Hv
1v
7v
15v
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60r
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72v
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81v
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90r
92v
97v
100r
103v
106vLe décor renaissance du cadre reprend la métaphore végétale. Une cordelière, longue tige, est soutenue par un putti ailé, peut-être allusion au labeur de l’écrivain ; en bas une fleur de lys rappelle qu’il œuvre pour le roi. Près de Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français, la colonne est composée de boutons floraux tête bêche, qui laissent apparaître un marbre rouge précieux.
Le peintre décrit le climat doux et humide, la douceur du paysage d’Île de France, l’importance de la capitale. Dans le lointain, sur des collines, quatre forteresses se dessinent sous un ciel chargé de nuages noirs, leur ombre semble encore porter sur le toit d’un édifice avec renfort d’angle et cheminée, lieu de résidence du chanoine.Il est situé près d’un bois dans un faubourg à l’extérieur d’une impressionnante place forte à laquelle conduisent, à travers la campagne, deux chemins, encombrés de cailloux, qui se rejoignent devant une porte : image du chemin de longue étude semé d’embûches pour atteindre la grande et belle forteresse du savoir ?Paris se reconnaît à sa double enceinte de Charles VCharles V (21/01/1338 — 16/09/1380) Roi de France de 1364 à 1380 et de Philippe AugustePhilippe II [Auguste] (21/08/1165 — 14/07/1223) Roi de France de 1180 à 1223, inaugurateur du titre et, à l’intérieur, à la densité du bâti. En arrière-plan, domine la forteresse du Louvre, porte méridionale et tour du coin.À droite, au bout d’un chemin, Saint-Denis confirme l’orientation de la fenêtre du cabinet vers le nord.
Le cabinet est dans une pièce au décor renaissant sur le mur, avec un médaillon en forme de mandorle (sujet religieux) et un rond. La fenêtre éclaire l’auteur, les livres qu’il consulte et le pupitre où il écrit ; sa main ne lui fait pas d’ombre.
Le mobilier de bois domine : sous la fenêtre, deux étagères en plan incliné avec rebord et, en dessous, un coffre à livres sur lequel est posé une étoffe bleu brodée d’un semé d’abeilles dorées.Ce meuble fermé est à la même hauteur que le bureau ouvert, isolé du sol, et sculpté, sur le côté, d’un artichaut. Deux livres sont couchés : la tranche gouttière est en avant et le dos de la reliure de l’un fait face au dos de l’autre, ce sont sans doute les derniers de leur pile, les autres sont au-dessus en cours d’utilisation ou prêts à l’être. Sur le dessus, couvert d’un tissu gris clair au motif doré, voisinent un pupitre de lecture et un pupitre d’écriture dont le bas reprend le motif du meuble.Derrière, une tenture bleue semée de coquille ornée de perles dorées, est terminée par un retour arrondi frangé, sorte de dais. Un livre ouvert à la hauteur des yeux de l’écrivain est sur l’unique étagère : le dispositif est raisonné. Le lien étroit entre écriture et lecture est un topos des portraits d’auteurs.
La collection de livres de CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français se définit non par le nombre mais par la disposition qui structure l’accumulation (C. Rabel). Les livres ne sont pas disposés au hasard. Leur répartition sur l’étagère, leur format et leur position évoquent un classement, une organisation. Treize livres ont une reliure rouge, sous la fenêtre huit. Sur l’étagère du haut deux groupes se dessinent : à gauche, trois sont béchevetés, un rouge posé sur un bleu vertical, lui-même posé sur un rouge ; à droite, un vert vertical posé sur un rouge couché et, à distance, un volume plus épais à reliure gris clair. Les gouttières sont tournées vers la gauche pour le bleu, le vert et le gris. Les livres au-dessus des autres sont sans doute les derniers utilisés.L’étagère médiane comprend, posé sur un livre vert et un rouge, un volume étroit ouvert et, à quelque distance, un épais volume relié de rouge, gouttière vers la droite. Au-dessous, sur le tapis, un livre rouge à cabochons est posé sur la tranche de queue ; à côté, à plat et béchevetés, se trouvent un livre gris et un rouge avec tranche dorée et plat orné de filets et décor central dorés.Devant l’auteur, un volume relié de rouge est posé sur petit format gris ; les deux ont cinq cabochons dorés.
Au total, les 21 volumes se distinguent par la couleur de leur reliure, leur format et la façon dont ils sont rangés par auteur, catégorie (sources anciennes, ouvrages récents) ou fréquence d’utilisation (au plus près de l’utilisateur). L’organisation rationnelle traduit aussi le soin de ne pas abîmer les livres, imprimés ou manuscrits. Le livre posé en évidence au premier plan fait question. Le gros volume est appuyé contre le bureau : dos de la reliure sur le sol, tranches de tête et de gouttière très blanches, comme pour la plupart des livres. La reliure de cuir rouge sur des ais épais est pourvue d’un filet or et de cabochons, soit une reliure de type ancien dotée d’un fermoir noir modeste. S’agit-il d’un ouvrage référentiel dont la consultation est ponctuelle, d’un volume trop fort et encombrant pour être posée sur le bureau … ou du premier volume de la Chronique française ?
Ce meuble somptueux, bien agencé, est assorti à une chaise à haut dossier dont l’auteur s’est extrait. Il tient à la main une plume « aspre et tendue » mais il n’y a pas d’encrier. Trois livres sont ouverts avec un format haut, étroit, dont un sur le pupitre de lecture ; Cretin en maintient la page ornée de vignetures traditionnelles. Tous les livres sont justifiés et réglés, sans initiales calligraphiées. L’encre est noire. Aucun des livres ouverts n’est illustré. Sur l’écritoire, se trouve un long feuillet avec titre de la page, emplacement vide pour une initiale et une rubrique calligraphiée, justification à droite et avant dernière ligne interrompue.Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français est debout alors que, depuis les représentations des évangélistes ou de saint JérômeInformations à venir (saint_jerome), les auteurs sont le plus souvent figurés assis : notation intéressante, rendue nécessaire par l’utilisation simultanée et qui se veut fidèle de plusieurs sources.
PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français donne ici un portrait de Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français plus flatteur que celui vigoureux de l’image de dédicace. Il est de trois quart face, en longue robe noire à manches larges, ornée d’une fine ganse blanche. De la toque noire dépassent des cheveux gris. Le visage, menton volontaire, nez long, joue rosée, traits marqués, a une expression de fatigue et de sérénité. Les yeux ne sont plus bleus, les pupilles sont noires. Il est tout à son travail.
Le premier récit illustré du volume évoque l’élimination brutale d’un héritier du
trône secondaire1 par son père
Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
2. Cette pratique tient chez
les Mérovingiens aux modalités de succession définies par le droit : il s’agit
d’éviter des guerres sanglantes pour préserver l’unité du Regnum
Francorum ou du moins de limiter la concurrence. Une longue série de
violences intrafamiliales émaille le volume, répondant à cette économie. Sans le
texte, il n'est guère possible de comprendre le parcours de ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier dans l'image3. Son père4 lui confie une délégation de pouvoir en Aquitaine5. Lui entend en
faire un royaume indépendant. Il se révolte, complote contre le roi et ses
représentants6 et demande de l’aide à son oncle Childebert IerChildebert Ier (01/01/497 — entre 13/12/558 et 25/12/558) Roi des Francs de Paris (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
. À
la mort de ce dernier, le 23 décembre 558, face à ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
qui s'est s'emparé du royaume du défunt, ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier est dans une situation difficile. Il fait
appel aux Bretons, avec lesquels il s'entend grâce à son beau-père7. Le destin tragique de
ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier est ici évoqué en trois
scènes8. La première retient la défaite de son compère
qui, vaincu, s'est réfugié dans l'église Saint-Martin de Tours. ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, faute de pouvoir l'en faire sortir, la fait incendier (v.
449-455). ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier rejoint alors ses alliés
Bretons9.
Intervient alors une bataille meurtrière (scène II). Vaincu, il est capturé, jugé,
condamné et supplicié avec sa famille (scène III)10. Le ciel
bleu qui s’éclaircit à l’horizon occupe peu de place. La composition complexe dessine
trois zones disposées en diagonales. L’image dans le registre supérieur se lit de
droite à gauche ; c'est l’inverse pour le registre inférieur. Le parcours est en fait
circulaire. Il part du siège et de l'incendie de l’église Saint-Martin de Tours, suivent la
victoire de ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
11, le procès du vaincu, le
bûcher et enfin est suggèré le retour à l’église, sa reconstruction pour en expier
l’horreur. Un axe vertical12 établit un lien entre l'église incendiée et le supplice de la
famille de ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier. Le rebelle en est
exclu13, l’auteur condamnant sa révolte14. Le roi
Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
est représenté trois fois,
son fils deux fois.
La composition met en valeur
l’église15.
.
L’image est censée représenter la première basilique décrite par Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge16 : à cinquante pas de
la ville, avec 160 pieds de long, 60 de large et une hauteur de 45, 52 fenêtres,
dont 20 dans la nef17. Ravagée
en 558, elle est encore incendiée quatre fois et reconstruite deux fois ; en 1014,
trois tours sont ajoutées. La tour du Trésor (50 mètres de haut et carré de 10
mètres de côté), qui reçoit en 1175-1180 un placage gothique, comprend deux étages
dont les angles sont dotés de contreforts plats jusqu’au sommet, au troisième
étage. Elle conserve cet aspect ; une horloge est ajoutée au début du XVIe siècle18. Quant à la toiture, où des travaux ont eu lieu aux XIIIe et XIVe siècles, elle
rappelle celle de Saint-Jean
d’Angely. Pour la plupart des lecteurs, la silhouette de l’édifice,
avec ses fenêtres et la tour, est identifiable19. Le peintre n’a
pas la possibilité de reconstituer le monument mérovingien et la reconstruction de
Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
20.
La façade est pourvue de trois marches en pierre puis
de trois en bois, allusion à la basilique dédiée d’abord à saint PierrePierre, saint (Ier siècle avant J.C. — entre 64 et 68) Apôtre du Christ et premier pape de l'Église catholique et saint PaulPaul, saint (5 — entre 64 et 67) Apôtre du Christ et missionnaire, construite au-dessus des
boiseries du premier édifice en 437 par l’évêque BriceBrice de Tours (377 — 444) Saint catholique, pour abriter le tombeau et la chape
de saint MartinMartin de Tours, saint (316 — 08/11/397) Saint catholique et orthodoxe21. À l’entrée, deux colonnes torsadées soutiennent un arc roman,
au-dessus un fronton et au sommet une croix. Des flammes courent sur le toit,
sortent des fenêtres, embrasent toute la porte et l’intérieur.
ConnebaultWiliachaire ( — ) Comte d'Orléans au VIe siècle (?-?)
, soutien de ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier22 qui, défait par ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, s’est réfugié dans l’église, dont
il refuse de sortir. Terrifié, il tente d’échapper en vain aux
flammes23.
L’édifice est cerné par une armée de cavaliers sous un
gonfanon de gueules à la croix d’argent. ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, monté sur un cheval blanc,
porte sur son amure dorée le tabard azur semé de lis d’or des rois de
France. Il est couronné, sa responsabilité est dénoncée par sa position de
profil et son bouclier rouge ovoïde.
À côté du roi, critique implicite, un cavalier à
visage découvert, monté sur un cheval fauve harnaché de cuir non teint
(péjoratif), est proche du bâtiment, mais il n’est pas montré mettant le
feu. Sortant d’un bois, une autre partie de l’armée est composée de
gens de pied de dos, deux avec des boucliers ronds24. Les pointes des lances des hommes qu’ils commandent devant
l’église suggèrent une intervention dans les départs de feu.
ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier
s’étant réfugié auprès du comte de Bretagne ConomorConomor (VIe siècle — 560) Personnage de l'histoire bretonne25, réunit une armée contre son
père. Le texte décrit la bataille de 560 et les bannières levées. Deux sont
représentées : pour ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, un
gonfanon gris à la croix blanche26 ; pour les Bretons, un rouge avec une
figure non lisible. Les flammes des enseignes soulignent le mouvement des deux
armées. Le lieu de l’affrontement n’est pas précisé par le texte. Le champ de
bataille, terrain plat permettant de charger27, est séparé de la scène tourangelle par une colline. Les
chevaux ont un port de tête encolure arrondie, révélateur du même
dressage.
L’armée de ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
se déploie devant une forêt, pour évoquer le chemin
parcouru. Au deuxième rang, les grands, loyaux, qui ont essayé avant la
bataille de l’éviter, ne chargent pas.
Au premier rang, sur un cheval de guerre blanc, le roi
couronné a lâché les rênes, il tient un bouclier bleu laissant la tête de sa
monture à sa gauche, la lance est couchée sous l’aisselle droite. Le peintre
fait le choix de ne pas montrer ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
taillant à tout va avec son épée et découpant ses
ennemis : l’accent est mis sur le mouvement, l’intrépidité de la charge royale.
Il est en armure dorée des solerets à l’armet, sur sa dossière une fleur de lys
en relief28.
Le vers 561 (« Et, par ainsi, de toutes les deux partz ») rappelle que des deux côtés la bataille est meurtrière. Pour l’illustrer, à côté du roi, un cheval fauve a perdu son cavalier. Au sol gisent quatre corps, au milieu de flaques de sang. Un, en bleu, évoque les pertes que le roi redoute et indirectement son imploration à DieuDieu Concept de Dieu dans le christianisme, pour lui donner une victoire sans trop sacrifier de vies. Il est tombé sous un soldat du comte (ou roi) de Bretagne en cotte grise. Un autre Breton en cotte rose, blessé et la main sectionnée, a tenté de fuir29. À peu de distance, un dernier visage a la bouche ouverte, dents visibles, ce qui est rare et renvoie aux vers évoquant la dureté du combat par des comparaisons animalières30. Son poing fermé est le signe d’une grande hostilité, il est blessé au niveau de la taille, c’est-à-dire des parties molles vulnérables31.
Pour l’armée vaincue, un moment précis est figuré :
les deux premiers rangs comprennent quatre combattants en train de fuir, ce que
ne fait pas le gros de la troupe. Juste derrière le comte de Bretagne, monture
fauve et armure dorée, deux combattants chargent encore.
ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier est
reconnaissable à son cheval blanc, avec harnais et selle roses32. Le prince
en armure gris foncé sans éperons, comme ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
33, est
figuré de trois quarts dos, le poing droit dirigé vers lui34. La cordelière à nœuds du cadre35 établit un lien entre la
révolte du fils contre son père, le procès et le supplice inique.
Pour la triade de gens de droit qui ont instruit le
procès, le peintre joue sur l’alternance rose-gris. Leur réaction à l’égard du
supplice n’est pas identique. Un, visage en partie caché, paraît horrifié. Le
second, chapeau rouge, regarde avec tristesse. Les bras croisés, main gauche
index pointé vers le bas, il récuse les modalités de l’exécution, décision du
roi. Au premier rang, le troisième est aligné sur ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
36. Le peintre place sa main droite au bout du sceptre tenu par
le souverain : il en est l’instrument.
Le roi est éploré, yeux cernés, bouche ouverte, une
manière de rappeler sa contrition après la quadruple exécution. Il est en robe
héraldique avec grand col d’hermine. Le revers de sa manche a une polychromie
péjorative. Pour expliciter l’enjeu, son poing droit est en direction de son
fils.
Le peintre décrit la famille du rebelle consommée avec lui, sans corriger
Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français, qui évoque deux fils
au lieu de filles37,
ce qui change la portée politique du drame38. Le visage de ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier exprime une douleur physique et
morale. Le haut du corps, à la morphologie vigoureuse, est de face. Dans
l’effort, pour se tourner vers les siens, apparaît une chemise noire, détail
bien observé. Il a été dépouillé d'une partie de ses vêtements et ne conserve
qu'un pourpoint rose et des chausses grises39. Malgré deux chaînes noires, il a tenté de se
lever du banc sur lequel il a été assis pour être jugé.
À la différence de son époux, ChaldaChalda (VI siècle — VI siècle) Épouse de Chramne, sa jeune femme, aux joues encore
rondes, est en bleu couleur royale. Visage tourné vers le ciel, elle
hurle40. Enveloppée par les flammes, elle se
débat pour se tourner vers ses enfants et illustre la force de l’amour
maternel. Le dossier du banc dont elle a tenté de s’arracher est surmonté d’une
barre.
Dévoré par les mêmes flammes, l’aîné de ses enfants,
yeux roulés, s’époumone, visage levé vers elle. Il est derrière le banc, le cou
sur la barre, à laquelle le lie une chaîne qui enserre la poitrine puis la
taille. La manière dont il est attaché souligne le courage du petit fils de
ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
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Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
.
Son jeune frère en a tout autant. Lié à la barre le
long de l’accoudoir, assis sur le banc, il a réussi à se mettre debout en
arrachant la barre. En se débattant, la chaîne a glissé et l’étrangle ; il
reste entravé par la taille. Son bras droit et une partie de sa robe sont la
proie des flammes, le petit prince repousse le meuble. Aux horribles
souffrances de l’enfant brûlé vif, se mêle une peur panique. Il crie à pleins
poumons et se tourne avec désespoir vers sa mère qu’il voit brûler.
Le bûcher surbaissé est mal construit, de longues
bûches de bois sont disposées autour du banc, un fagot est posé contre la robe
de la mère, des bûches sont aussi accumulées près du petit prince. ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier, les flammes dépassant à peine son
visage, va mourir le dernier en voyant le martyr des siens. ChaldaChalda (VI siècle — VI siècle) Épouse de Chramne et ses enfants sont placés précisément
sous la basilique Saint-Martin41
La construction de l’image accorde au supplice42 ordonné par
le père le premier plan et la plus grande surface. Il est pour le peintre
l’essentiel, là où pour l’auteur le pillage des biens de l’Église est la faute
première de ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
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, dont seule la
révolte de son héritier le détourne. Cretin moralise : l'histoire est un
exemple pour tous les enfants car toujours les pères doivent être obéis (vers.
590 : « Estre envers eulx si desobeÿssans »). Sinon, par juste jugement, le
fils selon ses démérites risque d’être jugé selon la loi humaine par la justice
- royale - et d’en subir la rigueur. L’artiste souligne le caractère effroyable
d’un châtiment qu’il dénonce comme une vengeance diabolique. Le portique qui sert de cadre, discret
espace de liberté d'expression, est surmonté de trois arcs
surbaissés43 et
comporte une frise bleue et or44 au répertoire renaissant affirmé. La superspositon
de colonnes, à gauche, souligne le passage de la bataille au
supplice45, son dernier tiers comprend deux colonnettes devant un
panneau gris clair, sorte de cénotaphe des deux enfants royaux suppliciés.
En bas, au droit des époux, deux branches d’acanthe, symbole après l'épreuve
de la gloire des martyrs, sortent de la bouche d'un diable, visage de face.
Un mufle apparaît sous le cadre et deux hybrides démoniaques, répartis de
façon symétrique de part et d'autre, en sortent marquant la réprobation du
peintre Jean PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français.
L’auteur, parmi les crimes du roi Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
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(497-561)1, ne retient que l’affaire Gauthier d'YvetotGautier d’Yvetot ( — ), évoquée par Robert GaguinGaguin, Robert (1434 — 22/05/1501) Philosophe et historien français2. L’animosité royale, suscitée par une cabale
d'envieux (v. 689-691)3 a
provoqué un long exil de ce bon et loyal serviteur. Sur le conseil du pape, il tente
de renouer avec le prince, en se présentant devant lui dans une église. Le roi, sous
le coup de la colère, le tue.4 Le peintre suit le texte avec
une composition audacieuse et synthétique qui utilise le nombre d’or. La scène se
situe, ce que ne précise pas le texte, dans l’église de Soissons, capitale du royaume de
Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, soit une unité de lieu. L’identification des personnages est
facilitée par leur situation dans l’image, leur position, leurs gestes, les costumes
et le choix des couleurs. L’ensemble des corrélations s’accorde avec le jugement
moral et politique porté par l’auteur. L’office du Vendredi Saint, célébré
l’après-midi, permet de dater l’événement avec une précision rare (v. 788). Le quart
supérieur met en scène RadegondeRadegonde (518 — 15/08/587) Reine des Francs (539-?)
Sainte catholique, religieuse à Poitiers que Cretin confond avec
Aregonde5. D’après Venance FortunatVenance Fortunat (530 — 609) Évêque et poète du Bas-Empire romain, Radegonde, fille du roi
de Thuringe et prisonnière de Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, devient son épouse en 535. À la suite de
l’assassinat de son frère par son mari6, elle décide de s’enfuir et entre en
religion7. À la faveur du meurtre de GautierGautier d’Yvetot ( — ), le peintre aménage la version
retenue par Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français (v. 672-674).
L’espace sacré, un tabernacle, est délimité par une
tenture rouge et or et quatre anges chacun sur une colonne. Ils tiennent les
arma christi : la torche des gardes venus arrêter
Jésus, la colonne de flagellation et le roseau, de l’autre côté la couronne
d’épines et l’éponge, en dernier la lance penchée dans la direction de
RadegondeRadegonde (518 — 15/08/587) Reine des Francs (539-?)
Sainte catholique, religieuse à Poitiers que Cretin confond avec
Aregonde : elle s’associe à ses
souffrances. Sur l’autel, un retable évoque le Christ en croix entre MarieMarie Mère de Jésus-Christ et JeanInformations à venir (jean). Le choix des couleurs est mélioratif : rideaux vert semé
d’or, nappe d’autel blanche au bandeau rouge et or, dais et devant d’autel gris
et or. Le moment retenu est intense. Le célébrant, après avoir présenté à
RadegondeRadegonde (518 — 15/08/587) Reine des Francs (539-?)
Sainte catholique, religieuse à Poitiers que Cretin confond avec
Aregonde la croix pour faire
mémoire de la Passion, la tourne vers la partie féminine des fidèles8.
La reine à genoux sur une estrade devant une
clôture9 de bois aux panneaux décorés, donc encore en
dehors de l’espace sacré du sanctuaire, regarde le cocélébrant qui tient une
patène avec le pain consacré la veille. Sans couronne (elle a renoncé à son
statut), ni nimbe, en costume à la mode du temps, robe de brocart d’or, voile
noir, elle va communier après s’être prosternée pour rendre hommage à la croix,
rappel de sa vénération pour un fragment de la Croix, qu’elle ne quitte pas.
L’image établit un lien – une diagonale les unit - entre la vocation religieuse
(et la décision de RadegondeRadegonde (518 — 15/08/587) Reine des Francs (539-?)
Sainte catholique, religieuse à Poitiers que Cretin confond avec
Aregonde d’entrer
en religion) et l’homicide de GauthierGautier d’Yvetot ( — ), un martyr (v. 788).
Dans l’église, les fidèles sont séparés : les femmes, à gauche avec une stalle vide et les hommes à droite agenouillés sur le sol10, sauf un assis bras croisés, un livre ouvert sur les genoux11. Le texte ne précise pas s’il s’agit du chœur dont les laïcs sont exclus ou de la nef. En fait, l’office de la Croix, qui comprend la présentation puis la vénération de la croix12 prévoit que les fidèles à ce moment là s’avancent jusqu’à l’entrée du sanctuaire13 pour passer devant la croix et lui rendre hommage par une simple génuflexion14. Au centre du chœur15, huit chantres debout, devant un lutrin, chantent l’office16. Ils sont séparés de l'assistance par un banc coffre sur lequel sont posés trois livres liturgiques.
Dans la nef, très courte, se trouvent le
roi et un groupe de fidèles. Trois gardes royaux armés de hallebardes17 à gauche,
dont deux figures monumentales, se sont laissés surprendre18 : un tourne le dos à la scène, un autre ne la voit pas, le
troisième (le chef de la garde), en chapeau rose et vert19, n’a pas le temps
d’intervenir. Les fers des armes proches de la stalle laissée vide rappellent
peut-être que la reine a fui et que ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
a tenté par la force de la récupérer.
Au premier plan, la quasi totalité de la hauteur de
l’image est occupé par un dais azur fleurdelisé, dont dont le dessus rouge et
or, comme la tenture derrière l’autel, souligne la sacralité de celui qu’il
honore20. Une différence de couleur et de
taille des fleurs de lys, des plis suggèrent la présence d’un drap d’honneur
sur le trône royal.
Le roi est vêtu d’un ample manteau, aussi noir que sa
colère (v. 794, fureur comme celle du guerrier dans le texte), doublé d’hermine
sur une robe de même couleur que celle de son épouse. Il porte sur sa toque
rose une petite couronne et un affiquet. L’enlumineur ne donne pas
d’information sur la provenance de l’arme21. Les sourcils froncés, le roi donne à GauthierGautier d’Yvetot ( — ) un coup mortel, de bas en
haut, à travers les parties molles, atteignant à coup sûr le cœur - geste
technique (v. 796-798)22. Un flot de
sang s’écoule.
Les deux princes à droite, l’un tenant un livre
ouvert, n’ont pas le temps de réagir, pas plus que le groupe de fidèles.
GauthierGautier d’Yvetot ( — ), sidéré et effrayé, les yeux tournés vers le ciel, en
robe courte du même gris que le devant d’autel et le dais qui le surmonte, a
sur les épaules une cape d’hermine, allusion au titre royal, que sa lignée
reçoit en réparation23.
Le roi ayant agi sous le coup de la colère, une contrition est possible. Un wergeld vient compenser le meurtre : à cas énorme, réponse exceptionnelle et... légendaire, la royauté d’Yvetot datant du XIe siècle. Le rôle du pape AgapetAgapet Ier ( — ?) Pape de l’Église catholique romaine (535-536), qui accorde à GauthierGautier d’Yvetot ( — ) soutien et conseil, lui donne un bref pour le roi dont la lecture suscite sa colère (v. 791-794) et envoie un rescrit après le meurtre (v. 827), n’est en rien évoqué24.
La puissance du roi de France vient de Dieu, aucune limite n’est posée à
l’exercice de son pouvoir. Agissant sans conseil ni contrôle et n’étant pas maître
de lui, il se comporte en tyran, soit une leçon pour François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
25. S'il assiste à la messe
tous les jours, il est décrit comme coléreux et supportant mal la
contradiction26.
Il gouverne par conseil... en rappelant qu’il n’en a pas statutairement
l’obligation. Le discours moral des humanistes est de maîtriser sa
colère27, l’auteur les suit.
Le peintre saisit avec lui, à travers l’affaire, d’autres enjeux politiques en
quelque sorte en suspens.
La localisation dans l’église et le moment sont évoqués par le pape Agapet IerAgapet Ier ( — ?) Pape de l’Église catholique romaine (v.
810-816) comme autant de circonstances aggravantes. Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français met sous la plume du pape le terme de sauveté (v.
811), rappelant que l’église, domaine sacré, est un lieu de refuge protégé par des
interdits. Asile inviolable, elle est une zone d’exterritorialité, qui contrarie
l’exercice de la justice royale. François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
finit par éteindre ce privilège
d’immunité par l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 (art. 166). L’auteur
dénonce le crime, « cas énorme, vilain crime et homicide immunde », sans le
qualifier, avec prudence, de sacrilège ou de profanation (délibérée) ou de crime
de lèse-majesté divine et sans rappeler qu’il implique un rite pénitentiel de
purification. L’appel à la contrition du pape est assorti de la menace
d’une « censure » (v. 831-834), en fait de l’interdit personnel et plus grave,
celui jeté sur le royaume avec suspension des sacrements. Le risque politique
n’est pas précisé, c'est une question délicate : Dieu peut renverser le roi en
permettant à ses ennemis de le vaincre, mais la désobéissance, la révolte de ses
sujets restent exclues.
Enfin, le lieu du crime et son moment fondent l’argumentation juridique des
praticiens et avocats du roi, qui l’amènent à accorder à la famille du défunt des
terres de la couronne en toute souveraineté (v. 850-860)28. Or l’inaliénabilité (et l’imprescriptibilité) du domaine royal
est inscrite dans le serment du sacre depuis Jean
IIJean II de France (26/04/1319 — 08/04/1364) Roi de France de 1350 à 1364 et Charles VCharles V (21/01/1338 — 16/09/1380) Roi de France de 1364 à 1380. François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
la
rappelle à plusieurs reprises et, à sa mort, lors de l’avènement d’Henri IIHenri II (1519 — 1559) Roi des Francs (?-?)
Fils de François Ier, elle est consacrée juridiquement par le
mariage du roi et de la Res Publica qui apporte en dot le
domaine de la couronne.
Au moment de la rédaction du volume II de la Chronique française,
consacrer à l’origine de la royauté d’Yvetot 192 vers (v. 680-872) ainsi qu'une
peinture tient aussi à une actualité prégnante, en lien avec la question du droit
à la garde noble29. Ce dernier est combattu ou aboli sous l’impulsion des
commissaires royaux hostiles aux gardes fructuaires, un point de crispation dans
les relations du pouvoir royal avec la noblesse30.
Or depuis 1503, à Yvetot, par le jeu des successions pour la royauté et
seigneurie, plusieurs familles se la disputent, y compris devant la cour du
parlement de Rouen31. François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
qui
intervient en 1519 en confiant la garde de l’héritière au curé d’Yvetot, qu’il
vient de présenter, se substitue au roi et seigneur d’Yvetot pour la présentation
à la cure et confie la garde de l’unique héritière au curé et non à sa mère, soit
une double atteinte juridique. Or la royauté d’Yvetot a, sans solution de
continuité, vu ses privilèges reconnus par plusieurs actes officiels, y compris
aux XIVe et XVe siècles,
encore en 1495. Dans ce contexte, retenir l’épisode en soulignant la faute
originelle de Clotaire vaut en quelque sorte reconnaissance de cette royauté et du
nécessaire respect par la puissance royale de la loi divine32, ménageant la
susceptibilité de la famille et surtout celle des Normands, des Grands33.
Le fronton du portique, qui sert de cadre
à l'image, soutient une cordelière34. François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
opte avec toute la
famille royale pour la cordelière à grains franciscaine adoptée par Anne de BretagneAnne de Bretagne (1476-1477 — 09/01/1514) Duchesse de Bretagne et deux fois reine de France (1477-1514) et Claude de FranceClaude de France (13/10/1499 — 20/07/1524) Pénultième duchesse de Bretagne, reine de France et première épouse de
François Ier à laquelle Louise de SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier a fait ajouter les
nœuds de la cordelière de Savoie35. En bas,
une tête de face (valeur péjorative) est sans doute une allusion aux envieux,
dont les faux rapports suscitent la haine du roi (v. 691-694). Des feuilles
d’acanthe sortent de sa bouche, symbole du triomphe sur les épreuves de la vie
et la mort. L’épreuve surmontée s’est transformée en gloire.
Après le partage du regnum Francorum entre les quatre fils de
ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
Ier1 et deux
mariages royaux2, débutent de sanglantes guerres civiles (570 à 613). Caribert IerCaribert Ier (520 — 567) Roi des Francs de Paris (561-567)
est tancé en vain, par saint
GermainGermain de Paris, saint (496 — 28/05/576) Evêque de Paris, évêque de Paris3, à propos de ses concubines (v. 1067-1112) ; GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne ne se comporte pas mieux. SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
, à la vie exemplaire, décide alors de se
marier avec BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
(fol. 18v-19r).
GogonGogone, « maître du palais »4,
accompagne BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
depuis l’Espagne
(fol. 20r)5. Reine, elle le prend
en haine et le fait assassiner (fol. 20v). Sigebert
IerSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
abusé par le discours de son épouse, ne s'émeut
pas de la mort du noble et vaillant comte (fol. 21r)6. La scène est
sans réalité puisque Sigebert IerSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
meurt en 575 et GogonGogone est éliminé en
581.
L’image dit plus que le texte (la mort de GalswintheGalswinthe (540 — 568) Reine des Francs de Neustrie (567-568)
Reine de Neustrie), autre chose (la carrière de GogonGogone) et interprète le récit en le censurant et
en l’étoffant. Le peintre oppose dans un joli paysage, sous un ciel clair, deux
scènes dans le quart supérieur gauche et deux dans le registre inférieur : le lien entre elles est établi par une tour, à dôme
doré, qui appartient à l’ensemble palatial. La surface considérable occupée par
le palais, adossé à la ville de Metz,
capitale de l’Austrasie7, donne à voir l’enjeu de pouvoir. L’image
juxtapose de manière audacieuse plusieurs moments et donne une synthèse
signifiante : deux rois en exercice, sur quatre figurés. CaribertCaribert Ier (520 — 567) Roi des Francs de Paris (561-567)
, l’aîné8, sans couronne - il est
décédé (v. 1100-1112) –
et devant lui GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne9, couronné, qui lui succède (v.
1113), entendent les remontrances de l’évêque
saint GermainGermain de Paris, saint (496 — 28/05/576) Evêque de Paris (v.
1100-1101), alors que dans le texte il ne tance que le premier. Le
second, mains doigts croisés, écoute sans tenir compte du propos, ce que
l’auteur reproche au premier (v. 1112). La raison de l’admonition est leur
lubricité, vice maudit (v. 1103, 1119, 1121, 1131-1133). Elle se devine
indirectement par l’arrivée de deux futures reines. Elle traduit l’efficacité,
au demeurant relative, de la parole du saint sur les deux autres
frères.
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
,
en robe rose, arrive la première (v. 1150-1151) ;
derrière elle, son époux SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
Ier et, à ses côtés, sa sœur aînée GalswintheGalswinthe (540 — 568) Reine des Francs de Neustrie (567-568)
Reine de Neustrie, que le texte ne mentionne pas
encore car elle épouse Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
plus tard. Elle est représentée
bras croisés, comme une morte : elle va être assassinée par son mari, ce que le
programme choisit de ne pas montrer, à la différence de nombre d’exemplaires
des Grandes Chroniques de France10.
GogonGogone a posé
une main sur son épaule : il l’escorte, alors que le texte indique que c’est
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, dont il a négocié le
mariage (v. 1123-1124). Escorter l’aînée, épouse exemplaire et martyre est
sans doute plus valorisant. Le gouverneur du
palais pose l’autre main sur le jeune Childebert
IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais, qui prie. La peinture se dissocie du texte qui n’en dit rien :
GogonGogone est son nutricus, son tuteur, il vit près de lui. Chargé de son éducation, il
exerce la régence à la mort de Sigebert IerSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
, pendant six ans11.
La troisième scène, au second registre, intervient dans une salle du palais12. Le
peintre puise dans le répertoire renaissant pour en dire la richesse et la beauté :
médaillons de marbre, moulures, etc.
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, sans couronne, revêtue
d’une robe rose comme précédemment13,
donne ordre de l’assassinat14.
SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
15, au centre de la pièce, se tourne vers la reine, approuve à tort - main gauche - son discours,
et montre son hostilité à GogonGogone, poing droit fermé16. Le maire du palais
(v. 1127), a un costume luxueux, qui dit le prestige de son activité : il est
vêtu d’un court manteau noir doublé d’hermine, sur une robe de brocart or, sur une fine chemise blanche
et botté17. Il a mis un genou à terre et s’est décoiffé pour s’adresser au
roi.
Sur le seuil du palais, à son départ, il est surpris par les assassins, à la
solde de la reine18
et tombe, étranglé par un lacet (v. 1254-1256)19
. Un témoin20,
qui représente l’opinion de beaucoup (v. 1258), regarde le couple royal et déplore
l’assassinat. Le groupe qui occupe un tiers de la largeur de l'image est construit
sur des lignes diagonales orientées vers la droite,
qui rendent compte de la rapidité et de la violence de l'attentat.
À cette agitation brutale s'oppose le chagrin du témoin droit, digne,
qui semble vouloir informer du drame le couple royal21.
Sigebert IerSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
, abusé par le discours de sa femme, ne s’émeut pas de la
mort du noble et vaillant comte (v. 1258).
Le fronton triangulaire du cadre est
au-dessus de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
et de GogonGogone22. À gauche, deux colonnes
superposées et un pilier quadrangulaire mince symbolisent sans doute SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
et BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
,
partagent le même chapiteau et la même base. Entre les deux, une étroite bande bleue
les unit, à l'image du couple dans l'exercice du pouvoir. À droite, une seule
colonne, plus épaisse, rappelle le rôle de soutien du fidèle et dévoué serviteur.
Sur le bas, deux feuilles d’acanthe, pour célèbrer sa mémoire, se réunissent sous
GogonGogone.
Le discours politique et moral sur la puissance royale sans limite et dévoyée condamne ici un roi à la personnalité faible23, qui laisse une influence maléfique à son épouse. Princesse wisigothique24, élevée à la romaine, elle entend jouer un rôle politique fort, d’où sa haine à l’encontre du maire du palais, dont la réputation fait ombrage au couple. Un siècle plus tard, les jeux sont faits en faveur de l’aristocratie. Au début du XVIe siècle, le public de lecteurs, compte tenu de l'actualisation par l'image, cherchait sans doute des clefs, analogies désobligeantes25.
Après les premiers affrontements de la guerre civile de 568, au traité
d’Andelot en 5741, elle reprend en 575. ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
2 attaque,
abandonné par GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne3, mais SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
le force à se replier. Il s’enferme alors dans la vieille
place forte de Tournai, jugeant la
situation désespérée. SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
4 renonce à le poursuivre et
se dirige vers Paris, qui lui
ouvre ses portes. Malgré l’intervention de l’évêque Germain de ParisGermain de Paris, saint (496 — 28/05/576) Evêque de Paris, il décide ensuite d’en
finir avec son demi-frère et l’assiège dans Tournai, laissant la faim faire son œuvre. L’issue
paraît inéluctable. La lecture de l’image commence par le registre inférieur : le
siège de la place puis la préparation de l’attentat dans ses murs.
La composition souligne la situation terrible des
assiégés : ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et son épouse,
réfugiés là (v. 1762 : « Fors qu'en fuyant dedans Tournay tournerent. »)5.
Une partie de la ville, rive gauche sur le site de la première implantation
romaine, occupe les quatre cinquièmes de la hauteur de l’image. S’étend, autour
de l’axe central, une tour ronde d’angle surmontée d’un dôme doré.
L’Escaut qui
traverse la ville, coule sous ses murs jusqu’au pont Notre Dame6,
sous lequel il s’engouffre. Le prestige de la première capitale des
Francs Saliens est souligné par ses toits en coupole sur les tours carrées ou
rondes ainsi que le pavement des rues. Le peintre sait distinguer deux étapes de
la construction avec au premier plan, suivant les sources écrites qui évoquent les
murs en pierre de l’enceinte romaine, une courtine en opus
incertum dotée d’un mâchicoulis et de canonnières. Face au camp de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
, une double enceinte est commandée par une tour carrée
occupée par des défenseurs.
La ville est dominée par la cathédrale Notre-Dame, au toit d’ardoise, et
son imposante tour clocher7.
Le peintre distingue deux quartiers :
l’un, derrière FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, constitué
de deux maisons en pierre ; et l’autre, après la porte et le pont, avec quatre
maisons en pans de bois de belle hauteur, qui rappellent la richesse et la
puissance de sa bourgeoisie.
La moitié de la ville est encerclée (v. 1767-1768) :
au premier plan une batterie de six pièces d’artillerie mobiles, avec servant
d’artillerie, a déjà endommagé la courtine8. Malgré l'intervention de GermainGermain de Paris, saint (496 — 28/05/576) Evêque de Paris qui l’avertit de ne pas « mectre
main au propre sang » de son frère (v. 1805-1808)9, SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
, roi d’Austrasie,
dirige le siège10 : couronné, en tunique bleue sur son armure dorée,
botté11, il tient un bâton de
commandement et désigne la ville au capitaine à sa droite, visage découvert
comme le roi.
Leurs troupes en armures complètes et armées de lances
sont rangées sous un étendard de gueule au solifuge d’or (ils ne sont pas
encore chrétiens), préfigure du soleil, un des emblèmes de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
.
Le roi, qui fait frapper des écus avec ce motif, est, pour ses thuriféraires,
un second soleil encore en 153812.
Dans la ville, FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, ancienne esclave devenue reine, en robe or aux
manches ourlées d’hermine, prépare l’assassinat. Elle est en marche, pour
signifier qu’elle a l’initiative de l’attentat (v. 1771-1772)13. Les sourcils arrondis ainsi que le regard en coin
contribuent à l’expressivité du visage.
Elle prend à part (v. 1775) les sicaires, qualifiés de
paillards, nom donné à une troupe d’infanterie et de truands prompts à mal
faire (v. 1773-1774)14. Ils se sont découverts devant elle et concluent un
marché dont le texte donne la teneur (v. 1778-1781). Ils n’ont pas le costume
de l’emploi, car ils ne pourraient pas accéder à la reine sans cela. Surtout
l’auteur les dédouane. Les malheureux, qui risquent leur vie et la damnation,
ont été trompés (v. 1789-1790) : la reine leur promet, s’ils sont tués, de
faire des fondations pieuses pour obtenir leur pardon15, ce
sont donc de bons chrétiens.
FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
a décidé, seule d’après le
texte, de retourner la situation, alors que les armes ont été favorables à
SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
.
Dans le registre supérieur, la composition est circulaire : de droite à gauche,
l’assassinat et le massacre des assassins, puis en bas de gauche, à droite, la
sortie de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, annonce de la
victoire permise par le crime. Sur un fond de paysage très vallonné, le ciel clair
ne laisse pas deviner que la scène intervient de nuit et fait contraste avec le
déchaînement de violence dans le camp de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
16. Il est composé de huit pavillons somptueux : trois
rouge, quatre gris, brodés d’or, avec boule sommitale17. Ils sont disposés par groupes de trois.
Une foule considérable de combattants, tous en armure, se presse entre les
tentes.
Sous un gonfanon vermeil au solifuge d’or, la tente
royale rectangulaire est rose doublée de gris. Ses pans s’ouvrent sur le lit :
la courtepointe bleue semée d’annelets blancs et les draps sont souillés du sang
de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
, frappé au front d’une
blessure mortelle.
Deux gardes au statut inégal, alertés par les cris,
sont intervenus aussitôt. Les assassins gisent déjà au sol avec leurs épées,
découpés comme de la chair à pâté, dit le texte (v. 1799-1802). Ils sont
identifiables par leurs vêtements civils, qui traduisent aussi le caractère
suicidaire de l’opération spéciale. L’auteur ne précise pas qu’ils ont tué
SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
avec des scramasaxes
empoisonnés. Le reste de l’armée n’a pas eu le temps d’intervenir18.
Un troisième garde, visage découvert et bouche ouverte,
évoque le grand bruit (v. 1815-1822) suscité par l’attentat. Le tumulte
alerte les assiégés (v. 1821-1828), qui réagissent.
Chilpéric Ier de NeustrieChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, roi débauché, sous
l’emprise de son épouse, sort de la ville, par la porte Notre-Dame, à la tête
de sa cavalerie et devant un de ses généraux. Il est en partie caché par la
tour de l’entrée, mais sa couronne et son cheval blanc harnaché de bleu ne laissent pas de doute
sur son identification. Sans se contenter de l’annonce faite en riant par
FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
(v.
1831-1832)19, il ne
lance cette sortie qu’après confirmation du décès de son frère : ainsi il n’est
pas associé à l’attentat qu’il n’a peut-être pas souhaité ni
organisé20.
Il se dirige aussitôt (v. 1836-1837) vers l’armée du
défunt, suscitant la surprise et l'effroi21,
d’un capitaine ennemi au premier rang et de haute stature.
La composition synthétique rend compte des différentes étapes de l’événement, l’intention
fratricide de Sigebert est condamnée au moment où
François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
négocie à Londres un accord avec Henri VIIIHenri VIII (28/06/1491 — 28/01/1547) Roi d'Angleterre et d'Irlande, de 1509 à 1547
pour une paix perpétuelle22,
le 2 octobre 1518, et
et la rétrocession de Tournai23.
Elle souligne aussi le rôle décisif de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
(545-597).
L'ancienne esclave ambitieuse et sanguinaire, par rejet social, devient un contre-modèle idéal.
Elle pratique la trahison et use de violence comme BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
(534-613), sa rivale. Mais elle s’en distingue par son mobile, qui
se limite à son aventure personnelle - maintenir sa situation à tout prix24 - et sa
perversité. Au début du XVIe siècle, la tension entre
ce qui relève du privé et du public colore les régicides mérovingiens et en
renouvelle l’intérêt.
Le cadre monochrome oppose à gauche, deux
colonnes jumelées et superposées à l’image du pouvoir partagé entre ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
25 et à droite, deux pilastres
superposés, pour SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
et son épouse.26.
Le tout est orné d'une cordelière. Celle-ci court sur le sommet de l’arc déprimé27, s’enroule à gauche au
niveau de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, à droite près
de la tente de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
. Elle donne
à voir le lien entre la commanditaire et sa victime et ce qui se joue : la
royauté sur les deux tiers du regnum Francorum28. En bas,
deux acanthes sortent de la bouche d’un visage de face, pour déplorer, comme
Marius d'AvenchesMarius d'Avenches (circa 530 — circa 596) Saint, évêque d'Avenches (puis de Lausanne), la
disparition du héros triomphant abattu par ruse.
Après l'assassinat de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
1, ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
2 charge son fils
aîné, MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier, d’envahir le Poitou, en 576. Mais le prince n’en fait rien. Il
s’arrête à Tours, va à Rouen, où se trouve sa mère AudovèreAudovère (533 — 580) Reine des Francs de Neustrie (561-566)
Première épouse de Chilpéric Ier3 et épouse BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
4 veuve de
SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
. Le roi, à marche forcée, se
dirige vers Rouen. Le jeune couple se réfugie
dans une église et finit par se soumettre. MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier est tonsuré, ordonné prêtre5. Il s’évade se réfugie à Saint-Martin-de-Tours6, en 577, puis tente de fuir en Champagne. Son père décide d’en finir : par ruse, il attire le
rebelle à Thérouanne7 : encerclé, il
se suicide8.
La composition réunit quatre scènes9 et accorde une place particulière à l’espace naturel : au premier
plan, devant une barre rocheuse, une grande plaine où les troupes sont disposées
autour de l’église Saint-Martin-du-Pont-de-Rouen. L'aile
gauche se dirige vers l’arrière de l’église, sous le commandement d’un général
en armure10 renaissance et enveloppé d’une sorte de paludamentum court. La selle de son cheval et la housse –
en deux parties, à la mode début XVIe siècle - sont
bleues. Les postes de commandement sont confiés aux nobles les plus fidèles à
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
(v. 2067-2068).
Au centre, le dispositif est le même. Tournés vers le
porche avant de l’église, deux chefs sont de trois quarts dos : le roi seul est
visible en entier11. Son
paludamentum rose rappelle celui pourpre de
l’empereur romain12. Il n’a pas de couronne
sans doute parce qu’il investit l’église de Saint-Martin-du-Pont de
Rouen.
Au troisième plan, l'aile droite est prête à en
découdre. Elle est mixte, composée de gens de pied13 avec hallebardes, commandés par un capitaine avec un grand
bouclier rond14, qui regarde un général dont il
attend les ordres. Ce dernier est au premier rang de la cavalerie
lourde15,
bien supérieure en nombre ; au-dessus flotte un étendard rose avec une croix et
le chrisme16.
Pour la deuxième fois dans le volume, apparaît une
église dédiée à saint Martin17, celle de Saint-Martin-du-pont-de
Rouen. Grégoire de
ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge indique que le couple s’est réfugié en 576 dans une
basilique sur les remparts18. Selon Guillaume
CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français (v. 2060-2061), elle est
fortifiée. Attestée encore au Xe siècle, il s’agit
au début d’une simple chapelle en planches de bois construite à côté ou sur
l’une des portes de la ville19. Incendiée et reconstruite plusieurs fois elle se
présente en 1526 dotée d’un clocher pyramidal en bois spectaculaire20. Ici, avec une petite croix en guise d’épi de
faîtage, le toit est en bois comme celui du clocher21 construit sur son arête. Un tiers de l’image montre l’intérieur
de l’église par le procédé de la mansion. Le peintre insiste sur la qualité du
décor intérieur : sol carrelé, autel sur une estrade devant une tenture bleu
semé d’annelets d’or, retable en bois prolongé par un petit rideau gris, nappe
blanche et antepandium bleu. En arrière plan, avec deux
fenêtres22 et deux colonnes torsadées en marbre rose23.
Le tout paraît loin de l'établissement
primitif, sinon de la basilique du Ve siècle. Le
bâtiment est flanqué d’une tour, construction plus récente24.
Intervient ici la première scène. Le peintre suit le texte. Les époux Mérovée IIMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier - BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
sont poureux : visages tournés
vers la gauche comme pour fuir.
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
,
sans couronne, a les mains jointes, doigts croisés : geste d’intense
supplication, avec les genoux semi-fléchis. Elle est en longue robe rose aux
grandes manches ourlées de fourrure tachetée (péjorative), sur ses cheveux
blonds est posé un voile noir brodé d’or. Mérovée IIMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier, au visage juvénile, fils aîné de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, prince héritier en a les
attributs. Coiffé d’un chapeau rose-rouge avec un affiquet, il porte une
tunique grise au col d’hermine dont les larges manches ont glissé sur le bras
découvrant une chemise pourpre. Les chausses sont bleues pour rappeler son
appartenance à la famille royale et son statut. Ses bras sont croisés, il est
partagé25.
La deuxième scène se situe dans un espace de
transition : le seuil. Dans le narthex (ou avantnef), les voussures et le décor
sont renaissants, avec médaillon de marbre rose, corniche cannelée, moulures.
Le portail est surmonté d’un arc en accolade, typique du gothique, avec une
fleur de lys. Il repose sur deux colonnes ornées d’un filet qui encadrent la
reine au moment où elle franchit le seuil, peut être symbole de la perversité
de BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, tante et épouse de
MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier. L’image est pleine de
mouvement.
La reine est en train de sortir, penchée en avant. De
la main, elle indique qu’elle va suivre son mari et regarde Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
. La soumission intervient au bas des marches, sur le
sol de terre battue, le caractère contraint est souligné par le dispositif des
troupes. Mérovée
IIMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier a une tunique plus courte pour montrer son genou à terre. Il
s’est découvert, sa main touche celle du roi26.
L’accent est mis sur sa chevelure châtain foncé, qui rappelle indirectement
qu’il est ensuite tonsuré27.
Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, sur un cheval blanc, est en
civil28. Alors que MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier a un large col d’hermine sur les épaules, lui en a un
bleu et, sur son chapeau à rebras noir, figure une couronne à courts fleurons.
Visage fermé, il se penche pour prendre la main de son fils qui pleure29. Le bon
accueil30 que le roi réserve au couple n’a qu’un
temps.
Sur le même axe intervient l’épilogue : après être
sorti de la franchise de l’église de Tours31, MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier part loin, avec une petite
assemblée, en Champagne, puis est
attiré en Neustrie par l’annonce du
faux ralliement de Thérouanne32. Sur fond de paysage de collines, avec
forteresse sommitale, la scène intervient dans une plaine.
À droite, le fugitif est fait prisonnier par le chef d’une cavalerie, armée régulière
dont rien dans le texte n’indique l’appartenance. Incestueux, révolté contre
son père, qu’il a affronté en armes et défroqué, MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier, visière de son bacinet levée, est désormais déprécié
par ses lèvres charnues et son gros nez33. Cinq combattants, ses compagnons, sont derrière lui à la
lisière de la forêt : le premier a les traits d’un diable34, le
groupe étant condamné pour l’avoir aidé. Le texte
explique qu’après sa capture, sans indication de qui le capture, par crainte de
tomber aux mains de son père et par désespoir (v. 2116)35, il contraint un de ses parents
à lui donner un coup mortel. Celui qui le tue, son parent, coiffé d’un armet et
visage découvert, comme MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier, est
ici sur un cheval blanc au harnais bleu. Issu des rangs de l’armée royale, il
fonce vers le captif, le frappe dans le dos en le transperçant de son épée,
tout en le maintenant. Le suicide, qui plus est par un tiers et sur ordre,
étant condamné par l’Église, devient exécution par surprise. Le droit des
armes interdit la mise à mort d’un prisonnier de guerre sans arme36, ici il s’agit d’un réprouvé, condamné et en fuite, soit au
XVIe siècle un mauvais geste, licite, compte tenu
de la personnalité de l’exécuteur. Dans le ciel dégagé, sous un nuage bleu foncé,
la scène conclut un tragique et inéluctable enchaînement : la soumission du couple
jugé illégitime, puis après la fuite du fils révolté, son suicide. BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, ayant subjugué le jeune MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier et accepté une union incestueuse, par
ambition et à des fins politiques37, a une large
responsabilité dans le drame38.
Le cadre est surmonté d’un arc déprimé et
d’une cordelière à nœuds. Elle s’arrête au niveau de la toiture de Saint-Martin-du-pont-de-Rouen et, à droite, se prolonge
jusqu’au gonfanon de l’armée de Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
. Le portique comprend une colonne,
près du couple, et un pilastre orné de panneaux au décor renaissance sur fond
bleu (candélabre, cassolette, végétaux, oiseaux), près du roi. Sur le socle
d'un médaillon, en bas, figurent trois motifs d’acanthe. Le peintre attire
l’attention sur Chilpéric Chilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et
approuve son action.
Le cinquième Concile de Paris1, réunit, à la demande de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, 45 prélats, en 576 (577), pour juger
PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen, évêque de Rouen2. FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
a porté
contre lui une triple accusation3 (v. 2303- 2306) : il a béni le mariage incestueux de MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
et BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, a rendu à cette dernière les joyaux mis en sa garde et a
offert de grands dons à des gens pour empoisonner le roi (v. 2337-2340). Le roi la
suit dans ses griefs4. La fonction d’un évêque étant viagère, il ne peut être
déplacé à volonté, à la différence d’un agent du roi. Gênant ou jugé indigne, il ne
peut non plus être assassiné. Reste qu’il peut-être déchu selon les formes, d’où la
réunion d’un concile judiciaire5.
Le texte évoque à la fois ses trois sessions et les négociations qui interviennent
dans l’intervalle6. Dans l’image, le concile donne
lieu à une scène d’intérieur.
Le paysage apparaît à travers une fenêtre et
par le portail ouvert sur le porche : le site vallonné autour de la capitale est
constitué, dans le lointain, de collines avec forteresses sommitales ou couronnées
de bois.
Il y a unité de lieu. Le peintre ne s’attarde pas sur les éléments subsistants de l’édifice primitif au XVIe siècle : cinq chapiteaux de marbre blanc et quatre colonnes antiques de marbre noir7. Il rend compte du prestige de l’établissement, en le dotant d’un décor renaissant. La composition qui utilise le nombre d’or montre, dans le quart supérieur droit, le porche vu de l’intérieur : une colonne d’angle en soutient le plafond, sur un des murets une plaque de marbre vert clair hexagonale, sur l’autre de nombreuses moulures et un panneau oblong sculpté. Le dallage en damier (toujours le même) prolonge celui de la nef. Le portail en bois comprend, sur le côté, deux caissons finement décorés, puis un pilastre cannelé8. L'imposte de la porte est orné d'une frise en bas-relief : sur le côté deux personnages en robe longue, puis l’affrontement de deux hommes bras tendus vers l’arrière armés de gourdins et de boucliers ronds confrontés9. Ils se précipitent l’un vers l’autre à grandes enjambées, illustration métaphorique du combat entre le vice et la vertu qui intervient lors de la réunion. Au-dessus, un groupe sculpté forme un couronnement pyramidé. Dans l'église, sous la fenêtre10, un riche décor à l’antique apparaît derrière un banc de bois à dossier.
La nef a été aménagée pour accueillir le concile11. Un dais
accroché au mur occupe la moitié de l’image en largeur et plus des trois quarts
de sa hauteur ; une pente est en velours rouge brodé d’un décor végétal et
frangé d’or. Le ciel est bleu pâle à décor d’annelets. La tenture du baldaquin
est assez longue pour couvrir les bancs où les prélats se sont assis. Les
évêques disposent du privilège de siéger dans l’église, sous un dais comme
celui qui figure dans les processions liturgiques au-dessus du corps du
ChristJésus-Christ Messie et fils unique de Dieu pour les chrétiens et comme celui au-dessus
du roi très chrétien, fontaine de justice, lors de lit de justice en la chambre
du Parlement12. Alors que la
tenture est aux armes du roi, azur semé de fleurs de lis or (en rang), Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
est
exclu de cet espace sacralisé13. Il en va de même pour le
cortège d’une demi-douzaine d’hommes qui s’étire du porche à l’entrée de la nef.
Les prélats sont face au roi et aux grands.
La situation des personnages, leur position et leur geste éclairent ce qui se joue14 : le droit pour le pouvoir royal de sanctionner un ecclésiastique coupable du crime de lèse-majesté. Ici sont confrontés, pour les faits mis en cause, deux statuts juridiques, avec une terminologie flottante jusqu’au XVIe siècle, et de vifs débats au Parlement15 qui se poursuivent dans la seconde moitié du règne. Les cas privilégiés sont les crimes et délits commis par des clercs considérés comme assez graves pour être jugés par les tribunaux royaux et l’officialité16. Les cas royaux d'infractions ou crimes qui relèvent directement des juridictions royales sont d’abord des affaires touchant le roi et ses officiers dans l’exercice de leur fonction, ou des crimes contre eux17. Ils diffèrent des droits royaux, droits dont le roi se réserve l’exercice, qui englobent entre autres les cas royaux. Cet état de la question au début du règne colore fortement la représentation.
L’image se lit de bas en haut. Une diagonale part de la gauche avec quatre
prélats, une autre de PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen et
elles aboutissent à la personne du roi, représenté deux fois. Les sept prélats ont le même costume : une robe talaire ample qui couvre le
corps et cache les pieds. Le choix des couleurs répond à des considérations
esthétiques (alternance chromatique), mais pas seulement. La robe est en tissu
gris aux reflets dorés pour PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen, un de ses collègues assis, partisan du roi et
celui qui relève ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
. Elle
est rose18 pour trois autres : un
assis favorable au roi, un nu-tête qui le rallie et un debout. Par-dessus, se
trouvent un surplis (aube blanche raccourcie) et sur les épaules un camail,
courte pélerine pourvu d’une capuche. Quatre camails sont marron clair, dont
celui de PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen, deux sont
gris, dont un porté par un opposant au roi qui débat avec ses collègues. Celui
de Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge est
rose. Les prélats sont coiffés de toques qui se distinguent de celles du roi et
des courtisans, plus plates et volumineuses. Compte tenu des corrélations, le
prélat assis, coiffé de rose, est peut-être Ragnemodus de ParisRagnemodus ( — 591) Évêque de Paris, dit Rucco, et celui qui relève le roi
Bertrammus de
BordeauxBertram de Bordeaux (VI siècle — VI siècle) Évêque de Bordeaux.
Le peintre ne montre pas la première session, lors de laquelle l’accusation d’homicide et de vol est portée, devant une multitude de Francs en colère voulant briser les portes pour lapider PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen. Il retient de la deuxième session trois moments forts. D’abord celui où le prélat circonvenu19 s’adressant au roi se reconnaît coupable et demande la miséricorde royale20. Au premier plan, deux genoux à terre, les mains jointes en position de suppliant, il regarde le roi avec étonnement21. Le deuxième moment retenu est la réaction du roi : il s’est mis à genoux, après avoir jeté son chapeau, mains jointes et tête inclinée. Son costume est une superposition de trois pièces : sur une robe de soie orangée aux manches doublées d’hermine et un manteau gris, il a revêtu le grand manteau héraldique (une chape)22. Troisième moment, deux prélats, représentant les deux camps en présence, se précipitent pour le relever. Le premier, tête nue, a été un soutien de PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen, il tend avec déférence au roi son chapeau noir. À ses côtés, un partisan du roi, vient l’aider à se remettre debout.
Le roi se retire ensuite, envoie une bulle aux prélats, précisant son droit.
Intervient alors la troisième session : un grand débat. Le texte n’indique pas la
présence du roi. PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen est chassé
du concile, ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
le fait aussitôt
arrêter23. Ici, devant le rideau du baldaquin, deux prélats assis
montrent de la main droite qu’ils adhérent au point de vue royal.
Un partisan du camp adverse s’est levé et se tourne
vers son voisin pour débattre, pointant du doigt la scène qui s’est déroulée
sous leurs yeux.
À ses côtés, la haute stature de Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge se détache,
hommage à l’historien et à son rôle de premier opposant au roi. Il défend le
for ecclésiastique24. Ses cheveux sont
plus longs que ceux des autres prélats. La position des mains indique le
caractère dramatique de sa situation, son incapacité d’agir25. À côté de sa main droite, un gant gris est
peut-être déjà symbole de pureté, de noblesse (les gants épiscopaux étant
blancs d'ordinaire). En tous cas, retirer ses gants devant le roi est une
marque de respect à l’égard de la Couronne.
Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
lui présente son argumentaire et
main gauche en pronation, rappelle son préjudice.
Le visage du roi est juvénile, son costume royal se compose d'une robe or et d'un ample manteau gris doublé d’hermine, comme le col, et des chausses bleues. Derrière lui, la cour est dans l’entrée ou sous le porche.Un peu en retrait, figure un grand, main droite dans le dos du roi pour le soutenir26, fait partie des flatteurs qui poussent le roi à s’imposer. À ses côtés, un personnage de haute stature, toque rose sur cheveux gris, en cuirasse dorée sous un manteau bleu doublé de noir, s’indigne27. Furieux contre Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge, il pointe la sortie. Il représente les leudes, qui après avoir réagi violemment contre PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen, persistent dans leur hostilité à l’égard de prélats trop indépendants. Le texte, après la condamnation de l’évêque, décrit son arrestation. L’image dit autre chose, elle montre le roi acceptant de débattre, alors que les leudes sont hostiles et prêts à la voie de fait. Cette modération diffère toutefois de son attitude lors de l’accusation initiale, elle était alors dictée par un souci d’éviter une élimination brutale de l’évêque au profit d’un procès, plus utile pour lui assurer la soumission des prélats. Les critiques du texte, à son égard, n’apparaissent guère dans l’image, si ce n’est peut-être par l’absence de couronne : donc des prélats divisés sur le sort de l’un des leurs, un roi qui s’humilie devant eux et leur demande justice, ce qui les retourne en sa faveur, un débat qui se prolonge avec le chef de ses opposants, Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge, quand les grands demeurent hostiles.
Le cadre attire l’attention sur la partie gauche de l’image où se tiennent les
prélats. Une plaque bleue sur le haut du
portique est ornée d’une douzaine de motifs renaissants. Au-dessus, deux putti
ailés, de profil, tirent la queue de deux dragons entrelacés, pour les séparer,
dessinant un omega de chaque côté. Les bêtes sont gueules ouvertes, langue
sortie. Leur appendice caudal se transforme en cordelière à nœuds. À gauche,
elle s’enroule autour du pilastre28, disparaît pour réapparaître plusieurs fois
dans l’image, jusqu'à PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen. À
droite la cordelière descend parallèlement à la mince colonne jusqu’à ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et aux Grands. En bas et au
centre, un visage de face porte une couronne fermée impériale, allusion au
mensonge, à la tromperie et à la cautèle évoqués par le texte. Deux branches
d’acanthe en sortent et ondulent29.
Le peintre et l’auteur suivent PrétextatPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen
et surtout Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge,
vrai défenseur du royaume, de la couronne. Sans remettre en cause la légitimé de
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et de ses leudes, ils
contestent leurs pratiques. Le texte et son illustration sont loin de la volonté
brutale du roi d’éliminer, après le suicide de MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
, tous ses partisans jusqu’à ses soutiens dans l’Église,
sans toutefois pouvoir aller jusqu’à supprimer physiquement ces derniers.
François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
pouvait sans doute, par analogie30 trouver dans cette
affaire matière à réflexion sur la manière de négocier avec une assemblée rétive.
De décembre 1515 au 12 mai 1518, se tient la négociation autour du Concordat de
Bologne31 est l’occasion d’une première crise avec le Parlement de Paris, défenseur des libertés de
l’Église gallicane. François Ier,François Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
sa
mère Louise de SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier et sa sœur
MargueriteMarguerite de Navarre (11/04/1492 — 21/12/1549) Sœur aînée du roi François Ier, femme de lettres, diplomate, protectrice
d'écrivains et d'artistes, reine de Navarre (1492-1549) trouvaient là
peut-être un écho de leurs préoccupations religieuses et politiques.
À l’automne 580, interviennent une série de dérèglements naturels dans le royaume de
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
1, ils annoncent une épidémie de dysenterie qui le frappe avec les
siens. Malgré les efforts de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
pour calmer la colère divine, leurs deux fils sont emportés2. Le peintre
rend compte avec fidélité du texte, par une composition qui se lit de haut en bas et
de gauche à droite. Le palais occupe près de la moitié de l’image, le reste
représente le royaume : Tours, Orléans,
le Berry, Chartres,
Lyon, Bordeaux, les
Pyrénées3. L’ordre de présentation n’est
pas géographique et ne suit pas tout à fait le texte4. Le ciel occupe moins d’un cinquième de l’image. Deux trains de nuages gris-noirs sont au-dessus du
palais5 de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
.
La perspective atmosphérique de plus en plus claire vers
la droite donne aussi le sens de l’écoulement du fleuve grossi (il y en a en fait
plusieurs)6. Le peintre fait en
quelque sorte un inventaire typologique des catastrophes naturelles avec leurs
conséquences.
À gauche, une place forte à l’enceinte carrée, cernée par les eaux, est touchée par la foudre, suscitant un incendie. Le texte indique que Bordeaux est frappée par une grande et horrible foudre qui consume de grands « manoirs », c’est-à-dire de grandes habitations, des demeures7. Ici, des flammes sortent du toit ou des fenêtres des maisons et d’une église ; la foudre tombe sur une haute tour. Les nuages dessinent une colonne, cinq langues de flammes en descendent et se transforment en éclairs, encadrées par deux colonnes de fumée montant de la ville incendiée. De manière révélatrice, la croix du clocher n’est pas touchée à la différence de la hampe métallique qui sert à accrocher drapeaux et bannières sur la forte tour d’un château, dans la ville. L’appareillage pourrait évoquer l’enceinte de 310 et l’église primitive ; aucune porte n’est visible. À l’intérieur de la ville, au nord, proche de la Garonne, le Château Trompette, symbole de l’autorité royale dans la ville, est le plus touché : tout est « consommé »8. Une autre épreuve, un tremblement de terre (v. 2692), n’est pas montré. Comme à Lyon, Bordeaux subit des inondations qui font tomber les bâtiments. L’estuaire de la Garonne emporte vers la mer trois maisons et charrie poutres et débris.
Deux feuillus sont représentés, sur la rive près du Palais. Des branches sont sèches, stigmates des intempéries pour les Tourangeaux, ou indications du moment de l’année qui n’est pas précisé : printemps, équinoxes. À gauche, un massif rocheux avec une grotte se reflète dans l’eau du fleuve. Les v. 2700 et 2703 permettent de préciser duquel il peut s'agir : la Loire, l’Indre, le Cher, ou encore l’Eure en raison de la mention des habitants. Orléanais, Berruyers et Chartrains se réfugient dans des cavernes (confondues avec des grottes)9 séjournent pour s’abriter des intempéries, grêles, tonnerres, éclairs et foudres, allusion aux maisons troglodytes du Val de Loire. La caverne ne reçoit ici que deux hommes.
Les Pyrénées abruptes occupent plus du tiers de la hauteur de l’image. Sous l’effet du tremblement de terre, des pans de la montagne s’effondrent : hommes et bêtes sont écrasés, ensevelis par les blocs qui se détachent. À gauche à plat ventre, position symbolique des morts violentes10, un laboureur à côté d’un bœuf11, à droite une paysanne écrasée à côté de deux cochons12 qu’elle a d’ordinaire la tâche de nourrir13, représentations rares dans le volume14.
Le Palais a un toit en bois, avec une cheminée en
pierre. Le décor extérieur est sobre15. À l’intérieur, les fenêtres ont leurs
chambranles ornés : le fronton haut porte une fleurs de lys et le
support, des acanthes. Le mur, sous un large cordon, présente un jeu de
moulures qui encadrent des médaillons de marbre rose ou vert. Le carrelage
déborde sur le devant du palais, sur une terrasse prolongée par trois
marches.
Un muret, avec un lion de pierre assis, attire le
regard sur la plaque qui l’orne. Elle évoque la dernière calamité la
« peste »16, qui
a enlevé les trois fils17 de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, qui
tombe malade mais survit, et de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
. La plaque funéraire est une sorte de cénotaphe où
domine un décor végétal, trois fleurs fanées, une coupe plate, puis entre deux
branches, comme des ailes un visage d’enfant de face, pupilles vers la gauche
et coiffé d’une couronne d’or18, sous un ensemble
ternaire comprenant feuilles de chêne, lys et acanthes : soit un seul visage,
pour les trois frères : chacun à un moment donné a été héritier du
trône19. L’autre muret est décoré d’un médaillon.
De manière significative, le bas de la robe de
FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
touche la plaque :
visuellement, le lien est établi entre la mémoire des enfants récemment décédés
et la démarche de la reine, couronnée, car son chagrin la rachète en quelque
sorte20. Le
texte décrit longuement sa prise de conscience, ses remords, sa
contrition21. Elle est en
robe de soie rose22, avec hermine sur le rabat des
manches. Un voile noir bordé de broderies d’or est posé sur ses cheveux blonds.
La carnation est blanche, le nez court, les joues sont un peu rosées, les
sourcils arrondis. Le contour du visage et le dessus de la lèvre supérieure
sont un peu flous pour évoquer les larmes, les lèvres sont pâles. À genoux, les
mains aux doigts longs et fins jointes, elle regarde son époux23.
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
est assis sur un trône à
haut dossier couvert d’un drap d’honneur héraldique, et vêtu d’un ample manteau
doré, doublé d’hermine, qui s’ouvre sur une tunique noire. Il ne regarde pas
son épouse mais, à la suite de son discours, considère les catastrophes qui se
sont abattues sur le royaume et affectent son peuple.24 Il semble pleurer25. De sa couronne, sur
sa toque, ne se voient que trois fleurons, presque confondus avec les lys du
drap d’honneur : une manière de souligner l’éminence de sa fonction à défaut de
celle du roi.
La main droite tient un sceptre mince, orné d’un
ChristJésus-Christ Messie et fils unique de Dieu pour les chrétiens en croix ainsi qu'un
nuage ; et non de CharlemagneCharlemagne (entre 06/04/742 et 06/04/748 — 01/02/814) Roi des Francs (13/10/768-01/02/814)
Roi des Lombards (14/07/774-01/02/814)
Empereur d'Occident (29/12/800-01/02/814)
Duc de Bavière (?-?)
assis
sur son trône26. La main dirigée
vers son épouse montre qu'il accepte sa supplique en forme de remontrances. Leur
objet se devine par le regard porté sur les calamités qui sanctionnent son mauvais
gouvernement27.
Le petit lion en pierre, près du cénotaphe, a les babines serrées à l’horizontale, le second - les remontrances acceptées - a le sourire, commissures des lèvres relevées, petite notation personnelle de l’artiste en forme d’approbation qui rejoint celle emphatique de l’auteur.
La partie la plus valorisante du cadre est du côté de ce qui est considéré au haut Moyen Âge et encore au XVIe siècle, comme la sanction naturelle des agissements du pouvoir. La cordelière, à gauche, descend, disparaît près de la grotte, réapparaît, disparaît à nouveau près de la faille, réapparaît pour les éboulis et tombe jusqu’au décor mural qui est une sorte de cénotaphe. Sur le haut du cadre, le fronton porte une plaque bleue à décor renaissant. À gauche, le pilastre est orné de deux panneaux de marbre gris, bleu, alors que la colonne à droite est monochrome. La partie basse du cadre comprend quatre feuilles d’acanthe : deux sortant d’une tête de face (crâne chauve, grandes oreilles arrondies et bajoues)28. Les grandes oreilles sont-elles une référence aux clameurs et murmures du peuple mal traité, qui n’ont longtemps pas trouvé d’écho, ou bien une allusion au vacarme suscité par les catastrophes et au vent soufflé par le démon ? Les bajoues renvoient-elles à l’enrichissement et la mollesse des profiteurs ? Les acanthes ont une connotation multiple : quand les longues épreuves de la vie sont telles que seule la mort peut y mettre fin, surmonter les obstacles permet de s’amender, de s'élever, conformément au dessin de Dieu. Enfin, elles rappellent la longue mémoire de ces événements exceptionnels.
La peinture évoque la fin tragique d’HerménégildeHerménégilde (564 — 13/04/585) Prince wisigoth, canonisé par l’Église catholique (ca 560- 585), fils révolté de LéovigildLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth1 roi des Wisigoths d’Hispanie de 568
à 586, emprisonné puis mis à mort par son propre père, ainsi que le sort de sa veuve
IngondeIngonthe (567 — 585) Princesse franque (567-585)
Princesse franque épouse du prince wisigoth d'Espagne
Herménégild
(567-585)2 et de leur fils
AthanagildInformations à venir (athanagilde)(583- ?)
aux mains des Byzantins. L’image se lit de
bas en haut et la composition utilise le nombre d’or. Elle traite de la fin tragique
d’un fils révolté contre son père puis le sort de sa veuve et de son fils. L’auteur,
qui se trompe sur le nom du père, HengildeLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth
au lieu de LéovigildLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth, indique le jour de
Pâques comme date du crime3 et ne donne pas d’indication
précise sur les lieux. HerménégildeHerménégilde (564 — 13/04/585) Prince wisigoth, canonisé par l’Église catholique,
enfermé à Valence, est tué à Tarragone où il a été déplacé4.
Le peintre accorde une place majeure à la ville, capitale d’une ancienne province romaine, où trois empereurs romains ont
résidé5 :
deux dômes dorés rappellent le faste de ce passé impérial. Il tente de donner
une vue semi panoramique de la cité, sans montrer le port ni la cathédrale et
retient ses imposantes murailles et le forum. Le plan de la ville se devine mal
: l’enceinte s’interrompt sur deux côtés, son organisation, autour du forum sur
des terrasses artificielles, est à peine suggérée à droite par un tracé en
zig-zag.
L’accent est mis sur les
éléments architecturaux essentiels au récit : la porte par laquelle est arrivé
LéovigildLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth, la prison et la porte
par où IngondeIngonthe (567 — 585) Princesse franque (567-585)
Princesse franque épouse du prince wisigoth d'Espagne
Herménégild et
son fils fuient la ville. La première, au décor renaissant, est à peu de
distance de la prison qui domine la ville6.
La tour hexagonale a cinq niveaux. Le premier est celui où se trouve le captif : « dans une charte obscure » mis aux fers, souffrant de la faim, du froid et de la vermine. Ce niveau est surmonté d’un chemin de ronde couvert avec créneaux sur machicoulis, indiquant qu’il est bien défendu. Le second étage est nécessaire pour rendre compte, a contrario, de l’idée d’un surcroît de mauvais traitement avec l'enfermement d’HerménégildeHerménégilde (564 — 13/04/585) Prince wisigoth, canonisé par l’Église catholique au plus profond de la bâtisse. L'étage est plus petit, pourvu du même dispositif défensif non couvert, autour du dôme doré. Au-dessus, une lanterne et un lanterneau de style gothique, très ajouré, laisse voir une cloche7. Les deux étages sont éclairés de lucarnes, en fait de fenêtres, à la romaine avec quatre barreaux entrecroisés associés par convention aux plus dures prisons8.
Une mansion découvre l’intérieur de la cellule qui, de manière caractéristique,
est ornée d’un médaillon pourpre derrière le saint9 et
de carreaux comme éclairés par sa présence. La figure
monumentale de LéovigildLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth en occupe
la moitié. Le peintre insiste sur son costume royal. Le souverain porte une
couronne sur une toque d’hermine, la fourrure se retrouve sur le col et la
doublure de sa robe10. Cette dernière est
en épais tissu doré, très longue et ceinturée d’une écharpe grise nouée dans
son dos, pour souligner son impuissance à agir sur son fis rebelle et
converti11. Là où le texte évoque un coup
de sang12, l’image montre sa détermination (lèvres
serrées à l’horizontale). Il fléchit les genoux pour maintenir son fils par
l’épaule et le frapper d’une hachette métallique au long fer allongé et doté à
l’arrière d’un pic13. Cette arme de guerre, entre ses mains un jour
de fête de Pâques, ruine l’idée d’une visite pacifique : il y a
préméditation14.
Le crâne fendu d'HerménégildeHerménégilde (564 — 13/04/585) Prince wisigoth, canonisé par l’Église catholique est couvert de sang, comme une couronne, celle du
martyr, et coule sur la joue gauche, tache le haut du col d’hermine. Il a mis
un genou à terre, mains jointes, pour supplier son père. Il n’a pas de fers aux
pieds et aux mains, rien ne rappelle qu’il est en piteux état du fait des
conditions très douloureuses de sa captivité, soit une atténuation. Pour le
peintre, le caractère sordide du meurtre est incompatible avec la majesté
royale. HerménégildeHerménégilde (564 — 13/04/585) Prince wisigoth, canonisé par l’Église catholique est blond,
terrorisé, pâle et sourcils levés. Son costume indique son statut princier
d’héritier15. Marié à une princesse franque et converti, il a voulu
usurper la couronne, détrôner son père arien en jouant sur le séparatisme de la
Bétique. Sa mort en martyr éclipse
ici sa révolte et son impatience du pouvoir16. Son dernier geste, avant d’être capturé, a été
d’envoyer sa femme et son fils dans la garnison impériale byzantine de
Carthagène. Ils sont exfiltrés
en Afrique, à Carthage où IngondeIngonthe (567 — 585) Princesse franque (567-585)
Princesse franque épouse du prince wisigoth d'Espagne
Herménégild décède peu après.
Malgré l’envoi d’ambassades et de nombreuses concessions par BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, son petit-fils n’est pas
libéré17.
À la mort de son mari, IngondeIngonthe (567 — 585) Princesse franque (567-585)
Princesse franque épouse du prince wisigoth d'Espagne
Herménégild18, en butte à
l’hostilité des hérétiques, pense d’emblée chercher un recours en France où elle tente de fuir. Intervient alors la
deuxième scène, leur capture par les Byzantins. Elle se déroule sur fond de
paysage de collines escarpées portant de forts châteaux jusqu’à l’horizon sous
un ciel clair. Elle n’occupe qu’une petite partie de l’image, le texte est
bref.
La cavalerie lourde byzantine armée de lances et de
fauchards se reconnaît à un gonfanon rose portant un animal passant
doré19, et à une bannière de gueules au crabe doré. Aux premiers
rangs parmi les huit cavaliers en bacinet, s'en distingue un sur un cheval
blanc harnaché de noir. À gauche, de trois quarts dos, un autre est lancé à la
poursuite des fugitifs : pour évoquer la rapidité du mouvement, la housse de
son cheval flotte au vent.
Six font cercle autour d’IngondeIngonthe (567 — 585) Princesse franque (567-585)
Princesse franque épouse du prince wisigoth d'Espagne
Herménégild. Couronnée, en
robe dorée, en amazone sur un cheval gris clair harnaché de bleu, elle est
reine et régente, reconnaissance post mortem de la
légitimité de son époux et de l’illégitimité de son beau-père, meurtrier de son
propre fils. Le jeune Athanagild
II, qui peut venir au droit de
son père HerménégildeHerménégilde (564 — 13/04/585) Prince wisigoth, canonisé par l’Église catholique, à la mort de
son grand-père LéovigildLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth, porte déjà
une couronne20, et fuit à ses côtés.
Sa mère effrayée, yeux agrandis de terreur, est
capturée sous ses yeux, par un cavalier qui pose la main sur son épaule (le
texte n’en dit rien). Seul à visage découvert21, hostile aux fuyards, il est monté sur un cheval
blanc à la queue raccourcie, une critique. L’espoir de la reine de se réfugier
en France est
trahi22.
La décoration du cadre se concentre sur
le haut. Un fronton avec un panneau triangulaire bleu rappelle que le récit
concerne les « enfants » de BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, régnant de façon semblable sur des peuples jumeaux, la
sœur du roi Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais,
IngondeIngonthe (567 — 585) Princesse franque (567-585)
Princesse franque épouse du prince wisigoth d'Espagne
Herménégild ayant
épousé le fils de LéovigildLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth. Il est
surmonté par une cordelière portée sur ses épaules par un putto assis de face qui tente de la tirer vers la gauche ; à droite
elle s’entoure autour de la colonne. En bas, entre deux petites feuillles
d’acanthe, figure une pomme de pin, symbole de la résurrection et de
l’immortalité promise au martyr.
La douceur du paysage et la sérénité du ciel souligne par contraste l’horreur
des scènes illustrées. Le texte insiste sur la longue habitude du vice de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
(545-597)1. Après la mort de ses
fils (v. 3284-3285 : « Faignit avoir, aprés ses enfans mortz, / De son peché trés
angoisseux remors. » ; v. 3290-3291 : « Elle voyant estre destituee / De ses enfans, en
l'ardeur situee »)2, elle
redoute que ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier, son
beau-fils3 succède à son époux ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
(v 3293-3294 : « Doubta Clovis au regne Chilperich / Veoir
succeder comme filz legitime. »)4. Elle se propose alors de faire en sorte que le père haïsse son
héritier5 et l’accuse d’avoir fomenté la mort de ses enfants6 avec
l’aide de sa concubine ProserpineProserpine ( — ) Divinité de la mythologie romaine, épouse de Pluton et reine des Enfers (v.3298)7 et de sa mère sorcière8
L’image suit le récit et se lit de bas en haut9. À gauche, occupant les trois quarts de sa hauteur et le tiers de sa largeur, le
somptueux palais de ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier a un décor renaissant, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur
: médaillon, sol de marbre, corniche, moulure.
Scène I, devant la porte, emplacement choisi pour
« que ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier eut
tristesse10 », un pieu a été planté et ProserpineProserpine ( — ) Divinité de la mythologie romaine, épouse de Pluton et reine des Enfers est empalée : yeux fermés, elle est morte. Elle a tenté de se
tourner vers le palais, les deux mains en pronation. La concubine à la longue
chevelure blonde (en cheveux car non mariée) a perdu son statut social et son
identité. Elle n’a plus qu’une chemise blanche - une humiliation équivalente à
une dénudation - remontée jusqu’au haut des cuisses et dégouttant de
sang11.
Le supplice ne se pratique pas dans le royaume, il n’est connu que par l’Histoire ancienne de Bretagne :
Acacius, en 123 ou 128,
venant avec 9000 hommes écraser des rebelles chrétiens, se convertit et finit
empâlé avec ses compagnons. Il est décrit de manière incertaine par Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge : ProserpineProserpine ( — ) Divinité de la mythologie romaine, épouse de Pluton et reine des Enfers aurait été suspendue à un pieu,
ou aurait eu seulement la chevelure coupée.
Sa mère, faite prisonnière12 en
même temps qu’elle, assiste à l’exécution, bras croisés cachés par le revers de
ses manches, elle ne peut rien empêcher. Sa robe grise, couleur ambivalente13, ici péjorative, rappelle
qu’elle est réputée sorcière 14.
FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
a l’initiative de l’exécution et en donne
l’ordre, même sans couronne, en tant qu'épouse de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et reine de Neustrie : en marche, elle soulève sa robe or
doublée de blanc, qui laisse apparaître une chemise bleue15.
Scène II, dans le tiers central de la composition,
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
ordonne de brûler la
sorcière à l’instigation de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
: le roi reprend le geste de la reine, plus grande et
devant lui. Le peintre n’évoque pas les longues tortures16 qui ont brisé
l’accusée et sous lesquelles elle avoue son rôle, contre de l'argent, dans la mort des fils de la
reine et celui de ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier,
commanditaire17. L’auteur ajoute un plaidoyer contre la torture, un topos depuis le milieu du
XIVe siècle18
Le peintre ne laisse pas deviner que sur le bûcher, elle se rétracte 19. Malgré ses cris, le roi ne lui pardonne pas pour
autant20, ne change pas d’avis sur ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier21 et
FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
lui conserve son
hostilité22. La suppliciée, attachée à un poteau sur le bûcher, ne
porte pas les stigmates de la torture et regarde sa fille23. Le peintre lui
laisse son costume pour l’identifier, mais lui enlève sa coiffe.
Le bûcher est attisé par un bourreau au service du
roi. Les flammes enveloppent la condamnée et lèchent le bas d’un bâtiment dans une forêt, seule allusion au
stratagème de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
. Le
« maltalent » de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
contre
ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier continue en effet
: elle convainct le roi d’ordonner à son fils de venir chasser avec lui en forêt 24, là à la faveur de la partie de chasse,il le fait
arrêter, ligoter, après l’avoir revêtu du costume sale d’un maraud pour l’humilier 25. Le peintre ne le montre pas
livré à la reine 26 qui
l’interroge en vain sur ceux qui ont favorisé son projet : le prince se vante
d’avoir le soutien des grands27, réponse
maladroite. Elle le fait emprisonner, puis commande aux « pires garnemens » de le
torturer et de le tuer en laissant le couteau dans la plaie pour que soit dit
qu’il s’est suicidé. De fait, son existence même est une menace pour sa marâtre qui
risque de perdre le pouvoir28.
Scène III, la reine l’a fait jeter dans un cul-de-basse-fosse 29. Pichore en évoque la dureté
par les solides barreaux des trois fenêtres qui éclairent la scène du crime. Le
costume du prince rappelle son statut d’héritier, il n’est pas celui dégradant
qu’on lui a imposé. Les
assassins30 le frappent, dont
un sur le dos, avec des bâtons. Les diagonales soulignent le déchaînement
de violence. ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier se retourne pour tenter
de fuir, la main sur la poignée du couteau, que l’assassin lui a laissé dans le
ventre pour faire croire à un suicide31. La position de
l’arme plantée du haut en bas confirmerait la mise en scène, elle n’est pas la
plus efficace et la plus courante - coup de bas en haut - pour tuer un
adversaire. En ajoutant les coups de bâton, le peintre lève l’ambiguïté.
Il ne décrit pas l’épilogue. Le père, pour couvrir la honte, fait enterrer
ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier avec sa
mère32, sans verser
une larme. Parmi les crimes de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, est retenu ici celui qui vise l’unique héritier du
trône. Implacable, elle cherche à l’atteindre moralement, à le discréditer, puis à
l’éliminer. La composition la place sur une ligne verticale qui aboutit à
ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier, sans laisser de
doute sur sa responsabilité dans les événements33. Le roi, couronné discrètement, y paraît
sous l’influence de sa femme, aussi belle que monstrueuse. L’auteur et le peintre
reprennent la version la plus défavorable à la reine, celle de Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge, alors que Venance FortunatVenance Fortunat (530 — 609) Évêque et poète du Bas-Empire romain décrit son immense
chagrin à la mort de ses enfants. De fait, la réalité de son pouvoir dépend de sa
situation familiale et en particulier de la survie de ses fils et de l’affection
de son époux34, la reine
n'ayant pas de pouvoir institutionnalisé35. Elle utilise la violence
comme les membres des élites masculines mérovingiennes36, avec une
perversité rare. Au XVIe siècle, comme aux yeux de
l'auteur, le tout est inacceptable et lui fait perdre son humanité37.
Le cadre est surmonté d’un arc déprimé, la
cordelière supportée par deux vases pansus ne descend pas à gauche, sur la
droite elle s’arrête au niveau de la geôle de ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier ; le motif réapparaît sur
le panneau du pilastre. Les montants du portique opposent, à gauche, des
chapiteaux végétalisés, une colonne épaisse supportée par deux plus minces
entre lesquelles apparaît un décor bleu à candélabre or, pour dire la légitimité
du propriétaire du palais héritier du trône, à droite un pilastre. En bas,
trois hybrides renvoient aux ignominies représentées : un diable ailé et aux
oreilles pointues (« la faulse deablesse » v.3438) est encadré par deux autres à visage de
face, ce qui représente la condamnation des trois forfaits.
Après la mort de ses trois premiers fils, FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, en 582 donne à ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
un quatrième héritier : ThierryThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
(que Cretin nomme Théodoric). Sa naissance est précédée de
prodiges inquiétants. En dépit de l’indivision de Paris depuis 561, le roi de Neustrie entre en triomphe le 17 avril 583 dans la
ville et le lendemain, jour de Pâques, fait baptiser son
enfant1. Alors que le
contexte international se tend2 avec l’Austrasie et les Burgondes, ThierryThierry (582 — 584) (?-?)
Fils de Chilpéric I meurt de dysenterie au début 584. Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français suit Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge3 et évoque un empoisonnement4 dont est soupçonné MumolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier5. Les
projets successoraux de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
s’effondrent.
L’image se lit de haut en bas et la composition utilise le nombre d’or. À l’horizon, au-dessus d'un paysage de collines et dans la vallée, où s'écoulent les méandres de la Seine, sous un ciel encore serein, sont représentés les signes : une comète barbue et un nuage très noir avec pluie de sang, annonciateurs de malheurs et d’une peste6. La première a la forme d'une étoile ; autre anomalie, elle brille en plein jour7. Elle est au-dessus, rive droite, du sanctuaire de Saint-Denis. Enfermé dans sa clôture, il est dominé par la basilique, avec deux croix : une sur son clocher et une sur le toit. Une de ses cinq tours rondes, au toit en dôme, est surmontée d’un coq emblématique (Gallus, Gallia). Le même se retrouve sur une des tours de l’île de la Cité. Le peintre accorde une place centrale au palais royal, au toit bleu. Toute la Cité est enveloppée de la pluie sanglante, tombant d’un cumulonimbus impressionnant. Dans la deuxième moitié du VIe siècle, le royaume affaibli ne rend plus nécessaire une capitale à la mode romaine. Le roi ne réside plus à Paris, mais dans ses palais ruraux.
Ici, il s’agit sans doute de Rueil8 devenu palais avec, en
591, le baptême de Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
. La plaine qui l’entoure ne comprend que deux arbres,
notation révélatrice de l’économie d’ensemble : l'un est dépouillé de ses branches
(elles servent de verges) et l'autre est un tronc coupé, pour le poteau où est attaché le
condamné.
Le palais est clos d’un mur et comporte quatre bâtiments de création récente. La
perspective permet mal d’en évaluer les proportions. Le principal et le mur
d’enceinte comportent un décor renaissant comme la tour qui le jouxte (mal
alignée) et son dôme conique. Ce décor est encore plus présent à l’intérieur. Il
apparaît à travers le portail monumental en bois doré, avec ses pilastres et sur
l’entablement un arc, avec un groupe sculpté végétal exubérant, comportant une
cordelière, petit clin d’œil du peintre. Un troisième édifice, inférieur par sa
qualité, est sans doute la prison où séjourne longuement le condamné Eunius MumolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier.
Blond9, attaché au poteau, mains liées derrière et au niveau des
chevilles, il est nu10 à l’exception du
perizonium. Figure christique, il se tourne vers le groupe curial. Il a déjà
reçu des coups et en porte les marques11.
Les trois exécuteurs
entourent le supplicié. Ils ont chacun un geste différent : l’un frappe de
taille, l’autre de haut, le troisième à revers. Celui de gauche, de trois
quarts face, prend son élan et a roulé ses manches, le peintre montre une veine
saillante sur son bras, des sourcils froncés, un grand nez, une bouche ouverte : il
fournit un gros effort. Un autre, à droite, est entièrement de profil, bras
gauche en avant, jambe fléchie. Leurs chausses, ce qui est le cas aussi pour
certains gardes, ne laissent rien ignorer de leur morphologie, ce qui leur vaut
une condamnation, depuis un siècle, par les moralistes12. Tous sont au service du roi, dans des fonctions associées aux
violences souveraines13. Le
troisième, en arrière-plan, a une tunique courte rose comme sa toque, il est
aussi le seul à avoir des grandes manches bleues et les cheveux gris : il est
sans doute le bourreau, les deux autres plus jeunes étant ses acolytes. Le
second, déprécié de surcroît par des rayures noires, a le poing gauche fermé,
il entame déjà la deuxième partie du supplice.
MumolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier est fustigé puis, plus grave,
battu, ce qui conduit à la mort14. L’exécution intervient en présence de
l’ordonnateur, de la cour, mais sans public, ce qui représente une
critique. Elle n’est pas achevée en raison de
l’intervention de la reine15. Le texte
souligne que MumolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier n’a pas voulu la
mort du fils de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
16, il
cherchait les bonnes grâces du roi.
Sortant du palais, huit personnages se devinent, ils
regardent le supplice, le plus près du roi est aussi le second en importance,
comme l’indique son costume.
Le roi, au premier plan, se distingue par sa couronne,
sa robe dorée, ses chausses roses, mais son manteau héraldique est sous le
genou, la doublure et le col en fourrure ont une valeur péjorative, pour condamner le
caractère excessif du supplice. Il tient, de la main gauche, le sceptre de
Charles VCharles V (21/01/1338 — 16/09/1380) Roi de France de 1364 à 1380 (orné d’une
représentation de CharlemagneCharlemagne (entre 06/04/742 et 06/04/748 — 01/02/814) Roi des Francs (13/10/768-01/02/814)
Roi des Lombards (14/07/774-01/02/814)
Empereur d'Occident (29/12/800-01/02/814)
Duc de Bavière (?-?)
assis
sur son trône), de la droite, il accepte la demande présentée par la
reine.
Cette dernière, deux genoux à terre, dans une longue
robe grise et soyeuse, à la jupe ample, présente sa requête en faveur de
MumolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier : cheveux blond vénitien,
les yeux baignés de larmes, le nez et la bouche petits et bien dessinés, les
mains trop grandes. Une de ses grandes manches, à revers d’hermine, cache
opportunément sa taille et deux points marquent les mamelons de ses seins
arrondis : elle est enceinte17. L’image a été retouchée : elle a été
privée de sa couronne, correction spontanée par le peintre ou sur demande ? Quoi qu'il en soit, elle s'imposait en raison de ses méfaits.
Le décor sommital du cadre comprend un
arc décalé vers la droite ainsi qu'une cordelière vigoureusement tirée par un putto ailé vers la gauche. Un autre, de trois quarts dos,
en pesant de tout son poids, tente de la faire descendre au niveau du roi, tout
en s’en écartant. Elle s’enroule autour des pilastres superposés, qui sont
dotés de panneaux au fin décor renaissant, bleu (ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
est roi de Neustrie) puis gris18 :
le roi est ainsi mis en valeur. En bas, la tête de fou est en accord avec la
critique du texte à l’égard de MumolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier.
Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
1, dernier roi à régner en souverain absolu, avant que
la noblesse ne capte le pouvoir, est assassiné le 20 ou 28 septembre 584, près de sa
villa de Chelles2, après une partie de chasse à la tombée de la nuit3. Les sources ne concordent pas. Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge ne donne pas le mobile.
La Chronique de FrédégaireInformations à venir (fredegaire)
désigne BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
4 comme
commanditaire. Le Liber Historiae Francorum plus tardif accuse
FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
5,
qui aurait trompé ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
avec le maire
du palais LandryLandry ( — ), mais un LandéricLandry ( — ) n’est maire du palais qu’en 603.
L’attribution à GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne6,
partisan d’une politique d’équilibre, ne tient pas mieux. Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français désigne FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
. L’image est construite autour d’une diagonale : de la
chambre au petit matin à la forêt, puis le retour à la tombée de la nuit, sur le
seuil de la villa. Sous un ciel sans nuages, la villa de Chelles occupe une place considérable.
Elle est protégée par un mur d’enceinte avec, au
premier plan, une courtine, crénelée et avec canonnière, et une porte commandée
par une tour. Cet appareil défensif se retrouve à l’intérieur, en particulier
pour la porte principale du palais. Le tout renvoie au long développement du
texte (v. 3742-3762) montrant Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, après la naissance de son fils
ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, soudain envahi de
crainte, redoutant la vengeance de son frère et de son neveu, au point de ne
loger que dans des tentes en plein champ au milieu de son armée7. Il décide de s’installer à Chelles pour chasser (v. 3763-3765). Les multiples fenêtres, le
dôme doré, les lanternes sommitales et l’encadrement de la porte d’entrée
soulignent la richesse du lieu de plaisance. Tout indique le calme et le
confort de la résidence, préoccupations récentes inspirées des cours
italiennes, comme le décor renaissant des façades de la chambre et, à
l’intérieur du palais, sur les murs de l’entrée. La chambre dite
seconde8 – celle de la reine avec un lit à une place - (v.
3782) est luxueuse, avec un chambranle de porte orné d’une cordelière et de
vases, une tenture rouge avec un décor en roue de paon récent. Le peintre
utilise l’azur fleurdelisé, pour la courtepointe du lit, la tunique du roi, le
drap d’honneur sur la chaise de la reine.
De manière révélatrice, un motif déjà
rencontré en bas des cadres, en mauvaise part, est ici déplacé dans l’image et
démultiplié : quatre têtes soufflant dans des trompes et une dans deux
branches.
Scène I : ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
découvre
l’adultère de la reine, en partant à la chasse au petit matin (v. 3776-3778). FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
,
nue dans son lit9, une couronne sur sa coiffe
blanche10, dort sur le côté droit, dos au
roi.
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, cor de chasse à la
ceinture, de trois quart dos et visage de profil, position péjorative, la
frappe au-dessus du coude avec un bâton, là où le texte de Cretin (v.
3786-3788) indique un petit coup sur le dos avec une houssine (baguette de houx
flexible), une vergette (petite baguette). Le texte évoque sa réaction, ce que
l’image ne montre pas (« Laisse LandryLandry ( — ),
qui te donne, dist elle, / De me frapper la hardïesse telle ? » v. 3790-3791),
pas plus qu’elle ne suggère la relation adultère et le contexte. ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, dont la lubricité est connue
(fol. 80v.) a testé l’honneur de la femme du maire du palais, ce qu’il lui rend
en devenant l’amant de la reine (v. 3799-3801). Le roi, sur l’instant, ne dit
rien, mais entre en frénésie, pris d’une grosse lourde et forte jalousie (v.
3792-3797). Sa position déséquilibrée en suggère la cause et l’effet : tête de
profil, corps de trois quarts dos et jambes vers la droite pour « passer tel
ennuy », en allant chasser11.
Scène II : à la lisière de la forêt, suivi par un autre
cavalier, le roi, sur un cheval blanc harnaché de rouge et sonnant du cor,
force un cerf avec un lévrier blanc, symbole de fidélité, au collier précieux,
accompagné de deux chiens courants12. Le texte décrit longuement ce qui se passe au palais dans
l’intervalle. Sachant que le roi a peu de compagnie pour le défendre, FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
mande LandryLandry ( — )13 (v. 3804-3806). En pleurs, elle lui annonce qu’il va mourir (v.
3810-3813), en donne la raison (v. 3820-3822), le laissant terrorisé (v.
3825-3836). Criminelle expérimentée (v. 3338-3339), la reine lui conseille de
payer des sicaires capables de se taire (v. 3840-3845) pour éliminer le
roi14 et profiter du royaume (v.
3855-3856) grâce à leur fils, donc un bâtard. L’image résume ces événements en
retenant sa responsabilité exclusive. Une fenêtre de
la villa, laisse voir la reine dans un retrait. Son visage, tourné vers la
scène I, souligne le lien de causalité avec l’attentat. Le peintre joue sur le
contraste entre les marques d’honneur - la couronne, l’assise couverte d’un
drap d’honneur, les pieds sur un coussin - et le geste par lequel elle
commandite le régicide, qu’il souligne par la fourrure tachetée, très
péjorative, de ses manches15.
Scène III16 : le roi est attaqué à son retour, le soir même, par trois
hommes à l’épée : le premier vise l’aisselle gauche et au côté les tripes
sortent17,
un autre perce la gorge, le troisième s’apprête à donner un coup de taille (v.
3869-3873).
Les chiens sont en train de franchir le
seuil, pour montrer la rapidité de l’attaque, à l’arrivée du roi.
L’auteur décrit ensuite, circonstance aggravante, le sang froid des criminels. Les
tueurs, en courant, crient que le roi est mort et cherchent avec la cour les
assassins. FrédegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
mène grand deuil,
« en sorte escervelee / Alla criant, gémissant, souspirant, / Tordant les braz, et
ses cheveulx tirant » (v. 3887-3889) même si en son cœur elle rit18. LandryLandry ( — ) feint l’ignorant
et affiche sa tristesse. La fin de Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, « vil et horrible homicide » (v.
3899) correspond à sa vie (v. 3915), un exemple à méditer (v. 3920). Suivent, chez
Cretin deux suites de couplets sur les vices et cruautés de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, comparé à NéronNéron (13/12/37 — 07/06/68) Cinquième empereur romain de 54 à 6819. L’image contribue à faire, par
rejet social de l’esclave ambitieuse20 et sanguinaire,
un contre-modèle idéal, sans contester sa légitimité. Le programme lui donne le
premier rôle alors qu’elle vit et règne moins longtemps que sa rivale BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, qui pratique comme elle la grande
trahison et, à défaut de l’adultère, l’inceste.
Le cadre est surmonté d’un fronton orné de deux larmes et d’un cercle bleu, qui soutient la cordelière. Elle descend et s’enroule à gauche et jusqu’au sol de la chambre, le long de la première superposition de colonnes. Elle est séparée de la seconde par un espace coloré, du même gris que le ciel, et les rideaux du lit royal. Sur les tores, entre les deux, un putto est assis de face, tête tournée pour ne pas voir ce qui se passe dans l’intimité de la chambre. La colonne de droite repose sur une base carrée, fragile équilibre, et le bas du cadre n’est orné que de feuilles d’acanthe.
Après l’assassinat de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, roi de
Neustrie, en 584, BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, reine d’Austrasie, souhaite en finir avec la dynastie rivale. Le frère du
défunt, GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne, roi de Burgondie, règle la succession à son
profit et adopte son neveu1 et à la fin de l’année, quitte Paris. Il ordonne à sa belle sœur FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
de se retirer dans la villa de Vaudreuil. Elle s’y morfond et tente de faire
assassiner BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, qui prend part au
démembrement de la Neustrie. L’assassin
est découvert. BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
châtie HauldryHauldry ( — ) avant de l'envoyer à la commanditaire du projet criminel, FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
. L’image, qui se lit de haut en bas, illustre la suite : BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
le fait fustiger et le renvoie à sa
commanditaire, qui le fait supplicier2. L'image instaure une unité de
lieu factice, puisque BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
est aux
abords de Paris et Frédégonde Frédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
près de Rouen, en Normandie. La composition place sur l’axe central BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
à son balcon.
Elle est représentée ici dans un paysage paisible. À
l’intérieur de la clôture, des bâtiments au goût du jour sont groupés.
L’ensemble comprend une tour carrée, un édifice central, avec terrasse, encadré
de deux tours rondes et deux entrées. La première, sous un toit d’ardoise, se
devine avec une colonne lisse au rez-de-chaussée. La seconde est sous un toit
en bois, qui permet, par un portail encadré de deux colonnes torsadées, sous un
arc décoré d’un groupe pyramidé végétal, d’accéder à une cour intérieure pavée
puis, avec trois marches, à une galerie couverte soutenue par une colonne
torsadée. Le tout est à l’image de la personnalité tortueuse de
l’occupante.
Les deux reines ont le même costume, soit
un statut identique. La première, BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, ici brune, n’apparaît que trois fois dans le
manuscrit, contre six pour la blonde FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
. Le peintre les distingue sans ambiguïté par leur
manière d’exercer une composante de leur pouvoir : rendre la justice.
En haut, BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, hors de proportion avec l’édifice, est sortie sur sa
terrasse, ornée d’un drap d’or, rose et motifs circulaires dorés, soit le
rappel - indirect - de sa culture et - direct - de sa politique de retour de
l’État au sens romain.
Elle ordonne depuis cette tribune3 le supplice
d’HauldryHauldry ( — ), à l’intention d’un groupe
d’au moins six hommes, situés à peu de distance de l’entrée ouverte du mur de
clôture4. Un groupe de quatre témoins
assure, avec la publicité, la licéité de l’exécution5 : le premier, tout en
rose, montre la reine, ce qui vaut acceptation de la décision ; le second, en
longue robe bleue, tourne le regard vers le précédent6.
HauldryHauldry ( — ),
présenté, par Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français comme un
sicaire (en fait un clerc), dénudé jusqu’à la taille, les bras croisés sur la
poitrine pour se protéger, a déjà des marques et des traces de sang sur sa
chemise rabattue.
Les deux exécuteurs, des agents
subalternes du pouvoir, d'après leur costume, sont dépréciés : le bourreau, de
profil, frappe de haut ; son acolyte cingle le dos du
supplicié7.
Le contexte du deuxième supplice diffère par l’absence de public : ce n’est pas
une bonne justice. FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
est installée au premier plan dans la cour, sur un
trône représenté de trois quarts, devant une tenture bleue et
or8. La reine, pour donner l’ordre de l’exécution, ne s’appuie
pas sur le dossier9. Sa longue robe grise épouse ses deux jambes (un peu)
écartées : c'est une convention ancienne pour distinguer un mauvais gouvernant.
Le peintre, non sans humour, lui fait poser la main gauche sur l’accoudoir,
cachant les yeux de l’animal du trône10. Elle regarde la main sur
le billot, une manière pour le peintre d’indiquer sa volonté de
vengeance11.
Bourreaux et condamné sont tous tournés vers elle.
HauldryHauldry ( — ),
rhabillé (en bleu et rose pour dire son loyalisme), a un pied posé sur le tapis
: c'est une rappel du lien avec la commanditaire de la tentative d’homicide.
Un officier, le plus âgé, le présente avec
tristesse et son second, plus jeune, l’immobilise en le tenant par les
épaules12. Un genou à terre, jambe contre le billot en
bois, le supplicié vient d’avoir la main droite tranchée (celle de la trahison,
de l’homicide raté) : le sang gicle du moignon13.
Sur le dos de la main gauche, à plat sur le billot, le
bourreau a posé la lame d’un couteau et s’apprête avec une massette à frapper.
Le supplice14 est dénoncé15 par le choix inadéquat de
l’instrument de justice, en raison de la référence biblique du texte (déjà la
cognée est mise à la racine de l’arbre), qui évoque la justice terrible de
Dieu16. Après l’émanotation, le peintre ne montre pas
l’amputation des deux pieds.
Deux dames de compagnie, des aristocrates, sont debout
à côté de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
: une en bleu,
en partie cachée, souriante ; l’autre en rose, qui a soulevé sa robe pour venir
assister au spectacle, l'approuve de la main gauche, à tort. Elle valide ainsi
la tentative de la reine de s’exonérer de sa responsabilité dans la tentative
d’homicide contre BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
.
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
rend bonne justice à HauldryHauldry ( — ), qui a voulu l'empoisonner ; c'est une justice modérée, une fustigation,
et en présence de témoins, ce qui l'oppose à FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, qui le fait mutiler de manière inhumaine,
pour se dédouaner selon Cretin (v. 4162-4177).
La procédure d'exécution de la peine détermine
ce qui relève de l'exercice légitime de la justice dans un bon gouvernement
17
et ce qui au contraire caractérise la tyrannie. Cette dernière est ici d'exercice et d'origine,
compte tenu de l'ascendance obscure de Frédégonde, le principe est le même au XVIe siècle18.
Le cadre est surmonté d’un double décor de pierre s’enroulant en volute (volumen), entre les deux le visage d'un petit diable, et dessous trois incrustations bleues et or19. Une cordelière pend plus à gauche et la colonne à décor végétal est plus épaisse, attestant de l’absence de contestation du pouvoir. La régente, même sans statut légal20, est reconnue par les grands, ce qui assure la continuité dynastique et renforce leur poids. Les deux reines ont un pouvoir de plein exercice de la justice, comme leurs homologues masculins au VIe s., sans contestation. Le thème de la perversité de Frédégonde apparaît, pour le contester, dès le milieu du VIIe s.21. En bas, un diable, visage de face, regarde vers la gauche, deux acanthes sortent de sa bouche, suggérant la prudence du peintre22.
GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français (540 ou 550-585), né d’une
septième compagne du roi Clotaire IClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
er, après avoir tenté en vain de se faire reconnaître
comme héritier, doit s’exiler à Byzance en 5681. Rappelé en 582, une première
tentative de retour se solde par son départ en Corse
2. La mort de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, en 584, qui laisse les cités
d’Aquitaine livrées à elle-même, lui
offre une opportunité. Il débarque en Provence, passe d’Avignon à
Brive-la-Gaillarde où il est
élevé sur le bouclier, avec pour projet de constituer un royaume d’Aquitaine
3. Il a un trésor conséquent et des territoires, mais cela ne lui donne pas
pour autant une légitimité suffisante. Sans la reconnaissance des autres souverains,
il va à l’échec4. Il envoie
alors une ambassade à GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne. Le roi de
Burgondie5 refuse d’écouter ses émissaires6, les maltraitent7. L’épisode pose
la question du droit sacré des légations8.
L’image se lit de bas en haut et de gauche à droite. La composition utilise le nombre d’or. La scène fait une synthèse des suites de l’audience solennelle et publique des ambassadeurs de GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français. Elle ne montre pas son déroulement chaotique9. Deux moments sont représentés : le supplice et l’envoi en prison.
Le tout intervient à l’intérieur d’une grandiose salle du trône, formant une unité de lieu. La moitié de l’image est occupée par un sol carrelé coloré10, dont PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français fait un usage constant. L’autre moitié laisse deviner la hauteur de la pièce, avec un décor renaissant très présent sur les murs et autour des fenêtres du fond, présentées comme vues de l'extérieur en façade. Deux à droite, au-dessus de la porte sont conformes à leur position ; toutes sont dotées de vitraux translucides en trois parties, aux pièces de verre posées en diagonales.11. La salle est occupée à gauche par un dais au pan gris brodé d’or et au plafond bleu foncé. Un rideau azur fleurdelisé descend jusqu’au sol. La Bourgogne est partie intégrante du royaume franc, rappel a contrario des revendications de Maximilien Ier de HabsbourgInformations à venir (maximilien_de_habsbourg), puis de Charles QuintCharles Quint (24/02/1500 — 21/09/1558) Roi des Espagnes et empereur du Saint-Empire d'origine flamande, au XVIe s.12. La salle est traversée par un portique : une poutre est soutenue par trois colonnes de marbre. La rose est plus petite que les deux autres, qui ont la même hauteur, ceci est une erreur, de même que la section constante de la poutre. Les bases sont disposées en triangle pour les besoins du supplice, alors que les chapiteaux sont alignés. Au premier plan, en perspective de trois quarts (la plus simple), sur un coffre de bois aux panneaux sculptés de décor végétal, ont été jetés les vêtements des envoyés13.La dénudation14 est dégradante, une injure15.
Au deuxième plan, les trois hommes sont attachés à la
colonne grise centrale, bras dans le dos, en petits draps16. Ils ont les sourcils levés,
sont terrifiés, avec déjà des marques17. Le seul visible en entier est le chef de la légation :
le visage vers son bourreau, le corps de face plutôt bien observé jusqu’aux
veines saillantes sur le bras gauche, et la jambe droite tournée pour tenter
d’esquiver le coup18.
Leurs bourreaux19, les entourent. Le premier, de profil, visage en partie caché par
son bras levé pour donner un coup de haut, est en plein élan. Il a adapté sa
tenue en remontant chemise et tunique, accrochées à la ceinture. Le poing fermé
pour éviter le ballant, il frappe la première victime. Le second bourreau, en
grande partie caché par la colonne, sourcils froncés pour traduire son effort,
lui donne un coup de taille. Le troisième, devant la colonne bleue, de trois
quarts face, s’apprête à cingler à revers du bras droit et tient de la main
gauche d’autres verges, jambes écartées, pieds au sol ; il enchaîne les coups
en rythme, bouche ouverte sous l’effort. La disposition des verges renvoie pour
deux d’entre elles à l’ordonnateur.
Le peintre fait le lien
entre la fustigation et la scène suivante de deux manières : par la main droite
de GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne, qui ordonne le supplice, et
par le visage d’un courtisan qui, par-dessus l’épaule d’un autre, regarde
l’exécution.
Le poing gauche du roi est dirigé vers la droite, la prison. GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne est
assis sur un trône en bois aux formes géométriques20. Le souverain n’a pas de couronne, mais une toque rouge à
grand rebras d’hermine, comme sa collerette et ses revers de manches, sur une
robe de drap d’or rose21. Le peintre insiste sur la
blancheur de sa chevelure et de sa barbe, ce qui en fait un vieillard, mais
vigoureux et implacable : la colère lui monte aux joues, le nez est massif et
la bouche dure.
Au premier rang d’un groupe de cinq courtisans, lui
servant d’étiquette, le plus éminent22 regarde avec tristesse la mise en prison des envoyés, il
marque sa désapprobation avec ses bras croisés.
À droite, deux gardes - le premier en tunique rose,
chausses blanches, ce qui reprend les codes couleur de son maître - poussent vers l’obscure basse fosse les trois
ambassadeurs, couverts, rhabillés et les mains liées dans le dos. Leur costume
souligne leur dignité ; leur position renvoie à leur
impuissance.23.
En 585, GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne ne reconnaît pas aux
émissaires de GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français leur statut
d’ambassadeur : ils sont considérés comme des traîtres. En les maltraitant, le roi
entend dénoncer GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français comme
usurpateur, car seul un souverain peut se prévaloir du droit sacré des
ambassadeurs. Il démontre ainsi, quand l’ordre politique est mis à l’épreuve, son
autorité : il les fait fouetter pour qu’ils se
soumettent24. Au XVIe siècle, l’image n’évoque pas la teneur de leurs
discours et leurs menaces, et ne pose pas le problème de l’illégitimité du
mandant, héritier secondaire. Quelques détails les suggèrent tout au plus. Elle
condamne surtout un manquement grave à l’immunité, au caractère inviolable et
sacré des ambassades, droit de légation universel et indispensable aux échanges.
La menace sur l’intégrité physique, les avanies et les humiliations de la part
d’un grand vieillard sont moins une démonstration de puissance que le signe d’un
désordre politique25.
Le cadre présente des variantes
significatives. Au sommet, un vase cassolette avec flamme ne brûle pas la
cordelière qui, à droite, descend un peu du côté de la légation et des
pilastres, ce qui est un point positif. Elle ne le fait pas à gauche où, entre
les colonnes superposées, se trouve un panneau d’un bleu saturé, rappel de
l’appartenance de la Bourgogne au Regnum Francorum. Malgré cette atteinte au
droit des légations, la légitimité et la souveraineté de GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne ne sont pas contestées. En bas, au
centre, un petit diable souffle dans deux branches d’acanthe, le menton et le
cou gonflés. Le peintre renvoie peut-être à l’enflure des discours des
ambassadeurs et de leur maître, expliquant d'après le texte l'avanie, sans la
justifier.
GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français, bâtard non reconnu du roi
Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
et donc demi-frère putatif de ses fils ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne et SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
,
s’exile à Constantinople,
où l’empereur le soutient1. Gontran BosonGontran Boson (545 — 587) Duc franc au service de Sigebert Ier et Childebert II
duc austrasien, alors ambassadeur de GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne2, roi de
Burgundie, sans héritier, le
rappelle et le reconnaît. Il revient, mais le roi, s’étant rapproché de son jeune
neveu Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais (fils de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
et de BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
), veut le chasser. Il se réfugie à Saint-Bertrand-de-Comminges
(Convenae), situé sur un éperon rocheux à 515m d’altitude3, où il finit assiégé, trahi
par ses partisans. La ville est détruite, les habitants et les traîtres sont
massacrés4. Grégoire de ToursAmbiguïtéInformations à venir (gregoire)Informations à venir (de)Informations à venir (tours), contemporain des faits,
consacre à son destin tragique huit chapitres du Livre VII en s’autocensurant, tandis
que FrédégaireInformations à venir (fredegaire) élude.
1- GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français, après avoir enlevé les
trésors de RigontheRigonde (circa 569 — ) (?-?)
Fille de Chilpéric5
cherche à Bordeaux, autre cité
conquise, des secours contre Gontran de
BurgondieGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne. Il quitte la ville et se réfugie 312 km plus loin à
Saint-Bertrand-de-Comminges, sur le piémont pyrénéen, où il espère
l’arrivée de secours espagnols6. Il fortifie le château ;
GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne et Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais viennent l’assiéger. GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français fait venir les gens à l’entour, les
dépouille de leurs vivres puis les chasse. La place est imprenable.
2– GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne fait envoyer à GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français un faux, une lettre de BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
7, lui demandant de congédier son armée et de rejoindre Bordeaux8, une ruse pour savoir ce qu’il
fait. Ses généraux le cherchent sur les rives de la Garonne, trouvent les trésors et les chevaux qu’il a laissé en
chemin, en deux étapes. Apprenant où il s’est réfugié, ils décident de le
poursuivre.
3- Arrivés à Saint-Bertrand-de-Comminges, ils ravagent le plat pays et
LeudegésileLendegesille ( — ) (v. 4389), chef de
l’armée de GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne, prépare des machines
de siège puis envoie des messagers négocier secrètement dans la cité. Le duc et
patrice MummolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier (v. 4393), 9, l’évêque SagittaireInformations à venir (sagittaire_de_gap), ChariulfInformations à venir (chariulf) et Waddon.
en échange de leur vie 10, promettent de livrer GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français à condition qu’il ne soit pas tué et entre en religion11.
Ils lui demandent alors de se rendre. Il sort pour négocier avec OllonInformations à venir (ollon),
comte de Bourges et Gontran BosonGontran Boson (545 — 587) Duc franc au service de Sigebert Ier et Childebert II. MummolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier ferme les portes. GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français, conduit vers l’escarpement, est
poussé par OllonInformations à venir (ollon), qui tente de le percer
d’un javelot. Mais il se relève tente de remonter, alors Gontran BosonGontran Boson (545 — 587) Duc franc au service de Sigebert Ier et Childebert II le tue avec une pierre (v.
4402).
L’auteur ne cache pas ses difficultés (v. 4385-4388, 4404-4409) : il manque de
temps pour rendre compte des différents épisodes et ne peut leur consacrer de
longs développements. Il renvoie le lecteur à sa source pour de plus amples
informations. Le peintre, confronté aux incohérences et aux ellipses du
récit12, donne des derniers mois de
GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français (584-585) une version
vraisemblable et politiquement correcte au début du XVIe siècle, c’est-à-dire tenant compte des visées impériales sur la
Bourgogne13. Certains épisodes disparaissent ou
sont présentés autrement. Les tractations, lors du siège, entre LeudegésileLendegesille ( — ) et MummolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier14 et les
partisans de GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français ne sont pas
figurées. Or, ils parviennent à le convaincre de sortir. Surtout, la suite
embarrassante pour GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne, roi de
Burgondie - le patrice MummolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier qui
referme le piège, puis la mise à mort sordide de GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français - n’est pas décrite. L’image se lit de haut en bas, un
tiers est consacré à ce qui précède le siège, et deux tiers à la prise de la cité.
Le peintre donne une composition synthétique, audacieuse et neuve15.
Scène I, GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français, en armure dorée et sur un cheval blanc, à la tête de sa cavalerie, sort de Bordeaux (v. 4373-4379, l’auteur évoque l’inverse), ville prestigieuse avec des tours rondes couronnés de dôme, des murailles puissantes et de nombreux bâtiments à l’intérieur.
Scène II, à la traversée d’une épaisse forêt, un premier convoi, avec trois conducteurs en civil et deux ânes transportant les trésors de GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français (v. 4382-4384) dans des coffres métalliques, est attaqué par six combattants en armure et leur capitaine en bacinet fermé. Une première victime est au sol, les deux autres sont frappées dans le dos. Dans la plaine plus loin, un second convoi, avec une charrette, un âne bâté de ballots blancs et deux conducteurs, est attaqué par un homme de guerre, qui va être rejoint par les autres.
Scène III, la ville (v. 4360-4367) investie est dominée par la cathédrale Notre-Dame, avec ses contreforts et sa tour clocher quadrangulaire, sur un toit en bois. À sa gauche se trouve peut-être le palais épiscopal et un édifice, le tout fortifié évoque peut-être l’enclos canonial. Bertrand de GotInformations à venir (bertrand-de-got-clement-5), évêque de la cité, futur Clément V, premier pape d’Avignon, en a fait un lieu de pèlerinage réputé, grâce à la canonisation de Bertrand de l’IsleInformations à venir (bertrand_de_comminges), un de ses prédécesseurs du XIe siècle. La ville est aussi située sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, d’où le nombre de maisons autour d’un vaste espace central. Au premier plan, le décor renaissant de la porte, entre deux tours avec médaillons et la courtine, en opus incertum, dotée de canonnières, rappelle le passé romain de Convenae, dont les murailles hautes datent du Ve siècle. Elle a perdu la moitié de ses créneaux, évocation indirecte des machines de guerre installées par LeudegisèleInformations à venir (lendegesile). Deux assaillants lancent l’assaut à l’épée et à la lance (v. 4360-4367). Un des nombreux défenseurs oppose sur la partie endommagée une ultime résistance, protégé par un bouclier et armé d’une hache. Sur la tour qui commande la courtine, un autre, avec une hallebarde, est en appui. À droite, une vingtaine de combattants, au pied de la muraille, sous un gonfanon gris, attendent, suggérant la durée du siège et sa difficulté. Au premier rang, des défenseurs sont sur les murs ; un combattant, qui a perdu son arme, est percé d’une lance alors qu’il se tourne pour combattre vers la gauche. La destruction partielle de la courtine découvre largement ce qui intervient ensuite.
Scène IV, la cavalerie de GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne envahit
la cité. Le roi se distingue par son équipement qui
dit la plénitude de son pouvoir : il est couronné, bacinet fermé, en armure
dorée, une courte cape bleue flottant sur les épaules et sur un cheval blanc
harnaché de rose et rouge. Au premier plan, il est à l’arrière de ses troupes
par convention, pour montrer au lecteur qu’il en est le chef. Il charge épée au
clair, alors que tous ses hommes sont armés de lance, sans avoir encore franchi
le seuil. La mise en scène l’exclut ainsi de ce qui se passe dans la
cité.
À l’intérieur, les assaillants, sous un gonfanon
vermeil, sont au cœur de la cité.
Le peintre met l’accent sur deux figures monumentales,
seules à visage découvert. Elles ont engagé un âpre corps à corps. GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français, en armure dorée, comparable par
sa qualité à celle de son demi-frère16, visière relevée en forme d’aile, cherche à se réfugier dans
l’église. Il se bat à l’épée, mais sans gantelet, à la différence de Gontran BosonInformations à venir (gontran-boson), en harnois complet, cotte
bleue et jupe rose sur sa braconnière. Le premier ne s’est pas rendu, n’est pas
prisonnier, ce qui autorise, selon le droit des armes, le général du roi
burgonde à le percer d’un coup mortel à l’épée se dirigeant à travers les
parties molles vers le cœur. Il n’y a pas fratricide, ni assassinat, ce
qui est conforme à la version de l’auteur. Cependant, le lieu où le meurtre du
prisonnier est intervenu, sur les pentes escarpées en dehors des murs, est bien
figuré en bas à droite, au premier plan, au niveau de la plaque bleue. Est ainsi
laissée la possibilité de retrouver le sordide déroulement du crime. Le massacre
des habitants et la destruction de la ville ne sont pas suggérés, ce qui confirme,
avec ce dernier assassinat du volume, des enjeux politiques très actuels.
Le cadre est surmonté d’un arc déprimé
orné de bleu, sous une cordelière qui s’enroule autour des colonnes superposées
à gauche jusqu’aux murailles de la cité et, à droite, autour de la colonne plus
large superposée à un pilastre. Trois putti la soutiennent : le premier, de la
main gauche, tombé à plat ventre sur le cadre17, le second visible à
mi-corps, de la main droite. Le troisième, debout sur le tore du pilastre, semble vouloir
l’entraîner dans sa fuite. Le pilastre, orné d’un décor bleu à candélabre or,
attire l’attention sur une courtine et les assiégeants tout aux pieds des
murailles, précisément à l'endroit ou Gondovald, d'après le texte, a été tué.
En bas du cadre, un diable souffle dans deux acanthes. Il ne
paraît pas possible, au début du XVIe siècle, de
montrer la fin de l’aventurier telle qu’elle est advenue sans déconsidérer le roi
de Burgondie
GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne.
À plusieurs reprises, en 591, Gontran, roi
de Burgondie, avait rappelé en
public que son neveu Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, fils de
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
1 en robe grise et ceinture dorée, devait conserver son royaume de
Neustrie. À sa mort, le 28 mars 592,
s’applique le pacte d’Andelot (du 28
novembre 587) : Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais, roi
d’Austrasie, hérite de la Bourgogne. Avec la reine mère BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
2, il est alors à
la tête des deux tiers du Regnum Francorum et peut lever deux
fois plus de troupes que FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
et son
fils3.
Aussi, en 592 ou 593, voire 594, il lance une campagne brève et violente4. Sur le territoire de Soissons intervient la bataille de Droizy5, ensuite les hostilités s’arrêtent6.
Sous un ciel clair où stratus et alto stratus glissent vers la gauche, le paysage
comprend à l’horizon une ligne de collines avec forteresses, puis trois autres,
dont une abrupte porte les murs de Droizy
entre deux fleuves (le Lavoir et la
Crise). Le camp de Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais est installé dans une grande
plaine limitée par deux buttes, qui occupe les deux tiers de l’image. La scène
intervient après le premier affrontement, au point du jour.
Au centre, FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
attire le regard, elle joue un
rôle décisif souligné par le texte. Elle est derrière le camp de toiles. Elle
est couronnée, vêtue d’une longue robe bleue. Les larges revers anthracites de
ses manches rappellent son statut de veuve, ils sont l’indice d’une réticence,
au début du XVIe siècle, selon laquelle sa place
n’est pas sur le champ de bataille. Assise en amazone sur un cheval
blanc, harnaché de noir et d’argent, elle tient dans
ses bras son fils représenté en petit enfant (il tient son biberon)
conformément au texte ; en fait, il a dix ans.7.
Déjà couronné, en robe grise et ceinture dorée, il touche avec la main droite,
de manière symbolique, la tente royale de Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais, qui va lui revenir, tout en
regardant sa mère, à qui il doit la victoire,8.
Régente du
royaume de Neustrie9 après la justice, elle exerce une autre prérogative du pouvoir
souverain : elle dirige l’armée. LandryLandry ( — )Landry ( — )10, dont elle
a fait son capitaine, est derrière elle, en armure dorée, épée au clair sur
l’épaule. Il a comme second un cavalier équipé d’une targe. Composée
de nobles, cette cavalerie lourde et innombrable marche (de nuit) sous un
gonfanon gris et or11 - une des deux flammes descend vers LandryLandry ( — ) - et une bannière carrée, rouge
vermillon, brodée de motifs et de filets or, comme pour les unités tactiques
romaines12. FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, au premier rang, agit comme un commandant romain et
utilise la ruse face à un ennemi redoutable. Ses ordres ont été respectés. Les
cavaliers n’ont pas démonté, ils ont gardé leur armure et sont lances au poing.
La reine a fait mettre au col des chevaux, y compris le sien, une cloche -
pratique utilisée quand ils pâturent, également par l’ennemi. Le bruit
n’éveille donc pas l’attention. Pour la même raison, les chevaux vont au pas.
Surtout une douzaine de cavaliers a sur l’épaule une branche bien verte, comme
camouflage. Cette véritable forêt qui marche fait la célébrité de l’épisode et
inspire à ShakespeareInformations à venir (shakespeare) le dernier
acte de Macbeth13.
L’attaque surprend à heure non suspecte, c’est-à-dire au point du jour, le camp
de Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais. Les assaillants circulent déjà entre les tentes. Trois
seulement en évoquent la richesse : une grise et or, puis une blanche très
haute et une somptueuse tente royale rose au décor de perles dorées. Le pan du
toit est orné de lettres, de volutes et de franges, et elle est doublée d’azur
semé d’annelets d’or.
Elle s’ouvre sur un lit dont le luxe contraste avec le
désarroi de ChildebertChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais et de sa
compagne, coiffés d’un bonnet de nuit, nus, qui cherchent du regard comment
s’échapper. La femme, dont rien ne permet de dire qu’il s’agit de l’épouse du
roi FaileubaInformations à venir (faileube)14. Elle est couverte du sang
de ses blessures15.
Le peintre donne à son agresseur une armure à la
romaine, c'est donc un capitaine de gens de pied, compte tenu de la qualité des
prisonniers et de l’enjeu (le texte insiste sur le butin).
Un autre s’en prend devant la tente à un
serviteur.
À l’extérieur, les assaillants se distinguent en
fonction de leur équipement. Un est en armure complète jusqu’aux solerets, le deuxième,
son voisin, avec protection de bras et de jambes, gambison et un grand
bouclier rond bleu, s’apprête à frapper un homme coiffé d'une toque, déjà blessé et
en train de fuir. Le troisième, agenouillé sur un
combattant qui a tenté de se relever, traverse la gorge du prisonnier. Ceux qui frappent
sont de profil, pour dénoncer la cruauté des gens de pied de petit état, un topoï.
L’opération, qui occupe le tiers inférieur de l’image, a fait de nombreuses
victimes. Une douzaine de lances et l’intérieur d’un bouclier bleu, à terre,
indiquent une vaine résistance. Sentinelles gardant le camp et soldats désarmés
sont tombés à plat ventre : c'est une convention pour indiquer une mort
violente que le peintre renouvelle par un double silhouetté au premier plan et
des morceaux de cadavres (têtes, pieds). L’usage du bleu et du rose, pour la
tente royale et les hommes de FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
comme ceux de Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais, répond à des considérations esthétiques et
traduit l’affreuse mêlée de la prise du camp. Le tout est une double
condamnation de la violence de la soldatesque et de la guerre civile.
Intervient alors une troisième scène, dans le registre
supérieur à droite. Sous un gonfanon rouge portant entre autres une lettre or
(R), une armée s’éloigne en s’engageant entre deux buttes. Ceux qui la dirigent
sont à l’arrière par convention, un roi couronné en armure dorée, sur un cheval
blanc harnaché de noir, et à ses côtés un général en braconnière bleue, sur un
cheval bai. Il s'agit sans doute de ChildebertChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais partant à la conquête de la Bourgogne, non de la Lombardie, où d’après le texte, il n’envoie
que ses capitaines.
Le végétal
l’emporte dans le cadre, en lien avec la scène principale. Au sommet, subsistent du
répertoire renaissant deux vases autour de l’arc déprimé et en soutien de la
cordelière. Les montants du portique opposent d'une part une superposition tête
bêche de deux bourgeons ouverts sur un fut terra cotta et d'autre part, à
droite, un tronc ébranché (les douze branches se retrouvent dans l’image) et
écorcé. Sur le bas, deux des quatre hybrides pattes de lion-feuilles tournés en
sens opposé sont unis par un bandeau, comme ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
sait ensuite réunir le royaume des Francs.
En 596, Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
1, roi de Neustrie, et Théodebert IIInformations à venir (theodebert_2-thibert-2) (Theodoric dans le
texte)2, roi
d’Austrasie, et Thierry IIInformations à venir (thierry-2-thibert-2)3, qui
lui succède, s’affrontent à Laffaux
(Lucofao). Ils sont sous la la régence4 de FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, mère du premier, et de BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, grand-mère des seconds5.
L’image s’organise en deux registres et de façon symétrique, autour d’un axe central, la bataille intervenant dans une plaine entre deux groupes de collines. La localisation fait problème : Laffaux est en fait à 16 km de Soissons (Aisne, Hauts de France), mais l’auteur indique que la bataille a lieu vers Sens, soit à près de deux cents kilomètres de là, au nord-ouest de la Bourgogne6. Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français pourrait, dans la longue contestation entre l’archevêque de Lyon et l’archevêque de Sens pour la primatie, avoir pris le parti du second (Etienne Tristan de SalazarInformations à venir (salazar), 1474-1519). En 1516, le roi confirme la primatie de Lyon et donne en compensation, malgré les protestations de l’Université et du Parlement, le titre de Primat des Gaules et de Germanie à SalazarInformations à venir (salazar) 7 qui, membre du conseil du roi, réside à Paris, où il a fait construire l’Hôtel de Sens8.
Le peintre représente la silhouette de la ville
de Sens sur l’axe central, avec sa porte
caractéristique, une tour carrée dont le toit est surmonté d’une immense
croix9 et deux tours rondes
couronnées de dômes et à droite l'Yonne
et la Vanne.
En arrière-plan, de part et d’autre, une ville forte et
une place forte apparaissent dans le lointain et, plus loin encore, deux autres
qui blanchissent à l’horizon.
Dans le ciel, glissent vers la droite un nuage bleu, assombri par
l’orage et un éclair, puis un stratus (au-dessus de l’armée de ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
) près de rejoindre un
altocumulus, zébré par la foudre, et un stratus (au-dessus de l’armée des deux
jeunes rois).
L’armée de Clotaire
Clotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
et LandryLandry ( — )10 fait la jonction entre les deux registres, la fin s’allonge et
contourne une colline sans solution de continuité avec l’avant-garde et la
charge.
Le moment retenu est celui où LandryLandry ( — )11, par un mouvement de traverse, a bousculé l’armée austrasienne, la forçant à abandonner le champ de bataille. Les lances sont portées sur l’épaule pour le dernier corps de bataille (arrière-garde), puis elles s’inclinent, ce qui donne beaucoup de mouvement à la scène. Trois drapeaux flottent au-dessus des Neustriens : le plus haut est un gonfanon de soie rose orné d’un soleil aux rais torses (emblème de la suprématie royale), puis une bannière grise à décor végétal et un gonfanon bleu. Le premier est celui de l’avant-garde qui mène la première charge avec, à sa tête et au premier rang, un général12 en armure de plates et, sur son bacinet, un tortil d'argent et de gueules13 et un plumet. Il tient une targe rose et son cheval gris est harnaché de bleu avec une inscription en capitale indiquant son appartenance à la bataille du roi. Deux rangs derrière lui, un autre cavalier a un bacinet avec une plume bleu et une rouge14. Devant l’avant-garde, au sol, un combattant à plat ventre, avec deux blessures, un pied et l’avant-bras coupés, illustre la violence du premier choc et l’issue incertaine du premier engagement.
Ensuite, intervient la charge de Landry et du
petit roi ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
: en fait, il
a douze ans, et ses adversaires 9 et 8 ans, inversion symbolique du parti
pris de l’auteur et du peintre. Les deux sont en armure dorée jusqu’aux
solerets. La cuirasse du premier s’orne d’une grande feuille de
chêne15 et son bacinet à oreille carré d’un plumet
rouge16. L’enfant roi s’en
distingue par la couronne sur son casque et nombre de détails de son
équipement comme les lamelles sortant de sa spallière17. Les deux sont
montés sur un cheval blanc, avec harnais rose, pour le principal conducteur, et
gris clair pour l'enfant-roi18 pour l’enfant. Les deux sont les seuls armés d’une
épée, à proportion de leur taille : les quillons de la garde sont arrondis
pour LandryLandry ( — ) et en forme de croix
fleuronnée pour ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
.
Le capitaine des
piétons19 poursuit en tenant sa lance à deux
mains les fuyards, tandis qu’un de ses hommes, protégé seulement d’un casque
métallique, poursuit à la hache les gens de pied austrasiens, dont le chef
est placé à l’arrière des troupes ennemies20. L'avantage est
aux Neustriens.
Les deux jeunes rois, représentés en adulte, sont à l’arrière de leur
cavalerie. Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II, l’aîné, est seul, lance
droite sur un cheval blanc, selle et harnais bleus. Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
, sur un cheval gris, a sa
lance sur l’épaule comme tout le reste de l’armée. Les montures ont des
queues longues21. Le harnais bleu rappelle
que le premier est roi des Francs
jusqu’en 612.
Ils sont séparés des gens de pied, eux aussi lances sur
l’épaule. La retraite est rapide et se fait en bon ordre. Quatre ans
plus tard, ils l’emportent à la bataille de Dormelles et se partagent la plus grande partie du royaume de
ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
. Les pièces métalliques
soulignent la hiérarchie militaire et le clivage social qui opposent des nobles
à cheval bien protégés et des combattants à pied plus vulnérables.
Le peintre montre les conséquences meurtrières du combat
acharné : corps démembrés, mutilés (pieds, bras, têtes coupés), bouclier à
l’envers sur le sol. Un austrasien qui s’effondre, bras tranché, est
piétiné. Un combattant, allongé à plat ventre bras en avant, au premier
plan, illustre le prix de la victoire. 22.
Le cadre donne un indice sur le lieu de la bataille, avec un
montant du portique constitué de troncs écotés, écorcés et entrelacés :
Laffaux, en latin Lucofagum, vient de fagus, hêtre. La colonne laisse apparaître un bleu en
quelque sorte neustrien et la cordelière descend jusqu’au niveau de l’armée
de ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
. Sur le haut, le
fronton, décalée vers la gauche, fait lui aussi une grande place au décor
végétal, jusque sur le panneau gris et or. Quant à la cordelière, elle
réapparaît, comme figée, à l’intérieur des panneaux décorant les pilastres
superposés à droite. Du même côté est décalé le visage de diable, avec des
feuilles d’acanthe sortant de sa bouche, soit une condamnation de la guerre
civile, avec toutefois un parti pris en faveur de ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, roi de Neustrie.
À la mort de GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne, Austrasie et Burgondie avaient été réunies sous Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais.
Au décès de ce dernier, en 5961, intervient une période de flottement dont la Neustrie de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
,
Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
et Landry essaie en
vain de tirer parti avec une offensive sur une partie de l'Île de France et Paris. Elle s’arrête
après leur victoire sanglante et sans grande portée à la bataille de
Laffaux Dumézil, 2008, p. 307). Un nouveau partage
intervient entre les petits-fils de la régente BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
2. En 600 elle peut lancer une offensive
contre la Neustrie et remporte la victoire de Dormelles contre Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
(FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
est décédée en 597)
Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II et ThierryThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
ont atteint leur majorité (en 601 et 602)3. BrunehautInformations à venir (Brunehaut@) rejoint
Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
4. C'est un guerrier, un prince dont la compétence (utilitas) est saluée par Frédégaire, tandis que Brunehaut a la main sur
l’administration et la diplomatie. Avant 603, elle désigne Bertoald Bertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne
comme maire du palais (Dumézil, 2008, p. 320) et en 604, elle l’envoie dans les cités de la rive sud de la Seine pour
réviser les registres de l’impôt. L'impopularité de cet exactio est croissante 5. Les Grands sont aussi
insatisfaits dans le duché de l’Outre-Jura où, en 604, Brunehaut nomme ProtadiusInformations à venir (protadius),
gouverneur, duc ou patrice6. En novembre 605, la guerre des trois royaumes (Austrasie, Burgondie, Neustrie) reprend.
L'amrée de Clotaire II Clotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
attaque Orléans 7 et Paris 8
en plein hiver, survient la bataille d’Etampes (Dumézil, p. 322-323 ). 9
Le peintre retient plusieurs moments. À l’intérieur d’Orléans assiégée par l’armée de Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgognepour éviter un bain de sang défie en combat singulier LandryLandry ( — ), qui l’a provoqué (I). Apprenant l'arrivée prochaine de Thierry II et de l'armée burgonde,
l'armée de Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
installe ses
tentes près d'Etampes. Puis LandryLandry ( — ) et MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2)10 attaquent l’armée de Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
en train d'arriver et qui, malgré la mort de BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne, a la victoire (II). MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2) est capturé et LandryLandry ( — ) fuit. La déroute est meurtrière (III).
L’image se lit de haut en bas.
Sous un ciel où glissent quelques stratus bleu foncé,
la rive sud de la Loire comprend une série de collines au sommet occupé par des
forteresses ou des places fortes11 ; derrière, deux autres bleuissent
et les deux dernières à l’horizon sont un ton plus clair. Le cours sinueux du
fleuve traverse l’image et deux navires se dirigent vers la droite
(aval).
Orléans, sur la rive nord, est vue ici en perspective
en angle. Les murailles sont commandées de deux à trois étages par dix tours,
une carrée les autres rondes. Le peintre décrit, pour les courtines, crénelées
et avec machicoulis, le parfait alignement des canonnières, au même niveau,
soit une circulation interne facilitant le déplacement des combattants. Le tout
rend compte du choix de BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne de se
réfugier dans la place bien défendue (v. 4790-4791), ce qui lui vaut d’être
accusé de lâcheté et raillé par LandryLandry ( — )
(v. 4792-4794). Le chemin de ronde, en haut des murs, est occupé par des
soldats en armure, certains à visage découvert, tenant des boucliers ovoïdes,
guisarmes et hallebardes, armes d’hast au poing. À l’intérieur, l’église
Notre-Dame (devenu cathédrale Saint-Etienne puis Sainte-Croix) dont la
titulature et l’emplacement exacts ne sont plus connus, apparaît entre les
dômes de deux tours : celle de droite est surmonté d’un gonfanon rouge, sans
doute pour indiquer le centre de commandement de la place, la résidence de Bertoald.
Vient ensuite la porte de la ville, encadrée de deux tours et défendue par une
plate-forme. Pour renforcer l’idée d’une place bien défendue, PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français ajoute un talus au bas des murs.
BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne,
représentant de Brunehaut et Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
en Neustrie, en armure dorée et plus grand que les autres, occupe seul une
courtine, main sur un créneau,
Il répond à la raillerie de LandryLandryLandry ( — ).12 par une
proposition de duel. Cette initiative de BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne
est révélatrice de la dégradation de la discipline antique : un général est censé obéir
aux ordres du palais, il n'a pas à trouver un règlement à l’amiable avec l’ennemi13. LandryLandry ( — ) ne donne pas suite (v. 4820)
14. Venu assiéger la ville et représenté en
marche sous les murs d’Orléans, il est en armure dorée sur laquelle il a revêtu une
cotte bleue15. Le peintre décrit le dispositf qu'il a mis en place, la ville
est encerclée : une dizaine d’hommes à pied sont visibles, de dos, au revers d’une
colline, tandis qu’à gauche figure le
camp de ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
et son armée. Tous
sont à pied, recouverts de leur armure et lance ou arme d’hast au
poing16.
Ils sont répartis entre de luxueuses tentes de
guerre17 et de parade : une grande (tref) gris clair au pan brodé et frangé d'or
d’or18, et un pavillon rose-rouge avec
boule faîtière, toit orné de rais torses et pan brodé et frangé d’or, pour, selon Cretin, ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2) et LandryLandry ( — ).
Ce dernier, venu encercler la ville, est représenté en
marche sous les murs d’Orléans, en armure dorée sur laquelle il a revêtu une
cotte bleue19,
main gauche sur le pommeau de son épée et main droite paume dirigée vers
BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne, doigts écartés, signe
qu'il se moque20.
Derrière le plateau (en contrebas), une tente rose a un décor
identique, les tentures sont ornées d’un semé d’annelets d’or à valeur
méliorative. Elle ne correspond pas au siège d’Orléans. Si l'on suit Cretin,
Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
se serait porté vers Étampes, à 62 km au nord Est d’Orléans (v. 4821-4822), et
se serait installé près de la Juine.21
sur des coteaux étagés de 66 à 156 m d’altitude. La ville royale est dans une vallée.
À l’intérieur de l’enceinte, les maisons se serrent autour de l’église fortifiée : la collégiale Notre Dame
du fort d’Étampes22 avec une
terrasse évoquée sommairement, par un mur sur le toit au-dessus des
tuiles.
Sur le plateau, les deux armées s’affrontent : celle
de (Thierry II)Thierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
, sous un
gonfanon bleu et or, et celle de ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, selon Cretin, en fait de son fils MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2) et LandryLandry ( — ), sous un gonfanon rouge aux lettres
d’or.. En effet Clotaire n'est pas là
(Gobry, p. 138-140) le maire du palais de Neustrie, voulant le préserver, le laisse à Paris, il fuit
vers le Nord. Landry se fait accompagner en lieu et place du roi par son fils Mérovée, un enfant
en bas âge, comme Frédégonde l'avait fait, pour stimuler le loyalisme de ses troupes.
Dans le récit de Cretin, c'est le père qui combat et in fine fuit avec Landry23.
Cretin donnent les premiers rôles à Bertoald et Landry. La première phase de la bataille `
`n’est pas illustrée, lorsque l’armée burgonde de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
franchit la rivière Louette, affluent de la Chalouette. Aux gués d’Étampes LandryLandry ( — )
fait le choix de l’attaquer à ce moment-là pour profiter de son fractionnement et avoir l’avantage.
Le peintre a essayé de rendre compte de la complexité des opérations qui
interviennent ensuite, de la durée de l’affrontement et du grand nombre de
combattants. Dans l’armée burgonde, trois mouvements sont représentés
simultanément. Sous le gonfanon bleu, la charge de l’avant-garde – un tiers de
l’armée -à laquelle vient se joindre BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne24 (v. 4852) (I). Derrière, deux vagues (v. 4841) remontent
en diagonale depuis la gauche (II), alors qu’au premier rang intervient la charge
royale, avec trois chevaux en ligne (v. 4877-4878). Le
roi charge droit devant lui au premier plan, il a déjà combattu. Sa monture,
avec sur la tête trois plumes roses, est blessée25. Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
se lance à la poursuite (v. 4885) de l’armée de ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, déjà en train de fuir (v. 4881)
(III)la rapidité de la fuite est suggérée par
la housse retroussée sous l’effet de la vitesse du cheval de LandryLandry ( — ). Un cavalier fait prisonnier MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2) (v. 4882).
Quelques éléments semblent signifiants. Alors que les deux armées sont équipées de
lances, dix combattants ont un statut particulier pour les Burgondes, dont cinq
qui se battent à l’épée : BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne (v.
4854), trois hommes et surtout le roi Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
26. En armure
dorée, couronné, jupe plissée rose (comme les plumes qui ornent la tête de sa monture)
et bouclier rouge, sur son cheval blanc, il est au premier plan.
Quatre cavaliers se distinguent par leur taille : BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne,
avec un bouclier et une selle rouge (il aurait indiqué à LandryLandry ( — ), comme signe pour se reconnaître, d’être tous deux vêtus
de vermeil, ce que le texte n’indique pas), un cavalier tenant un écu
bleu, puis derrière lui un autre au casque orné de quatre plumes noires et en jupe
bleue. Le dernier, portant un paludamentum rose et
dont le cheval a une housse bleue, est le second de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
, le texte ne donne pas son
nom. D’autres sont de moindre rang, comme son voisin plus petit, qui est
sur une monture à la housse grise, deux autres tenant des boucliers gris. Près du
roi certains chevaux n’ont plus leur cavalier. La victoire a un prix.
La hiérarchisation du commandement et l’échelonnement des corps de bataille dit
l’ampleur des forces engagées. S'étant avancé dans l’armée de
ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, un cavalier dont le nom
n’est pas donné fait prisonnier
MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2), en posant son gantelet sur son épaule, geste traditionnel.
Le peintre rend hommage à sa valeur en le dotant d’une housse bleue semée d’annelets blancs et
ourlée de lettres. Le prisonnier 27 fait problème. Le peintre semble réunir
deux moments, la capture du fils et la fuite du père. Il souligne
par la richesse du costume et de son équipement le prestige du personnage, de trois quarts dos, couronné.
28. Le peintre opère en fait une synthèse audacieuse 29 Le prisonnier
a certes une armure ouvragée, mais il monte un cheval bai. La couleur de sa monture est
l'indice d'une participation moindre dans le commandement, logique pour
MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2), un petit ou un jeune prince.
Sa housse est gris clair30 symbole d’espérance et de joie,
et ornée de motifs de perles. La couronne n’est pas celle terrestre et le gris clair rapelle que le prince
décède peu après sa capture. Mérovée,enfant de six ans, a été victime de maladie ou exécuté.31.
Dans la seconde hypothèse, il ne s’agit pas d’une violence liée à un déchaînement de haine personnelle,
mais de l’élimination d’un concurrent dans la lutte pour le pouvoir, afin d'éviter le prolongement
de la guerre. Quand Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
a un dernier fils, il l’appelle
MérovéeMérovée (VII siècle — VII siècle) Fils de Thierry II et choisit
Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
comme parrain. Ce dernier fait de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
son fils spirituel
32.
LandryLandry ( — ), maire
du palais, a droit à des plumes rouges sur un tortil assorti.33 avec une jupe plissée bleue.34, soit la mise en œuvre des codes visuels
du pouvoir politique et militaire35. Par convention, les deux hommes sont à l’arrière de leur armée.
.
Le peintre en donne une description qui le suggère, sans prétendre à un compte rendu réaliste. Il vise à susciter l’émotion par le choix de détails significatifs. Au sol, gisent les victimes piétinées par les chevaux royaux. Cinq sont couchés sur le ventre, pour dire leur mort violente, deux sont sur le dos, dont un portant un armet doré et une cotte grise. Sous le cheval de LandryLandry ( — ), son compagnon d’infortune qui tente de se relever n’a qu’un simple casque de métal gris. La proximité des deux défunts souligne que la mort frappe tous les combattants. Les corps n’ont pas toujours une position susceptible d’indiquer pour qui ils combattaient. Ils sont au tout premier plan, ce qui suggère une critique. Un guerrier, au teint très coloré et à la barbe noire, est sans doute du côté des Neustriens. Se retrouvent sur le sol les tronçons de lances brisées (v. 4884, ils sont rompus comme les hommes) et le motif des boucliers tombés à l’envers. La distribution des couleurs bleu et rose dans les deux camps rappelle que le combat s’inscrit dans une guerre civile meurtrière, qui n’a que trop duré. Thierry II, vainqueur, va ensuite parader dans Paris
Le cadre a, comme les précédents, une
fonction visuelle indexicale, c’est-à-dire qu’il pose des limites à la surface
enluminée et renvoie à son contenu, tout en étant révélateur du contexte.
Monochrome, il est surmonté d’un arc déprimé sur lequel repose une cordelière.
Elle descend au niveau d’Orléans. Un putto ailé tente de grimper sur le cadre
pour mieux la tirer du côté droit, où se trouvent deux colonnes jumelles (deux
tore, au niveau de MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2)
et LandryLandry ( — ). Le peintre manifeste avec discrétion
sa sympathie pour l'armée du roi de Neustrie (Paris). Les vaincus n'ont pas démérités
36. À gauche, une seule colonne paraît en quelque sorte habitée : `
le fut au niveau de la forêt porte un petit visage, près de la tour d’angle d'Etampes, puis
un visage au gros nez et aux yeux tombants, et une petite figure de diable avec des cornes reposant
sur une tête de singe. Sur la partie inférieure de la colonne, coule une masse
grisâtre. Sur le bas du cadre, le motif des branches d’acanthe est inversé, la tête est en-dessous
Il s’agit là d’une dénonciation vigoureuse de la guerre civile, entre proches parents, 37 un monde à l’envers. La place sur l'axe central du gonfanon bleu juste
sous Orléans, qui n'a pas été prise, rapelle sans doute aux contemporains de
François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
,
le dessin royal : donner à la France des frontières clairement définies, affirmer
sa souveraineté sur des territoires à défendre, les provinces frontières régulièrement
traversées par des invasions.
Selon FrédégaireInformations à venir (fredegaire), après la victoire
d’Etampes1,
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
2
fait donner le poste de maire du palais à ProtadiusProtade ( — 606) Maire du Palais3, partisan d’une
guerre fratricide avec l’Austrasie.
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
convainc Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
4 de déclarer la
guerre en 605 à son frère aîné. Avec son armée, il parvient à Quierzy, villa mérovingienne5, mais au moment où la bataille est
sur le point d’être déclenchée, les Grands de Burgondie demandent la paix6. ProtadiusProtade ( — 606) Maire du Palais s’y refuse,
alors ils le tuent et la paix est scellée
7.
L’image retient ce moment suspendu où tout bascule
8. Sa construction n'est pas
tout à fait symétrique : Quierzy est en
grande partie du côté de Théodebert
IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II
9,
dont l’armée est la plus proche de l’axe central.10. Le ciel est dégagé,
malgré deux nuages, un au-dessus de chaque belligérant. Un paysage de collines
s’étend jusqu’à l’horizon. Le texte (vers 4997) indique que ThéodebertThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II est informé de l’attaque quand
l’armée de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
est déjà près de
Metz, il n’y a pas mention du lieu précis de la
rencontre. L’image montre à droite l’Oise qui traverse Quierzy et suggère qu’elle est dans une vallée (toute une partie
des murs n’étant pas visible). Cité gallo-romaine, la
villa royale est aux confins du Soissonnais, du Noyonnais et du Laonnais. Son prestige se marque par des
dômes et entre les tours centrales11, le toit bleu et le pignon blanc d'un logis
royal.Un chemin conduit au camp de ThéodebertThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II, avec deux pavillons, un bleu
et un gris. En vis-à-vis, celui de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
en comprend cinq alignés : au
premier rang, le plus grand est blanc, puis un gris au centre pour le roi et
rouge pour ProtadiusProtade ( — 606) Maire du Palais, ils cachent en
partie un rouge et et un bleu, pour dire l’ampleur des préparatifs.
Au-dessus des camps et des deux armées du côté de
ThéodebertThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II flottent deux
gonfanons un rose et or 12 pour les cavaliers, et un
vermillon et or, pour les gens de pied13.
Pour Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
,
le plus haut est gris clair pour sa cavalerie et un bleu
pour son infanterie.
Les deux armées sont constituées et disposées de façon
identique. Le peintre suit la distinction entre gens de pied (v. 4944 coustiller),
fantassins armés d’hast (coutille : couteau fixé dans une hampe ou demi-lance) et
gens d’armes, depuis le XVe siècle, cavaliers
appartenant à certaines compagnies d'ordonnance. Il remplace les archers par des
canons. Au premier plan des pièces
d’artillerie mobile attestent de leur rôle primordial au XVIe siècle dans toutes les batailles14. De chaque côté, une dizaine de lignes de gens de pied abaisse progressivement
leur lance, ils sont cependant trop près. Aucun n’a de gantelets. Tous sont en
position de combat : pied droit en avant, jambes souples, légèrement inclinés, ils
sont prêts au choc avec l’adversaire. Le capitaine de chaque côté se repère
par son plus grand nombre de protections, sans toutefois les avoir toutes.Le capitaine de ThéodebertThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II a des bottes sur ses jambières ! Celui de Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
n’a pas de défense de bras et d’épaules. Commme il est proche des
deux pièces d’artillerie mobile, il peut s’agir d’un canonnier, dont le statut
diffère des fantassins et des cavaliers : ce sont des techniciens très
recherchés. Un personnage couvert
d’un chapeau vert, devant le roi, occupe une grande surface, il est sans doute,
pour le peintre, emblématique des bourgeois, chefs de milice communale. Les autres
Burgondes ont un
équipement beaucoup plus hétéroclite que les Austrasiens : la plupart sont en souliers, deux n’ont pas de casque
et trois sont armés d’épieux. 15. Les deux camps se jaugent du regard. Les bouches ouvertes,
les sourcils froncés ou levés rendent la tension palpable.Au second rang, les gens de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
semblent s’étonner du mouvement chez leur adversaire, au troisième un commandant
blêmit en voyant le meurtre. Dans la cavalerie
austrasienne, au premier rang, le roi, en armure dorée sur un cheval blanc
harnaché de noir et or, est sans couronne (elle a été effacée)16. Il tourne la tête
vers l’arrière comme pour s’en aller. Il n’est pas l’agresseur et ne tient pas de
lance. Il en va de même pour son voisin, visière levée et en cotte d’armes
rose. En avant plan, un cavalier de trois quarts dos, lance droite fait mouvement
lui aussi. Par contre trois autres conservent
l’alignement, indispensable à la charge.
En face,Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
, couronné, en armure dorée et lance droite au poing,en impose. De
profil17, hiératique, il ne voit pas ce ce qui se joue en un instant à
sa droite.Un cavalier s’est mis en travers
devant ProtadiusProtade ( — 606) Maire du Palais et le transperce de son
arme 18 au niveau du
menton car le cou est protégé. La victime sans lance et visière de son bassinet
relevée, sourcils levés, crie. Son assassin, un Grand avec une armure identique à
la sienne, est comme son voisin coiffé d’un armet et visage découvert. Les deux
hommes19 tournent leur regard vers la droite, anticipant peut-être le
châtiment à venir : ils ont bravé l’interdiction du roi de s’en prendre à son
nouveau maire du palais. Ancien gouverneur du district d’Outre-Jura, duc ou patrice, fonction
publique, sa nomination avait déjà été mal acceptée par les Grands (v. 4956)
barons et seigneurs. Prérogative royale légale, elle avait marqué une rupture avec
la tradition d’élire un membre de l’aristocratie de la région 20.Sa
promotion en remplacement de Berthoald
Bertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogneaggrave le mécontentement 21. La réponse de ProtadiusProtade ( — 606) Maire du Palais aux contestataires (v. 4970-4976), qui
veulent la paix, est aussi un rappel du principe étatique. Il est tué dans
l'exercice de ses fonctions, prêt au combat, et non dans sa tente en train de
jouer aux échecs (v. 4990)22. Le cadre tranche avec le précédent par le retour de quatre décors bleus et or aux
motifs renaissants. Sur le haut un fronton supporte la cordelière et deux putti
ailés tournés vers la gauche la soutiennent : un à cheval essaie de la remonter
tandis que l’autre à genou sur le cadre s’arc-boute pour la ramener de son côté.
Le portique comprend à gauche, près de ThéodebertThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II une colonne superposée sur un pilastre, à droite du côté
de son frère Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
deux colonnes
superposées. En bas au centre, un visage souriant - in fine la paix triomphe -
tient dans ses mains végétales deux acanthes qui s’épanouissent de part et
d’autre. Le peintre condamne la démarche belliqueuse de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
23, le refus de la paix opposé par ProtadiusProtade ( — 606) Maire du Palais et sa mise à mort par un des leudes qui contrevient aux
ordres du roi.
Lors de la guerre fratricide de 612-613, Théodebert
IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II d’Austrasie
1, vaincu à Toul par son cadet Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
2 de Burgondie, se replie sur Metz puis sur Cologne avec ses trésors3. La ville est assiégée (v.
5209), intervient alors sa « traytreuse et vilaine mort »4. Ses fils, amenés à Metz,
sont tués par leur arrière-grand-mère BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, qui s’interpose lorsque Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
veut ensuite épouser sa nièce. Sur un fond de paysage
serein et sous un ciel où s’amoncellent des nuages noirs, la composition s’organise
autour de quatre scènes5.
L’image se lit de bas en haut 6
Une vue partielle de la ville occupe deux tiers de la hauteur et trois quarts de
la largeur de l'image. Cela tient à son rôle : capitale de la province romaine de
la Germanie inférieure et, un temps, de
tout l’Empire romain, résidence de maires du palais, la ville est prestigieuse.
Siège archiépiscopal depuis 795, elle est dominée
par la cathédrale, ici au second plan.
À côté, se trouve le palais de l’empereur, construit
vers 950, qui comprend le cabinet de Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II et une tour à contrefort, avec dôme et
lanterne.
Au troisième plan, est sans doute figurée la tour avec lanterne
de l’Hôtel de ville. Toute la ville est pavée7 ; entre les édifices majeurs
s’intercalent des maisons. Une courtine au premier
plan a perdu un étage pour permettre de découvrir le cabinet : une salle dont
les deux fenêtres sont fermées de grilles solides8. L’image n’évoque
qu’indirectement la ruse des habitants de la ville (v. 5224-5225), par un des
représentants des habitants, proposant au roi de partager ses trésors avec son
frère (v. 5230-5234), ce qu’il accepte (v. 5238)9.
Elle le montre en train de trier son trésor10 (v. 5241-5245), penché sur un coffre rempli de pièces d’or (v.
5246) pour un partage équitable, susceptible d’empêcher la prise de la ville
par la force.
Le roi porte une collerette d’hermine, sur une robe
or, fendue sur le côté, découvrant une longue tunique bleue11. Sa
couronne est posée sur un chapeau à grand rebras12. Une large écharpe
blanche est nouée à sa taille, symbole de son impuissance à agir. Derrière lui13, le représentant de la ville avec un
paludamentum rose14, signe de son pouvoir, s’apprête à décapiter le roi, avec
un cimeterre - une arme orientale qui le déprécie (v.
5249)15. Le traître, 16, est aussi un
homme du roi17 : il a un chapeau bleu.
Le meurtrier court aux murs, le cimeterre encore à la
main, en tenant par les cheveux la tête de Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II, pour la jeter à Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
, remplissant le pacte conclu avec lui (v.
5250-5255).
Près de la porte
de Mars, le vainqueur en armure dorée18, a les cheveux blancs, peut-être pour
rappeler qu’il meurt peu après, empoisonné par BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
. Sa main gauche est en pronation pour indiquer sa
tristesse, ce qui contredit le texte qui l’en dit exempt. Dans le camp de
Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
19, son armée attend en armes. Au premier rang, visage découvert,
deux généraux20, équipés de grands boucliers ronds à umbo, regardent la
tête de Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II. L’image
n’évoque pas l’entrée triomphale de Thierry II
Thierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
dans la ville (v. 5258-5259), ni le fait qu’il récupère les enfants de
son frère (v.5263-5265).
En haut à droite, les deux fils de Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II sont amenés àMetz, sommairement représentée (v. 5266-5267).
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, dès leur arrivée devant
la ville, se précipite pour les tuer (v. 5268-5270)21. Au sol, le
plus grand22, avec le même costume que son défunt père
Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II23, est blessé au cou, au côté et au ventre : il a a tenté en
vain de fuir son arrière-grand-mère24. Elle frappe son petit frère25
d’un coup de dague au ventre26. Elle est vêtue d’une
robe de soie rose à reflets dorés27, qu’elle porte encore dans la scène
suivante.
Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
28,
en chausses orangées à valeur péjorative, rajeuni et sans couronne, une main
sur le cœur, montre l’objet de son désir (v. 5291-5295).
À ses côtés, un courtisan, bras croisés, ne se
prononce pas sur la démarche. Devant lui, trois femmes : une dame de haut
rang, à l’expression sévère, s’interpose. En retrait,
la nièce du roi29, qu’il veut épouser, est vêtue d’une robe bleue de même
couleur que la tunique royale, pour souligner leur lien de parenté. La jeune
fille, décrite comme belle et douce, s’incline, une main en pronation, l’autre
marquant son rejet, une expression douloureuse sur le visage.
Derrière, BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, sans couronne, a tenté de s’opposer à la volonté
royale (v. 5296-5301). La réaction du roi est décrite comme brutale (v.
5302-5314). Il rappelle son rôle dans la guerre civile, ses crimes, l’injurie.
Il tire son épée, ce que l’image ne montre pas (v. 5315-5319). Effrayée, elle
s’apprête à fuir, non pas sauvée par l’intervention de gens de biens et
courageux comme l’indique le texte (v. 5320-5321). Elle a mis en avant le
caractère illicite et immoral de l’union, surtout elle craint que cette toute
jeune future reine prenne, auprès de son mari, une influence qui la prive de son
pouvoir. Fratricide et incestueux, Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
montre qu’à l’apogée de la dynastie mérovingienne, le souverain a
une conception absolue de son pouvoir, sans limite. Il est au-dessus des lois et
des normes qui s’appliquent aux aristocrates. Les luttes pour le contrôle du Regnum Francorum, dans un contexte accepté de violence
généralisée entre les prétendants, sont un moyen de rappeler aux aristocrates que
leregnum à vocation à englober les tria regna secondaires (Austrasie,, Neustrie ,
Bourgogne), en vain.
Le cadre est surmonté d'un arc déprimé et
de deux vases qui soutiennent une cordelière qui descend à gauche, vers le
cabinet de Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II, le long
d’une superposition d’une colonne ronde et d’un pilastre à panneau gris, à
décor de candélabre, sans doute une manière d’approuver sa décision de partager
son trésor avec son frère, Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
, pour sauver la ville. La superposition de colonnes à droite
oppose la victoire et ses suites. Le bandeau bleu rappelle que les
protagonistes sont deux rois du Regnum Francorum,
symbolisé par une fleur de lis dans une acanthe.
Le décor renaissance du cadre reprend la métaphore végétale. Une cordelière, longue tige, est soutenue par un putti ailé, peut-être allusion au labeur de l’écrivain ; en bas une fleur de lys rappelle qu’il œuvre pour le roi. Près de Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français, la colonne est composée de boutons floraux tête bêche, qui laissent apparaître un marbre rouge précieux.
Le peintre décrit le climat doux et humide, la douceur du paysage d’Île de France, l’importance de la capitale. Dans le lointain, sur des collines, quatre forteresses se dessinent sous un ciel chargé de nuages noirs, leur ombre semble encore porter sur le toit d’un édifice avec renfort d’angle et cheminée, lieu de résidence du chanoine.Il est situé près d’un bois dans un faubourg à l’extérieur d’une impressionnante place forte à laquelle conduisent, à travers la campagne, deux chemins, encombrés de cailloux, qui se rejoignent devant une porte : image du chemin de longue étude semé d’embûches pour atteindre la grande et belle forteresse du savoir ?Paris se reconnaît à sa double enceinte de Charles VCharles V (21/01/1338 — 16/09/1380) Roi de France de 1364 à 1380 et de Philippe AugustePhilippe II [Auguste] (21/08/1165 — 14/07/1223) Roi de France de 1180 à 1223, inaugurateur du titre et, à l’intérieur, à la densité du bâti. En arrière-plan, domine la forteresse du Louvre, porte méridionale et tour du coin.À droite, au bout d’un chemin, Saint-Denis confirme l’orientation de la fenêtre du cabinet vers le nord.
Le cabinet est dans une pièce au décor renaissant sur le mur, avec un médaillon en forme de mandorle (sujet religieux) et un rond. La fenêtre éclaire l’auteur, les livres qu’il consulte et le pupitre où il écrit ; sa main ne lui fait pas d’ombre.
Le mobilier de bois domine : sous la fenêtre, deux étagères en plan incliné avec rebord et, en dessous, un coffre à livres sur lequel est posé une étoffe bleu brodée d’un semé d’abeilles dorées.Ce meuble fermé est à la même hauteur que le bureau ouvert, isolé du sol, et sculpté, sur le côté, d’un artichaut. Deux livres sont couchés : la tranche gouttière est en avant et le dos de la reliure de l’un fait face au dos de l’autre, ce sont sans doute les derniers de leur pile, les autres sont au-dessus en cours d’utilisation ou prêts à l’être. Sur le dessus, couvert d’un tissu gris clair au motif doré, voisinent un pupitre de lecture et un pupitre d’écriture dont le bas reprend le motif du meuble.Derrière, une tenture bleue semée de coquille ornée de perles dorées, est terminée par un retour arrondi frangé, sorte de dais. Un livre ouvert à la hauteur des yeux de l’écrivain est sur l’unique étagère : le dispositif est raisonné. Le lien étroit entre écriture et lecture est un topos des portraits d’auteurs.
La collection de livres de CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français se définit non par le nombre mais par la disposition qui structure l’accumulation (C. Rabel). Les livres ne sont pas disposés au hasard. Leur répartition sur l’étagère, leur format et leur position évoquent un classement, une organisation. Treize livres ont une reliure rouge, sous la fenêtre huit. Sur l’étagère du haut deux groupes se dessinent : à gauche, trois sont béchevetés, un rouge posé sur un bleu vertical, lui-même posé sur un rouge ; à droite, un vert vertical posé sur un rouge couché et, à distance, un volume plus épais à reliure gris clair. Les gouttières sont tournées vers la gauche pour le bleu, le vert et le gris. Les livres au-dessus des autres sont sans doute les derniers utilisés.L’étagère médiane comprend, posé sur un livre vert et un rouge, un volume étroit ouvert et, à quelque distance, un épais volume relié de rouge, gouttière vers la droite. Au-dessous, sur le tapis, un livre rouge à cabochons est posé sur la tranche de queue ; à côté, à plat et béchevetés, se trouvent un livre gris et un rouge avec tranche dorée et plat orné de filets et décor central dorés.Devant l’auteur, un volume relié de rouge est posé sur petit format gris ; les deux ont cinq cabochons dorés.
Au total, les 21 volumes se distinguent par la couleur de leur reliure, leur format et la façon dont ils sont rangés par auteur, catégorie (sources anciennes, ouvrages récents) ou fréquence d’utilisation (au plus près de l’utilisateur). L’organisation rationnelle traduit aussi le soin de ne pas abîmer les livres, imprimés ou manuscrits. Le livre posé en évidence au premier plan fait question. Le gros volume est appuyé contre le bureau : dos de la reliure sur le sol, tranches de tête et de gouttière très blanches, comme pour la plupart des livres. La reliure de cuir rouge sur des ais épais est pourvue d’un filet or et de cabochons, soit une reliure de type ancien dotée d’un fermoir noir modeste. S’agit-il d’un ouvrage référentiel dont la consultation est ponctuelle, d’un volume trop fort et encombrant pour être posée sur le bureau … ou du premier volume de la Chronique française ?
Ce meuble somptueux, bien agencé, est assorti à une chaise à haut dossier dont l’auteur s’est extrait. Il tient à la main une plume « aspre et tendue » mais il n’y a pas d’encrier. Trois livres sont ouverts avec un format haut, étroit, dont un sur le pupitre de lecture ; Cretin en maintient la page ornée de vignetures traditionnelles. Tous les livres sont justifiés et réglés, sans initiales calligraphiées. L’encre est noire. Aucun des livres ouverts n’est illustré. Sur l’écritoire, se trouve un long feuillet avec titre de la page, emplacement vide pour une initiale et une rubrique calligraphiée, justification à droite et avant dernière ligne interrompue.Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français est debout alors que, depuis les représentations des évangélistes ou de saint JérômeInformations à venir (saint_jerome), les auteurs sont le plus souvent figurés assis : notation intéressante, rendue nécessaire par l’utilisation simultanée et qui se veut fidèle de plusieurs sources.
PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français donne ici un portrait de Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français plus flatteur que celui vigoureux de l’image de dédicace. Il est de trois quart face, en longue robe noire à manches larges, ornée d’une fine ganse blanche. De la toque noire dépassent des cheveux gris. Le visage, menton volontaire, nez long, joue rosée, traits marqués, a une expression de fatigue et de sérénité. Les yeux ne sont plus bleus, les pupilles sont noires. Il est tout à son travail.
Le premier récit illustré du volume évoque l’élimination brutale d’un héritier du
trône secondaire1 par son père
Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
2. Cette pratique tient chez
les Mérovingiens aux modalités de succession définies par le droit : il s’agit
d’éviter des guerres sanglantes pour préserver l’unité du Regnum
Francorum ou du moins de limiter la concurrence. Une longue série de
violences intrafamiliales émaille le volume, répondant à cette économie. Sans le
texte, il n'est guère possible de comprendre le parcours de ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier dans l'image3. Son père4 lui confie une délégation de pouvoir en Aquitaine5. Lui entend en
faire un royaume indépendant. Il se révolte, complote contre le roi et ses
représentants6 et demande de l’aide à son oncle Childebert IerChildebert Ier (01/01/497 — entre 13/12/558 et 25/12/558) Roi des Francs de Paris (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
. À
la mort de ce dernier, le 23 décembre 558, face à ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
qui s'est s'emparé du royaume du défunt, ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier est dans une situation difficile. Il fait
appel aux Bretons, avec lesquels il s'entend grâce à son beau-père7. Le destin tragique de
ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier est ici évoqué en trois
scènes8. La première retient la défaite de son compère
qui, vaincu, s'est réfugié dans l'église Saint-Martin de Tours. ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, faute de pouvoir l'en faire sortir, la fait incendier (v.
449-455). ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier rejoint alors ses alliés
Bretons9.
Intervient alors une bataille meurtrière (scène II). Vaincu, il est capturé, jugé,
condamné et supplicié avec sa famille (scène III)10. Le ciel
bleu qui s’éclaircit à l’horizon occupe peu de place. La composition complexe dessine
trois zones disposées en diagonales. L’image dans le registre supérieur se lit de
droite à gauche ; c'est l’inverse pour le registre inférieur. Le parcours est en fait
circulaire. Il part du siège et de l'incendie de l’église Saint-Martin de Tours, suivent la
victoire de ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
11, le procès du vaincu, le
bûcher et enfin est suggèré le retour à l’église, sa reconstruction pour en expier
l’horreur. Un axe vertical12 établit un lien entre l'église incendiée et le supplice de la
famille de ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier. Le rebelle en est
exclu13, l’auteur condamnant sa révolte14. Le roi
Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
est représenté trois fois,
son fils deux fois.
La composition met en valeur
l’église15.
.
L’image est censée représenter la première basilique décrite par Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge16 : à cinquante pas de
la ville, avec 160 pieds de long, 60 de large et une hauteur de 45, 52 fenêtres,
dont 20 dans la nef17. Ravagée
en 558, elle est encore incendiée quatre fois et reconstruite deux fois ; en 1014,
trois tours sont ajoutées. La tour du Trésor (50 mètres de haut et carré de 10
mètres de côté), qui reçoit en 1175-1180 un placage gothique, comprend deux étages
dont les angles sont dotés de contreforts plats jusqu’au sommet, au troisième
étage. Elle conserve cet aspect ; une horloge est ajoutée au début du XVIe siècle18. Quant à la toiture, où des travaux ont eu lieu aux XIIIe et XIVe siècles, elle
rappelle celle de Saint-Jean
d’Angely. Pour la plupart des lecteurs, la silhouette de l’édifice,
avec ses fenêtres et la tour, est identifiable19. Le peintre n’a
pas la possibilité de reconstituer le monument mérovingien et la reconstruction de
Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
20.
La façade est pourvue de trois marches en pierre puis
de trois en bois, allusion à la basilique dédiée d’abord à saint PierrePierre, saint (Ier siècle avant J.C. — entre 64 et 68) Apôtre du Christ et premier pape de l'Église catholique et saint PaulPaul, saint (5 — entre 64 et 67) Apôtre du Christ et missionnaire, construite au-dessus des
boiseries du premier édifice en 437 par l’évêque BriceBrice de Tours (377 — 444) Saint catholique, pour abriter le tombeau et la chape
de saint MartinMartin de Tours, saint (316 — 08/11/397) Saint catholique et orthodoxe21. À l’entrée, deux colonnes torsadées soutiennent un arc roman,
au-dessus un fronton et au sommet une croix. Des flammes courent sur le toit,
sortent des fenêtres, embrasent toute la porte et l’intérieur.
ConnebaultWiliachaire ( — ) Comte d'Orléans au VIe siècle (?-?)
, soutien de ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier22 qui, défait par ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, s’est réfugié dans l’église, dont
il refuse de sortir. Terrifié, il tente d’échapper en vain aux
flammes23.
L’édifice est cerné par une armée de cavaliers sous un
gonfanon de gueules à la croix d’argent. ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, monté sur un cheval blanc,
porte sur son amure dorée le tabard azur semé de lis d’or des rois de
France. Il est couronné, sa responsabilité est dénoncée par sa position de
profil et son bouclier rouge ovoïde.
À côté du roi, critique implicite, un cavalier à
visage découvert, monté sur un cheval fauve harnaché de cuir non teint
(péjoratif), est proche du bâtiment, mais il n’est pas montré mettant le
feu. Sortant d’un bois, une autre partie de l’armée est composée de
gens de pied de dos, deux avec des boucliers ronds24. Les pointes des lances des hommes qu’ils commandent devant
l’église suggèrent une intervention dans les départs de feu.
ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier
s’étant réfugié auprès du comte de Bretagne ConomorConomor (VIe siècle — 560) Personnage de l'histoire bretonne25, réunit une armée contre son
père. Le texte décrit la bataille de 560 et les bannières levées. Deux sont
représentées : pour ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, un
gonfanon gris à la croix blanche26 ; pour les Bretons, un rouge avec une
figure non lisible. Les flammes des enseignes soulignent le mouvement des deux
armées. Le lieu de l’affrontement n’est pas précisé par le texte. Le champ de
bataille, terrain plat permettant de charger27, est séparé de la scène tourangelle par une colline. Les
chevaux ont un port de tête encolure arrondie, révélateur du même
dressage.
L’armée de ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
se déploie devant une forêt, pour évoquer le chemin
parcouru. Au deuxième rang, les grands, loyaux, qui ont essayé avant la
bataille de l’éviter, ne chargent pas.
Au premier rang, sur un cheval de guerre blanc, le roi
couronné a lâché les rênes, il tient un bouclier bleu laissant la tête de sa
monture à sa gauche, la lance est couchée sous l’aisselle droite. Le peintre
fait le choix de ne pas montrer ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
taillant à tout va avec son épée et découpant ses
ennemis : l’accent est mis sur le mouvement, l’intrépidité de la charge royale.
Il est en armure dorée des solerets à l’armet, sur sa dossière une fleur de lys
en relief28.
Le vers 561 (« Et, par ainsi, de toutes les deux partz ») rappelle que des deux côtés la bataille est meurtrière. Pour l’illustrer, à côté du roi, un cheval fauve a perdu son cavalier. Au sol gisent quatre corps, au milieu de flaques de sang. Un, en bleu, évoque les pertes que le roi redoute et indirectement son imploration à DieuDieu Concept de Dieu dans le christianisme, pour lui donner une victoire sans trop sacrifier de vies. Il est tombé sous un soldat du comte (ou roi) de Bretagne en cotte grise. Un autre Breton en cotte rose, blessé et la main sectionnée, a tenté de fuir29. À peu de distance, un dernier visage a la bouche ouverte, dents visibles, ce qui est rare et renvoie aux vers évoquant la dureté du combat par des comparaisons animalières30. Son poing fermé est le signe d’une grande hostilité, il est blessé au niveau de la taille, c’est-à-dire des parties molles vulnérables31.
Pour l’armée vaincue, un moment précis est figuré :
les deux premiers rangs comprennent quatre combattants en train de fuir, ce que
ne fait pas le gros de la troupe. Juste derrière le comte de Bretagne, monture
fauve et armure dorée, deux combattants chargent encore.
ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier est
reconnaissable à son cheval blanc, avec harnais et selle roses32. Le prince
en armure gris foncé sans éperons, comme ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
33, est
figuré de trois quarts dos, le poing droit dirigé vers lui34. La cordelière à nœuds du cadre35 établit un lien entre la
révolte du fils contre son père, le procès et le supplice inique.
Pour la triade de gens de droit qui ont instruit le
procès, le peintre joue sur l’alternance rose-gris. Leur réaction à l’égard du
supplice n’est pas identique. Un, visage en partie caché, paraît horrifié. Le
second, chapeau rouge, regarde avec tristesse. Les bras croisés, main gauche
index pointé vers le bas, il récuse les modalités de l’exécution, décision du
roi. Au premier rang, le troisième est aligné sur ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
36. Le peintre place sa main droite au bout du sceptre tenu par
le souverain : il en est l’instrument.
Le roi est éploré, yeux cernés, bouche ouverte, une
manière de rappeler sa contrition après la quadruple exécution. Il est en robe
héraldique avec grand col d’hermine. Le revers de sa manche a une polychromie
péjorative. Pour expliciter l’enjeu, son poing droit est en direction de son
fils.
Le peintre décrit la famille du rebelle consommée avec lui, sans corriger
Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français, qui évoque deux fils
au lieu de filles37,
ce qui change la portée politique du drame38. Le visage de ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier exprime une douleur physique et
morale. Le haut du corps, à la morphologie vigoureuse, est de face. Dans
l’effort, pour se tourner vers les siens, apparaît une chemise noire, détail
bien observé. Il a été dépouillé d'une partie de ses vêtements et ne conserve
qu'un pourpoint rose et des chausses grises39. Malgré deux chaînes noires, il a tenté de se
lever du banc sur lequel il a été assis pour être jugé.
À la différence de son époux, ChaldaChalda (VI siècle — VI siècle) Épouse de Chramne, sa jeune femme, aux joues encore
rondes, est en bleu couleur royale. Visage tourné vers le ciel, elle
hurle40. Enveloppée par les flammes, elle se
débat pour se tourner vers ses enfants et illustre la force de l’amour
maternel. Le dossier du banc dont elle a tenté de s’arracher est surmonté d’une
barre.
Dévoré par les mêmes flammes, l’aîné de ses enfants,
yeux roulés, s’époumone, visage levé vers elle. Il est derrière le banc, le cou
sur la barre, à laquelle le lie une chaîne qui enserre la poitrine puis la
taille. La manière dont il est attaché souligne le courage du petit fils de
ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
.
Son jeune frère en a tout autant. Lié à la barre le
long de l’accoudoir, assis sur le banc, il a réussi à se mettre debout en
arrachant la barre. En se débattant, la chaîne a glissé et l’étrangle ; il
reste entravé par la taille. Son bras droit et une partie de sa robe sont la
proie des flammes, le petit prince repousse le meuble. Aux horribles
souffrances de l’enfant brûlé vif, se mêle une peur panique. Il crie à pleins
poumons et se tourne avec désespoir vers sa mère qu’il voit brûler.
Le bûcher surbaissé est mal construit, de longues
bûches de bois sont disposées autour du banc, un fagot est posé contre la robe
de la mère, des bûches sont aussi accumulées près du petit prince. ChramneChramne (VIe siècle — 01/12/560) Prince mérovingien, fils rebelle de Clotaire Ier, les flammes dépassant à peine son
visage, va mourir le dernier en voyant le martyr des siens. ChaldaChalda (VI siècle — VI siècle) Épouse de Chramne et ses enfants sont placés précisément
sous la basilique Saint-Martin41
La construction de l’image accorde au supplice42 ordonné par
le père le premier plan et la plus grande surface. Il est pour le peintre
l’essentiel, là où pour l’auteur le pillage des biens de l’Église est la faute
première de ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, dont seule la
révolte de son héritier le détourne. Cretin moralise : l'histoire est un
exemple pour tous les enfants car toujours les pères doivent être obéis (vers.
590 : « Estre envers eulx si desobeÿssans »). Sinon, par juste jugement, le
fils selon ses démérites risque d’être jugé selon la loi humaine par la justice
- royale - et d’en subir la rigueur. L’artiste souligne le caractère effroyable
d’un châtiment qu’il dénonce comme une vengeance diabolique. Le portique qui sert de cadre, discret
espace de liberté d'expression, est surmonté de trois arcs
surbaissés43 et
comporte une frise bleue et or44 au répertoire renaissant affirmé. La superspositon
de colonnes, à gauche, souligne le passage de la bataille au
supplice45, son dernier tiers comprend deux colonnettes devant un
panneau gris clair, sorte de cénotaphe des deux enfants royaux suppliciés.
En bas, au droit des époux, deux branches d’acanthe, symbole après l'épreuve
de la gloire des martyrs, sortent de la bouche d'un diable, visage de face.
Un mufle apparaît sous le cadre et deux hybrides démoniaques, répartis de
façon symétrique de part et d'autre, en sortent marquant la réprobation du
peintre Jean PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français.
L’auteur, parmi les crimes du roi Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
(497-561)1, ne retient que l’affaire Gauthier d'YvetotGautier d’Yvetot ( — ), évoquée par Robert GaguinGaguin, Robert (1434 — 22/05/1501) Philosophe et historien français2. L’animosité royale, suscitée par une cabale
d'envieux (v. 689-691)3 a
provoqué un long exil de ce bon et loyal serviteur. Sur le conseil du pape, il tente
de renouer avec le prince, en se présentant devant lui dans une église. Le roi, sous
le coup de la colère, le tue.4 Le peintre suit le texte avec
une composition audacieuse et synthétique qui utilise le nombre d’or. La scène se
situe, ce que ne précise pas le texte, dans l’église de Soissons, capitale du royaume de
Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, soit une unité de lieu. L’identification des personnages est
facilitée par leur situation dans l’image, leur position, leurs gestes, les costumes
et le choix des couleurs. L’ensemble des corrélations s’accorde avec le jugement
moral et politique porté par l’auteur. L’office du Vendredi Saint, célébré
l’après-midi, permet de dater l’événement avec une précision rare (v. 788). Le quart
supérieur met en scène RadegondeRadegonde (518 — 15/08/587) Reine des Francs (539-?)
Sainte catholique, religieuse à Poitiers que Cretin confond avec
Aregonde5. D’après Venance FortunatVenance Fortunat (530 — 609) Évêque et poète du Bas-Empire romain, Radegonde, fille du roi
de Thuringe et prisonnière de Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
, devient son épouse en 535. À la suite de
l’assassinat de son frère par son mari6, elle décide de s’enfuir et entre en
religion7. À la faveur du meurtre de GautierGautier d’Yvetot ( — ), le peintre aménage la version
retenue par Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français (v. 672-674).
L’espace sacré, un tabernacle, est délimité par une
tenture rouge et or et quatre anges chacun sur une colonne. Ils tiennent les
arma christi : la torche des gardes venus arrêter
Jésus, la colonne de flagellation et le roseau, de l’autre côté la couronne
d’épines et l’éponge, en dernier la lance penchée dans la direction de
RadegondeRadegonde (518 — 15/08/587) Reine des Francs (539-?)
Sainte catholique, religieuse à Poitiers que Cretin confond avec
Aregonde : elle s’associe à ses
souffrances. Sur l’autel, un retable évoque le Christ en croix entre MarieMarie Mère de Jésus-Christ et JeanInformations à venir (jean). Le choix des couleurs est mélioratif : rideaux vert semé
d’or, nappe d’autel blanche au bandeau rouge et or, dais et devant d’autel gris
et or. Le moment retenu est intense. Le célébrant, après avoir présenté à
RadegondeRadegonde (518 — 15/08/587) Reine des Francs (539-?)
Sainte catholique, religieuse à Poitiers que Cretin confond avec
Aregonde la croix pour faire
mémoire de la Passion, la tourne vers la partie féminine des fidèles8.
La reine à genoux sur une estrade devant une
clôture9 de bois aux panneaux décorés, donc encore en
dehors de l’espace sacré du sanctuaire, regarde le cocélébrant qui tient une
patène avec le pain consacré la veille. Sans couronne (elle a renoncé à son
statut), ni nimbe, en costume à la mode du temps, robe de brocart d’or, voile
noir, elle va communier après s’être prosternée pour rendre hommage à la croix,
rappel de sa vénération pour un fragment de la Croix, qu’elle ne quitte pas.
L’image établit un lien – une diagonale les unit - entre la vocation religieuse
(et la décision de RadegondeRadegonde (518 — 15/08/587) Reine des Francs (539-?)
Sainte catholique, religieuse à Poitiers que Cretin confond avec
Aregonde d’entrer
en religion) et l’homicide de GauthierGautier d’Yvetot ( — ), un martyr (v. 788).
Dans l’église, les fidèles sont séparés : les femmes, à gauche avec une stalle vide et les hommes à droite agenouillés sur le sol10, sauf un assis bras croisés, un livre ouvert sur les genoux11. Le texte ne précise pas s’il s’agit du chœur dont les laïcs sont exclus ou de la nef. En fait, l’office de la Croix, qui comprend la présentation puis la vénération de la croix12 prévoit que les fidèles à ce moment là s’avancent jusqu’à l’entrée du sanctuaire13 pour passer devant la croix et lui rendre hommage par une simple génuflexion14. Au centre du chœur15, huit chantres debout, devant un lutrin, chantent l’office16. Ils sont séparés de l'assistance par un banc coffre sur lequel sont posés trois livres liturgiques.
Dans la nef, très courte, se trouvent le
roi et un groupe de fidèles. Trois gardes royaux armés de hallebardes17 à gauche,
dont deux figures monumentales, se sont laissés surprendre18 : un tourne le dos à la scène, un autre ne la voit pas, le
troisième (le chef de la garde), en chapeau rose et vert19, n’a pas le temps
d’intervenir. Les fers des armes proches de la stalle laissée vide rappellent
peut-être que la reine a fui et que ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
a tenté par la force de la récupérer.
Au premier plan, la quasi totalité de la hauteur de
l’image est occupé par un dais azur fleurdelisé, dont dont le dessus rouge et
or, comme la tenture derrière l’autel, souligne la sacralité de celui qu’il
honore20. Une différence de couleur et de
taille des fleurs de lys, des plis suggèrent la présence d’un drap d’honneur
sur le trône royal.
Le roi est vêtu d’un ample manteau, aussi noir que sa
colère (v. 794, fureur comme celle du guerrier dans le texte), doublé d’hermine
sur une robe de même couleur que celle de son épouse. Il porte sur sa toque
rose une petite couronne et un affiquet. L’enlumineur ne donne pas
d’information sur la provenance de l’arme21. Les sourcils froncés, le roi donne à GauthierGautier d’Yvetot ( — ) un coup mortel, de bas en
haut, à travers les parties molles, atteignant à coup sûr le cœur - geste
technique (v. 796-798)22. Un flot de
sang s’écoule.
Les deux princes à droite, l’un tenant un livre
ouvert, n’ont pas le temps de réagir, pas plus que le groupe de fidèles.
GauthierGautier d’Yvetot ( — ), sidéré et effrayé, les yeux tournés vers le ciel, en
robe courte du même gris que le devant d’autel et le dais qui le surmonte, a
sur les épaules une cape d’hermine, allusion au titre royal, que sa lignée
reçoit en réparation23.
Le roi ayant agi sous le coup de la colère, une contrition est possible. Un wergeld vient compenser le meurtre : à cas énorme, réponse exceptionnelle et... légendaire, la royauté d’Yvetot datant du XIe siècle. Le rôle du pape AgapetAgapet Ier ( — ?) Pape de l’Église catholique romaine (535-536), qui accorde à GauthierGautier d’Yvetot ( — ) soutien et conseil, lui donne un bref pour le roi dont la lecture suscite sa colère (v. 791-794) et envoie un rescrit après le meurtre (v. 827), n’est en rien évoqué24.
La puissance du roi de France vient de Dieu, aucune limite n’est posée à
l’exercice de son pouvoir. Agissant sans conseil ni contrôle et n’étant pas maître
de lui, il se comporte en tyran, soit une leçon pour François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
25. S'il assiste à la messe
tous les jours, il est décrit comme coléreux et supportant mal la
contradiction26.
Il gouverne par conseil... en rappelant qu’il n’en a pas statutairement
l’obligation. Le discours moral des humanistes est de maîtriser sa
colère27, l’auteur les suit.
Le peintre saisit avec lui, à travers l’affaire, d’autres enjeux politiques en
quelque sorte en suspens.
La localisation dans l’église et le moment sont évoqués par le pape Agapet IerAgapet Ier ( — ?) Pape de l’Église catholique romaine (v.
810-816) comme autant de circonstances aggravantes. Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français met sous la plume du pape le terme de sauveté (v.
811), rappelant que l’église, domaine sacré, est un lieu de refuge protégé par des
interdits. Asile inviolable, elle est une zone d’exterritorialité, qui contrarie
l’exercice de la justice royale. François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
finit par éteindre ce privilège
d’immunité par l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 (art. 166). L’auteur
dénonce le crime, « cas énorme, vilain crime et homicide immunde », sans le
qualifier, avec prudence, de sacrilège ou de profanation (délibérée) ou de crime
de lèse-majesté divine et sans rappeler qu’il implique un rite pénitentiel de
purification. L’appel à la contrition du pape est assorti de la menace
d’une « censure » (v. 831-834), en fait de l’interdit personnel et plus grave,
celui jeté sur le royaume avec suspension des sacrements. Le risque politique
n’est pas précisé, c'est une question délicate : Dieu peut renverser le roi en
permettant à ses ennemis de le vaincre, mais la désobéissance, la révolte de ses
sujets restent exclues.
Enfin, le lieu du crime et son moment fondent l’argumentation juridique des
praticiens et avocats du roi, qui l’amènent à accorder à la famille du défunt des
terres de la couronne en toute souveraineté (v. 850-860)28. Or l’inaliénabilité (et l’imprescriptibilité) du domaine royal
est inscrite dans le serment du sacre depuis Jean
IIJean II de France (26/04/1319 — 08/04/1364) Roi de France de 1350 à 1364 et Charles VCharles V (21/01/1338 — 16/09/1380) Roi de France de 1364 à 1380. François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
la
rappelle à plusieurs reprises et, à sa mort, lors de l’avènement d’Henri IIHenri II (1519 — 1559) Roi des Francs (?-?)
Fils de François Ier, elle est consacrée juridiquement par le
mariage du roi et de la Res Publica qui apporte en dot le
domaine de la couronne.
Au moment de la rédaction du volume II de la Chronique française,
consacrer à l’origine de la royauté d’Yvetot 192 vers (v. 680-872) ainsi qu'une
peinture tient aussi à une actualité prégnante, en lien avec la question du droit
à la garde noble29. Ce dernier est combattu ou aboli sous l’impulsion des
commissaires royaux hostiles aux gardes fructuaires, un point de crispation dans
les relations du pouvoir royal avec la noblesse30.
Or depuis 1503, à Yvetot, par le jeu des successions pour la royauté et
seigneurie, plusieurs familles se la disputent, y compris devant la cour du
parlement de Rouen31. François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
qui
intervient en 1519 en confiant la garde de l’héritière au curé d’Yvetot, qu’il
vient de présenter, se substitue au roi et seigneur d’Yvetot pour la présentation
à la cure et confie la garde de l’unique héritière au curé et non à sa mère, soit
une double atteinte juridique. Or la royauté d’Yvetot a, sans solution de
continuité, vu ses privilèges reconnus par plusieurs actes officiels, y compris
aux XIVe et XVe siècles,
encore en 1495. Dans ce contexte, retenir l’épisode en soulignant la faute
originelle de Clotaire vaut en quelque sorte reconnaissance de cette royauté et du
nécessaire respect par la puissance royale de la loi divine32, ménageant la
susceptibilité de la famille et surtout celle des Normands, des Grands33.
Le fronton du portique, qui sert de cadre
à l'image, soutient une cordelière34. François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
opte avec toute la
famille royale pour la cordelière à grains franciscaine adoptée par Anne de BretagneAnne de Bretagne (1476-1477 — 09/01/1514) Duchesse de Bretagne et deux fois reine de France (1477-1514) et Claude de FranceClaude de France (13/10/1499 — 20/07/1524) Pénultième duchesse de Bretagne, reine de France et première épouse de
François Ier à laquelle Louise de SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier a fait ajouter les
nœuds de la cordelière de Savoie35. En bas,
une tête de face (valeur péjorative) est sans doute une allusion aux envieux,
dont les faux rapports suscitent la haine du roi (v. 691-694). Des feuilles
d’acanthe sortent de sa bouche, symbole du triomphe sur les épreuves de la vie
et la mort. L’épreuve surmontée s’est transformée en gloire.
Après le partage du regnum Francorum entre les quatre fils de
ClotaireClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
Ier1 et deux
mariages royaux2, débutent de sanglantes guerres civiles (570 à 613). Caribert IerCaribert Ier (520 — 567) Roi des Francs de Paris (561-567)
est tancé en vain, par saint
GermainGermain de Paris, saint (496 — 28/05/576) Evêque de Paris, évêque de Paris3, à propos de ses concubines (v. 1067-1112) ; GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne ne se comporte pas mieux. SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
, à la vie exemplaire, décide alors de se
marier avec BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
(fol. 18v-19r).
GogonGogone, « maître du palais »4,
accompagne BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
depuis l’Espagne
(fol. 20r)5. Reine, elle le prend
en haine et le fait assassiner (fol. 20v). Sigebert
IerSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
abusé par le discours de son épouse, ne s'émeut
pas de la mort du noble et vaillant comte (fol. 21r)6. La scène est
sans réalité puisque Sigebert IerSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
meurt en 575 et GogonGogone est éliminé en
581.
L’image dit plus que le texte (la mort de GalswintheGalswinthe (540 — 568) Reine des Francs de Neustrie (567-568)
Reine de Neustrie), autre chose (la carrière de GogonGogone) et interprète le récit en le censurant et
en l’étoffant. Le peintre oppose dans un joli paysage, sous un ciel clair, deux
scènes dans le quart supérieur gauche et deux dans le registre inférieur : le lien entre elles est établi par une tour, à dôme
doré, qui appartient à l’ensemble palatial. La surface considérable occupée par
le palais, adossé à la ville de Metz,
capitale de l’Austrasie7, donne à voir l’enjeu de pouvoir. L’image
juxtapose de manière audacieuse plusieurs moments et donne une synthèse
signifiante : deux rois en exercice, sur quatre figurés. CaribertCaribert Ier (520 — 567) Roi des Francs de Paris (561-567)
, l’aîné8, sans couronne - il est
décédé (v. 1100-1112) –
et devant lui GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne9, couronné, qui lui succède (v.
1113), entendent les remontrances de l’évêque
saint GermainGermain de Paris, saint (496 — 28/05/576) Evêque de Paris (v.
1100-1101), alors que dans le texte il ne tance que le premier. Le
second, mains doigts croisés, écoute sans tenir compte du propos, ce que
l’auteur reproche au premier (v. 1112). La raison de l’admonition est leur
lubricité, vice maudit (v. 1103, 1119, 1121, 1131-1133). Elle se devine
indirectement par l’arrivée de deux futures reines. Elle traduit l’efficacité,
au demeurant relative, de la parole du saint sur les deux autres
frères.
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
,
en robe rose, arrive la première (v. 1150-1151) ;
derrière elle, son époux SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
Ier et, à ses côtés, sa sœur aînée GalswintheGalswinthe (540 — 568) Reine des Francs de Neustrie (567-568)
Reine de Neustrie, que le texte ne mentionne pas
encore car elle épouse Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
plus tard. Elle est représentée
bras croisés, comme une morte : elle va être assassinée par son mari, ce que le
programme choisit de ne pas montrer, à la différence de nombre d’exemplaires
des Grandes Chroniques de France10.
GogonGogone a posé
une main sur son épaule : il l’escorte, alors que le texte indique que c’est
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, dont il a négocié le
mariage (v. 1123-1124). Escorter l’aînée, épouse exemplaire et martyre est
sans doute plus valorisant. Le gouverneur du
palais pose l’autre main sur le jeune Childebert
IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais, qui prie. La peinture se dissocie du texte qui n’en dit rien :
GogonGogone est son nutricus, son tuteur, il vit près de lui. Chargé de son éducation, il
exerce la régence à la mort de Sigebert IerSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
, pendant six ans11.
La troisième scène, au second registre, intervient dans une salle du palais12. Le
peintre puise dans le répertoire renaissant pour en dire la richesse et la beauté :
médaillons de marbre, moulures, etc.
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, sans couronne, revêtue
d’une robe rose comme précédemment13,
donne ordre de l’assassinat14.
SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
15, au centre de la pièce, se tourne vers la reine, approuve à tort - main gauche - son discours,
et montre son hostilité à GogonGogone, poing droit fermé16. Le maire du palais
(v. 1127), a un costume luxueux, qui dit le prestige de son activité : il est
vêtu d’un court manteau noir doublé d’hermine, sur une robe de brocart or, sur une fine chemise blanche
et botté17. Il a mis un genou à terre et s’est décoiffé pour s’adresser au
roi.
Sur le seuil du palais, à son départ, il est surpris par les assassins, à la
solde de la reine18
et tombe, étranglé par un lacet (v. 1254-1256)19
. Un témoin20,
qui représente l’opinion de beaucoup (v. 1258), regarde le couple royal et déplore
l’assassinat. Le groupe qui occupe un tiers de la largeur de l'image est construit
sur des lignes diagonales orientées vers la droite,
qui rendent compte de la rapidité et de la violence de l'attentat.
À cette agitation brutale s'oppose le chagrin du témoin droit, digne,
qui semble vouloir informer du drame le couple royal21.
Sigebert IerSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
, abusé par le discours de sa femme, ne s’émeut pas de la
mort du noble et vaillant comte (v. 1258).
Le fronton triangulaire du cadre est
au-dessus de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
et de GogonGogone22. À gauche, deux colonnes
superposées et un pilier quadrangulaire mince symbolisent sans doute SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
et BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
,
partagent le même chapiteau et la même base. Entre les deux, une étroite bande bleue
les unit, à l'image du couple dans l'exercice du pouvoir. À droite, une seule
colonne, plus épaisse, rappelle le rôle de soutien du fidèle et dévoué serviteur.
Sur le bas, deux feuilles d’acanthe, pour célèbrer sa mémoire, se réunissent sous
GogonGogone.
Le discours politique et moral sur la puissance royale sans limite et dévoyée condamne ici un roi à la personnalité faible23, qui laisse une influence maléfique à son épouse. Princesse wisigothique24, élevée à la romaine, elle entend jouer un rôle politique fort, d’où sa haine à l’encontre du maire du palais, dont la réputation fait ombrage au couple. Un siècle plus tard, les jeux sont faits en faveur de l’aristocratie. Au début du XVIe siècle, le public de lecteurs, compte tenu de l'actualisation par l'image, cherchait sans doute des clefs, analogies désobligeantes25.
Après les premiers affrontements de la guerre civile de 568, au traité
d’Andelot en 5741, elle reprend en 575. ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
2 attaque,
abandonné par GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne3, mais SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
le force à se replier. Il s’enferme alors dans la vieille
place forte de Tournai, jugeant la
situation désespérée. SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
4 renonce à le poursuivre et
se dirige vers Paris, qui lui
ouvre ses portes. Malgré l’intervention de l’évêque Germain de ParisGermain de Paris, saint (496 — 28/05/576) Evêque de Paris, il décide ensuite d’en
finir avec son demi-frère et l’assiège dans Tournai, laissant la faim faire son œuvre. L’issue
paraît inéluctable. La lecture de l’image commence par le registre inférieur : le
siège de la place puis la préparation de l’attentat dans ses murs.
La composition souligne la situation terrible des
assiégés : ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et son épouse,
réfugiés là (v. 1762 : « Fors qu'en fuyant dedans Tournay tournerent. »)5.
Une partie de la ville, rive gauche sur le site de la première implantation
romaine, occupe les quatre cinquièmes de la hauteur de l’image. S’étend, autour
de l’axe central, une tour ronde d’angle surmontée d’un dôme doré.
L’Escaut qui
traverse la ville, coule sous ses murs jusqu’au pont Notre Dame6,
sous lequel il s’engouffre. Le prestige de la première capitale des
Francs Saliens est souligné par ses toits en coupole sur les tours carrées ou
rondes ainsi que le pavement des rues. Le peintre sait distinguer deux étapes de
la construction avec au premier plan, suivant les sources écrites qui évoquent les
murs en pierre de l’enceinte romaine, une courtine en opus
incertum dotée d’un mâchicoulis et de canonnières. Face au camp de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
, une double enceinte est commandée par une tour carrée
occupée par des défenseurs.
La ville est dominée par la cathédrale Notre-Dame, au toit d’ardoise, et
son imposante tour clocher7.
Le peintre distingue deux quartiers :
l’un, derrière FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, constitué
de deux maisons en pierre ; et l’autre, après la porte et le pont, avec quatre
maisons en pans de bois de belle hauteur, qui rappellent la richesse et la
puissance de sa bourgeoisie.
La moitié de la ville est encerclée (v. 1767-1768) :
au premier plan une batterie de six pièces d’artillerie mobiles, avec servant
d’artillerie, a déjà endommagé la courtine8. Malgré l'intervention de GermainGermain de Paris, saint (496 — 28/05/576) Evêque de Paris qui l’avertit de ne pas « mectre
main au propre sang » de son frère (v. 1805-1808)9, SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
, roi d’Austrasie,
dirige le siège10 : couronné, en tunique bleue sur son armure dorée,
botté11, il tient un bâton de
commandement et désigne la ville au capitaine à sa droite, visage découvert
comme le roi.
Leurs troupes en armures complètes et armées de lances
sont rangées sous un étendard de gueule au solifuge d’or (ils ne sont pas
encore chrétiens), préfigure du soleil, un des emblèmes de François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
.
Le roi, qui fait frapper des écus avec ce motif, est, pour ses thuriféraires,
un second soleil encore en 153812.
Dans la ville, FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, ancienne esclave devenue reine, en robe or aux
manches ourlées d’hermine, prépare l’assassinat. Elle est en marche, pour
signifier qu’elle a l’initiative de l’attentat (v. 1771-1772)13. Les sourcils arrondis ainsi que le regard en coin
contribuent à l’expressivité du visage.
Elle prend à part (v. 1775) les sicaires, qualifiés de
paillards, nom donné à une troupe d’infanterie et de truands prompts à mal
faire (v. 1773-1774)14. Ils se sont découverts devant elle et concluent un
marché dont le texte donne la teneur (v. 1778-1781). Ils n’ont pas le costume
de l’emploi, car ils ne pourraient pas accéder à la reine sans cela. Surtout
l’auteur les dédouane. Les malheureux, qui risquent leur vie et la damnation,
ont été trompés (v. 1789-1790) : la reine leur promet, s’ils sont tués, de
faire des fondations pieuses pour obtenir leur pardon15, ce
sont donc de bons chrétiens.
FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
a décidé, seule d’après le
texte, de retourner la situation, alors que les armes ont été favorables à
SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
.
Dans le registre supérieur, la composition est circulaire : de droite à gauche,
l’assassinat et le massacre des assassins, puis en bas de gauche, à droite, la
sortie de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, annonce de la
victoire permise par le crime. Sur un fond de paysage très vallonné, le ciel clair
ne laisse pas deviner que la scène intervient de nuit et fait contraste avec le
déchaînement de violence dans le camp de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
16. Il est composé de huit pavillons somptueux : trois
rouge, quatre gris, brodés d’or, avec boule sommitale17. Ils sont disposés par groupes de trois.
Une foule considérable de combattants, tous en armure, se presse entre les
tentes.
Sous un gonfanon vermeil au solifuge d’or, la tente
royale rectangulaire est rose doublée de gris. Ses pans s’ouvrent sur le lit :
la courtepointe bleue semée d’annelets blancs et les draps sont souillés du sang
de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
, frappé au front d’une
blessure mortelle.
Deux gardes au statut inégal, alertés par les cris,
sont intervenus aussitôt. Les assassins gisent déjà au sol avec leurs épées,
découpés comme de la chair à pâté, dit le texte (v. 1799-1802). Ils sont
identifiables par leurs vêtements civils, qui traduisent aussi le caractère
suicidaire de l’opération spéciale. L’auteur ne précise pas qu’ils ont tué
SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
avec des scramasaxes
empoisonnés. Le reste de l’armée n’a pas eu le temps d’intervenir18.
Un troisième garde, visage découvert et bouche ouverte,
évoque le grand bruit (v. 1815-1822) suscité par l’attentat. Le tumulte
alerte les assiégés (v. 1821-1828), qui réagissent.
Chilpéric Ier de NeustrieChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, roi débauché, sous
l’emprise de son épouse, sort de la ville, par la porte Notre-Dame, à la tête
de sa cavalerie et devant un de ses généraux. Il est en partie caché par la
tour de l’entrée, mais sa couronne et son cheval blanc harnaché de bleu ne laissent pas de doute
sur son identification. Sans se contenter de l’annonce faite en riant par
FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
(v.
1831-1832)19, il ne
lance cette sortie qu’après confirmation du décès de son frère : ainsi il n’est
pas associé à l’attentat qu’il n’a peut-être pas souhaité ni
organisé20.
Il se dirige aussitôt (v. 1836-1837) vers l’armée du
défunt, suscitant la surprise et l'effroi21,
d’un capitaine ennemi au premier rang et de haute stature.
La composition synthétique rend compte des différentes étapes de l’événement, l’intention
fratricide de Sigebert est condamnée au moment où
François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
négocie à Londres un accord avec Henri VIIIHenri VIII (28/06/1491 — 28/01/1547) Roi d'Angleterre et d'Irlande, de 1509 à 1547
pour une paix perpétuelle22,
le 2 octobre 1518, et
et la rétrocession de Tournai23.
Elle souligne aussi le rôle décisif de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
(545-597).
L'ancienne esclave ambitieuse et sanguinaire, par rejet social, devient un contre-modèle idéal.
Elle pratique la trahison et use de violence comme BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
(534-613), sa rivale. Mais elle s’en distingue par son mobile, qui
se limite à son aventure personnelle - maintenir sa situation à tout prix24 - et sa
perversité. Au début du XVIe siècle, la tension entre
ce qui relève du privé et du public colore les régicides mérovingiens et en
renouvelle l’intérêt.
Le cadre monochrome oppose à gauche, deux
colonnes jumelées et superposées à l’image du pouvoir partagé entre ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
25 et à droite, deux pilastres
superposés, pour SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
et son épouse.26.
Le tout est orné d'une cordelière. Celle-ci court sur le sommet de l’arc déprimé27, s’enroule à gauche au
niveau de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, à droite près
de la tente de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
. Elle donne
à voir le lien entre la commanditaire et sa victime et ce qui se joue : la
royauté sur les deux tiers du regnum Francorum28. En bas,
deux acanthes sortent de la bouche d’un visage de face, pour déplorer, comme
Marius d'AvenchesMarius d'Avenches (circa 530 — circa 596) Saint, évêque d'Avenches (puis de Lausanne), la
disparition du héros triomphant abattu par ruse.
Après l'assassinat de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
1, ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
2 charge son fils
aîné, MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier, d’envahir le Poitou, en 576. Mais le prince n’en fait rien. Il
s’arrête à Tours, va à Rouen, où se trouve sa mère AudovèreAudovère (533 — 580) Reine des Francs de Neustrie (561-566)
Première épouse de Chilpéric Ier3 et épouse BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
4 veuve de
SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
. Le roi, à marche forcée, se
dirige vers Rouen. Le jeune couple se réfugie
dans une église et finit par se soumettre. MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier est tonsuré, ordonné prêtre5. Il s’évade se réfugie à Saint-Martin-de-Tours6, en 577, puis tente de fuir en Champagne. Son père décide d’en finir : par ruse, il attire le
rebelle à Thérouanne7 : encerclé, il
se suicide8.
La composition réunit quatre scènes9 et accorde une place particulière à l’espace naturel : au premier
plan, devant une barre rocheuse, une grande plaine où les troupes sont disposées
autour de l’église Saint-Martin-du-Pont-de-Rouen. L'aile
gauche se dirige vers l’arrière de l’église, sous le commandement d’un général
en armure10 renaissance et enveloppé d’une sorte de paludamentum court. La selle de son cheval et la housse –
en deux parties, à la mode début XVIe siècle - sont
bleues. Les postes de commandement sont confiés aux nobles les plus fidèles à
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
(v. 2067-2068).
Au centre, le dispositif est le même. Tournés vers le
porche avant de l’église, deux chefs sont de trois quarts dos : le roi seul est
visible en entier11. Son
paludamentum rose rappelle celui pourpre de
l’empereur romain12. Il n’a pas de couronne
sans doute parce qu’il investit l’église de Saint-Martin-du-Pont de
Rouen.
Au troisième plan, l'aile droite est prête à en
découdre. Elle est mixte, composée de gens de pied13 avec hallebardes, commandés par un capitaine avec un grand
bouclier rond14, qui regarde un général dont il
attend les ordres. Ce dernier est au premier rang de la cavalerie
lourde15,
bien supérieure en nombre ; au-dessus flotte un étendard rose avec une croix et
le chrisme16.
Pour la deuxième fois dans le volume, apparaît une
église dédiée à saint Martin17, celle de Saint-Martin-du-pont-de
Rouen. Grégoire de
ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge indique que le couple s’est réfugié en 576 dans une
basilique sur les remparts18. Selon Guillaume
CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français (v. 2060-2061), elle est
fortifiée. Attestée encore au Xe siècle, il s’agit
au début d’une simple chapelle en planches de bois construite à côté ou sur
l’une des portes de la ville19. Incendiée et reconstruite plusieurs fois elle se
présente en 1526 dotée d’un clocher pyramidal en bois spectaculaire20. Ici, avec une petite croix en guise d’épi de
faîtage, le toit est en bois comme celui du clocher21 construit sur son arête. Un tiers de l’image montre l’intérieur
de l’église par le procédé de la mansion. Le peintre insiste sur la qualité du
décor intérieur : sol carrelé, autel sur une estrade devant une tenture bleu
semé d’annelets d’or, retable en bois prolongé par un petit rideau gris, nappe
blanche et antepandium bleu. En arrière plan, avec deux
fenêtres22 et deux colonnes torsadées en marbre rose23.
Le tout paraît loin de l'établissement
primitif, sinon de la basilique du Ve siècle. Le
bâtiment est flanqué d’une tour, construction plus récente24.
Intervient ici la première scène. Le peintre suit le texte. Les époux Mérovée IIMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier - BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
sont poureux : visages tournés
vers la gauche comme pour fuir.
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
,
sans couronne, a les mains jointes, doigts croisés : geste d’intense
supplication, avec les genoux semi-fléchis. Elle est en longue robe rose aux
grandes manches ourlées de fourrure tachetée (péjorative), sur ses cheveux
blonds est posé un voile noir brodé d’or. Mérovée IIMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier, au visage juvénile, fils aîné de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, prince héritier en a les
attributs. Coiffé d’un chapeau rose-rouge avec un affiquet, il porte une
tunique grise au col d’hermine dont les larges manches ont glissé sur le bras
découvrant une chemise pourpre. Les chausses sont bleues pour rappeler son
appartenance à la famille royale et son statut. Ses bras sont croisés, il est
partagé25.
La deuxième scène se situe dans un espace de
transition : le seuil. Dans le narthex (ou avantnef), les voussures et le décor
sont renaissants, avec médaillon de marbre rose, corniche cannelée, moulures.
Le portail est surmonté d’un arc en accolade, typique du gothique, avec une
fleur de lys. Il repose sur deux colonnes ornées d’un filet qui encadrent la
reine au moment où elle franchit le seuil, peut être symbole de la perversité
de BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, tante et épouse de
MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier. L’image est pleine de
mouvement.
La reine est en train de sortir, penchée en avant. De
la main, elle indique qu’elle va suivre son mari et regarde Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
. La soumission intervient au bas des marches, sur le
sol de terre battue, le caractère contraint est souligné par le dispositif des
troupes. Mérovée
IIMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier a une tunique plus courte pour montrer son genou à terre. Il
s’est découvert, sa main touche celle du roi26.
L’accent est mis sur sa chevelure châtain foncé, qui rappelle indirectement
qu’il est ensuite tonsuré27.
Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, sur un cheval blanc, est en
civil28. Alors que MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier a un large col d’hermine sur les épaules, lui en a un
bleu et, sur son chapeau à rebras noir, figure une couronne à courts fleurons.
Visage fermé, il se penche pour prendre la main de son fils qui pleure29. Le bon
accueil30 que le roi réserve au couple n’a qu’un
temps.
Sur le même axe intervient l’épilogue : après être
sorti de la franchise de l’église de Tours31, MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier part loin, avec une petite
assemblée, en Champagne, puis est
attiré en Neustrie par l’annonce du
faux ralliement de Thérouanne32. Sur fond de paysage de collines, avec
forteresse sommitale, la scène intervient dans une plaine.
À droite, le fugitif est fait prisonnier par le chef d’une cavalerie, armée régulière
dont rien dans le texte n’indique l’appartenance. Incestueux, révolté contre
son père, qu’il a affronté en armes et défroqué, MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier, visière de son bacinet levée, est désormais déprécié
par ses lèvres charnues et son gros nez33. Cinq combattants, ses compagnons, sont derrière lui à la
lisière de la forêt : le premier a les traits d’un diable34, le
groupe étant condamné pour l’avoir aidé. Le texte
explique qu’après sa capture, sans indication de qui le capture, par crainte de
tomber aux mains de son père et par désespoir (v. 2116)35, il contraint un de ses parents
à lui donner un coup mortel. Celui qui le tue, son parent, coiffé d’un armet et
visage découvert, comme MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier, est
ici sur un cheval blanc au harnais bleu. Issu des rangs de l’armée royale, il
fonce vers le captif, le frappe dans le dos en le transperçant de son épée,
tout en le maintenant. Le suicide, qui plus est par un tiers et sur ordre,
étant condamné par l’Église, devient exécution par surprise. Le droit des
armes interdit la mise à mort d’un prisonnier de guerre sans arme36, ici il s’agit d’un réprouvé, condamné et en fuite, soit au
XVIe siècle un mauvais geste, licite, compte tenu
de la personnalité de l’exécuteur. Dans le ciel dégagé, sous un nuage bleu foncé,
la scène conclut un tragique et inéluctable enchaînement : la soumission du couple
jugé illégitime, puis après la fuite du fils révolté, son suicide. BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, ayant subjugué le jeune MérovéeMérovée II (550 — 577) Prince franc (550-577)
Prince franc mérovingien, fils de Chilpéric Ier et accepté une union incestueuse, par
ambition et à des fins politiques37, a une large
responsabilité dans le drame38.
Le cadre est surmonté d’un arc déprimé et
d’une cordelière à nœuds. Elle s’arrête au niveau de la toiture de Saint-Martin-du-pont-de-Rouen et, à droite, se prolonge
jusqu’au gonfanon de l’armée de Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
. Le portique comprend une colonne,
près du couple, et un pilastre orné de panneaux au décor renaissance sur fond
bleu (candélabre, cassolette, végétaux, oiseaux), près du roi. Sur le socle
d'un médaillon, en bas, figurent trois motifs d’acanthe. Le peintre attire
l’attention sur Chilpéric Chilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et
approuve son action.
Le cinquième Concile de Paris1, réunit, à la demande de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, 45 prélats, en 576 (577), pour juger
PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen, évêque de Rouen2. FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
a porté
contre lui une triple accusation3 (v. 2303- 2306) : il a béni le mariage incestueux de MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
et BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, a rendu à cette dernière les joyaux mis en sa garde et a
offert de grands dons à des gens pour empoisonner le roi (v. 2337-2340). Le roi la
suit dans ses griefs4. La fonction d’un évêque étant viagère, il ne peut être
déplacé à volonté, à la différence d’un agent du roi. Gênant ou jugé indigne, il ne
peut non plus être assassiné. Reste qu’il peut-être déchu selon les formes, d’où la
réunion d’un concile judiciaire5.
Le texte évoque à la fois ses trois sessions et les négociations qui interviennent
dans l’intervalle6. Dans l’image, le concile donne
lieu à une scène d’intérieur.
Le paysage apparaît à travers une fenêtre et
par le portail ouvert sur le porche : le site vallonné autour de la capitale est
constitué, dans le lointain, de collines avec forteresses sommitales ou couronnées
de bois.
Il y a unité de lieu. Le peintre ne s’attarde pas sur les éléments subsistants de l’édifice primitif au XVIe siècle : cinq chapiteaux de marbre blanc et quatre colonnes antiques de marbre noir7. Il rend compte du prestige de l’établissement, en le dotant d’un décor renaissant. La composition qui utilise le nombre d’or montre, dans le quart supérieur droit, le porche vu de l’intérieur : une colonne d’angle en soutient le plafond, sur un des murets une plaque de marbre vert clair hexagonale, sur l’autre de nombreuses moulures et un panneau oblong sculpté. Le dallage en damier (toujours le même) prolonge celui de la nef. Le portail en bois comprend, sur le côté, deux caissons finement décorés, puis un pilastre cannelé8. L'imposte de la porte est orné d'une frise en bas-relief : sur le côté deux personnages en robe longue, puis l’affrontement de deux hommes bras tendus vers l’arrière armés de gourdins et de boucliers ronds confrontés9. Ils se précipitent l’un vers l’autre à grandes enjambées, illustration métaphorique du combat entre le vice et la vertu qui intervient lors de la réunion. Au-dessus, un groupe sculpté forme un couronnement pyramidé. Dans l'église, sous la fenêtre10, un riche décor à l’antique apparaît derrière un banc de bois à dossier.
La nef a été aménagée pour accueillir le concile11. Un dais
accroché au mur occupe la moitié de l’image en largeur et plus des trois quarts
de sa hauteur ; une pente est en velours rouge brodé d’un décor végétal et
frangé d’or. Le ciel est bleu pâle à décor d’annelets. La tenture du baldaquin
est assez longue pour couvrir les bancs où les prélats se sont assis. Les
évêques disposent du privilège de siéger dans l’église, sous un dais comme
celui qui figure dans les processions liturgiques au-dessus du corps du
ChristJésus-Christ Messie et fils unique de Dieu pour les chrétiens et comme celui au-dessus
du roi très chrétien, fontaine de justice, lors de lit de justice en la chambre
du Parlement12. Alors que la
tenture est aux armes du roi, azur semé de fleurs de lis or (en rang), Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
est
exclu de cet espace sacralisé13. Il en va de même pour le
cortège d’une demi-douzaine d’hommes qui s’étire du porche à l’entrée de la nef.
Les prélats sont face au roi et aux grands.
La situation des personnages, leur position et leur geste éclairent ce qui se joue14 : le droit pour le pouvoir royal de sanctionner un ecclésiastique coupable du crime de lèse-majesté. Ici sont confrontés, pour les faits mis en cause, deux statuts juridiques, avec une terminologie flottante jusqu’au XVIe siècle, et de vifs débats au Parlement15 qui se poursuivent dans la seconde moitié du règne. Les cas privilégiés sont les crimes et délits commis par des clercs considérés comme assez graves pour être jugés par les tribunaux royaux et l’officialité16. Les cas royaux d'infractions ou crimes qui relèvent directement des juridictions royales sont d’abord des affaires touchant le roi et ses officiers dans l’exercice de leur fonction, ou des crimes contre eux17. Ils diffèrent des droits royaux, droits dont le roi se réserve l’exercice, qui englobent entre autres les cas royaux. Cet état de la question au début du règne colore fortement la représentation.
L’image se lit de bas en haut. Une diagonale part de la gauche avec quatre
prélats, une autre de PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen et
elles aboutissent à la personne du roi, représenté deux fois. Les sept prélats ont le même costume : une robe talaire ample qui couvre le
corps et cache les pieds. Le choix des couleurs répond à des considérations
esthétiques (alternance chromatique), mais pas seulement. La robe est en tissu
gris aux reflets dorés pour PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen, un de ses collègues assis, partisan du roi et
celui qui relève ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
. Elle
est rose18 pour trois autres : un
assis favorable au roi, un nu-tête qui le rallie et un debout. Par-dessus, se
trouvent un surplis (aube blanche raccourcie) et sur les épaules un camail,
courte pélerine pourvu d’une capuche. Quatre camails sont marron clair, dont
celui de PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen, deux sont
gris, dont un porté par un opposant au roi qui débat avec ses collègues. Celui
de Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge est
rose. Les prélats sont coiffés de toques qui se distinguent de celles du roi et
des courtisans, plus plates et volumineuses. Compte tenu des corrélations, le
prélat assis, coiffé de rose, est peut-être Ragnemodus de ParisRagnemodus ( — 591) Évêque de Paris, dit Rucco, et celui qui relève le roi
Bertrammus de
BordeauxBertram de Bordeaux (VI siècle — VI siècle) Évêque de Bordeaux.
Le peintre ne montre pas la première session, lors de laquelle l’accusation d’homicide et de vol est portée, devant une multitude de Francs en colère voulant briser les portes pour lapider PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen. Il retient de la deuxième session trois moments forts. D’abord celui où le prélat circonvenu19 s’adressant au roi se reconnaît coupable et demande la miséricorde royale20. Au premier plan, deux genoux à terre, les mains jointes en position de suppliant, il regarde le roi avec étonnement21. Le deuxième moment retenu est la réaction du roi : il s’est mis à genoux, après avoir jeté son chapeau, mains jointes et tête inclinée. Son costume est une superposition de trois pièces : sur une robe de soie orangée aux manches doublées d’hermine et un manteau gris, il a revêtu le grand manteau héraldique (une chape)22. Troisième moment, deux prélats, représentant les deux camps en présence, se précipitent pour le relever. Le premier, tête nue, a été un soutien de PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen, il tend avec déférence au roi son chapeau noir. À ses côtés, un partisan du roi, vient l’aider à se remettre debout.
Le roi se retire ensuite, envoie une bulle aux prélats, précisant son droit.
Intervient alors la troisième session : un grand débat. Le texte n’indique pas la
présence du roi. PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen est chassé
du concile, ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
le fait aussitôt
arrêter23. Ici, devant le rideau du baldaquin, deux prélats assis
montrent de la main droite qu’ils adhérent au point de vue royal.
Un partisan du camp adverse s’est levé et se tourne
vers son voisin pour débattre, pointant du doigt la scène qui s’est déroulée
sous leurs yeux.
À ses côtés, la haute stature de Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge se détache,
hommage à l’historien et à son rôle de premier opposant au roi. Il défend le
for ecclésiastique24. Ses cheveux sont
plus longs que ceux des autres prélats. La position des mains indique le
caractère dramatique de sa situation, son incapacité d’agir25. À côté de sa main droite, un gant gris est
peut-être déjà symbole de pureté, de noblesse (les gants épiscopaux étant
blancs d'ordinaire). En tous cas, retirer ses gants devant le roi est une
marque de respect à l’égard de la Couronne.
Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
lui présente son argumentaire et
main gauche en pronation, rappelle son préjudice.
Le visage du roi est juvénile, son costume royal se compose d'une robe or et d'un ample manteau gris doublé d’hermine, comme le col, et des chausses bleues. Derrière lui, la cour est dans l’entrée ou sous le porche.Un peu en retrait, figure un grand, main droite dans le dos du roi pour le soutenir26, fait partie des flatteurs qui poussent le roi à s’imposer. À ses côtés, un personnage de haute stature, toque rose sur cheveux gris, en cuirasse dorée sous un manteau bleu doublé de noir, s’indigne27. Furieux contre Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge, il pointe la sortie. Il représente les leudes, qui après avoir réagi violemment contre PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen, persistent dans leur hostilité à l’égard de prélats trop indépendants. Le texte, après la condamnation de l’évêque, décrit son arrestation. L’image dit autre chose, elle montre le roi acceptant de débattre, alors que les leudes sont hostiles et prêts à la voie de fait. Cette modération diffère toutefois de son attitude lors de l’accusation initiale, elle était alors dictée par un souci d’éviter une élimination brutale de l’évêque au profit d’un procès, plus utile pour lui assurer la soumission des prélats. Les critiques du texte, à son égard, n’apparaissent guère dans l’image, si ce n’est peut-être par l’absence de couronne : donc des prélats divisés sur le sort de l’un des leurs, un roi qui s’humilie devant eux et leur demande justice, ce qui les retourne en sa faveur, un débat qui se prolonge avec le chef de ses opposants, Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge, quand les grands demeurent hostiles.
Le cadre attire l’attention sur la partie gauche de l’image où se tiennent les
prélats. Une plaque bleue sur le haut du
portique est ornée d’une douzaine de motifs renaissants. Au-dessus, deux putti
ailés, de profil, tirent la queue de deux dragons entrelacés, pour les séparer,
dessinant un omega de chaque côté. Les bêtes sont gueules ouvertes, langue
sortie. Leur appendice caudal se transforme en cordelière à nœuds. À gauche,
elle s’enroule autour du pilastre28, disparaît pour réapparaître plusieurs fois
dans l’image, jusqu'à PraetextatusPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen. À
droite la cordelière descend parallèlement à la mince colonne jusqu’à ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et aux Grands. En bas et au
centre, un visage de face porte une couronne fermée impériale, allusion au
mensonge, à la tromperie et à la cautèle évoqués par le texte. Deux branches
d’acanthe en sortent et ondulent29.
Le peintre et l’auteur suivent PrétextatPrétextat (Ve siècle — entre 25/02/586 et 16/04/586) Evêque de Rouen
et surtout Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge,
vrai défenseur du royaume, de la couronne. Sans remettre en cause la légitimé de
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et de ses leudes, ils
contestent leurs pratiques. Le texte et son illustration sont loin de la volonté
brutale du roi d’éliminer, après le suicide de MérovéeMérovée Ier (415 — 457) Roi des Francs saliens (451-457)
, tous ses partisans jusqu’à ses soutiens dans l’Église,
sans toutefois pouvoir aller jusqu’à supprimer physiquement ces derniers.
François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
pouvait sans doute, par analogie30 trouver dans cette
affaire matière à réflexion sur la manière de négocier avec une assemblée rétive.
De décembre 1515 au 12 mai 1518, se tient la négociation autour du Concordat de
Bologne31 est l’occasion d’une première crise avec le Parlement de Paris, défenseur des libertés de
l’Église gallicane. François Ier,François Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
sa
mère Louise de SavoieLouise de Savoie (11/09/1476 — 22/09/1531) Princesse de la maison ducale de Savoie, mère de François Ier et sa sœur
MargueriteMarguerite de Navarre (11/04/1492 — 21/12/1549) Sœur aînée du roi François Ier, femme de lettres, diplomate, protectrice
d'écrivains et d'artistes, reine de Navarre (1492-1549) trouvaient là
peut-être un écho de leurs préoccupations religieuses et politiques.
À l’automne 580, interviennent une série de dérèglements naturels dans le royaume de
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
1, ils annoncent une épidémie de dysenterie qui le frappe avec les
siens. Malgré les efforts de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
pour calmer la colère divine, leurs deux fils sont emportés2. Le peintre
rend compte avec fidélité du texte, par une composition qui se lit de haut en bas et
de gauche à droite. Le palais occupe près de la moitié de l’image, le reste
représente le royaume : Tours, Orléans,
le Berry, Chartres,
Lyon, Bordeaux, les
Pyrénées3. L’ordre de présentation n’est
pas géographique et ne suit pas tout à fait le texte4. Le ciel occupe moins d’un cinquième de l’image. Deux trains de nuages gris-noirs sont au-dessus du
palais5 de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
.
La perspective atmosphérique de plus en plus claire vers
la droite donne aussi le sens de l’écoulement du fleuve grossi (il y en a en fait
plusieurs)6. Le peintre fait en
quelque sorte un inventaire typologique des catastrophes naturelles avec leurs
conséquences.
À gauche, une place forte à l’enceinte carrée, cernée par les eaux, est touchée par la foudre, suscitant un incendie. Le texte indique que Bordeaux est frappée par une grande et horrible foudre qui consume de grands « manoirs », c’est-à-dire de grandes habitations, des demeures7. Ici, des flammes sortent du toit ou des fenêtres des maisons et d’une église ; la foudre tombe sur une haute tour. Les nuages dessinent une colonne, cinq langues de flammes en descendent et se transforment en éclairs, encadrées par deux colonnes de fumée montant de la ville incendiée. De manière révélatrice, la croix du clocher n’est pas touchée à la différence de la hampe métallique qui sert à accrocher drapeaux et bannières sur la forte tour d’un château, dans la ville. L’appareillage pourrait évoquer l’enceinte de 310 et l’église primitive ; aucune porte n’est visible. À l’intérieur de la ville, au nord, proche de la Garonne, le Château Trompette, symbole de l’autorité royale dans la ville, est le plus touché : tout est « consommé »8. Une autre épreuve, un tremblement de terre (v. 2692), n’est pas montré. Comme à Lyon, Bordeaux subit des inondations qui font tomber les bâtiments. L’estuaire de la Garonne emporte vers la mer trois maisons et charrie poutres et débris.
Deux feuillus sont représentés, sur la rive près du Palais. Des branches sont sèches, stigmates des intempéries pour les Tourangeaux, ou indications du moment de l’année qui n’est pas précisé : printemps, équinoxes. À gauche, un massif rocheux avec une grotte se reflète dans l’eau du fleuve. Les v. 2700 et 2703 permettent de préciser duquel il peut s'agir : la Loire, l’Indre, le Cher, ou encore l’Eure en raison de la mention des habitants. Orléanais, Berruyers et Chartrains se réfugient dans des cavernes (confondues avec des grottes)9 séjournent pour s’abriter des intempéries, grêles, tonnerres, éclairs et foudres, allusion aux maisons troglodytes du Val de Loire. La caverne ne reçoit ici que deux hommes.
Les Pyrénées abruptes occupent plus du tiers de la hauteur de l’image. Sous l’effet du tremblement de terre, des pans de la montagne s’effondrent : hommes et bêtes sont écrasés, ensevelis par les blocs qui se détachent. À gauche à plat ventre, position symbolique des morts violentes10, un laboureur à côté d’un bœuf11, à droite une paysanne écrasée à côté de deux cochons12 qu’elle a d’ordinaire la tâche de nourrir13, représentations rares dans le volume14.
Le Palais a un toit en bois, avec une cheminée en
pierre. Le décor extérieur est sobre15. À l’intérieur, les fenêtres ont leurs
chambranles ornés : le fronton haut porte une fleurs de lys et le
support, des acanthes. Le mur, sous un large cordon, présente un jeu de
moulures qui encadrent des médaillons de marbre rose ou vert. Le carrelage
déborde sur le devant du palais, sur une terrasse prolongée par trois
marches.
Un muret, avec un lion de pierre assis, attire le
regard sur la plaque qui l’orne. Elle évoque la dernière calamité la
« peste »16, qui
a enlevé les trois fils17 de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, qui
tombe malade mais survit, et de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
. La plaque funéraire est une sorte de cénotaphe où
domine un décor végétal, trois fleurs fanées, une coupe plate, puis entre deux
branches, comme des ailes un visage d’enfant de face, pupilles vers la gauche
et coiffé d’une couronne d’or18, sous un ensemble
ternaire comprenant feuilles de chêne, lys et acanthes : soit un seul visage,
pour les trois frères : chacun à un moment donné a été héritier du
trône19. L’autre muret est décoré d’un médaillon.
De manière significative, le bas de la robe de
FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
touche la plaque :
visuellement, le lien est établi entre la mémoire des enfants récemment décédés
et la démarche de la reine, couronnée, car son chagrin la rachète en quelque
sorte20. Le
texte décrit longuement sa prise de conscience, ses remords, sa
contrition21. Elle est en
robe de soie rose22, avec hermine sur le rabat des
manches. Un voile noir bordé de broderies d’or est posé sur ses cheveux blonds.
La carnation est blanche, le nez court, les joues sont un peu rosées, les
sourcils arrondis. Le contour du visage et le dessus de la lèvre supérieure
sont un peu flous pour évoquer les larmes, les lèvres sont pâles. À genoux, les
mains aux doigts longs et fins jointes, elle regarde son époux23.
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
est assis sur un trône à
haut dossier couvert d’un drap d’honneur héraldique, et vêtu d’un ample manteau
doré, doublé d’hermine, qui s’ouvre sur une tunique noire. Il ne regarde pas
son épouse mais, à la suite de son discours, considère les catastrophes qui se
sont abattues sur le royaume et affectent son peuple.24 Il semble pleurer25. De sa couronne, sur
sa toque, ne se voient que trois fleurons, presque confondus avec les lys du
drap d’honneur : une manière de souligner l’éminence de sa fonction à défaut de
celle du roi.
La main droite tient un sceptre mince, orné d’un
ChristJésus-Christ Messie et fils unique de Dieu pour les chrétiens en croix ainsi qu'un
nuage ; et non de CharlemagneCharlemagne (entre 06/04/742 et 06/04/748 — 01/02/814) Roi des Francs (13/10/768-01/02/814)
Roi des Lombards (14/07/774-01/02/814)
Empereur d'Occident (29/12/800-01/02/814)
Duc de Bavière (?-?)
assis
sur son trône26. La main dirigée
vers son épouse montre qu'il accepte sa supplique en forme de remontrances. Leur
objet se devine par le regard porté sur les calamités qui sanctionnent son mauvais
gouvernement27.
Le petit lion en pierre, près du cénotaphe, a les babines serrées à l’horizontale, le second - les remontrances acceptées - a le sourire, commissures des lèvres relevées, petite notation personnelle de l’artiste en forme d’approbation qui rejoint celle emphatique de l’auteur.
La partie la plus valorisante du cadre est du côté de ce qui est considéré au haut Moyen Âge et encore au XVIe siècle, comme la sanction naturelle des agissements du pouvoir. La cordelière, à gauche, descend, disparaît près de la grotte, réapparaît, disparaît à nouveau près de la faille, réapparaît pour les éboulis et tombe jusqu’au décor mural qui est une sorte de cénotaphe. Sur le haut du cadre, le fronton porte une plaque bleue à décor renaissant. À gauche, le pilastre est orné de deux panneaux de marbre gris, bleu, alors que la colonne à droite est monochrome. La partie basse du cadre comprend quatre feuilles d’acanthe : deux sortant d’une tête de face (crâne chauve, grandes oreilles arrondies et bajoues)28. Les grandes oreilles sont-elles une référence aux clameurs et murmures du peuple mal traité, qui n’ont longtemps pas trouvé d’écho, ou bien une allusion au vacarme suscité par les catastrophes et au vent soufflé par le démon ? Les bajoues renvoient-elles à l’enrichissement et la mollesse des profiteurs ? Les acanthes ont une connotation multiple : quand les longues épreuves de la vie sont telles que seule la mort peut y mettre fin, surmonter les obstacles permet de s’amender, de s'élever, conformément au dessin de Dieu. Enfin, elles rappellent la longue mémoire de ces événements exceptionnels.
La peinture évoque la fin tragique d’HerménégildeHerménégilde (564 — 13/04/585) Prince wisigoth, canonisé par l’Église catholique (ca 560- 585), fils révolté de LéovigildLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth1 roi des Wisigoths d’Hispanie de 568
à 586, emprisonné puis mis à mort par son propre père, ainsi que le sort de sa veuve
IngondeIngonthe (567 — 585) Princesse franque (567-585)
Princesse franque épouse du prince wisigoth d'Espagne
Herménégild
(567-585)2 et de leur fils
AthanagildInformations à venir (athanagilde)(583- ?)
aux mains des Byzantins. L’image se lit de
bas en haut et la composition utilise le nombre d’or. Elle traite de la fin tragique
d’un fils révolté contre son père puis le sort de sa veuve et de son fils. L’auteur,
qui se trompe sur le nom du père, HengildeLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth
au lieu de LéovigildLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth, indique le jour de
Pâques comme date du crime3 et ne donne pas d’indication
précise sur les lieux. HerménégildeHerménégilde (564 — 13/04/585) Prince wisigoth, canonisé par l’Église catholique,
enfermé à Valence, est tué à Tarragone où il a été déplacé4.
Le peintre accorde une place majeure à la ville, capitale d’une ancienne province romaine, où trois empereurs romains ont
résidé5 :
deux dômes dorés rappellent le faste de ce passé impérial. Il tente de donner
une vue semi panoramique de la cité, sans montrer le port ni la cathédrale et
retient ses imposantes murailles et le forum. Le plan de la ville se devine mal
: l’enceinte s’interrompt sur deux côtés, son organisation, autour du forum sur
des terrasses artificielles, est à peine suggérée à droite par un tracé en
zig-zag.
L’accent est mis sur les
éléments architecturaux essentiels au récit : la porte par laquelle est arrivé
LéovigildLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth, la prison et la porte
par où IngondeIngonthe (567 — 585) Princesse franque (567-585)
Princesse franque épouse du prince wisigoth d'Espagne
Herménégild et
son fils fuient la ville. La première, au décor renaissant, est à peu de
distance de la prison qui domine la ville6.
La tour hexagonale a cinq niveaux. Le premier est celui où se trouve le captif : « dans une charte obscure » mis aux fers, souffrant de la faim, du froid et de la vermine. Ce niveau est surmonté d’un chemin de ronde couvert avec créneaux sur machicoulis, indiquant qu’il est bien défendu. Le second étage est nécessaire pour rendre compte, a contrario, de l’idée d’un surcroît de mauvais traitement avec l'enfermement d’HerménégildeHerménégilde (564 — 13/04/585) Prince wisigoth, canonisé par l’Église catholique au plus profond de la bâtisse. L'étage est plus petit, pourvu du même dispositif défensif non couvert, autour du dôme doré. Au-dessus, une lanterne et un lanterneau de style gothique, très ajouré, laisse voir une cloche7. Les deux étages sont éclairés de lucarnes, en fait de fenêtres, à la romaine avec quatre barreaux entrecroisés associés par convention aux plus dures prisons8.
Une mansion découvre l’intérieur de la cellule qui, de manière caractéristique,
est ornée d’un médaillon pourpre derrière le saint9 et
de carreaux comme éclairés par sa présence. La figure
monumentale de LéovigildLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth en occupe
la moitié. Le peintre insiste sur son costume royal. Le souverain porte une
couronne sur une toque d’hermine, la fourrure se retrouve sur le col et la
doublure de sa robe10. Cette dernière est
en épais tissu doré, très longue et ceinturée d’une écharpe grise nouée dans
son dos, pour souligner son impuissance à agir sur son fis rebelle et
converti11. Là où le texte évoque un coup
de sang12, l’image montre sa détermination (lèvres
serrées à l’horizontale). Il fléchit les genoux pour maintenir son fils par
l’épaule et le frapper d’une hachette métallique au long fer allongé et doté à
l’arrière d’un pic13. Cette arme de guerre, entre ses mains un jour
de fête de Pâques, ruine l’idée d’une visite pacifique : il y a
préméditation14.
Le crâne fendu d'HerménégildeHerménégilde (564 — 13/04/585) Prince wisigoth, canonisé par l’Église catholique est couvert de sang, comme une couronne, celle du
martyr, et coule sur la joue gauche, tache le haut du col d’hermine. Il a mis
un genou à terre, mains jointes, pour supplier son père. Il n’a pas de fers aux
pieds et aux mains, rien ne rappelle qu’il est en piteux état du fait des
conditions très douloureuses de sa captivité, soit une atténuation. Pour le
peintre, le caractère sordide du meurtre est incompatible avec la majesté
royale. HerménégildeHerménégilde (564 — 13/04/585) Prince wisigoth, canonisé par l’Église catholique est blond,
terrorisé, pâle et sourcils levés. Son costume indique son statut princier
d’héritier15. Marié à une princesse franque et converti, il a voulu
usurper la couronne, détrôner son père arien en jouant sur le séparatisme de la
Bétique. Sa mort en martyr éclipse
ici sa révolte et son impatience du pouvoir16. Son dernier geste, avant d’être capturé, a été
d’envoyer sa femme et son fils dans la garnison impériale byzantine de
Carthagène. Ils sont exfiltrés
en Afrique, à Carthage où IngondeIngonthe (567 — 585) Princesse franque (567-585)
Princesse franque épouse du prince wisigoth d'Espagne
Herménégild décède peu après.
Malgré l’envoi d’ambassades et de nombreuses concessions par BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, son petit-fils n’est pas
libéré17.
À la mort de son mari, IngondeIngonthe (567 — 585) Princesse franque (567-585)
Princesse franque épouse du prince wisigoth d'Espagne
Herménégild18, en butte à
l’hostilité des hérétiques, pense d’emblée chercher un recours en France où elle tente de fuir. Intervient alors la
deuxième scène, leur capture par les Byzantins. Elle se déroule sur fond de
paysage de collines escarpées portant de forts châteaux jusqu’à l’horizon sous
un ciel clair. Elle n’occupe qu’une petite partie de l’image, le texte est
bref.
La cavalerie lourde byzantine armée de lances et de
fauchards se reconnaît à un gonfanon rose portant un animal passant
doré19, et à une bannière de gueules au crabe doré. Aux premiers
rangs parmi les huit cavaliers en bacinet, s'en distingue un sur un cheval
blanc harnaché de noir. À gauche, de trois quarts dos, un autre est lancé à la
poursuite des fugitifs : pour évoquer la rapidité du mouvement, la housse de
son cheval flotte au vent.
Six font cercle autour d’IngondeIngonthe (567 — 585) Princesse franque (567-585)
Princesse franque épouse du prince wisigoth d'Espagne
Herménégild. Couronnée, en
robe dorée, en amazone sur un cheval gris clair harnaché de bleu, elle est
reine et régente, reconnaissance post mortem de la
légitimité de son époux et de l’illégitimité de son beau-père, meurtrier de son
propre fils. Le jeune Athanagild
II, qui peut venir au droit de
son père HerménégildeHerménégilde (564 — 13/04/585) Prince wisigoth, canonisé par l’Église catholique, à la mort de
son grand-père LéovigildLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth, porte déjà
une couronne20, et fuit à ses côtés.
Sa mère effrayée, yeux agrandis de terreur, est
capturée sous ses yeux, par un cavalier qui pose la main sur son épaule (le
texte n’en dit rien). Seul à visage découvert21, hostile aux fuyards, il est monté sur un cheval
blanc à la queue raccourcie, une critique. L’espoir de la reine de se réfugier
en France est
trahi22.
La décoration du cadre se concentre sur
le haut. Un fronton avec un panneau triangulaire bleu rappelle que le récit
concerne les « enfants » de BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, régnant de façon semblable sur des peuples jumeaux, la
sœur du roi Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais,
IngondeIngonthe (567 — 585) Princesse franque (567-585)
Princesse franque épouse du prince wisigoth d'Espagne
Herménégild ayant
épousé le fils de LéovigildLéovigilde (entre 519 et 525 — 23/04/586) Roi wisigoth. Il est
surmonté par une cordelière portée sur ses épaules par un putto assis de face qui tente de la tirer vers la gauche ; à droite
elle s’entoure autour de la colonne. En bas, entre deux petites feuillles
d’acanthe, figure une pomme de pin, symbole de la résurrection et de
l’immortalité promise au martyr.
La douceur du paysage et la sérénité du ciel souligne par contraste l’horreur
des scènes illustrées. Le texte insiste sur la longue habitude du vice de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
(545-597)1. Après la mort de ses
fils (v. 3284-3285 : « Faignit avoir, aprés ses enfans mortz, / De son peché trés
angoisseux remors. » ; v. 3290-3291 : « Elle voyant estre destituee / De ses enfans, en
l'ardeur situee »)2, elle
redoute que ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier, son
beau-fils3 succède à son époux ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
(v 3293-3294 : « Doubta Clovis au regne Chilperich / Veoir
succeder comme filz legitime. »)4. Elle se propose alors de faire en sorte que le père haïsse son
héritier5 et l’accuse d’avoir fomenté la mort de ses enfants6 avec
l’aide de sa concubine ProserpineProserpine ( — ) Divinité de la mythologie romaine, épouse de Pluton et reine des Enfers (v.3298)7 et de sa mère sorcière8
L’image suit le récit et se lit de bas en haut9. À gauche, occupant les trois quarts de sa hauteur et le tiers de sa largeur, le
somptueux palais de ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier a un décor renaissant, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur
: médaillon, sol de marbre, corniche, moulure.
Scène I, devant la porte, emplacement choisi pour
« que ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier eut
tristesse10 », un pieu a été planté et ProserpineProserpine ( — ) Divinité de la mythologie romaine, épouse de Pluton et reine des Enfers est empalée : yeux fermés, elle est morte. Elle a tenté de se
tourner vers le palais, les deux mains en pronation. La concubine à la longue
chevelure blonde (en cheveux car non mariée) a perdu son statut social et son
identité. Elle n’a plus qu’une chemise blanche - une humiliation équivalente à
une dénudation - remontée jusqu’au haut des cuisses et dégouttant de
sang11.
Le supplice ne se pratique pas dans le royaume, il n’est connu que par l’Histoire ancienne de Bretagne :
Acacius, en 123 ou 128,
venant avec 9000 hommes écraser des rebelles chrétiens, se convertit et finit
empâlé avec ses compagnons. Il est décrit de manière incertaine par Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge : ProserpineProserpine ( — ) Divinité de la mythologie romaine, épouse de Pluton et reine des Enfers aurait été suspendue à un pieu,
ou aurait eu seulement la chevelure coupée.
Sa mère, faite prisonnière12 en
même temps qu’elle, assiste à l’exécution, bras croisés cachés par le revers de
ses manches, elle ne peut rien empêcher. Sa robe grise, couleur ambivalente13, ici péjorative, rappelle
qu’elle est réputée sorcière 14.
FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
a l’initiative de l’exécution et en donne
l’ordre, même sans couronne, en tant qu'épouse de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et reine de Neustrie : en marche, elle soulève sa robe or
doublée de blanc, qui laisse apparaître une chemise bleue15.
Scène II, dans le tiers central de la composition,
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
ordonne de brûler la
sorcière à l’instigation de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
: le roi reprend le geste de la reine, plus grande et
devant lui. Le peintre n’évoque pas les longues tortures16 qui ont brisé
l’accusée et sous lesquelles elle avoue son rôle, contre de l'argent, dans la mort des fils de la
reine et celui de ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier,
commanditaire17. L’auteur ajoute un plaidoyer contre la torture, un topos depuis le milieu du
XIVe siècle18
Le peintre ne laisse pas deviner que sur le bûcher, elle se rétracte 19. Malgré ses cris, le roi ne lui pardonne pas pour
autant20, ne change pas d’avis sur ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier21 et
FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
lui conserve son
hostilité22. La suppliciée, attachée à un poteau sur le bûcher, ne
porte pas les stigmates de la torture et regarde sa fille23. Le peintre lui
laisse son costume pour l’identifier, mais lui enlève sa coiffe.
Le bûcher est attisé par un bourreau au service du
roi. Les flammes enveloppent la condamnée et lèchent le bas d’un bâtiment dans une forêt, seule allusion au
stratagème de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
. Le
« maltalent » de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
contre
ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier continue en effet
: elle convainct le roi d’ordonner à son fils de venir chasser avec lui en forêt 24, là à la faveur de la partie de chasse,il le fait
arrêter, ligoter, après l’avoir revêtu du costume sale d’un maraud pour l’humilier 25. Le peintre ne le montre pas
livré à la reine 26 qui
l’interroge en vain sur ceux qui ont favorisé son projet : le prince se vante
d’avoir le soutien des grands27, réponse
maladroite. Elle le fait emprisonner, puis commande aux « pires garnemens » de le
torturer et de le tuer en laissant le couteau dans la plaie pour que soit dit
qu’il s’est suicidé. De fait, son existence même est une menace pour sa marâtre qui
risque de perdre le pouvoir28.
Scène III, la reine l’a fait jeter dans un cul-de-basse-fosse 29. Pichore en évoque la dureté
par les solides barreaux des trois fenêtres qui éclairent la scène du crime. Le
costume du prince rappelle son statut d’héritier, il n’est pas celui dégradant
qu’on lui a imposé. Les
assassins30 le frappent, dont
un sur le dos, avec des bâtons. Les diagonales soulignent le déchaînement
de violence. ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier se retourne pour tenter
de fuir, la main sur la poignée du couteau, que l’assassin lui a laissé dans le
ventre pour faire croire à un suicide31. La position de
l’arme plantée du haut en bas confirmerait la mise en scène, elle n’est pas la
plus efficace et la plus courante - coup de bas en haut - pour tuer un
adversaire. En ajoutant les coups de bâton, le peintre lève l’ambiguïté.
Il ne décrit pas l’épilogue. Le père, pour couvrir la honte, fait enterrer
ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier avec sa
mère32, sans verser
une larme. Parmi les crimes de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, est retenu ici celui qui vise l’unique héritier du
trône. Implacable, elle cherche à l’atteindre moralement, à le discréditer, puis à
l’éliminer. La composition la place sur une ligne verticale qui aboutit à
ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier, sans laisser de
doute sur sa responsabilité dans les événements33. Le roi, couronné discrètement, y paraît
sous l’influence de sa femme, aussi belle que monstrueuse. L’auteur et le peintre
reprennent la version la plus défavorable à la reine, celle de Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge, alors que Venance FortunatVenance Fortunat (530 — 609) Évêque et poète du Bas-Empire romain décrit son immense
chagrin à la mort de ses enfants. De fait, la réalité de son pouvoir dépend de sa
situation familiale et en particulier de la survie de ses fils et de l’affection
de son époux34, la reine
n'ayant pas de pouvoir institutionnalisé35. Elle utilise la violence
comme les membres des élites masculines mérovingiennes36, avec une
perversité rare. Au XVIe siècle, comme aux yeux de
l'auteur, le tout est inacceptable et lui fait perdre son humanité37.
Le cadre est surmonté d’un arc déprimé, la
cordelière supportée par deux vases pansus ne descend pas à gauche, sur la
droite elle s’arrête au niveau de la geôle de ClovisClovis (VIe siècle — 580) Prince franc (?-580)
Prince franc, fils de Chilpéric Ier ; le motif réapparaît sur
le panneau du pilastre. Les montants du portique opposent, à gauche, des
chapiteaux végétalisés, une colonne épaisse supportée par deux plus minces
entre lesquelles apparaît un décor bleu à candélabre or, pour dire la légitimité
du propriétaire du palais héritier du trône, à droite un pilastre. En bas,
trois hybrides renvoient aux ignominies représentées : un diable ailé et aux
oreilles pointues (« la faulse deablesse » v.3438) est encadré par deux autres à visage de
face, ce qui représente la condamnation des trois forfaits.
Après la mort de ses trois premiers fils, FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, en 582 donne à ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
un quatrième héritier : ThierryThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
(que Cretin nomme Théodoric). Sa naissance est précédée de
prodiges inquiétants. En dépit de l’indivision de Paris depuis 561, le roi de Neustrie entre en triomphe le 17 avril 583 dans la
ville et le lendemain, jour de Pâques, fait baptiser son
enfant1. Alors que le
contexte international se tend2 avec l’Austrasie et les Burgondes, ThierryThierry (582 — 584) (?-?)
Fils de Chilpéric I meurt de dysenterie au début 584. Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français suit Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge3 et évoque un empoisonnement4 dont est soupçonné MumolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier5. Les
projets successoraux de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
s’effondrent.
L’image se lit de haut en bas et la composition utilise le nombre d’or. À l’horizon, au-dessus d'un paysage de collines et dans la vallée, où s'écoulent les méandres de la Seine, sous un ciel encore serein, sont représentés les signes : une comète barbue et un nuage très noir avec pluie de sang, annonciateurs de malheurs et d’une peste6. La première a la forme d'une étoile ; autre anomalie, elle brille en plein jour7. Elle est au-dessus, rive droite, du sanctuaire de Saint-Denis. Enfermé dans sa clôture, il est dominé par la basilique, avec deux croix : une sur son clocher et une sur le toit. Une de ses cinq tours rondes, au toit en dôme, est surmontée d’un coq emblématique (Gallus, Gallia). Le même se retrouve sur une des tours de l’île de la Cité. Le peintre accorde une place centrale au palais royal, au toit bleu. Toute la Cité est enveloppée de la pluie sanglante, tombant d’un cumulonimbus impressionnant. Dans la deuxième moitié du VIe siècle, le royaume affaibli ne rend plus nécessaire une capitale à la mode romaine. Le roi ne réside plus à Paris, mais dans ses palais ruraux.
Ici, il s’agit sans doute de Rueil8 devenu palais avec, en
591, le baptême de Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
. La plaine qui l’entoure ne comprend que deux arbres,
notation révélatrice de l’économie d’ensemble : l'un est dépouillé de ses branches
(elles servent de verges) et l'autre est un tronc coupé, pour le poteau où est attaché le
condamné.
Le palais est clos d’un mur et comporte quatre bâtiments de création récente. La
perspective permet mal d’en évaluer les proportions. Le principal et le mur
d’enceinte comportent un décor renaissant comme la tour qui le jouxte (mal
alignée) et son dôme conique. Ce décor est encore plus présent à l’intérieur. Il
apparaît à travers le portail monumental en bois doré, avec ses pilastres et sur
l’entablement un arc, avec un groupe sculpté végétal exubérant, comportant une
cordelière, petit clin d’œil du peintre. Un troisième édifice, inférieur par sa
qualité, est sans doute la prison où séjourne longuement le condamné Eunius MumolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier.
Blond9, attaché au poteau, mains liées derrière et au niveau des
chevilles, il est nu10 à l’exception du
perizonium. Figure christique, il se tourne vers le groupe curial. Il a déjà
reçu des coups et en porte les marques11.
Les trois exécuteurs
entourent le supplicié. Ils ont chacun un geste différent : l’un frappe de
taille, l’autre de haut, le troisième à revers. Celui de gauche, de trois
quarts face, prend son élan et a roulé ses manches, le peintre montre une veine
saillante sur son bras, des sourcils froncés, un grand nez, une bouche ouverte : il
fournit un gros effort. Un autre, à droite, est entièrement de profil, bras
gauche en avant, jambe fléchie. Leurs chausses, ce qui est le cas aussi pour
certains gardes, ne laissent rien ignorer de leur morphologie, ce qui leur vaut
une condamnation, depuis un siècle, par les moralistes12. Tous sont au service du roi, dans des fonctions associées aux
violences souveraines13. Le
troisième, en arrière-plan, a une tunique courte rose comme sa toque, il est
aussi le seul à avoir des grandes manches bleues et les cheveux gris : il est
sans doute le bourreau, les deux autres plus jeunes étant ses acolytes. Le
second, déprécié de surcroît par des rayures noires, a le poing gauche fermé,
il entame déjà la deuxième partie du supplice.
MumolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier est fustigé puis, plus grave,
battu, ce qui conduit à la mort14. L’exécution intervient en présence de
l’ordonnateur, de la cour, mais sans public, ce qui représente une
critique. Elle n’est pas achevée en raison de
l’intervention de la reine15. Le texte
souligne que MumolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier n’a pas voulu la
mort du fils de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
16, il
cherchait les bonnes grâces du roi.
Sortant du palais, huit personnages se devinent, ils
regardent le supplice, le plus près du roi est aussi le second en importance,
comme l’indique son costume.
Le roi, au premier plan, se distingue par sa couronne,
sa robe dorée, ses chausses roses, mais son manteau héraldique est sous le
genou, la doublure et le col en fourrure ont une valeur péjorative, pour condamner le
caractère excessif du supplice. Il tient, de la main gauche, le sceptre de
Charles VCharles V (21/01/1338 — 16/09/1380) Roi de France de 1364 à 1380 (orné d’une
représentation de CharlemagneCharlemagne (entre 06/04/742 et 06/04/748 — 01/02/814) Roi des Francs (13/10/768-01/02/814)
Roi des Lombards (14/07/774-01/02/814)
Empereur d'Occident (29/12/800-01/02/814)
Duc de Bavière (?-?)
assis
sur son trône), de la droite, il accepte la demande présentée par la
reine.
Cette dernière, deux genoux à terre, dans une longue
robe grise et soyeuse, à la jupe ample, présente sa requête en faveur de
MumolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier : cheveux blond vénitien,
les yeux baignés de larmes, le nez et la bouche petits et bien dessinés, les
mains trop grandes. Une de ses grandes manches, à revers d’hermine, cache
opportunément sa taille et deux points marquent les mamelons de ses seins
arrondis : elle est enceinte17. L’image a été retouchée : elle a été
privée de sa couronne, correction spontanée par le peintre ou sur demande ? Quoi qu'il en soit, elle s'imposait en raison de ses méfaits.
Le décor sommital du cadre comprend un
arc décalé vers la droite ainsi qu'une cordelière vigoureusement tirée par un putto ailé vers la gauche. Un autre, de trois quarts dos,
en pesant de tout son poids, tente de la faire descendre au niveau du roi, tout
en s’en écartant. Elle s’enroule autour des pilastres superposés, qui sont
dotés de panneaux au fin décor renaissant, bleu (ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
est roi de Neustrie) puis gris18 :
le roi est ainsi mis en valeur. En bas, la tête de fou est en accord avec la
critique du texte à l’égard de MumolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier.
Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
1, dernier roi à régner en souverain absolu, avant que
la noblesse ne capte le pouvoir, est assassiné le 20 ou 28 septembre 584, près de sa
villa de Chelles2, après une partie de chasse à la tombée de la nuit3. Les sources ne concordent pas. Grégoire de ToursGrégoire de Tours, saint (02/12/538 — ?) Saint chrétien, historien, homme d’église du haut Moyen Âge ne donne pas le mobile.
La Chronique de FrédégaireInformations à venir (fredegaire)
désigne BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
4 comme
commanditaire. Le Liber Historiae Francorum plus tardif accuse
FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
5,
qui aurait trompé ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
avec le maire
du palais LandryLandry ( — ), mais un LandéricLandry ( — ) n’est maire du palais qu’en 603.
L’attribution à GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne6,
partisan d’une politique d’équilibre, ne tient pas mieux. Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français désigne FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
. L’image est construite autour d’une diagonale : de la
chambre au petit matin à la forêt, puis le retour à la tombée de la nuit, sur le
seuil de la villa. Sous un ciel sans nuages, la villa de Chelles occupe une place considérable.
Elle est protégée par un mur d’enceinte avec, au
premier plan, une courtine, crénelée et avec canonnière, et une porte commandée
par une tour. Cet appareil défensif se retrouve à l’intérieur, en particulier
pour la porte principale du palais. Le tout renvoie au long développement du
texte (v. 3742-3762) montrant Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, après la naissance de son fils
ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, soudain envahi de
crainte, redoutant la vengeance de son frère et de son neveu, au point de ne
loger que dans des tentes en plein champ au milieu de son armée7. Il décide de s’installer à Chelles pour chasser (v. 3763-3765). Les multiples fenêtres, le
dôme doré, les lanternes sommitales et l’encadrement de la porte d’entrée
soulignent la richesse du lieu de plaisance. Tout indique le calme et le
confort de la résidence, préoccupations récentes inspirées des cours
italiennes, comme le décor renaissant des façades de la chambre et, à
l’intérieur du palais, sur les murs de l’entrée. La chambre dite
seconde8 – celle de la reine avec un lit à une place - (v.
3782) est luxueuse, avec un chambranle de porte orné d’une cordelière et de
vases, une tenture rouge avec un décor en roue de paon récent. Le peintre
utilise l’azur fleurdelisé, pour la courtepointe du lit, la tunique du roi, le
drap d’honneur sur la chaise de la reine.
De manière révélatrice, un motif déjà
rencontré en bas des cadres, en mauvaise part, est ici déplacé dans l’image et
démultiplié : quatre têtes soufflant dans des trompes et une dans deux
branches.
Scène I : ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
découvre
l’adultère de la reine, en partant à la chasse au petit matin (v. 3776-3778). FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
,
nue dans son lit9, une couronne sur sa coiffe
blanche10, dort sur le côté droit, dos au
roi.
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, cor de chasse à la
ceinture, de trois quart dos et visage de profil, position péjorative, la
frappe au-dessus du coude avec un bâton, là où le texte de Cretin (v.
3786-3788) indique un petit coup sur le dos avec une houssine (baguette de houx
flexible), une vergette (petite baguette). Le texte évoque sa réaction, ce que
l’image ne montre pas (« Laisse LandryLandry ( — ),
qui te donne, dist elle, / De me frapper la hardïesse telle ? » v. 3790-3791),
pas plus qu’elle ne suggère la relation adultère et le contexte. ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, dont la lubricité est connue
(fol. 80v.) a testé l’honneur de la femme du maire du palais, ce qu’il lui rend
en devenant l’amant de la reine (v. 3799-3801). Le roi, sur l’instant, ne dit
rien, mais entre en frénésie, pris d’une grosse lourde et forte jalousie (v.
3792-3797). Sa position déséquilibrée en suggère la cause et l’effet : tête de
profil, corps de trois quarts dos et jambes vers la droite pour « passer tel
ennuy », en allant chasser11.
Scène II : à la lisière de la forêt, suivi par un autre
cavalier, le roi, sur un cheval blanc harnaché de rouge et sonnant du cor,
force un cerf avec un lévrier blanc, symbole de fidélité, au collier précieux,
accompagné de deux chiens courants12. Le texte décrit longuement ce qui se passe au palais dans
l’intervalle. Sachant que le roi a peu de compagnie pour le défendre, FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
mande LandryLandry ( — )13 (v. 3804-3806). En pleurs, elle lui annonce qu’il va mourir (v.
3810-3813), en donne la raison (v. 3820-3822), le laissant terrorisé (v.
3825-3836). Criminelle expérimentée (v. 3338-3339), la reine lui conseille de
payer des sicaires capables de se taire (v. 3840-3845) pour éliminer le
roi14 et profiter du royaume (v.
3855-3856) grâce à leur fils, donc un bâtard. L’image résume ces événements en
retenant sa responsabilité exclusive. Une fenêtre de
la villa, laisse voir la reine dans un retrait. Son visage, tourné vers la
scène I, souligne le lien de causalité avec l’attentat. Le peintre joue sur le
contraste entre les marques d’honneur - la couronne, l’assise couverte d’un
drap d’honneur, les pieds sur un coussin - et le geste par lequel elle
commandite le régicide, qu’il souligne par la fourrure tachetée, très
péjorative, de ses manches15.
Scène III16 : le roi est attaqué à son retour, le soir même, par trois
hommes à l’épée : le premier vise l’aisselle gauche et au côté les tripes
sortent17,
un autre perce la gorge, le troisième s’apprête à donner un coup de taille (v.
3869-3873).
Les chiens sont en train de franchir le
seuil, pour montrer la rapidité de l’attaque, à l’arrivée du roi.
L’auteur décrit ensuite, circonstance aggravante, le sang froid des criminels. Les
tueurs, en courant, crient que le roi est mort et cherchent avec la cour les
assassins. FrédegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
mène grand deuil,
« en sorte escervelee / Alla criant, gémissant, souspirant, / Tordant les braz, et
ses cheveulx tirant » (v. 3887-3889) même si en son cœur elle rit18. LandryLandry ( — ) feint l’ignorant
et affiche sa tristesse. La fin de Chilpéric IerChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, « vil et horrible homicide » (v.
3899) correspond à sa vie (v. 3915), un exemple à méditer (v. 3920). Suivent, chez
Cretin deux suites de couplets sur les vices et cruautés de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, comparé à NéronNéron (13/12/37 — 07/06/68) Cinquième empereur romain de 54 à 6819. L’image contribue à faire, par
rejet social de l’esclave ambitieuse20 et sanguinaire,
un contre-modèle idéal, sans contester sa légitimité. Le programme lui donne le
premier rôle alors qu’elle vit et règne moins longtemps que sa rivale BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, qui pratique comme elle la grande
trahison et, à défaut de l’adultère, l’inceste.
Le cadre est surmonté d’un fronton orné de deux larmes et d’un cercle bleu, qui soutient la cordelière. Elle descend et s’enroule à gauche et jusqu’au sol de la chambre, le long de la première superposition de colonnes. Elle est séparée de la seconde par un espace coloré, du même gris que le ciel, et les rideaux du lit royal. Sur les tores, entre les deux, un putto est assis de face, tête tournée pour ne pas voir ce qui se passe dans l’intimité de la chambre. La colonne de droite repose sur une base carrée, fragile équilibre, et le bas du cadre n’est orné que de feuilles d’acanthe.
Après l’assassinat de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, roi de
Neustrie, en 584, BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, reine d’Austrasie, souhaite en finir avec la dynastie rivale. Le frère du
défunt, GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne, roi de Burgondie, règle la succession à son
profit et adopte son neveu1 et à la fin de l’année, quitte Paris. Il ordonne à sa belle sœur FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
de se retirer dans la villa de Vaudreuil. Elle s’y morfond et tente de faire
assassiner BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, qui prend part au
démembrement de la Neustrie. L’assassin
est découvert. BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
châtie HauldryHauldry ( — ) avant de l'envoyer à la commanditaire du projet criminel, FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
. L’image, qui se lit de haut en bas, illustre la suite : BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
le fait fustiger et le renvoie à sa
commanditaire, qui le fait supplicier2. L'image instaure une unité de
lieu factice, puisque BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
est aux
abords de Paris et Frédégonde Frédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
près de Rouen, en Normandie. La composition place sur l’axe central BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
à son balcon.
Elle est représentée ici dans un paysage paisible. À
l’intérieur de la clôture, des bâtiments au goût du jour sont groupés.
L’ensemble comprend une tour carrée, un édifice central, avec terrasse, encadré
de deux tours rondes et deux entrées. La première, sous un toit d’ardoise, se
devine avec une colonne lisse au rez-de-chaussée. La seconde est sous un toit
en bois, qui permet, par un portail encadré de deux colonnes torsadées, sous un
arc décoré d’un groupe pyramidé végétal, d’accéder à une cour intérieure pavée
puis, avec trois marches, à une galerie couverte soutenue par une colonne
torsadée. Le tout est à l’image de la personnalité tortueuse de
l’occupante.
Les deux reines ont le même costume, soit
un statut identique. La première, BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, ici brune, n’apparaît que trois fois dans le
manuscrit, contre six pour la blonde FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
. Le peintre les distingue sans ambiguïté par leur
manière d’exercer une composante de leur pouvoir : rendre la justice.
En haut, BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, hors de proportion avec l’édifice, est sortie sur sa
terrasse, ornée d’un drap d’or, rose et motifs circulaires dorés, soit le
rappel - indirect - de sa culture et - direct - de sa politique de retour de
l’État au sens romain.
Elle ordonne depuis cette tribune3 le supplice
d’HauldryHauldry ( — ), à l’intention d’un groupe
d’au moins six hommes, situés à peu de distance de l’entrée ouverte du mur de
clôture4. Un groupe de quatre témoins
assure, avec la publicité, la licéité de l’exécution5 : le premier, tout en
rose, montre la reine, ce qui vaut acceptation de la décision ; le second, en
longue robe bleue, tourne le regard vers le précédent6.
HauldryHauldry ( — ),
présenté, par Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français comme un
sicaire (en fait un clerc), dénudé jusqu’à la taille, les bras croisés sur la
poitrine pour se protéger, a déjà des marques et des traces de sang sur sa
chemise rabattue.
Les deux exécuteurs, des agents
subalternes du pouvoir, d'après leur costume, sont dépréciés : le bourreau, de
profil, frappe de haut ; son acolyte cingle le dos du
supplicié7.
Le contexte du deuxième supplice diffère par l’absence de public : ce n’est pas
une bonne justice. FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
est installée au premier plan dans la cour, sur un
trône représenté de trois quarts, devant une tenture bleue et
or8. La reine, pour donner l’ordre de l’exécution, ne s’appuie
pas sur le dossier9. Sa longue robe grise épouse ses deux jambes (un peu)
écartées : c'est une convention ancienne pour distinguer un mauvais gouvernant.
Le peintre, non sans humour, lui fait poser la main gauche sur l’accoudoir,
cachant les yeux de l’animal du trône10. Elle regarde la main sur
le billot, une manière pour le peintre d’indiquer sa volonté de
vengeance11.
Bourreaux et condamné sont tous tournés vers elle.
HauldryHauldry ( — ),
rhabillé (en bleu et rose pour dire son loyalisme), a un pied posé sur le tapis
: c'est une rappel du lien avec la commanditaire de la tentative d’homicide.
Un officier, le plus âgé, le présente avec
tristesse et son second, plus jeune, l’immobilise en le tenant par les
épaules12. Un genou à terre, jambe contre le billot en
bois, le supplicié vient d’avoir la main droite tranchée (celle de la trahison,
de l’homicide raté) : le sang gicle du moignon13.
Sur le dos de la main gauche, à plat sur le billot, le
bourreau a posé la lame d’un couteau et s’apprête avec une massette à frapper.
Le supplice14 est dénoncé15 par le choix inadéquat de
l’instrument de justice, en raison de la référence biblique du texte (déjà la
cognée est mise à la racine de l’arbre), qui évoque la justice terrible de
Dieu16. Après l’émanotation, le peintre ne montre pas
l’amputation des deux pieds.
Deux dames de compagnie, des aristocrates, sont debout
à côté de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
: une en bleu,
en partie cachée, souriante ; l’autre en rose, qui a soulevé sa robe pour venir
assister au spectacle, l'approuve de la main gauche, à tort. Elle valide ainsi
la tentative de la reine de s’exonérer de sa responsabilité dans la tentative
d’homicide contre BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
.
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
rend bonne justice à HauldryHauldry ( — ), qui a voulu l'empoisonner ; c'est une justice modérée, une fustigation,
et en présence de témoins, ce qui l'oppose à FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, qui le fait mutiler de manière inhumaine,
pour se dédouaner selon Cretin (v. 4162-4177).
La procédure d'exécution de la peine détermine
ce qui relève de l'exercice légitime de la justice dans un bon gouvernement
17
et ce qui au contraire caractérise la tyrannie. Cette dernière est ici d'exercice et d'origine,
compte tenu de l'ascendance obscure de Frédégonde, le principe est le même au XVIe siècle18.
Le cadre est surmonté d’un double décor de pierre s’enroulant en volute (volumen), entre les deux le visage d'un petit diable, et dessous trois incrustations bleues et or19. Une cordelière pend plus à gauche et la colonne à décor végétal est plus épaisse, attestant de l’absence de contestation du pouvoir. La régente, même sans statut légal20, est reconnue par les grands, ce qui assure la continuité dynastique et renforce leur poids. Les deux reines ont un pouvoir de plein exercice de la justice, comme leurs homologues masculins au VIe s., sans contestation. Le thème de la perversité de Frédégonde apparaît, pour le contester, dès le milieu du VIIe s.21. En bas, un diable, visage de face, regarde vers la gauche, deux acanthes sortent de sa bouche, suggérant la prudence du peintre22.
GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français (540 ou 550-585), né d’une
septième compagne du roi Clotaire IClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
er, après avoir tenté en vain de se faire reconnaître
comme héritier, doit s’exiler à Byzance en 5681. Rappelé en 582, une première
tentative de retour se solde par son départ en Corse
2. La mort de ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, en 584, qui laisse les cités
d’Aquitaine livrées à elle-même, lui
offre une opportunité. Il débarque en Provence, passe d’Avignon à
Brive-la-Gaillarde où il est
élevé sur le bouclier, avec pour projet de constituer un royaume d’Aquitaine
3. Il a un trésor conséquent et des territoires, mais cela ne lui donne pas
pour autant une légitimité suffisante. Sans la reconnaissance des autres souverains,
il va à l’échec4. Il envoie
alors une ambassade à GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne. Le roi de
Burgondie5 refuse d’écouter ses émissaires6, les maltraitent7. L’épisode pose
la question du droit sacré des légations8.
L’image se lit de bas en haut et de gauche à droite. La composition utilise le nombre d’or. La scène fait une synthèse des suites de l’audience solennelle et publique des ambassadeurs de GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français. Elle ne montre pas son déroulement chaotique9. Deux moments sont représentés : le supplice et l’envoi en prison.
Le tout intervient à l’intérieur d’une grandiose salle du trône, formant une unité de lieu. La moitié de l’image est occupée par un sol carrelé coloré10, dont PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français fait un usage constant. L’autre moitié laisse deviner la hauteur de la pièce, avec un décor renaissant très présent sur les murs et autour des fenêtres du fond, présentées comme vues de l'extérieur en façade. Deux à droite, au-dessus de la porte sont conformes à leur position ; toutes sont dotées de vitraux translucides en trois parties, aux pièces de verre posées en diagonales.11. La salle est occupée à gauche par un dais au pan gris brodé d’or et au plafond bleu foncé. Un rideau azur fleurdelisé descend jusqu’au sol. La Bourgogne est partie intégrante du royaume franc, rappel a contrario des revendications de Maximilien Ier de HabsbourgInformations à venir (maximilien_de_habsbourg), puis de Charles QuintCharles Quint (24/02/1500 — 21/09/1558) Roi des Espagnes et empereur du Saint-Empire d'origine flamande, au XVIe s.12. La salle est traversée par un portique : une poutre est soutenue par trois colonnes de marbre. La rose est plus petite que les deux autres, qui ont la même hauteur, ceci est une erreur, de même que la section constante de la poutre. Les bases sont disposées en triangle pour les besoins du supplice, alors que les chapiteaux sont alignés. Au premier plan, en perspective de trois quarts (la plus simple), sur un coffre de bois aux panneaux sculptés de décor végétal, ont été jetés les vêtements des envoyés13.La dénudation14 est dégradante, une injure15.
Au deuxième plan, les trois hommes sont attachés à la
colonne grise centrale, bras dans le dos, en petits draps16. Ils ont les sourcils levés,
sont terrifiés, avec déjà des marques17. Le seul visible en entier est le chef de la légation :
le visage vers son bourreau, le corps de face plutôt bien observé jusqu’aux
veines saillantes sur le bras gauche, et la jambe droite tournée pour tenter
d’esquiver le coup18.
Leurs bourreaux19, les entourent. Le premier, de profil, visage en partie caché par
son bras levé pour donner un coup de haut, est en plein élan. Il a adapté sa
tenue en remontant chemise et tunique, accrochées à la ceinture. Le poing fermé
pour éviter le ballant, il frappe la première victime. Le second bourreau, en
grande partie caché par la colonne, sourcils froncés pour traduire son effort,
lui donne un coup de taille. Le troisième, devant la colonne bleue, de trois
quarts face, s’apprête à cingler à revers du bras droit et tient de la main
gauche d’autres verges, jambes écartées, pieds au sol ; il enchaîne les coups
en rythme, bouche ouverte sous l’effort. La disposition des verges renvoie pour
deux d’entre elles à l’ordonnateur.
Le peintre fait le lien
entre la fustigation et la scène suivante de deux manières : par la main droite
de GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne, qui ordonne le supplice, et
par le visage d’un courtisan qui, par-dessus l’épaule d’un autre, regarde
l’exécution.
Le poing gauche du roi est dirigé vers la droite, la prison. GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne est
assis sur un trône en bois aux formes géométriques20. Le souverain n’a pas de couronne, mais une toque rouge à
grand rebras d’hermine, comme sa collerette et ses revers de manches, sur une
robe de drap d’or rose21. Le peintre insiste sur la
blancheur de sa chevelure et de sa barbe, ce qui en fait un vieillard, mais
vigoureux et implacable : la colère lui monte aux joues, le nez est massif et
la bouche dure.
Au premier rang d’un groupe de cinq courtisans, lui
servant d’étiquette, le plus éminent22 regarde avec tristesse la mise en prison des envoyés, il
marque sa désapprobation avec ses bras croisés.
À droite, deux gardes - le premier en tunique rose,
chausses blanches, ce qui reprend les codes couleur de son maître - poussent vers l’obscure basse fosse les trois
ambassadeurs, couverts, rhabillés et les mains liées dans le dos. Leur costume
souligne leur dignité ; leur position renvoie à leur
impuissance.23.
En 585, GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne ne reconnaît pas aux
émissaires de GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français leur statut
d’ambassadeur : ils sont considérés comme des traîtres. En les maltraitant, le roi
entend dénoncer GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français comme
usurpateur, car seul un souverain peut se prévaloir du droit sacré des
ambassadeurs. Il démontre ainsi, quand l’ordre politique est mis à l’épreuve, son
autorité : il les fait fouetter pour qu’ils se
soumettent24. Au XVIe siècle, l’image n’évoque pas la teneur de leurs
discours et leurs menaces, et ne pose pas le problème de l’illégitimité du
mandant, héritier secondaire. Quelques détails les suggèrent tout au plus. Elle
condamne surtout un manquement grave à l’immunité, au caractère inviolable et
sacré des ambassades, droit de légation universel et indispensable aux échanges.
La menace sur l’intégrité physique, les avanies et les humiliations de la part
d’un grand vieillard sont moins une démonstration de puissance que le signe d’un
désordre politique25.
Le cadre présente des variantes
significatives. Au sommet, un vase cassolette avec flamme ne brûle pas la
cordelière qui, à droite, descend un peu du côté de la légation et des
pilastres, ce qui est un point positif. Elle ne le fait pas à gauche où, entre
les colonnes superposées, se trouve un panneau d’un bleu saturé, rappel de
l’appartenance de la Bourgogne au Regnum Francorum. Malgré cette atteinte au
droit des légations, la légitimité et la souveraineté de GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne ne sont pas contestées. En bas, au
centre, un petit diable souffle dans deux branches d’acanthe, le menton et le
cou gonflés. Le peintre renvoie peut-être à l’enflure des discours des
ambassadeurs et de leur maître, expliquant d'après le texte l'avanie, sans la
justifier.
GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français, bâtard non reconnu du roi
Clotaire IerClotaire Ier (circa 498 — entre 29/11/561 et 31/12/561) Roi des Francs (558-561)
Roi des Francs de Soissons (511-558)
Roi des Francs d'Orléans (524-558)
Roi des Francs d'Austrasie (555-558)
et donc demi-frère putatif de ses fils ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
, GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne et SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
,
s’exile à Constantinople,
où l’empereur le soutient1. Gontran BosonGontran Boson (545 — 587) Duc franc au service de Sigebert Ier et Childebert II
duc austrasien, alors ambassadeur de GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne2, roi de
Burgundie, sans héritier, le
rappelle et le reconnaît. Il revient, mais le roi, s’étant rapproché de son jeune
neveu Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais (fils de SigebertSigebert Ier (535 — 575) Roi des Francs d'Austrasie (561-575)
et de BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
), veut le chasser. Il se réfugie à Saint-Bertrand-de-Comminges
(Convenae), situé sur un éperon rocheux à 515m d’altitude3, où il finit assiégé, trahi
par ses partisans. La ville est détruite, les habitants et les traîtres sont
massacrés4. Grégoire de ToursAmbiguïtéInformations à venir (gregoire)Informations à venir (de)Informations à venir (tours), contemporain des faits,
consacre à son destin tragique huit chapitres du Livre VII en s’autocensurant, tandis
que FrédégaireInformations à venir (fredegaire) élude.
1- GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français, après avoir enlevé les
trésors de RigontheRigonde (circa 569 — ) (?-?)
Fille de Chilpéric5
cherche à Bordeaux, autre cité
conquise, des secours contre Gontran de
BurgondieGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne. Il quitte la ville et se réfugie 312 km plus loin à
Saint-Bertrand-de-Comminges, sur le piémont pyrénéen, où il espère
l’arrivée de secours espagnols6. Il fortifie le château ;
GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne et Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais viennent l’assiéger. GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français fait venir les gens à l’entour, les
dépouille de leurs vivres puis les chasse. La place est imprenable.
2– GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne fait envoyer à GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français un faux, une lettre de BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
7, lui demandant de congédier son armée et de rejoindre Bordeaux8, une ruse pour savoir ce qu’il
fait. Ses généraux le cherchent sur les rives de la Garonne, trouvent les trésors et les chevaux qu’il a laissé en
chemin, en deux étapes. Apprenant où il s’est réfugié, ils décident de le
poursuivre.
3- Arrivés à Saint-Bertrand-de-Comminges, ils ravagent le plat pays et
LeudegésileLendegesille ( — ) (v. 4389), chef de
l’armée de GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne, prépare des machines
de siège puis envoie des messagers négocier secrètement dans la cité. Le duc et
patrice MummolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier (v. 4393), 9, l’évêque SagittaireInformations à venir (sagittaire_de_gap), ChariulfInformations à venir (chariulf) et Waddon.
en échange de leur vie 10, promettent de livrer GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français à condition qu’il ne soit pas tué et entre en religion11.
Ils lui demandent alors de se rendre. Il sort pour négocier avec OllonInformations à venir (ollon),
comte de Bourges et Gontran BosonGontran Boson (545 — 587) Duc franc au service de Sigebert Ier et Childebert II. MummolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier ferme les portes. GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français, conduit vers l’escarpement, est
poussé par OllonInformations à venir (ollon), qui tente de le percer
d’un javelot. Mais il se relève tente de remonter, alors Gontran BosonGontran Boson (545 — 587) Duc franc au service de Sigebert Ier et Childebert II le tue avec une pierre (v.
4402).
L’auteur ne cache pas ses difficultés (v. 4385-4388, 4404-4409) : il manque de
temps pour rendre compte des différents épisodes et ne peut leur consacrer de
longs développements. Il renvoie le lecteur à sa source pour de plus amples
informations. Le peintre, confronté aux incohérences et aux ellipses du
récit12, donne des derniers mois de
GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français (584-585) une version
vraisemblable et politiquement correcte au début du XVIe siècle, c’est-à-dire tenant compte des visées impériales sur la
Bourgogne13. Certains épisodes disparaissent ou
sont présentés autrement. Les tractations, lors du siège, entre LeudegésileLendegesille ( — ) et MummolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier14 et les
partisans de GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français ne sont pas
figurées. Or, ils parviennent à le convaincre de sortir. Surtout, la suite
embarrassante pour GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne, roi de
Burgondie - le patrice MummolusMummolus (VIe siècle — VIe siècle) Préfet ou maire de palais de Chilpéric Ier qui
referme le piège, puis la mise à mort sordide de GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français - n’est pas décrite. L’image se lit de haut en bas, un
tiers est consacré à ce qui précède le siège, et deux tiers à la prise de la cité.
Le peintre donne une composition synthétique, audacieuse et neuve15.
Scène I, GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français, en armure dorée et sur un cheval blanc, à la tête de sa cavalerie, sort de Bordeaux (v. 4373-4379, l’auteur évoque l’inverse), ville prestigieuse avec des tours rondes couronnés de dôme, des murailles puissantes et de nombreux bâtiments à l’intérieur.
Scène II, à la traversée d’une épaisse forêt, un premier convoi, avec trois conducteurs en civil et deux ânes transportant les trésors de GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français (v. 4382-4384) dans des coffres métalliques, est attaqué par six combattants en armure et leur capitaine en bacinet fermé. Une première victime est au sol, les deux autres sont frappées dans le dos. Dans la plaine plus loin, un second convoi, avec une charrette, un âne bâté de ballots blancs et deux conducteurs, est attaqué par un homme de guerre, qui va être rejoint par les autres.
Scène III, la ville (v. 4360-4367) investie est dominée par la cathédrale Notre-Dame, avec ses contreforts et sa tour clocher quadrangulaire, sur un toit en bois. À sa gauche se trouve peut-être le palais épiscopal et un édifice, le tout fortifié évoque peut-être l’enclos canonial. Bertrand de GotInformations à venir (bertrand-de-got-clement-5), évêque de la cité, futur Clément V, premier pape d’Avignon, en a fait un lieu de pèlerinage réputé, grâce à la canonisation de Bertrand de l’IsleInformations à venir (bertrand_de_comminges), un de ses prédécesseurs du XIe siècle. La ville est aussi située sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, d’où le nombre de maisons autour d’un vaste espace central. Au premier plan, le décor renaissant de la porte, entre deux tours avec médaillons et la courtine, en opus incertum, dotée de canonnières, rappelle le passé romain de Convenae, dont les murailles hautes datent du Ve siècle. Elle a perdu la moitié de ses créneaux, évocation indirecte des machines de guerre installées par LeudegisèleInformations à venir (lendegesile). Deux assaillants lancent l’assaut à l’épée et à la lance (v. 4360-4367). Un des nombreux défenseurs oppose sur la partie endommagée une ultime résistance, protégé par un bouclier et armé d’une hache. Sur la tour qui commande la courtine, un autre, avec une hallebarde, est en appui. À droite, une vingtaine de combattants, au pied de la muraille, sous un gonfanon gris, attendent, suggérant la durée du siège et sa difficulté. Au premier rang, des défenseurs sont sur les murs ; un combattant, qui a perdu son arme, est percé d’une lance alors qu’il se tourne pour combattre vers la gauche. La destruction partielle de la courtine découvre largement ce qui intervient ensuite.
Scène IV, la cavalerie de GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne envahit
la cité. Le roi se distingue par son équipement qui
dit la plénitude de son pouvoir : il est couronné, bacinet fermé, en armure
dorée, une courte cape bleue flottant sur les épaules et sur un cheval blanc
harnaché de rose et rouge. Au premier plan, il est à l’arrière de ses troupes
par convention, pour montrer au lecteur qu’il en est le chef. Il charge épée au
clair, alors que tous ses hommes sont armés de lance, sans avoir encore franchi
le seuil. La mise en scène l’exclut ainsi de ce qui se passe dans la
cité.
À l’intérieur, les assaillants, sous un gonfanon
vermeil, sont au cœur de la cité.
Le peintre met l’accent sur deux figures monumentales,
seules à visage découvert. Elles ont engagé un âpre corps à corps. GondovaldGondovald (VIe siècle — ?) Roi français, en armure dorée, comparable par
sa qualité à celle de son demi-frère16, visière relevée en forme d’aile, cherche à se réfugier dans
l’église. Il se bat à l’épée, mais sans gantelet, à la différence de Gontran BosonInformations à venir (gontran-boson), en harnois complet, cotte
bleue et jupe rose sur sa braconnière. Le premier ne s’est pas rendu, n’est pas
prisonnier, ce qui autorise, selon le droit des armes, le général du roi
burgonde à le percer d’un coup mortel à l’épée se dirigeant à travers les
parties molles vers le cœur. Il n’y a pas fratricide, ni assassinat, ce
qui est conforme à la version de l’auteur. Cependant, le lieu où le meurtre du
prisonnier est intervenu, sur les pentes escarpées en dehors des murs, est bien
figuré en bas à droite, au premier plan, au niveau de la plaque bleue. Est ainsi
laissée la possibilité de retrouver le sordide déroulement du crime. Le massacre
des habitants et la destruction de la ville ne sont pas suggérés, ce qui confirme,
avec ce dernier assassinat du volume, des enjeux politiques très actuels.
Le cadre est surmonté d’un arc déprimé
orné de bleu, sous une cordelière qui s’enroule autour des colonnes superposées
à gauche jusqu’aux murailles de la cité et, à droite, autour de la colonne plus
large superposée à un pilastre. Trois putti la soutiennent : le premier, de la
main gauche, tombé à plat ventre sur le cadre17, le second visible à
mi-corps, de la main droite. Le troisième, debout sur le tore du pilastre, semble vouloir
l’entraîner dans sa fuite. Le pilastre, orné d’un décor bleu à candélabre or,
attire l’attention sur une courtine et les assiégeants tout aux pieds des
murailles, précisément à l'endroit ou Gondovald, d'après le texte, a été tué.
En bas du cadre, un diable souffle dans deux acanthes. Il ne
paraît pas possible, au début du XVIe siècle, de
montrer la fin de l’aventurier telle qu’elle est advenue sans déconsidérer le roi
de Burgondie
GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne.
À plusieurs reprises, en 591, Gontran, roi
de Burgondie, avait rappelé en
public que son neveu Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, fils de
ChilpéricChilpéric Ier (537 — 29/09/584) Roi des Francs de Neustrie (561-584)
et FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
1 en robe grise et ceinture dorée, devait conserver son royaume de
Neustrie. À sa mort, le 28 mars 592,
s’applique le pacte d’Andelot (du 28
novembre 587) : Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais, roi
d’Austrasie, hérite de la Bourgogne. Avec la reine mère BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
2, il est alors à
la tête des deux tiers du Regnum Francorum et peut lever deux
fois plus de troupes que FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
et son
fils3.
Aussi, en 592 ou 593, voire 594, il lance une campagne brève et violente4. Sur le territoire de Soissons intervient la bataille de Droizy5, ensuite les hostilités s’arrêtent6.
Sous un ciel clair où stratus et alto stratus glissent vers la gauche, le paysage
comprend à l’horizon une ligne de collines avec forteresses, puis trois autres,
dont une abrupte porte les murs de Droizy
entre deux fleuves (le Lavoir et la
Crise). Le camp de Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais est installé dans une grande
plaine limitée par deux buttes, qui occupe les deux tiers de l’image. La scène
intervient après le premier affrontement, au point du jour.
Au centre, FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
attire le regard, elle joue un
rôle décisif souligné par le texte. Elle est derrière le camp de toiles. Elle
est couronnée, vêtue d’une longue robe bleue. Les larges revers anthracites de
ses manches rappellent son statut de veuve, ils sont l’indice d’une réticence,
au début du XVIe siècle, selon laquelle sa place
n’est pas sur le champ de bataille. Assise en amazone sur un cheval
blanc, harnaché de noir et d’argent, elle tient dans
ses bras son fils représenté en petit enfant (il tient son biberon)
conformément au texte ; en fait, il a dix ans.7.
Déjà couronné, en robe grise et ceinture dorée, il touche avec la main droite,
de manière symbolique, la tente royale de Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais, qui va lui revenir, tout en
regardant sa mère, à qui il doit la victoire,8.
Régente du
royaume de Neustrie9 après la justice, elle exerce une autre prérogative du pouvoir
souverain : elle dirige l’armée. LandryLandry ( — )Landry ( — )10, dont elle
a fait son capitaine, est derrière elle, en armure dorée, épée au clair sur
l’épaule. Il a comme second un cavalier équipé d’une targe. Composée
de nobles, cette cavalerie lourde et innombrable marche (de nuit) sous un
gonfanon gris et or11 - une des deux flammes descend vers LandryLandry ( — ) - et une bannière carrée, rouge
vermillon, brodée de motifs et de filets or, comme pour les unités tactiques
romaines12. FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, au premier rang, agit comme un commandant romain et
utilise la ruse face à un ennemi redoutable. Ses ordres ont été respectés. Les
cavaliers n’ont pas démonté, ils ont gardé leur armure et sont lances au poing.
La reine a fait mettre au col des chevaux, y compris le sien, une cloche -
pratique utilisée quand ils pâturent, également par l’ennemi. Le bruit
n’éveille donc pas l’attention. Pour la même raison, les chevaux vont au pas.
Surtout une douzaine de cavaliers a sur l’épaule une branche bien verte, comme
camouflage. Cette véritable forêt qui marche fait la célébrité de l’épisode et
inspire à ShakespeareInformations à venir (shakespeare) le dernier
acte de Macbeth13.
L’attaque surprend à heure non suspecte, c’est-à-dire au point du jour, le camp
de Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais. Les assaillants circulent déjà entre les tentes. Trois
seulement en évoquent la richesse : une grise et or, puis une blanche très
haute et une somptueuse tente royale rose au décor de perles dorées. Le pan du
toit est orné de lettres, de volutes et de franges, et elle est doublée d’azur
semé d’annelets d’or.
Elle s’ouvre sur un lit dont le luxe contraste avec le
désarroi de ChildebertChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais et de sa
compagne, coiffés d’un bonnet de nuit, nus, qui cherchent du regard comment
s’échapper. La femme, dont rien ne permet de dire qu’il s’agit de l’épouse du
roi FaileubaInformations à venir (faileube)14. Elle est couverte du sang
de ses blessures15.
Le peintre donne à son agresseur une armure à la
romaine, c'est donc un capitaine de gens de pied, compte tenu de la qualité des
prisonniers et de l’enjeu (le texte insiste sur le butin).
Un autre s’en prend devant la tente à un
serviteur.
À l’extérieur, les assaillants se distinguent en
fonction de leur équipement. Un est en armure complète jusqu’aux solerets, le deuxième,
son voisin, avec protection de bras et de jambes, gambison et un grand
bouclier rond bleu, s’apprête à frapper un homme coiffé d'une toque, déjà blessé et
en train de fuir. Le troisième, agenouillé sur un
combattant qui a tenté de se relever, traverse la gorge du prisonnier. Ceux qui frappent
sont de profil, pour dénoncer la cruauté des gens de pied de petit état, un topoï.
L’opération, qui occupe le tiers inférieur de l’image, a fait de nombreuses
victimes. Une douzaine de lances et l’intérieur d’un bouclier bleu, à terre,
indiquent une vaine résistance. Sentinelles gardant le camp et soldats désarmés
sont tombés à plat ventre : c'est une convention pour indiquer une mort
violente que le peintre renouvelle par un double silhouetté au premier plan et
des morceaux de cadavres (têtes, pieds). L’usage du bleu et du rose, pour la
tente royale et les hommes de FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
comme ceux de Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais, répond à des considérations esthétiques et
traduit l’affreuse mêlée de la prise du camp. Le tout est une double
condamnation de la violence de la soldatesque et de la guerre civile.
Intervient alors une troisième scène, dans le registre
supérieur à droite. Sous un gonfanon rouge portant entre autres une lettre or
(R), une armée s’éloigne en s’engageant entre deux buttes. Ceux qui la dirigent
sont à l’arrière par convention, un roi couronné en armure dorée, sur un cheval
blanc harnaché de noir, et à ses côtés un général en braconnière bleue, sur un
cheval bai. Il s'agit sans doute de ChildebertChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais partant à la conquête de la Bourgogne, non de la Lombardie, où d’après le texte, il n’envoie
que ses capitaines.
Le végétal
l’emporte dans le cadre, en lien avec la scène principale. Au sommet, subsistent du
répertoire renaissant deux vases autour de l’arc déprimé et en soutien de la
cordelière. Les montants du portique opposent d'une part une superposition tête
bêche de deux bourgeons ouverts sur un fut terra cotta et d'autre part, à
droite, un tronc ébranché (les douze branches se retrouvent dans l’image) et
écorcé. Sur le bas, deux des quatre hybrides pattes de lion-feuilles tournés en
sens opposé sont unis par un bandeau, comme ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
sait ensuite réunir le royaume des Francs.
En 596, Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
1, roi de Neustrie, et Théodebert IIInformations à venir (theodebert_2-thibert-2) (Theodoric dans le
texte)2, roi
d’Austrasie, et Thierry IIInformations à venir (thierry-2-thibert-2)3, qui
lui succède, s’affrontent à Laffaux
(Lucofao). Ils sont sous la la régence4 de FredegondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
, mère du premier, et de BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, grand-mère des seconds5.
L’image s’organise en deux registres et de façon symétrique, autour d’un axe central, la bataille intervenant dans une plaine entre deux groupes de collines. La localisation fait problème : Laffaux est en fait à 16 km de Soissons (Aisne, Hauts de France), mais l’auteur indique que la bataille a lieu vers Sens, soit à près de deux cents kilomètres de là, au nord-ouest de la Bourgogne6. Guillaume CretinCretin, Guillaume (circa 1460 — 30/11/1525) Poète et historiographe français pourrait, dans la longue contestation entre l’archevêque de Lyon et l’archevêque de Sens pour la primatie, avoir pris le parti du second (Etienne Tristan de SalazarInformations à venir (salazar), 1474-1519). En 1516, le roi confirme la primatie de Lyon et donne en compensation, malgré les protestations de l’Université et du Parlement, le titre de Primat des Gaules et de Germanie à SalazarInformations à venir (salazar) 7 qui, membre du conseil du roi, réside à Paris, où il a fait construire l’Hôtel de Sens8.
Le peintre représente la silhouette de la ville
de Sens sur l’axe central, avec sa porte
caractéristique, une tour carrée dont le toit est surmonté d’une immense
croix9 et deux tours rondes
couronnées de dômes et à droite l'Yonne
et la Vanne.
En arrière-plan, de part et d’autre, une ville forte et
une place forte apparaissent dans le lointain et, plus loin encore, deux autres
qui blanchissent à l’horizon.
Dans le ciel, glissent vers la droite un nuage bleu, assombri par
l’orage et un éclair, puis un stratus (au-dessus de l’armée de ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
) près de rejoindre un
altocumulus, zébré par la foudre, et un stratus (au-dessus de l’armée des deux
jeunes rois).
L’armée de Clotaire
Clotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
et LandryLandry ( — )10 fait la jonction entre les deux registres, la fin s’allonge et
contourne une colline sans solution de continuité avec l’avant-garde et la
charge.
Le moment retenu est celui où LandryLandry ( — )11, par un mouvement de traverse, a bousculé l’armée austrasienne, la forçant à abandonner le champ de bataille. Les lances sont portées sur l’épaule pour le dernier corps de bataille (arrière-garde), puis elles s’inclinent, ce qui donne beaucoup de mouvement à la scène. Trois drapeaux flottent au-dessus des Neustriens : le plus haut est un gonfanon de soie rose orné d’un soleil aux rais torses (emblème de la suprématie royale), puis une bannière grise à décor végétal et un gonfanon bleu. Le premier est celui de l’avant-garde qui mène la première charge avec, à sa tête et au premier rang, un général12 en armure de plates et, sur son bacinet, un tortil d'argent et de gueules13 et un plumet. Il tient une targe rose et son cheval gris est harnaché de bleu avec une inscription en capitale indiquant son appartenance à la bataille du roi. Deux rangs derrière lui, un autre cavalier a un bacinet avec une plume bleu et une rouge14. Devant l’avant-garde, au sol, un combattant à plat ventre, avec deux blessures, un pied et l’avant-bras coupés, illustre la violence du premier choc et l’issue incertaine du premier engagement.
Ensuite, intervient la charge de Landry et du
petit roi ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
: en fait, il
a douze ans, et ses adversaires 9 et 8 ans, inversion symbolique du parti
pris de l’auteur et du peintre. Les deux sont en armure dorée jusqu’aux
solerets. La cuirasse du premier s’orne d’une grande feuille de
chêne15 et son bacinet à oreille carré d’un plumet
rouge16. L’enfant roi s’en
distingue par la couronne sur son casque et nombre de détails de son
équipement comme les lamelles sortant de sa spallière17. Les deux sont
montés sur un cheval blanc, avec harnais rose, pour le principal conducteur, et
gris clair pour l'enfant-roi18 pour l’enfant. Les deux sont les seuls armés d’une
épée, à proportion de leur taille : les quillons de la garde sont arrondis
pour LandryLandry ( — ) et en forme de croix
fleuronnée pour ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
.
Le capitaine des
piétons19 poursuit en tenant sa lance à deux
mains les fuyards, tandis qu’un de ses hommes, protégé seulement d’un casque
métallique, poursuit à la hache les gens de pied austrasiens, dont le chef
est placé à l’arrière des troupes ennemies20. L'avantage est
aux Neustriens.
Les deux jeunes rois, représentés en adulte, sont à l’arrière de leur
cavalerie. Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II, l’aîné, est seul, lance
droite sur un cheval blanc, selle et harnais bleus. Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
, sur un cheval gris, a sa
lance sur l’épaule comme tout le reste de l’armée. Les montures ont des
queues longues21. Le harnais bleu rappelle
que le premier est roi des Francs
jusqu’en 612.
Ils sont séparés des gens de pied, eux aussi lances sur
l’épaule. La retraite est rapide et se fait en bon ordre. Quatre ans
plus tard, ils l’emportent à la bataille de Dormelles et se partagent la plus grande partie du royaume de
ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
. Les pièces métalliques
soulignent la hiérarchie militaire et le clivage social qui opposent des nobles
à cheval bien protégés et des combattants à pied plus vulnérables.
Le peintre montre les conséquences meurtrières du combat
acharné : corps démembrés, mutilés (pieds, bras, têtes coupés), bouclier à
l’envers sur le sol. Un austrasien qui s’effondre, bras tranché, est
piétiné. Un combattant, allongé à plat ventre bras en avant, au premier
plan, illustre le prix de la victoire. 22.
Le cadre donne un indice sur le lieu de la bataille, avec un
montant du portique constitué de troncs écotés, écorcés et entrelacés :
Laffaux, en latin Lucofagum, vient de fagus, hêtre. La colonne laisse apparaître un bleu en
quelque sorte neustrien et la cordelière descend jusqu’au niveau de l’armée
de ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
. Sur le haut, le
fronton, décalée vers la gauche, fait lui aussi une grande place au décor
végétal, jusque sur le panneau gris et or. Quant à la cordelière, elle
réapparaît, comme figée, à l’intérieur des panneaux décorant les pilastres
superposés à droite. Du même côté est décalé le visage de diable, avec des
feuilles d’acanthe sortant de sa bouche, soit une condamnation de la guerre
civile, avec toutefois un parti pris en faveur de ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
, roi de Neustrie.
À la mort de GontranGontran (532 — 30/03/593) Roi des Francs de Bourgogne (561-593)
Saint catholique, roi franc de Bourgogne, Austrasie et Burgondie avaient été réunies sous Childebert IIChildebert II (08/04/570 — ?) Roi des Francs de Paris (592-596)
Roi des Francs d'Austrasie (575-596)
Roi des Francs de Bourgogne (593-596)
Roi d’Austrasie de 575 à 596, et, à partir de 592, roi de la Bourgogne et de
l’Orléanais.
Au décès de ce dernier, en 5961, intervient une période de flottement dont la Neustrie de FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
,
Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
et Landry essaie en
vain de tirer parti avec une offensive sur une partie de l'Île de France et Paris. Elle s’arrête
après leur victoire sanglante et sans grande portée à la bataille de
Laffaux Dumézil, 2008, p. 307). Un nouveau partage
intervient entre les petits-fils de la régente BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
2. En 600 elle peut lancer une offensive
contre la Neustrie et remporte la victoire de Dormelles contre Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
Roi des Francs d'Austrasie et de
Bourgogne (613-629)
Roi des Francs (613-629)
(FrédégondeFrédégonde (entre 543 et 545 — 10/12/597) Reine des Francs de Neustrie (568-584)
est décédée en 597)
Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II et ThierryThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
ont atteint leur majorité (en 601 et 602)3. BrunehautInformations à venir (Brunehaut@) rejoint
Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
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4. C'est un guerrier, un prince dont la compétence (utilitas) est saluée par Frédégaire, tandis que Brunehaut a la main sur
l’administration et la diplomatie. Avant 603, elle désigne Bertoald Bertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne
comme maire du palais (Dumézil, 2008, p. 320) et en 604, elle l’envoie dans les cités de la rive sud de la Seine pour
réviser les registres de l’impôt. L'impopularité de cet exactio est croissante 5. Les Grands sont aussi
insatisfaits dans le duché de l’Outre-Jura où, en 604, Brunehaut nomme ProtadiusInformations à venir (protadius),
gouverneur, duc ou patrice6. En novembre 605, la guerre des trois royaumes (Austrasie, Burgondie, Neustrie) reprend.
L'amrée de Clotaire II Clotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
Roi des Francs de Paris (595-613)
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attaque Orléans 7 et Paris 8
en plein hiver, survient la bataille d’Etampes (Dumézil, p. 322-323 ). 9
Le peintre retient plusieurs moments. À l’intérieur d’Orléans assiégée par l’armée de Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
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, BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgognepour éviter un bain de sang défie en combat singulier LandryLandry ( — ), qui l’a provoqué (I). Apprenant l'arrivée prochaine de Thierry II et de l'armée burgonde,
l'armée de Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
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installe ses
tentes près d'Etampes. Puis LandryLandry ( — ) et MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2)10 attaquent l’armée de Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
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en train d'arriver et qui, malgré la mort de BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne, a la victoire (II). MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2) est capturé et LandryLandry ( — ) fuit. La déroute est meurtrière (III).
L’image se lit de haut en bas.
Sous un ciel où glissent quelques stratus bleu foncé,
la rive sud de la Loire comprend une série de collines au sommet occupé par des
forteresses ou des places fortes11 ; derrière, deux autres bleuissent
et les deux dernières à l’horizon sont un ton plus clair. Le cours sinueux du
fleuve traverse l’image et deux navires se dirigent vers la droite
(aval).
Orléans, sur la rive nord, est vue ici en perspective
en angle. Les murailles sont commandées de deux à trois étages par dix tours,
une carrée les autres rondes. Le peintre décrit, pour les courtines, crénelées
et avec machicoulis, le parfait alignement des canonnières, au même niveau,
soit une circulation interne facilitant le déplacement des combattants. Le tout
rend compte du choix de BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne de se
réfugier dans la place bien défendue (v. 4790-4791), ce qui lui vaut d’être
accusé de lâcheté et raillé par LandryLandry ( — )
(v. 4792-4794). Le chemin de ronde, en haut des murs, est occupé par des
soldats en armure, certains à visage découvert, tenant des boucliers ovoïdes,
guisarmes et hallebardes, armes d’hast au poing. À l’intérieur, l’église
Notre-Dame (devenu cathédrale Saint-Etienne puis Sainte-Croix) dont la
titulature et l’emplacement exacts ne sont plus connus, apparaît entre les
dômes de deux tours : celle de droite est surmonté d’un gonfanon rouge, sans
doute pour indiquer le centre de commandement de la place, la résidence de Bertoald.
Vient ensuite la porte de la ville, encadrée de deux tours et défendue par une
plate-forme. Pour renforcer l’idée d’une place bien défendue, PichorePichore, Jean (XV s. — XVI s.) Enlumineur français ajoute un talus au bas des murs.
BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne,
représentant de Brunehaut et Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
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en Neustrie, en armure dorée et plus grand que les autres, occupe seul une
courtine, main sur un créneau,
Il répond à la raillerie de LandryLandryLandry ( — ).12 par une
proposition de duel. Cette initiative de BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne
est révélatrice de la dégradation de la discipline antique : un général est censé obéir
aux ordres du palais, il n'a pas à trouver un règlement à l’amiable avec l’ennemi13. LandryLandry ( — ) ne donne pas suite (v. 4820)
14. Venu assiéger la ville et représenté en
marche sous les murs d’Orléans, il est en armure dorée sur laquelle il a revêtu une
cotte bleue15. Le peintre décrit le dispositf qu'il a mis en place, la ville
est encerclée : une dizaine d’hommes à pied sont visibles, de dos, au revers d’une
colline, tandis qu’à gauche figure le
camp de ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
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et son armée. Tous
sont à pied, recouverts de leur armure et lance ou arme d’hast au
poing16.
Ils sont répartis entre de luxueuses tentes de
guerre17 et de parade : une grande (tref) gris clair au pan brodé et frangé d'or
d’or18, et un pavillon rose-rouge avec
boule faîtière, toit orné de rais torses et pan brodé et frangé d’or, pour, selon Cretin, ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
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, MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2) et LandryLandry ( — ).
Ce dernier, venu encercler la ville, est représenté en
marche sous les murs d’Orléans, en armure dorée sur laquelle il a revêtu une
cotte bleue19,
main gauche sur le pommeau de son épée et main droite paume dirigée vers
BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne, doigts écartés, signe
qu'il se moque20.
Derrière le plateau (en contrebas), une tente rose a un décor
identique, les tentures sont ornées d’un semé d’annelets d’or à valeur
méliorative. Elle ne correspond pas au siège d’Orléans. Si l'on suit Cretin,
Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
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se serait porté vers Étampes, à 62 km au nord Est d’Orléans (v. 4821-4822), et
se serait installé près de la Juine.21
sur des coteaux étagés de 66 à 156 m d’altitude. La ville royale est dans une vallée.
À l’intérieur de l’enceinte, les maisons se serrent autour de l’église fortifiée : la collégiale Notre Dame
du fort d’Étampes22 avec une
terrasse évoquée sommairement, par un mur sur le toit au-dessus des
tuiles.
Sur le plateau, les deux armées s’affrontent : celle
de (Thierry II)Thierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
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, sous un
gonfanon bleu et or, et celle de ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
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, selon Cretin, en fait de son fils MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2) et LandryLandry ( — ), sous un gonfanon rouge aux lettres
d’or.. En effet Clotaire n'est pas là
(Gobry, p. 138-140) le maire du palais de Neustrie, voulant le préserver, le laisse à Paris, il fuit
vers le Nord. Landry se fait accompagner en lieu et place du roi par son fils Mérovée, un enfant
en bas âge, comme Frédégonde l'avait fait, pour stimuler le loyalisme de ses troupes.
Dans le récit de Cretin, c'est le père qui combat et in fine fuit avec Landry23.
Cretin donnent les premiers rôles à Bertoald et Landry. La première phase de la bataille `
`n’est pas illustrée, lorsque l’armée burgonde de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
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franchit la rivière Louette, affluent de la Chalouette. Aux gués d’Étampes LandryLandry ( — )
fait le choix de l’attaquer à ce moment-là pour profiter de son fractionnement et avoir l’avantage.
Le peintre a essayé de rendre compte de la complexité des opérations qui
interviennent ensuite, de la durée de l’affrontement et du grand nombre de
combattants. Dans l’armée burgonde, trois mouvements sont représentés
simultanément. Sous le gonfanon bleu, la charge de l’avant-garde – un tiers de
l’armée -à laquelle vient se joindre BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne24 (v. 4852) (I). Derrière, deux vagues (v. 4841) remontent
en diagonale depuis la gauche (II), alors qu’au premier rang intervient la charge
royale, avec trois chevaux en ligne (v. 4877-4878). Le
roi charge droit devant lui au premier plan, il a déjà combattu. Sa monture,
avec sur la tête trois plumes roses, est blessée25. Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
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se lance à la poursuite (v. 4885) de l’armée de ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
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, déjà en train de fuir (v. 4881)
(III)la rapidité de la fuite est suggérée par
la housse retroussée sous l’effet de la vitesse du cheval de LandryLandry ( — ). Un cavalier fait prisonnier MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2) (v. 4882).
Quelques éléments semblent signifiants. Alors que les deux armées sont équipées de
lances, dix combattants ont un statut particulier pour les Burgondes, dont cinq
qui se battent à l’épée : BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne (v.
4854), trois hommes et surtout le roi Thierry
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26. En armure
dorée, couronné, jupe plissée rose (comme les plumes qui ornent la tête de sa monture)
et bouclier rouge, sur son cheval blanc, il est au premier plan.
Quatre cavaliers se distinguent par leur taille : BertoaldBertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogne,
avec un bouclier et une selle rouge (il aurait indiqué à LandryLandry ( — ), comme signe pour se reconnaître, d’être tous deux vêtus
de vermeil, ce que le texte n’indique pas), un cavalier tenant un écu
bleu, puis derrière lui un autre au casque orné de quatre plumes noires et en jupe
bleue. Le dernier, portant un paludamentum rose et
dont le cheval a une housse bleue, est le second de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
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, le texte ne donne pas son
nom. D’autres sont de moindre rang, comme son voisin plus petit, qui est
sur une monture à la housse grise, deux autres tenant des boucliers gris. Près du
roi certains chevaux n’ont plus leur cavalier. La victoire a un prix.
La hiérarchisation du commandement et l’échelonnement des corps de bataille dit
l’ampleur des forces engagées. S'étant avancé dans l’armée de
ClotaireClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
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, un cavalier dont le nom
n’est pas donné fait prisonnier
MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2), en posant son gantelet sur son épaule, geste traditionnel.
Le peintre rend hommage à sa valeur en le dotant d’une housse bleue semée d’annelets blancs et
ourlée de lettres. Le prisonnier 27 fait problème. Le peintre semble réunir
deux moments, la capture du fils et la fuite du père. Il souligne
par la richesse du costume et de son équipement le prestige du personnage, de trois quarts dos, couronné.
28. Le peintre opère en fait une synthèse audacieuse 29 Le prisonnier
a certes une armure ouvragée, mais il monte un cheval bai. La couleur de sa monture est
l'indice d'une participation moindre dans le commandement, logique pour
MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2), un petit ou un jeune prince.
Sa housse est gris clair30 symbole d’espérance et de joie,
et ornée de motifs de perles. La couronne n’est pas celle terrestre et le gris clair rapelle que le prince
décède peu après sa capture. Mérovée,enfant de six ans, a été victime de maladie ou exécuté.31.
Dans la seconde hypothèse, il ne s’agit pas d’une violence liée à un déchaînement de haine personnelle,
mais de l’élimination d’un concurrent dans la lutte pour le pouvoir, afin d'éviter le prolongement
de la guerre. Quand Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
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a un dernier fils, il l’appelle
MérovéeMérovée (VII siècle — VII siècle) Fils de Thierry II et choisit
Clotaire IIClotaire II (584 — 21/10/629) Roi des Francs de Neustrie (584-613)
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comme parrain. Ce dernier fait de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
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son fils spirituel
32.
LandryLandry ( — ), maire
du palais, a droit à des plumes rouges sur un tortil assorti.33 avec une jupe plissée bleue.34, soit la mise en œuvre des codes visuels
du pouvoir politique et militaire35. Par convention, les deux hommes sont à l’arrière de leur armée.
.
Le peintre en donne une description qui le suggère, sans prétendre à un compte rendu réaliste. Il vise à susciter l’émotion par le choix de détails significatifs. Au sol, gisent les victimes piétinées par les chevaux royaux. Cinq sont couchés sur le ventre, pour dire leur mort violente, deux sont sur le dos, dont un portant un armet doré et une cotte grise. Sous le cheval de LandryLandry ( — ), son compagnon d’infortune qui tente de se relever n’a qu’un simple casque de métal gris. La proximité des deux défunts souligne que la mort frappe tous les combattants. Les corps n’ont pas toujours une position susceptible d’indiquer pour qui ils combattaient. Ils sont au tout premier plan, ce qui suggère une critique. Un guerrier, au teint très coloré et à la barbe noire, est sans doute du côté des Neustriens. Se retrouvent sur le sol les tronçons de lances brisées (v. 4884, ils sont rompus comme les hommes) et le motif des boucliers tombés à l’envers. La distribution des couleurs bleu et rose dans les deux camps rappelle que le combat s’inscrit dans une guerre civile meurtrière, qui n’a que trop duré. Thierry II, vainqueur, va ensuite parader dans Paris
Le cadre a, comme les précédents, une
fonction visuelle indexicale, c’est-à-dire qu’il pose des limites à la surface
enluminée et renvoie à son contenu, tout en étant révélateur du contexte.
Monochrome, il est surmonté d’un arc déprimé sur lequel repose une cordelière.
Elle descend au niveau d’Orléans. Un putto ailé tente de grimper sur le cadre
pour mieux la tirer du côté droit, où se trouvent deux colonnes jumelles (deux
tore, au niveau de MérovéeInformations à venir (merovee_fils_clotaire_2)
et LandryLandry ( — ). Le peintre manifeste avec discrétion
sa sympathie pour l'armée du roi de Neustrie (Paris). Les vaincus n'ont pas démérités
36. À gauche, une seule colonne paraît en quelque sorte habitée : `
le fut au niveau de la forêt porte un petit visage, près de la tour d’angle d'Etampes, puis
un visage au gros nez et aux yeux tombants, et une petite figure de diable avec des cornes reposant
sur une tête de singe. Sur la partie inférieure de la colonne, coule une masse
grisâtre. Sur le bas du cadre, le motif des branches d’acanthe est inversé, la tête est en-dessous
Il s’agit là d’une dénonciation vigoureuse de la guerre civile, entre proches parents, 37 un monde à l’envers. La place sur l'axe central du gonfanon bleu juste
sous Orléans, qui n'a pas été prise, rapelle sans doute aux contemporains de
François IerFrançois Ier (12/09/1494 — 31/03/1547) Roi de France (1515-1547)
,
le dessin royal : donner à la France des frontières clairement définies, affirmer
sa souveraineté sur des territoires à défendre, les provinces frontières régulièrement
traversées par des invasions.
Selon FrédégaireInformations à venir (fredegaire), après la victoire
d’Etampes1,
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
2
fait donner le poste de maire du palais à ProtadiusProtade ( — 606) Maire du Palais3, partisan d’une
guerre fratricide avec l’Austrasie.
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
convainc Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
4 de déclarer la
guerre en 605 à son frère aîné. Avec son armée, il parvient à Quierzy, villa mérovingienne5, mais au moment où la bataille est
sur le point d’être déclenchée, les Grands de Burgondie demandent la paix6. ProtadiusProtade ( — 606) Maire du Palais s’y refuse,
alors ils le tuent et la paix est scellée
7.
L’image retient ce moment suspendu où tout bascule
8. Sa construction n'est pas
tout à fait symétrique : Quierzy est en
grande partie du côté de Théodebert
IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II
9,
dont l’armée est la plus proche de l’axe central.10. Le ciel est dégagé,
malgré deux nuages, un au-dessus de chaque belligérant. Un paysage de collines
s’étend jusqu’à l’horizon. Le texte (vers 4997) indique que ThéodebertThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II est informé de l’attaque quand
l’armée de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
est déjà près de
Metz, il n’y a pas mention du lieu précis de la
rencontre. L’image montre à droite l’Oise qui traverse Quierzy et suggère qu’elle est dans une vallée (toute une partie
des murs n’étant pas visible). Cité gallo-romaine, la
villa royale est aux confins du Soissonnais, du Noyonnais et du Laonnais. Son prestige se marque par des
dômes et entre les tours centrales11, le toit bleu et le pignon blanc d'un logis
royal.Un chemin conduit au camp de ThéodebertThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II, avec deux pavillons, un bleu
et un gris. En vis-à-vis, celui de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
en comprend cinq alignés : au
premier rang, le plus grand est blanc, puis un gris au centre pour le roi et
rouge pour ProtadiusProtade ( — 606) Maire du Palais, ils cachent en
partie un rouge et et un bleu, pour dire l’ampleur des préparatifs.
Au-dessus des camps et des deux armées du côté de
ThéodebertThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II flottent deux
gonfanons un rose et or 12 pour les cavaliers, et un
vermillon et or, pour les gens de pied13.
Pour Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
,
le plus haut est gris clair pour sa cavalerie et un bleu
pour son infanterie.
Les deux armées sont constituées et disposées de façon
identique. Le peintre suit la distinction entre gens de pied (v. 4944 coustiller),
fantassins armés d’hast (coutille : couteau fixé dans une hampe ou demi-lance) et
gens d’armes, depuis le XVe siècle, cavaliers
appartenant à certaines compagnies d'ordonnance. Il remplace les archers par des
canons. Au premier plan des pièces
d’artillerie mobile attestent de leur rôle primordial au XVIe siècle dans toutes les batailles14. De chaque côté, une dizaine de lignes de gens de pied abaisse progressivement
leur lance, ils sont cependant trop près. Aucun n’a de gantelets. Tous sont en
position de combat : pied droit en avant, jambes souples, légèrement inclinés, ils
sont prêts au choc avec l’adversaire. Le capitaine de chaque côté se repère
par son plus grand nombre de protections, sans toutefois les avoir toutes.Le capitaine de ThéodebertThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II a des bottes sur ses jambières ! Celui de Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
n’a pas de défense de bras et d’épaules. Commme il est proche des
deux pièces d’artillerie mobile, il peut s’agir d’un canonnier, dont le statut
diffère des fantassins et des cavaliers : ce sont des techniciens très
recherchés. Un personnage couvert
d’un chapeau vert, devant le roi, occupe une grande surface, il est sans doute,
pour le peintre, emblématique des bourgeois, chefs de milice communale. Les autres
Burgondes ont un
équipement beaucoup plus hétéroclite que les Austrasiens : la plupart sont en souliers, deux n’ont pas de casque
et trois sont armés d’épieux. 15. Les deux camps se jaugent du regard. Les bouches ouvertes,
les sourcils froncés ou levés rendent la tension palpable.Au second rang, les gens de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
semblent s’étonner du mouvement chez leur adversaire, au troisième un commandant
blêmit en voyant le meurtre. Dans la cavalerie
austrasienne, au premier rang, le roi, en armure dorée sur un cheval blanc
harnaché de noir et or, est sans couronne (elle a été effacée)16. Il tourne la tête
vers l’arrière comme pour s’en aller. Il n’est pas l’agresseur et ne tient pas de
lance. Il en va de même pour son voisin, visière levée et en cotte d’armes
rose. En avant plan, un cavalier de trois quarts dos, lance droite fait mouvement
lui aussi. Par contre trois autres conservent
l’alignement, indispensable à la charge.
En face,Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
, couronné, en armure dorée et lance droite au poing,en impose. De
profil17, hiératique, il ne voit pas ce ce qui se joue en un instant à
sa droite.Un cavalier s’est mis en travers
devant ProtadiusProtade ( — 606) Maire du Palais et le transperce de son
arme 18 au niveau du
menton car le cou est protégé. La victime sans lance et visière de son bassinet
relevée, sourcils levés, crie. Son assassin, un Grand avec une armure identique à
la sienne, est comme son voisin coiffé d’un armet et visage découvert. Les deux
hommes19 tournent leur regard vers la droite, anticipant peut-être le
châtiment à venir : ils ont bravé l’interdiction du roi de s’en prendre à son
nouveau maire du palais. Ancien gouverneur du district d’Outre-Jura, duc ou patrice, fonction
publique, sa nomination avait déjà été mal acceptée par les Grands (v. 4956)
barons et seigneurs. Prérogative royale légale, elle avait marqué une rupture avec
la tradition d’élire un membre de l’aristocratie de la région 20.Sa
promotion en remplacement de Berthoald
Bertoald (VIe siècle — 603) Maire du palais de Bourgogneaggrave le mécontentement 21. La réponse de ProtadiusProtade ( — 606) Maire du Palais aux contestataires (v. 4970-4976), qui
veulent la paix, est aussi un rappel du principe étatique. Il est tué dans
l'exercice de ses fonctions, prêt au combat, et non dans sa tente en train de
jouer aux échecs (v. 4990)22. Le cadre tranche avec le précédent par le retour de quatre décors bleus et or aux
motifs renaissants. Sur le haut un fronton supporte la cordelière et deux putti
ailés tournés vers la gauche la soutiennent : un à cheval essaie de la remonter
tandis que l’autre à genou sur le cadre s’arc-boute pour la ramener de son côté.
Le portique comprend à gauche, près de ThéodebertThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II une colonne superposée sur un pilastre, à droite du côté
de son frère Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
deux colonnes
superposées. En bas au centre, un visage souriant - in fine la paix triomphe -
tient dans ses mains végétales deux acanthes qui s’épanouissent de part et
d’autre. Le peintre condamne la démarche belliqueuse de Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
23, le refus de la paix opposé par ProtadiusProtade ( — 606) Maire du Palais et sa mise à mort par un des leudes qui contrevient aux
ordres du roi.
Lors de la guerre fratricide de 612-613, Théodebert
IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II d’Austrasie
1, vaincu à Toul par son cadet Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
2 de Burgondie, se replie sur Metz puis sur Cologne avec ses trésors3. La ville est assiégée (v.
5209), intervient alors sa « traytreuse et vilaine mort »4. Ses fils, amenés à Metz,
sont tués par leur arrière-grand-mère BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, qui s’interpose lorsque Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
veut ensuite épouser sa nièce. Sur un fond de paysage
serein et sous un ciel où s’amoncellent des nuages noirs, la composition s’organise
autour de quatre scènes5.
L’image se lit de bas en haut 6
Une vue partielle de la ville occupe deux tiers de la hauteur et trois quarts de
la largeur de l'image. Cela tient à son rôle : capitale de la province romaine de
la Germanie inférieure et, un temps, de
tout l’Empire romain, résidence de maires du palais, la ville est prestigieuse.
Siège archiépiscopal depuis 795, elle est dominée
par la cathédrale, ici au second plan.
À côté, se trouve le palais de l’empereur, construit
vers 950, qui comprend le cabinet de Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II et une tour à contrefort, avec dôme et
lanterne.
Au troisième plan, est sans doute figurée la tour avec lanterne
de l’Hôtel de ville. Toute la ville est pavée7 ; entre les édifices majeurs
s’intercalent des maisons. Une courtine au premier
plan a perdu un étage pour permettre de découvrir le cabinet : une salle dont
les deux fenêtres sont fermées de grilles solides8. L’image n’évoque
qu’indirectement la ruse des habitants de la ville (v. 5224-5225), par un des
représentants des habitants, proposant au roi de partager ses trésors avec son
frère (v. 5230-5234), ce qu’il accepte (v. 5238)9.
Elle le montre en train de trier son trésor10 (v. 5241-5245), penché sur un coffre rempli de pièces d’or (v.
5246) pour un partage équitable, susceptible d’empêcher la prise de la ville
par la force.
Le roi porte une collerette d’hermine, sur une robe
or, fendue sur le côté, découvrant une longue tunique bleue11. Sa
couronne est posée sur un chapeau à grand rebras12. Une large écharpe
blanche est nouée à sa taille, symbole de son impuissance à agir. Derrière lui13, le représentant de la ville avec un
paludamentum rose14, signe de son pouvoir, s’apprête à décapiter le roi, avec
un cimeterre - une arme orientale qui le déprécie (v.
5249)15. Le traître, 16, est aussi un
homme du roi17 : il a un chapeau bleu.
Le meurtrier court aux murs, le cimeterre encore à la
main, en tenant par les cheveux la tête de Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II, pour la jeter à Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
, remplissant le pacte conclu avec lui (v.
5250-5255).
Près de la porte
de Mars, le vainqueur en armure dorée18, a les cheveux blancs, peut-être pour
rappeler qu’il meurt peu après, empoisonné par BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
. Sa main gauche est en pronation pour indiquer sa
tristesse, ce qui contredit le texte qui l’en dit exempt. Dans le camp de
Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
19, son armée attend en armes. Au premier rang, visage découvert,
deux généraux20, équipés de grands boucliers ronds à umbo, regardent la
tête de Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II. L’image
n’évoque pas l’entrée triomphale de Thierry II
Thierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
dans la ville (v. 5258-5259), ni le fait qu’il récupère les enfants de
son frère (v.5263-5265).
En haut à droite, les deux fils de Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II sont amenés àMetz, sommairement représentée (v. 5266-5267).
BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, dès leur arrivée devant
la ville, se précipite pour les tuer (v. 5268-5270)21. Au sol, le
plus grand22, avec le même costume que son défunt père
Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II23, est blessé au cou, au côté et au ventre : il a a tenté en
vain de fuir son arrière-grand-mère24. Elle frappe son petit frère25
d’un coup de dague au ventre26. Elle est vêtue d’une
robe de soie rose à reflets dorés27, qu’elle porte encore dans la scène
suivante.
Thierry IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
28,
en chausses orangées à valeur péjorative, rajeuni et sans couronne, une main
sur le cœur, montre l’objet de son désir (v. 5291-5295).
À ses côtés, un courtisan, bras croisés, ne se
prononce pas sur la démarche. Devant lui, trois femmes : une dame de haut
rang, à l’expression sévère, s’interpose. En retrait,
la nièce du roi29, qu’il veut épouser, est vêtue d’une robe bleue de même
couleur que la tunique royale, pour souligner leur lien de parenté. La jeune
fille, décrite comme belle et douce, s’incline, une main en pronation, l’autre
marquant son rejet, une expression douloureuse sur le visage.
Derrière, BrunehautBrunehaut (entre 545 et 550 — 613) Princesse Wisigoths (?-566)
Reine des Francs d'Austrasie (566-575)
, sans couronne, a tenté de s’opposer à la volonté
royale (v. 5296-5301). La réaction du roi est décrite comme brutale (v.
5302-5314). Il rappelle son rôle dans la guerre civile, ses crimes, l’injurie.
Il tire son épée, ce que l’image ne montre pas (v. 5315-5319). Effrayée, elle
s’apprête à fuir, non pas sauvée par l’intervention de gens de biens et
courageux comme l’indique le texte (v. 5320-5321). Elle a mis en avant le
caractère illicite et immoral de l’union, surtout elle craint que cette toute
jeune future reine prenne, auprès de son mari, une influence qui la prive de son
pouvoir. Fratricide et incestueux, Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
montre qu’à l’apogée de la dynastie mérovingienne, le souverain a
une conception absolue de son pouvoir, sans limite. Il est au-dessus des lois et
des normes qui s’appliquent aux aristocrates. Les luttes pour le contrôle du Regnum Francorum, dans un contexte accepté de violence
généralisée entre les prétendants, sont un moyen de rappeler aux aristocrates que
leregnum à vocation à englober les tria regna secondaires (Austrasie,, Neustrie ,
Bourgogne), en vain.
Le cadre est surmonté d'un arc déprimé et
de deux vases qui soutiennent une cordelière qui descend à gauche, vers le
cabinet de Théodebert IIThibert II (585 — 612) Roi des Francs d'Austrasie (596-612)
Fils de Childebert II, le long
d’une superposition d’une colonne ronde et d’un pilastre à panneau gris, à
décor de candélabre, sans doute une manière d’approuver sa décision de partager
son trésor avec son frère, Thierry
IIThierry II (587 — 613) Roi des Francs de Bourgogne (596-613)
Roi des Francs d'Austrasie (612-613)
, pour sauver la ville. La superposition de colonnes à droite
oppose la victoire et ses suites. Le bandeau bleu rappelle que les
protagonistes sont deux rois du Regnum Francorum,
symbolisé par une fleur de lis dans une acanthe.