaille affin qu'il fust à jamais memoire de
son nom, et aussi pour ce que le pa¨ïs est situé en une des
cornes de l'isle de Bretagne. »
GCF, liv. I, chap. 1 (vol. 1, p. 11) : « cil
Corinées out à sa part une contrée de la terre qui encore est
apelée Cornouaille par la raison de son non. »
Note n°14
Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol.
IIv-IIIr) : « Et possida Brutus l'isle de Bretaigne comme roy
par le temps de XXIIII ans, comme recite Vincent au XVIIe livre VIe chapistre de son Speculaire
historial. [...] Aprés que Brutus eust possidé ce
royaulme de Bretaigne par l'espace de XXIIII ans, il trespassa
et delaissa troys filz de luy et Ygnogen sa femme. Le premier
fut nommé Locrius, le II Camber et le III Albanatus. Ces troys
freres partirent entre eulx Bretaigne. »
Note n°15
Cretin renoue au moment de clôre ce
chapitre avec le récit des GCF, liv. I, chap. 1 (vol.
1, p. 11) : « De celui Brut descendirent tuit li rois qui puis
furent en la terre jusques au tens que Anglois, qui vindrent
d'une des contrées de Saisoigne qui ert apelée Angle, pristrent
la terre, des quex ele est apelée Angleterre. » Bouchart,
Grandes Chroniques de Bretagne, liv. I (fol. IIv)
signale le changement de nom sans en indiquer ici la raison :
« et est l'isle qui est à present appellee
Angleterre. »
BnFfr4967 renommee
Non num.
BnFfr23145, BnFfr4967, Vat966, BnFfr5299 om.
Non num.
BnFfr17274 second
Cha514 deuxiesme
Vat966 om.
BnFfr4967 troys ans
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514 Fort
BnFfr5299, BnFfr4967 se
Vat966 s
BnFfr4967 om.
BnFfr17274 Armez
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, Vat966, Cha514, BnFfr5299 froissez
BnFfr4967 om.
BnFfr4967, Cha514 en fin
Vat966 ung
BnFfr5299 bien
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514 prompt et adextre
Vat966 adroit
Aix419 forte
Aix419
et
Aix419 de taille
BnFfr4967 Groffarïus fuyant perdit grandz sommes
BnFfr4967 De ce conflict eut fiere occisïon
BnFfr4967, Cha514 en fin
BnFfr17274, BnFfr23145, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514, Aix419 qu'il eut
Vat966 à
BnFfr17274, BnFfr23145, Aix419, BnFfr4967, BnFfr5299, Vat966, Cha514 à luy vint
BnFfr17274 on dict
BnFfr4967 paisible
Vat966 Par
BnFfr17274 celle
Vat966 mer
Vat966 mer
Vat966 ses
BnFfr23145 om.
Non num.
#BnFfr2817 Fo leçon rejetée